Read the book: «Henner»
Henry Roujon
Henner

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066333898
Table des matières
LA FILLETTE AU RUBAN BLEU
LES PREMIÈRES ANNÉES
L’ARRIVÉE A PARIS
LE SÉJOUR A ROME
L’ŒUVRE DE HENNER
LE PORTRAITISTE
LA FILLETTE AU RUBAN BLEU
Table des matières
(Petit Palais des Beaux-Arts)
Ce petit portrait, d’une si charmante délicatesse et d’une si ravissante couleur, appartient à la première période de la vie du peintre. Il n’en est pas moins remarquable d’exécution et de vérité.


POUR PARAITRE LE Ier DE CHAQUE MOIS:
EL CORREGIO
GOYA.
LE BRUN.
LOUIS DAVID.
BASTIEN-LEPAGE.
PHILIPPE DE CHAMPAIGNE.
DECAMPS.
ROSA BONHEUR.
FANTIN-LATOUR.
DÉJÀ PARUS:
VIGÉE-LEBRUN.
REMBRANDT.
REYNOLDS.
CHARDIN.
VELASQUEZ.
FRAGONARD.
RAPHAEL.
GREUZE.
FRANZ HALS.
GAINSBOROUGH.
L. DE VINCI.
BOTTICELLI.
VAN DYCK.
RUBENS.
HOLBEIN.
LE TINTORET.
FRA ANGELICO.
WATTEAU.
MILLET.
MURILLO.
INGRES.
DELACROIX.
LE TITIEN.
COROT.
MEISSONIER.
VÉRONÈSE.
PUVIS DE CHAVANNES.
QUENTIN LA TOUR.
H. ET J. VAN EYCK.
NICOLAS POUSSIN.
GÉROME.
FROMENTIN.
BREUGHEL LE VIEUX.
GUSTAVE COURBET.
LE CORRÈGE.
H. VAN DER GOES.
HÉBERT.
PAUL BAUDRY.
ALBERT DURER.

HENNER
Table des matières
IL n’est personne à qui il ne soit arrivé, passant devant les vitrines d’un marchand de tableaux, de se voir invinciblement attiré vers une toile faisant une tache d’or fluide, lumineuse vapeur dans laquelle baigne un corps blanc de femme, de ce blanc mat et chaleureux qui laisse transparaître à fleur de peau la flamme intérieure, le sang qui circule, la vie qui bouillonne... C’est un Henner. Et quand on a pris contact, ne fut-ce qu’une fois, avec une œuvre de cet incomparable artiste, c’en est fait pour toujours; on les reconnaît toutes au premier regard comme on reconnaît dans la rue un ami même avant que d’avoir pu distinguer ses traits. Si personnelle est sa manière, si originale sa facture qu’il est impossible de le confondre avec un autre peintre, de même qu’aucun autre peintre n’a pu ni même tenté d’imiter un genre dont il a conservé le génial secret. Bien que la tombe soit à peine refermée sur lui, Henner est déjà entré dans la gloire. Que dis-je? N’y est-il pas entré de son vivant et l’unanimité dans l’admiration qui l’accompagna toujours n’est-elle pas un jugement définitif que la postérité n’aura plus qu’à ratifier? Parmi les plus illustres de nos peintres modernes, Henner est celui qui posséda au plus haut point l’art d’emprisonner la lumière, de jouer avec elle, de la faire vibrer, d’en éclairer les plus profondes frondaisons ou de la faire palpiter sur les chairs féminines. Ne lui cherchons pas d’analogue dans notre temps: il faut remonter plus haut, bien plus haut, jusqu’à cette glorieuse école vénitienne dont il semble procéder directement. De Giorgione il possède les carnations chaudes et vivantes; il semble que Titien lui ait légué son coloris profond et puissant et si Corrège pouvait voir les Nymphes et Baigneuses d’Henner, il retrouverait certainement en elles le velouté délicat et la vaporeuse légèreté dont il enveloppait lui-même ses corps de femmes.
Car Henner fut avant tout le peintre de la femme. «C’est dans le corps de la femme qu’il a cherché et qu’il a rencontré la Beauté parfaite, complète, indiscutable et indiscutée, celle qui s’impose victorieuse et supprime toute critique, toute indécision par sa splendeur multiple, infinie dans ses formes complexes, faite de contrastes, d’harmonie, de charme, de fraîcheur et de grâce, non de joliesse ou de fantaisie.” Les femmes d’Henner n’ont ni recherche, ni morbidesse, ni coquetterie, ni prétention. Elles sont grandes, fortes, souples, élégantes, superbes comme l’antique. Leur beauté est sans détour. Leur chair est pétrie de lumière, leur chevelure faite de rayonnement. Tel est le mot de leur irrésistible séduction.
On a dit d’Henner qu’il fut le peintre des blondes. Il fut surtout celui des rousses, parce que la lumière jette, sur la chevelure des rousses, des reflets d’incendie et fait valoir le grain satiné de la peau. La lueur fauve, couleur d’or, est la plus vivante, la plus vibrante, la plus discrète aussi, par conséquent la plus harmoniqueet la plus belle. Mais Henner peignait aussi les brunes avec une incomparable maîtrise: il suffit, pour s’en convaincre, de se reporter auxinnombrables portraits de femmes brunes sortis de son pinceau, notamment ceux de Mme Noëtzlin, de Mme Duchesne-Fournès, de la comtesse de Jacquemont et celui de MmeKarakehia qui produisit un effet si saisissant au Salon de 1876.
NYMPHE COUCHÉE
(Musée du Luxembourg)
Suivant la formule favorite d’Henner, l’éblouissante blancheur du corps de la nymphe acquiert un étonnant relief par l’opposition de la verdure sombre, mais ces ombres mêmes sont pénétrées d’une chaude et vibrante lumière.

