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Jean Vaysse de Villiers

Itinéraire descriptif

Description routière, géographique, historique et pittoresque de la France et de l'Italie


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066336837

Table des matières

ROUTES DE PARIS A VERSAILLES,

PREMIÈRE JOURNÉE.

DEUXIÈME JOURNÉE.

TROISIÈME JOURNÉE.

SUPPLÉMENT


ROUTES DE PARIS A VERSAILLES,

Table des matières

Par Sèvres,

4 lieues et demie.


LA route de Paris à Versailles? qui est en même tems et la plus intéressante et la plus fréquentée de France, se trouve décrite avec détail dans notre volume consacré à celles de Paris à Bordeaux, dont elle fait partie, et nous n’ayons pas manqué d’instruire nos lecteurs que, jusqu’à Sèvres, ils ont à choisir entre deux directions, l’une sur la rive droite, l’autre sur la rive gauche de la Seine.

En les leur faisant connaître toutes deux avec le même soin, quoique cette dernière ne soit guère foulée que par quelques voitures, particulières du faubourg Saint-Germain, nous n’avons point parlé d’une deuxième route, très- peu suivie, de Paris à Versailles, par Saint-Cloud et Ville - d’Avray, ni d’une troisième, encore moins fréquentée, connue sous le nom de haute route de Versailles, par Châtillon.

Quelque agréable que soit la première et la principale des trois, que nous avons vue élevée en terrasse sur la rive droite de la Seine jusqu’à Sèvres, et dominée en amphithéâtre par les maisons de plaisance et les jardins d’agrément de Chaillot et de Passy ( page 75 des routes de Paris à Bordeaux ), quelque animée qu’elle soit par le grand nombre de châteaux et d’habitations champêtres, de parcs et de bosquets qui s’y montrent sans discontinuer, à droite et à gauche, tantôt alternativement, tantôt simultanément, ainsi que par le mouvement perpétuel des voitures de toute espèce qui s’y croisent et s’y succèdent à chaque instant; quelque charme enfin que lui procure la perspective des côteaux verdoyans et variés de Meudon, Sèvres et Saint-Cloud, qui, se déroulant en long fer à cheval aux yeux enchantés du voyageur? paraissent s’embellir à mesure qu’il approche; la deuxième route traversant des contrées tout aussi pittoresques et plus bocagères, n’est point sans intérêt pour une certaine classe d’amateurs.

Si la première, qui semble en quelque sorte une continuation et comme un faubourg de Paris, participe du mouvement de cette capitale, l’autre offre, au lieu de ce genre d’agrément, celui de la solitude, et cette solitude est celle des bois. Ce sont les parcs de Saint-Cloud et de Versailles, séparés entre eux par les bois de Ville-d’Avray, village rempli de maisons de compagne, dont la situation fraîche forme le véritable charme, et dont la description détaillée ne peut convenir qu’aux observateurs de profession, qui vont d’un lieu à l’autre, soit dans leur voiture particulière, soit à pied, véritable manière de visiter avec fruit les environs de Paris. Nous les renverrons à notre volume déjà cité , et, pour de plus amples détails, aux nombreuses descriptions des environs de Paris. Cette route silencieuse, comme la contrée qu’elle parcourt, est entrecoupée de montées et de descentes rapides et nombreuses, qui la rendent aussi difficile que cette cause la rend solitaire.

Quant à la troisième, la plus roulante des trois, comme la moins montueuse, elle est absolument dénuée d’intérêt; c’est une continuité de champs monotones et peu fertiles, depuis la barrière d’Enfer à Paris, jusqu’au parc qui précède d’un quart de lieue celle du Petit - Montreuil à Versailles. Elle ne traverse d’autre bois que cette portion du parc de Versailles, ni d’autre village que celui de Châtillon, situé à une lieue de Paris, peuplé de 800 habitans, et moins remarquable par ses vignobles et ses maisons de campagnes, que par ses carrières de pierre de liais, de pierre à plâtre et de pierre, à chaux.

