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Antoine Laurent Apollinaire Fée

Études philosophiques sur l'instinct et l'intelligence des animaux


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066328979

Table des matières

AVANT–PROPOS.

I. PROPOSITIONS.

1. Préambule.

II. De l’instinct et de l’intelligence chez l’homme et les animaux; caractères différentiels et manifestations.

1. Instinct.

2. Intelligence.

3. Voix et parole

4. Éducabilité et domesticité.

5. Sentiments affectifs chez les animaux.

6. Agents de l’intelligence. Sens.

7. Habitude.

8. De l’âme chez les animaux.

9. L’instinct et l’intelligence sont-ils en rapport de développement avec les classifications zoologiques?

10. De l’encéphale comme régulateur de l’intelligence.

11. De la température du sang, et de l’alimentation, dans ses rapports avec l’intelligence.

III. Appréciation de l’instinct et de l’intelligence dans la série zoologique.

1. Considérations générales.

2. De l’homme considéré à l’état de natur e

IV. Loi d’équilibre ou de balancement numérique des êtres.

Migration des animaux.

2. Irradiation de l’homme.

II. FAITS ET REMARQUES .

I.

II.

III.

IV.

v.

VI.

VII.

VIII.

IX.

X.

XI.

XII.

XIII.

XIV.

XV.

XVI.

XVII.

XVIII.

XIX.

XX.

XXI.

XXII.

XXIII.

XXIV.

x x v.

XXVI.

XXVII.

XXVIII.

XXIX.

XXX.

XXXI.

XXXII.

XXXIII.

XXXIV.

XXXV.

XXXVI.

XXXVII.

XXXVIII.

XXXIX.

XL.

XLI.

XLII.

XLIII.

XLIV.

III. Examen de quelques opinions de J.J. Rousseau touchant l’homme primitif et les animaux, émises dans son discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes,

I.

II.

III.

IV.

V.

VI.

VII.

VIII.

IX.

X.

XI.

XII.

XIII.

XIV.

ÉTUDES PHILOSOPHIQUES

SUR

L’INSTINCT ET L’INTELLIGENCE

DES ANIMAUX.

PAR

A.L. A. FÉE,

Professeur d’histoire naturelle à la Faculté de Médecine de Strasbourg

Membre titulaire de l’Académie impériale de Médecine.


STRASBOURG, PARIS,
Ve BERGER-LEVRAULT & FILS, LIBRAIRES. C. REINWALD, LIBRAIRE, rue des Saints-Pères, 15.

1853.

A MATHIEU BONAFOUS.

Vous nous avez quitté pour un monde meilleur; mais vous vivez encore dans celui-ci par le souvenir du bien que vous y avez fait.

Vos amis, parmi lesquels je suis fier d’être compté, garderont pieusement votre mémoire; pourtant ce serait trop peu vivre parmi les hommes, car leurs cœurs et le mien se glaceront bientôt. Il vous fallait un monument moins périssable, et c’est vous-même qui l’avez élevé, en vous livrant avec persévérance à des travaux utiles: toujours préoccupé de chercher le mieux, quand vous aviez trouvé le bien; venant en aide au mérite méconnu; aussi habile à découvrir les malheureux que prompt à les secourir; sévère envers vous seul, pour avoir le droit d’être indulgent envers tous.

La gloire, cette récompense légitime de vos travaux, vous est acquise, et vous n’y aviez point songé. Il vous a suffi, pour la conquérir, de céder à vos penchants le plus doux et les plus impérieux. Vous avez bien mérité de l’humanité, et cependant vous ne pensiez qu’à bien mériter de vous-même.

Strasbourg, septembre1853.

A.F.


AVANT–PROPOS.

Table des matières

Les études qui se rattachent de près ou de loin à l’instinct ou à l’intelligence des animaux, sont tout à la fois au nombre des plus intéressantes et des plus ardues. Ce n’est pas qu’elles aient été négligées; mais l’Antiquité n’a jeté que de faibles lumières sur ce sujet difficile. Les Anciens manquaient de critique; plus rapprochés que nous du berceau de la civilisation, ils avaient toute la crédulité de l’enfance, quoique souvent ils pensassent en hommes.

