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Philippe Stiegelmann

La question chevaline envisagée sous ses divers points de vue


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066324223

Table des matières

AVANT-PROPOS

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

CHAPITRE VII

CHAPITRE VIII

CHAPITRE IX

Considérations sur l’Industrie chevaline

Organisation du Syndicat Général de l’Industrie Chevaline Française

Attributions des Conseils

CHAPITRE X

CHAPITRE XI

CHAPITRE XII

CHAPITRE XIII

AVIS à Messieurs les Adhérents

AU SYNDICAT GÉNÉRAL de l’Industrie Chevaline Française


AVANT-PROPOS

Table des matières

Les propositions contenues dans cette étude paraîtront, sans doute, hardies. Toutefois, comme elles s’appuient presque exclusivement sur des chiffres, il sera facile de contrôler leur valeur. Je souhaite que l’élevage et l’armée puissent en retirer quelques fruits. Si elles peuvent amener des solutions pratiques favorables à ces deux parties, si directement intéressées à la question, j’en retirerai tout le prix désirable.

Il est, en tout cas, temps d’entrer dans de nouvelles voies. J’indique celles qui, à mon avis, donneraient des résultats favorables immédiats, en réclamant sous le rapport littéraire, toute l’indulgence du lecteur.

COMMANDANT STIEGELMANN.

CHAPITRE PREMIER

Table des matières

LE CHEVAL D’OFFICIER

Sa description;

Considérations sur la production de ce cheval.

Il y a quelques années, me trouvant au concours central hippique, l’un de mes amis me demanda quel était, dans un lot de chevaux présentés à la selle, celui que j’estimais le plus.

«Vous voulez savoir, lui répondis-je, celui que je préfère? Eh bien! c’est ce bai-brun, à peine marqué d’une étoile en tète, dont les muscles, bien saillants, annoncent la force et l’endurance; dont le front large, l’œil à la fois expressif et doux, dénotent de l’intelligence et de l’énergie. Voyez cette encolure qui lui donne ce port de tète majestueux et le rend si souple dans la main de son cavalier. Est-il assez râblé et sa poitrine spacieuse lui donne-t-elle assez de fond et de sanglage? Partout les grandes lignes; direction de l’épaule, longueur et largeur des hanches.

«Admirez maintenant ses membres où le tendon, recouvert d’une peau fine, se dessine nettement, se détache et descend bien parallèlement le long du canon; et quelles solides articulations! Carrément planté sur ses membres, il a des pieds qui ne craindront ni le pavé de Paris, ni le sol dur des grandes routes.

«Constatez avec quelle aisance il franchit l’obstacle, sans efforts appréciables et sans exagération.

«Peut-être au trot sera-t-il moins vite que le cheval alezan placé à sa droite; mais que j’aime donc mieux mon fier et léger bai-brun, avec sa crinière soyeuse et son port de queue si élégant. Comme ses allures sont cadencées, faciles, et quels gestes et quelles actions! Il ne gagnera pas de courses, mais il donnera toute satisfaction à son maître.

«Voilà pourquoi il est mon favori et je ne le troquerais pas contre l’alezan ou contre cet issu d’Orloff qui me mènerait là où je n’aurais que faire, tandis que lui, toujours souple, toujours maniable, toujours docile à mes moindres indications, me tirerait de plus d’un mauvais pas; s’il avait beaucoup de camarades de sa valeur, notre cavalerie serait la première du monde.

«Voilà le cheval qu’il faut encourager, qu’il faut poser en modèle, c’est celui dont nous avons besoin, c’est ce fier coursier qui sera notre fidèle compagnon le jour de la grande chevauchée.

«Que la Société hippique française lui accorde sa protection, le prône et le place au premier rang de notre production chevaline, car il n’a pas, comme ces grands carrossiers, d’origine douteuse; comme ces trotteurs qu’on se dispute à coups de banknotes; comme ce poney que convoite, dit-on, la belle Mme X..., l’avantage de rapporter des sommes folles à son propriétaire; non, il ne sera apprécié que par le véritable connaisseur qui, malheureusement, comme lui, se fait rare; ou bien, par ce brillant officier de cuirassiers, qui ne le quitte pas des yeux, mais qui n’a pas encore réalisé assez d’économies pour se payer un des uniques échantillons du véritable beau et bon cheval.»