On se demande avec surprise pourquoi cette route n’est pas aussi large dans la première lieue que dans le reste du trajet; on se demande aussi pourquoi elle est, dans toute sa longueur, aussi peu fréquentée que la précédente, quoique ce soit, sans contredit, la plus directe de Paris à Versailles, pour toute la partie du faubourg S.t-Germain qui forme les quartiers du Luxembourg et de la Sorbonne, ainsi que pour tout le faubourg Saint-Jacques. On apprend qu’elle est réputée plus longue; je me suis demandé encore ce qui a pu lui faire cette réputation, en voyant que je n’ai employé qu’une heure et demie, au train ordinaire de la poste, depuis la barrière d’Enfer jusqu’à celle du Petit-Montreuil. Cette route joint, vers le milieu de la distance, celle de Paris à Choisy, et les deux n’en font plus qu’une depuis l’embranchement jusqu’à Versailles. Nous ne lui devons pas plus de détails qu’aux deux autres; mais quand bien même on voudrait en prolonger la description? nous avons. vu qu’elle ne fournit pas matière.

Destinant spécialement cette portion de notre ouvrage à la foule des curieux qui partent journellement de la capitale pour visiter Versailles, nous avons été obligés de nous conformer à la marche rapide des voitures publiques qui les entraînent vers le but de leur excursion, sans leur laisser le temps ni de nous lire, ni de s’arrêter en route: celui qu’ils mettraient à parcourir nos pages, serait perdu pour tout ce qui réclame sans cesse leur attention, dans cet intéressant et court trajet; ils ne doivent avoir des yeux que pour contempler un horizon dont les rians aspects fuient et varient à chaque instant, et non pour feuilleter des livres, qui, quelque analogues qu’ils puissent être à ces divers objets, sont plus propres à les distraire qu’à les. aider dans leurs observations.

L’étranger trouvera toujours, dans ses compagnons de voyage, des indicateurs empressés. à lui faire connaître les noms des lieux et des édifices qui captiveront ses regards; et lorsqu’il voudra les visiter à leur tour, il devra leur consacrer au moins une journée entière, en se munissant de notre volume déjà cité. Aujourd’hui il ne doit s’occuper, nous ne l’occuperons nous-mêmes que de Versailles, dont nous ne lui avons donné qu’un simple aperçu dans ce précédent volume; et ce ne sera pas assez de toute une journée, s’il ne veut rien laisser à voir; il lui en faut au moins trois: la première consacrée à la ville, la seconde au château, la troisième au parc. C’est ainsi que nous diviserons le chapitre suivant.


PREMIÈRE JOURNÉE.

Table des matières

VILLE DE VERSAILLES.

Avenue de Paris.

LA plupart des villes et des châteaux s’annoncent par de longues avenues qui les offrent de loin aux regards empressés du voyageur. L’avenue de Versailles, au lieu de lui présenter l’aspect de cette cité, semble au contraire la lui cacher, pendant quelque temps, comme pour mieux ménager sa surprise; elle n’y arrive qu’après avoir tourné deux fois à droite, en laissant à gauche, d’abord un premier alignement dirigé vers Viroflai ; puis un second qui, partant du château, va se perdre au milieu des bois dont est entourée et dominée, de tous les côtés, la ville de Louis XIV.

