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Henri Delaunay

L'Hygiène publique à travers les âges


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066325237

Table des matières

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

1° HYGIÈNE PUBLIQUE DES VILLES

2° HYGIÈNE PUBLIQUE DES CAMPAGNES


I

Table des matières

L’hygiène aux temps préhistoriques

On est convenu de dire que la médecine est aussi vieille que le monde, ne pourrait-on pas en dire autant de l’hygiène!

Les hommes primitifs avaient assurément leur hygiène, fruste sans doute, mais dont les découvertes de l’archéologie préhistorique nous permettent de nous faire idée. Le soin qu’ils prenaient relativement au choix de l’emplacement des villes et le souci que leur causait l’ensevelissement des morts, dont la science nous a transmis les divers modes, ne sont-ils pas là pour l’attester!

Dès le début, les hommes éprouvèrent la nécessité de se grouper pour vivre en commun, ce n’est pas seulement parce que l’espèce humaine est essentiellement sociable, mais aussi parce qu’un instinct de sécurité les poussait à se protéger mutuellement.

Du jour où ces tribus ou collectivités cessèrent de vivre en nomades sous la tente pour se construire des abris fixes, la ville fut fondée.

Il est logique de supposer avec Bertin-Sans, que les premiers cadavres humains durent être abandonnés sur le sol, recouverts de branchages. Mais on peut penser aussi que les exhalaisons qui se dégageaient de ces cadavres, ou le danger qu’ils présentaient, en attirant les bêtes féroces près du campement, amenèrent les survivants à leur donner une sépulture. Celle-ci, probablement sous l’influence des croyances religieuses, et aussi pour répondre aux besoins de l’hygiène, prit des formes diverses. Les cadavres primitivement déposés dans des grottes funéraires comme celles d’Aurignac, de Cro-Magnon, de Solutré, etc... pendant la Période Glaciaire, furent, à l’époque de la Pierre Polie, placés dans des Tumuli, dont les Dolmens et les Menhirs de la Bretagne comme les Cromlechs du Danemark et de la Suède ne sont que des variantes. Dans la suite on demanda au feu des garanties contre les exhalaisons méphitiques et Valdemar Smith put constater dans les Dolmens du Danemark les traces du feu qui y avait été allumé. Plus tard enfin, à l’âge du Bronze, puis du Fer, les dépouilles mortelles tour à tour inhumées et incinérées furent finalement renfermées dans des urnes.

II

Table des matières

L’hygiène chez les Hébreux.

Moïse s’est révélé dans le Pentateuque comme un véritable hygiéniste. Comme tous les fondateurs ou prophètes des religions orientales, il identifia l’hygiène avec la prière, montrant ainsi l’importance qu’il attachait aux soins corporels si nécessaires sous les chaudes latitudes où vivait son peuple (). C’est à ce souci que l’on doit rattacher la pratique de la circoncision. Moïse ne négligea aucun des détails de l’hygiène. Il défendit, non seulement de consommer la viande des animaux morts de maladies, mais même celle du porc et de certains poissons, comme le feraient de nos jours les dermatologistes. Il fit interdire, par les lois religieuses, les mariages consanguins dans le but de conserver la pureté de la famille et la vigueur de la race. Il redoutait pour son peuple la prophylaxie des maladies contagieuses et, en particulier, celle de la lèpre; il édicta en conséquence des prescriptions très énergiques contre ceux qui en étaient atteints et ordonna les mesures à prendre pour assurer la désinfection des locaux qui avaient été contaminés. Il réglementa la salubrité des camps et des villes, des maisons et des édifices publics, fit creuser des réservoirs et des citernes à Jérusalem pour recueillir l’eau de la pluie et fit disposer des puits sur le passage des caravanes.

Nous connaissons peu de choses relativement aux rites funéraires des Hébreux, si ce n’est qu’ils ensevelissaient leurs morts et que les inhumations avaient toujours lieu hors des murs des villes.

III

Table des matières

L’hygiène chez les Grecs.