Quelle meilleure description pourrais-je faire du cheval d’officier, sinon indiquer les qualités maîtresses du cheval de selle, dont j’eus l’occasion de faire, de visu, la description à mon ami?

L’officier, le chef qui déjà, et avec raison, se distingue de la troupe par une tenue plus élégante et plus chamarrée, ne saurait être monté sur un cheval laid ou seulement insignifiant, sans perdre de son prestige.

Et puis y a-t-il un animal plus admiré qu’un joli cheval, et de cette admiration n’en rejaillit-il pas une grande part sur le cavalier qui le monte? les deux se complètent pour ainsi dire. Souvenez-vous du général Boulanger et de son cheval noir, et vous serez de mon avis.

Le cheval d’officier.


Un hardi cavalier, monté sur un beau cheval, imposera toujours à la foule, et à plus forte raison à nos jeunes troupiers qui forment, en somme, une réunion de grands enfants.

L’impression que produira sur une troupe un chef brillamment monté ne peut donc être que favorable à l’influence qu’il doit exercer sur elle. Je dirai même que l’officier qui a la bonne fortune d’être pourvu d’un bon cheval sera souvent plus fanatique, plus allant, plus cocardier que celui en possession d’une monture qu’il n’enfourche qu’à regret. Combien de fois aussi ai-je vu, dans ma carrière, des camarades obtenir un avancement plus rapide, grâce à la chance ou au talent qu’ils avaient eu de mettre la main sur un cheval les faisant mieux valoir!

Comme en langage hippique, la beauté est synonyme de bonté, on sera donc assuré de toujours trouver dans un cheval flattant l’œil, sinon toutes, tout au moins une partie des qualités que j’ai énumérées plus haut.

Il reste à savoir maintenant jusqu’à quel point les possèdent les chevaux dont sont actuellement pourvus nos officiers.

En réponse à cette question, je suis forcé de convenir que les officiers se plaignent avec raison de leurs chevaux d’armes, qui, en effet, ne possèdent pas les qualités qu’il serait désirable de trouver réunies en eux, et qui sont: le gros, le sang, la lame.

De tempérament sanguin, le cheval d’armes doit être de constitution robuste, athlétique, qui le rende capable de résister aux fatigues, aux privations comme aussi aux vices hygiéniques, inhérents à mille circonstances imprévues en campagne. La disposition générale de sa charpente et tout son appareil locomoteur doivent être dans des conditions mécaniques qui garantissent la vigueur unie à la force, à la résistance. Son corps doit donc être plutôt ramassé, trapu qu’élancé et effilé ; ses membres courts, bien musclés, bien articulés pour résister le plus longtemps possible à l’usure; sa poitrine vaste, pour contenir un énergique foyer de vie; ses reins courts et larges; son arrière-main puissant pour supporter sans efforts le poids du cavalier, auquel s’ajoute celui de ses armes, de son équipement et souvent de ses vivres: voilà, en résumé, ce que j’entends par le gros, qui, comme on le voit, ne s’applique pas au volume.

C’est dans le sang que réside tout entier le principe de vie. Il est la source des qualités physiques et morales du cheval; mais comme ce principe est distribué à chaque individu dans une mesure inégale et dans des proportions variables, est-il encore nécessaire de veiller, pour qu’il puisse agir utilement, qu’il y ait équilibre entre la force physique et la force morale. Et voici pourquoi il est indispensable de pourvoir d’une forte dose de sang pur, la puissante machine animale décrite plus haut. Mais aussi, à de rares exceptions près, un cheval d’un juste équilibre ne reculera-t-il jamais devant une course longue, un travail excédant ses forces; il donnera tout ce qu’il peut donner, même si l’effort qu’on lui demande dépasse la puissance de ses muscles.

