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Nicolas-Marc Desfontaines
La vraye suitte du Cid
Tragi-comédie représentée par la troupe royale

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066085360
Table des matières
ACTEURS.
LA. VRAYE. SUITTE. DU CID
ACTE I.
SCENE DEUXIESME.
SCENE TROISIESME.
SCENE QUATRIESME.
SCENE CINQUIESME.
SCENE SIXIESME.
SCENE SEPTIESME.
ACTE II.
SCENE DEUXIESME.
SCENE TROISIEME.
SCENE QUATRIESME.
SCENE CINQUIESME.
ACTE III.
SCENE DEUXIESME.
SCENE TROISIEME.
SCENE QUATRIESME.
SCENE CINQUIESME.
SCENE SIXIESME.
SCENE SEPTIESME.
ACTE IV.
SCENE DEUXIESME.
SCENE TROISIESME.
SCENE QUATRIESME.
SCENE CINQUIESME.
SCENE SIXIESME.
SCENE SEPTIESME.
SCENE HUICTIESME.
SCENE NEUFIESME.
SCENE DIXIESME.
ACTE V.
SCENE DEUSIESME.
SCENE TROISIESME.
SCENE QUATRIESME.
SCENE CINQUIESME.
SCENE SIXIESME.
SCENE DERNIERE.
A PARIS,
Chez Anthoine de Sommaville, au Palais,
dans la petite salle, à l'Escu de France.
M. DC. XXXVIII. AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Extrait du Privilege du Roy.
Par grace & Privilege du Roy donné à Paris le 23. jour d'Octobre 1637. Signé, Par le Roy en son Conseil. DE MONÇEAUX, il est permis à ANTHOINE DE SOMMAVILLE, Marchand Libraire à Paris, d'imprimer ou faire imprimer, vendre & distribuer une piece de Theatre, intitulee la vraye suitte du Cid, Tragi-comedie, durant le temps & espace de cinq ans, à compter du jour qu'elle sera achevee d'imprimer. Et deffences sont faittes à tous Imprimeurs, Libraires, & autres de contrefaire ladite piece, ny en vendre ou exposer en vente de contrefaicte, à peine de trois mil livres d'amande, de tous les despens, dommages & interests, ainsi qu'il est plus amplement porté par lesdites Lettres qui sont en vertu du present Extraict tenuës pour bien & deuëment signifiees, à ce qu'aucun n'en pretende cause d'ignorance.
Achevé d'Imprimer pour la premiere fois, le 1. jour de Decembre mil six cens trente sept.
Les exemplaires ont esté fournis.
ACTEURS.
Table des matières
LE ROY.
L'INFANTE, de Seville.
RODRIGUE, serviteur de Chimene.
CHIMENE, maistresse de Rodrigue.
DON DIEGUE, pere de Rodrigue.
DON ARIAS, gentil-homme de Seville.
D. SANCHE, favory du Roy.
CELIMANT, Prince de Cordouë.
SPHERANTE, Prince de Tolede.
CHERIFFE, Infante de Cordouë.
AMBASSADEUR, de Tolede.
LES GARDES.
LA VRAYE SUITTE DU CID
ACTE I.
Table des matières
SCENE PREMIERE.
L'INFANTE, CHYMENE.
L'INFANTE.
Ne dissimule point, dy moy belle Chymene,
Pourquoy mesprises-tu la qualité de Reyne?
Le trône, & ses grandeurs ont-ils si peu d'appas
Que loing de te charmer ils ne te touchent pas?
Non, je ne le puis croire: & certes je m'estonne
Du refus que tu faits d'une illustre Couronne,
Pense-tu que le Cid avec tout son bon-heur
T'esleve quelque jour à ce haut rang d'honneur?
Et que par les effets de sa valeur extreme
Il te ceigne le front d'un Royal diademe?
Non, non, tu ne le dois attendre que du Roy.
Car enfin ce grand Cid est sujet comme toy:
A quelque haut degré qu'il mette ta fortune,
Elle sera tousjours à mille autres commune:
Au lieu que l'heritier du Sceptre de Fernand,
Peut rendre ton bon-heur si parfait & si grand,
Que mille autres beautez auroient l'ame ravie
D'estre en cet heureux poinct où le Roy te convie.
CHYMENE.
