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Edgar Quinet

Le livre de l'exilé, 1851-1870


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066329624

Table des matières

PRÉFACE

LE LIVRE DE L’EXILÉ.

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

XXI

XXII

XXIII

XXIV

RÉVISION

I

II

III

IV

V

VI

LE DROIT D’ASILE

L’EXPÉDITION DU MEXIQUE

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

FRANCE ET ALLEMAGNE

I

II

III

FRANCE ET ITALIE

LETTRES POLITIQUES

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

XXI

XXII

XXIII

XXIV

XXV

XXVI

XXVII

XXVIII

XXIX

APRÈS L’EXIL

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

XXI

XXII

XXIII

XXIV

XXV

XXVI

XXVII

XXVIII

XXIX

XXX

XXXI

XXXII

XXXIII

XXXIV

XXXV

XXXVI

XXXVII

XXXVIII

XXXIX

APPENDICE

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

XXI

XXII

XXIII

XXIV

XXV

XXVI

XXVII

XXVIII

XXIX

XXX

XXXI

XXXII


PRÉFACE

Table des matières

Ce volume renferme le LIVRE DE L’EXILÉ, ouvrage inédit d’Edgar Quinet, écrit à Bruxelles, en 1852, pendant les six premiers mois de la proscription.

Chaque attentat contre la France, contre la justice, lui arrachait une protestation nouvelle. Le Droit d’Asile, L’Expédition du Mexique, Lettres Politiques aux journaux persécutés, France et Allemagne, France et Italie, forment la suite naturelle du LIVRE DE L’EXILÉ.

L’unité du volume est dans une même pensée politique: l’horreur du césarisme. Au moment où la faction bonapartiste conspire encore une fois la ruine de la patrie, il est utile de remettre en lumière le tableau de l’oppression subie pendant dix-neuf ans; il est nécessaire de rappeler les avertissements du proscrit.

Toute l’histoire morale et politique d’un quart de siècle se déroule ici à nos yeux.

Contraste saisissant entre les premières pages du LIVRE DE L’EXILÉ, le lendemain du crime d’État, et l’accent plein d’espérance, précurseur de la chute de l’Empire! La sérénité commence à poindre à mesure que l’âme du pays donne des symptômes de réveil. La foi dans l’avenir domine partout, et ce qui la justifie, c’est le tressaillement de la France à la voix de ses grands proscrits. Chacune de leurs pensées est pour cette patrie asservie et aveuglée. Comment un si grand amour, des. efforts si persévérants, une volonté si héroïque de faire luire la vérité, de rallumer l’étincelle, n’auraient ils pas la puissance d’acquérir un don de seconde vue?

Edgar Quinet signale le péril, et en même temps les moyens de le conjurer. Le désastre suit de près la prophétie. Un autre danger surgit; le proscrit ne se décourage pas, et trouve dans son patriotisme des lueurs toujours plus vives pour dévoiler l’obscur avenir.

«Que doit faire un écrivain, qui voit son pays, s’engager les yeux fermés, dans le chemin de la décadence? — L’avertir. — Oui, sans doute. Et si les avertissements ne servent de rien? Recommencer, comme si rien n’avait été dit; étouffer ses dégoûts, compter sur la nature humaine, sur ses retours, sur sa force de renaissance et de vitalité. — Subissons donc le supplice de démontrer pour la centième fois l’évidence.»

La Révision, écrite quelques semaines avant le coup d’Etat, paraît d’une actualité plus vivante, qu’il y a vingt-quatre ans. On dirait qu’il s’agit des choses et des hommes d’aujourd’hui.

L’Expédition du Mexique prédit le fossé de Quérétaro; France et Allemagne: Sedan et la perte d’Alsace-Lorraine; France et Italie: la restauration théocratique de 1875.

Les Lettres politiques, semblent s’adresser à la presse de nos jours.

