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Eugénie Foa
Les petits poëtes et littérateurs
Contes historiques dédiés à la jeunesse

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066325770
Table des matières
LE BON ROI RENÉ OU LA REINE QUI NE RIT JAMAIS
I
II
III
IV
V
CHRISTINE DE PISAN
I
II
III
IV
V
VI
LE PETIT MAROT
I
II
III
LA PETITE MAMAN OU MARIE DE RABUTIN-CHANTAL
I
II
III
IV
V
VI
VII
FRANÇOIS DE LAMOTHE-FÉNELON
I
II
III
IV
V
DANIEL FOË
I
II
III
IV
LE ROBINSON DU HAVRE
I
II
III
IV
IV
VI
VII
VIII
IX
X
MADEMOISELLE NECKER
UNE LETTRE IMPORTANTE.
II
LE BON ROI RENÉ OU LA REINE QUI NE RIT JAMAIS
Table des matières
I
Table des matières
LES RUINES DE SAINT-VICTOR.
Le 1er avril 1474, deux enfants se tenant par la main entraient à Marseille par la porte d’Aix. L’un était un garçon, l’autre une fille. A leur parfaite ressemblance on devinait qu’ils étaient frère et sœur; le frère pouvait avoir dix ans, la sœur huit. Leurs vêtements, bien que d’une étoffe de prix, tombaient en lambeaux, et leurs pieds nus et sanglants témoignaient de la longue course qu’ils avaient été obligés de faire à pied. Leurs traits distingués et charmants étaient empreints d’une tristesse ordinairement inconnue à leur âge.
Le soleil étant très-chaud, les deux petits voyageurs cherchèrent de l’œil un abri; l’antique abbaye de Saint-Victor, qu’ils aperçurent à leur gauche, leur promettant repos et solitude, ils s’engagèrent dans ses ruines majestueuses et hardies. Après avoir-marché quelque temps au milieu des pierres et sous les voûtes encore existantes de cet ancien cloître, ils aperçurent, à travers les croisées sans contrevent, un délicieux jardin rempli d’ombre et de fraîcheur. Ces deux enfants s’y dirigèrent simultanément, sans se communiquer leur projet; on aurait dit qu’une seule pensée les faisait se mouvoir: il y avait accord parfait entre leurs regards et leurs actions.
Mais à peine eurent-ils fait quelques pas dans la première allée qui s’offrit à leur vue, qu’ils s’arrêtèrent, interdits, confus, retenant leur respiration comme s’ils se croyaient coupables d’indiscrétion, et l’un et l’autre se montrèrent du doigt un personnage assis au bout de l’allée, à l’entrée d’une grotte, et écrivant sur ses genoux dans un grand parchemin.
Ce personnage était un homme de soixante-quatre ans. Un chapel de paon blanc couvrait sa tête, de laquelle s’échappaient de belles boucles de cheveux argentés; il était vêtu d’une cotte de camelot, d’un surcot de tiretaine sans manches, et avait un inantel de sendal noir autour du cou. Machinalement, il regarda du côté où venaient les enfants, et ceux-ci virent une bonne et grosse figure qui n’avait rien d’effrayant; deux grands yeux noirs pleins de bonté, une bouche qui souriait, et la main qui tenait la plume, décrivant un cercle, fit signe aux enfants d’avancer.
Ceux-ci ne se le firent pas dire deux fois; ils accoururent vers le vieillard, qui, après les avoir examinés un moment, leur dit d’une voix bienveillante:
«Qui êtes-vous, enfants, et qui cherchez-vous?» Ce fut le garçon qui répondit: «Nous sommes orphelins, et nous cherchons le bon roi René.
— Ah! ah! dit le vieillard en souriant; et que lui voulez-vous, au bon roi René, si tant est qu’il soit bon?
— Vous seriez le premier qui diriez le contraire, dit l’enfant presque avec un ton de colère qui fit encore plus sourire le vieillard.
— Allons-nous-en, mon frère, dit alors la petite fille, qui n’avait encore rien dit, en tirant son frère par la main pour lui faire quitter la place.
— Oh! pas encore, ma petite, reprit le vieillard; vous voulez parler au roi René, dites-vous?
