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Corot

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066334024
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La première de couverture
Page de titre
LES PEINTRES ILLUSTRES
DÉJA PARUS
LES PEINTRES ILLUSTRES
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COROT
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(1796-1875)
PLANCHE I.—L’ETANG (Frontispice)
«La beauté en art, c’est la vérité mêlée à l’impression, à l’émotion que l’on ressent de la nature.» C’est ainsi que parlait Corot à ses élèves et «l’Etang» par lui-même est suffisant pour prouver comment il pratiquait ce qu’il enseignait.


DÉJA PARUS:
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VIGÉE LE BRUN.
REYNOLDS.
VELAZQUEZ.
RAPHAEL.
FRANZ HALS.
LEONARD DE VINCI.
VAN DYCK.
HOLBEIN.
FRA ANGELICO.
MILLET.
INGRES.
LE TITIEN.
REMBRANDT.
CHARDIN.
FRAGONARD.
GREUZE.
GAINSBOROUGH.
BOTTICELLI.
RUBENS.
LE TINTORET.
WATTEAU.
MURILLO.
DELACROIX.

COROT
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L’HISTOIRE du paysage dans l’art français, remplirait la matière d’un fort volume, nous ne pouvons en donner ici qu’un aperçu rapide, depuis Poussin et Claude Lorrain jusqu’à Corot, en passant par l’influence hollandaise.
Au XVIIIème siècle, bien que nous ayons appelé Watteau un grand paysagiste, la nature est toujours arrangée un peu en décor de comédie italienne, elle est un accessoire aux personnages. Il faut les écrits de Jean-Jacques Rousseau et de Bernardin de Saint Pierre pour qu’un sentiment plus vrai puisse être exprimé, et Joseph Vernet avec ses Ports de France sacrifie davantage à la réalité, n’arrange plus ce qu’il voit, mais se contente de le copier; et malgré sa bricabracomanie de ruines et de fabriques, Hubert Robert est doué des mêmes qualités; la palette lumineuse de Claude Lorrain a éclairci celle de ses lointains descendants, et même d’étrangers comme Turner.
En 1750, l’ouverture au Luxembourg de collections de petits maîtres hollandais, accentua l’importance donnée à la nature pour elle-même et telle qu’elle est; on s’inspira dès lors de Van Goyen, de Ruysdaël, d’Hobbema, de Potter.
Un peintre est passé à la postérité parce que le premier il a su faire des effets de pluie, c’est Watelet en 1800, et cela semble audacieux au milieu de toute l’antiquaille et de la mythologie dont on a l’habitude.
En 1816, un prix de Rome est fondé pour le paysage qui fut distribué tous les cinq ans jusque sous le Second Empire; c’était la reconnaissance officielle d’un art jusqu’alors jugé inférieur. En 1827, le romantisme qui a pour chef en poésie Hugo, en peinture Delacroix, s’honore aussi d’un paysagiste Paul Huet, grand admirateur de Constable.
L’Ecole de 1830 triomphe avec Isabey, Cabat, Jules Dupré, Diaz, Théodore Rousseau, puis c’est Daubigny, Troyon, et enfin Corot.
Son œuvre a continuellement gagné dans l’estime des amateurs depuis ses premiers succès de 1840 et lui qui, de son vivant n’avait obtenu qu’une modeste gloire, âprement consentie peu à peu, eut été bien étonné si on lui avait prédit son extraordinaire triomphe posthume, si on lui avait annoncé les enchères folles dont on couvrirait ses tableaux; une toile vendue par lui quelques billets de cent francs, s’adjuge aujourd’hui au prix de deux cent cinquante mille francs.
Il serait injuste de voir là un engouement momentané de la mode, des exagérations d’un snobisme de passage, l’œuvre de Corot est assurée d’immortalité parce qu’elle n’est pas uniquement l’expression d’une époque, elle ne date pas, sa poésie, sa fraîcheur, sa délicieuse jeunesse sont de tous les temps et de tous les pays, elles seront aimées tant que les êtres auront une âme.
PLANCHE II.—DANSE DES BERGERS
La «Danse des Bergers» est l’image vivante d’un heureux moment d’extase lyrique comme Corot en connut tant et que, grâce à son génie, il fait partager aux moins initiés.

