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Félix Pichon-Vendeuil
La question chevaline en Tunisie

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066325466
Table des matières
INTRODUCTION
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV

INTRODUCTION
Table des matières
Lorsqu’en février dernier, M. le Ministre des affaires étrangères voulut bien nous faire le grand honneur de nous confier une mission en Tunisie, pour y étudier les conditions d’amélioration de la race chevaline, nous crûmes de notre devoir de nous rendre d’abord en Algérie, cette sœur aînée de nos possessions africaines, pour y observer, en même temps que le type indigène, les progrès réalisés depuis notre occupation dans l’élevage du cheval.
C’est ainsi que, pendant plus d’un mois, nous avons parcouru nos départements d’outre-mer, visitant les dépôts de remonte et d’étalons, leurs succursales et leurs annexes, les tribus spécialement adonnées à l’élevage et tout particulièrement la jumenterie de Tiaret, ce conservatoire des races arabe, arabe-barbe et barbe.
Après bien des tâtonnements et des essais divers, on peut dire que la France est parvenue à se créer dans ces régions une importante réserve de chevaux de guerre, telle qu’il n’en existe nulle part ailleurs chez nos rivaux.
Mais, en régénérant l’espèce chevaline, notre pays n’a pas pourvu seulement à sa défense, il a aussi reconstitué de toutes pièces le principal élément de la production animale de l’Algérie, devenu bien vite la base de sa prospérité agricole.
Par la similitude du climat et des races, la Tunisie devait, mieux que tout autre, bénéficier des essais tentés par sa voisine.
En fait, il est incontestable que sous le rapport des voies de pénétration, des exploitations agricoles et de la colonisation proprement dite, elle a réalisé de merveilleux progrès, en un temps relativement très court.
Cela tient non seulement à l’activité de nos résidents, mais aussi au programme bien conçu et à l’esprit de suite, qui ont présidé à toutes nos entreprises.
Les tergiversations qui se sont produites en Algérie ont été évitées en grande partie, sauf cependant en matière chevaline.
Le gouvernement du protectorat, tout en assurant aux colons la plus grande sécurité, a su édifier une œuvre éminemment française, avec autant de tact que de prudence.
os nombreuses excursions à travers la Régence nous en ont fourni la certitude personnelle. Dans ces régions, hier encore presque barbares, nous avons évolué à l’aise, avec confiance, aussi tranquillement que parmi les populations les plus hospitalières de nos plus belles provinces françaises.
Certes, nous savons bien que les ordres donnés n’ont point été étrangers aux facilités que nous avons partout rencontrées, et l’on nous permettra d’exprimer ici toute notre gratitude à M. le baron d’Anthouard, délégué de la Résidence, en l’absence de M. le Résident général, M. Pichon, et à M. Hugon, directeur de l’Agriculture et du Commerce. Nous devons aussi particulièrement remercier M. le capitaine Defrance, commandant le dépôt des Remontes de Tunis, et M. Geoffroy Saint-Hilaire, inspecteur de l’Elevage, qui ont bien voulu nous accompagner dans nombre de nos pérégrinations et dont les connaissances techniques nous ont singulièrement facilité l’accomplissement de notre mission.
Nous avons eu l’honneur d’appeler la bienveillante attention, en même temps que la haute intervention de M. le Ministre des affaires étrangères, en faveur des mesures que nous sollicitons pour l’amélioration de l’élevage en Tunisie.
Ces mesures ne nous ont été inspirées que par l’intérêt supérieur de la Régence, dont la prospérité nous semble indissolublement liée à la grandeur de la France.
Le Dorat, 20 novembre 1902.
I
Table des matières
Origine du cheval arabe et du cheval barbe.
Dans tout le nord de l’Afrique, en Tunisie comme en Algérie et au Maroc, la population chevaline est composée d’un mélange, en proportions infiniment variées, de deux types naturels dont l’un est connu sous le nom d’arabe, et l’autre sous celui de barbe.