Les Grecs savaient distinguer l’hygiène de la médecine, nous en avons comme preuve la racine même du mot qui est grecque () et ce fait que dans leur mythologie, au milieu de leurs demi-dieux et de leurs héros, ils avaient fait une place distincte à la déesse de l’hygiène, Hygie, fille d’Esculape.

L’idée de Lycurgue, au point de vue de l’hygiène, fut de doter sa patrie d’hommes forts et bien portants; ne le fallait-il pas, en effet, pour que les 32.000 citoyens de Sparte puissent maintenir sous le joug leurs 340.000 esclaves?

L’individu se trouvant subordonné à l’État, ainsi que le fait remarquer Fustel de Coulanges dans ses profondes études sur la cité antique, la raison d’État conduisit à décréter l’élimination dès la naissance des individus débiles et mal constitués, et à abandonner aux esclaves les travaux manuels pour ne pas exposer les citoyens aux insalubrités professionnelles.

Les jeunes Spartiates recevaient une nourriture fortifiante et sobre (brouet noir) et leur éducation toute spéciale comprenait surtout des exercices physiques. Les jeunes filles elles-mêmes n’en étaient pas exemptes et cela contribua à faire des Lacédémoniennes les femmes les plus fortes de la Grèce.

Les résultats de leur éducation frappèrent les autres Grecs qui ne tardèrent pas à suivre leur exemple, et la Gymnastique devint le plus estimé de tous les arts. Dans les divers pays où ils allèrent coloniser, sur les côtes de la Méditerranée ou de la mer Noire, les Grecs élevèrent toujours des gymnases, de sorte qu’on peut dire qu’on reconnaissait une ville grecque au milieu des populations barbares à ce qu’elle possédait, en général, près d’une source, cette grande construction carrée contenant des bains et des salles d’exercices et entourée de portiques et d’allées où les citoyens prirent l’habitude de venir causer et se promener et qui devint, dans la suite, un lieu de réunion pour les oisifs.

Il faut cependant reconnaître que vers les Ve et IVe siècles avant Jésus-Christ l’hygiène devint plus rationnelle et surtout plus scientifique. Une grande part de ce progrès revient à Hippocrate (460-380 av. J.-C.) que les Anciens vénéraient à l’égal d’un demi-dieu et qui ne fut peut-être qu’un pseudonyme sous lequel se cache toute une pléiade de médecins. Se préoccupant non pas tant de guérir, que d’éviter la maladie, il mériterait pour cette cause le nom de «Père de l’Hygiène» ; ce qui est certain, c’est que le premier il étudia l’hygiène dans toute sa généralité, recherchant l’influence des climats, des saisons, de la chaleur et de l’humidité sur la santé, ainsi que l’origine contagieuse de certaines maladies. Pour éviter le danger des épidémies, il enseigna à ses concitoyens le meilleur emplacement à donner aux villes au point de vue de l’orientation et de la direction des vents dominants.

Nous savons malheureusement peu de choses relativement à l’hygiène publique dans l’antiquité. Les écrits des historiens et les fouilles archéologiques nous permettent d’établir que les cités antiques étaient entourées d’un mur percé de portes monumentales (). Les maisons s’entassaient un peu au hasard autour des temples et des lieux de réunions publiques, et les rues ou plutôt les chemins ne furent au début que les espaces libres laissés entre elles pour y parvenir. La circulation des chars du reste insignifiante se faisait difficilement sur ce sol non pavé et inégal, dégradé le plus souvent par un ruisseau placé au milieu pour l’écoulement des eaux ménagères, car Athènes elle-même ne possédait pas d’égouts!

Quant aux maisons, elles présentaient, en général, une façade uniforme, constituée par un grand mur sans fenêtre, percé seulement d’une porte massive. Les appartements des hommes étaient distribués autour d’une cour intérieure; celui des femmes en était distinct et situé à la suite ou quelquefois au-dessus quand l’espace manquait.

