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Lois Dabbadie

Une Croisade au XXe siècle

Civilisation chrétienne contre pangermanisme


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066304744

Table des matières

PRÉFACE.

IRE PARTIE.

IIME PARTIE.

IIIME PARTIE.

IVME PARTIE.

VME PARTIE.

VIME PARTIE.

VIIME PARTIE.

PRÉFACE.

Table des matières

Admirons la France: dans la plus épouvantable des guerres qu’enregistre l’Histoire, elle a un rôle digne de son passé.

Nos aïeux tinrent en échec les meilleures troupes de l’Europe coalisée, un siècle auparavant. L’irrésistible valeur des bataillons républicains, alertes et impétueux, décida du gain des batailles. Mais la puissance d’engins destructeurs, et l’emploi meurtrier d’innombrables projectiles, modifient les conditions du combat aujourd’hui. Sans un matériel suffisant, la victoire n’est acquise que par le courage stoïque et l’esprit de sacrifice poussés aux plus extrêmes limites. Or nos soldats, pris au dépourvu, firent des prodiges. Dieu a béni leur héroïsme.

Lorsque plusieurs nations rivalisent d’intrépidité au cours d’une lutte épique, soutenue contre l’infernal pangermanisme, soyons fiers d’avoir obtenu, en ce mémorable conflit, d’extraordinaires victoires, dont nos alliés reconnaissent l’importance.

Or ce loyal hommage, venu de nos dignes frères d’armes, faciliterait singulièrement la tâche des historiens, si un pareil esprit de justice animait nos généraux et nos hommes politiques. Malheureusement il est à craindra que des contradictions se multiplient. Car plusieurs personnages ont un culte exagéré pour leur gloire; et certains veulent se parer de celle d’autrui.

Allons-nous subir la mauvaise foi de mémorialistes orgueilleux?

Quand se succédèrent tout-à-coup les formidables évènements, qui occuperont toute l’attention du monde pendant un siècle, sinon davantage, les travaux historiques relatifs à l’intéressante période, entre l’avènement de Louis XVI et la chûte de Napoléon Ier furent interrompus. Et nul ne sait comment s’effectueront d’utiles mises au point ajournées par décision de prudents libraires-éditeurs.

Cela impose dès maintenant, aux partis et aux individus, l’obligation de ne pas mentir avec effronterie. Autrement quatre cents ans ne suffiraient point à ceux qui voudront fixer, en toute justice, dans les annales du monde, le souvenir de cette, horrible éruption du pangermanisme, vomi par l’enfer sur les peuples chrétiens.

Le rôle de notre France est si beau qu’on doit l’expliquer sans aucune emphase, avec la plus rigide indépendance On réfutera donc les impostures de maints politiques ambitieux, qui cherchent, par tous les moyens, une justification de leurs œuvres. On dédaignera leurs discours grandiloquents contre les attentats inhumains et sacrilèges de nos ennemis teutons ou ottomans! Car ils sont responsables d’avoir désarmé le pays et attiré sur lui des châtiments; eux-mêmes n’ont-ils pas, sans bombes mais avec leurs lois iniques, fait la guerre aux crucifix?

Reconnaissons loyalement nos fautes et celles de nos alliés. N’expliquons pas un manque d’élémentaire vigilance par des phrases. Ne nous vantons point d’avoir été pacifiques envers d’implacables ennemis, lorsque nous vécûmes au sein des discordes civiles suscitées par une secte anti-française. Chassons nos endormeurs, qui flattent notre vanité en donnant, aux mirages dont ils éblouirent le peuple, un faux air de généreux idéalisme. Ne soyons pas toujours des dupes aux simulacres d’Union Sacrée, quand la tyrannie blocarde subsiste. Démasquons les fourbes qui, parlant de fraternité, s’embusquent au Parlement, pour faire la loi aux grands stratégistes dont les victoires nous sauvèrent.