Depuis son retour en France (7 septembre 1870), pendant le temps si court qu’il lui fut donné de vivre, dans la patrie retrouvée, il multiplie ses avertissements, au milieu des plus graves circonstances. Lettres aux Électeurs, Discours dans les bureaux, à l’Union républicaine, ou dans des réunions privées, en toute occasion, il renouvelle son grand axiome: «Pour faire contre-poids à la

«formidable puissance de l’Allemagne, la France a la

«Liberté ; la Liberté, qui pèse encore autant qu’un

«monde!»

L’ordonnance de ce volume, le classement chronologique des éléments qui le composent, a été préparé par Edgar Quinet lui-même, le 9 mars 1875, douze jours avant sa dernière maladie. Mais il n’a pu relire une seule des lignes écrites en 1852, Ces pages d’un premier jet, il les eût revues avec le soin infini qu’il mettait dans toute son œuvre. Aurait-il effacé certains passages empreints d’amertume, cri de douleur, arraché au proscrit jeté sur la terre étrangère? Non, sans doute. L’histoire maintient ses droits. Ces sévérités s’adressent à la démocratie césarienne, alors en voie de formation. Il eût montré dans une Préface, le chemin parcouru par la France, depuis la nuit de Décembre, jusqu’à l’aurore des jours meilleurs qu’il a entrevus dans ses dernières pages sur les Sentiers de France. Il eût établi un lien entre ces écrits, divers par la date, les lieux, les événements, identiques par l’esprit de rénovation, de justice et d’amour.

La vie lui a manqué. Ce qu’il n’a pu achever, le lecteur le fera; il trouvera l’enchaînement naturel des vérités démontrées dans ce livre, vérités cent fois plus frappantes qu’à l’heure où le proscrit les datait du seuil de l’exil, puis des oubliettes de l’exil.

Il a payé de sa vie ses inquiétudes patriotiques et le droit de dire à ceux qu’il a tant aimés: «Pendant cinquante ans, je n’ai jamais cherché que votre intérêt; j’y ai quelquefois sacrifié le mien;. je ne vous ai jamais ni trompés, ni flattés.»

Le lecteur entendra ici la voix du grand citoyen, dont la vie et l’œuvre se résument dans cette parole: «J’ai

«adoré la France. J’ai rêvé pour elle la gloire de devenir

«l’idéal des peuples modernes.»

VEUVE EDGAR QUINET.

Paris, 27 octobre 1875.

LE LIVRE DE L’EXILÉ.

Table des matières

( OUVRAGE INÉDITE)

I

Table des matières

Décembre 1851.

Au moment où je posai le pied de l’autre côté de la frontière et où je dis à la patrie un adieu peut-être éternel, je me retournai, et la terre manqua sous mes pas.

Depuis cette heure, mon esprit se sentit déraciné, comme la feuille que le vent a détachée de l’arbre; et j’allai où le vent me poussa.

Pendant que la tempête me portait, un cri s’échappait de mon cœur; et dès que je pouvais reprendre haleine, j’écrivais dans ce livre un mot, un signe, pour me rappeler ce que mon esprit avait vu.

Voici ce livre. Commencé dans l’orage, puisse-t-il s’achever dans la paix!

Je n’étais plus l’hôte de personne. Sitôt que j’avais trouvé un foyer quelque part, la menace arrivait; il fallait songer à partir.

Je me sentais flotter à la surface d’une mer d’hommes, d’où ne s’élevait aucun souffle humain.

J’étais comme la procellaria qui parcourt la mer du Nord sans retrouver son nid qu’un pêcheur a enlevé.

A mesure que la nuit descendait dans l’àme des peuples et que la dernière étoile se cachait, voici les ombres qui passaient sur mon cœur et les cris qui sortaient de ma poitrine.

II

Table des matières

L’esprit seul peut vaincre l’esprit.

Le jour venu, nous cherchâmes un peuple, nous trouvâmes un esclave.

Nous l’appelâmes; il répondit que ce qu’il demandait, c’était non pas la liberté, la dignité, mais l’égalité dans l’esclavage.