Les critiques les plus acerbes, qui combattirent le plus vivement Corot, n’ont pu prendre en défaut sa foi artistique. Sa devise était “Conscience, simplicité” et il y a toujours été fidèle.
Il réclamait pour l’artiste une entière indépendance, voici les conseils qu’il donnait:
“Que votre sentiment seul vous guide. Seulement comme nous ne sommes que de simples mortels, nous sommes sujets à l’erreur; écoutez les observations mais ne suivez que celles que vous comprendrez et qui doivent se fondre dans votre sentiment; fermeté, docilité, suivez vos convictions. Il vaut mieux n’être rien que d’être l’écho d’autres peintures. Comme dit le sage, quand on suit quelqu’un, on est toujours derrière. Le beau dans l’art, c’est la vérité baignée dans l’impression que nous avons reçue à la vue de la nature. Je suis frappé en voyant un lieu quelconque, tout en cherchant l’imitation consciencieuse, je ne perds pas un seul instant l’émotion qui m’a saisi. Le réel est une partie de l’art; le sentiment complète. Sur la nature, cherchez d’abord la forme, après, les valeurs en rapports de tons, la couleur et l’exécution; et le tout soumis au sentiment que vous avez éprouvé. Ce que nous éprouvons est bien réel. Devant tel site, tel objet, nous sommes émus par une certaine grâce élégante. N’abandonnons jamais cela, et en cherchant la vérité et l’exactitude, n’oublions jamais de lui donner cette enveloppe qui nous a frappés; n’importe quel site, quel objet; soumettons-nous à l’impression première. Si nous avons été réellement touchés, la sincérité de votre émotion passera chez les autres.”
Il est malaisé d’établir la généalogie artistique du peintre voulant à tout prix être personnel, “avec une ardeur qui n’admet aucune concession” ; cependant une filiation existe évidente de Claude Lorrain, à lui, ne serait-ce que dans l’emploi des mythologies qu’animent la blondeur ouatée de ses paysages. Néanmoins dans la lutte engagée contre les classiques, à laquelle il prit part, il demeure encore une figure isolée, ne subissant pas l’ambiance de ses contemporains, de l’Ecole de Barbizon, il apparaît, au milieu de cette pléiade illustrée, le seul idéaliste; ses tableaux ne sont pas la reproduction de tel ou tel site, mais l’expression peinte d’un joli effet de couleur, d’une forme gracieuse, d’un jeu délicat de lumière; l’âme même de la nature vibre dans le moindre de ses croquis; il a la vision d’un rêveur mais dont une volonté raisonnée guide le pinceau. C’est tout à la fois un grand artiste et un grand peintre; les deux mots ont chacun leur sens.
L’art pour lui, fut une religion; et à son culte dévotieux, il ne donnait que le meilleur de lui-même; un aveu de lui est un modèle rare de conscience artistique. «Un jour, dit-il, je me suis permis de faire quelque chose de chic, laissant ma brosse aller à sa volonté ; lorsque ce fut terminé, je fus pris de remords et ne pus fermer les yeux de toute la nuit. Aussitôt qu’il fit jour, je courus à ma toile, et avec rage, je grattai avec mes ongles tout mon travail de la veille. A mesure que mes fioritures disparaissaient, je sentais ma conscience devenir plus calme, et une fois que le sacrifice fut accompli, je respirai plus librement, car je me sentais réhabilité à mes propres yeux.”
Il semblerait que Corot peignait les arbres avec cette même émotion religieuse des primitifs italiens peignant, dans la calme retraite du cloître, leurs madones et leurs Vierges; il est un prêtre officiant à l’autel de la Nature, célébrant le Saint Sacrifice, et chacune de ses peintures est une élévation de l’Hostie consacrée.
C’est cette qualité qui fait son œuvre supérieure; dans un Musée ou une collection, un tableau de Corot n’éblouit pas pour attirer l’attention; mais quand une fois on l’a vu, on ne peut plus s’en détacher et l’entour devient vulgaire. On pénètre avec lui dans un sanctuaire, d’où la foule bruyante est exclue, on écoute le silence, on jouit d’une quiétude adorable.
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