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Frédéric Masson

Marie Walewska

Les maîtresses de Napoléon


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066320522

Table des matières

La première de couverture

Page de titre

Texte

Colection Edmond Guillaume

" Lorus BLEU "

FRÉDÉRIC MASSON

Marie Walewska

( les Maitresse de Napoléon )

Illustration de Marold et Mattis


PARIS

LIBRAIRIE BOREL

E. GUILLAUME, DIRECTEUR

21, Quai Malaguais, 21

M DCCC XCVII



Marie Walewska

Table des matières



Le 1er janvier 1807, Napoléon, venant de Pulstuck et se rendant à Varssovie, s’arrête un instant pour changer de chevaux à la porte de la ville de Bronie. Une foule y attend le libérateur de la Pologne, une foule enthousiaste et hurlante qui, dès que la voiture impériale est en vue, se précipite.

La voiture s’arrête; un officier général, Duroc, en descend et se fait place jusqu’à la maison de pote. Au moment où il pénètre, il entend des cris désespérés, il voit des mains levées qui le supplient, et une voix dit en français

«Ah monsieur, tirez nous d’ici et faites que je puisse L’entrevoir un seul instant ! »

Il s’arrête: ce sont deux femmes du monde perdues dans cette multitude de paysans et d’ouvriers. L’une, Celle qui vient de lui adresser la parole, semble une enfant : elle est toute blonde, avec des grands yeux bleus très naïfs et très tendres, qui brillent en ce moment comme d’un délire sacré. Sa peau très fine, rose d’une fraicheur de rose thé, est tout empourprée par la timidité. Assez petite de taille, mais merveilleusement prise, si souple et si ondulante qu’elle est la grâce même elle est vêtue très simplement coiffée d’un chapeau sombre à grande voile noir.

Dutoc a tout vu d’un coup d’œil; il dégage les deux femmes, et, offrant la main à la blonde, il la conduit à la portière de la voiture.

« Sire, dit-il à Napoléon, voyez celle qui bravé tous les dangersde la foule pour vous. »

L’Empereur ôte son chapeau, et, se penchant vers la dame commence àlui parler ; mais elle, comme inspirée, éperdue et affolée par les sentiments qui l’agitent, dans une sorte de transport, dit elle elle-même, ne lui laisse point achever sa phrase.

«Soyez le bienvenu, mille fois le bienvenu sur notre terre ! s’écrie-t-elle. Rien de ce que nous ferons ne rendra d’une façon assez énérgique les sentiments que nous portons à votre personne, ni le plaisir que nous avons à vous voir fouler le sol de cette patrie qui vous attend pour se relever ! »

Pendant qu’elle jette ces mots d’une voix haletante, Napoléon la regarde attentivement. Il prend un bouquet qu’il a dans sa voiture et le lui présente :

« Gardez-le, lui dit-il, comme garant de mes bonnes intentions. Nous nous reverrons à Varsovie, je l’espère et je réclamerai un merci de votre belle bouche. »

Duroc a repris sa place auprès de l’Empereur ; la voiture s’éloigne rapidement, et, quelque temps encore, par la portière, on voit s’agiter en manière de salut le chapeau de Napoléon.

Cette jeune femme se nommait Marie Walewka. Elle était née Laczinska; d’une famille ancienne, mais très pauvre, de plus singulièrement nombreuse : six enfants. M. Laczinski étant mort lorsque sa fille Marie était encore en bas âge, sa veuve, tout occupée à faire valoir le très petit domaine qui constituait leur fortune, avait mis ses filles en pension. Elles avaient appris un peu de français et d’allemand, un peu de musique et de danse.

A quinze anset demi, Marie était revenue à la maison maternelle. médiocrement savante, mais parfaitement chaste, et n’ayant en son cœur que deux passions: la religion et la patrie.

L’amour qu’elle avait pour son Dieu n’était balancé en elle que par l’amour qu’elle professait pour son pays. C’était là les mobiles uniques de sa vie, et, pour la sortir de son caractère d’une douceur ordinairement sans réplique, il suffisait de lui dire qu’elle épouserait un Russe ou un Prussien, un ennemi de sa nation, schismatique ou protestant

A peine était-elle rentrée chez sa mère que, à la suite de circonstances singulières, deux partis se présentèrent en même temps pour elle, et Madame Laczinska lui signifia qu’elle dût choisir l’un ou l’autre de ces prétendants inespérés : l’un était un jeune homme charmant, qui avait tout pour plaire et qui lui agréait au premier coup d’œil Il était prodigieusement riche, fortbien né, merveilleusement beau, mais il était Russe : il était le fils d’un des généraux qui, avaient le plus durement opprimé la Pologne. Jamais elle ne consentirait à devenir sa femme.