En plaçant chaque fontaine sous la protection d’une divinité, les premiers Grecs soupçonnèrent ils l’importance de l’eau? Ce qui est certain c’est que des hommes tels qu’Aristote, Platon et Thémistocle, qui, au dire de Plutarque, étaient inspecteur des eaux à Athènes, employèrent toute leur influence pour doter les villes d’un approvisionnement d’eau pure aussi considérable que possible, en faisant construire des citernes et creuser des puits partout où l’eau de source faisait défaut.

Schliemann a trouvé à Mycène les ruines d’une conduite d’eau et Hérodote nous parle d’une canalisation souterraine de 1295 mètres qui fut construite de son temps à Samos. Ces canalisations n’étaient assurément pas les premières (); on est même en droit de penser avec Bechmann que les «Grecs savaient distribuer l’eau au moyen de conduites en bois, on poterie et en plomb, munies de robinets en bois ou en métal.»

Avant d’aborder la question de la sépulture chez les Grecs, rappelons que les Égyptiens avaient employé l’inhumation. Si les personnages de distinction étaient embaumés et leurs momies déposées avec pompe dans des sarcophages, il n’en était pas de même pour les gens du peuple qui étaient simplement mis en terre, le plus souvent même dans des fosses communes. Quelquefois comme aux nécropoles de Thèbes et de Persépolis, les corps furent déposés dans des tombes creusées dans le roc, mais ce fut l’exception.

Quant aux Perses, ils pratiquaient l’inhumation, nous dit Hérodote, mais dans des conditions particulières: Ils exposaient les cadavres dans des lieux écartés pour laisser les oiseaux en dévorer la chair, puis ils ensevelissaient les squelettes après les avoir enduits de cire ().

Les Grecs ont pratiqué l’inhumation et la crémation. Celle-ci en usage dès la plus haute antiquité, ne fut guère employée que pour les soldats ou les voyageurs. En effet en temps de guerre les corps des soldats morts pour la patrie étaient incinérés sur le champ de bataille, et les cendres recueillies dans une urne et rapportées dans leur ville natale pour y recevoir une sépulture. La pratique généralement employée était celle de l’inhumation. Au début les citoyens étaient enterrés dans leurs propriétés à proximité de la maison dans laquelle ils avaient vécu, mais on ne tarda pas à en reconnaître les inconvénients et on ensevelit les cadavres hors des villes, dans les faubourgs, le long d’avenues plantées d’arbres qui devinrent des lieux de promenade très fréquentés. On fit cependant exception pour les citoyens qui avaient rendu des services à la patrie; leurs tombes étaient dans l’intérieur de la ville, sur les places publiques, et on leur rendait le culte dù aux héros. Les tombes des particuliers ne se signalèrent primitivement aux passants que par une butte de terre, puis par quelques pierres disposées dessus et finalement par un monument où des sculptures rappelaient la vie du défunt.

IV

Table des matières

L’hygiène à l’époque romaine.

Il est permis de supposer que jusqu’à l’époque impériale l’aspect de la ville de Rome n’eut rien de flatteur. Du reste le tableau que nous en donne Juvénal est peu séduisant. Si les primitives demeures en bois avec un toit en chaume percé d’une ouverture pour laisser la fumée s’échapper s’étaient peu à peu transformées pour devenir des maisons en briques revêtues d’une couche de stuc et badigeonnées, les rues étaient restées fort étroites, fangeuses et irrégulières. Alors même que les édifices publics, groupés pour la plupart autour du forum, faisaient l’admiration des visiteurs, les maisons particulières avaient un aspect pauvre avec leur façade dépourvue d’ornements et percée de rares fenêtres, en général petites et fermées au moyen de volets ou de treillages, car les vitres en verre étaient peu répandues et coûteuses.

Lorsque la renommée de Rome y attira une foule de paysans, d’esclaves et d’étrangers, la population devint très dense et souffrit alors du surpeuplement. Pline évaluait cependant son enceinte à 20 kilomètres.