Ce dernier alignement, qui ne se prolonge ainsi que pour le point de vue, et ne commence réellement, pour, les voyageurs, que peu de tems après qu’ils ont passé la barrière, forme la grande avenue du château: cette avenue, qui ne commence elle-même qu’avec la ville, en la traversant de l’est à l’ouest, et la séparant en deux parties à peu près égales, savoir le quartier Saint-Louis ou le Vieux- Versailles à gauche, le quartier Notre-Dame ou la Ville-Neuve à droite, n’a pas un quart de lieue de long; encore cette longueur est-elle partagée, vers le milieu, par une butte qui ne laisse bien voir le château qu’après qu’elle est franchie. Jusque-là on n’en distingue d’abord que les parties supérieures, après quoi les divers étages se découvrent successivement jusqu’au rez de chaussée, comme se montrent, dans le lointain, les vaisseaux en mer, d’abord par le haut des mâts, ensuite par les voiles, enfin par le pont et le corps du bâtiment. Il eût été si facile de faire disparaître cette élévation, qu’on ne peut en expliquer le maintien, sinon par le motif déjà présumé de ménager davantage au voyageur le plaisir de la surprime, en piquant plus long-tems sa curiosité. Quant à nous qui désirons la satisfaire en tous points, nous avons éprouvé un véritable déplaisir, tant pour nos lecteurs que pour nous-mêmes, en voyant une légère inégalité de terrain couper ainsi la perspective du château, qu’on aimerait, qu’on s’attendrait même à voir entièrement, du point où avenue commence a s’aligner.

En face du coude qu’elle décrit, on remarque, à droite, un long mur de clôture qui enferme un vaste parc et fait soupçonner une habitation d’un ordre supérieur. C’était jadis la maison de plaisance de Madame Elisabeth, que sa naissance royale et sa vertu céleste conduisirent sur l’échafaud où fumait encore le sang de son vertueux frère.

Les terrasses dont on longe les murs du même coté , peu de temps après, laissent entrevoir quelques portions de jardin qui font regretter les parties qu’on n’en voit pas. Ce jardin et l’hôtel qui est à la suite furent long-tems le séjour de Madame Du Barry, cette célèbre courtisane, qui disait à Louis XV: La France, ton café f... le camp; et disait de Louis XVI dont un des premiers actes, en montant sur le trône? fut de la reléguer à l’abbaye de Pont-aux-Dames: Le beau f... règne, qui commence par une lettre de cachet!

Cet hôtel fut consacré , peu de temps après, aux écuries de MONSIEUR, aujourd’hui Louis XVIII; et ces écuries sont devenues, depuis la restauration, celles des gardes-du-corps de la compagnie de Noailles, logés eux-mêmes dans les appartemens de l’hôtel.

Le côté opposé de l’avenue n’offre, comme celui-là, que des maisons inégales de forme et de grandeur. On s’étonne de compter au nombre des moins apparentes l’hôtel des Menus-Plaisirs. Il sert aujourd’hui de succursale à celui des gardes-du-corps. La salle qu’y fit construire Louis XVI, pour les états-généraux, est entièrement démolie.

En général, les façades des deux côtés de l’avenue offrent, avec beaucoup de disparate, peu de noblesse et point d’élégance: ce dernier genre de mérite est étranger à la grande avenue de Versailles, où tout est sérieux et presque austère. La régularité ne commence, de part et d’autre, qu’aux deux hôtels du grand-veneur et du grand-maître, dont les deux portes se font face, l’une à droite, l’autre à gauche.

Le premier portait, avec les autres bâtimens et les cours qui en dépendent, le nom vulgaire de chenil, parce que c’est là qu’étaient logés, outre le grand-veneur, qui occupait l’édifice principal, les gentilshommes de la vénerie, les piqueurs, les palefreniers et les chevaux de chasse, les valets de chiens et les chiens eux-mêmes. L’édifice principal est aujourd’hui consacré aux tribunaux de première Instance et de Commerce. Les bâtimens secondaires ont conservé leur ancienne destination.

L’hôtel du Grand-Maître portait ce nom; parce que c’était l’habitation du grand-maître de la maison du Roi, dont le dernier a été le prince de Condé , ce vénérable général des émigrés, mort à Paris de nos jours. Cédé par Louis XVI, en 1788, à la ville, pour y établir sa municipalité, l’hôtel du grand-maître, désigné toujours sous ce nom par les auteurs, n’est autre chose aujourd’hui que l’hôtel de ville de Versailles.