Point d’orgueil intempestif qui nous retienne dans l’aveu nécessaire de nos défaites! Il faut décrire la puissance des Allemands, leur prodigieuse organisation, les magistrales tactiques de leurs généraux, l’immense péril dans lequel se débattit notre race, la terrible perte d’existences, et d’autres calamités qui décimèrent une population déjà insuffisante.

Mentir n’est point acte de patriotisme. Si l’on doit sagement taire d’inquiétantes nouvelles, tout en proclamant celles qui réconforteraient le peuple, vouloir l’endormir dans une quiétude trompeuse est expédient criminel. Bientôt sa méfiance, une fois éveillée, le porte au plus sombre pessimisme. Et pourquoi tromper systématiquement ceux qui ne combattent pas? Nos soldats ont-ils manqué de force d’âme en présence d’épouvantables réalités, bien qu’elles fussent pour eux des surprises complètes?

M. Barthou l’a dit excellemment: “ après deux ans de

“ guerre et d’expériences, nous n’avons plus le droit de nous

“ monter la tête et de nous réchauffer le cœur avec des

“illusions. Cette monnaie, dont on a trop souvent payé un

“ peuple qui avait droit à la vérité, n’est plus digne d’avoir

“ cours.”

Des mensonges, répandus avec l’intention de rassurer le peuple, ne sont pas toujours excusables. Que dire d’impostures échafaudées pour les besoins d’un parti et de ses adeptes?

Si ardue ou périlleuse qu’apparaisse une patriotique mise au point, tout historien français osera l’entreprendre.

Comment y parvenir?

Pour qu’un menteur se taise, il est bon de lui faire savoir que maints témoignages véridiques peuvent infirmer le sien.

Voilà pourquoi des historiens ne relevant d’aucun parti, et n’ayant d’ailleurs pas d’orgueil personnel en jeu, commencent déjà leurs enquêtes.

M. Hanotaux bien promptement a publié quelques volumes sur la grande guerre; quoique écrits avec une extrême réserve, ils seront précieux pour quiconque voudra le suivre dans cette voie. Mais le devoir d’être fort discret, en certaine phase difficile, durant laquelle tout semblait imprudence, ne saurait plus réduire au mutisme ceux qui ont le droit, enfin, d’annoncer notre triomphe. Il est temps de substituer, au bluff des gouvernements et des journaux, l’histoire véridique. du grand péril que nous avons couru, époque douloureuse dont la France gardera toujours le souvenir!

Chacun sait aujourd’hui que rapports et communiqués sont pièces sujettes à caution. Chacun admet que les documents officiels et plusieurs déclarations publiques ne sont pas des blocs de vérité. Cette découverte un peu tardive nous rendra plus sagaces dans le choix des témoignages.

Il faut attentivement ouïr, sans crédulité, un grand nombre de versions relatives à maints événements peu connus; et parfois le dire d’obscurs héros nous dépeint mieux un état de choses que les assertions du premier ministre.

Nous sommes loin, certes, des temps où les soldats comprenaient quelque chose de la pensée stratégique du général-en-chef. Car, sur un point où les projectiles pleuvent, ils ne savent rien d’autres drames qui se déroulent simultanément ailleurs, sur une ligne immense. Donc les impressions des troupiers n’ont de valeur que pour l’historien désireux d’approfondir, par l’étude psychologique de leur superbe force d’âme, les causes d’inoubliables prouesses, d’héroïques sacrifices, de miraculeuses revanches!

En attendant que d’illustres serviteurs de la glande patrie nous révèlent mille choses secrètes, déblayons soigneusement nos fastes historiques, déjà encombrées de versions tendancieuses; dénonçons les intrigues d’une oligarchie toujours prête à mentir pour se disculper. Ainsi nous aiderons au triomphe de la vérité, nous préviendrons les machinations d’ambitieux qui, incapables d’abnégation, rêvent non point d’affranchir notre patrie du joug des sociétés secrètes, dont ils dépendent, mais de perpétuer l’incohérence, l’irréligion, les rapines, l’onanisme, le désordre social, l’amour des jouissances, l’alcoolisme, dans ce beau pays, dont l’indispensable triomphe aura été difficile par leur faute.

