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Louis-Joseph Thévenaz

Petite histoire de Genève


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066305475

Table des matières

PRÉFACE

PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION

PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION

AVIS

CHAPITRE I

PREMIÈRE LEÇON

DEUXIÈME LEÇON

TROISIÈME LEÇON

QUATRIÈME LEÇON

CHAPITRE II

CINQUIÈME LEÇON

SIXIÈME LEÇON

CHAPITRE III

SEPTIÈME LEÇON

HUITIÈME LEÇON

CHAPITRE IV

NEUVIÈME LEÇON

DIXIÈME LEÇON

ONZIÈME LEÇON

CHAPITRE V

DOUZIÈME LEÇON

TREIZIÈME LEÇON

QUATORZIÈME LEÇON

CHAPITRE VI

QUINZIÈME LEÇON

SEIZIÈME LEÇON

CHAPITRE VII

DIX-SEPTIÈME LEÇON

DIX-HUITIÈME LEÇON

DIX-NEUVIÈME LEÇON

APPENDICE

Quelques mots sur la Constitution genevoise.

Grand Conseil.

Conseil d’Etat.

Communes.

Tribunaux.

Les pouvoirs fédéraux.

Assemblée fédérale.

Le Conseil fédéral.

Le Tribunal fédéral.


PRÉFACE

Table des matières

Genève, quoique bien petite, a joué un rôle plus brillant que son étendue ne semblait le comporter, et s’est distinguée au point d’acquérir une réputation universelle: l’ancienneté de son origine, la longue durée de son existence, l’importance qu’elle a eue lors de la Réformation, l’énergie avec laquelle elle a défendu son indépendance contre les ducs de Savoie, sa réunion à la Suisse, le grand nombre d’hommes illustres qu’elle a fournis, lui ont mérité une place honorable dans la liste des nations.

Son histoire présente une grande variété de situations intéressantes, dont on peut tirer d’utiles leçons pour l’avenir. Il est nécessaire de la faire connaître à nos enfants. Tel est le but de ce petit livre.

L’auteur n’a pas eu l’intention d’écrire une histoire complète de Genève. Il en existe plusieurs excellentes et il serait difficile de faire mieux. Son but a été de rédiger, pour les écoles, un manuel donnant les faits essentiels de notre histoire, en négligeant ceux qui n’ont pas laissé de trace bien profonde. Pour éviter la sécheresse d’un abrégé trop succinct, on y a intercalé de nombreux récits, destinés à développer, à compléter, le texte des leçons, ainsi qu’à les relier entre elles, de façon qu’après avoir lu ce modeste volume, nos enfants aient une idée exacte de l’histoire de Genève.

Puissent ces pages, écrites avec sincérité, contribuer à leur faire aimer davantage leur patrie, en leur apprenant à la mieux connaître!

(Septembre 1890.)

PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION

Table des matières

Cette seconde édition, à part quelques petits changements de rédaction, et l’introduction de deux nouveaux récits (Fondation du Collège et de l’Académie et les Vendanges de Bonne) n’est que la réimpression de la première.

Cependant le chapitre final, traitant de la Constitution de Genève, a dû être remanié pour tenir compte des changements apportés tout récemment à notre Constitution cantonale, ainsi qu’à notre organisation judiciaire. D’autre part, il nous a paru utile d’ajouter un court chapitre sur les Pouvoirs fédéraux, pour bien faire comprendre à nos élèves le mécanisme de nos institutions républicaines.

(Septembre 1892.)

PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION

Table des matières

Cette édition ne diffère de la seconde que par le 21e récit (Fondation du Collège et de l’Académie), qui a été complètement remanié.

Le chapitre final, traitant de la Constitution genevoise et des pouvoirs fédéraux a été mis au point, pour tenir compte des chargements apportés à nos constitutions depuis 1892.

(Mai 1902.)

AVIS

Table des matières

Cette Petite Histoire de Genève se compose de deux parties: les «leçons» et les «récits».

Les leçons contiennent, en abrégé, la partie essentielle du programme des écoles primaires. Elles doivent être apprises.

Les récits sont imprimés en plus petits caractères On se bornera, dans les écoles primaires, à les faire lire à haute voix et à les expliquer. Les élèves en feront des comptes rendus oraux.


CHAPITRE I

Table des matières

GENÈVE JUSQU’A LA FIN DU XVme SIÈCLE


PREMIÈRE LEÇON

Table des matières

Genève jusqu’en 1033.

