Read the book: «Histoire des artistes peintres, sculpteurs, architectes et musiciens-compositeurs»
Michel Nicolas
Histoire des artistes peintres, sculpteurs, architectes et musiciens-compositeurs
Nés dans le département du Gard

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066334000
Table des matières
INTRODUCTION
CHAPITRE PREMIER.
RENAUD LEVIEUX .
PIERRE SUBLEYRAS.
CHARLES-JOSEPH NATOIRE.
ETIENNE THÉAULON.
M. JACQUES-LUC BARBIER-WALBONNE.
JACQUES-JUSTIN ROUJOUX.
ETIENNE D’ARNAL.
JEAN VIGNAUD.
M. JEAN-JOSEPH BASTIÈS DE BEZ.
M. PIERRE LACROIX.
M. ETIENNE LOCHE.
M. FRANÇOIS SOUCHON.
XAVIER SIGALON.
NUMA BOUCOIRAN.
M. PIERRE ALPHANDÉRY.
M. PIERRE-MAURICE DUSSAP.
M. FRANCIS BERNARD.
M. JULES SALLES.
M. JEAN ROUDIL.
M. A. PERROT.
M. CONSTANT PELLENC ET M. LÉON PELLENC.
M. CHARLES-FRANÇOIS JALABERT.
M. JACQUES BERT.
M lle MATHILDE BOUDON.
M. LOUIS-AUGUSTE SIMIL.
M. JULES JOURDAN PÈRE ET M. ADOLPHE JOURDAN FILS.
M. JEAN-MARIE-MELCHIOR DOZE.
M. NÉMORIN CABANE.
M. EUGÈNE SPION.
M. PIERRE-FRANÇOIS-JEAN-JACQUES COLONNA D’ISTRIA.
M. CHRISTOPHE JUSKY.
M. IM-THURN.
M. VICTOR-PIERRE HUGUET.
M. EUGÈNE GERVAIS.
CHAPITRE DEUXIÈME.
PANTALÉON MICHEL ET FRANÇOIS BERNARD.
BARTHÉLEMY GUIBAL.
M. PAUL COLIN.
M. AUGUSTE BOSC.
M. FÉLIX ROUX.
M. PERRIER.
CHAPITRE DEUXIÈME.
MICHEL IXNARD.
CHARLES DURAND.
M. SIMON DURANT.
M. ALPHONSE DE SEYNES.
M. JACQUES-FRANÇOIS CHAPOT.
M. JACQUES JOUVIN.
M. HENRI ESPÉRANDIEU
CHAPITRE QUATRIÈME.
ETIENNE OZI.
JEAN-PIERRE SOULIER.
LE COMTE JOSEPH-ISIDORE VILLARDY DE MONTLAUR.
ETIENNE-JEAN-BAPTISTE PASTOU.
M. ÉDOUARD BRUGUIÈRE.
M. HONORÉ BOURIÉ.
M. HIPPOLYTE RAYMOND COLET.
M. SCIPION ROUSSELOT.
M. FRANÇOIS ROUSSELOT.
M. ÉMILE ROUSSELOT.
M. ALI BLACHIER.
M. FERDINAND POISE.

INTRODUCTION
Table des matières
L’ESSAI que nous publions aujourd’hui doit être considéré comme la suite et le complément de notre Histoire littéraire de Nimes. Il nous a semblé que nous n’aurions tracé qu’un tableau inachevé de l’histoire intellectuelle et morale du département du Gard, si, à côté des portraits des écrivains nés dans cette contrée, nous ne placions ceux des artistes qui sont leurs émules et leurs égaux dans le champ de la pensée. Les produits des beaux-arts, aussi dignes que les œuvres littéraires d’illustrer leurs auteurs, sont aussi les enfants de l’intelligence et du génie; les arts contribuent, autant que les lettres et les sciences, à la gloire des nations, et ils n’exercent pas une influence moins réelle sur leur développement moral.
