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Léon Bloy, Ernest Hello

Ici on assassine les grands hommes


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066304478

Table des matières

La première de couverture

Page de titre

Texte


ICI
ON ASSASSINE
LES GRANDS HOMMES

Table des matières

I

Terre et Ciel, vous ne pouvez pas mépriser celui qui vous parle, CAR il est faible en vérité!

Je n’ai à moi que mon gémissement.

ERNEST HELLO.

Voilà dix ans qu’il est enterré, le pauvre Hello! Bientôt dix ans. Les catholiques ne l’ont pas raté.

Le Lamentateur prodigieux qui pleura sur leur sottise ou leur infamie s’en est allé promener son gémissement dans les vallées sombres ou dans les vallées lumineuses des «dormants».

L’illusion de le voir encore sur la terre est le partage exclusif d’un groupe de préférés du Malheur, bienvenus à l’effrayante bénédiction d’admirer notre Henry de Groux, peintre des carnages, dont la ressemblance physique avec ce pousseur de cris est à dérouter la Mort.

Ah! certes, ils ne manquèrent pas leur coup, les cochons de la prière! Ils y mirent le temps, je ne dis pas non, mais quel triomphe, à la fin!

Sans doute, Hello outragé, conspué, ridiculisé trente ans, par toute la racaille des chemins de croix, c’était beau! Mais Hello tué par le chagrin, Hello à six pieds sous terre, Hello ajourné à la Résurrection des morts, c’était bien plus beau!

Cet empêcheur de croupir en rond ayant disparu, on allait pouvoir s’entrelécher et se pourlécher à l’aise, et se bichonner le suçoir, et se caresser la trompe, et se congratuler l’appendice, dans les encoignures champignonneuses des sacristies colonisées par les cancrelats.

On ne prévoyait pas que ses livres, qui n’avaient pu être enterrés avec lui dans la fosse étroite où la vermine des tombeaux ne les eût peut-être pas autant méprisés, allaient lui survivre.

Comment deviner, quand on est la légion des cuistres, que des oeuvres non estampillées par l’admiration des ecclésiastiques sonores parviendraient, un jour, à s’évader du puits de silence où l’hostilité fangeuse des journaux soi-disant chrétiens avait cru les engouffrer?

Or ce fut précisément ce qui arriva. La haine crapaude fut vaincue. Les livres du malheureux Hello reparurent.

A défaut du Style qui fait les oeuvres impérissables, il avait l’éloquence telle qu’elle d’un enthousiasme toujours déchaîné, d’une imagination toujours pathétique, mais surtout il avait l’accent, l’introuvable accent de la plus merveilleuse douleur.

Il n’avait pas autre chose, l’infortuné, et il le sentait fort bien, lui qui voulait qu’on l’appelât le pauvre des pauvres. Mais c’était assez pour qu’il cessât d’être obscur, pour qu’il commençât de resplendir à soixante milliards de lieues des boutiques de la dévotion, et cela criait vengeance.

II

Ernest Hello m’a bien souvent regardé, je suis sur qu’il ne m’a jamais vu.

CHARLES BUET.

Elle est venue, la vengeance, et vous allez voir si elle est malpropre. Les gens de «piété solide» sont, en général, mieux avertis que les fragiles, de l’efficacité souveraine du ridicule quand on veut abattre la Grandeur.

Ernest Hello, relaps de la Vie et de la Lumière et, par conséquent, désigné pour la seconde fois à l’ange exterminateur qui fonctionne chez les marguilliers, devait être frappé du glaive infaillible.

Il s’agissait d’écrire un semblant de panégyrique. de la niaiserie la plus profanante, capable de dégoûter d’Isaïe même et d’obscurcir jusqu’à la constellation du Cygne.

Pour une telle besogne, il fallait un de ces imbéciles accablants, formés à l’école de la vertu et qui semblent n’apparaître que pour nous aider à concevoir la Solitude impénétrable de Dieu.

Cette «marguerite précieuse», pour l’acquisition de laquelle il est recommandé de tout vendre, pouvait-elle se rencontrer ailleurs qu’à Lyon, colonie catholique du blême Calvin, comme chacun sait, où le pédantisme et la chiennerie pharisaïques sont inégalables?

Je me suis quelquefois offert, non sans délices, la tête onctueuse d’un polygraphe trop connu que Barbey d’Aurevilly se complaisait à dénommer euphémiquement grenouille à lunettes.

Le panégyriste lyonnais d’Ernest Hello paraît être un de ses élèves et me force naturellement à y penser. Mais il n’est qu’un de ses élèves et tellement au-dessous du maître que celui-ci, par comparaison, m’assomme de sa majesté. Le batracien, tout à coup, s’enlève du sol, crève la nue, lance des paquets de tonnerres...

Peu importe le nom de l’insecte, n’est-ce pas? Il est même sans intérêt de rechercher si son bouquin, véritablement criminel, fut cochonné avec de bonnes ou de mauvaises intentions. Il suffit, je pense, de savoir que la haine la plus basse et la plus perfide n’aurait pu s’y prendre mieux pour avilir un grand homme.

Raconter les vertus de la famille, de plusieurs familles, les mots de l’enfant sublime, les paroles mémorables des papas et des mamans, les angéliques élans du jeune homme, les projets de mariage, l’indicible pureté d’âme des fiancés et leur union sous les yeux des séraphins;–choses qui devaient rester dans une ombre fière;–enfin ressasser Madame Hello, la divine Maman Zoé, en combien de pages, grand Dieu!... Et tout cela, du commencement à la fin, dans cette forme chassieuse, coulante et froide comme les scrofules, qui caractérise les prospectus de chemisiers pour ecclésiastiques ou les sacrilèges notices de propagation excogitées par des soutaniers libidineux!

Un peu plus loin,–car je m’accuse de m’être détourné plusieurs heures du Saint Livre pour déchiffrer ce bavardage,–un peu plus loin, dis-je, l’auteur s’emballe dans la direction des gouffres de gloire.

Il frotte sur son derrière l’allumette du dithyrambe et nous déclare, entre autres choses, qu’«Hello lu et compris illuminerait l’esprit moderne», que «sa gloire, qui est celle de Dieu, eût été le bonheur d’un siècle». En passant il le compare au Soleil. «Hello me fait l’effet d’habiter ce point central et, en même temps, supérieur (!), qui, dans le monde de l’intelligence, correspond au Soleil, centre céleste des mondes, foyer géant qui est la synthèse des rayons avant leur dispersion dans l’espace.»

Qu’en essaie de se représenter un homme assez colossal, un mortel assez surhumain pour ne pas crouler sous cette avalanche de bêtise!

Bien que je ne passe pas pour un écrivain qui respecte infiniment son lecteur, je n’oserais prendre sur moi de multiplier ces abrutissantes citations. Mon Lyonnais n’est pas seulement un idiot, c’est en outre un philosophard de l’engeance disgracieuse des philosophards protestants, qui veut absolument voir un méthaphysicien de son écurie dans le lamentable et naïf poète qu’il déshonore.

«Les penseurs me comprendront», dit-il quelquefois d’un air entendu, quand il marche sur des pois qu’on a oublié de faire cuire.

Incapable de découvrir ou de soupçonner l’étonnante inégalité d’Hello qu’il appelle «un styliste de premier ordre»(!), il annonce à chaque instant qu’il va citer quelque chose de sublime, et c’est presque toujours une platitude.

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0+
Release date on Litres:
11 October 2024
Volume:
27 p. 3 illustrations
ISBN:
4064066304478
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Bookwire
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