Voici pour la puissance et l’énergie; reste la mobilité. Celle-ci est incontestablement facilitée par une encolure allongée et bien greffée. Certains hippologues vous diront peut-être que l’encolure devra être en harmonie avec le reste du corps. Pour mon compte, je n’ai jamais trouvé d’encolure trop longue, et, s’il en existe, je me demande quelle est la partie du corps de l’animal qui puisse servir de base pour déterminer cette dimension. En tout cas, une encolure allongée, quand elle est bien portée, non seulement n’a rien de disgracieux, mais l’expression — beaucoup de lame ou de branche — employée pour indiquer cette disposition de l’avant-main, dénote que c’est bien une qualité que l’on signale.

Si donc, vous trouvez un cheval qui joigne à ces qualités essentielles, une tête légère, un bon dos, de bons pieds, et le reste à l’avenant, vous aurez déniché un animal bien près de la perfection, quasi un merle blanc. Les Anglais ont cependant su le créer, parallèlement au pur sang, avec des étalons de cette race et des juments bien douées; ils en ont fait leur cheval de chasse (le hunter), à la fois énergique, solide et résistant, chez lequel se combinent heureusement l’étoffe et le sang. Capable d’un grand labeur, susceptible de porter un gros poids à toutes les allures, il suffit à toutes les exigences, car, sa carrière de cheval de selle achevée, il s’utilise aussi facilement au tombereau qu’au coupé de maître; il constitue donc le véritable cheval de service.

Du moment que ce cheval a pu se créer en Angleterre, pourquoi ne pas le créer chez nous; ne possédons-nous pas tous les éléments favorables à sa constitution? Nous est-il, oui ou non nécessaire? A cette dernière question surtout je répondrai: La multiplication d’une race de puissants chevaux de selle, cependant susceptibles de faire de bons chevaux de service, est pour la France une nécessité inéluctable et dont le manquement peut, dans une circonstance donnée, exposer le pays aux pires calamités.

Il y aura évidemment des difficultés à surmonter, et surtout de sérieuses résistances à vaincre. Ces dernières se rencontreront peut-être moins dans le monde des éleveurs que dans les administrations de l’État.

Pour vaincre les difficultés, il n’y a qu’un moyen, toujours le même. L’éleveur vous dira: «Rendez mon élevage rémunérateur et je vous ferai tout ce que vous voudrez.» Mais, si vous lui demandez exclusivement un cheval de selle, il sera en droit de vous répondre qu’un bon cheval de selle n’est pas le produit brut de la nature; il est surtout, par son élevage difficile et coûteux, le produit manufacturé de la main de l’homme.

N’oublions pas que nous traitons, pour le moment, du cheval d’officier, qui doit être la quintessence du cheval de selle; si donc le prix de revient de celui-ci est déjà élevé, à combien alors se montera le prix de celui-là ? Assurément à un chiffre dépassant celui des sommes mises actuellement à la disposition des commissions de remonte régimentaires. Et voyez l’anomalie!

Les prix moyens, mis actuellement à la disposition

des commissions régimentaires,

ne correspondent pas à la valeur du cheval d’officier.

Le maximum des prix à attribuer aux chevaux pris dans le commerce, par les officiers généraux et supérieurs qui les destinent à leur usage, sont les suivants: chevaux de cuirassiers, 1,400 francs; de dragons, 1,300 francs; de cavalerie légère, 1,200 francs. Peuvent être autorisés également à posséder des chevaux achetés dans le commerce, les officiers subalternes qui ont renoncé au bénéfice de la remonte à titre gratuit, ou dont les chevaux, provenant du commerce, sont acceptés par les commissions régimentaires. Ils ont, dans ces deux cas, droit aux mêmes allocations que les officiers supérieurs des armes auxquelles ils appartiennent, sauf ceux de l’infanterie pour lesquels le prix à attribuer à leur monture ne s’élève qu’à 900 francs.

Remarquez que pour être accepté par la commission régimentaire, le cheval présenté doit avoir six ans (quatre ans s’il est de pur sang anglais). Or, pourriez-vous me dire par quel Procédé un officier pourra trouver dans le commerce, à ces Prix dérisoires, une monture honorable? Mais voici où se trouve surtout l’anomalie à laquelle j’ai fait allusion plus haut.

