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François-Alexandre-Pierre de Garsault
Art du tailleur

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066326128
Table des matières
AVANT-PROPOS.
CHAPITRE PREMIER. De l’Habit François.
PLANCHE PREMIERE.
PLANCHE II.
PLANCHE III.
CHAPITRE II. L’ART DU TAILLEUR D’HABITS D’HOMME. Idée générale de cet Art.
CHAPITRE III. Des Etoffes.
CHAPITRE IV. Les Vêtements François compris dans ce Traité.
CHAPITRE V. Instruments du Tailleur.
CHAPITRE VI. Des Points de Couture.
CHAPITRE VII. Prendre la Mesure.
CHAPITRE VIII. Tracer sur le Bureau.
CHAPITRE IX. Tailler, traiter&monter l’Habit complet.
CHAPITRE X. Des ornements&modes de l’Habit complet François.
CHAPITRE XI. Quelques détails dans la monture des Vêtemens, décrits au Chapitre huitieme.
LES CULOTTES DE PEAU
LE TAILLEUR DE CORPS DE FEMMES ET ENFANTS.
L’ART DE LA COUTURIERE
DE LA MARCHANDE DE MODES
EXPLICATION DES FIGURES
AVANT-PROPOS.
Table des matières
L’ART de se vêtir, dont l’origine est de toute antiquité, est certainement un des plus essentiels au genre humain; aussi en est-on pleinement convaincu: c’est pourquoi en essayant de le décrire ici, il seroit superflu de commencer par s’étendre sur son utilité&ses avantages; on dira seulement que le but des Nations a d’abord été de dérober à la vue l’entiere nudité,&en même temps de garantir le corps des attaques de l’air;&que de la nécessité de se couvrir, on est parvenu à la grâce des vêtements sous des formes différentes, à la distinction des Peuples, &parmi chacun, à celle des différents états&conditions, ce qui a donné lieu à la parure&à la magnificence, principalement chez les Nations policées.
Comme ce Traité est entrepris par un François, sous les auspices de l’Académie des Sciences de Paris, il croit devoir donner ici par préférence l’idée des habillements de sa Nation, tant anciens que modernes: notre goût naturel sur cet article est reconnu dans tout le continent;&si l’Art du Tailleur François, ainsi que ceux qu’on y a joints, sont bien conduits, on ose se flatter que leur description acquerra le mérite que lui aura donné la Nation même.
Dans les commencements de la Monarchie, les Ouvriers qui faisoient l’habillement se nommoient Tailleurs de Robes, attendu qu’à l’exemple des Romains, nos vêtemens étoient des robes plus ou moins longues. Ces Ouvriers furent érigés en corps de Communauté sous ce titre par Philippe IV. dit le Bel, qui leur donna des Statuts en1293. Dans l’intervalle de ce temps, jusqu’au regne de Charles IV, succéderent insensiblement aux robes plusieurs especes de Vestes, par-dessus lesquelles on mettoit des manteaux plus ou moins longs: ces vestes se sont appellées des Pourpoints. En conséquence, sous ce dernier Roi, les ci-devant Tailleurs de Robes reçurent des Lettres Patentes&de nouveaux Statuts en1323. sous le titre de Maîtres Tailleurs Pourpointiers.
On voit dans les Statuts des Cordonniers, la permission à eux accordée de faire les collets des Pourpoints: apparemment qu’au tems de cette permission, ces collets étoient de cuir.
Les Maîtres Pourpointiers ne vêtissoient que le corps proprement dit; il y avoit d’autres Ouvriers qui construisoient l’habillement de la ceinture en bas, comme haut&bas de chausses, caleçons,&c. Ces derniers furent érigés en corps de Maîtrise en1346par Philippe VI, dit de Valois, sous le titre de Maîtres Chaussetiers: ils subsistent encore en partie sous celui de Boursiers Culottiers; mais ceux-ci ne travaillent qu’en peaux chamoisées.
Enfin ces différents Métiers furent heureusement réunis en un seul corps par Henri III en1588, sous la dénomination de Maîtres Tailleurs d’Habits, avec pouvoir de faire tous vêtements d’homme&de femme, sans aucune exception. Ceux-ci se sont volontairement partagés en deux branches, dont l’une s’adonnoit entiérement aux habits d’homme&de femme, l’autre à ne faire que les corps&corsets des femmes&enfans, avec quelques vêtemens qui s’y joignent. Cette seconde branche n’a subi aucun changement; mais Louis XIV. dit le Grand, ayant jugé à propos d’ôter à la premiere la faculté de faire les habits de femmes, créa en1675un corps de Maîtrise féminin sous le titre de Maîtresses Couturieres, auxquelles il donna pouvoir de construire tous les vêtements de leur sexe.