On regrette que ces deux édifices, uniformément bâtis et couverts à l’italienne, n’aient pas été placés sur l’avenue même, vis à vis l’un de l’autre, au lieu d’être tournés, comme ils l’ont été , vers l’ouest, et placés, sur une ligne parallèle, dans l’intérieur d’un enclos, ou ils étaient à peine remarqués des passans. Nonobstant leur fausse position, une heureuse idée du maire actuel ( M. le marquis de Lalonde ) va les faire contribuer à la décoration de la ville, par une magnifique percée, qui, coupant l’avenue a angles droits, longera les deux larges perrons formant l’entrée de ces deux hôtels ainsi que les deux hautes terrasses occupant le devant des deux façades, et joindra la rue Royale, qui traverse, dans la direction du nord au sud, tout le vieux Versailles, à la rue du Plessis, qui traverse dans la même direction toute la ville neuve. Cette réunion, déjà exécutée à moitié , formera, si elle s’achève , la plus longue et la plus belle rue de la plus belle ville de France .

La nouvelle rue contribuera d’autant plus à l’embellissement de l’avenue de Paris, qu’elle aura mis en évidence les deux hôtels dont on vient de parler, hôtels qu’on s’étonne aujourd’hui de compter au nombre des plus remarquables de la ville, quoiqu’ils n’offrent, en les examinant bien, aucun ornement, aucun ordre d’architecture, ni aucun autre mérite que leur comble à l’italienne.

L’inscription d’un établissement de bains publics, qui fixe bientôt après, à gauche, les regards du voyageur, lui apprend, en passant, qu’il peut prendre à Versailles des bains minéraux de tous les pays du monde .

Les longs et monotones bâtimens qui bordent des deux côtés et terminent cette avenue, vers la Place d’Armes, sont les ailes en arrière des grandes et petites écuries du Roi, dont les grilles donnent sur la place vis-à-vis du château.

Mais nous ne songeons peut-être pas assez, en décrivant l’avenue qui nous conduit à cette célèbre maison royale que nous l’avons nous-mêmes en face, depuis long-tems, et que l’impatience du voyageur ne lui permet guère de prêter son attention aux détails dans lesquels nous venons d’entrer, suivant notre usage, sur les édifices que nous avons longés à droite et à gauche. Nous croyons néanmoins devoir tenir encore en suspens sa curiosité, afin de mieux la satisfaire, en terminant la description de la ville, avant d’entreprendre celle du château et du parc, ordre successif qui doit lui ménager cette progression croissante d’intérêt, observée, constamment dans toutes nos descriptions, et comme nous en faisons trois articles séparés, il pourra, s’il est pressé de jouir, en intervertir l’ordre à sa guise.

Nous ne quitterons pas cette avenue, composée de quatre rangs d’ormes formant trois allées, sans lui donner un dernier coup d’œil. Tous les auteurs en ont proclamé , nous en avons proclamé nous - mêmes la magnificence dans notre volume des routes de Paris à Bordeaux ( page 98 ).

Il est pourtant vrai de dire qu’elle n’est magnifique que de sa largeur, tellement mesurée sur la longueur de la façade du vieux château de Louis XIII, qu’en parcourant l’allée du milieu, qui consiste en un pavé et deux larges accote-mens, faisant en tout 25 toises, on découvre en plain tout le développement de cette façade, en même temps que des deux allées de côté , larges de 10 toises chacune, l’œil n’embrasse que la colonnade corinthienne dont se composent les deux portiques avancés des ailes latérales, construites, l’une sous Louis XV et Louis XVI, l’autre sous Louis XVIII.