Plus tard la publication des papiers de Galliéni, du comte de Mun, de lord Kitchener, du colonel Driant, de Francis Charmes, les souvenirs des généraux Joffre, Pau, Castelnau, Foch, Dubail, Maunoury, lord French, de Lanrezac, Franchet d’Esperey, de Langle de Cary, Douglas Haig, Smith-Dorrien, Ruffey, Sarrail, de Maud’huy, d’Urbal, Roques, Ian Hamilton, d’Amade, Gouraud, Bailloud, Pétain, Nivelle et d’autres fameux guerriers, ainsi que divers témoignages émanant de Poincaré, Asquith, sir Edward Grey, Lloyd George, Redmond, Barthou, Delcassé, Balfour, Ribot, lord Lansdwne, Charles Humbert, Denys Cochin, serviront à établir, sous leur véritable jour, tant de faits que Jaurès, Caillaux, Messimy, Clémenceau, Briand, Doumergue, Bien-venu-Martin, Millerand, Gauthier, Pichon, Painlevé, Raffin-Dugens, Hervé, embrouillèrent à plaisir dans le but de pêcher en eau trouble.

Dès maintenant l’on discerne que la France, malgré tout, agit en état chrétien, par la force d’une vocation ancienne. L’armée française forme l’avant-garde indomptable des peuples qui luttent contre les hordes féroces du pangermanisme. Cette guerre ne semblait d’abord être que la défense du monde civilisé, aux prises avec les suppôts de la fausse science; Elle va se terminer eu croisade pour le triomphe des préceptes chrétiens.

LOÏS DABBADIE.

7 Avril 1917.

IRE PARTIE.

Table des matières

BISMARCK ET GUILLAUME II.

La guerre franco-allemande de 1870 démontra l’impéritie monstrueuse du gouvernement de Napoléon III, et la complète organisation du bloc teuton qui avait pris corps au lendemain de Sadowa.

Depuis cette catastrophe, le vaillant peuple français, jadis capable d’affronter le choc de plusieurs nations coalisées, subit une dure hégémonie consacrée par le traité de Francfort.

Sous le régime de la République libérale, si bien représentée par le grand patriote Thiers, notre France ne fut point lente à reprendre quelque prestige.

Bismark aussitôt médita une nouvelle agression; Gortschakof sut lui interdire pareille tentative de massacre .

L’homme qui attisa des discordes civiles chez nous, et procura aux meneurs de la Commune quelques milliers de chassepots, n’allait point être à court d’expédients. Diviser une nation c’est l’affaiblir. Gambetta, Ferry, Brisson, par leur malencontreuse haine du catholicisme, avaient mis en émoi le clairvoyant Thiers; or celui-ci mourut; sauf le comte do Mun, aucun debater ne pouvait mettre en garde la France contre les sinistres dispositions de ces farouches sactaires. Bismarck leur donna l’exemple du Kultur Kampf; il fit même de discrètes politesses au vaniteux Gambetta, et volontiers l’eut entraîné dans une brutale persécution du catholicisme. Que si Gambetta craignit de se compromettre par une prompte entente avec le chancelier allemand, il émit toutefois comme signal des persécutions, dites légales, cette sentence grandiloquente; “ Le cléricalisme, c’est l’ennemi!”

Plus tard un parti radical-socialiste, faisant sienne la formule de Rabagas, et opprimant les catholiques jusque dans l’armée française, allait fournir à l’élève de Bismarck une co-opération aveugle, ou criminelle.

