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Adolphe Dureau de La Malle

Recherches sur la topographie de Carthage


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066327194

Table des matières

POSITION DE CARTHAGE.

POSITION DE LA TÆNIA.

SITUATION DES PORTS.

POSITION DU FORUM ET DE BYRSA.

MÉGARA.

CAMP FORTIFIÉ DE MANILIUS, FORT PRÈS DU DÉBARCADÈRE.

ATTAQUE DE CENSORINUS PAR LE LAC ET LA TÆNIA.

CIRCONFÉRENCE, POPULATION DE CARTHAGE.

MÉGARA.

ENCEINTE DE LA VIEILLE VILLE, CIRCONVALLATION DE SCIPION.

QUAIS, MURS BORDANT LA VILLE DU COTÉ DE LA MER.

ATTAQUE DU COTHON.

ATTAQUE DE BYRSA.

CONJURATION DE BOMILCAR.

FORUM, CURIE.

RUES PAVÉES OU DALLÉES.

CITERNES.

THÉATRE.

CIRQUE.

PALAIS DE DIDON, TEMPLE DE JUNON.

PORTIQUES PUBLICS. MAISON D’HANNON.

PORTES DE CARTHAGE.

NÉCROPOLES DE CARTHAGE.

TEMPLES D’HERCULE, DE CÉRÈS, DE JUPITER.

DESTRUCTION DE CARTHAGE.

RÉSUMÉ DES PRINCIPAUX FAITS ÉTABLIS.

CARTHAGE ROMAINE.

COLONIE DE CAIUS GRACCHUS.

CARTHAGE AU TEMPS DE MARIUS.

CARTHAGE SOUS TIBÈRE, CAIUS ET CLAUDE.

CARTHAGE DEPUIS NÉRON JUSQU’A VESPASIEN.

AQUÉDUC D’ADRIEN.

CARTHAGE D’APRÈS APULÉE.

TEMPLE ET CULTE DE COELESTIS.

DESCRIPTION DU TEMPLE DE COELESTIS A CARTHAGE.

POSITION PRÉCISÉ DU TEMPLE DE COELESTIS.

VICUS SATURNI VEL SENIS, COLLINE DE BYRSA, PRÉTOIRE, PRISONS, CURIE, BIBLIOTHÈQUE.

PRÉTOIRE OU PALAIS PROCONSULAIRE.

AMPHITHÉATRE.

THÉATRE.

GYMNASE.

CIRQUE.

FORUM.

PORT MANDRACIUM.

THERMES.

ARC DE TRIOMPHE.

MONUMENTS DONT LA POSITION EST INCERTAINE.

BASILIQUES CHRÉTIENNES ET MONASTÈRES.

QUARTIERS DE CARTHAGE.

PORTES DE CARTHAGE.

ENCEINTE DE CARTHAGE.

TABLEAU GÉNÉRAL DE CARTHAGE.

RÉSUMÉ DES PRINCIPAUX FAITS ÉTABLIS DANS CETTE SECONDE DIVISION DE L’OUVRAGE.

APPENDICE I.

APPENDICE II.

SABLE AURIFÈRE.

APPENDICE III.

APPENDICE IV.

MONTAGNE DE ZAGHWAN.

APPENDICE V.



MONSIEUR LE BARON

SILVESTRE DE SACY,

PAIR DE FRANCE,

AU FONDATEUR DE L’ENSEIGNEMENT DES LANGUES ORIENTALES,

AU DIGNE SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE L’ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES,

A NOTRE MAÎTRE, NOTRE MODÈLE, NOTRE EXEMPLE DANS L’ACCOMPLISSEMENT DE TOUS LES DEVOIRS,

Cet ouvrage est dédié comme un faible hommage de l’attachement sincère et de la profonde vénération de l’un de ses confrères.

Puisse être conservée long-temps à la science et à son pays une vie remplie par tant de vertus, d’honorables services et de travaux utiles!


RECHERCHES SUR LA TOPOGRAPHIE DE CARTHAGE.