Pour étudier les origines de ces races et en suivre les évolutions, il faudrait retracer l’histoire des peuples orientaux et de toutes les invasions dont la côte d’Afrique a été l’incessant théâtre.
Le cheval arabe est le cheval oriental par excellence. Il est, sans conteste, originaire de l’Asie mineure, des bords de l’Euphrate, où seulement on le retrouve à l’état de race pure.
Les origines du cheval barbe sont moins certaines. Suivant les uns, il ne serait qu’un arabe dégénéré provenant de l’invasion des Musulmans, au VIIe et au XIe siècle.
Suivant les autres, les peuplades de race punique qui devinrent la source de toutes les tribus africaines actuellement désignées sous le nom de Berbères, introduisirent sur tout le littoral de la Méditerranée une race spéciale de chevaux de Nubie, qui est le cheval barbe ou berbère.
Pour nous aussi, le cheval barbe existait bien longtemps avant l’invasion musulmane.
Le fait est attesté par de nombreuses inscriptions hiéroglyphiques et est, de plus, confirmé par les monuments découverts sur le sol de l’Afrique, depuis Tripoli jusqu’au Maroc.
Nous n’en citerons pour preuve que cette superbe intaille, découverte par le R. P. Delattre dans les ruines de l’antique Carthage et représentant un étalon, avec tous les caractères de la race barbe, ayant l’avant-main campée, l’encolure repliée sur le corps, et se grattant le chanfrein avec le pied droit de derrière.
Cette intaille, reproduite au commencement de cette étude, remonte à plus de quatre siècles avant notre ère.
Le cheval barbe serait donc d’origine très ancienne et constituerait, comme l’arabe, une race pure qui aurait été refoulée par les invasions dans l’intérieur des terres.
Ce serait le cheval autochtone de la Tunisie.
Quoi qu’il en soit, les deux races ont entre elles une parenté incontestable, tout en possédant chacune des caractères distinctifs très marqués.
L’arabe se révèle par une tête fine, une belle encolure et du chef.
Le dessus est un peu mou, mais à lignes étendues.
Les membres parfois grêles ont toujours une trempe remarquable.
La poitrine a de la profondeur.
La croupe est relevée, le port de queue gracieux.
L’ensemble dénote une réelle distinction.
Joignez-y une endurance peu commune, doublée d’une grande nervosité.
Le barbe a la tête un peu lourde, parfois busquée et plaquée.
L’encolure est souvent épaisse et courte et la croupe avalée, avec une queue basse. Mais le dessus est court et musclé, la poitrine large et profonde.
Les membres sont forts, avec des tendons très nets.
Moins distingué que l’arabe, le barbe en possède toute l’endurance avec la douceur, la force et la rusticité en plus.
C’est bien là le type du cheval à tout faire, bon à la selle comme à la charrue, à l’araba comme à la voiture, pouvant être conduit par une femme et même par un enfant.
Nous allons voir les différents croisements que l’on a employés en Algérie et en Tunisie, dans le but d’améliorer cette race indigène.
Nous indiquerons en même temps l’orientation qui semble le mieux répondre aux vrais intérêts de la Régence.
II
Table des matières
Croisements divers pratiqués pour l’amélioration du cheval barbe.
En raison même de l’affinité qui existe entre l’arabe et le barbe, on a cherché de bonne heure à améliorer la structure un peu fruste du barbe en lui infusant du sang arabe ou syrien.
Ce croisement a donné les meilleurs résultats.
L’arabe barbe qui en est le produit est un cheval ayant toutes les qualités et l’endurance du barbe, avec plus de geste, de distinction et d’harmonie dans les formes.
La tête, en effet, est mieux attachée, la croupe plus horizontale, la queue moins basse. Les membres sont mieux trempés, les tissus plus fins.
Malheureusement on ne pouvait se procurer les étalons de pur sang arabe que par l’intermédiaire de revendeurs, plus ou moins consciencieux, qui rendaient douteuses la provenance et l’origine réelles de ces étalons.