Le chiffre de la population en 159 était de 338.314 citoyens; sous César, il s’éleva à 450.000. Entre Auguste et Trajan, Wittersheim estime qu’elle aurait atteint un million et demi. Fonssagrives donne comme densité de cette population 40.000 habitants par kilomètre carré, ce qui fait le double de Paris. Pour loger toute cette populace, comme le prix du terrain augmentait, on fut forcément amené à ajouter peu à peu des étages aux habitations. Beaucoup de ces maisons étaient bâties sur les pentes des collines et présentaient d’un côté l’aspect élevé d’une tour, tandis que de l’autre, elles n’avaient que deux ou trois étages. C’est à l’étage supérieur de ces maisons (cœnaculum) que les familles pauvres venaient s’entasser dans des mansardes sordides (). Souvent comme cela se produisit au moyen âge, chaque étage faisait saillie sur l’étage inférieur, de sorte que les derniers semblaient suspendus au-dessus de la rue qu’ils surplombaient. L’incendie que Néron alluma en 64, eut pour résultat de faire rebâtir certains quartiers de la ville dans des conditions plus hygiéniques; peu à peu on donna aux rues ou voies une largeur plus grande pour permettre la circulation des voitures. Même au temps des Césars, les chars lourdement chargés ne pouvaient s’aventurer facilement que dans deux d’entre elles. Les voies romaines se composaient d’une chaussée (agger) fortement bombée, pavée de grosses pierres ou dalles (), polygonales reposant sur un béton déposé lui-même sur une couche de pierres fortement damée. Cette chaussée était bordée de chaque côté par un trottoir (crepido). Nous n’avons que peu de renseignements relativement à la largeur des rues qui dut varier de 6 à 20 mètres.

Auguste limita l’élévation des façades sur rues à 70pieds romains, c’est-à-dire à 19m. 75, ce qui correspond au moins à cinq étages. Néron réduisit cette limite à 17 m. 70 et Trajan à 17 m. 40.

Enfin de belles et luxueuses constructions s’élevèrent le long de ces larges voies et la maison d’habitation parvint à un degré de perfectionnement et de confortable inconnu jusqu’ alors. Certes, il y avait eu chez les Chaldéens, les Égyptiens, les Phéniciens et les Juifs des constructions spacieuses dont les ruines découvertes par les archéologues provoquent notre étonnement et notre admiration, mais c’étaient des palais, la maison d’habitation proprement dite n’y était qu’à l’état d’ébauche. Rudimentaire encore chez les premiers Grecs, elle y subit avec le temps d’importantes modifications pour atteindre chez les riches Romains un confortable qui n’eut rien à envier à nos belles constructions modernes.

Comme le dit Bertin-Sans, les ruines des villas d’Herculanum et de Pompéi sont là pour attester des progrès réalisés, tels que la multiplicité des appartements, l’affectation des pièces spéciales à chaque opération de la vie domestique, leur indépendance et leur isolement absolu, l’attribution d’une chambre à coucher distincte à chacun des habitants, la réduction de la maison à un seul étage, la dissémination des appartements sur une large surface, et la présence de grandes cours et de vastes jardins.

Naturellement la maison romaine ne parvint pas du premier coup au degré de perfection qu’elle atteignit, par exemple, au temps d’Auguste. Pendant plusieurs siècles, jusqu’à la fin de la République, la maison du Romain ne fut qu’une reproduction de la maison étrusque avec son ouverture carrée au milieu de la toiture pour laisser échapper la fumée au dehors et au-dessous dans le sol une autre ouverture correspondant à la première et qui était destinée à recueillir l’eau de pluie qu’une rigole déversait au dehors. Cette habitation primitive, très simple comme on peut s’en rendre compte, portait le nom d’atrium, l’ouverture de la toiture par laquelle pénétrait la lumière mais aussi la pluie s’appelait le compluvium et le petit bassin qui la récoltait, l’impluvium. Mais bientôt sa situation s’améliorant, le Romain ne se contenta plus de cette pièce unique, et plusieurs petites pièces servant de chambras furent ajoutées des deux côtés de l’atrium, qui resta le lieu de réunion de la famille avec l’autel des dieux Lares près l’impluvium. Au fond de l’atrium en face de la porte d’entrée, se trouvait le tablinum où le maître de la maison serrait ses papiers et les documents relatifs à l’histoire de la famille. Des deux côtés du tablinum dans les alæ, sortes d’alcôves ou armoires ouvertes on rangeait les «Masques en cire qui étaient moulés sur le visage des ancêtres décédés pour mieux rappeler leurs traits et que des acteurs portaient, ainsi que le dit Martha, pour représenter les aïeux aux funérailles de leurs descendants ». Plus tard, au temps d’Auguste, le besoin de confortable poussa le riche Romain à rejeter ses appartements particuliers à la suite de l’atrium, derrière le tablinum. Cette partie réservée à la famille, comprenait une série de chambres s’ouvrant sur une cour largement éclairée au milieu de laquelle était une piscine entourée de colonnes, le peristylum.