Lorsqu’il découvrit les inconvénients du Kulturkampf pour l’Allemagne, notre subtil ennemi ne persista point dans l’expérience; fort satisfait d’avoir en France des imitateurs sans discernement, à loisir il observa l’œuvre de démolition que nos verbeux politiciens poursuivaient avec un incroyable manque d’esprit civique.

Bismarck suggéra des expéditions coloniales aux hommes d’état français, pour leur donner du souci. Prévoyant l’alliance franco-russe, il crut fourvoyer irrémédiablement la République Française dans des aventures contre l’Italie, la Chine et l’Angleterre.

Ces expéditions nous donnèrent la Tunisie, le Tonkin, Madagascar, et plusieurs autres territoires. On y gaspilla des millions de francs, par la faute des ministres, de leurs bureaucrates. Elles furent parfois meurtrières et faillirent coûter bien plus. Néanmoins l’agrandissement du domaine colonial stimula d’heureuse façon l’énergie française, procura quelques débouchés pour notre industrie, alors que les marchandises allemandes faisaient irruption chez nous.

Sous la présidence de Sadi Carnot, le gouvernement républicain regagna l’estime européenne, qu’il avait perdue tant soit peu, au cours du précédent septennat; l’empire des tsars soutenait d’une manière définitive la diplomatie française.

Guillaume II signifia tout-à-coup, en mars 1890, au prince de Bismarck, son intention de diriger lui-même la politique allemande.

Durant plusieurs années, ce nouveau souverain donna l’illusion aux naïfs qu’il était pacifique, bavard, fanfaron, malade, fantasque. En 1893 le kaiser ne commit pas l’imprudence de chercher noise aux deux peuples qui fraternisèrent à Cronstadt et à Toulon; car les ambassadeurs d’Allemagne, d’Angleterre et d’Autriche-Hougrie représentèrent au gouvernement italien, très hostile à la République Française, que des provocations seraient inopportunes. En décembre 1391, par l’organe du chancelier Caprivi, les déclarations relatives à la politique teutonne prirent un caractère de sereine bienveillance à l’égard des voisins de l’ouest comme des voisins de l’est.

Guillaume II prépara néanmoins le triomphe du pangermanisme, rêvant de poursuivre la politique bismarckienne jusqu’aux plus extrêmes conséquences. Bismarck voulut régenter le monde, Guillaume II médite de l’asservir.

Organisateur émérite, le Kaiser tripla méthodiquement ses forces militaires, stimula l’industrie et le commerce de son empire au moyen de cartels, institua l’ubiquiteux espionnage boche, tout en décuplant la richesse allemande. Ses banquiers juifs devinrent omnipotents aux pays voisins. Et tandis que nos parlementaires, ambitieux, sectaires, veules, jaloux, voleurs, interdisaient aux hommes d’élite l’accès aux fonctions suprêmes ou délicates, opprimaient nos généraux, sans leur laisser la moindre initiative, de crainte d’un coup d’état, l’empereur d’Allemagne choisissait avec discernement ses principaux collaborateurs.

Les scandaleux tripotages du Panama inspirèrent à ce monarque une géniale combinaison. Assurément son rôle dans l’affaire Dreyfus est mystérieux; en tous cas il réussit, de façon machiavélique, à mettre le désarroi, dans l’état-major français d’abord, puis dans toute la nation, avec l’aide suspecte de Zola et d’autres métèques. Le parti radical-socialiste lui doit les démissions du président Casimir-Périer, des généraux Mercier, Billot, Chanoine, Zurlinden, du ministre Cavaignac, et l’avènement au pouvoir de Bris son, de Combes, d’André, de Clemenceau, de Picquart, dignes prédécesseurs de Monis et de Berteaux, de Caillaux et de Messimy, d’Augagneur et de Painlevé. En témoignage d’une gratitude profonde, sans doute, le contre-espionnage français fut aboli.