On ne sait rien de précis sur l’existence de Genève, avant l’arrivée de César en Gaule (58 ans avant J.-C.) A cette époque, elle était un lieu retranché, avec un pont sur le Rhône, reliant le pays des Allobroges à l’Helvétie. Elle n’occupait probablement que le haut de la colline, où se trouve aujourd’hui la cathédrale de Saint-Pierre.

Conquise par les Romains, elle se développa et acquit une assez grande importance par son commerce; elle est quelquefois désignée, par les auteurs du temps, sous le nom de Marché des Allobroges (Emporium Allobrogum).

Elle fit partie de l’empire romain pendant plus de 500 ans. Vers la fin du IVme siècle, elle se convertit au christianisme et devint le siège d’un évêché.

Au Vme siècle, elle tomba au pouvoir des Burgondes (ou Bourguignons), peuple originaire du nord de la Germanie, qui avaient envahi la Gaule et vaincu les Romains. Genève fut la résidence de quelques-uns de leurs rois, entre autres de Gondebaud.

Lorsque l’immense empire de Charlemagne eut été démembré, Genève devint une des principales villes du second Royaume de Bourgogne (888), dont Rodolphe 1er fut le premier roi. Ce royaume subsista pendant un siècle et demi; l’histoire de notre ville, pendant cette période, est des plus stériles.

A la mort de Rodolphe III, qui de son vivant, avait désigné l’empereur d’Allemagne comme son successeur, ce dernier, nommé Conrad le Salique, vint, avec une armée, prendre possession de ses nouveaux Etats. Il vainquit les seigneurs qui voulurent s’y opposer, et se fit couronner roi de Bourgogne à Genève en 1034.

Vue de Genève en 1548.

(Reproduction d’une vieille gravure tirée de la cosmographie de Münster.)


1er Récit. Genève allobroge et romaine.

L’origine de Genève est inconnue. Toutefois on est autorisé à penser que sa fondation remonte à quelques centaines d’aunées avant Jésus-Christ.

Jules César, écrivain aussi distingué qu’habile général, est le premier auteur qui fasse mention de notre ville: «Genève, dit-il, est la dernière ville (oppidum) des Allobroges et la plus rapprochée du pays des Helvètes. Un pont la réunit au pays des Helvètes.»

Ainsi, 58 ans avant J.-C., au début de la guerre contre les Helvètes, Genève était une bourgade fortifiée (oppidum) des Allobroges, peuple gaulois, qui avait été soumis une première fois par les Romains, 120 ans avant J.-C., et définitivement après une révolte, 62 ans avant J.-C.

La position de Genève, frontière des Helvètes et de la province romaine, en faisait un point stratégique de véritable importance; aussi était-elle fortifiée, comme l’indique César.

Les Romains, habiles colonisateurs, construisirent de belles routes et encouragèrent beaucoup le commerce. Genève devint florissante par ses foires et ses marchés. Tout porte à croire que la ville se trouvait entièrement sur la rive gauche du Rhône sans trop se rapprocher du fleuve, par crainte des brigands qui infestaient les bords des lacs et des rivières.

Un temple, consacré à Apollon s’élevait sur l’emplacement occupé depuis par l’église de St-Pierre. Un autre temple, dédié à Jupiter, à Mars et à Mercure, était situé sur les Tranchées, non loin de l’église russe actuelle.

L’histoire ne nous a transmis que peu de choses sur ces temps reculés. Nous savons seulement que Genève fut d’abord gouvernée comme les autres municipes romains; plus tard, sous les empereurs, elle devint une station militaire, une cité (civitas) romaine. Elle est mentionnée (vers l’an 400) au nombre des cités de la province viennoise, avec le titre de Civitas genevensium (cité des Genevois).

Elle embrassa le christianisme vers la fin du IVme siècle, grâce aux efforts des évêques de Vienne en Dauphiné, et devint le siège d’un grand évêché, dont le premier titulaire fut, croit-on, Diogène, qui vivait vers l’an 400.

2me Récit Genève pendant les invasions des barbares.

Au commencement du Vme siècle, de grandes masses de Vandales, de Bourguignons, et d’autres peuples germaniques, se précipitèrent sur la France actuelle et la Suisse occidentale. Les Romains leur opposèrent leurs meilleures troupes et leurs plus habiles généraux. Mais vaincus, ils durent abandonner la Gaule et se replier sur l’Italie. Les vainqueurs s’établirent dans les pays conquis et y fondèrent des royaumes, dont quelques-uns furent très florissants. Genève devint l’une des capitales du royaume des Burgondes (ou Bourguignons). Chilpéric, un de leurs rois, fixa sa résidence dans notre ville. Gondebaud, son frère et successeur, avait son château au Bourg-de-Four.