Les questions métaphysiques se lient, bien plus étroitement qu’on ne le pense, aux progrès des sciences physiques. Elles élèvent l’hypothèse à l’état de démonstration, donnent du corps à l’abstraction, et font passer dans le domaine des sens ce qui semblait ne devoir appartenir qu’aux idées spéculatives.

Telle est surtout la dignité à laquelle atteint la philosophie de l’histoire naturelle: elle raisonne, mais d’après les faits; et c’est en généralisant les notions acquises, qu’elle en déduit des lois universelles.

Elle suit, pas à pas, le perfectionnement des sciences naturelles; elle les éclaire, et à son tour en est éclairée. Son rôle n’est pas seulement de s’attacher à l’erreur et de la dévoiler, mais de chercher les voies qui conduisent à la vérité.

Elle a fait mieux comprendre l’impossibilité, où l’homme se trouve désormais, de pouvoir embrasser dans ses recherches le grand ensemble des productions de la nature, démontrant ainsi, jusqu’à l’évidence, la nécessité d’une sage distribution du travail. Les plus habiles, forcés de se restreindre, ont dû accepter une part plus modeste; et l’étude des détails, qui est à la portée de tous les esprits, a fait progresser l’histoire naturelle, bien plus activement que n’eussent pu faire les travaux des plus vastes intelligences.

Mais ces détails n’ont-ils pas d’ailleurs leur sublimité et leur grandiose, par la nécessité de les comparer à l’ensemble? Rien n’étant isolé, ni dans le monde physique ni dans le monde moral, on ne peut se flatter de bien connaître une chose qu’après avoir saisi et apprécié tous les rapports qui l’unissent, soit à ses analogues, soit à ses contraires. Toute étude, a-t-on dit avec une parfaite justesse, est une comparaison.

Voir pour comparer, comparer pour connaître, connaître pour apprécier, telle est la marche à suivre dans l’étude des sciences. C’est pour avoir très-souvent apprécié avant d’avoir comparé, que les sciences naturelles restèrent si longtemps dans un état voisin de l’enfance.

Ainsi que l’a victorieusement établi un écrivain distingué, qui sait unir la force du raisonnement à la finesse des aperçus, il fallait observer, puis raisonner; tandis que l’on a commencé par le raisonnement, pour n’aboutir que tardivement à l’observation. Il suit de là que le naturaliste qui aura le mieux vu, sera en même temps celui de tous qui saura le mieux dire. Le nom de Frédéric Cuvier se présente naturellement à l’esprit, pour justifier cette assertion.

Les travaux de cet observateur sagace ont été mis en relief par M. Flourens, avec une abnégation personnelle si complète, qu’elle touche et intéresse comme le récit d’une bonne action. Le dévouement de l’ami a porté bonheur à l’écrivain; son livre a réussi, et il méritait de réussir.

Peut-être, après l’avoir lu, eussions-nous dû nous abstenir; mais l’auteur, qui connait si bien son sujet, l’ayant déclaré inépuisable, nous ne pouvions nous dispenser de le croire sur parole, et nous nous sommes engagé courageusement dans la route, où lui-même a marché d’un pas si sûr.

Au reste, les idées qui dominent dans notre travail, ne sont pas les mêmes que celles des naturalistes qui ont écrit avant nous; et, comme il arrive toujours, si nous nous accordons souvent, nous différons parfois. Peut-être aussi, et qu’on nous pardonne de l’exprimer ici, quelques aperçus nouveaux ont-ils été le résultat de nos méditations.

«S’il n’existe plus de vérités neuves», a dit une femme d’esprit et de cœur (), «il existe toujours une manière neuve de les présenter; et cette forme nouvelle, donnée aux vérités utiles, peut les rendre accessibles à telle ou telle intelligence qui leur était jusqu’alors restée fermée.» Notre incertitude a donc cessé, et nous avons entrepris ce travail.

La forme aphoristique, sous laquelle nous le donnons, entraîne après elle une certaine sécheresse; elle a surtout le tort de présenter d’une manière trop absolue et trop dogmatique des propositions parfois contestables, et qu’on se sent d’autant, plus disposé à contredire, qu’elles semblent offertes comme d’éclatantes vérités.

