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Jacques Tailhé, Gabriel-Nicolas Maultrot

Essai sur la tolerance chrétienne


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066318413

Table des matières

CHAPITRE II. Du principe d’égalité.

CHAPITRE III. CONTINUATION.

CHAPITRE IV. CONTINUATION. En quoi consiste l’égalité.

CHAPITRE V. Du principe d’égalité par rapport aux devoirs&aux égards respectifs.

CHAPITRE VI. Des crimes qui sont perdre le droit de propriété.

CHAPITRE VII. Des crimes que les Loix doivent punir.

CHAPITRE VIII. Si la vraye Religion doit souffrir que l’erreur se vante d’être la vérité?

CHAPITRE IX. Du Schisme.

CHAPITRE X. CONTINUATION.

CHAPITRE XI. Du second, principe: qu’il n’est jamais permis de déroger au principe d’égalité, en conséquence de ses opinions, quelles qu’elles soient.

CHAPITRE XII. Si la conscience peut dispenser de cette règle?

CHAPITRE XIII. Raisons qui doivent allarmer la conscience des Persécuteurs.

CHAPITRE XIV. CONTINUATION.

CHAPITRE XV. CONTINUATION.

CHAPITRE XVI. CONTINUATION.

CHAPITRE XVII. Origine de la persécution.

CHAPITRE XVIII. CONTINUATION.

CHAPITRE XIX. Croisade contre les Albigeois.

CHAPITRE XX. INQUISITION.

CHAPITRE XXI. Révocation de l’Édit de Nantes.

CHAPITRE XXII. Illusion qu’on se faisoit.

CHAPITRE XXIII. Suites de cette illusion.

SECONDE PARTIE.

CHAPITRE PREMIER. DÉPOPULATION.

CHAPITRE II. CONTINUATION.

CHAPITRE III. CONTINUATION.

CHAPITRE IV. Effets des Loix.

CHAPITRE V. S’il est de l’intérêt des Souverains d’admettre les maximes de la persécution?

CHAPITRE VI. Si c’est l’intérêt du Clergé?

CHAPITRE VII. Interdiction du culte public.

CHAPITRE VIII. Inconvéniens politiques de l’interdiction du culte public.

CHAPITRE IX. CONTINUATION.

CHAPITRE X. Avantages de la tolérance de culte, dans les Campagnes.

CHAPITRE XI. Examen de quelques objections; s’il ne faut jamais changer de système.

CHAPITRE XII. Sur le nombre des Protestans.

CHAPITRE XIII. Des reproches qu’on fait aux Protestans.

CHAPITRE XIV. Si le culte accordé aux Protestans pourroit causer des troubles.

CHAPITRE II.
Du principe d’égalité.

Table des matières

LES peuples qu’on appelle policés, ont entr’eux&respectivement de peuple à peuple, non seulement des Loix écrites, des Traités solemnellement jurés,&c. mais aussi certaines conventions non écrites, au moyen desquelles ils différent plus particulièrement des peuples barbares, qu’ils n’en différent par les Loix écrites. Nous êtions barbares, quoique nous eussions des Loix écrites, &nous le sommes encore à certains égards.

Les mœurs&les usages dérivent naturellement de ces conventions tacites, plus respectées par tout que les Loix; car un homme a plus de moyens pour enfreindre les Loix, que pour se garantir du mépris qui punit l’impudent violateur des bienséances.

Les égards réciproques de Citoyen à Citoyen, de Nation à Nation, découlent de la même source. On sent qu’on ne doit point forcer un Étranger à adopter des usages&des goûts qui le révoltent:&réciproquement un Étranger sent fort bien qu’il doit s’y prêter autant qu’une noble franchise peut le permettre.

C’est ainsi sans doute qu’Alcibiade charma les Lacedémoniens&les Perses. On peut croire qu’il les auroit autant choqués par une servile complaisance, que par un mépris marqué. Il n’auroit pas eû si bonne grace à manger de cette mauvaise sauce des cuisiniers Spartiates, il n’en auroit même pas goûté, si ses hôtes avoient eû la brutalité de vouloir l’y contraindre.

Ce bon Missionnaire, qui, pendant huit jours, mangea sans le sçavoir, de la chair humaine, à la table d’un Roi Africain, ne l’eut jamais fait par complaisance, s’il l’eut sçu, moins encore par force:&ce Roi, qui ne mérite que des louanges pour son affabilité envers ce Religieux, auroit fait l’action d’un barbare en l’y contraignant.