En 1897, les Chambres ont voté un supplément de crédit pour majorer les prix de chevaux de remonte. Il est clair que ce sont les plus distingués dont les prix doivent être tout particulièrement majorés. Il s’ensuit que la moyenne budgétaire des chevaux de tête a été sensiblement augmentée. Cette majoration porte à 1,800 francs le prix moyen du cheval de cuirassiers, à 1,500 francs celui de dragons et à 1,350 francs quand il s’agit d’un cheval de légère tête. Mais comme les remontes achètent un grand nombre de chevaux, qu’elles ont pour devoir de payer chaque cheval à sa valeur, certains sont forcément payés au-dessous, d’autres, par contre, au-dessus de ces moyennes. Il se peut donc qu’un cheval de tête destiné à la réserve soit payé 2,000 francs, d’où déjà un écart de 600 francs avec le prix dont dispose la commission régimentaire pour un cheval de même classement. Je ferai observer en outre que les chevaux de tête marquants, achetés par la remonte, le sont à trois ans et demi; donc le prix de ce cheval, qui coûtait 2,000 francs à l’achat, s’augmentera encore de son entretien jusqu’à six ans et des pertes qui, dans le jeune âge, sont sensibles; admettons que ces faux frais s’élèvent à 1,000 francs, et nous arrivons ainsi à un écart de seize cents francs entre le prix que peut payer la commission régimentaire et le prix de revient d’un cheval de même catégorie acheté par la remonte.

Cet état de choses ne peut être attribué qu’à un oubli des bureaux de la guerre; il suffira de le signaler. Mais ce n’est pas seulement dans ce but que j’ai entrepris cette démonstration; j’estime que les procédés actuellement en usage, pour remonter les officiers, ont besoin d’être profondément modifiés pour amener, d’une part, les éleveurs français à produire couramment ce cheval distingué décrit plus haut et qui nous fait défaut, et, d’autre part, pour faire de nos officiers de plus complets hommes de cheval.

Le cheval de pur sang comme cheval d’armes.

Le cheval de pur sang est, pour beaucoup de cavaliers, le type du cheval de selle. Je ne le conteste pas, mais ce que je ne puis admettre d’une façon absolue, c’est qu’il soit considéré comme le type du cheval de guerre.

Le cheval de pur sang élevé en vue des courses, est essentiellement destiné à déployer. une grande vitesse.

Est-ce là le cheval de guerre? Celui-ci, tout en devant posséder cette qualité à un degré suffisant, doit y joindre une force capable de porter un poids relativement considérable, sur un terrain inégal; il lui faut donc plus de substance que n’en possède généralement le pur sang, surtout celui qui s’achète au prix payé pour le cheval de tête. L’impossibilité manifeste, indiscutable, dans laquelle nous nous trouvons de généraliser ce cheval suffit du reste, à elle seule, pour démontrer l’inopportunité qu’il y a à discuter longuement cette question.

Lors de l’institution des courses en Angleterre, les épreuves étaient plus sérieuses que de nos jours. Les parcours variaient de quatre à six mille mètres; le poids du cavalier s’élevait jusqu’à 80 kilogrammes; enfin, il n’existait pas d’hippodromes spéciaux, les courses se faisaient à travers champs, elles constituaient donc des courses de fond, et les vainqueurs ne pouvaient être que des animaux puissants et résistante, foncièrement supérieurs, sous bien des rapports, à ceux que produisent les courses de vitesse actuelles.

Les Anglais n’en ont pas moins reconnu la nécessité de créer, à côté de ce cheval de courses, un autre cheval, peut-être moins vite, mais plus apte à supporter les rudes fatigues de la chasse à courre, et c’est de là qu’est né le hunter, qui me paraît idéaliser le type de cheval qui, selon moi; convient le mieux et le plus également pour l’armée; et, comme il est généralement recherché par le commerce de luxe, il faut inciter l’éleveur français à le faire, en lui faisant comprendre que ses qualités le rendent utilisable à tous les services.

J’ai soutenu, dans tous mes écrits, que l’ampleur de la poitrine, qui donne le fond, est aussi nécessaire au cheval de traction qu’au cheval de selle; que de fortes articulations sont aussi utiles à l’un qu’à l’autre, qu’un arrière-main puissant et bien soudé dans son attache avec le rein, est particulièrement favorable à tous les services et plus encore aux services rapides; qu’un avant-main léger rend le cheval plus maniable qu’une tête forte, portée au bout d’une encolure courte et massive, que l’animal soit utilisé au trait ou à la selle; et enfin que c’est par le sang que l’on obtient l’énergie. Je concluais que du moment que ces qualités constituent le bon cheval d’armes et sont à rechercher chez le cheval de service, il n’y a pas de types spéciaux à créer pour l’armée.