Madame, il est bien vray que toute autre que moy
Se laisseroit charmer aux caresses d'un Roy,
Et que ce faux esclat de grandeur souveraine
Pourroit bien esblouir une fille un peu vaine,
Mais pour ne point faillir en cette occasion
J'ay plus de modestie & moins d'ambition:
Madame croyez-moy, je verray sans envie
Qu'une autre ait le bon-heur dont vous flattez ma vie
Et que dans le sejour d'un superbe Palais
Elle reçoive un bien qui ne me pleut jamais,
Pour moy sans regarder plus haut que ma fortune,
Je trouve dans le trône une pompe importune,
Et donnant à mon coeur des mouvemens plus sains,
J'attache mes desirs à de moindres desseins:
C'est par l'égalité qu'un beau couple s'assemble,
Ceux qui sont inégaux ne sont pas bien ensemble,
Et l'Amour fait entr'eux de si foibles accords,
Que souvent on les void se rompre sans efforts.
L'INFANTE.
Chymene, je sçay bien quelle est ta modestie,
Mais pour cette raison ne sois pas divertie,
De recevoir un bien qui vient s'offrir à toy
Par le vouloir des Dieux, & de la main d'un Roy:
Le Ciel qui t'a donné des qualitez si belles,
Ne veut point que tu sois d'un rang indigne d'elles,
Il cognoist que ce front est desja destiné
Par les arrests du sort pour estre couronné,
Et pour te confirmer ce bien-heureux presage
D'un Monarque puissant il touche le courage,
Et fait mesme advoüer à cet esprit royal
Qu'il n'est rien icy bas à ton merite esgal.
Encore que le Cid t'ait tousjours adorée,
Croy-tu que son amour ne puisse estre alterée,
Et que dans la longueur de son esloignement
Ainsi que grand Guerrier il soit fidele Amant?
Peut-estre maintenant ton amour l'importune,
Et son ambition croît avec sa fortune;
Si lors qu'il n'avoit pas ce tiltre glorieux
Qui le met au dessus de ses braves ayeux,
Il s'estimoit desja digne de ton merite,
Pense-tu que son coeur s'arreste en ce limite,
Aujourd'huy que l'Espagne & tant de Nations
Admirent sa valeur & ses perfections.
Ah! Chymene je voy de grandes apparences
Qu'il portera plus haut ses belles esperances,
Et qu'un trône sera l'inévitable écueil
Où ta fidelité trouvera son cercueil.
CHYMENE à part.
Ah Dieux! qu'adroittement elle me veut surprendre,
Et m'oster un amour où je la voy pretendre!
Oüy sans doute elle l'ayme, & parlant pour le Roy,
Je cognois bien aussi qu'elle parle pour soy.
Madame si le Cid abandonne Chymene,
Pour donner à son coeur une plus noble chaisne,
Vous verrez qu'elle sçait souffrir esgalement
Et ses legeretez & son esloignement.
L'INFANTE.
Puisque tu peux joüyr d'un pareil advantage,
Tu dois belle Chymene imiter son courage:
Et comme les grandeurs changent ses passions
Donner un mesme vol à tes affections,
Ne croy pas pour cela qu'on te nomme infidelle,
Ou que ce changement te rende criminelle:
La volonté des Roys peut tout authorizer
Et la mort de ton pere a droit de t'excuser;
Outre que tu n'és pas si vivement atteinte,
Il me souvient encor avec quelle contrainte
Tu promis ton amour à ce superbe Amant
A qui tu ne donnas que l'espoir seulement:
Le Roy veut t'exempter de cette loy severe,
Luy prefereras-tu le meurtrier de ton pere,
Non tu ne feras pas ce tort à ta vertu.
CHYMENE.
Madame vous sçavez comme j'ay combattu
Avant que de ceder à cette violence
Où son amour fit moins que mon obeïssance,
Je resistay long-temps, mais enfin mal-gré moy
Il fallut obeyr aux volontez du Roy,
Il fallut oublier son crime & ma vengeance,
Vostre pere Fernand me mit en sa puissance,
Et puisque je me suis renduë à cet effort
Ses fers acheveront & ma vie & mon sort.
L'INFANTE.
Mais entens mes raisons
CHYMENE.
Elles sont superfluës,
On delibere en vain des choses resoluës
L'INFANTE en sortant.