C’est alors qu’en 1894 M. le commandant de Vialar, attaché militaire à l’ambassade de France à Constantinople, adressa au ministère de la guerre un rapport détaillé sur les différentes races de chevaux existant en Turquie d’Asie. Il concluait à l’envoi d’une mission spéciale qui parcourrait tout le pays pour se procurer les étalons nécessaires aux besoins des haras d’Algérie et de Tunisie. On se décida donc à aller chercher le pur sang arabe dans son pays d’origine, à sa source même, dans cette Asie Mineure où les Anglais s’étaient procurés les fameux étalons avec lesquels ils créérent leur superbe race de pur sang anglais.
Une première mission, sous les ordres de M. le colonel de Colonjon, alors directeur des remontes d’Algérie, ramena de Syrie 15 étalons et 3 juments. Ces étalons furent répartis entre les trois dépôts d’Algérie et celui de Tunisie.
Les juments furent envoyées à la jumenterie de Tiaret, pour obtenir des produits avec des reproducteurs de choix, de race barbe.
En 1896, une seconde mission ramena 23 étalons et 5 juments.
Enfin, en 1898, on importa quatre nouveaux étalons provenant du Nedj.
Ces importations successives, portant pour la plupart sur des chevaux d’élite, d’une taille cependant un peu petite, donnèrent naissance à d’excellents produits dont beaucoup devinrent, en Algérie, des chevaux de tête remarquables.
Les croisements syriens ne furent pas les seuls qui furent tentés.
A Tiaret, en 1894, sur l’initiative de M. le général Thornton, on songea à transformer la race barbe par le croisement avec le pur sang anglo-arabe. On pensait ainsi corriger la croupe et les jarrets du barbe, et augmenter son sang et sa taille; mais on n’obtint le plus souvent que des produits décousus, ayant plus de lignes et de longueur que le barbe, avec un dessus moins régulier, une plus jolie croupe, une membrure moins forte, sans plus d’ampleur et souvent moins de taille que ce dernier.
L’anglo-arabe-barbe ne valut jamais l’arabe-barbe. Aussi on renonça à ce croisement qui, il faut bien le reconnaître, n’avait été tenté qu’avec des étalons de troisième ordre, les laissés pour compte de l’administration des haras dans la plaine de Tarbes.
A l’établissement de Sidi-Tabet, tous les efforts portèrent, de 1881 à 1898, sur les croisements avec les chevaux de pur sang anglais. Les résultats furent déplorables, comme nous le verrons en retraçant à la fin de cette étude l’histoire de cet établissement.
Il y eut aussi diverses tentatives avec des étalons normands et bretons dans le but de créer le cheval de trait, si nécessaire aux exploitations agricoles, mais on n’engendra le plus souvent que des chevaux décousus et lymphatiques.
A la suite de ces essais infructueux, le gouvernement tunisien se décida à diriger tous les efforts du côté de l’amélioration du cheval barbe, soit par sélection naturelle, soit par infusion de sang syrien.
Les deux décrets du 20 juillet 1896, dont l’un établit les primes annuelles et l’autre institue le Stud-Book, indiquèrent alors la ligne de conduite à suivre en matière d’élevage.
Ces deux décrets sont, en quelque sorte, la reconnaissance des trois types de chevaux qui répondent le mieux aux besoins du pays et qui, en conséquence, doivent être particulièrement encouragés. Ce sont:
1° Le pur sang arabe ou syrien;
2° Le cheval barbe, ou cheval du pays;
3° Le produit du croisement de ces deux races; c’est-à-dire, l’arabe-barbe dont nous avons donné les principaux caractères.
Une impulsion considérable résulta de cette orientation nouvelle.
Les résultats acquis en quelques années prouvent surabondamment ceux qu’on est en droit d’espérer dans l’intérêt général.
Aujourd’hui il semble bien qu’on soit d’accord pour poursuivre l’amélioration de la race indigène avec le sang syrien et surtout avec le sang barbe amélioré.