Avec le parlementarisme gambettiste, selon Waldeck-Rousseau, et surtout Combes, il ne restait plus au Kaiser grand’chose à obtenir. De ces ministres, les successeurs prirent l’habitude, en l’exagérant au Palais-Bourbon et ailleurs, d’oublier l’ennemi d’outre-Rhin, et de découvrir dans les ordres religieux tout “suspect” d’attachement au Saint-Siège; même nos généraux et nos amiraux, en raison de leurs croyances catholiques, n’eurent point la confiance d’une république inféodée à la franc-maçonnerie. Par surcroît, des naturalisations faciles, puis l’accès partout, furent le privilège des juifs allemands, de par le patronage des loges. Guillaume II eut ainsi le bonheur d’être servi par Combes autant que Bismarck espéra voir Gambetta bouleverser la France.

L’empereur d’Allemagne avait toujours craint la perspicacité du tsar Alexandre III; il se réjouit de découvoir en Nicolas II un philanthrope sans méfiance. Rien n’était plus facile à l’élève du faussaire d’Ems que d’avoir des représentants aux grandes parlottes de la Haye, pour promettre en son nom, quitte à ne rien tenir plus tard. Il dissiperait ainsi les préventions du nouvel autocrate assez longtemps pour accomplir quelques perfidies. L’évènement justifia son espoir. Nicolas II eut l’occasion d’admirer sa troublante intelligence. Guillaume II affecta de féliciter la diplomatie russe d’avoir mis fin aux malentendus qui exaspéraient la méfiance du gouvernement britannique et il suggéra l’occupation des territoires chinois de Mandchourie. L’astucieux Kaiser était d’autant mieux averti de la puissance japonaise que des officiers-instructeurs allemands le renseignèrent. Mais il démontra au tsar combien la Russie, bloquée par des glaces polaires, étouffant pour ne point heurter diverses limites imposées par le Foreign Office, prendrait un puissant essor quand elle annexerait ce rivage sur une mer libre: Moukden, Port Arthur et Dalny seraient villes russes dans le voisinage des Nippons craintifs, résignés, affirma Guillaume II.

Il intrigua longtemps, comme Bismarck, pour amener un conflit entre la France et l’Angleterre; les incidents de Bangkok et de Fachoda stimulèrent son activité ; lord Salisbury manqua lui donner ce spectacle.

Les guerres du Transvaal et de Mandchourie fournirent à Guillaume II l’occasion d’accroître eu France et en Russie des rancunes fort légitimes contre l’impérialisme anglais dont Palmerston, Beaconsfield, Salisbury, Chamberlain, représentèrent avec une morgue peu attrayante l’idéal accapareur. Mais l’avènement d’un grand monarque interrompit les succès diplomatiques du Kaiser; tout-à-coup Edouard VII dirigea les affaires européennes avec une intelligence loyale et bienfaisante qui rappelait celle de son beau-frère Alexandre III.

Devant la Russie, qu’une campagne malheureuse venait d’affaiblir, et la France gouvernée par les loges maçonniques, une impérieuse tentation de frapper son grand coup agita Guillaume II.

Mais il avait un partenaire timide: l’empereur François-Joseph d’Autriche ne voulut agir qu’en des circonstances évidemment favorables. Or le roi Edouard VII opérait la réconciliation de l’Angleterre avec la France; c’est donc vainement que Guillaume II provoqua le peuple français en 1905. Il dût se montrer ensuite souple, patient, lorsque la conférence d’Algésiras régla, ou plutôt enfouit, cette question marocaine soulevée par lui. Dès lors il résolut d’entraîner son brillant second, Habsbourg, au milieu des Balkans, pour le contraindre à perpétrer un horrible crime de lèse-humanité.

Quelques années auparavant, le Kaiser s’était rendu à Jérusalem; certes il ressemblait peu à Godefroy de Bouillon prosterné au Saint-Sépulcre après sa victoire; mais plufôt à quelque fastueux chef de brigands! Aussi l’impression qu’il produisit, en traversant Constantinople, dût être une sorte de magnétisme. Passer la revue discrète des contingents turcs, qu’il opposerait aux Russes dans une guerre prochaine, et non point accomplir un pélerinage, lui importait en l’occurrence. Toutefois il osa se poser en protecteur des chrétiens pour faire contraste avec le Président de la République Française dont les gestes protocolaires, à l’égard du Vatican, furent dictés par les loges.