Il est probable que le département du Gard a été aussi riche en artistes qu’en écrivains. Malheureusement, les produits des beaux - arts, quoique empreints sur le bois et la pierre ou exprimés par le marbre et le bronze, n’ont pas la même durée que les œuvres de la pensée qui n’ont pour passer à la postérité que le faible secours d’un fragile tissu. C’est que tandis que celles-ci peuvent être reproduites sans fin, et qu’elles l’ont été, en effet, au moyen-âge, par des légions de copistes, et, depuis l’invention de l’imprimerie, par cet art merveilleux, ceux-là tirés, si nous pouvons ainsi dire, à un seul exemplaire, se perdent tout entiers, si cet unique exemplaire périt. Et que de causes concourent à leur destruction! Les intempéries des saisons, les révolutions de la nature, et, avec plus de puissance encore, l’ignorance, le mauvais goût et les déplorables ravages de la guerre détruisent peu à peu ou rainent en un moment les plus belles conceptions de la peinture, de la statuaire, de l’architecture. Et pour comble de malheur, quand les noms des orateurs, des poètes, des philosophes, cités dans les livres de leurs contemporains, dans ceux de leurs successeurs, arrivent ainsi par une sorte de tradition, même quand leurs écrits sont perdus, jusqu’à la postérité la plus reculée, les artistes les plus éminents ont seuls le privilége d’exciter la curiosité et l’intérêt des écrivains qui assurent à leurs noms une durée que n’ont pas leurs œuvres. Pour ceux qui n’ont pas fait époque dans leur art, il n’y a pas d’historien: Pline l’Ancien n’a trouvé dignes de sa plume que les peintres et les statuaires les plus célèbres de la Grèce.
Aussi ils ont disparu pour toujours les noms des habiles auteurs des magnifiques monuments antiques qui décorent encore la ville de Nimes, ou qui, détruits depuis longtemps, n’ont laissé que quelques rares débris, frises superbement sculptées, bas-reliefs d’un travail exquis, linteaux admirablement décorés, aigles de marbre «dont le corps, dit Maffei, est si admirablement travaillé que qui n’a pas vu ces ailes, cette queue, ces griffes et cet air de mouvement, ne connaît point ce que peut faire le ciseau dans ces sortes d’ouvrages». Nous admirons leurs œuvres sans rien savoir de leurs vies et de leurs personnes, tandis que l’orateur nimois, Domitius Afer, dont il ne s’est pas conservé une ligne, nous est aussi connu, grâce à Quintillien, à Pline le Jeune, à Tacite, que si nous avions vécu de son temps.
La même obscurité couvre les noms des architectes et des sculpteurs qui, pendant le moyen-âge, du IXe au XVe siècle, ont élevé ou orné ce grand nombre d’églises, de châteaux, de maisons particulières qui existent encore dans un état plus ou moins grand de conservation ou qui ne nous montrent que des ruines imposantes. Nous ne connaissons pas mieux les mélodies des troubadours qui, poètes et musiciens à la fois, chantaient eux-mêmes leurs sirventes et leurs chansons en s’accompagnant d’un instrument à cordes . Ils ne devaient cependant pas manquer de grâce et d’énergie, les chants qui excitaient si vivement la valeur des chevaliers, et la grâce ne pouvait pas être étrangère à ceux qui touchaient si doucement les tendres cœurs des châtelaines.
On ne commence à connaître quelques-uns des artistes de la ville de Nimes qu’à l’époque de la renaissance. Les guerres de religion, qui désolèrent si longtemps le Bas-Languedoc, furent plus favorables au développement des idées de liberté qu’à la culture des beaux-arts. C’est cependant au milieu de ces continuelles agitations que des érudits nimois étudient pour la première fois et décrivent les monuments antiques, en même temps qu’ils profitent de toutes les circonstances favorables pour faire fouiller le sol et recueillir les débris d’antiquités qu’ils en retirent. L’aridité de la controverse et les passions politiques n’avaient pas entièrement étouffé le sentiment du beau.