Alors, il fallut bien accepter l’autre, le vieux Anastase Colonna de Walewice–Walewski Il avait soixante-dix ans, il était veuf pour la seconde fois, et l’aîné de ses petits-enfants avait neuf ans de plus que Marie. N’importe ! il était très riche ; dans ce pays qu’habitaient les Laczinski, il était le seigneur, celui qui tenait toutes les terres, qui avait le château, qui donnait la loi, qui seul recevait les voisins pauvres et leur offrait à dîner. Il avait été chambellan du feu roi ; il portait sur son habit, aux grands jours, le cordon bleu de l’ordre de L’Aigle blanc. Il était le chef d’une des plus illustres maisons de Pologne, une maison, qui authentiquement, se rattache aux Colonna de Rome, porte les mêmes armes, et qui, par suite, passe en ancienneté toutes les familles du Royaume et de la République. Comment Madame Laczinska ne se fût-elle pas éprise d’un tel gendre

Marie n’essaya même point de résister en face, car, à la première objection qu’elle avait faite, il avait été répondu d’une manière frappante; mais elle tomba malade d’une fièvre inflammatoire qui la tint quatre mois entiers entre la vie et la mort. A peine convalescente, on la mena à l’autel.

Trois annéese passèrent, où la jeune femme, souffreteuse, vécut dans ce château solitaire de Walewice, prenant uniquement ses consolations dans une piété qui s’exaltait chaque jour. Enfin, elle devint enceinte, elle eut un fils.

Tout se ranima pour elle son fils recommencerait sa vie manquée, il aurait droit à la part de bonheur qu’elle n’avait pas obtenue. Mais cet enfant, faudrait-il donc qu’il vécût, comme elle, sur une terreannexée qui n’est plus une patrie ? faudrait-il qu’il subit, comme elle, la servitude, et qu’il mendiât du vainqueur, comme avait fait son père, ses titres et ses biens ? Elle veut que son fils soit un Polonais et un homme libre, et pour cela que la Pologne se relève et se délivre.

Celui qui vient d’abattre l’Autriche, et qui déjà, à Austerlitz,s’est mesuré avec la Russie. va se heurter à la Prusse et à ses alliés. Napoléon est l’adversaire providentiel des puissances co partageantes; donc, il est l’ami, le sauveur désigné de la Pologne. Il s’est mis en marche, il a marqué chacune de ses étapes d’un nom de victoire. il a dissipé comme une fantasmagorie vaine l’armée prussienne, il est entré à Berlin, il approche des frontières de l’ancien royaume... alors, c’est une fièvre qui s’empare de tous, d’elle surtout, une fièvre d’enthousiasme et d’attente. Walewice est loin des nouvelles: où en aura telle, sinon à Varsovie ? Son mari, qui est patriote lui aussi, qui même a fait, en l’an XI, le voyage de Paris pour voir le Premier Consul et qui alors lui a ¿té présenté, lui propose de venir à la ville. Ils arrivent, ils s’installent. La maison est montée sur un pied convenable, car il faut tenir son rang et il faut que la jeune femme fasse son entrée dans le monde. Elle, qui sent ce qui lui manque, qui craint de faire des fautes en parlant français, qui est timide et ne se sent nul appui ni de famille ni de relations, redoute infiniment de se montrer, surtout d’aller à La Blacha, le palais du prince Joseph Poniatowski, le centre de la haute société. Elle se résout, sur l’ordre formel de son mari, aux visites d’obligation, mais elle s’en tientlà. Elle demeure donc presque une inconnue, et malgré sa beauté nul ne s’occupe d’elle.

On annonce la prochaine venue del’Empereur, et chacun s’agite pour l’accueillir, pour faireà Varsovie mieux qu’on n’a fait à Posen.Tout est sens dessus dessous; il faut que Napoléon soit satisfait le sort de la Pologne en dépend. La jeune femme veut être la première à k saluer, et, sans raisonner, sans comprendre la portée de sa démarche, elle engage une de ses cousines à l’accompagner, monte précipitamment en voiture et court à travers tous les obstacles jusqu’à Bronie.

Après avoir vu s’éloigner la voiture impériale, elle reste longtemps à la même place, regardant encore dans l’espace, comme interdite. Il faut, pour qu’elle reprenne ses esprits, que sa compagne lui parle et la pousse. Elle enveloppe alors soigneusement dans un mouchoir de batiste le bouquet que l’Empereur lui a offert, remonte en voiture et ne rentre chez elle que tard dans la nuit.