Tu pourras y songer avec plus de loisir.
SCENE DEUXIESME.
Table des matières
CHIMENE seule.
Je sçay bien quel party mon amour doit choisir
Si la gloire du Cid a sa flame estouffée,
Pour donner à ses voeux un plus noble trophée
Je ne l'empesche point, que son destin soit beau
Qu'il soit dessus un trône, & moy dans le tombeau.
Mais si jamais ce front doit porter la couronne,
Il faudra que ce soit le Cid qui me la donne
Ce don d'une autre main me seroit odieux
Et luy seul le peut rendre agreable à mes yeux
Mais quelle occasion, & quelle negligence
L'obligent si long-temps à garder le silence:
Dans le commencement de son triste depart
Je voyois quelquesfois des lettres de sa part
Et de la mesme main dont parmy les alarmes
Il tire tant de sang, il essuyoit mes larmes
Mais helas je crains bien qu'en cet object vainqueur
L'esloignement des yeux n'ayt fait celuy du coeur
Car depuis quelque temps je n'ay plus de nouvelles
Que celles que j'entens du destin des rebelles
Avec ses ennemis il destruit mon espoir
Et sa gloire luy fait oublier son devoir
Toutesfois cher Amant excuse un peu ma plainte
Un veritable amour est rarement sans crainte
Estant si genereux tu n'es pas inconstant
Aussi craindrois-je moins si je n'aymois pas tant
Vien doncq c'est trop long-temps faire l'esperience
Et de ma passion & de ma patience
Vien si tu veux m'oster d'un penible soucy
Ou sçaches que sans toy je vay mourrir icy
Mais que me veut Dom Sanche & quel sujet l'ameine.
SCENE TROISIESME.
Table des matières
DOM SANCHE, CHYMENE.
DOM SANCHE.
Une bonne nouvelle adorable Chymene
CHYMENE.
Quelle? vien-tu du Cid m'annoncer le retour?
DOM SANCHE.
Non encores Madame on l'attend à la Cour,
Mais un plus grand bon-heur que le Ciel vous envoye
Doit faire icy ceder la tristesse à la joye:
Ah que vostre destin doit estre glorieux!
CHYMENE.
Quoy donc? des ennemis est-il victorieux?
Retourne-t'il chargé de Lauriers & de Palmes?
DOM SANCHE.
Oüy: sa rare valeur rend ces Estats plus calmes,
Mais ce n'est pas cela qui m'oblige à vous voir.
CHYMENE.
Quel est donc ce bon-heur faictes le moy sçavoir?
DOM SANCHE.
Madame consultez cette beauté si rare
Et vous sçaurez le bien que le ciel vous prepare,
Consultez ces beaux yeux, ils vous diront assez
Contre qui depuis peu leurs traits se sont lancez,
Ils vous diront qu'un Roy jeune, amoureux & brave
Prefere à ses grandeurs la qualité d'esclave,
Et qu'il trouve ses fers si charmans & si doux
Qu'il semble ne vouloir regner qu'avecque vous.
Oüy Madame le Roy vous ayme, il vous adore,
Et je viens demander la grace qu'il implore;
Qu'une injuste rigueur ne l'y refuse pas,
Considerez qu'un Sceptre a de puissans appas,
Et qu'il ne sied pas bien de faire l'inhumaine
Quand il s'agist d'un trône, & du tiltre de Reyne.
CHYMENE.
Ah! qu'il te sied bien moins de troubler mon repos
Par les traits odieux d'un si lasche propos:
Perfide as-tu si peu de honte, & de courage
Que de ne pas rougir me tenant ce langage,
As-tu mis en oubly la gloire de tes fers,
Ne te souvient-il plus que je les ay soufferts,
Et mesme quelquesfois pour soulager tes peynes
Que ma main pitoyable a soustenu tes chaisnes,
Toutesfois coeur ingrat & sans ressentiment
Apres avoir porté la qualité d'Amant
Tu parles pour un autre, & tu veux que mon ame
Reçoive en ta faveur les ardeurs de sa flame,
Ah! que tu monstre bien par ce tour desloyal
Combien le Cid avoit un indigne Rival,
Puisque tu ne sçaurois te conserver la gloire
D'avoir long-temps au moins disputé la victoire.