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Albert Fornelles

La campagne de l'Invincible

Les souvenirs de la piraterie barbaresque


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066319090

Table des matières

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

XXI

XXII

XXIII

XXIV

XXV

XXVI

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

XXI

XII

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

IX

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

XXI

XXII

XXIII

XXIV

XXV

PREMIÈRE PARTIE
I

Table des matières

A Monsieur le docteur Quarelles,

chirurgien-major de2me classe.

Hôtel de la Marine, Toulon.

Urgente.

A bord de l’Invincible,

En rade de Malaga, le4novembre1828.

Certes, mon cher ami, acceptez et des deux mains. Votre lettre vient de m’arriver et j’ai juste le temps de vous expédier la mienne. Il me semble, du reste, que vous êtes tout décidé, puisque vous avez déjà quitté Brest, et que ma réponse doit vous trouver à Toulon. Le poste qu’on vous offre à Smyrne a beau n’être pas celui que vous et moi avions rêvé, ce n’en est pas moins un sûr échelon pour votre carrière. Vous me faites bien observer que la création proposée depuis dix ans par notre consul général a déjà été entravée par les complications helléniques,… que, malgré l’accomplissement des dernières conditions du traité de Londres, il se pourrait qu’à votre arrivée dans l’Archipel, tout le zèle de M. le baron de Blagny fût paralysé par de nouvelles hostilités. Je ne le pense point. Ce qui n’était pas possible il y a six mois l’est aujourd’hui. L’amiral de Rigny a le talent de se faire écouter des autorités turques, et l’on a dû vous dire au ministère qu’un des bâtiments de son escadre est presque toujours mouillé dans le golfe. Risquez donc l’entreprise, mon bon ami, dussiez-vous en être pour l’ennui d’une traversée inutile! En organisant là-bas le service de l’hôpital européen, vous introduirez dans les Échelles,–motu proprio,–l’élément médical par excellence, c’est-à-dire la science, la pratique, le dévouement français, que rien ne remplacera jamais. Belle œuvre, utile à l’humanité et profitable à vous-même! Deux ans de séjour vous suffiront pour en asseoir les bases. Vous nous reviendrez avec des droits incontestables. Une chaire se trouvera probablement vacante à l’École d’ici-là. Vous vous établirez suivant les chers projets dont vous m’avez entretenu, et vous étendrez alors à la clientèle civile, au grand profit de la santé publique à Brest, des soins que j’ai toujours été si heureux de réclamer, mon cher docteur.