Avec le XVIIe siècle, on entre décidément dans une ère nouvelle. Le goût des arts n’a pas pris encore, il est vrai, un grand essor; mais du moins, à partir de ce moment, on n’a plus affaire à des artistes inconnus, dont les œuvres en ruines peuvent seulement indiquer l’existence; on se trouve en présence d’œuvres qui portent un nom; la vie de leurs auteurs n’est plus pour nous une énigme. Aussi c’est avec le XVIIe siècle que commence réellement l’histoire que nous avons entrepris d’écrire. Nous la conduirons jusqu’à nos jours, sans laisser de côté les artistes vivants. Dans notre Histoire littéraire de Nimes, nous nous sommes arrêté devant les écrivains pour lesquels la postérité n’a pas encore commencé, parce que nous avons craint de nous engager dans des difficultés insurmontables. Ici nous n’avons aucune crainte semblable. Dans le paisible champ des beaux-arts, les divisions de parti, les haines politiques, les dissentiments sociaux sont heureusement inconnus; si l’on y discute, ce n’est que sur les innocentes questions de la prédominance du dessin ou de la couleur, de la mélodie ou de l’harmonie. Avertissons toutefois nos lecteurs que nous ne nous croyons pas permis de nous poser en arbitre et en juge souverain du mérite des artistes; le role d’Aristarque nous convient peu: nous laissons à la postérité le soin de distribuer les rangs et les couronnes; c’est son droit et son devoir. Il y aurait inconvenance, sinon injustice, de vouloir porter un jugement définitif sur les artistes vivants, quand ils n’ont pas dit leur dernier mot, quand ils n’ont pas donné peut-être encore la mesure exacte de leur force, et produit l’œuvre avec laquelle ils doivent se présenter devant le tribunal de l’histoire. Il ne suit pas de là que nous renoncions à exprimer notre pensée ou à rapporter, quand il y aura lieu, l’opinion d’hommes compétents; mais notre dessein est plutôt de faire connaître les œuvres de nos artistes contemporains que de les apprécier. Notre travail ne sera pas pour cela, nous l’espérons du moins, ni sans intérêt, ni sans utilité. Il donnera une idée aussi complète que possible de nos richesses artistiques, et il fournira des documents exacts aux biographes futurs, auxquels il épargnera de longues et fatigantes recherches.
Il est surtout une considération qui a prévalu sur tous les scrupules qui auraient pu nous empêcher de parler de nos contemporains, et qui nous a décidément engagé à les faire entrer dans le cadre de cette histoire. C’est l’essor remarquable que les beaux-arts ont pris de nos jours dans le département du Gard. Le nombre des artistes vivants, dans tous les genres, peinture, sculpture, architecture, musique, est plus considérable que jamais. Plusieurs ont pris place parmi les maîtres, et les plus jeunes travaillent vaillamment à conquérir un des premiers rangs. Pourquoi ne pas dire les succès des uns et les heureux efforts des autres? En même temps, et ce trait est aussi digne d’être rapporté, la population toute entière du département, cette population à laquelle on a tant reproché ses anciennes violences et son héréditaire grossièreté, a appris à admirer et à respecter les œuvres des grands maîtres. Nous n’en voulons pas d’autre preuve que l’immense concours qu’attira sur la place du Musée, il y a quelques années à peine, l’arrivée de la Poésie légère de Pradier, et l’affluence bien autrement considérable qu’amena de tous les lieux voisins l’inauguration de la Fontaine monumentale de l’Esplanade. Il est permis de douter qu’il y ait en France beaucoup de villes où le désir de voir une statue eût fait déserter les ateliers, et un