Son dessein arrêté est de garder un complet silence sur ce voyage, de ne point se faire présenter à l’Empereur de ne se montrer à aucune fête; mais sa compagne de route, bien qu’elle lui ait recommandé la discrétion, est trop fière de l’aventure pour la taire.

Un matin, le prince Joseph Poniatowski fait demander l’heure où elle sera visible. Il vient dans l’après-midi, et, avec un gros rire qui veut la mettre de complicité, l’invite à un bal qu’il va donner. Comme, en rougissant, elle se défend de comprendre, il lui explique que, à un des diners qui ont été offerts à l’Empereur, Napoléon a paru remarquer une princesse Lubomirska : on s’est ingénié dès lors à la lui montrer; mais Duroc vient de révéler que si son maître prêtait quelque attention à la princesse, c’est qu’elle lui rappelait une délicieuse inconnue aperçue à la poste de Bronie. Qui était cette inconnue ? Les détails de l’aventure, Duroc, les avait tous donnés : il avait décrit minutieusement les traits du visage et le caractère de la toilette ; mais Poniatowski ne devinait point, et il s’en désespérait, lorsqu’une indiscrétion l’a mis sur la voie, et il est accouru.

L’Empereur l’a remarquée : il faut qu’elle vienne au bal. Elle refuse; il insiste :

Qui sait? dit il, peut être le ciel se servira-t-il de vous pourrétablir la patrie !

Elle ne céde point, et il se retire dépité ; mais à peine est il sorti qu’on annonce succesivement Ies principaux représentants de la Pologne. « les hommes d’État dont l’autorité reposesur laconsidération, l’estime publique et la déférence dûe à leur conduite et à leurs lumières» Chacun d’eux sait ce dont il s’agit et s’empresse aux mêmes compliments, aux mêmes insinuations.

Ce n’est point assez: voici le mari. Lui seul ignore l’aventure de Bronie; il ne voit dans cette insistance que la reconnaissance par ses pairs du rang qu’il occupe, que l’approbation publique donnée au choix qu’il a fait de cette jeune femme, hors de son monde, pour sa troisième épouse, et, plus que tous les autres, il insiste, traitant ses craintes de timidité ridicule et de défaut d’usage. Ce n’est pas assez qu’il prie, il ordonne. Elle cède donc, elle ira au bal. Elle n’y met qu’une condition : c’est que, toutes les femmes ayant déjà été présentées, elle ne sera point l’objet d’une présentation isolée qui redoublerait son embarras.

Le grand jour arrive : son mari presse sa toilette ; il craint d’arriver en retard, après le départ de l’Empereur. Il fait ses objections et ses critiques : il aurait voulu une toilette extrêmement élégante et riche, tandis qu’elle a choisi une robe tout unie, de satin blanc, avec une tunique de gaze, et que, sur ses cheveux, elle a posé simplement un diadème de feuillage. Elle entre, Elle traverse les salons au milieu d’un murmure flatteur. On l’installe entre deux dames qu’elle ne connaît pas, et, tout de suite, Joseph Poniatowski se précipite et vient placer derrière elle

«ON vous a attendue avec i m patience, lui dit-il. ON vous a vue arriver avec joie. ON s’est fait répéter votre nom jusqu’à l’apprendre par cœur. ON a examiné votre mari ; ON a haussé les épaules en disant: Malheureuse victime! et l’ON ma donné l’ordre de vous engager la danse »

– Je ne danse pas, répond-elle. Je n’ai nulle envie de danser.»

. Le prince répond que c’est un ordre, que l’Empereur observe s’il est exécuté; que, si elle ne danse pas, c’est lui-même qui sera compromis, que le succès du bal dépend uniquement d’elle. Elle s’obstine plus encore à refuser. Poniatowski n’a qu’une ressource: il va trouver Duroc, qui reçoit sa confidence et la reporte à l’Empereur.

Autour de la belle inconnue, plusieurs des brillants officiers de l’état-major s’approchent et papillonnent. Ce qui n’est point un secret pourles Polonais en est un pour les Français Napoléon, alors emploie les grands s moyens pour écarter ce rivaux inconscients. C’est Louis de Périgord qui parait le plus empressé l’Empereur fait signe à Berthier et lui ordonne d’expédier sur-le-champ cet aide de camp au 6e corps, sur la Passarge. Puis c’est Bertran; nouveau signe Bertrand partira immédiatement pour le quartier général du prince Jérôme, devant Breslau.

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Release date on Litres:
16 January 2025
Volume:
53 p. 6 illustrations
ISBN:
4064066320522
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