Table des matières

JUSQU’ICI tous les savants, les géographes, les voyageurs se sont accordés à placer cette ville dans le golfe compris entre le Ras-Zébib à l’ouest et le Ras-Addar à l’est, le promontoire d’Apollon et le cap Hermæum des anciens.

C’était là tout ce qu’il y avait de certain sur la position de cette ville fameuse, dont les ruines même, dit-on, avaient péri.

Les uns, tels que Bélidor, Shaw, d’Anville et Estrup, mettaient la ville et l’embouchure du port au nord-ouest de la péninsule, près du cap Qamart; d’autres, tels que M. de Chateaubriand et l’ingénieur hollandais Humbert, dont le premier a adopté et exposé les opinions, plaçaient la ville et le port au sud-est du promontoire. En un mot, les premiers la posaient en face d’Utique, les seconds en face de Tunis.

Ce point était si controversé et les idées si obscures à ce sujet, que Heeren, que Mannert, si bien au courant de tous les travaux qui peuvent éclaircir la matière qu’ils traitent, avouent leur incertitude à cet égard, et la prouvent en faisant du site de Carthage une description confuse et presque inintelligible.

Mannert, dans sa Géographie raisonnée des Grecs et des Romains, consacre une vingtaine de pages à des recherches sur la position de Carthage, sur sa circonférence, sur l’emplacement de ses principaux édifices et de ses ports. On y trouve réunis un grand nombre de passages épars dans les auteurs anciens, et c’est en les combinant avec assez de sagacité que le savant allemand cherche à donner une idée de l’enceinte et de l’intérieur de la ville antique. Mais la géographie ancienne, sans bonnes cartes modernes, se réduit à peu de chose. Privé de ce secours, Mannert n’a pu se garantir de plusieurs erreurs graves, et le plan de Carthage qu’il joint à sa description, a besoin d’être rectifié dans presque tous ses détails. Trompé par un passage d’Orose, Mannert place Byrsa à une trop grande distance de la mer , et dans l’enceinte même qui environnait la ville du côté de la terre; le triple mur est pour lui un mur à trois étages; il ne peut comprendre comment le mur dé vingt-cinq stades élevé par Scipion a pu s’étendre du lac de Tunis jusqu’à la mer, parce qu’il ne s’est pas rendu compte des changements produits par les alluvions du Bagrada sur toute la côte entre Carthage et Utique, changements qui, de nos jours, ont presque fait disparaître ou qui du moins ont notablement élargi la langue de terre, laquelle, selon le témoignage unanime des anciens, joignait au continent la presqu’île occupée par la ville punique. Enfin, par une erreur qui doit étonner de la part d’un homme aussi habile, Mannert suppose que l’entrée du port donnait, non pas dans la haute mer, mais dans le lac de Tunis. Ces erreurs ont dû nécessairement en produire d’autres qu’il est inutile de relever ici, et nous croyons pouvoir assurer que, malgré le soin avec lequel Mannert avait réuni et coordonné les témoignages de l’antiquité, le sujet traité par lui méritait d’être examiné et discuté de nouveau.

M. Charles Ritter, dans sa Géographie comparée, ouvrage qui, par l’érudition immense de l’auteur, comme par les vues d’un ordre élevé qu’il renferme, doit être rangé parmi les productions scientifiques les plus importantes de notre époque, M. Ritter, disons-nous, a décrit en détail les environs du golfe de Tunis, d’après Guillaume de Nangis, Montoiche, Campomanes, Stanley, Shaw, M. Gill, Jackson, Caroni, Châteaubriand, Blaquière, Noah, et d’après les papiers du comte Camille Borgia que, toutefois, il ne paraît avoir connus que par ce qu’en dit M. Estrup. Quant à la position de la Carthage punique, nous devons regretter que M. Ritter, au lieu de se livrer lui-même à des recherches et des combinaisons, au lieu de ne consulter que sa propre sagacité, se soit contenté de donner un extrait de la Dissertation de M. Estrup dont il nous reste à parler. Sans doute, l’hypothèse de ce savant semble acquérir une grande autorité par l’approbation d’un écrivain du mérite de M. Ritter. Toutefois nos lecteurs jugeront si nos raisonnements, appuyés sur les nouveaux matériaux qui étaient à notre disposition, et sur l’examen attentif de tous les passages des auteurs anciens propres à jeter quelque lumière sur les points contestés, n’ont pas dû nous conduire à des résultats entièrement différents de ceux qu’a obtenus le savant de Copenhague.