département dont les habitants se fussent déplacés en masse pour fêter une œuvre d’art. Ce n’est pas tout: les soins intelligents avec lesquels, depuis plusieurs années, on veille à la conservation des antiquités romaines; le besoin qu’éprouve la municipalité de faire disparaître des édifices religieux sans grandeur, pour élever à leur place des monuments mieux appropriés à leur haute destination; le grand nombre de maisons particulières, de date récente, remarquables par la distinction de leur style et par l’élégance de leur ornementation; les éclatants succès de l’école de dessin et de peinture, les résultats déjà bien sensibles de l’école de musique, tout se réunit pour prouver qu’au point de vue de l’art, la ville de Nimes est dans une bonne voie. Peu s’en est fallu qu’à la fin du XVIe siècle et au commencement du XVIIe, elle ne soit devenue un centre scientifique et littéraire. Si elle ne se décourage pas, si elle persévère, elle peut aspirer aujourd’hui à se distinguer par la culture des beaux-arts et à devenir peut-être un foyer artistique. La petite ville de Dusseldorf n’est-elle pas aussi célèbre dans l’histoire de la peinture que les premières capitales de l’Allemagne? Ajoutons enfin que le reste du département du Gard suit de près le bon exemple de son chef-lieu. Le Vigan a élevé une statue à d’Assas, Aiguesmortes à saint Louis; Sommières a voulu avoir une église digne de la majesté du culte divin; Uzès réclame une fontaine monumentale; plusieurs anciens châteaux réparent leurs murs démantelés. Partout se fait sentir le désir des belles choses et le besoin de réagir, par la culture des beaux-arts, contre la marche envahissante des intérêts matériels.
Avant d’aborder l’histoire des artistes auxquels le département du Gard a donné le jour, qu’on nous permette de dire un mot du plan que nous avons adopté. Ce plan est très-simple; il nous a semblé commandé par le sujet lui-même. Nous diviserons notre travail en quatre chapitres. Le premier sera consacré aux peintres, le second aux sculpteurs, le troisième aux architectes, et le quatrième aux musiciens-compositeurs. Dans chacun d’eux, nous suivrons l’ordre chronologique. Il est à peine nécessaire de faire remarquer que les quatre chapitres seront d’une étendue fort inégale. Celui qui traitera des sculpteurs et celui qui se rapportera aux architectes seront de beaucoup plus courts que les deux autres, non point que nous regardions l’architecture et la sculpture comme des arts inférieurs en dignité à la musique et à la peinture, mais uniquement parce que le département du Gard a produit beaucoup moins de sculpteurs et d’architectes que de peintres et de musiciens.
CHAPITRE PREMIER.
Table des matières
LES PEINTRES.
Le premier peintre, né dans le département du Gard, dont le nom et les œuvres sont arrivés jusqu’à nous, vivait au XVIIe siècle. Il n’est pas probable cependant que l’art de la peinture ait été complètement négligé à Nimes, dans les temps antérieurs, quand, dans une ville voisine, à Montpellier, une foule de peintres et de peintres-verriers se sont succédés sans interruption du commencement du XIIIe siècle à la fin du XVe. Quoi qu’il en ait été pendant le moyen-âge et à l’époque de la renaissance, il paraît certain que dans les temps qui suivirent, les arts du dessin furent peu cultivés. Ce triste état de choses durait encore au commencement de ce siècle. Ce fut à un heureux hasard, qui amena à Nimes un peintre étranger, que Sigalon dut de savoir manier un pinceau et charger une palette; il n’y avait pas alors dans cette ville un artiste capable d’enseigner les procédés matériels de la peinture.