L’ouvrier qui dans l’Art du Boursier s’est restraint à construire des culottes de peau, bas&gants, a tant d’affinité avec celui qui les fait de toutes autres especes d’étoffes, qu’il ne doit pas paroître déplacé d’en expliquer la manufacture à la fuite de celle du Tailleur d’habits pour homme; d’autant plus encore, que celui-ci concourt avec le premier, étant permis à tous les deux de faire bourses à cheveux&calottes.
Depuis plusieurs années quelques femmes de Marchands Merciers se sont donné le titre de Marchandes de Modes; non seulement comme Mercieres elles vendent les rubans, gazes, rezeaux,&autres enjolivements qui servent à décorer les habits de femmes, mais elles deviennent les Ouvrieres de leurs marchandises, les attachent&ajustent; de plus elles font certains vêtements que les femmes mettent par-dessus l’habit ordinaire, raison de les citer à la suite de l’Art de la Couturière, pour expliquer la façon dont elles construisent ces derniers vêtements.
En conséquence de tout ce qui vient d’être dit, on commencera par une explication succinte, mais suffisante, des habillements François depuis Clovis jusqu’à notre tems: cette explication sera éclairée par plusieurs. Figures. Ensuite viendra l’Art du Tailleur d’habits d’homme, terminé par la façon de la Culotte de peau; puis le Tailleur de Corps de femme&enfants; ensuite l’Art de la Couturiere,&la Marchande de Modes pour la partie des vêtements qu’elle construit.
On verra que non-seulement à cause de l’intime liaison que ces Arts ont naturellement ensemble en qualité de vêtemens, mais encore par le peu d’étendue de la plûpart, dont la partie plus considérable est celle du Tailleur, il convenoit mieux de les rassembler en un seul ouvrage, que d’en faire autant de petits Traités séparés.
Pour parvenir à connoître mieux ce qui concerne les anciens habillements François, on a eu recours à M. Jolly, Bibliothécaire du Roi, Garde des Desseins de sa Bibliotheque de Paris, qui a eu la bonté d’en communiquer nombre de très-précieux sur cette matiere. Pour tout le reste on a consulté des Artistes versés&consommés dans leurs Arts. Le sieur Bertrand, Tailleur pour homme, rue Comtesse d’Artois; le sieur Carlier, Boursier-Culottier, rue des Cordeliers, près la Fontaine; le sieur Vacquert, Tailleur de Corps pour femmes &enfans, rue S. Honoré, vis-à-vis l’Opéra, chez un Chandelier, à côté de la tête noire; Madame Luc, ci-devant Couturiere de Madame la Princesse de Carignan, rue Cassette, vis-à-vis la rue Carpentier; Mademoiselle du Buquoy Marchande de Modes dans l’Abbaye S. Germain-des-Prés.
On a peu profité d’ailleurs de quelques ouvrages qu’on a découverts, dont un imprimé en1671qui a pour titre: le Tailleur sincere, par Benoit Boulay, Maître Tailleur, au fauxbourg S. Germain, dédié à sa Communauté. Ce livre est composé d’un avis très-court qui renvoyé le Lecteur à50planches en taille-douce qui contiennent108coupes d’habits pour tous états&conditions, jusqu’à un habit de pauvre, celui du Pape, du grand Turc,&c. le tout sans aucune explication. Les habits de son tems ne ressembloient pas à ceux du nôtre; ainsi on ne peut tirer grand profit de ce livre; on citera seulement dans l’article de la Coupe une remarque extraite de son avis qu’on a cru mériter quelque considération.
En1720un particulier nommé de Cay, présenta a l’Académie des Sciences de Paris, une nouvelle maniere de tailler un justaucorps qu’il avoit imaginé: son justaucorps n’étoit composé que de6piéces, au lieu de22dont il dit que les habits étoient composés de son tems. Cette invention a des inconvénients qui sont cause qu’elle n’a eu aucune suite: elle est insérée avec estampe dans le quatrieme tome des Machines de l’Académie.
En1734parut un petit Livre sous le titre de Tarif des Marchands Frippiers-Tailleurs-Tapissiers,&c. propre à déterminer la quantité d’étoffe nécessaire pour en doubler ou en couvrir d’autres, par M. Rollin, Expert-Ecrivain-Juré. C’est une liste disposée en colonnes comme le Livre des Comptes faits de Barrême, avant laquelle on voit une Table qui peut servir à mesurer la largeur des étosses avec le pied de Roi, dans le cas où on n’auroit point daune; comme cette Table est courte, on la trouvera transcrite à l’article des Etoffes.