Pour produire cet heureux effet, il n’a pas fallu moins que la largeur extraordinaire de la grande avenue: toutefois cette prodigieuse largeur formant un total de 45 toises, qui exigerait une longueur également prodigieuse, nous paraît, sous ce rapport, excéder les proportions naturelles, deuxième défaut de cette avenue, dont le premier est le dos-d’âne que nous avons déjà vu en couper la perspective. Nous avons vu aussi qu’elle n’est bordée que d’édifices ordinaires et dépourvus de régularité ; enfin, les arbres antiques qui jadis contribuaient si heureusement à la majesté de cette avenue, ont fait place à des arbres inégaux et rabougris, qui la déparent actuellement, au lieu de l’embellir. Telle est, avec toutes ses beautés et tous ses défauts, la grande avenue du château de Versailles; beautés partout justement prônées; défauts tout-à-fait inaperçus jusqu’ici, ou du moins passés sous silence par les auteurs qui nous ont précédés.

Les deux avenues de Sceaux et de St.-Cloud, qui viennent obliquement, l’une à droite, l’autre à gauche, aboutir avec celle de Paris, à la Place d’Armes, n’ont ni les mêmes beautés, ni les mêmes défauts. Loin de présenter avec avantage la façade du château, elles n’en offrent, au contraire, que de fausses perspectives; mais, bien moins larges que celle de Paris, ces deux avenues se trouvent proportionnées, sous ce rapport, avec leur longueur. En outre, les maisons qui les bordent sont plus agréables, et les ormes qui les ombragent, plus grands, plus touffus et surtout mieux soignés.

Avenue de Sceaux.

On peut dire seulement de l’une d’elles, celle de Sceaux, que ce n’est pas une avenue, puisqu’elle ne conduit ni à Sceaux, ni nulle part ailleurs qu’à une fontaine et un abreuvoir, où les voyageurs, arrêtés par un parapet qui les garantit de se jeter dans l’eau, en suivant la direction de l’avenue, demeurent incertains s’ils, doivent tourner à droite ou à gauche, en voyant, de chaque côté, des rues dont la direction formé, avec celle qu’ils ont suivie jusque-là, une véritable équerre, Il est bon de les prévenir que c’est la dernière rue à gauche ( celle de Noailles) qu’ils ont à prendre, en tournant tout-à-fait à angle, droit, pour aller gagner celle du Grand-Chantier, qui, s’embranchant, non loin de l’hôtel de ville, à l’avenue de Paris, forme réellement celle de Sceaux; car, dans l’état actuel, personne ne prend l’avenue qui conduit à l’abreuvoir; elle n’est considérée que comme une promenade.

Cet abreuvoir est un bassin rond, construit en pierres de taille, l’an 1810, par les édiles, de la ville de Versailles, comme l’apprend, en grosses lettres et en beau latin, à toutes les générations présentes et futures, une pompeuse inscription qu’on lit sur une plaque de marbre noir, incrustée dans le mur qui s’élève, par derrière, en fer à cheval. Au surplus, si cette avenue est mal nommée, en ce qu’elle ne conduit pas directement à la route de Sceaux, la route elle-même ne doit pas porter ce nom, puisqu’elle ne conduit directement qu’à Choisy, ou bien à Paris, par la haute route sus-mentionnée ( p. 3 ), comme on peut en juger à la simple inspection de la carte des environs de Paris, et non pas à Sceaux, où elle n’arrive que par un petit embranchement de communication, qui a été négligé sur cette même carte, et qui échappe à l’attention du voyageur.

Avenue de S. Cloud.

L’avenue de St.-Cloud, la plus fréquentée, la plus animée et la plus belle des trois, est la seule qui nous paraît exempte de critique: elle aboutit à une pate-d’oie, où elle tourne légèrement à gauche, pour prendre, sous le nom d’avenue de Picardie, la direction de St.-Cloud, en laissant à droite la petite route de Paris, par Montreuil, qui se réunit avec la grande, à une demi-lieue de cet embranchement, et abrège de quelque chose les personnes intéressées à partir ou arriver par cette avenue.