— Bon roi René, messire,» interrompit la petite en appuyant avec intention sur le mot bon.
Le vieillard reprit en souriant: «Bon roi René, soit; c’est assez facile: il se promène seul quelquefois par ici, et tout le monde peut lui parler.» Au moment où le petit garçon prenait la parole pour répondre, sa sœur lui dit: «Jehan, allons-nous-en; tu vois bien que le messire se moque de nous: allons-nous-en, te dis-je.
— Et à quoi juges-tu ça, petite? lui demanda le vieillard.
— A tout, messire: d’abord à votre méchanceté de ne pas vouloir dire bon roi René, puis à vouloir nous faire croire qu’il est facile de parler à un roi; puis...
— Mais un roi, c’est un homme comme les autres hommes, petite.
— Encore! oh! c’est trop fort, messire! nous sommes bien ignorants, mon frère et moi, mais encore pas tant que vous le croyez...
— Ah çà, petite, mais alors quelle idée as-tu donc d’un roi? répliqua le vieux personnage, que les réponses de la petite fille semblaient amuser beaucoup.
— Un roi, messire, dit la petite fille en réfléchissant, un roi... d’abord un roi a une couronne d’or sur la tête et de beaux habits bien brillants, bien reluisants; il a des gardes armés de grandes piques autour de son trône; on ne lui parle qu’en tremblant, à deux genoux, et les yeux baissés... Ah! c’est bien pour ne pas faire de la peine à mon frère que je suis venue jusqu’ici...
— Tu es une enfant, Jehanne, dit Jehan avec un sérieux des plus graves... tu... Mais ce messire âgé va juger entre nous... Voici, messire... Mon père est mort il y a quatre ans, et ma mère... Pardon de pleurer, messire, ajouta-t-il en portant sa main à ses yeux, tandis que Jehanne, au nom seul de sa mère, avait fondu en larmes; il n’y a que quatre jours que nous l’avons perdue... et une mère... voyez-vous, messire, ce n’est pas au bout de quatre jours seulement qu’on peut parler d’elle sans pleurer: vous excusez, n’est-ce pas?
— Pleure et parle, cher enfant, dit le vieillard ému.
— Avant de mourir, ma mère me fit approcher tout près d’elle; car elle avait à peine la force de parler, et elle me dit: «Vous allez être orphelins, pauvres enfants... et je ne vous laisse pas même de quoi me faire enterrer... Après ma mort, Jehan (c’était à moi qu’elle s’adressa: j’étais l’aîné), tu prendras ta sœur par la main, tu te mettras en route avec elle; tu en auras bien soin, tu iras...» Ici, messire, ma pauvre mère parla si bas, si bas, que je n’entendis plus rien. Elle se tut... elle fit un effort, puis elle dit... «Bon roi René,» et mourut... Ma sœur et moi nous avons passé deux jours à ne faire autre chose que pleurer; puis, avant-hier, les gens chez qui nous logions nous ont dit de nous en aller; j’ai pris ma sœur par la main, comme me l’avait bien recommandé ma pauvre maman, je suis sorti avec elle de la maison... Mais où aller? dame, nous étions bien embarrassés... Alors je me souvins que les derniers mots de maman étaient: Le bon roi René... C’est peut-être vers lui qu’elle voulait nous envoyer; j’ai pensé... et puis tout lé monde dit que ce roi est si bon: s’il est bon, il m’écoutera... Oh! je ne lui demanderai rien pour moi.. mais seulement pour ma sœur...
— Et toi, que deviendras-tu, mon frère, si le roi ne prend soin que de moi?
— Moi... Oh! moi, Jehanne, il ne faut pas t’inquiéter de moi; je suis grand, je suis fort, j’ai des bras... Et puis, si je ne puis pas vivre, je mourrai...
— Si tu meurs, je veux mourir, Jehan! s’écria la petite en jetant un sanglot.
— Pauvres enfants! dit le vieillard, les larmes aux yeux... Oui, ton idée est bonne, Jehan; il faut aller trouver le roi René...
— Oui, messire; mais que lui dire?