L’atrium devint alors le quartier des serviteurs; les pièces qui y étaient contiguës cessèrent d’être des chambres pour devenir des magasins. Le maître se tenait en général dans le tablinum, d’où il pouvait surveiller facilement toute sa maison.

La maison romaine était tout en profondeur, la façade sur la rue était exiguë, recouverte, le plus souvent, de couleurs vives et percée d’une porte et de rares fenêtres.

L’intérieur était moins sobre que l’extérieur, les murs y étaient peints de couleurs éblouissantes dans les maisons modestes et ornés de fresques dans les riches villas.

Si le sol des maisons pauvres était formé de terre battue ou de béton, celui des villas était dallé en marbre ou en mosaïque représentant les sujets les plus divers. Sur le pavé du vestibule donnant accès dans l’atrium se détachaient le Salve (salut) et le Cave Canem () (prends garde au chien) traditionnels.

Ainsi que nous l’avons dit, la ville romaine n’avait habituellement qu’un rez-de-chaussée surmonté d’une terrasse. II était rare qu’elle eût un premier étage, mais elle n’était jamais plus élevée ().

Pline le Jeune décrivant à son ami Gallus sa villa de Laurente, lui expliquait «qu’un système de canalisation conduisait et distribuait dans les diverses pièces une vapeur tempérée au degré favorable»... Faut-il y voir le point de départ du calorifère?

Non seulement beaucoup de maisons de riches Romains étaient entourées de jardins, mais sous les Césars les principales d’entre elles possédaient de véritables parcs. Le Champ de Mars lui-même était traversé par des avenues de platanes et de lauriers. Ces plantations contribuèrent à l’ornementation de la ville avec les monuments qui s’élevaient de toute part, tels que: portiques, bibliothèques, théâtres, ponts, aqueducs et thermes. Nous allons parler de ces derniers.

Quoique l’usage des bains remonte à la plus haute antiquité et que la plupart des religions les aient imposés en signe de purification, ou simplement comme soin de propreté, on peut dire qu’ils ne commencèrent à prendre une certaine importance que chez les Grecs (). Il exista bien dans la Rome antique des maisons de bains publics comprenant deux pièces, l’une pour le bain froid et l’autre pour le bain chaud, mais elles n’étaient que peu fréquentées. A l’époque de la seconde guerre punique, on commença à construire des bains dans le genre de ceux qui étaient annexés aux Gymnases grecs; ces établissements ne tardèrent pas à avoir une grande vogue et se multiplièrent rapidement.

A lui seul, Agrippa, l’ami d’Auguste en fit construire cent soixante-dix. Les Thermes devinrent dans la suite de vrais monuments et acquirent une grande importance dans la vie des Romains qui y accouraient en foule lorsque les cloches annonçaient leur ouverture vers la huitième heure. (). Les ruines que l’on a retrouvées dans les différentes villes de l’Italie et particulièrement celles de Pompéi permettent de s’en faire une idée assez exacte, nous allons en donner la description:

Les Thermes devaient contenir cinq salles:

1° Le Tepidarium ou bain tiède, qui comprenait plusieurs bassins dont un fort grand dans lequel on descendait par des degrés de marbre; sur un des côtés il y avait des accoudoirs pour ceux qui ayant fini de prendre le bain désiraient se reposer et y venir causer avec leurs compagnons.