Montreuil, ancien village, est aujourd’hui un faubourg de Versailles. On y remarque une belle église paroissiale, sous l’invocation de St.-Symphorien. Elle a été bâtie, en 1770, dans le goût simple et pur des anciens, sur les dessins de M. Trouard. Un portique de huit colonnes toscanes, dont quatre détachées et quatre engagées dans le mur, en forment le frontispice; vingt colonnes doriques et cannelées en soutiennent la nef.

Dans la chapelle à gauche en entrant, on voit un monument érigé à Madame Trial de Monthion, morte depuis peu, et enterrée dans le cimetière de cette paroisse. Elle est représentée couchée dans un tombeau, se soulevant à la vue d’un ange qui lui apparaît et lui présenta une couronne. Ces deux figures, d’une exécution médiocre, sont en marbre blanc; mais ce qui nous a paru plus médiocre encore, est l’inscription qu’on lit au bas, et qui fait révoquer en doute la vertu de la défunte:

Dieu, dans sa clémence infinie,

A pour jamais réglé son sort;

Sans chercher quelle fut sa vie,

Songe à l’inexorable mort;

Et pour elle et pour toi, mortel, arrête et prie .

Rétrogradant jusqu’au milieu de l’avenue qui nous a conduits à Montreuil, deux bâtimens y fixeront nos regards; l’un, du côté du midi, présenté une façade agréable, quoique d’un style capricieux; c’est un ancien gymnase, aujourd’hui une institution anglaise, tenue par M. Bluck, professeur de Cambridge. L’autre, du côté opposé , est le collége royal de Versailles, construit en 1766, pour une communauté de chanoinesses Augustines, par les bienfaits de la reine Marie Leczinska, femme de Louis XV et fille de Stanislas, roi de Pologne. C’est un bel édifice, dont on ne peut se procurer la vue qu’en s’introduisant dans la vaste cour au fond de laquelle se dérobait aux regards profanes cette maison de vierges. Il ne borde l’avenue de St. Cloud que d’une terrasse et d’une grille, au travers de laquelle on distingue la jolie chapelle construite par la munificence de la même reine, sur les dessins de M. Mique. C’est, en miniature, un vrai chef-d’œuvre de goût; c’est aussi une idée vraiment heureuse de l’avoir placée en face de la grille d’entrée, pour que, si l’éloignement dérobe la vue de la maison, il ne dérobe pas de même l’aspect d’un aussi précieux monument d’architecture. Il se présente. par un joli vestibule de quatre colonnes cannelées d’ordre ionique, supportant un fronton triangulaire, dont le tympan renferme un bas-relief qu’on dit représenter la Foi, l’Espérance et la Charité. Si ces trois figures allégoriques, dont l’une tient une gerbe de blé, une autre deux enfans à la mamelle, et dont la troisième semble implorer le ciel, sont véritablement celles des trois vertus théologales désignées par tous les auteurs, l’artiste aurait bien dû lever les doutes en mettant leurs noms au bas car il est difficile de les reconnaître à de pareils attributs.

Un autre bas-relief qu’on voit dans le vestibule, au-dessus de la porte d’entrée, semble être la présentation d’une pensionnaire? par l’abbesse du couvent, à la fondatrice.

Cette église forme, à l’extérieur comme à l’intérieur, une croix grecque des plus élégantes; la coupole est soutenue par 26 colonnes ioniques comme celles du vestibule, et le pourtour est enrichi de 20 bas-reliefs, très-bien exécutés par Boccardi; ils représentent l’histoire de la Vierge. Le tout est en pierre blanche, que malheureusement on a badigeonée. L’Assomption peinte au plafond de la coupole, est de Briard, et les pendentifs, de Lagrenée le jeune. On admire surtout la délicatesse et la décroissance graduée des rosaces qui décorent cette coupole autour du plafond. La maison renferme un cabinet d’histoire naturelle et de physique assez bien tenu; le collége est lui-même un des mieux tenus de France, comme il en est un des plus beaux. Le proviseur qui l’administre en ce moment et depuis plusieurs années, est M. Dubruel, l’un des plus estimables membres de la Chambre des députés.