Le présent même nous accordera, si vous embarquez pour le Levant, un dédommagement immédiat à notre commune déception. J’aurai, je l’espère, la chance de vous serrer la main sur le théâtre de vos exploits. Vous serez sans doute complètement installé dans le quartier franc quand, d’escale en escale, je toucherai moi-même à Smyrne… Ah! mon bon Quarelles, que j’aurais besoin d’y être déjà et de confier à votre cœur solide tous les ennuis de cette campagne malencontreuse, qui ne ment point à ses auspices. Vous ne ressemblez pas à mon cher fils Édouard, vous, vous n’exagérez rien, et si vous étiez sur l’Invincible, vous ne mettrièz pas toujours, comme lui, inconsidérément et pour mon plus grand souci, le doigt entre l’arbre et l’écorce… Diable de ministère! toujours la girouette tournant au vent qui souffle! Votre radiation inopinée du rôle–rôle écrit devant moi dans les bureaux–n’a pas été, mon cher ami, le seul manque de parole que j’aie à reprocher aux influences de plume et de grattoir qui règnent rue Saint-Florentin. Mon meilleur officier, désigné comme capitaine en second, le comte de Lorcey, le fils d’un ancien camarade, s’est vu substituer, au moment d’appareiller, le duc d’Harolles, dont la nomination m’a été notifiée seulement un jour à l’avance. Et l’on a ajouté à cette grossièreté administrative la maladresse insigne de maintenir Lorcey à bord comme premier lieutenant! Il eût été si simple de lui trouver ailleurs une juste compensation… Tout ceci a créé dans l’état-major une situation des plus difficiles qui s’accentue d’heure en heure. Des gens d’esprit se seraient fait pardonner leur tour de faveur. Mais M. le duc ne veut rien entendre. Il se drape dans une raideur, toute britannique et semble, par son attitude, me prouver que je suis très honoré de sa condescendance à servir sous mes ordres. Cela m’est fort indifférent, je me soucie peu de ses dispositions intérieures, et pourvu qu’il sache remplir son poste, je ne lui en demande pas davantage. Malheureusement, c’est ce qui ne me parait guère… Quel gâchis chez nous! Le capitaine se retranche sur la supériorité du grade, le lieutenant sur celle du métier. Chacun des autres membres de l’état-major, suivant son humeur ou ses amitiés, épouse la querelle de son voisin, quitte à s’en créer une personnelle. La plupart des officiers en usent à leur aise, les élèves chansonnent et se négligent, les maitres haussent les épaules et se relâchent sous une surveillance illusoire. Il n’y a pas jusqu’aux chiens qui ne se mêlent des disputes de leurs propriétaires. M. le duc en a trois: Fleurette, Émir et Magnifique, qui sont les ennemis déclarés de notre épagneul. La meute lui montre les dents, le duc l’excite, Rayo riposte à pleine gueule, Édouard et Lorcey protestent: Indè cris, contestations, aboiements et pluie de coups de cravache. Ces messieurs ont maintenant la mauvaise habitude d’en tenir toujours une à la main. Ce serait risible si ce n’était pas si grave. Causes futiles, effets désastreux!… Qu’y puis-je?… Partout je me prodigue, partout je suis débordé. Je suis sur pied jour et nuit, je m’assieds à table, de loin en loin, par hasard. Je prépare mes notes de campagne sur mon cadre et j’inspecte le matériel avant la diane, m’acquittant tour à tour du rôle de commandant et de celui de second… Que diable! je ne veux pas laisser commettre des sottises à M. le duc qui compromettrait mon navire, ni confier ses fonctions à Lorcey qui s’en prévaudrait comme d’un avantage accordé par moi!… Bref, il n’y a pas, dans toute la flotte du dey d’Alger, de pires galères que la frégate de Sa Majesté l’Invincible.

Mais en voilà assez; en voilà déjà trop. Brûlez ma lettre, mon bien cher ami, comptez sur moi à Smyrne, et croyez-moi, présentement comme toujours.

Votre tout dévoué, MARQUIS DE GRAËDIC.

P.S.–Tenez-moi au courant de vos affaires, et adressez-moi vos prochaines lettres à Naples.

II

Table des matières

Le ministère de la marine, qui ne manquait pas, pour l’instant, de chiens à fouetter, aurait beaucoup mieux fait de pousser activement le blocus d’Alger que de contrarier si fort le marquis de Graëdic, en retouchant, par deux fois, le rôle de l’Invincible. Il aurait aussi beaucoup mieux compris les véritables intérêts de la France s’il n’avait pas, comme pour faire déborder le vase, modifié au moment de l’appareillage le programme de la croisière,–ce dont le marquis n’avait pas voulu instruire même son meilleur ami.