CHAPITRE PREMIER.
De l’Habit François.
Table des matières
CE Chapitre est destiné à donner une explication abrégée des habits tant d’hommes que de femmes depuis Clovis jusqu’à présent, relative à3. Planches qui représentent leurs variétés successives en39Figures; mais il est bon d’avertir que , les4premieres Figures de la premiere Planche sont tout ce qu’on a pu trouver à cet égard pendant les9premiers siecles de la Monarchie, c’est-à-dire, depuis l’année480, tems où Clovis commença de régner, jusqu’à1200sous Philippe-Auguste. Peut-être n’y a-t-il point eu de variétés de mode dans ces tems éloignés parmi un peuple sauvage qui ne songeoit qu’à étendre ou à maintenir ses conquêtes, sans se piquer de transmettre à la postérité les effigies des hommes remarquables parmi eux,&conséquemment leurs vêtements. Il n’est pas même sûr que la Figure A de la premiere Planche, prise sur le tombeau de Clovis, n’ait pas été faite après coup.
La Figure B paroît moins équivoque, parce que son habillement approche beaucoup de celui du peuple Romain. La Figure C qui est celle d’un soldat, paroît encore hazardée; il est à présumer que l’habit des soldats Francs tenoit beaucoup de celui des troupes Romaines. La Figure D est de1204: son vêtement, quoique ce soit celui d’une femme, approche si fort de celui de Clovis, que l’on seroit tenté de croire que les femmes n’avoient pas changé de mode depuis son regne jusqu’à celui de Philippe-Auguste.
Quoi qu’il en soit, on va procéder à l’explication de toutes les Figures des trois premieres planches.
Parmi les nombreux Recueils qu’on a parcourus, on n’a exprimé que les variétés qui s’éloignent assez l’une de l’autre pour faire appercevoir des différences dignes d’être remarquées.
PLANCHE PREMIERE.
Table des matières
PREMIER
RANG.
Fig. A, Clovis vêtu d’une longue Robe a, Toga, serrée par une ceinture b, Zona, de laquelle pend une bourse ou escarcelle c, Crumena scortea; par-dessus la robe un manteau d, Lucerna, ouvert&attaché à chaque épaule avec un bouton ou une rosette. Les souliers ouverts sur le coudepied.
Fig. B, Habillement de la Nation imitant ceux des Romains. On apperçoit la tunique a, Tunica, par-dessus laquelle on voit le manteau à la Romaine appellé Chlamydes bb, dont le derriere&le devant se joignent sur l’épaule droite c, &laissent le bras droit libre; d espece de brodequins.
Fig. C, un Soldat: cette figure est tirée de la Milice Françoise du Pere Daniel, Auteur de l’Histoire de France; elle est factice étant composée parties par parties de plusieurs Auteurs anciens qu’il cite.
Fig. D, une femme en1204; a Tunique; b Robe; c Manteau imitant celui de Clovis; d espece de Coëffe ou Voile.
SECOND
RANG.
Fig. E, un homme en1285; aa Robe à manches pleines; b Escarcelle; cc Chaperon ou Cappe; d Bonnet.
Fig. F, Soldat en1346, vers le tems de la derniere Croisade; a Casque; bb Cotte de mailles; c la Croix sur la poitrine; d Arme singuliere: elle a échappé aux recherches du Pere Daniel.
Nota. Que pour tout le reste des Figures, on n’indiquera plus que les siecles dans lesquels les changements sont arrivés.
SIECLE
1300.
Fig. G, une femme; a Tunique; bb Robe; c Bonnet haut&pointu; d Voile de gaze prenant de la pointe du bonnet&tombant jusqu’aux talons; e Gaze accompagnant les côtés du visage; ff Mitaines. Cet habillement pris à la fuite des Croisades paroît avoir été fait à l’imitation de celui des femmes Turques.
Fig. H, un homme; aa Tunique à larges manches; b Escarcelle; cc Manipules doubles; dd Chaperon à longue queue.
Fig. I, une femme; a Robe; bb Surcotte; cc Manipules simples en dehors.
SIECLE
1400.
Fig. K, un homme; aa Pourpoint plissé; b Fichu; c Toque; dd Pantalon; e petits Brodequins terminés par des Souliers pointus qu’on nommoit Souliers à la poulaine.