Mais de ce que je prône ce cheval, il ne faudrait pas conclure que je suis opposé à l’introduction dans l’armée de chevaux de pur sang. Au contraire, je voudrais seulement qu’en aucun cas, même s’il était d’un modèle très satisfaisant, ce cheval fût l’unique et exclusive monture d’un officier de cavalerie, attendu qu’il doit constituer pour lui tout à la fois un cheval d’étude et d’agrément, qui, mieux que son cheval d’armes, même si celui-ci est du modèle défini plus haut, lui procurera des satisfactions, qui nécessairement développeront son goût pour l’équitation.

Il est possible que l’on éprouve quelques difficultés à se procurer des chevaux de cette espèce ayant le gros, le degré de conservation et une certaine netteté de membres, toujours à exiger chez un cheval qui, du jour au lendemain, peut être appelé à faire un service très pénible en campagne; mais cette difficulté sera en partie aplanie si l’on élève les prix dont peuvent disposer les commissions régimentaires, au niveau de ceux mis à la disposition des commissions de remonte. On évitera de la sorte que beaucoup de jeunes officiers, fascinés par le renom qui s’attache à la possession d’un cheval de pur sang, passent trop facilement sur des imperfections, des tares, un degré d’usure souvent prononcé ; parfois aussi sur un manque d’ampleur qui font que ces claquettes ne peuvent leur donner que peu de satisfaction en garnison et ne leur offriront qu’une médiocre garantie en campagne.

Je conclus donc que, tout au moins dans la cavalerie, ce ne sont pas seulement les officiers d’un certain grade qui devraient être pourvus de deux chevaux, mais que les jeunes aussi devraient posséder: 1° un bon porteur de demi-sang, élégant et puissant; 2° un pur-sang bien établi et suffisamment conservé. Ce dernier, quoique ne constituant, en garnison, qu’une monture d’étude et d’agrément, n’en servira pas moins à développer leur hardiesse et il me paraît tout indiqué pour les reconnaissances qui, en campagne, incombent plus particulièrement aux officiers de cavalerie.

Comme pour faire aboutir un pareil projet (qui aurait l’assentiment de tous les officiers de cavalerie), il faudrait prouver, tout d’abord, qu’il pourrait se réaliser sans augmentation de dépenses, je vais essayer de faire cette preuve:

Éducation hippique des jeunes officiers.

Autrefois les officiers de cavalerie, généralement jeunes gens de naissance et de fortune, habitués dans la maison paternelle aux exercices du corps, avaient la pratique de l’équitation avant leur entrée au service; leur luxe et leur plaisir étaient de posséder plusieurs chevaux.

En suivant la carrière des armes, ils continuaient une tradition de famille, et étaient, par là, initiés, dès la première jeunesse, à des connaissances hippiques qui ne se développaient que plus facilement au service, par la pratique continuelle et variée du cheval. Ils acquéraient eux-mêmes leurs chevaux, ce qui ajoutait aux charmes de la propriété, l’intérêt tout particulier qui s’attache au choix que l’on se sent capable d’exercer sans le secours d’un tiers.

Aujourd’hui un officier, ayant une fortune suffisante pour se payer le luxe de l’achat et de l’entretien de plusieurs chevaux, constitue l’exception. D’autre part, avec le service obligatoire, ce n’est pas toujours par goût qu’un jeune homme embrasse la carrière militaire: dans maint cas c’est plutôt la nécessité de se créer un état, qui l’y détermine.

Il est vrai de dire qu’une fois initiés au métier, beaucoup de ceux qui y étaient entrés pour ainsi dire contraints, lui trouvent un attrait que ne leur laissaient pas soupçonner les habitudes auxquelles ils étaient soumis, avant leur entrée dans la carrière.