Clovis, le fameux roi des Francs, fit la guerre à Gondebaud et ravagea ses Etats. Genève ne fut pas épargnée, et l’une des églises fut incendiée. Mais bientôt après, la paix fut faite, et Gondebaud, devenu paisible possesseur de son royaume, fit réparer la ville. Il fit plus: il donna à son peuple des lois sages et impartiales, appelées «lois gombettes», dont on admire encore aujourd’hui plusieurs articles.

Plus tard, la belliqueuse nation des Francs, fixée dans le nord de la Gaule, après avoir fait avec succès la guerre à tous ses voisins, attaqua les Burgondes pour la seconde fois et s’empara de leur pays (vers 540).

Enfin, en 751, les Rois fainéants, successeurs dégénérés de Clovis, furent détrônés par Pepin le bref, qui fonda la dynastie des Carolingiens. Son fils Charlemagne fut le plus puissant monarque du moyen âge. Il possédait un immense empire qui s’étendait du nord de l’Espagne à la Hongrie, et laissa à ses successeurs un lourd héritage.

3me Récit. Chute du Tauredunum.

«Cette année (l’an 563), la haute montagne du Tauredunum, située dans le territoire du Valais, s’écroula si subitement, qu’elle engloutit le château et les villages dont elle était voisine, avec tous les habitants. Le lac, dans une longueur de soixante milles et une largeur de vingt, éprouva une secousse si violente par cet écroulement, qu’il se répandit sur les deux bords; une vague énorme dévasta plusieurs villages qui subsistaient de toute ancienneté, et n’épargna dans son débordement ni hommes ni troupeaux. Elle détruisit même plusieurs édifices consacrés à la religion, avec ceux qui les desservaient; le pont et les moulins de Genève furent emportés avec les hommes qui s’y trouvaient. Enfin elle pénétra dans la ville et y fit périr un grand nombre de personnes.»

(Traduit de la Chronique de Marius, évêque de

Lausanne et d’Avenches.)

«La montagne du Tauredunum fit, pendant plus de 60 jours, entendre une espèce de bruit intérieur, semblable à des mugissements; enfin elle se brisa, en se séparant d’une montagne voisine, et se précipita dans le fleuve (Rhône) avec les hommes, les églises, les richesses et les maisons qu’elle portait. L’eau (du Rhône), arrêtée par cette chute, retourna en arrière, parce que cet endroit était enfermé de tous côtés par des montagnes, au milieu desquelles le fleuve coulait. L’eau couvrit donc et détruisit tous les pays au-dessus de ses rives. Ensuite, s’étant accumulée et ayant trouvé une issue, elle causa de grands ravages sur sa route. En effet, comme on n’était pas préparé à cette inondation, elle fit périr les hommes et le bétail; elle renversa les maisons, et la vague s’étendit sur les deux rives du lac, en dévastant et entraînant tout ce qu’elle rencontrait, jusqu’à la ville de Genève. L’eau s’accumula à une si grande hauteur qu’elle entra dans la ville par-dessus les murailles, au dire de plusieurs personnes. Le fait est aisé à comprendre, puisque le Rhône, dans ces parages, coule dans des défilés de montagnes, en sorte que, sa route directe ayant été fermée, il n’en trouva point à droite ou à gauche. Mais quand il fut parvenu à rompre la montagne écroulée, il détruisit tout par la violence de son cours.

(Chronique de Grégoire de Tours).

N.B. On ne peut douter que la montagne du Tauredunum n’ait été placée au Bouveret, à l’extrémité du lac. Le nom de Bouveret est une espèce de traduction de celui de Tauredunum, car les Latins confondaient souvent les mots bovem (bœuf) et taurus (taureau).

Grégoire de Tours fait encore mention des truites du lac de Genève, et dit qu’on en trouvait qui pesaient cent livres. Ce poids, qui paraît au premier moment exagéré, pourrait bien ne pas l’être; car la livre romaine, dont parle Grégoire, ne valait guère que les deux tiers de la livre suisse actuelle. On pêche encore de nos jours des truites de vingt-cinq à trente kilogrammes.

4me Récit De la féodalité. Genève sous le second royaume de Bourgogne.