Les trois avenues que nous venons de décrire sont trois véritables promenades, qui ressemblent tout-à-fait à nos boulevarts de Paris; il ne leur en manque que le nom, qui a été réservé pour trois autres promenades du même genre, baptisées: boulevart du Roi, boulevart de la Reine, et boulevart St.-Antoine.

ulevarts.

Tous trois sont plantés, connue les avenues), de beaux ormes; les deux premiers sont en outre bordés de bâtimens neufs et propres, dont le plus remarquable est l’hospice royal, civil et militaire, situé au coin du boulevart de la Reine et de la rue du Plessis; c’était jadis une de ces léproseries que la sagesse de nos ancêtres avait placées dans l’isolement, pour extirper de nos climats, en lui ôtant toute communication, le fléau de la lèpre, triste conquête des croisés dans l’Orient .

Après l’extinction de la lèpre, cette infirmerie continua de subsister comme maison de charité, Louis XV la fit reconstruire, en l’érigeant en hospice royal; Louis XVI fit agrandir cet hospice, d’après les plans d’Arnaudin, et Louis XVIII le fait achever en ce moment par M. Guignet, son architecte. Une fois terminé , ce sera un des beaux hôpitaux de France. On y remarque la chapelle en rotonde, couronnée d’une coupole et couverte en cuivre, que le vert-de gris ronge, au point qu’on sera sans doute forcé d’y substituer le plomb. Elle occupe le milieu de l’édifice, qui, comme l’observe fort bien le Cicerone de Versailles, a la forme d’une H.

Le troisième boulevart, qui est à la suite du premier, présente, en s’abaissant vers son milieu, un heureux effet d’optique, qui, joint à la nature des lieux, lui donne un ton des plus solitaires. Je l’ai parcouru deux fois sans y rencontrer aucun être vivant, si ce n’est un chien qui, sorti d’une des maisons du hameau St.-Antoine, situé tout-à-fait au bout, me poursuivit assez loin pour me prouver qu’il n’était pas habitué aux passans, et qu’il regardait le terrain que je parcourais comme une dépendance de la maison dont la garde lui était confiée. Depuis la ville jusqu’à ce hameau, qui est à gauche, on ne longe que des murs de jardin de l’autre côté sont des champs, et une seule mais assez jolie maison bourgeoise.

Si le boulevart du Roi n’offre, quoique fort beau, aucun édifice à citer, la rue du Réservoir, ouverte dans le même; alignement, se distingue par une suite de façades aussi nobles qu’élégantes. La première qui se présente est celle du théâtre de la ville, construit en 1777, par M.lle Montansier, sur les dessins de M. Heurtier. Peu apparent extérieurement, il est d’une bonne coupe intérieure et d’une distribution des plus commodes. La façade de l’hôtel de la préfecture ( ancien garde-meuble de la couronne ), qui suit immédiatement, a plus d’apparence; bien qui! ne forme pas de même avant-corps et ne présente aucun ordre d’architecture. Le grand hôtel du Réservoir communiquant au parc, et tenu dans le genre des meilleurs hôtels de Paris, par le sieur Merle, successeur de la veuve Raimbault, contribue encore, par sa façade, à l’embellissement de cette rue. Un peu plus loin, ressort avec majesté, de l’alignement général, la belle salle d’Opéra du château, appuyée contre l’aile septentrionale de cet immense édifice. Enfin, à l’extrémité de la rue, toujours du même côté, s’avance avec grâce, également adossée au château, la jolie chapelle du Roi, dont nous parlerons, ainsi que de l’Opéra, en décrivant le château même.

Avec ses trois avenues et ses trois boulevarts, la ville de Versailles pourrait se vanter d’être riche en promenades. Ces six promenades pourtant ne sont rien pour elle auprès du parc, dont la description doit terminer et couronner en quelque sorte ce tableau.