Guillaume II avait choisi pour le représenter à Constantinople un diplomate éminent: Marshall de Bieberstein; et celui-ci était devenu grand-vizir occulte; les Turcs marcheraient donc an premier signal.

C’est pourquoi l’empereur allemand fit annexer d’une manière définitive la Bosnie-Herzégovine par l’Autriche-Hongrie; en même temps Saxe-Cobourg, roi bulgare, prenait le titre de tsar, véritable bravade que la Russie n’eut point tolérée en d’autres époques. Mais, sagement Nicolas II subit l’affront, et engagea même le gouvernement serbe à se résigner en présence des mobilisations inquiétantes de la Double-Monarchie.

Le fourbe teuton n’avait point réussi à exaspérer contre l’Autriche-Hongrie deux Gouvernements slaves; son impatience d’obliger l’empereur d’Autriche à faire la guerre devint extrême. Il revint aux machinations en Occident, et déterra d’un tour de main la question marocaine. Son coup d’Agadir vaut une charge à fond. consortiums

Guillaume II profitait du régime des consortiums franco-allemands, qu’organisèrent Caillaux et de Schœn; et il pouvait choisir entre deux excellentes perspectives. Si la France eut résisté, sa préparation militaire, aussi défectueuse par la faute du ministre Messimy en 1911, que par celle de ses prédécesseurs André et Berteaux en 1905, aurait permis à l’envahisseur de pénétrer dans Paris avant que les armées du tsar Nicolas II fussent réunies aux abords de la frontière allemande. Autrement, céder aux injonctions teutonnes, jusqu’à renonveler, en d’autres termes, non moins ambigus, la convention d’Algésiras, et de plus faire abandon, par peur, d’un territoire colonial, n’était-ce pas le plus terrible aveu de décadence que formulerait, à la face du monde, le peuple français, quarante ans après la guerre de 1870?

Caillaux prépara une fusion franco-teutonne. Jaurès le soutint. Les pangermanistes se réjouirent d’avance. Un sculpteur boche, ayant atelier à Paris, modelait pour la venue triomphale du kaiser, en France, des bustes de toutes les grandeurs.

Pris d’inquiétude, parce qu’on ne sentait point, comme état-tampon, la France entre l’Allemagne et l’Angleterre, déjà sir Edward Grey disait: “ nous ne serons pas le chien qui se met dans la mangeoire pour empêcher le cheval de manger.”

Dans toute la France passa un frisson belliqueux. On s’émut des conséquences immédiates du traité marocain. Quelles alliances résisteraient à cet abaissement? Le peuple français, auquel dès lors ni les Russes, ni les Anglais, ni les Serbes, ni les Belges, ne pouvaient reconnaître le moindre courage, dégénérerait-il jusqu’au point où il serait mûr pour la kultur allemande, qu’on lui infuserait en confisquant son indépendance?

Tout-à-coup notre illustre vétéran de Rezonville décrivit les œuvres ténébreuses du ministère Caillaux: “ Je suis,

“ disait le comte de Mun, à la Chambre des Députés, un

“ très ancien et très déterminé partisan du protectorat de

“ la France au Maroc; je l’ai toujours considéré comme

“ une conséquence nécessaire de la domination de la

“ France sur l’Algérie et l’achèvement de l’œuvre accomplie

“depuis 80 ans par les gouvernements successifs

“ dans l’Afrique du Nord. J’ai soutenu devant l’opinion

“ les efforts qui nous ont été imposés, bien que je les aie

“ trouvés quelquefois dirigés sans une énergie suffisante, et

“ surtout sans une méthode vraiment efficace. J’ai cru, je

“ crois encore qu’on pouvait aboutir à un protectorat de

“ fait plus rapidement, avec beaucoup moins de complications,

“ si, à Paris on avait considéré la question marocaine

“ comme une question algérienne et non comme une question

“ européenne, et si, appuyés sur cette base de l’Algérie,

“ nous avions progressé à l’abri de la force militaire,

“ par la protection des intérêts.”