Jamais cri servile n’avait été poussé avec une force semblable; huit millions de voix humaines acclamèrent la servitude.

Ce cri retentit dans les tombeaux de la Pologne, de la Hongrie, de l’Italie, c’était la consolation que les vivants envoyaient à ceux qui ne pouvaient renaître.

Alors on vit que l’esprit seul a la force de ressusciter les morts et de soulever les pierres. Les peuples avaient voulu renaître sans briser la chaîne spirituelle qui les liait encore aux ossuaires du moyen âge. Ils avaient fait quelques pas jusqu’à l’extrémité de leurs chaînes; après cela, ils étaient retombés dans leurs sépulcres.

Et la France, la reine des morts, s’assit sur la terre et devint la gardienne des tombeaux. Ses ennemis disaient qu’après avoir trahi, comme Judas, tous ceux qui l’avaient suivie, elle avait péri, comme Judas, par le grand suicide.

Le plus vieux des esprits, le plus usé, le plus aveugle, l’esprit catholique, avait montré cent fois plus de calcul, de suite, de pénétration, d’activité, que le matérialisme dans sa forme la plus nouvelle; et les temps firent voir que l’esprit seul peut vaincre l’esprit même ruiné. La matière tout entière conjurée s’y est montrée impuissante.

Entre la Papauté Romaine, et la Papauté Russe, toute pensée libre se vit étouffée sur le continent. Nous nous trouvâmes errants, cherchant un asile. La terre manquait sous nos pieds.

Notre pensée sortait de notre bouche et n’atteignait l’oreille ni le cœur de personne. Il s’était fait comme un vide en Europe. Le cri de la conscience mourait dans la poitrine. Il semblait que l’on parlât dans un monde vide et sourd, où manquait l’air moral.

Je me retournai et j’entendis derrière moi des peuples entiers qui disaient: César, ceux qui vont mourir te saluent!

Nous emportâmes avec nous la Justice et le Droit; mais nul ne voulait les recueillir, de peur de se brouiller avec l’injustice. Ceux qui nous donnaient asile, pour un jour, mettaient, en nous voyant, leurs doigts sur leurs lèvres. Ils nous commandaient le silence. L’hospitalité était à ce prix. Quiconque ouvrait la bouche pour raconter ce qu’il avait vu était aussitôt jeté sur un vaisseau. Les vents l’emportaient; et le silence se faisait peu à peu sur tout le continent.

Afin que la loi philosophique s’accomplît tout entière, les seuls points du continent qui s’élevaient encore au-dessus de cette mer de servitude, étaient ceux qui, dans le présent ou le passé, avaient lutté contre le catholicisme: Suisse et Hollande. Mais ces points étaient eux-mêmes entourés, comme des îlots, par le flot qui montait toujours.

Le dernier point de l’univers moral semblait devoir disparaître. On ne voyait nulle part le brin d’herbe du monde nouveau.

L’Angleterre seule était encore debout sur ses rochers. Elle s’appuyait sur la Bible, mais chaque coup de vent emportait une page du livre; et l’esprit de l’abîme comptait une à une celles qui restaient encore.

Trois principes s’étaient rencontrés: la philosophie, le protestantisme, le catholicisme.

Depuis 1789, la France avait tenté de réaliser et d’organiser le principe philosophique. Après avoir accompli une partie de sa tâche, elle y avait succombé sous les invasions de 1814 et de 1815. Elle avait été impuissante à se relever; et dès lors la Révolution commencée par la philosophie s’achevait par le jésuitisme. Celui-ci se réalisait chez elle dans toutes ses institutions.

J’ai toujours pensé que le cœur de la France est resté enseveli dans les champs de Waterloo, et rien, ce me semble, n’a démontré le contraire. Depuis ce jour, une poignée d’hommes ont fait des révolutions et des contre-révolutions. La masse inerte les a subies sans mot dire. Quiconque s’empare du cadavre d’Hector peut s’en servir à son gré, au profit de la liberté ou de la servitude. C’est à lui de choisir. Il trouvera une matière complaisante dans les deux cas; pourtant la servitude lui va mieux.