Ce manque d’éducation spéciale n’offre, du reste, au fond, qu’un intérêt relatif pour tout ce qui a trait au service proprement dit, mais il constitue, à mon avis, une infériorité pour ceux qui entrent dans les troupes à cheval. Sans notion aucune, avant son entrée au service, le jeune officier s’assimilera plus difficilement les diverses particularités de la science hippique, plus faite de pratique que de théorie, que celui qui y a été préparé de longue main.

Mais en raison de notre état social et démocratique, et surtout du grand nombre de jeunes gens qu’il est indispensable d’admettre dans nos écoles militaires, il est impossible, qu’au moment de leur admission, cette ignorance constitue un motif suffisant pour exclure de la cavalerie ceux qui, par leur aptitude physique, répondent aux conditions exigées pour cette arme.

Ma conviction est, du reste, que l’on naît cavalier comme on naît artiste, et, comme c’est dans la pratique que les facultés de chacun se révèlent, il n’y a pas à s’étonner de voir surgir un cavalier consommé d’un jeune homme à peine dégrossi en équitation, lors de son arrivée à l’école. Mais comme il faut, pour devenir un homme de cheval, joindre d’autres pratiques à celles de l’art équestre, il est à supposer que celui qui n’aura pas pris goût à l’une des branches de la science hippique, s’intéressera médiocrement aux autres.

La méthode actuellement en usage pour remonter les officiers subalternes n’est évidemment pas faite pour développer le goût du cheval chez ceux qui ne l’ont pas d’une façon très prononcée; tandis qu’il se révélerait sûrement si au lieu d’être simplement dépositaires de leurs montures, ils en étaient les propriétaires. Je ne crains pas d’ajouter qu’au lieu de n’être le plus souvent que d’excellents cavaliers, nos officiers deviendraient des hommes dé cheval plus complets si, à l’instar de ce qui se pratique en Allemagne, ils étaient autorisés à revendre ensuite les chevaux qu’ils auraient éduqués.

Dans ma carrière d’acheteur j’ai pu constater l’inexpérience de nos officiers en matière d’achat. Si j’exprime ici cette opinion, c’est que tous ceux qui ont été mes collaborateurs ont été surpris, comme je l’ai été moi-même à mon arrivée dans les remontes, de la difficulté que l’on éprouve à formuler un avis catégorique sur les premiers chevaux à l’achat desquels on participe. Sans parler de ceux qui, même après un long séjour dans le service des remontes n’ont jamais acquis les qualités qui font le bon acheteur, je dirai cependant que les officiers que j’y ai connus (et parmi eux, il y en avait de particulièrement doués) se sont, sans exception, félicités du stage qu’ils y ont fait. Je considère donc que ce stage ne peut être que profitable aux officiers de troupes à cheval.

Il est facile de concevoir que l’appréciation d’un cheval, fraîchement tiré de l’herbage, est assez malaisée pour tout œil non exercé à discerner, sous ses formes généralement épaisses et arrondies, les qualités qui plus tard devront se révéler chez lui.

Cet embarras du jeune officier ne sera pas moindre en face du cheval présenté par le marchand, car la méfiance, que généralement celui-ci inspire, ne servira de rien, si le client n’est pas de force à rétorquer tous les lieux communs qui se débitent sans cesse dans ces milieux. Heureux encore s’il tombe sur un marchand patenté et non sur un de ces marchands amateurs ou faux cochers, dont Paris surtout est infesté. J’ajouterai pour excuser ces derniers, que beaucoup d’entre eux s’imaginent de bonne foi être gens compétents. Or, à les étudier, vous trouverez qu’ils n’ont le plus souvent conservé, des quelques exemples qu’ils tiennent des professionnels, que ceux considérés comme des trucs et que ces derniers ont garde d’employer devant un client sérieux.

Il y a un vieux dicton qui dit: «Si tu veux te rendre compte des qualités d’un cheval, ferme les yeux et monte dessus.» Et de fait, il n’y a que cela: l’Essai, quand, bien entendu, il s’agit d’un cheval d’âge et suffisamment dressé. A l’attelage la chose est assez aisée, si toutefois l’espace dont on dispose s’y prête; pour la selle, c’est différent. Où trouver, du reste, aujourd’hui en France, des chevaux mis à la selle? L’essai de ceux-ci ne pourra donc être que relatif, mais il n’en est que plus indispensable de l’effectuer dans un espace non limité. Où l’opérer alors? Chez le marchand de Paris l’espace nécessaire à une présentation sérieuse manque généralement.