2° Le Caldarium ou bain chaud, où on passait en sortant du Tepidarium. Le bain fut pris au début dans des baignoires, puis finalement dans une piscine à gradins de marbre. Cette pièce étant celle qui devait recevoir le plus de chaleur, aussi le calorifère de rétablissement était-il placé directement au-dessous; les autres salles étant chauffées au moyen de tuyaux de poteries disposés dans les murs.

3° Le Frigidarium ou bain froid, contenait une grande piscine de marbre dans laquelle on se plongeait en quittant le bain chaud.

4° L’Unctorium où l’on faisait aux baigneurs les frictions et les massages venait ensuite. Une foule d’esclaves étaient affectées tout spécialement au service de cette salle, c’étaient les Fricatores qui frictionnaient la peau et en activaient la circulation en la raclant avec des grattoirs ou spatules en ivoires, les Tractatores qui pétrissaient les muscles, les Apilarii qui épilaient le corps et les Unctores qui l’enduisaient d’huiles parfumées.

La cinquième salle, qui portait le nom de Laconicam, était une étuve sèche chauffée par un grand poêle. Un grand bouclier d’airain que l’on montait ou descendait à volonté permettait de diminuer ou de concentrer la chaleur.

Le plus souvent l’ensemble était complété par un-gymnase grec comprenant des portiques et des jardins . Il ne faut pas oublier, en effet, qu’à côté de leur rôle utilitaire et hygiénique, les Thermes sont dans une ville romaine, ce que le Gymnase est dans une ville grecque: un lieu de rendez-vous pour les oisifs! Pline nous raconte que certains Romains prenaient jusqu’à sept bains par jour, ce qui revient à dire qu’ils devaient passer au bain la plus grande partie de leur temps.

Le nombre des Thermes de Rome était de quinze à l’époque de Constantin. Publius Victor évalue à huit cent cinquante-six le nombre des établissements de bains publics ou privés qui existaient dans la Rome impériale.

L’entrée des bains publics n’était que de un quadrans ce qui correspond à un centime de notre monnaie ; celle des établissements tenus par des particuliers était plus élevée.

Pour donner une idée de l’importance des Bains publics à Rome, nous rappellerons que les Thermes d’Agrippa couvraient une surface de 36.000 mètres carrés; ceux de Caracalla, une surface six fois plus vaste, avec 1600 baignoires et qu’enfin, ceux de Dioclétien, avec leurs 3.000 baignoires, dépassaient tout ce qu’on peut imaginer.

Pour alimenter les 130 réservoirs, les 105 fontaines publiques et les 700 abreuvoirs de Rome on dut capter les sources les plus importantes de la Sabine. Cette eau, qui était destinée en grande partie à alimenter les bains publics, était amenée dans des canalisations en pierre ou en briques recouvertes de dalles pour pouvoir les visiter facilement quand elles s’engorgaient, ce qui leur arrivait fréquemment. Leur intérieur était revêtu d’une couche de ciment. Souvent ces canalisations furent remplacées par des tuyaux en poterie de 0 m. 10 à 0 m. 15 de diamètre. Parfois trois canalisations séparées par des cloisons en maçonnerie, étaient supportées par le même système d’arcades.

Bechmann qui a évalué à 1.200.000 mètres cubes le débit fourni en vingt-quatre heures par les aqueducs, dont les ruines sillonnent encore la campagne romaine (), estime que cette quantité d’eau, s’il n’y avait eu de nombreuses fuites dans les canalisations, aurait été plus que suffisante pour alimenter amplement la population de Rome. Malheureusement une grande partie était accaparée par les Thermes où elle était gàchée; elle était donc perdue sans avoir donné toute l’utilisation qu’on aurait pu en attendre. Enfin à l’exception des conduites qui amenaient l’eau dans les plus riches villas où elle servait à alimenter des rivières artificielles et des étangs regorgeant de lamproies, on peut dire qu’il n’y avait pas, à proprement parler, de distribution d’eau potable chez les particuliers qui devaient aller en chercher aux fontaines publiques. Cette profusion d’eau qui aurait pu être utilisée pour le plus grand profit de l’hygiène, ne servait donc qu’à satisfaire le luxe de quelques-uns qui jouissaient de la faveur de voir les fontaines et les jets d’eau de leurs jardins constamment alimentés d’eau pure.