De même on eut pu regarder comme une double barbarie, de la part d’un Roi de Perse, d’avoir voulu forcer certains Indiens à brûler les corps de leurs parens, qu’ils mangeoient par respect,&d’avoir ordonné aux Grecs qui les brûloient, de les manger comme faisoient ces Indiens, puisque les uns les autres en rejetterent la proposition avec tant d’horreur&d’indignation,

L’utilité mutuelle que les hommes ont trouvée à commercer ensemble, a perfectionné avec le tems les Loix de leur commerce. L’amour propre s’est insensiblement plié à ne gêner personne, pour conserver le droit précieux de n’être point gêné. Il a senti qu’il ne peut jouir tranquillement de la prééminence de ses goûts, de ses usages&de ses opinions, qu’autant qu’il ne troublera point les autres dans la jouissance des mêmes prérogatives.

Voilà, ce me semble, en quoi la politesse différe essentiellement de la barbarie.

La politesse est donc un espèce de Traité, par lequel on se garantit respectivement les prétentions de l’amour propre,&au moyen duquel la Societé se trouve dans un état de paix.

Tout acte d’intolérance, de persécution, de contrainte, est donc un acte d’hostilité, qui rompt ce Traite mutuel,&qui remet la Société dans un état de guerre, parce qu’alors chacun rentre dans le droit de faire valoir ses prétentions.

CHAPITRE III.
CONTINUATION.

Table des matières

ON est bien éloigné d’accorder par-là que tous les goûts sont indifférens, qu’il n’y a point d’opinions plus vrayes les unes que les autres; il étoit impossible que les hommes en convinssent;&s’il avoit fallu attendre une pareille convention pour vivre en paix, il eut mieux valu renoncer d’abord à toute espece de Société. C’est au contraire, afin que chacun pût rester paisible possesseur du droit qu’il a de croire son goût le meilleur,&son opinion la plus raisonnable, même la feule qui le soit, que les Nations polies ont établi qu’il n’en falloit pas disputer.

Il en est à plus forte raison de même à l’égard de la Religion; quoiqu’on n’en dispute jamais parmi les personnes qui ont quelque usage du monde, chacun n’en reste pas moins persuadé de la vérité de celle qu’il professe,& il seroit absurde de dire qu’un homme qui ne dispute pas de religion à tout venant, croit toutes les religions indifférentes.

Si l’on veut maintenant rechercher sur quoi cette tolérance réciproque est fondée, on trouvera qu’elle l’est sur la maxime du droit naturel, qu’il ne faut point faire à autrui ce que nous ne voulons pas qui nous soit fait,& que ce droit naturel est fonde lui-même sur l’équité.

CHAPITRE IV.
CONTINUATION.
En quoi consiste l’égalité.

Table des matières

IL semble qu’on ne devroit pas aller plus loin, L’idée de l’équité est commune a tout être qui pense. Tout le monde la réclame; chacun sent qu’elle fait sa sûreté,&quand on viole les Loix de l’équité envers quelqu’un, il semble à tous les hommes qu’on leur fait injure.

Est-ce une idée simple qu’on ne peut définir? Mais non, il y a encore quelque chose de plus simple; c’est l’idée de cette parfaite égalité qui a toujours subsisté entre tous les hommes, à certains égards,&qu’aucune espèce d’inégalité qu’il puisse d’ailleurs y avoir entr’eux ne pourra jamais détruire.

Un Philosophe a dit; le fondement de l’équité est l’égalité. Tâchons de développer ces idées. Jamais la Philosophie n’a traité de question plus importante.

La nature a mis une prodigieuse inégalité dans la distribution de ses dons; les loix de la Société ont introduit un partage encore plus inégal des biens, des honneurs, des dignités,&c. cependant les loix de la nature&de la Société supposent toujours cette égalité dont je parle.

La Religion naturelle, la Religion révélée, cette foible, mais divine lueur qui sert de guide aux Nations les plus sauvages, ce noble instinct qui précéde quelquefois le raisonnement,&que, selon qu’il nous fait agir, nous appelions humanité, droiture, générosité,&c. tout suppose cette égalité parfaite&indestructible.