— Attends, laisse moi finir la lettre que j’écris à l’archevêque de Tours, et je te dirai ça...
— Que vous êtes heureux de savoir écrire! dit Jehan en poussant un gros soupir. Moi, je ne sais que lire.
— Couramment? lui demanda le vieillard.
— Oh! pour ça, couramment, répondit Jehan.
— Eh bien, rends-moi un service; lis-moi cette parabole que je viens de composer... ça me reposera un peu la vue.
— Avec plaisir,» dit Jehan, qui prit le parchemin et lut.
PARABOLE DE LA PAUVRE FEMME.
«Il advint que une pouvre femme eut travaillé et la« bouré tout le long de l’année à faire semer son champ;
«par grand cœur et grand chaleur au soleil, fait sécher son «bled; et fut le bled bien battu, vanné, netoyé à l’encontre
«du vent par le crible, la pouvre femme le mist en sac pour
«en pouvoir faire farine... et ainsi qu’elle le portoit sur
«ses epaules au moulin, trouva une riviere que nullement
«ne peust à gué passer. Si sercha tant hault et bas le long
«de l’eaue, qu’elle trouva ung pont... non pas bon, ne seut
«à son advis, car pieça avoit esté fait et basti, et ce voyant
«la pouvre femme, si elle fust bien esbahye, n’est mie à
«demander, et s’arresta tellement, que le jour se declinoit
«fort tirant vers le vespre, et le soleil se abaissoit fortement
«se allant couchier... En soupirant, se lamente si très
«hault, la pouvre femme, que ung homme l’entend et s’approche...
«En plorant elle répondit: Hélas! biau sire, je
«suis moult empechée... voire, et si très fort, que je ne
«sais que faire.
«Le biau sire lui dit alors que de deux maulx il faut
«choisir le moindre; qu’elle doit essayer le pont avant de
«le passer, et qu’elle doit tout tenter avant de renoncer à
«traverser la rivière.
«La pouvre femme ayant repris courage, execute les avis
«du villageois, et arrive sans encombre au moulin.»
— Comprends-tu cette parabole? dit le vieillard à l’enfant, qui s’était arrêté de lire et qui réfléchissait.
— Oui, messire, dit Jehan avec un éclair de joie dans les yeux; ce pont, c’est l’espoir qui m’a guidé depuis Gaëte jusqu’ici; le bois pourri, c’est la crainte qui combattait mon espoir; la rivière, c’est la colère du roi, qu’il me faudra braver peut-être; et le moulin, c’est le roi René lui-même.
— Oui, cher enfant, dit le vieillard ravi; autrement dit, le pont signifie la conscience, le bois pourri les pensées, la rivière l’ire de Dieu, et le moulin la gloire éternelle.»
Dans ce moment, les pas de plusieurs personnes s’étant fait entendre dans une allée latérale, le vieillard se leva, prit quelque chose dans sa poche qu’il enveloppa dans une feuille de papier, et, mettant le petit paquet dans la main de Jehan, il lui dit:
«Avant vêpres tu viendras à cette adresse indiquée. Adieu, mes enfants; au revoir, à bientôt.» Et l’habitant des ruines de Saint-Victor s’éloigna en se dirigeant vers l’endroit où le bruit des pas retentissait encore sur le sable du jardin.
II
Table des matières
L’ÉCRIT DU ROI RENÉ.
A peine le vieux personnage eut-il disparu, que Jehan se hâta de déplier le papier qu’il lui avait donné ; l’enfant trouva d’abord un florin d’or, ce qui lui arracha une exclamation d’étonnement, puis, jetant les yeux sur le papier, il s’écria:
«Drôle d’adresse! mais n’importe, j’en vois assez pour deviner, ou à peu près, le personnage généreux qui vient de nous parler: ce doit être un domestique du bon roi René, son cuisinier ou son intendant. Écoute ce qu’il y a en écrit sur ce papier, Jehanne, et tu verras que j’ai raison.»
Alors Jehan lut tout haut:
Dix-neuf sols pour potirons et escargots.
«Oh! le méchant dîner pour un dîner de roi, Jehan! s’écria Jehanne en riant; les rois ne mangent pas de ces choses communes, mon frère: impossible.