Le protestantisme se sentait impuissant, non qu’il ne possédât une vérité supérieure à celle du catholicisme, mais parce qu’il avait accepté la discussion et renoncé à s’imposer par la contrainte. Il avait donné la liberté de penser à l’esprit humain; aussitôt celui-ci, noble affranchi, débarrassé de sa crainte, s’était retourné contre son libérateur, avec arrogance. Les philosophes qu’il avait émancipés, se joignaient aux catholiques pour le ruiner en l’insultant. Dans ce combat, il se servait de la lumière contre ceux-ci, des ténèbres contre ceux-là. Mais une pareille équivoque ne pouvait se soutenir; il chancelait. Tous les États du continent, assis sur le protestantisme, chancelaient avec lui.

Restait le catholicisme romain, fond permanent des institutions et des mœurs de l’Europe occidentale.

Sous les idées libérales que la philosophie avait semées à la surface du pays, le catholicisme, persévérant au moins comme préjugé, avait conservé au fond des masses un monde servile, inaccessible au mouvement de l’esprit moderne. Quatre fois, le suffrage universel fit appel à ce monde inconnu; quatre fois la réponse fut la même.

Le génie religieux de la réaction catholique, ce fut la Peur divinisée de la Révolution française. La bourgeoisie, qui avait d’abord contrarié l’Eglise, y étant rentrée par peur, le peuple n’en étant jamais sorti, par ignorance, il y eut un moment où cette Eglise parut maîtresse. L’esprit du moyen âge souffla de nouveau sur. un océan de ténèbres.

Dans cette tempête, se découvrait, par intervalles, la pierre de fondation des États. L’empire catholique par excellence, l’Autriche, ne se composait que de nationalités mortes. La première condition d’un peuple pour entrer dans cet empire était de mourir et d’y apporter ses os.

Déjà la Pologne, la Bohême, la Hongrie, l’Italie étaient englouties.

Symptôme étonnant: le mot le plus saisissant de la langue française, Waterloo, avait perdu, en partie, sa signification. Les patries disparaissent ainsi, l’une après l’autre, devant le catholicisme. Je comptais autour de l’antre du Sphinx, les ossements des peuples dévorés.

En passant, je sentis le froid esprit de la Russie se promener sur mon pays. Je reconnus le souffle mortel des cavaliers moscovites des invasions.

Chimère! disaient ceux que je laissais derrière moi. Car ils craignent que les chevaux russes ne viennent brouter l’herbe de leurs champs. Mais ils ne voient pas que les esprits russes ont éteint déjà le foyer dans leurs poitrines.

Les temps étaient revenus où les écrivains, les penseurs, chassés de leur pays, allaient errants à travers le monde. Ils continuaient de penser, mais personne ne les comprenait. Ils appelaient, et personne ne répondait. Leur pensée sans écho s’ensevelissait avec eux. Quand on la retrouvait, elle était surannée. Les générations et les peuples avaient passé sur leurs tombeaux sans les reconnaître.

Il y avait dans le monde deux ou trois grandes religions mortes et pétrifiées: en Orient le Brahmanisme et le Bouddhisme; en Occident le Catholicisme, l’Eglise grecque. Elles étendirent, comme les Pyramides d’Egypte, leur ombre massive sur un désert moral. C’était pour servir de sépulcre aux cadavres des peuples, à mesure que leur ombre les glaçait.

Et le silence se fit sur toute la terre.

III

Table des matières

Je ne suis pour rien dans ce qu’ils font.