Toutefois, ces propositions permettent de voir bien plus nettement la pensée de l’auteur, que cette pensée soit juste ou de sens douteux. Le lecteur qui comprend, approuve ou condamne, complète ou retranche. Tout est profit pour lui, car il gagne du temps, et c’est sans effort, comme sans hésitation, qu’il formule son jugement.

Il nous reste à désirer que ce jugement, prononcé avec indulgence, soit basé plutôt sur la difficulté du sujet que sur la faiblesse de l’exécution.

I. PROPOSITIONS.

Table des matières

ÉTUDES PHILOSOPHIQUES SUR L’INSTINCT ET L’INTELLIGENCE DES ANIMAUX,

Table des matières

1. Préambule.

Table des matières

1.

L’homme n’a pas été placé sur la terre pour admirer stérilement les merveilles de la création:

Il observe et il médite.

2.

De l’observation sont nées les sciences physiques; de la méditation les sciences métaphysiques.

Elles témoignent les unes et les autres de sa double nature; car, s’il tient aux animaux par le corps, son âme a une essence immatérielle et divine.

Observateur intelligent, il progresse dans la connaissance des faits; mais il s’égare souvent dans l’explication qu’il en donne. Il sait voir, mesurer, décrire; habile à constater tout ce qui est du domaine des sens, on le voit hésiter, se contredire et flotter incertain dans tout ce qui appartient au raisonnement.

Aussi peut-on facilement reconnaître que les naturalistes anciens sont séparés des naturalistes modernes par un intervalle immense, tandis que les philosophes de toutes les époques et de tous les lieux semblent être contemporains.

Et cependant, soit qu’il réussisse, soit qu’il échoue, l’homme veut voir par delà tous les horizons, aussi ardent à créer de nouvelles hypothèses qu’à découvrir de nouveaux faits.

3.

L’homme se meut au dehors, à l’aide des organes dont la nature l’a pourvu. Il se meut au dedans, par la pensée. Ces deux mouvements, l’un physique et l’autre intellectuel, sont également impérieux. Il est un être pensant, comme il est un être agissant. La pensée se forme en lui et malgré lui; elle le domine et l’obsède. Le cerveau pense comme le cœur bat, en dehors de toute volonté.

4.

Mais si le mouvement intellectuel entraîne l’homme à la recherche de la vérité, il faut que ce mouvement soit réglé et que la raison lui démontre ce qu’il peut savoir et ce qu’il doit croire; ce qu’il peut discuter et ce qu’il doit admettre.

5.

Lorsque l’homme refuse d’attribuer à Dieu la part qui lui revient dans le grand œuvre de la création, Dieu le frappe de cécité intellectuelle.

Les savants ont voulu élever une nouvelle tour de Babel, et il en est résulté ce qu’on pourrait appeler la confusion des théories.

6.

Certains qu’il est pour l’homme des mystères impénétrables et des faits sans explication, pourquoi craindrions-nous d’avouer notre impuissance à dévoiler les uns et à expliquer les autres? Nous vivons, mais qui peut définir la vie? Nous mourrons, mais qui peut comprendre la mort? Il faut chercher plus haut la cause des effets qui se rendent chaque jour manifestes à nos yeux, et faire rentrer dans la sphère d’action du Créateur ce qui doit y rentrer, sans qu’il en coûte le moindre effort à notre raison.

7.

L’étude comparative des instincts et de l’intelligence de l’homme et des animaux est d’autant plus difficile, que des noms semblables ont été donnés à des facultés différentes. On dit des animaux qu’ils ont l’intelligence, mais non celle de l’homme; la réflexion, mais non celle de l’homme; qu’ils ont l’appréciation, mais qu’ils apprécient autrement que l’homme. En adoptant d’autres termes, peut-être aurait-on aplani bien des difficultés et évité bien des méprises.1

En physique générale, les corps regardés comme congénères, ne doivent point offrir de différences essentielles; autrement, ils passent de la condition de genre à celle de classe, et on les désigne par des noms différents. Il doit en être de même en métaphysique. Lorsque deux facultés agissent diversement et dans un but qui n’est pas rigoureusement semblable, on les regarde comme distinctes et on les sépare.