— Le reste est déchiré, et c’est dommage, ajouta Jehan; l’adresse du messire était sur le papier qui manque, je le parie... N’importe, si tu es assez reposée, Jehanne, nous allons aller dîner, puis nous irons au château du roi René.
— Je ne demande pas mieux que d’aller manger, répondit Jehanne; j’ai faim.»
Cela dit, les deux enfants sortirent des ruines de Saint-Victor; puis, avisant proche de là un cabaret, ils s’y rendirent et demandèrent en entrant du pain et des olives.
«Avez-vous de quoi payer, enfants?» repartit l’aubergiste, vieux homme au nez rouge et à l’air grognon.
Pour toute réponse, Jehan posa le florin d’or sur la table. Au son net et clair qu’il rendit en touchant le bois, l’aubergiste s’écria, en s’adressant à Jehan:
«De l’or, à un gueux comme toi! Dans quelle escarcelle l’as-tu pillé, petit voleur?»
Jehan regarda autour de lui pour savoir à qui s’adressait cette apostrophe; mais, voyant les petits yeux gris de l’aubergiste fixés de son côté, il n’eut plus aucun doute; il devint pourpre, et des larmes jaillirent de ses yeux. Jehanne se pressait contre son frère avec tous les signes de la plus vive frayeur.
Il y eut un moment de silence, pendant lequel l’aubergiste répéta sa dernière question.
«Cet argent a été donné à mon frère par un monsieur qui habite ces ruines, dit Jehanne, recouvrant la première la parole: mon frère n’est pas un voleur; il s’appelle Jehan Fabricius, de Gaëte, entendez-vous?
— Eh bien, Jehan Fabricius, de Gaëte, ou de Galette, ira en prison jusqu’à ce qu’il prouve quel est cét ermite qui donne des poignées de florins d’or à des mendiants.
— Mais il n’y a pas des poignées de florins, monsieur le cabaretier, fit observer Jehan; il n’y en a qu’un. Si vous ne voulez pas nous donner à manger, à ma sœur et à moi, rendez-moi mon florin; nous irons ailleurs.
— En prison! répliqua l’aubergiste; et, quant au florin, je le garde.»
A ce moment, deux hommes, dont l’air était assez commun, et qui, attablés devant une bouillabaisse fumante, ne perdaient ni une cuillerée de cette excellente soupe ni un mot de cette altercation, prirent la parole:
«Ah çà, maître Seril, aurez-vous bientôt fini de tourmenter ces marmots? dit l’un d’eux.
— Donnez-lui à dîner ou rendez-lui son argent, ajouta l’autre.
— C’est bien de l’or, maître Balthazar Roman, répliqua l’aubergiste, présentant le florin à Balthazar, qui le prit et le tendit à Jehan.
— Tiens, petit, ajouta-t-il, prends.
— J’adore les enfants, et puis ceux-ci pourraient nous servir pour la fête de la Tarasque, dit le voisin de Roman.
— Te servir pour faire rire la reine Jehanne, Michel? dit Roman.
— J’ai mieux que des marmots pour la faire rire, dit Michel; quand je dis j’ai, je veux dire le roi.
— Vous connaissez le roi, messire? dit Jehan. Oh! je vous en prie, faites que je lui parle: on dit qu’il est bon; nous sommes orphelins, et je voudrais qu’il prît soin de ma sœur.
— Et moi, de mon frère, interrompit la petite.
— Asseyez-vous là, marmots, et mangez avec nous, dit Michel avec l’enthousiasme d’un artiste ému d’un beau trait; et, aussi vrai que je m’appelle Jehan-Michel d’Angers, célèbre auteur des Mystères qui se jouent à toutes les cérémonies ou fêtes populaires, vous parlerez au roi René.
— Et, aussi vrai que je m’appelle Balthazar Roman, répliqua le compagnon de Michel, aussi vrai que mon père était paveur des rues, que je ne sais pas lire, mais que je compose des vers et des satires où je dis à chacun son fait; aussi vrai que la ville d’Aix me fait une pension et m’accorde en outre du drap jaune et rouge pour cinq habits, cinq bonnets à la dragonne, plus plusieurs aunes de rubans également jaunes et rouges... je composerai une pièce de vers en l’honneur du sentiment fraternel qui anime ces deux enfants.