Dans sa manière toute personnelle, Henner s’est toutefois essayé dans les genres les plus divers, comme nous le verrons au cours de cette étude et il a excellé dans tous, parce que dans tous il apporta ces qualités maîtresses qui font le grand peintre: un dessin impeccable, un coloris puissant et une connaissance parfaite de son art puisée dans la constante poursuite du beau et du vrai.
LES PREMIÈRES ANNÉES
Table des matières
Jean-Jacques Henner naquit, le 5 mars 1829, au village de Bernwiller, tout près de Belfort, aux confins de l’Alsace.
Cette origine explique le caractère tout particulier de son talent. Issu de cette terre qui fut jadis allemande — et qui l’est, hélas! redevenue, après s’être imprégnée durant plusieurs siècles de la finesse et du bon goût français, — Henner unit en lui les qualités maîtresses des deux races: de l’Allemagne il tient la puissance laborieuse, la ténacité, l’esprit de recherche, la poésie rêveuse; à l’empreinte française il doit cette délicatesse, ce goût, cette grâce, cet esprit, cette pondération dans les effets qui distinguent tout son œuvre.
Jean-Jacques Henner était le plus jeune enfant d’une nombreuse famille. Ses parents étaient de modestes cultivateurs, mais qui jouissaient de l’estime générale du pays. Ignorant, mais honnête et laborieux, le père Henner avait mérité, par son intégrité et la rectitude de sa vie, de remplir les fonctions de percepteur dans le village. Aussi peu instruite que son mari, sa mère possédait une âme rêveuse et un esprit très fin. C’est elle qui discerna, dans l’enfant un peu lent et pensif, les germes de son futur talent: c’est elle aussi qui l’encouragea et le soutint de son intelligente affection lorsque se révélèrent les premières promesses.
Cette vocation se révéla de très bonne heure. Le petit Jean-Jacques savait à peine lire que déjà il crayonnait sur les murs, avec du charbon, des bonshommes qui “se tenaient debout” et dénotaient chez l’enfant un sens précoce de l’observation. Dans certaines de ces ébauches se reconnaissaient très aisément les figures de familiers de la maison, voisins, amis, et les bonnes gens du village venaient admirer ces essais. Tout surpris de ces dispositions, son père, au lieu de contrarier son goût, s’appliqua à l’encourager. Ne pouvant lui donner de maître — l’enfant était d’ailleurs trop jeune — il lui fournit des modèles en lui achetant des images d’Epinal que le petit Jean-Jacques s’évertuait consciencieusement à reproduire. Ce n’est pas, certes, dans ces naïves et rudimentaires compositions coloriées qu’Henner apprit à dessiner, mais il y fortifia son désir d’apprendre et y acquit la facilité à manier le crayon.
Le père du petit Jean-Jacques le servit de son mieux; il fut le premier artisan de la gloire future de son fils. Dans cette pauvre maison où tous avaient leur tâche assignée, depuis le père jusqu’au plus faible des enfants, Jean-Jacques était le seul qui ne prenait aucune part aux travaux des champs: il en était exempté pour pouvoir faire son instruction et développer son goût du dessin.
Étonnés de sa précocité, les voisins eux-mêmes l’aidaient de leur mieux. L’un apportait du papier, un autre un vieux tableau, un autre des estampes retrouvées en un coin de maison, un autre des couleurs. Muni de tout cela, l’enfant travaillait avec acharnement, s’ingéniait à placer les couleurs et, pour remercier ses bienfaiteurs, il faisait d’eux des portraits, conservés encore dans ces familles alsaciennes, où se manifestent déjà, en plus d’une ressemblance toujours très bien saisie, les qualités en germe du grand portraitiste qu’il devait être un jour.
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