Quartier Notre Dame ou Ville Neuve.

Les boulevarts sont tous trois, comme l’avenue de St.-Cloud, dans la partie septentrionale de la ville, qui se trouve déjà, par cette raison, en grande partie décrite: c’est la Ville-Neuve, ou le quartier Notre-Dame, nom qui lui vient de son église paroissiale.

Cette église, si elle n’est que la seconde de Versailles par sa grandeur et son architecture, en est la première par son origine qui se confond avec celle du château. Louis XIV en posa la première pierre en 1684; elle fut terminée en 1686. On est surpris d’apprendre que Jules Hardouin-Mansard en a été l’architecte, d’après le mauvais goût du frontispice et surtout d’après les deux campanilles qui en occupent les deux angles, sans s’élever à la hauteur du fronton qui couronne le milieu. L’art et la nature veulent impérieusement que les tours dominent les édifices dont elles font partie, au lieu d’en être dominées; mais n’oublions pas que cette singularité du portail de Notre-Dame est du célèbre Mansard, qui connaissait mieux que personne les lois de l’art et celles de la na-nature. A ce nom recommandable, la critique expire; Mansard n’a pu pécher par ignorance; il a eu, sans doute, des motifs puissans qu’il nous donnerait lui-même, s’il vivait encore: respectons-les sans les connaître, respectons les grands hommes jusque dans leurs erreurs apparentes ou réelles.

L’intérieur offre, dans un vaisseau de médiocre étendue, un style dorique assez agréable en pilastres cannelés. Le maître-autel est décoré de quatre colonnes corynthiennes en marbre de-Rance, et d’un bon tableau représentant l’Assomption, par Michel Corneille. On remarque avec curiosité , aux croisées du chevet, les tableaux transparens qui tiennent lieu de vitraux ils sont analogues aux meilleurs de nos Rois, St. Louis, Henri IV, Louis XVI et Louis XVIII.

Dans la deuxième chapelle, à gauche en entrant, on voit un cénotaphe érigé par la piété filiale, à la mémoire de M. le comte de Vergennes, ancien ministre et ambassadeur sous Louis XVI, comme l’apprend une inscription gravée sur un socle de marbre noir qui est au-dessous. Ce monument, exécuté en 1798, par le sculpteur Blaise, n’a été placé qu’en 1818 il consiste en un sarcophage de marbre portor, surmonté d’un génie qui pleure, en tenant un médaillon de marbre blanc, où l’artiste a représenté en bas-relief le portrait du ministre. Le tout est appuyé contre un obélisque en marbre bleu-turquin incrusté dans le mur. Ce monument nous paraît, en prouvant que le talent n’est pas toujours célèbre, placer au rang de nos plus habiles sculpteurs l’obscur M. Blaise, que sa modestie a seule empêché, sans doute, de voir son nom inscrit avec honneur dans les annales des arts.

Non loin de cette église, dans la rue de la Pompe, sont les écuries de la Reine, aujourd’hui de LL. AA. RR. le duc et la duchesse d’Angoulême, et tout à côté, dans un ancien hôtel du maréchal de Noailles, le petit Séminaire, ainsi nommé parce que les élèves qu’on y prend dès l’enfance, comme dans toutes les autres maisons d’éducation, sont spécialement destinés à la prêtrise: c’est assez dire que l’éducation y est plus religieuse qu’ailleurs. Si l’on ne savait que former de bons chrétiens, c’est former de bons sujets, on s’en convaincrait, en voyant l’air posé, sage et respectueux, je dirai presque vertueux de ces jeunes aspirans du sacerdoce, qui n’en portent pas cependant encore la robe; ils ne sont pas même plus liés que d’autres par leur éducation, ni obligés, après leurs classes terminées, de passer à celle de la théologie, si leur vocation les porte vers un autre état.

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0+
Release date on Litres:
16 January 2025
Volume:
156 p. 11 illustrations
ISBN:
4064066336837
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