Ce n’était cependant ni le goût, ni l’aptitude qui manquaient. Dès qu’un enseignement public de dessin a été organisé, il s’est produit un grand nombre de peintres dont les aînés ont déjà un nom dans les arts et dont les plus jeunes donnent les plus belles espérances. S’il faut en juger par ce que nous voyons, l’histoire de la peinture sera aussi riche dans l’avenir en noms nimois qu’elle en est pauvre dans le passé. Cet heureux changement est dû à la création de l’école de dessin qui fut fondée à Nimes par un arrêté municipal du 26 septembre 1820. Etablie principalement dans le but de former des dessinateurs de fabrique, elle a rempli sa mission spéciale avec une scrupuleuse exactitude et un rare succès; mais, tout en travaillant pour l’utile, elle a donné une forte impulsion à l’art. Des recherches faites depuis peu, sur la situation de ses anciens élèves, ont appris que quatre cents d’entre eux au moins occupent, soit dans les arts, soit dans l’industrie, des positions honorables et lucratives. Un grand nombre sont employés comme dessinateurs par la fabrique de Nimes; d’autres exercent la même profession à Lyon, à Reims, à Mulhouse; la capitale enlève chaque année dix à douze élèves qui, presque dès leur arrivée à Paris, trouvent des positions avantageuses dans les ateliers de dessinateurs. Plusieurs d’entre eux se sont acquis une réputation méritée dans cette carrière, qui touche à la fois à l’industrie et aux arts libéraux. Le seul journal de dessin de fabrique publié à Paris, le Cachemire, a, pour principal rédacteur, M. Planchon, dessinateur nimois établi dans la capitale. D’autres auxquels l’enseignement de l’école a révélé leur vocation, se sont consacrés exclusivement à la culture des beaux-arts. Nous aurons à faire connaître leurs noms et leurs œuvres.
L’école de dessin fut placée, dès sa fondation, sous la direction de M. Vignaud. Cet artiste de mérite, aussi recommandable par ses ouvrages que par son caractère, lui imprima cette bonne impulsion de laquelle dépendent d’ordinaire le succès et la durée des établissements naissants. Après sa mort, en 1825, on appela de Paris M. Hilaire-Henri Périé pour lui succéder. Né à Castres vers 1780, cet artiste était surtout connu par la part qu’il avait prise à la publication de la Description historique et pittoresque de Chambord. Paris, Didot aîné, 1821, in-folio. Deux ou trois ans avant d’être nommé directeur de l’école de dessin, il avait épousé Mme Am.-Julie Simons-Candeille, auteur de quelques pièces de théâtre, de quelques romans et de divers autres écrits. Sa nomination eut le double avantage d’amener dans la ville de Nimes un artiste d’un goût pur et une femme distinguée par son esprit et son amour des lettres. Le musée de Nimes possède un tableau de ce peintre; c’est l’Intérieur de l’Amphithéâtre au moment d’une lutte (n° 89 du catalogue). M. Périé mourut le 3 février 1834; il eut pour successeur M. Alexandre-Marie Colin, élève de Girodet-Trioson, et né à Paris en 1798. M. Colin s’est fait une belle réputation par son pinceau correct et facile. Le goût des beaux-arts semble inné et héréditaire dans sa famille. Il n’y a pas eu, à Paris, depuis 1822 jusqu’à ce jour, d’exposition qui n’ait offert quelques-unes de ses toiles ; la plupart ont eu de vrais succès: une d’elles, Christophe Colomb à la découverte du Nouveau-Monde, est au musée du Luxembourg. Le musée de Nimes contient plusieurs de ses œuvres, et deux autres qui y figuraient naguère, François Ier visitant les monuments de Nimes et une Halte de Bohémiens au Pont-du- Gard , ont été transportés à la mairie pour servir de décoration à l’une des salles. En 1838, M. Colin retourna à Paris et fut remplacé par M. Numa Boucoiran qui jouissait déjà d’une belle position parmi les peintres de notre époque. Grâce aux soins et à l’habileté du nouveau directeur, l’école de dessin a pris un nouvel accroissement. Elle tient aujourd’hui un des premiers rangs parmi les établissements de ce genre.