Qui nous montrera donc cette égalité si sacrée&si respectable? Écartons les préjugés, nous ne pourrons nous empêcher de la voir par tout.

Elle ne peut consister que dans le droit égal qu’ont tous les hommes de jouir de la portion des biens qui leur est échue, de s’y maintenir ou d’y être maintenus.

Les exemples rendent tout plus sensible. Une prairie commune où tous les habitans d’un village mènent paître leurs troupeaux, est l’image de l’égalité primitive. Le premier villageois qui arrive avec son troupeau, jouît du droit de premier occupant. Il prend place; aucun autre Berger, pas même le Berger du Seigneur, ne peut le déposséder. Dans la fuite les habitans peuvent convenir de partager entr’eux cette prairie pour la cultiver. Je suppose qu’ils fassent des lots&qu’ils les tirent au fort. Chacun alors aura un droit de propriété sur le lot qui lui est échu,&le Seigneur n’aura pas plus ce droit de propriété sur son lot, que le moindre paysan sur le sien.

Qu’un habitant du même village achète plusieurs lots, qu’il devienne par-là plus puissant, plus considéré, l’égalité subsiste toujours: cet homme riche n’a pas plus le droit de propriété sur la moitié, si l’on veut, de cette possession, qu’un autre ne l’a sur la centième partie qui lui reste.

Qu’il y ait dans ce village différentes Religions; l’orthodoxe, celui même qui professe la Religion dominante, n’aura pas plus le droit de propriété sur son lot, que l’hérétique ou le non-conformiste sur le sien.

Il en est de même à l’égard de la portion que chacun posséde de tous les autres biens: Que ma vie soit douce ou misérable, que je fois jeune& vigoureux, ou accablé d’âge&d’infirmités: que je n’aye qu’une seule femme ou plusieurs: un seul esclave ou un grand nombre: une liberté plus ou moins restreinte par les Loix: une réputation célébré ou obscure: une bonne ou une mauvaise religion: j’ai un droit de propriété toujours égal sur la portion qui m’est échuë. Il semble même, que plus cette portion de bien est petite, moins on me la doit envier: plus j’aurois droit en quelque manière d’y être maintenu, parce que plus je suis foible, plus je dois être protégé, c’est une surabondance de droit que me donne l’humanité. L’humanité ne veut-elle pas aussi, que si j’ai le malheur de n’être pas dans la bonne religion, on ne me persécute point pendant ma vie, afin que je ne sois pas malheureux&dans ce monde& dans l’autre?

Que du moins on n’aggrave point ma faute en me rendant coupable du crime d’hypocrisie, qui paroît plus grand devant Dieu, quel que puisse être celui de persister dans l’erreur.

Je mets donc hardiment la Religion au rang des biens,&des biens les plus précieux, puisque chacun le regarde comme le premier de tous. Il seroit donc absurde que je n’eusse le droit de me maintenir ou d’être maintenu, que dans ceux dont je ne fais nul cas en comparaison; comme si j’avois le droit d’être maintenu dans la possession d’un champ,&que je ne l’’eusse point lorsqu’il s’agiroit de ma liberté ou de ma vie. Seroit-ce une bonne police dans une ville,&l’habiteroit-on volontiers, s’il n’y avoit aucune sûreté pour la vie, quoique d’ailleurs on ne courut aucun risque d’être volé?

Je fonde ce droit, non sur ce que ma Religion est vraye, ou la seule vraye, mais sur ce qu’elle est mienne; sur ce que c’est un bien qui m’appartient, comme l’héritage de mes pères dont il fait la partie la plus chère; en un mot, je fonde ce droit sur le principe d’égalité, base commune de tous les droits.

CHAPITRE V.
Du principe d’égalité par rapport aux devoirs&aux égards respectifs.

Table des matières

CE principe s’étend à nos devoirs; il les fait même mieux sentir.

Quoique les égards d’un inférieur envers son supérieur soient plus grands, le supérieur&l’inférieur font parfaitement égaux quant à l’obligation de s’acquitter de ce qu’ils se doivent l’un à l’autre. On n’est pas moins obligé de payer une petite dette qu’une grande; il semble même qu’on le seroit davantage.