Le blocus maritime de la capitale des États barbaresques datait déjà de plus d’une année. Le gouvernement français, irrité depuis le commencement de la Restauration par les réclamations incessantes d’Hussein-Pacha au sujet de la créance Bacri, avait saisi avec empressement le prétexte du coup d’éventail, donné le 27avril1827par le dey, publiquement et dans sa galerie, au consul Deval. Il y avait trop longtemps que les déprédations des pirates algériens étaient une honte pour l’Europe civilisée. Certes, sans l’opposition sournoise des puissances qui préféraient payer des capitulations plutôt que de voir l’une d’entre elles augmenter son influence dans le bassin de la Méditerranée, les excès des Barbaresques n’auraient pas atteint à cette audace. Dès le11juin, la division navale du capitaine Collet s’était embossée devant Alger et enfermait la rade dans un cercle qu’il n’était point aisé de franchir. Les communications du dey avec ses alliés et ses tributaires étaient presque impossibles par mer, les marchandises d’Europe devenaient rares, les corsaires de Sa Hautesse ne pouvaient plus que bien difficilement satisfaire à ses désirs. Hussein-Pacha, qui n’était point à la hauteur de sa position, commença alors à regretter son emportement. A quoi lui avait servi de ruiner aussi les établissements de La Calle? Il s’apercevait que son armée, sa flotte et son trésor ne suffisaient pas à lui procurer rien de ce qui se vendait sur les marchés chrétiens, fût-ce la plus mince bagatelle. Son instruction était si nulle qu’il se faisait la plus étrange idée des ressources de la France. Mélek-Charal (le roi Charles X) lui semblait beaucoup moins redoutable que le sultan Mahmoud, son suzerain, dont il pouvait se moquer à l’aise dans sa forteresse de la Casbah. «Quand les Français auront assez promené leurs navires dans les eaux d’Alger, songeait-il, et qu’ils n’auront plus d’argent pour équiper leurs galères, ils s’en retourneront chez eux.» Pour lui, Alger-la-Sainte était imprenable: le grand Charles-Quint, ce puissant empereur qui possédait la moitié du monde, n’avait-il pas échoué devant ses murs? Loin de savoir que Duquesne, et plus récemment lord Exmouth, eussent bombardé la ville, il ignorait jusqu’à leurs noms. Sa quiétude n’était donc troublée que par le souci d’avoir vu interrompre le cours de ses royales fantaisies. Pour oublier les avis de quelques-uns de ses sujets, plus sages que lui, il eût voulu se claustrer dans une sécurité absolue. Le vent d’orage qui battait ses côtes montait parfois jusqu’aux portes de son palais; alors, se bouchant les oreilles à ces clameurs de tempête, il inventait chaque jour une diversion nouvelle. Comme ces anciens Romains qui dépensaient leur vie par tous les pores, sachant qu’elle était chaque jour à la merci de César, le dey épuisait jusqu’à la lie la somme de ses jouissances, et des flots d’or glissaient de ses doigts impatients dans les mains toujours ouvertes de Mézerdin, son pourvoyeur ordinaire.

Ce Mézerdin, aussi bon capitaine qu’habile commerçant, était le seul qui fût parvenu à traverser les lignes ennemies. Mais le beau temps des pirates était loin. Mézerdin, qui avait tour à tour emmagasiné dans les flancs de son navire le Vautour les denrées les plus diverses: vins de France, soies des Calabres, tapis de Smyrne, esclaves de Circassie, pédicures, vétérinaires et charlatans italiens, avait vu subitement se réduire le nombre de ses opérations. Son brick, taillé pour la course, ne pouvait plus se charger d’une cargaison pesante, ni se faire escorter d’une flottille de marchands, quand il lui fallait échapper comme une flèche aux poursuites des croiseurs. Ses bénéfices néanmoins n’en avaient pas souffert. Si les marchandises étaient rares, elles n’en étaient que plus chères, et, quand le corsaire débarquait ses produits dans un port de l’Est, même une fois à Tunis, les frais de route, quelque considérables qu’ils eussent été pour lui, étaient bien pour le moins triplés quand ils étaient présentés à Sa Hautesse.

Mézerdin atteignait alors la cinquantaine. On racontait qu’il était Maltais et par conséquent renégat. De petite taille, le visage basané, il s’était de bonne heure rompu à tous les exercices du corps. Ce n’était certes point un capitan-pacha d’opéra-comique, aux allures furibondes, à la ceinture écarlate, au cimeterre damasquiné. D’apparence assez débonnaire, vêtu souvent comme le dernier de ses matelots, il n’était point inutilement cruel, et ne dédaignait pas de plaisanter avec ceux que leur mauvaise étoile amenait à son bord. Ceux qui savaient rire et lui donner la réplique y étaient mieux traités que les autres, et il avait un flair admirable pour tirer des quelques prisonniers qu’il conservait tout ce qu’ils pouvaient rendre. «Pas de si petite orange qui n’ait son jus», disait-il par allusion aux fruits exquis de l’île où il était né. Il parlait de race toutes les langues du Midi, et n’était nullement embarrassé pour lier conversation avec ses passagers de force majeure.