Nous avons dit que les Barbares germains s’étaient emparés de la Gaule, de l’Helvétie et d’autres pays appartenant aux Romains. Les chefs, pour récompenser les officiers qui leur avaient rendu les services les plus signalés, leur distribuèrent des provinces, à condition que ceux-ci leur rendraient hommage, ou, comme on disait alors, qu’ils seraient leurs hommes, c’est-à-dire qu’ils les reconnaîtraient comme leur souverain ou suzerain, leur fourniraient les troupes, et leur laisseraient les droits de haute justice, de lever certains impôts, de battre monnaie, etc., attributs du souverain.

Ces officiers supérieurs ou grands vassaux, n’étaient pas nombreux. Ne pouvant gouverner eux-mêmes la totalité de leurs immenses domaines, ils en cédèrent une partie, sous des conditions analogues, à des vassaux ou sous-vassaux; ceux-ci en usèrent de même avec les arrière-vassaux, etc. Le peuple était esclave. C’étaient les vilains , ou manants, ou serfs, attachés à la glèbe, c’est-à-dire appartenant à une terre, au même titre que les arbres et les maisons. Lorsqu’une terre changeait de maître, les serfs qui l’habitaient devenaient la propriété du nouveau possesseur.

Au Xme siècle, il n’y avait guère en Europe que des villages, habités par des paysans. Mais quelques-uns de ces villages grandirent et finirent par devenir des villes. Pour se défendre, les habitants entouraient celles-ci de murailles et de tours. Ces places, ainsi fortifiées, prenaient le nom de bourgs, et les habitants étaient des bourgeois.

Comme les paysans, les bourgeois furent d’abord soumis à des seigneurs. Mais s’étant enrichis comme artisans ou marchands, ils achetèrent aux seigneurs le droit de se gouverner eux-mêmes. C’est ainsi que nombre de villes devinrent des communes, et leurs habitants, des hommes libres.

C’est là ce qu’on appelle le système féodal, parce que la féauté ou fidélité au suzerain en est la base. Celui qui manquait à à cette fidélité, le félon, était déchu de tous ses droits. Le seigneur, de son côté, devait à son vassal aide et bonne justice. — On donnait le nom de fief aux terres qui dépendaient d’un seigneur, et celui d’alleus aux terres qui ne relevaient que du suzerain.

Le système féodal subit de nombreuses modifications. Ainsi, dans l’origine, le chef militaire qui offrait un fief à un vassal ne faisait que le lui prêter: il pouvait le lui retirer selon son bon plaisir. Ensuite les vassaux désirèrent laisser leurs biens à leurs enfants, et l’hérédité des fiefs s’introduisit peu à peu.

Quelques années après la mort du puissant empereur Charlemagne, son immense empire se brisa en plusieurs morceaux; aucun de ses successeurs n’avait eu son talent ni son énergie. Chacun de ces débris fut cependant assez grand pour former un royaume. C’est ainsi que furent formés les royaumes de France, de Germanie, de Lotharingie (Lorraine), d’Arles, etc., de même que le second royaume de Bourgogne, dont Genève fut une des principales villes.

Rodolphe I, gouverneur de la Bourgogne transjurane, s’empara du trône et se fit couronner roi dans l’abbaye de St.-Maurice, en Valais.

L’histoire de Genève, pendant le règne de Rodolphe et de ses successeurs, est peu connue. On sait que les Sarrasins, les Normands, les Hongrois promenaient sur l’Europe leurs hordes sauvages. La vallée du Léman fut ravagée. On croyait à la fin du monde, car on approchait de l’an 1000.

En 1032, Conrad le Salique, empereur d’Allemagne, mit fin au second royaume de Bourgogne. Le dernier roi, Rodolphe III, n’ayant pas eu d’enfant, avait désigné l’empereur d’Allemagne, son beau-frère, comme son héritier. Celui-ci s’avança avec une armée et prit possession de ses nouveaux États. Il força les habitants à le reconnaître comme suzerain, et se fit couronner roi de Bourgogne, à Genève, dans la cathédrale de St-Pierre, alors inachevée. A cette occasion, il la fit agrandir et embellir. Les travaux de construction durèrent longtemps encore. Ce ne fut guère que vers le milieu du XIIIme siècle qu’elle fut terminée.

DEUXIÈME LEÇON

Table des matières

Les évêques, la maison de Savoie, la commune de Genève, le vidomnat.