De bonnes cartes topographiques, donnant le plan et le relief du terrain sur une grande échelle, pouvaient seules fournir les moyens de fixer la véritable position de la Carthage punique, de ses ports, de sa triple défense, de sa citadelle, et d’expliquer les récits détaillés que Polybe, Tite-Live, Appien et Diodore nous ont faits de la topographie de Carthage, en décrivant les expéditions d’Agathocle, de Régulus, du premier Scipion, de Scipion Émilien, et la guerre des Mercenaires, terminée par Amilcar, le père du fameux Annibal.

M. Falbe, capitaine de vaisseau et consul-général de Danemarck à Tunis, a rendu ce service à la science. Il a passé plusieurs années à étudier, à relever, à mesurer avec précision le terrain qu’occupent les ruines de Carthage. Il vient de publier deux cartes très-exactes du cap et de la péninsule sur lesquels était assise cette ville. Il nous semble avoir mis hors de doute plusieurs positions importantes; mais en rendant à ce travail consciencieux toute la justice qu’il mérite, on peut, si l’on étudie avec soin les récits des anciens, ajouter quelques faits nouveaux à la topographie de la ville punique, et donner un tableau assez exact de la Carthage romaine, même de l’état de ses ruines jusqu’à l’époque actuelle.

Ce sont ces recherches, dont M. Falbe a posé les bàses pour la première époque, et qu’il a négligées pour les deux dernières, qui seront l’objet de cet ouvrage.

Carthage, qui a civilisé la Libye, soumis l’Afrique et l’Espagne, qui a porté ses flottes guerrières ou commerçantes depuis l’Écosse jusqu’aux rives tropicales de l’Afrique, qui a conquis la Sardaigne et la Sicile, assujetti la Méditerranée presque entière, Carthage qui, pendant près d’un siècle, a arrêté l’essor de Rome conquérante, qui a entraîné dans sa chute la Grèce et l’Asie, Carthage enfin, dont l’incendie a signalé la ruine des libertés de l’univers, s’est acquis une telle célébrité dans l’histoire, qu’elle mérite, à coup sûr, d’être exhumée de ses décombres. Le contraste de sa grandeur passée et de son anéantissement actuel, exemple mémorable des vicissitudes de la fortune, invite nos faibles mains à déblayer ses ruines, à relever ses ports, ses môles, ses arsenaux, ses temples, ses murailles qui semblaient indestructibles, et à lui rendre enfin, s’il est possible, dans un tableau précis et fidèle, la splendeur dont elle brilla lors de son indépendance, et l’éclat qu’elle fit jaillir de nouveau sur l’Afrique, lorsque, rebâtie par les Romains, elle s’éleva au rang de la troisième ville de l’Empire.

Les renseignements les plus précis et les plus détaillés sur la position et la topographie de la Carthage punique, nous sont fournis par Polybe, par Tite-Live, et surtout par Appien. Ce triple témoignage peut, il est vrai, se réduire presque à un seul, celui de Polybe. Mais c’est celui d’un témoin oculaire, d’un homme de guerre, d’un historien exact et véridique, qui nous dit lui-même être resté deux ans en Afrique avec Scipion Émilien, et qui, par ses relations intimes avec le général, pouvait connaître avec précision tous les faits, toutes les circonstances locales relatives à la disposition de Carthage et au siége de cette ville fameuse.