Fig. L, un homme; aa Pourpoint avec un collet&plissé; bb Manches pendantes du Pourpoint ouvertes au milieu pour passer les bras; c le Poignard pendant à la ceinture par-devant; d Bonnet plat; ee Sabots pointus à la poulaine.
Fig. M, un homme; aa Pourpoint long non plissé ayant un collet&à manches ordinaires; b Escarcelle plissée; c Toque; d Bande venant de la Toque relevée sur l’épaule; e Brodequins.
SIECLE
1500.
Fig. N, un homme; a Bonnet orné d’une plume par devant; b Pourpoint par-dessus une Veste lacée; c un Manteau long&traînant, à manches pendantes&ouvertes par-devant pour y passer les bras; d un Pantalon ou chausses; e des Bottes molles ou brodequins.
Fig. O, un homme; aa Pourpoint à courtes basques; bb petit Manteau; cc Manches tailladées; dd haut-de-Chausses; ee Souliers tailladés; f Toque avec une plume; g petite Fraise.
PLANCHE II.
Table des matières
Fig. P, François I. Roi de France; aa Pourpoint; bb Manteau; cc Manches tailladées; dd Chausses; ee Jarretieres; ff Souliers de chambre tailladés; g Toque avec plumet.
Fig. Q, un homme; a Pourpoint boutonné; bb petites Basques; c Collet fraisé; dd petit Manteau; ee Gregues; ff Bas-de-chausses; g Toque à plumet; hh Souliers découpés.
Fig. R, un homme; aa Pourpoint à petites basques; bb Manteau; cc Manches tailladées; dd Chausses; e Fraise; f Toque à forme élevée ornée de plumes.
SIECLE
1600
Fig. S, une femme en corps de Robe; a Fraise; bb Panier; cc Jupe; dd Parements; ee Manchettes; f Toque.
Fig. T, Henri IV, Roi de France; aa Pourpoint à petites basques, bb Trousses; cc Fraise; dd Souliers à grandes pieces; e Toque.
Fig. un homme; aa Pourpoint a grandes basques&a manches ouvertes; bb Culotte; cc grand Rabat qui couvre les épaulés; d Bonnet a forme élevée; ee Rosettes aux souliers.
Fig. X, une femme; aa Corps de robe; bb Manches ouvertes; cc Vertugadin; dd Collet monté; e Bonnet ou Cornette a pointe rabattue: ff Manchettes troussées.
Fig. Y, Louis XIV, Roi de France; aa Pourpoint; bb Rabat de dentelle a glands; cc Chemise; d Baudrier; cc Gregues; f f Perruque; g Chapeau orné de plumes; hh Souliers quarrés à talons hauts&à grandes rosettes.
Fig. Z. une femme; a Corps de robe; bb Bas de robbe; c Jupe; d Coëfsure en cheveux terminée par des rangs de Rubans; ee Collerette de dentelle. Cette mode excepté la coëffure, subsiste encore chez le Roi comme habit de cérémonie, sous le nom de Robe de Cour ou grand Habit: il est détaillé ci-après dans l’article du Tailleur de Corps.
SIECLE
1700.
Fig. AA, une femme; a Manteau troussé; b Jupon; c Coëffure haute à barbes; dd Falbala.
Fig. BB, une femme; a Coëffure haute à trois rangs; bb Parements de la robe; cc robe traînante; d Jupon; e Falbala.
PLANCHE III.
Table des matières
Outre les Figures entieres de femmes répandues dans ces trois Planches, on en a trouvé, en parcourant les Siecles, plusieurs autres qui méritent d’être remarquées,&pour ne pas multiplier les Figures entieres, on en a formé un rang de Bustes dont le haut de cette planche est décoré: celui qui est marqué d’une croix est d’une femme du siecle1300; toutes celles marquées d’un gros point sont de1400;&les deux étoilées de1500.
Nota. On verra la Coëffure actuelle des femmes dans l’Art du Perruquier, dont l’impression est précédente à celui-ci.
Fig. CC, un homme en Justaucorps, veste&culotte; a Echarpe; b Cravatte passée dans la boutonnière; cc Perruque; dd Chapeau orné d’un plumet; ee Bas roulés avec la culotte; ff Souliers quarrés par le bout&à talons hauts.
Fig. DD, une femme en Manteau troussé&avec une coëffe&une écharpe; a Coëffe; bbb Echarpe; cc Jupe garnie de falbalas; d Éventail.
Fig. EE, une femme; aa Coëffure en papillon; bb Panier.
Fig. FF, un homme enveloppé dans un Manteau.
Nota. Que le dernier rang de cette Planche est relatif au Tailleur de Corps, &à la Couturiere ci-après.
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