Mézerdin écumait le bassin de la Méditerranée depuis déjà trente ans. Les révolutions des pays limitrophes avaient passé sur sa tête sans qu’il en éprouvât la moindre atteinte. L’équipage du Vautour s’était déjà renouvelé à plusieurs reprises sans qu’aucun des mécréants qu’il enrôlait: Turcs, Syriens, Grecs apostats, Barbaresques de naissance ou de hasard, déserteurs de tout le littoral, se fût avisé de mettre seulement en doute son autorité. Ismaël, son lieutenant, Africain aussi brutal que sournois, celui-là qui, de pure souche berbère, se vantait de n’être sujet ni du dey d’Alger, ni du bey de Tunis, n’avait pas encore semblé contester le joug du maître qui était parfois de fer, voire même d’acier… Mézerdin avait su se faire le chef d’une immense association de commerce et de brigandage, vaste réseau aux mailles serrées dont les fils s’attachaient à la plupart des ports, de Cadix à Damas. Il avait organisé une entente cordiale entre des négociants de l’Archipel, du royaume des Deux-Siciles, de l’ile de Malte et des Baléares, sans compter le reste. Ceux-ci pirataient franchement, ceux-là se livraient au commerce, d’autres menaient de front les deux métiers. Il avait toujours à sa disposition, dans toutes les eaux, des navires de mine honnête qui le couvraient de leur compagnie et qui lui fournissaient suivant ses désirs, timbrées du sceau de tous les gouvernements, ce qu’il appelait ses patentes: connaissements, chartes-parties, expéditions, certificats, congés et permis de toutes sortes. Ce système fonctionnait avec une admirable régularité. Malte était le chef-lieu occulte où s’échangeaient tous ces parchemins de contrebande. La position géographique de l’ile la plaçait au centre même des opérations. La juridiction anglaise n’entravait que bien peu les coutumes locales et les licences de toute nature dont l’abus croissait de jour en jour. Le mensonge et la duplicité étaient devenus nécessité quotidienne et règle de droit commun. Les forbans, pour dépister les investigations, accusaient toujours un point différent de celui d’où ils arrivaient. Les autorités n’y voyaient goutte, les conseils de santé, indignement trompés sur la provenance des navires qui rentraient en rade, refusaient la libre pratique aux bâtiments les plus indemnes de toute contagion, tandis qu’ils l’octroyaient aux plus suspects. Nombre de cas d’épidémies soudaines qui étonnèrent les facultés de l’Europe méridionale tinrent sans doute à ces agissements frauduleux.

Mézerdin était fort riche. Son avoir était bel et bien placé chez les banquiers les plus sûrs du littoral. Il n’était point assez sot et connaissait trop bien son cher patron Hussein pour laisser sa fortune à la portée des griffes de Sa Hautesse. Même, depuis le blocus, il méditait de liquider. Il vendrait très cher son Vautour à ce beau-fils d’Ismaël et se retirerait tout uniment dans une bonne villa du royaume de Naples, acquise à deniers comptants. La connaissance de la langue italienne lui faciliterait les moyens de se payer le droit de bourgeoisie, fût-ce de noblesse napolitaine.

–Vous serez peut-être même trop heureux, Altesse, disait-il en manière de plaisanterie à Hussein, de me rencontrer un jour sur la terre d’exil. Si je ne suis pas pris d’ici-là par les Francs, c’est moi qui vous y ferai les honneurs d’une petite Casbah!

L’Altesse n’avait pas été flattée du compliment, mais Mézerdin, qui lui était indispensable, avait ses coudées franches. Hussein lui souhaita le bonsoir comme de coutume et ne lui en donna pas moins, le lendemain, la liste de ses commissions. Cette fois-là, le dey d’Alger demandait à son pourvoyeur, entre autres choses, une marchandise des plus choisies. Il lui fallait à tout prix un médecin pour soigner une de ses femmes atteinte d’un mal qui faisait perdre la tête à tous les empiriques du pays. Lui-même avait quelques consultations d’un ordre particulier à requérir pour le soin de sa personne sacrée.