Les devoirs des enfans envers leurs pères&des pères envers leurs enfans, des sujets envers leurs Souverains& des Souverains envers leurs sujets, n’ont aucune proportion. Les premiers sont infiniment grands. Cependant les Souverains sont obligés comme les sujets, les pères comme les enfans, quant à ce que chacun doit à l’autre. Il et parfaitement égal, quant à l’obligation de s’acquitter, de devoir un million ou une pistole.

Ainsi un père n’a pas plus le droit de persécuter ses enfans, de les forcer à être de sa religion, que les enfans leur père; un Souverain n’a pas plus ce droit que ses Sujets, un Maître que ses Domestiques, un mari que sa femme,&c.

Ainsi la vraye Religion n’a pas plus de droit de persécuter les fausses, que les fausses la vraye,&même en un sens elle en auroit moins, parce que la grace coopère à ses conversions& rend la contrainte moins utile pour elle que pour les autres.

Mais outre que le droit que j’ai d’être maintenu, à plus forte raison de n’être point troublé dans ma Religion, n’est pas fondé, comme nous l’avons dit, sur ce qu’elle est vraye, on peut demander si la vraye Religion a le droit de persécuter, sans fournit auparavant des preuves convaincantes, non-seulement de fa vérité, mais encore de ce que la vérité a ce privilège exclusif? Si elle est obligée de produire ses titres,&qu’elle les produise incontestablement, elle n’aura plus besoin de contraindre personne. Et si l’on suppose qu’elle n’y est point tenuë, les fausses Religions auront le même droit.

Dira-t-on que la Religion dominante n’a pas besoin d’autre titre? Ce seroit changer la question, parce qu’une fausse Religion peut être la Religion dominante. Mais si la puissance, si la grandeur, si l’autorité pouvoient dispenser de fournir des titres incontestables, un Roi pourroit en être dispensé dans les procès qu’il a avec ses sujets, à l’occasion de son domaine. Cependant les Rois ne s’en dispensent pas. Achab lui-même sentit qu’il ne pouvoit de-posséder Naboth sans lui faire un procès d’iniquité.

CHAPITRE VI.
Des crimes qui sont perdre le droit de propriété.

Table des matières

DU principe d’égalité, c’est-à-dire, de ce qui fait que tout homme est égal, quant au droit d’acquérir la propriété, de la conserver, de s’y maintenir, ou d’y être maintenu, il fuit que tout homme est égal aussi quant aux crimes par lesquels il peut perdre justement la propriété& en être dépouillé.

Le Seigneur&l’Orthodoxe doivent être punis comme le Paysan& l’Hérétique,&s’il y avoit quelque différence à faire, il semble que les premiers devroient l’être plus sévèrement. Nés dans la Religion où est l’abondance des graces&des lumières, le même crime nous rend plus coupable. Un Pair d’Angleterre disoit: Il y a telle action pour laquelle je me contenterois de mettre un homme du peuple à l’amende ou en prison, mais je ferois pendre un Lord, par respect pour sa dignité.

CHAPITRE VII.
Des crimes que les Loix doivent punir.

Table des matières

DE ce même principe on peut déduire quelle est la nature des crimes que les Loix doivent punir.

Ce ne peut être que les actions libres des hommes, lesquelles sont punissables dans tous les tems, dans tous les pays,&par qui qu’elles soient commises: le meurtre volontaire,& non pas l’homicide commis pour sa propre défense, ou à la guerre; le vol, &non pas l’exécution militaire,&c.

Les actes purement religieux, lorsqu’ils ne sont point indécens&qu’ils ne peuvent nuire à personne, ne doivent donc pas être mis au nombre de ces actions.

1o. On peut n’être pas libre de s’en abstenir.

2o. Il est absurde qu’une action, individuellement la même, comme l’action, par exemple, de s’assembler dans quelque lieu, pour faire les mêmes prières, soit punie dans un tems&permise dans un autre: que le fils soit coupable pour cette action &que le père ne l’ait point été: qu’un Hollandois mérite des louanges, &qu’un Espagnol mérite le feu. Quoiqu’ils n’ayent fait tous les deux que cette même action&exactement par le même motif de s’acquitter d’un devoir de piété; motif qui est encore plus louable, en quelque façon, dans celui qui s’expose à quelque danger pour remplir ce devoir.

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15 January 2025
Volume:
91 p. 3 illustrations
ISBN:
4064066318413
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