— Mais, si vous ne savez pas lire, vous ne devez pas savoir écrire? dit Jehan, dont l’appétit faisait honneur à l’hospitalité des deux poëtes.
— Pas plus l’un que l’autre, mon garçon, dit Roman.
— Alors comment retenez-vous vos vers?» lui demanda Jehan.
Roman sortit de sa poche un nombre de petits cailloux taillés de différentes façons: «Chacun veut dire un mot, répondit-il; mais moi seul je peux lire dans ce livre-là.»
Un moment de silence suivit, pendant lequel, si les bouches ne parlaient pas, elles ne s’acquittaient pas moins bien du second emploi que leur a donné dame Nature; mais l’aubergiste, inquiet de ce silence, car il savait que plus on parlait, plus ordinairement on mangeait et on buvait, essaya de ranimer la conversation par le mobile de toutes les conversations d’alors, le sérieux continu de la reine Jehanne de Laval, seconde épouse du roi René.
«Pardon, messeigneurs, si je vous interroge, dit cet homme avec autant de servilité que tout à l’heure il montrait d’arrogance, croyant n’avoir chez lui que des gens de peu d’importance...; mais, puisque vous êtes admis dans l’intimité du roi René, est-il vrai que sa seconde épouse n’a jamais ri?
— Jamais, dirent les deux dîneurs à la fois.
— Jamais! répliqua Jehan, que cette assertion fit rire.
— Jamais, répéta Michel, et cela fait le désespoir du bon roi; la reine Jehanne est bonne, douce, charmante, d’un caractère égal; mais oncques depuis sa naissance personne ne l’a tant seulement vue sourire: le bon roi invente tout ce qu’il peut pour cela, et jusqu’ici rien n’a réussi. C’est dans quatorze jours qu’une fête, que nous instituons et que nous appellerons la Tarasque, aura lieu, et pour cela le roi et moi nous avons tant inventé de drôleries, que ce sera bien le diable si la reine ne sourit pas tant seulement un brin.
— Qu’est-ce que ça, la Tarasque?» demanda l’aubergiste.
Michel d’Angers répondit: «La Tarasque, à ce que dit une ancienne légende, était un épouvantable monstre amphibie sur lequel on raconte toutes choses aussi mensongères que le monstre lui-même est mensonger. Toutefois, étant venu à l’enchaîner un 14 avril de je ne sais plus quelle année, tous les ans, à cette époque, on célèbre la fête des Fous, que le roi, qui est très-religieux, voudrait abolir en en instituant une autre tout aussi drôle, mais moins extravagante... Tu verras, Roman, tu verras,» ajouta-t-il en se tournant vers son camarade.
La conversation dura encore quelque temps sur ce su-jet; mais, comme tout en parlant les deux poëtes ne cessaient d’arroser leurs discours, il en résulta que, lorsqu’ils sortirent du cabaret, les deux enfants les supplièrent en vain de les conduire au roi; Michel d’Angers, surtout, était incapable d’autre chose que de dormir. Cependant nous devons lui rendre la justice de dire qu’avant de s’aller coucher il remit à l’hôtelier chez lequel il demeurait Jehan et Jehanne, en lui recommandant d’en avoir bien soin.
«Et le monsieur au florin d’or qui nous attend, mon frère, dit Jehanne renfermée avec son frère dans une chambre de l’hôtel, que dira-t-il?
— Bast, dit Jehan, messire Michel d’Angers, qui parle au roi comme je te parle, vaut bien mieux qu’un marmiton.
— Oh! Jehan, peux-tu traiter de marmiton un homme qui a de si beaux cheveux blancs! dit Jehanne d’un ton de reproche.
— Un cuisinier, si tu aimes mieux, répliqua Jehan; moi, j’ai plus de confiance en notre second protecteur.
— Et moi au premier,» dit Jehanne en s’étendant dans un grand fauteuil pour dormir.
Peu d’instants après, Jehan, dans un autre fauteuil, dormait aussi profondément que sa sœur.
III
Table des matières