Cette fière critique émise, le comte de Mun hésitait à requérir la répudiation du traité Caillaux, sachant quel travail de désarmement, accompli par les blocards, valait aux patriotes la douleur de subir une si cruelle humiliation. Toute fois il concluait ainsi: “J’espère que l’expérience

“ pénible que nous venons de faire déterminera, à cet

“ égard, un courant d’idées nouveau et que la France

“ verra clair dans sa politique extérieure.”

Un autre héros, le général de Négrier, manifesta impétueusement son désir d’être un ouvrier, même obscur, de la grande œuvre de la revanche. Il espérait que, malgré tout, l’armée française triompherait, à force d’énergie. Ingambe quoiqu’il eut 73 ans, il écrivit au gouvernement, lorsque la guerre parut imminente: “Je suis trop vieux pour exercer

“ un commandement; nos soldats aiment à suivre des chefs

“ jeunes. Mais mes amis, qui me voient monter à cheval

“ tous les jours, disent que je me tiens encore bien en selle.

“ Je vous demande à contracter un engagement volontaire

“ comme cavalier au 4me régiment de chasseurs à cheval, à

“ Épinal. J’ai beaucoup étudié la région des Vosges et puis

“ rendre de bons services comme éclaireur.”

Le colonel Paty du Clam regimba contre l’inactivité que les blocards lui imposèrent et obtint de Messimy l’assurance qu’on lui ferait reprendre du service éventuellement.

La chûte de Caillaux, puis un réveil du pays sous le ministère Poincaré, assombrirent considérablement les horizons du kaiser, Dolcassé lui joua le tour de mettre aux prises l’Italie et la Turquie; du même coup une scission entre l’Italie et l’Autriche devait survenir en conséquence des acquisitions territoriales du gouvernemeut italien.

Puis ce furent la Bulgarie, la Grèce, la Serbie, et le Monténégro qui se coalisèrent pour écraser l’empire ottomau, (17 octobre 1912).

Malheureusement le Foreign Office retint les Bulgares loin de Constantinople; il est regrettable que la diplomatie européenne soit intervenue contre les Turcs et eux lors d’une rencontre aux lignes de Tchataldja.

Guillaume II s’en réjouit. Les diplomates autrichiens et allemands avaient persuadé au gouvernement roumain qu’il gagnerait, sans risques, en se réservant pour l’heure du partage. Ces mêmes conseillers tentèrent le monarque bulgare; et dans la nuit du 29 au 30 juin il assaillit à l’improviste ses alliés. Ferdinand Ier vit bientôt la déconfiture de sa traîtrise; il dût souscrire, par la paix de Bucarest, aux exigences des Roumains tandis que les Serbes et les Grecs, ne pouvant user de rigueur sans rompre l’équilibre balkanique, gardèrent seulement quelques localités pour être à l’abri d’une récidive. Au surplus, reprenant leurs armes, les Turcs obligèrent le gouvernement bulgare à rendre Andrinople .

Dans cet imbroglio, l’éloignement et le défaut de résolution, —pour ne pas dire l’intempestive divergence de vues entre les diplomates russes et anglais,—eurent pour la Triple Entente les plus fâcheuses conséquences. Par contre, la Wilhemstrasse et la Hofbourg assurèrent aux empires centraux un triomphe peu agréable au Quirinal; en effet, l’Italie dût concourir avec répugnance au développement de l’influence autrichienne en Albanie, où le prince de Wied fut installé. Supérieurement jouées, la Russie, l’Angleterre et la France entrèrent dans la voie des concessions, quelque peu aux dépens de la Serbie et du Monténégro, pour le maintien de la paix européenne.