Genève se trouva donc placée sous l’autorité des empereurs d’Allemagne. Mais très occupés à de lointaines guerres, ceux-ci n’exercèrent jamais l’autorité effective. Ils remirent leurs intérêts entre les mains des évêques, et leurs concédèrent la souveraineté temporelle de leurs diocèses, c’est-à-dire tous les droits de haute et de basse justice (droit de condamner à la prison et à mort); celui de percevoir les impôts, avec les revenus qui y étaient attachés. C’est ainsi que les villes épiscopales de Bâle, de Besançon, de Sion, de Lausanne, de Genève, etc., furent constituées en fiefs ecclésiastiques, ne relevant que de l’empire et de leur évêque. La clef et l’aigle de nos armoiries s’expliquent Par la double souveraineté exercée sur la ville, la clef étant l’insigne de l’évêque, et l’aigle, celui de l’empire d’Allemagne.

A Genève, l’autorité de l’évêque fut violemment contestée par les comtes de Genève, ou comtes de Genevois qui, sous les rois de Bourgogne, avaient administré la ville et auraient voulu continuer à le faire. Les comtes, ducs, marquis , étaient des grands vassaux qui avaient réussi à devenir les seigneurs des pays dont ils n’auraient dû être que les gouverneurs.

Tel avait été le cas des comtes de Genevois, c’est-à-dire du territoire genevois (pagus genevensis), qui s’étendait autour de la ville. Ils possédaient un château-fort au Bourg-de-Four.

Les premiers évêques se défendirent avec courage contre les comtes de Genevois et la lutte fut longue et ardente. Toutefois, grâce au prestige de l’Eglise, et au concours des habitants, les évêques finirent par triompher. Les comtes de Genevois conclurent avec un des évêques, Humbert de Grammont (1124) un traité d’une haute importance, l’Accord de Seyssel, par lequel ils reconnaissaient la souveraineté de l’évêque sur la ville.

Vers la fin du XIIIme siècle apparut la Maison de Savoie, qui a joué un rôle si considérable dans l’histoire de Genève. Presque inconnus au Xme siècle, les comtes de Savoie, qui acquirent plus tard la dignité de ducs, devinrent peu à peu les maîtres de tout le pays autour de Genève. Leur pouvoir s’étendait sur le Chablais, le Faucigny, une partie du Piémont, le Pays de Vaud, etc. Ils firent la guerre aux comtes de Genevois et finirent par leur enlever successivement toutes leurs possessions. Genève, isolée au milieu des terres des ducs de Savoie, devait nécessairement devenir l’objet de leur convoitise.

Les Genevois qui, sous l’autorité de leurs évêques, jouissaient, comme nous le verrons plus loin, de grandes libertés, s’opposèrent toujours obstinément aux prétentions de la Savoie. Pour être mieux en mesure d’opposer une vigoureuse résistance à leurs ennemis du dehors, ils eurent l’idée de s’organiser entre eux. Comme beaucoup de villes à cette époque, ils se constituèrent en communauté (commune); ils se nommèrent des magistrats (syndics), chargés de veiller à la sûreté de la ville, de lever les impôts, etc.

On ignore le moment précis où les Genevois s’organisèrent en commune. Mais on sait que ce droit leur fut Sabord contesté par l’évêque, Guillaume de Conflans, qui les somma de «dissoudre la commune soit collège insolite qu’ils venaient de former entre eux.» Cependant, au commencement du XIVme siècle, de nouvelles tentatives furent faites, et l’on sait, d’après les Registres des Conseils, qu’en 1365 une assemblée générale de bourgeois, soit Conseil général (voir leçon suivante), avait pris la résolution de recevoir, avec de grands honneurs, l’empereur Charles IV.

De ce fait, d’ailleurs peu important, on peut cependant déduire que les bourgeois avaient acquis le droit de se réunir en Conseil général, et de prendre les décisions qui concernaient le bien général. Par conséquent, la commune existait en fait.

Toutefois l’évêque restait le souverain (dominus) de la cité. Il déléguait une partie des attributions à un fonctionnaire laïque, qui prit le nom de vidomne (du latin vice-dom(i)nus), c’est-à-dire remplaçant du souverain.

Le vidomne n’avait que des fonctions peu importantes, telles que de faire arrêter les malfaiteurs, de juger les petits délits, etc.

Cependant, espérant s’introduire dans l’administration de notre ville, les comtes et ducs de Savoie réussirent à se faire nommer vidomnes de Genève. Ils n’exerçaient toutefois pas en personne ces fonctions, mais en chargeaient un de leurs officiers.

5me Récit. Puissance de l’Eglise au moyen âge.