8.

Si l’intelligence de l’homme et celle des animaux étaient une seule et même faculté à des degrés différents, elles devraient avoir partout des points de contact et donner des résultats de même-ordre. Dans l’état de nature, l’intelligence des animaux est très-restreinte, et pour qu’elle puisse s’élever, il faut que l’homme se charge de leur éducation; or, quelque soignée qu’elle puisse être, jamais l’élève ne saurait approcher du maître. Il n’est donc pas juste de dire que l’homme est le plus intelligent des êtres de la création, il faut dire qu’il est autrement intelligent qu’eux tous.

9.

En effet, l’intelligence des animaux est limitée et stationnaire; elle, ne se perfectionne ni ne se communique; celle de l’homme, au contraire, est transmissible; elle rayonne comme la lumière; son caractère est de s’accroître et de se perfectionner indéfiniment.

10.

Nous sommes donc complètement séparés des animaux par la nature même de notre intelligence. D’où il suit que si juger de l’homme par l’homme est chose logique, conclure de l’homme à l’animal est chose incertaine et souvent hypothétique. Dans les efforts tentés pour établir entre eux un parallèle, on voit constamment que comparer c’est différencier.

11.

Rigoureusement parlant, l’homme ne peut être que l’historien de ses propres sensations. Ce qui est en dehors de sa nature, lui échappe, ou bien est mal apprécié. L’habitude qu’il a prise de tout ramener à lui, de déclarer imparfait ce qui s’éloigne de son organisation, et de croire très-supérieur tout ce qui s’en rapproche, est un écueil que n’a pas su toujours éviter sa raison.

12.

Nous recevons de notre éducation première, et même de nos études, des idées qu’il faut rectifier. Nos jugements sont rarement libres, et à notre insu une foule de préjugés tendent à les fausser. C’est ainsi, par exemple, que nous nous préoccupons de la dimension, qui ne compte pour rien; de la durée, qui ne compte pas davantage, de la simplicité de structure des organes ou de leur complication, quoique l’observation nous ait appris que la nature obtient de puissants effets en se servant de moyens très-simples et en apparence insuffisants.

13.

Les études zoologiques n’ont que très-lentement progressé, parce que nous avons dès le début fait fausse route. C’était à l’état sauvage que nous devions étudier les animaux, tandis que c’est surtout à l’état de domesticité qu’ils ont été observés. En les rapprochant de nous, nous introduisons en eux l’élément humain. Dans l’ordre de leurs destinées, ils sont pervertis.

Nous leur prêtons nos sentiments, nos passions, nos vices, et cependant les mots cruel, sanguinaire, féroce, ne peuvent leur être appliqués; ils obéissent à leurs instincts; ils en dépendent. Le tigre qui dévore une gazelle ne fait rien de plus que le mouton qui paît l’herbe des prairies; l’un et l’autre se nourrissent.

14.

C’est donc avec une très-grande réserve qu’il faut procéder, lorsqu’il s’agit d’apprécier les faits, d’ailleurs trop peu nombreux encore pour s’élever à la hauteur de lois universelles. Ce qu’on sait aujourd’hui de l’intelligence, n’est que la moindre partie de ce qu’on peut en savoir un jour: tant les questions difficiles se résolvent avec lenteur.

Déjà beaucoup d’écrivains modernes se sont exercés sur cette matière grave et ardue. Plus leurs noms ont d’autorité et d’éclat, et plus on se sent intimidé en se présentant à son tour dans la carrière; mais ce qui intimide bien davantage, c’est la grandeur et la sublimité du sujet lui-même; aussi en l’abordant, éprouvons-nous une sorte de terreur religieuse, contre laquelle nous nous trouvons sans défense.

II. De l’instinct et de l’intelligence chez l’homme et les animaux; caractères différentiels et manifestations.

Table des matières

1. Instinct.

Table des matières

15.