Guillaume II comprit toutefois qu’il n’aurait pas longtemps l’Italie à ses ordres. Trop incertaine lui parut l’emprise germanique sur la Roumanie d’ailleurs.

La volonté d’en finir avec la France tendit toute son intelligence pour machiner une suprême perfidie. L’aveugle déférence que lui marquait l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche et le rôle considérable de cet illuminé ambitieux dans l’empire austro-hongrois lui firent espérer d’obtenir l’assentiment du vieux monarque.

Mais lorsque Jaurès mit Poincaré en fâcheuse posture durant les débats relatifs à la réforme parlementaire, l’empereur d’Allemagne voulut bien attendre quelque nouveau plongeon du peuple voisin dans les consortiums. Et son flair tout bismarckien lui indiqua les avantages qu’en tirerait le pangermanisme quand l’élection du même Poincaré à la présidence donna lieu aux manœuvres écœurantes des groupes que Pams, Clémenceau, Combes, Jaurès et Caillaux dirigèrent.

Employer la sozial-démocratie teutonne à soutenir des palabres internationales, où Jaurès remplit un rôle étrange, fut la manœuvre ostensible du kaiser; à quels autres expédients doit-il cette opposition furieuse, contre laquelle Barthou, de Mun, Pau, Joffre, Driant, soutinrent une lutte magnifique pour faire passer l’indispensable loi du service militaire de trois ans?

Peut-on douter que Guillaume II fut l’occulte artisan de la chûte du ministère Barthou quand on médite sur la revanche du germanophile Caillaux?

Jaurès prît sur les cabinets Doumergue et Viviani l’ascendant qu’avait eu Gambetta sur les ministères dont il n’était pas le président.

Les radicaux socialistes et les socialistes français, tout en se disputant des portefeuilles dans les crises ministérielles, en vinrent à s’entendre sur la doctrine d’une politique d’entente avec l’Allemagne.

Caillaux gouvernait la haute-finance; et sur tous ses agissements louches, dans la banque internationale dominée par les juifs allemands, Jaurès avait mis, comme voile épais, l’onctueuse phraséologie d’un rapport évasif. Le journaliste Calmette, rédacteur du Figaro, entreprit une impitoyable dénonciation du ministre équivoque; il fut assassiné. Toutefois le procès de la femme Caillaux, qui s’ensuivit, dévoila au public des actes si méprisables qu’une réprobation générale se manifesta, quoique le jury eut acquitté la coupable. On sut bien que cet impudique ménage ne ressentait point une colère d’époux discrètement amoureux mais plutôt la crainte d’imminentes allusions au procès-verbal relatif à Rochette le banqueroutier. Ce procès-verbal que dressa le procureur général Fabre, témoigne de la corruption d’un gouvernement, dont les ordres violentèrent des consciences de magistrats.

Comme un fruit pourri, lourd de vers, la France devait-elle choir?

Guillaume II jugea qu’il pouvait agir. François Joseph 1er, d’accord avec l’archiduc François Ferdinand, n’éprouvait que du mépris pour les Français; car l’espionnage teuton signalait l’absolu manque de ressort dans toute la France livrée à la tyrannie maçonnique. Sans doute le Kaiser dissipa tous les scrupules du vieil empereur par d’insidieuses déclamations sur la brouillonne influence du nid de la démagogie dans les problèmes européens relatifs au péril socialiste. Rien n’était plus facile que de dépeindre Jaurès comme un autre Proudhon, capable d’orienter quelque ligue internationale des anarchistes. L’empereur d’Autriche écouta les arguments du Kaiser, quels qu’ils fussent, et rejeta les supplications du pape Pie X.

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Release date on Litres:
16 January 2025
Volume:
160 p. 1 illustration
ISBN:
4064066304744
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