Il peut paraître étonnant qu’après le départ de l’empereur, les évêques aient pu tenir tête aux puissants comtes de Genevois. Mais il faut se rappeler que, à cette époque, le prestige et la puissance de l’Eglise étaient immenses. L’évêque dépendait du pape, auquel obéissaient les rois et les empereurs, comme les plus humbles des hommes. Malheur au prince qui refusait de se soumettre aux ordres de l’Eglise! il était excommunié, c’est-à-dire retranché de l’Eglise et son pays mis en interdit. Un excommunié était un être maudit, dont tout le monde fuyait le contact. A sa vue, les chants cessaient, l’orgue se taisait, les cloches restaient silencieuses. Lorsque la sentence d’excommunication était lue, c’était à la lueur des torches et dans le plus sombre appareil; à la fin de la cérémonie, tous les assistants renversaient leurs flambeaux et en éteignaient la flamme sous leurs pieds. Si le coupable était un prince, le pape déliait ses sujets de leur serment de fidélité ; souvent même il interdisait dans tout le pays les cérémonies du culte; les sacrements n’étaient plus administrés; il n’y avait plus de messes ni de prières, pas même pour les nouveaux-nés et pour les morts.

L’interdit était une sentence, prononcée par l’évêque ou le pape, interdisant l’exercice du culte et l’administration des sacrements dans un lieu déterminé. Cette mesure avait pour objet de punir ceux qui avaient causé un scandale public ou qui s’étaient révoltés contre l’autorité ecclésiastique. — En 1200 le pape Innocent III mit le royaume de France en interdit: pendant plus de huit mois, les églises furent fermées; plus de messes, plus de mariages; on n’enterra plus les morts avec des cérémonies religieuses. En présence de l’émotion populaire qui s’ensuivit, le roi dut céder au pape.

L’interdit était quelquefois accompagné de cérémonies lugubres: on voilait les statues des saints, on descendait les cloches des clochers, etc.

L’abus que l’Eglise fit de l’interdit et de l’excommunication fit tomber en discrédit ces armes redoutables. Mais pendant des siècles, grâce à elles, le pape tint à ses pieds tous les princes et les peuples de la chrétienté.

6me Récit. Quelques évêques.

De 1033 à Pierre de la Baume, dernier évêque, quarante évêques se succédèrent sur le siège épiscopal de Genève.

Humbert de Grammont fut le premier qui entra en lutte ouverte avec le comte de Genevois; il l’obligea à reconnaître son autorité absolue.

Ardutius, son successeur, continua la lutte et dut faire appel à l’empereur d’Allemagne Barberousse, comme à son suzerain, pour se défendre contre le comte de Genevois. L’empereur lui fit défense absolue de rien tenter contre Genève.

Ce fut Ardutius qui légua à l’évêché de Genève les Terres de Sallaz ou de Viuz en Sallaz qui firent partie du territoire genevois jusqu’à l’époque de la Réformation.

Sous Guillaume de Conflans (1288), les Genevois se constituèrent en communauté. Ils prirent possession de la garde des remparts et des portes, et perçurent les impôts. L’évêque, pour rester en possession de ses droits, menaça les habitants de l’excommunication.

En 1321 et en 1324, deux épouvantables incendies détruisirent presque toute la ville; les rues étaient étroites, les maisons couvertes en chaume et les moyens de combattre l’incendie presque nuls. Le feu avait pris, dans la rue Neuve de la Rivière (plus tard appelée, au dire de la chronique, rue de la Rôtisserie, parce qu’elle fut complètement consumée) par une bise violente. Trois églises, plusieurs centaines de maisons furent brûlées; 80 personnes périrent dans les film mes. Les archives des églises et certains registres officiels furent également perdus, ce qui explique les lacunes existant dans les documents primitifs de l’histoire de Genève.

Guillaume de Marcossay (1370) comprit que Genève ne serait jamais en sûreté avec ses remparts tombant en ruines; ils dataient de Gondebaud et n’avaient presque jamais été réparés. Il prit la résolution de construire une nouvelle enceinte fortifiée et d’agrandir en même temps la surface de la ville. De cette muraille, qui se trouvait tout entière sur la rive gauche, il ne reste de nos jours que la base de la Tour Baudet, qui fait Partie de l’Hôtel de ville, du côté de la Treille. Il y a quelques années, on a démoli la Tour Maîtresse (le nom subsiste encore), qui était une des principales tours.

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Release date on Litres:
11 October 2024
Volume:
159 p. 16 illustrations
ISBN:
4064066305475
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