–Entendons-nous bien, répéta-t-il à Mézerdin, je veux un vrai médecin, un médecin qui guérisse véritablemeut, et non point un de ces saltimbanques qui savent mieux danser sur la corde que soigner leurs malades.

–Il n’en manque pas, Altesse, avait répondu philosophiquement Mézerdin.

–Oui, il n’en manque pas, témoin ton Espagnol qui est mort de frayeur sur le Vautour, et tes barbiers italiens qui chantent des flonflons. Ce qu’il me faut, c’est un médecin français, comme il en est venu autrefois sur les côtes pour ramasser des herbes. Et si l’espèce ne s’en trouve que dans le palais de Mélek-Charal, va plutôt prendre le sien dans son Louvre. Ce sera autant de sauvé sur la créance des Bacri!

Mézerdin s’était retiré en haussant les épaules.

–S’il croit, murmurait-il à part lui, que je vais me risquer à Toulon, ou même à Port-Vendres?. Macache! Si j’ai plus de courage que les autres, j’ai au moins autant de prudence. Et ça m’a toujours bien réussi. Je n’en chercherai même pas, et je lui cueillerai au hasard, n’importe où, quelqu’un qui parle français. Hussein se fâchera. Tant pis! mon dernier compte avec lui est soldé! Je ne suis pas plus forcé de retourner à la Casbah, moi, que de me faire marchand de tebib. Je commence à en avoir assez du service de Sa Hautesse. Elle gâte par trop le métier. J’ai affaire aux Calabres et je montrerai bien à son Altesse Sérénissime que je ne suis pas seulement son commissionnaire. J’ai des États qui valent les siens. Ce n’est pas à moi qu’on refuse l’impôt, ni moi qu’on investit dans ma capitale. Par mon ancien baptême, le capitaine du Vautour est de taille à naviguer de ses propres voiles!

Or, bien avant même que les relations du gouvernement français avec le dey d’Alger se fussent brouillées, l’attention du ministère de la marine avait été éveillée par les actes réitérés de Mézerdin. Un concert de plaintes sourdes était venu se répercuter jusque dans les bureaux de la rue Saint-Florentin. Le marquis de Graëdic, qui avait reçu d’un de ses amis des détails caractéristiques sur une croisière où le pirate s’était moqué outrageusement du pavillon, avait appuyé de tout son crédit les projets naissants du ministère. Le blocus s’était formé sur ces entrefaites, l’Invincible s’était armée en rade de Toulon, et le roi, qui appréciait fort M. de Graëdic et qui voulait augmenter ses droits au grade de contre-amiral, avait entièrement approuvé les plans du capitaine de vaisseau. La frégate, escortée de la corvette l’Eucharis et du brick le Rapide, devait surveiller la côte depuis Alger jusqu’au cap Bon, et saisir, comme dans un filet, tous les forbans qui avaient transporté leurs opérations en dehors de la ligne d’investissement. Tout à coup, un de ces revirements, si communs dans les régions supérieures, avait changé la face de la campagne. L’existence de Mézerdin était traitée de fable par les uns. Selon les autres, ce piètre .personnage ne valait pas un tel déploiement de forces. L’Eucharis et le Rapide reçurent l’ordre de ne pas prendre la mer, et l’Invincible .fut simplement chargée de débattre certains intérêts commerciaux et règlements maritimes en Espagne, en Italie et dans les Échelles.

«Toutefois, ajoutait la dépêche officielle émanée du cabinet du ministre, le commandant exercera une surveillance particulière, et si, sans se détourner de ses instructions, il rencontre des pirates, Mézerdin ou autres, .il acquerra, en leur donnant la chasse, de nouveaux titres à la haute estime de Son Excellence».

Le marquis avait froissé la dépêche avec colère.

–Campagne qui commence par une déception, murmura-t-il, se traîne misérable et finit dérisoire ou fatale… Plaise à Dieu que ce ne soient pas nous qui expiions les fautes du ministère

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0+
Release date on Litres:
16 January 2025
Volume:
500 p. 1 illustration
ISBN:
4064066319090
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