Je ne m’étonne pas que les anciens aient eu tant de peine à supporter l’exil du temps des empereurs. Ils se sentaient frappés par un seul homme, un césar; et cet homme-là de moins dans le monde, il leur semblait qu’ils retrouveraient leur patrie entière. Il me paraît qu’il en est autrement quand ce sont des peuples entiers qui, soit ignorance, soit lassitude, s’affaissent dans l’injustice. Car il doit vous sembler alors que vous seriez leur complice, si vous étiez resté au milieu d’eux. Et dans les ennuis de la proscription, il y a celte joie intérieure qui consiste à se dire: Dieu merci, je ne suis pour rien dans ce qu’ils font.

J’imagine que c’est là le sentiment qui a soutenu tant d’hommes exilés dans les Républiques, soit anciennes, soit modernes. Ils ont montré infiniment plus de force morale contre un peuple que ceux qui ont été frappés par un seul homme. D’un côté, le fier langage de Thucydide ou de Dante, de l’autre, les Tristes d’Ovide sous Auguste, de Mme de Staël sous Bonaparte.

Peut-être aussi que l’injustice exercée au nom d’un seul vous irrite, tandis que celle qui s’exerce au nom de tous fait pitié. On peut sentir de la colère contre un despote, on ne sent que de la commisération pour une foule aveuglée. Quel plaisir trouverais-je à fouetter de verges l’Océan? Le temps de ce plaisir de Xerxès est passé.

IV

Table des matières

Béni soit l’Exil!

Béni soit l’exil! Qui m’eût enseigné ses bienfaits, si je ne les eusse éprouvés?

En me mettant en dehors des lois de protection qui sont faites pour tous, il m’apprend à chercher mon appui là où l’homme ne peut m’atteindre.

En me traitant comme la feuille détachée que le vent chasse devant lui, sans qu’aucune terre ensemencée veuille la recevoir, il m’apprend à m’enraciner dans le sol qu’aucune tempête n’assiège.

En me refusant l’abri, le toit, le foyer, il m’apprend à bâtir ailleurs la maison de mon àme.

On nous a mis au ban de l’espèce humaine. J’accepte de grand cœur; et certes, si je ne consultais que mon goût particulier, je ne pourrais faire un vœu pour que cet état de choses vint à changer.

Les hommes, en me confinant hors des relations humaines, m’ont affranchi. J’étais l’esclave de leurs fantaisies; je dépendais de leur humeur; je faisais partie de leur amusement.

Ils ont retranché de ma vie tout ce qui était artificiel; ils m’ont rendu à la liberté première! Tous les filets d’araignée que la conversation, la mode, le préjugé, avaient tendus autour de moi, sont rompus. Mes heures se dépensaient avec eux en un frivole commerce, où leur âme et la mienne n’étaient presque jamais pour rien.

Je suivais le front bas leurs croyances, leurs illusions; ils m’ont délivré en un moment de tout cela. Ils m’ont ramené de force à ce qu’il y a de mieux en moi-même! Les fausses affections sont tombées; tous les masques ont disparu. Rien ne reste que ce qui est bâti sur le roc.

Oh! quel bienfait j’ai reçu!

Ils ont fait de ma vie une ile séparée de leurs iniquités; ils ont creusé tout autour un abîme infranchissable.

A peine si leur voix m’arrive. Ils ont mis des gardiens autour de cet abîme. Toute une armée veille sur ses bords, et chacune de leurs précautions m’assure contre eux-mêmes! Puissent-ils élever une muraille d’acier, afin que leurs pensées aux ailes rampantes ne parviennent pas jusqu’à moi!

Ils ont fait de ma vie une île sacrée où n’aborderont plus les vaines douleurs, les trompeuses espérances, les amitiés d’un jour, les regrets éternels! Un blanc troupeau de cygnes venus des rives de l’Éternité, se joue autour de la barque échouée.

O mon âme, quand tu auras égalé la blancheur des cygnes, ils te ramèneront dans la patrie perdue!

Age restriction:
0+
Release date on Litres:
16 January 2025
Volume:
381 p. 2 illustrations
ISBN:
4064066329624
Publishers:
Copyright Holder::
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