En outre d’un professeur de peinture, qui est le directeur, elle a deux professeurs de dessin et un professeur adjoint, un professeur de dessin linéaire et un professeur de sculpture et de modelage. Les classes sont situées dans l’aile nord de la salle de spectacle. Les leçons se donnent de 6 à 8 heures du soir en hiver, et de 5 à 7 heures en été ; le cours de dessin linéaire a lieu de midi à deux heures. L’école est fréquentée par deux cents élèves, nombre que le local ne permet pas de dépasser.
Trois ans après la fondation de l’école de dessin, l’intérieur de la Maison-Carrée fut affecté à un musée. Il n’est pas douteux que l’établissement d’une collection de tableaux n’ait été d’une grande utilité pour le développement du goût et pour la culture des arts du dessin. L’étude des œuvres des grands maîtres est l’indispensable complément des leçons de l’école. Il est peut-être seulement à regretter qu’on n’ait pas placé cette collection dans un local plus vaste, susceptible d’agrandissement à mesure que le nombre des tableaux augmente . Si l’on n’a égard qu’à l’élégance du bâtiment, il faut avouer qu’on n’aurait pu trouver un édifice mieux approprié à sa destination; mais on s’est condamné par là à n’avoir qu’un nombre très-restreint de toiles. Et comme on a réuni aux tableaux une foule d’autres richesses artistiques, il a fallu procéder au partage de l’espace avec la plus stricte économie. Il y a certainement encombrement dans le musée, tel qu’il est aujourd’hui. Que sera-ce plus tard? A force de goût et d’habileté, on a réussi en partie à faire illusion au visiteur qui ne s’aperçoit pas d’abord du trop plein; mais on finit par trouver que le musée de Nimes ressemble plus à la collection coquette d’un particulier opulent qu’à une galerie de tableaux d’une ville considérable. Il ne faut pas cent personnes pour que la circulation devienne difficile, et il doit être fort mal aisé aux jeunes peintres de s’établir dans un lieu si étroit pour faire des copies des œuvres qui y sont contenues, à supposer toutefois qu’on ait jugé prudent de permettre qu’on dresse un chevalet dans une salle si bien garnie et offrant de tous les côtés des trésors si fragiles.
Pourquoi la ville de Nimes n’élève-t-elle pas un monument digne d’elle et capable de renfermer, au rez-de-chaussée, d’un côté, un musée d’histoire naturelle; de l’autre, sa riche collection de fragments antiques, et au premier étage, sa galerie de tableaux et sa bibliothèque publique? Il ne resterait ensuite qu’à joindre à ce monument un jardin botanique, pour avoir réuni les principales richesses d’une ville importante. Quant à la Maison-Carrée, si l’on tient à en orner les murs intérieurs de tableaux, qu’on la consacre à un musée local, uniquement destiné à recevoir quelques-unes des toiles des artistes les plus renommés du département du Gard.
Enfin, une exposition de peinture, de gravure, de dessin et de sculpture est ouverte tous les deux ans, au mois de novembre, et forme l’indispensable complément de toutes les ressources que la ville de Nimes a créées dans l’intérêt des arts du dessin. La première de ces expositions a eu lieu en 1844, la seconde en 1846, la troisième fut retardée jusqu’en avril 1849, les trois dernières ont eu lieu régulièrement en novembre 1850, 1852 et 1854. Il faut espérer que les rapports présentés à la commission des beaux-arts sur les expositions seront réunis en un volume tous les dix ou douze ans, et ne se perdront pas dans les colonnes d’un journal où il serait fort difficile plus tard d’aller les consulter. Ce recueil contiendrait l’histoire des arts du dessin dans la ville de Nimes. Il faut ajouter qu’une souscription ouverte, à l’occasion de chaque exposition, permet à la commission de faire de notables acquisitions parmi les œuvres exposées. Cette mesure a le double avantage d’encourager les artistes et de retenir, chaque fois dans la ville de Nimes quelques bons ouvrages.