Selon nous, tous les efforts doivent être dirigés de ce côté, car la sélection de la race indigène peut seule produire une amélioration vraiment durable.
Une tendance toute autre s’est cependant manifestée sur l’intervention de M. le général Faverot de Kerbrech.
M. le général inspecteur des remontes fit en effet décider, le 9 mars 1899, par la commission consultative hippique, l’acquisition d’un cheval de pur sang anglais pour obtenir des chevaux ayant plus de modèle et d’étendue, avec plus de feu et de vitesse.
Disons que l’introduction du sang anglais, après les essais infructueux de Tiaret et de Sidi-Tabet, ne fut pas sans soulever de nombreuses polémiques, qui sont encore loin d’être calmées.
Persuadé que les essais antérieurs n’ont peut-être pas été entourés de toutes les garanties désirables, nous ne pensons pas que cette nouvelle expérience doive être abandonnée avant qu’on se soit rendu compte des résutats qu’elle peut donner.
Les trois dépôts d’Algérie ont reçu d’ailleurs, de leur côté, chacun un étalon de pur sang anglais.
L’essai sera donc poursuivi sur quatre points à la fois, non plus dans des établissements spéciaux, mais chez les petits éleveurs. Il sera d’autant plus intéressant que l’élevage du pur sang anglais a été toujours considéré comme très difficile et comportant des conditions d’hygiène et d’alimentation particulières.
Le pur sang anglais affecté au dépôt de Tunis a été choisi avec un soin tout particulier et une réelle connaissance du cheval.
L’étalon Peu-de-Chose, par Soliman et Primauté, est d’une excellente origine. Il a, de plus, une ressemblance frappante avec le type arabe dont il a tous les caractères extérieurs.
Il rappelle, en effet, presque à s’y méprendre l’arabe Ibèch, un des meilleurs chevaux du dépôt. A ce point de vue, il sera curieux d’étudier sa descendance.
Il n’y a donc pas lieu de s’alarmer d’un essai qui sera forcément très limité.
Les trente juments destinées à Peu-de-Chose ne constituent qu’une infime minorité sur les 3.000 conservées par les étalons syriens ou barbes.
Nous regrettons cependant que ces juments n’aient pas été choisies dans un périmètre plus restreint, car les 150 kilomètres que beaucoup sont obligées de parcourir, tant à l’aller qu’au retour, nous font craindre pour leur fécondité.
Il nous semble aussi qu’en raison de la prime de cinquante francs qui leur était allouée, et de la faveur spéciale qui leur était réservée, on aurait pu imposer aux propriétaires de ces juments l’obligation de garder les produits jusqu’à deux ans.
Il est à craindre, en effet, que l’étranger ne fasse main basse sur cette production, comme il le fait trop souvent, par ces temps de misère, sur des produits de moins brillante origine.
Nous souhaitons donc que les exportations n’empêchent pas de rendre cette expérience concluante.
Tout en favorisant la production du cheval de troupe, voire même du cheval de tête, il est un autre genre d’élevage que nous voudrions voir se développer, car il est réclamé depuis longtemps par les colons et il a été l’occasion de nombreux vœux de la part de la chambre d’agriculture.
Nous voulons parler de l’élevage du cheval de trait, c’est-à-dire du cheval très étoffé.
Les agriculteurs en ont le plus grand besoin pour les travaux des champs et pour le transport des gros poids que permet chaque jour davantage la création de routes plus nombreuses.
L’examen de la population chevaline de la Régence nous montrera qu’on peut très bien l’y tenter avec succès.
Il faudrait se décider seulement à augmenter le nombre des étalons dits «de trait», dont on ne compte, à l’heure actuelle, que quelques rares spécimens.
Cette production servira aux besoins de l’armée, car dans l’Afrique du nord on ne peut craindre de faire des chevaux trop gros pour la selle.
La remonte les utiliserait d’ailleurs avec plaisir pour ses batteries d’artillerie.
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