La comparaison de l’histoire de la seconde guerre punique, écrite à la fois par Tite-Live et par Polybe, a prouvé que, pour les descriptions des lieux, et même pour l’ordre et l’enchaînement des faits, l’historien latin a presque toujours traduit l’écrivain grec, et a même donné par là une preuve de sa confiance dans l’exactitude des récits de Polybe. Je ne crois pas qu’on ait fait la même remarque pour Appien; mais la division de son histoire, semblable à celle de Polybe, de plus la confrontation de la troisième guerre punique, écrite par Appien, avec les fragments qui nous restent de Polybe sur le même événement, prouvent évidemment, ce me semble, que l’écrivain alexandrin, du temps d’Adrien, a pris pour guide dans ses récits détaillés le précepteur de Scipion, et qu’ainsi on peut lui accorder sur ce point la pleine et entière confiance que les savants de toutes les époques n’ont jamais refusée à Polybe.

Diodore n’offre que très-peu de détails relatifs à notre sujet; de plus, comme cet historien pèche un peu par l’inexactitude, et que ses sources principales pour Carthage sont les ouvrages de Philinus, de Timée, et de Sosilus qui avait écrit en sept livres l’histoire d’Annibal, et que Polybe accuse d’erreur, on doit n’admettre qu’avec précaution et son témoignage et celui des auteurs qui en forment la base.

POSITION DE CARTHAGE.

Table des matières

Carthage, dit Polybe, est située dans un golfe, sur une espèce de chersonèse, et est entourée, dans la plus grande partie de son enceinte, d’un côté par la mer, de l’autre par le lac. L’isthme qui l’attache à la Libye a de largeur environ 25 stades. Du côté où cet isthme se tourne vers la mer, est placée la ville d’Utique; l’autre côté, bordé par le lac, regarde Tunis.

Appien a copié cette description. Nous avons donc deux positions certaines assez près de Carthage, où μαϰρὰν, dit Polybe, Utique au nord-ouest, et Tunis et le lac au sud-ouest. La distance de Tunis à Carthage nous est donnée par Polybe et Tite-Live: elle était de cent vingt stades selon le premier, de douze milles d’après le second. Elle est encore à peu près la même aujourd’hui entre Tunis et l’extrémité des murs ruinés de l’ancienne Carthage. On peut en induire que cette ville était placée au sud-ouest du cap Carthage. D’autres circonstances prouveront ce fait jusqu’à l’évidence, et je puis assurer déja qu’on chercherait en vain dans toute l’antiquité un passage qui autorisât à placer le port et la citadelle de Byrsa au nord-ouest de ce cap.

Polybe nous dit que Scipion l’Africain occupa la position élevée de Tunis pour mettre ses drapeaux en vue des Carthaginois, ἐν συνόψει, et que, de presque tous les points de Carthage, on pouvait voir Tunis. Diodore dit que le camp d’Agathocle, placé à Tunis, est en face de Carthage; Justin, que ce général assit son camp à cinq milles de Carthage, du côté de Tunis, pour qu’ils aperçussent, du haut de leurs murs, l’incendie de leurs villes et de leurs campagnes. Tite-Live reproduit ces assertions, et ajoute que de Tunis on pouvait voir non seulement la ville, mais la mer qui l’entoure. Ce sont des preuves évidentes que le port de Carthage était placé au sud-ouest du promontoire; sans quoi, s’il avait été situé au nord-ouest, la prolongation des collines d’Ariana, qui ont 500 pieds de hauteur, et les dunes de 100 pieds de haut qui se rattachent au cap Qamart, eussent dérobé la vue des vaisseaux sortant du port, et à plus forte raison de la mer qui entourait la ville. C’est aussi l’opinion de MM. de Châteaubriand, Humbert et Falbe, et il nous semble que les passages que j’ai rapportés doivent la mettre hors de doute.

M. Falbe a, de plus, retrouvé au sud-ouest l’entrée du port extérieur et les restes du môle qui la protégeait contre les vents. La première se distingue par une coupure ensablée qui forme dans le rivage une dépression sensible; plusieurs parties des substructions du môle se distinguent dans les temps calmes à une petite profondeur au-dessous du niveau de la mer. Il paraît, du reste, que les vagues, qui, par les vents d’est et de nord, brisent sur cette côte avec une grande violence, le détruisent chaque jour de plus en plus; car en 1613, Purchas, qui dit s’être promené en canot sur ce point, assure que des portions assez considérables du môle se montraient à peu de profondeur au-dessous du niveau de la mer.