A l’exemple de Rome, toutes les villes de l’Empire furent pourvues d’eau, le célèbre pont du Gard, et parmi les plus connus les aqueducs de Ségovie, de Nîmes, etc... sont là pour attester de la magnificence des constructions de l’époque. A Lutèce, en particulier, on a retrouvé les ruines de deux aqueducs contemporains de César. Les ruines de l’un d’eux qui amenait les eaux des sources d’Auteuil dans deux bassins situés à l’emplacement actuel du Palais-Royal ont été retrouvées en 1734 par Buache au bas de Chaillot ().

Dès le début les Romains jetèrent directement leurs immondices dans le Tibre, ce ne fut que plus tard qu’ils construisirent des égouts qui s’y déversèrent. Il était défendu de déposer des ordures sur les places publiques ou dans les rues; les vidanges s’effectuaient la nuit au moyen de voitures appropriées et le tout était versé dans des égouts aboutissant au Cloaca Maxima dont la construction remonte à Tarquin l’Ancien. Pour en effectuer plus facilement le nettoyage, Agrippa y fit passer une colonne d’eau ().

On a pu retrouver dans les ruines des maisons de Pompéi l’emplacement réservé aux latrines et aux W. C. et il est permis de supposer que la plupart des habitations en étaient pourvues. Ce qui est plus certain, c’est que les villes un peu importantes de l’Empire avaient des lieux d’aisance publics, qui n’étaient pas toujours gratuits, puisque des particuliers et même l’Empereur Vespasien tiraient un revenu de ces édicules.

On pratiqua à Rome la crémation et l’inhumation, mais dans l’un comme dans l’autre cas les tombeaux furent rejetés hors des murs de la ville. De la maison mortuaire le cortège se rendait au Forum où on prononçait des discours rappelant les qualités du défunt, puis de là au tombeau de famille où on plaçait le corps sur un bûcher préparé à l’avance et auquel on mettait le feu. On recueillait ensuite les cendres sur lesquelles on versait du vin et on les enfermait dans une urne (olla) que l’on plaçait dans une des niches du tombeau. Quelquefois au lieu d’incinérer le corps on le mettait dans un cercueil qui était inhumé. Les citoyens pauvres étaient enterrés très simplement et par mesure d’économie la cérémonie se faisait la nuit. Il y avait sur le mont Esquilin un cimetière public qui leur était destiné.

Vers la fin de la République et sous l’Empire on imagina les Columbaria, qui étaient de véritables tombeaux de famille et dans lesquels on pouvait ranger jusqu’à des centaines d’urnes funéraires. Les Columbaria étaient des chambres voûtées dans les parois desquelles on avait pratiqué des niches en rangées horizontales et dont la disposition rappelait celle des colombiers d’où ils avaient tiré leur nom. Tantôt les urnes que l’on plaçait ainsi dans les niches étaient de simples vases, tantôt elles affectaient la forme de bustes représentant les traits des défunts dont les noms étaient inscrits au-dessous. Des ruines de ces constructions funéraires ont été retrouvées le long des grandes voies qui partent de Rome et qui, bien entretenues et plantées d’arbres, comme à Athènes, étaient des lieux de promenade. Les plus célèbres furent la voie Appienne sur laquelle était le magnifique tombeau de Cecilia Metella, la voie Aurelia, la voie Flaminia, la voie Ostiensis et surtout la voie Tiburtina.

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16 January 2025
Volume:
105 p. 9 illustrations
ISBN:
4064066325237
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