Quand Dieu créa les êtres vivants en dehors des lois générales qui régissent aujourd’hui la matière, il fit tout à la fois l’espèce et la race, le père et les fils; il opéra dans le présent et pour l’avenir.

16.

Il créa le germe, et ne voulut pas qu’il dépendît de la volonté des êtres dans lesquels il préexistait de s’opposer à son développement.

17.

Aux plantes qui vivent et meurent sans pouvoir se déplacer, il donna, comme moyen de conservation, des tissus fermes et élastiques, et comme agent de multiplication, des myriades de germes, mis en rapport direct avec les organes propres à les féconder.

18.

Aux animaux qui se déplacent, et dont la vie est exposée à des vicissitudes nombreuses, il donna l’instinct, afin qu’ils pussent, en se conservant durant un temps, reproduire leur espèce et continuer son œuvre; les faisant ainsi les ministres de sa volonté souveraine.2

19.

L’instinct est donc d’origine divine; c’est la puissance créatrice, transmise aux êtres créés. Ce mot résume en un seul le croissez et multipliez des premiers jours du monde.

20.

C’est parce que l’instinct est de source divine que ses manifestations restent sans explication.

21.

Il est une propriété inhérente à la vie; une loi tout aussi impérieuse que celle qui attire vers les pôles l’aiguille aimantée, et qui ne s’explique pas davantage.

22.

Nul ne peut se soustraire à l’instinct, ni même le modifier: l’abeille fait son miel d’une certaine façon et non d’une autre; le nid de l’oiseau se reproduit rigoureusement dans sa forme, comme la fleur dans la sienne.

23.

L’homme, ainsi que les animaux, est soumis à l’instinct. Les premiers actes de sa vie sont, comme chez ceux-ci, purement instinctifs. L’enfant prend le sein de sa nourrice sans qu’il soit besoin de le dresser à cette manœuvre. On a vu les petits de certains animaux saisir les tetines de leur mère avant même d’être complétement sortis de l’utérus.

24.

Les marsupiaux nous offrent l’exemple éclatant d’une force instinctive aveugle, se manifestant même avant la constitution définitive du fœtus. Lorsque les embryons sortent de la première matrice, n’offrant rien de distinct qu’une tête et une bouche, ils se greffent aussitôt sur la mamelle de la mère, sans que celle-ci vienne en aide à ces créatures à peine ébauchées.

25.

Quelque avancés que soient l’état social et le degré d’éducation de l’homme, ils laissent tous deux une large part à l’instinct. Celui qui semble le dominer surtout et agir avec d’autant plus d’empire que son intelligence s’accroît davantage, est l’instinct de sociabilité.

Mais il en est d’autres dont il ne se rend pas toujours un compte exact.

26.

Les sympathies et les antipathies sont des effets instinctifs.

La crainte est l’instinct de la conservation; l’amour, l’instinct de la reproduction.

Celui qui ferme soudainement la paupière, quand, à l’improviste, un corps étranger menace ses yeux, ou qui s’arrête au bord d’un précipice avant même d’avoir la conscience exacte du danger qu’il court; celui qui, à la vue d’un objet repoussant, éprouve des nausées, ou qui sent, à l’odeur de certains mets, se réveiller l’appétit, cèdent l’un et l’autre à l’instinct.

27.

L’instinct est toujours en rapport avec les besoins de l’organisation; il est faible, quand les animaux sont forts et bien armés; il est, au contraire, très–développé quand ils ont été créés faibles, et qu’ils ne peuvent résister à leurs ennemis que par la ruse.

28.

Quoique l’instinct opère dans un but déterminé, celui du maintien et de la durée de l’espèce, il donne lieu à deux ordres de phénomènes: la conservation de l’individu et la conservation de l’espèce; l’un est l’instinct de conservation, l’autre, l’instinct de reproduction. Ils subjuguent les animaux, qui leur cèdent aveuglément; mais l’homme peut en régler l’usage et les subordonner à la raison.

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0+
Release date on Litres:
16 January 2025
Volume:
140 p. 1 illustration
ISBN:
4064066328979
Publishers:
Copyright Holder::
Bookwire
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