A vrai dire, il s’en soucie médiocrement, car, avec une exhibition spacieuse, le cheval, et surtout celui qui est commis à sa présentation, échapperait trop à son influence.

Aussi, connaissant ces détails, ces ficelles du métier, est-on forcément amené à se demander quelles garanties offrent les chevaux non soumis à ces essais, si surtout ils sortent de certaines officines, car n’est-ce pas le nom que l’on peut attribuer à des établissements où les procédés en usage donnent au plus médiocre cheval, tout au moins pendant les quelques instants que dure la présentation, des apparences toujours trompeuses, puisque souvent même elles dépassent la réalité chez les chevaux ayant des qualités sérieuses.

Eh bien, croyez-en mon expérience, tout bon cavalier dominera le marchand dès qu’à ses qualités équestres il joindra le coup d’œil de l’homme de cheval. Mais encore une fois, cela ne s’acquiert que par la pratique, jointe à la nécessité de sauvegarder ses intérêts. Et voici pourquoi je développerai un système que j’estime apte à la fois à remonter convenablement les officiers de tout grade et à engendrer, chez les plus jeunes, une émulation qui, forcément les amènera à posséder, un jour où l’autre, ce coup d’œil qu’à un certain âge on n’a plus la même facilité, ni le même désir d’acquérir.

Prix de revient du cheval d’officier.

Avant d’entrer dans le vif de la démonstration que je projette de faire sur la nécessité qu’il y a à modifier le système de remonte actuellement appliqué aux officiers, il est indispensable de tout d’abord établir le prix de revient du cheval d’officier. Comme c’est celui de dragons qui est le plus répandu, je me bornerai à établir mes calculs sur celui-ci.

Pour faire un cheval de tête, il faut nécessairement se servir d’une jument ayant quelque origine, elle sera donc pour le moins de demi-sang; bien établie, distinguée, d’une taille variant de 1m56 à 1m60 et possédant des qualités, qui, si elle restait en service, la feraient estimer au moins 1,200 francs. Mettons qu’elle pouline de dix à seize ans; durant ce temps, elle perd tous les ans de sa valeur et l’on peut calculer que les intérêts et l’amortissement du capital s’élèveront par an, à 235 fr.

Cette jument ne pouvant être soumise à un travail pénible, ne gagnera pas sa nourriture durant son état de gestation, de là augmentation de dé

A reporter..... 235 fr.


Mais comme il y en a généralement un de raté sur trois et que l’éleveur aura de la peine à tirer 500 francs de celui-là, il faut nécessairement reporter ces 500 francs de perte sur les deux autres, nous arrivons ainsi à une dépense de 1,255 francs.

J’admets jusque-là que la jument fasse un poulain chaque année, ce qui n’est généralement pas le cas, mais, pour ne pas compliquer les calculs supposons une année de stérilité sur trois (moyenne donnée par les statistiques), et le prix de revient s’augmentera de la saillie perdue (30 fr.) ainsi que de l’intérêt et de l’amortissement (235 fr.) à répartir sur les deux autres annuités, ce qui fera monter le prix du poulain à 1,520 francs s’il est exclusivement nourri à l’herbe.

Mais le cheval destiné à faire un cheval de selle surtout de choix, ne doit pas être élevé uniquement au pâturage, sans quoi il n’aura que rarement le dos fait pour porter la selle. C’est certainement à cette cause que l’on doit de trouver, en France, si peu de chevaux pouvant se seller convenablement. Il est, du reste, reconnu que la position que prend le cheval pour brouter, alourdit l’avant-main, tandis que la nourriture prise au râtelier laisse à la tête toute sa légèreté, à l’encolure toute sa grâce, à l’épaule sa direction inclinée. On peut objecter que le dos gagne par la posture que le cheval prend pour manger à terre, mais on oublie que la grande quantité de nourriture aqueuse qu’il ingère augmente le poids et le volume de l’abdomen.

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15 January 2025
Volume:
222 p. 37 illustrations
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4064066324223
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