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Anonymous
Le livre de Jade

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066079611
Table des matières
PAR
JUDITH WALTER
LES AMOUREUX
LA LUNE
L'AUTOMNE
LES VOYAGEURS
LE VIN
LA GUERRE
LES POËTES
PAR
Table des matières
JUDITH WALTER
Table des matières
PARIS
ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR
47, Passage Choiseul, 47
M.DCCC.LXVII
A
TIN-TUN-LING
Poëte chinois
CE LIVRE EST DÉDIÉ.
J. W.
Avril 1867.
LES AMOUREUX
Table des matières

LA FEUILLE DE SAULE
Selon Tchan-Tiou-Lin.
La jeune femme qui rêve accoudée à sa fenêtre, je ne l'aime pas à cause de la maison somptueuse qu'elle possède au bord du Fleuve Jaune;
Mais je l'aime parce qu'elle a laissé tomber à l'eau une petite feuille de saule.
Je n'aime pas la brise de l'est parce qu'elle m'apporte le parfum des pêchers en fleurs qui blanchissent la Montagne Orientale;
Mais je l'aime parce qu'elle a poussé du côté de mon bateau la petite feuille de saule.
Et la petite feuille de saule, je ne l'aime pas parce qu'elle me rappelle le tendre printemps qui vient de refleurir;
Mais je l'aime parce que la jeune femme a écrit un nom dessus avec la pointe de son aiguille à broder, et que ce nom, c'est le mien.
L'OMBRE DES FEUILLES D'ORANGER
Selon Tin-Tun-Ling.
La jeune fille qui travaille tout le jour dans sa chambre solitaire est doucement émue si elle entend tout à coup le son d'une flûte de jade;
Et elle s'imagine qu'elle entend la voix d'un jeune garçon.
A travers le papier des fenêtres, l'ombre des feuilles d'oranger vient s'asseoir sur ses genoux;
Et elle s'imagine que quelqu'un a déchiré sa robe de soie.
AU BORD DE LA RIVIÈRE
Selon Li-Taï-Pé.
Des jeunes filles se sont approchées de la rivière; elles s'enfoncent dans les touffes de nénuphars.
On ne les voit pas, mais on les entend rire, et le vent se parfume en traversant leurs vêtements.
Un jeune homme à cheval passe au bord de la rivière, tout près des jeunes filles.
L'une d'elles a senti son cœur battre et son visage a changé de couleur.
Mais les touffes de nénuphars l'enveloppent.
L'ÉPOUSE VERTUEUSE
Selon Tchang-Tsi.
Tu m'offres deux perles brillantes; bien que je détourne la tête, mon cœur pâlit et s'émeut malgré moi.
Un instant je les pose sur ma robe, ces deux perles claires; la soie rouge leur donne des reflets rosés.
Que ne t'ai-je connu avant d'être mariée! Mais éloigne-toi de moi, car j'appartiens à un époux.
Au bord de mes cils, voici deux larmes tremblantes; ce sont tes perles que je te rends.
LA FLEUR DE PÊCHER
Selon Tse-Tié.
J'ai cueilli une petite fleur de pêcher et je l'ai apportée à la jeune femme qui a les lèvres plus roses que les petites fleurs.
J'ai pris une hirondelle noire et je l'ai donnée à la jeune femme dont les sourcils ressemblent aux deux ailes d'une hirondelle noire.
Le lendemain la fleur était fanée, et l'oiseau s'était échappé par la fenêtre du côté de la Montagne Bleue où habite le Génie des fleurs de pêcher;
Mais les lèvres de la jeune femme étaient toujours aussi roses, et les ailes noires de ses yeux ne s'étaient pas envolées.
L'EMPEREUR
Selon Thou-Fou.
Sur un trône d'or neuf, le Fils du Ciel, éblouissant de pierreries, est assis au milieu des Mandarins; il semble un soleil environné d'étoiles.
Les Mandarins parlent gravement de graves choses; mais la pensée de l'Empereur s'est enfuie par la fenêtre ouverte.
Dans son pavillon de porcelaine, comme une fleur éclatante entourée de feuillage, l'Impératrice est assise au milieu de ses femmes.
Elle songe que son bien-aimé demeure trop longtemps au conseil, et, avec ennui, elle agite son éventail.
Une bouffée de parfums caresse le visage de l'Empereur.
«Ma bien-aimée d'un coup de son éventail m'envoie le parfum de sa bouche;» et l'Empereur, tout rayonnant de pierreries, marche vers le pavillon de porcelaine, laissant se regarder en silence les Mandarins étonnés.
LE PÊCHEUR
Selon Li-Tai-Pé.
La terre a bu la neige et voici que l'on revoit les fleurs de prunier.
Les feuilles de saule ressemblent à de l'or neuf et le lac est pareil à un lac d'argent.
C'est le moment où les papillons poudrés de soufre appuient leurs têtes veloutées sur le cœur des fleurs.
Le pêcheur, de son bateau immobile, jette ses filets qui brisent la surface de l'eau.
Il pense à celle qui reste à la maison comme l'hirondelle dans son nid, à celle qu'il va bientôt aller revoir en lui portant la nourriture, comme le mâle de l'hirondelle.