POSITION DE LA TÆNIA.

Table des matières

La position de Tunis et du lac une fois bien déterminée nous donne celle de la langue de terre ou Tænia qui, dit Appien, étroite et allongée, de la largeur environ d’un demi-stade, se dirigeait vers le couchant entre le lac et la mer. La partie qui suit du texte d’Appien a été un peu mutilée, comme le remarque Schweighaeuser. Ce savant a prouvé qu’entre ἀπλω̦̃ τείχει et περίϰρημνα ὄντα il existe une lacune qu’il propose de remplir par cette phrase: ϰαὶ περιτετείχιστο τη̃ς πόλεως τὰ μὲν πρὸς τη̃ς θαλάσσης, ἀπλω̩̃ τείχει, π. o. etc. Mais c’est ici que l’excellente carte de M. Falbe et le relief du terrain exactement figuré nous sont éminemment utiles pour rétablir le texte altéré d’Appien. Car il n’y a pas de Tœnia au nord-ouest du cap Carthage, tandis qu’une bande de sable, une dune étroite et allongée s’étend encore aujourd’hui entre le lac de Tunis et la Méditerranée jusqu’au fort de la Goulette, même jusqu’au village de Rhadès, et que cette bande de terre, qui a toujours été et qui est encore aujourd’hui la chaussée du lac, n’a encore que quelques stades de largeur au point où elle confine avec l’entrée et le môle du port de Carthage. Elle n’est large que d’un demi-stade près de la Goulette, elle l’est un peu plus au point indiqué ; mais Appien lui-même nous dit que Censorinus la fit élargir en comblant une partie du lac qui la baigne, afin d’avoir un emplacement plus vaste pour y établir ses machines et pousser l’attaque contre l’angle des murs qui était la partie la plus faible de l’enceinte de Carthage.

On sait d’ailleurs, par l’exemple de la langue de terre d’Aboukir et du lac Menzaleh, dont la disposition est identique, combien ces chaussées d’alluvion sont sujettes à changer de forme, étant composées de sables mobiles, et sans cesse exposées aux vicissitudes des sécheresses, des inondations du lac qu’elles contiennent, et aux ensablements que la mer y détruit ou y accumule dans les tempêtes, sous l’influence des vents opposés qui dominent tour à tour.

Cette position de la Tœnia, une fois établie, nous donne celle de l’angle faible des murs qui, dit Appien , s’étendait le long de la dune et se recourbait ensuite vers les ports. Cette partie de l’enceinte était faible et basse, ayant été négligée dès l’origine de la fortification.

En effet, on voit que Censorinus attaqua à la fois cet angle et par la chaussée où il avait établi son infanterie et ses machines, et par le lac où il avait fait entrer sa flotte. Aussi, lorsque vint la canicule, ses marins, exposés aux exhalaisons pestilentielles de cette lagune, furent atteints de maladies graves, et il fut contraint de faire passer sa flotte du lac dans la Méditerranée.

SITUATION DES PORTS.

Table des matières

En partant de ces positions déja bien établies, et en appuyant notre marche sur ces jalons fixes, plantés le long de la route que nous parcourons, nous arriverons à déterminer avec certitude la direction et la position des deux ports de Carthage, c’est-à-dire, le port extérieur ou marchand, et le Cothôn, bassin creusé à main d’homme, qui contenait l’arsenal et la marine militaire; car, ainsi que nous l’a montré Appien, ils étaient assez voisins de l’angle faible des murs et au nord-est de cette partie de l’enceinte. Voici comment Appien, qui a certainement copié la description de Polybe, témoin oculaire et l’historien par excellence pour cette sorte de faits, nous représente ces ports: «Les deux ports communiquaient l’un avec l’autre et avec la mer par une seule entrée (ou goulet) de 70 pieds de largeur, qui se fermait avec des chaînes de fer . Le premier était le port des marchands et contenait des points d’attache, πείσματα, nombreux et de diverse nature, pour amarrer les navires. Au milieu du port intérieur s’élève une île; l’île et le port sont bordés par de vastes quais, ϰρηπίσι, sur lesquels sont bâties des loges (ou cales), qui contiennent deux cent vingt vaisseaux et des magasins de bois et d’agrès. En avant de chaque loge s’élèvent deux colonnes ioniques; aussi le port et l’île présentent l’apparence de deux portiques. C’est dans cette île qu’était placé le palais de l’amiral, qui, de ce point, pouvait tout voir dans l’arsenal. C’est de là qu’il faisait donner le signal par la trompette, ou ses ordres par la voix du héraut. En effet, cette île était située près de l’entrée qui communiquait avec le port extérieur, et assez élevée pour que l’amiral pût voir tout ce qui arrivait par mer, sans que les navigateurs vissent ce qui était dans le Cothôn. Les marchands, même en entrant dans leur port, ne pouvaient apercevoir l’intérieur de l’arsenal; car il était entouré d’un double mur, et il y avait des portes qui introduisaient les commerçants du premier port dans la ville sans passer par le Cothôn.»

L’entrée du port extérieur, qui se fermait avec des chaînes, est celle que Scipion réussit à fermer .

«A partir de la bande de terre qui était entre le lac et la mer, il fit jeter une digue qui s’avançait presque en droite ligne vers l’embouchure du port, peu distante du rivage . Cette jetée avait vingt-quatre pieds de large au sommet, et quatre-vingt-seize à la base.» (Elle fut construite comme celles des rades de Cherbourg et de Plymouth l’ont été depuis, en jetant à flot perdu d’énormes quartiers de roches qui, par leur cohésion et l’inclinaison de leur plan, pussent résister à l’action des flots.) «Scipion disposait d’une nombreuse armée qu’il faisait travailler jour et nuit, et les Carthaginois, qui d’abord avaient ri de ce projet gigantesque, allaient se trouver entièrement bloqués; car, ne pouvant recevoir de vivres par terre, et la mer leur étant fermée, la faim les eût contraints de se rendre à discrétion. C’est alors qu’ils entreprirent d’ouvrir une nouvelle issue dans une autre partie de leur port qui regardait la pleine mer. Ils choisirent ce point, parce que la profondeur de l’eau et la violence des vagues qui s’y brisent rendaient impossible aux Romains de le fermer avec une digue. Hommes, femmes et enfants, tout y travailla jour et nuit, en commençant par la partie intérieure, et avec tant de secret que Scipion ne put rien savoir des prisonniers qu’il faisait pendant cet intervalle, sinon qu’on entendait un grand bruit dans les ports, mais qu’on en ignorait la cause et l’objet. En même temps ils construisaient, avec d’anciens matériaux, des trirèmes et des quinquérèmes avec une adresse et une activité singulières. Enfin, lorsque tout fut prêt, les Carthaginois, au point du jour, ouvrirent la communication avec la mer, et sortirent avec cinquante trirèmes et un grand nombre d’autres navires qu’ils avaient fabriqués dans cet intervalle.»

J’ai traduit en entier ce récit d’Appien, parce qu’il fixe la position des deux entrées du port de Carthage. Ces mots; άνέωξαν περἱ ἕῳ, que Schweighaeuser traduit par circa diluculum, au point du jour, comme le prouvent la teneur de la narration et le long temps employé à former cette nouvelle entrée (Strabon le fixe à deux mois), ces mots ont été interprétés par le docteur Estrup comme indiquant une direction vers l’Orient, Canalem versus Orientem conduxerunt. Mais les traces de cette nouvelle entrée du port existent encore; elles sont au nord-est, où elles ont été reconnues par M. Humbert, par M. de Châteaubriand , et dernièrement par M. Falbe, qui les a tracées sur sa carte .

Je regarde donc comme établie la position des ports et de leurs deux entrées, sur laquelle l’inspection de la grande carte de M. Falbe ne peut laisser aucun doute.

Age restriction:
0+
Release date on Litres:
16 January 2025
Volume:
331 p. 52 illustrations
ISBN:
4064066327194
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Copyright Holder::
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