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Robert de Bonnières

Contes des fées


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066089658

Table des matières

CONTES

INTRODUCTION

LE ROSIER ENCHANTÉ

BELLE MIGNONNE

SAUGE-FLEURIE

LES TROIS PETITES PRINCESSES

LE PETIT CASTEL DE CIRE

LES DEUX TALISMANS

MULOT ET MULOTTE

LE PRINCE AZUR

ÉPILOGUE

CONTES

Table des matières

DES FÉES
PAR
ROBERT DE BONNIÈRES
INTRODUCTION

Table des matières

En ce temps-là vivaient le Roi Charmant,

Serpentin-Vert et Florine ma-mie,

Et, dans sa tour pour cent ans endormie,

Dormait encor la Belle-au-Bois-Dormant.

C'était le temps des palais de féerie,

De l'Oiseau Bleu, des Pantoufles de vair,

Des longs récits dans les longs soirs d'hiver:

Moins sots que nous y croyaient, je vous prie.

LE ROSIER ENCHANTÉ

Table des matières

COMMENT UNE GENTILLE FÉE ÉTAIT RETENUE DANS UN ROSIER, ET COMMENT ELLE OFFRIT SON AMOUR A JEANNOT

Jeannot, un soir, cheminait dans le bois

Et regagnait la maison d'un pied leste,

Lorsqu'une Voix, qui lui parut céleste,

L'arrêta net:

—«Jeannot!» disait la Voix.

Qui fut surpris? Dame! ce fut notre homme.

Il ne s'était aucunement douté

Qu'il cheminait dans le Bois Enchanté.

S'il n'avait peur, ma foi! c'était tout comme.

Il demeura tout sot et tout transi.

—«Jeannot, mon bon Jeannot!» redisait-elle.

Il n'était pas, certe, une voix mortelle

Charmante assez pour supplier ainsi.

Or, en ce lieu, poussait plus haut qu'un orme

Un Rosier d'or aux roses de rubis.

Le paysan eût eu mille brebis

D'un seul fleuron de ce rosier énorme.

La Voix partait de ces rameaux touffus,

Car il y vit une gentille Fée,

De diamants et de perles coiffée.

Jeannot tira son bonnet, tout confus.

—«Jeannot, je veux te conter ma misère,»

Dit-elle; «écoute et remets ton bonnet.

Je te demande une chose qui n'est

Que trop plaisante à tout amant sincère.»

Le jeune gars écarquillait les yeux,

Comme en extase, et restait tout oreille.

Il n'avait vu jamais beauté pareille,

Ni de fichu d'argent aussi soyeux.

La Fée était belle en beauté parfaite,

Rare, en effet, et mignonne à ravir,

Tant, qu'à jamais, pour l'aimer et servir,

Je n'en voudrais pour moi qu'une ainsi faite!

—«Mon bon Jeannot, aime-moi seulement,»

Reprit la Fée; «il n'est point de tendresses

Et de baisers et de bonnes caresses,

Que je ne fasse à mon fidèle amant.

Aime-moi bien, puisque je suis jolie,

Aime-moi bien aussi, pour ma bonté.

Je suis liée à cet arbre enchanté:

Romps, en m'aimant, le charme qui me lie.»

«Je ne dis non,» fit l'autre, «et je m'en vais

Tout droit conter notre cas à ma mère.

Conseil ne nuit: l'on cueille pomme amère

Sans que pourtant le pommier soit mauvais.»

Il fut conter la chose toute telle,

Riant, pleurant, amoureux et dispos.

Du coup, sa Mère en laissa choir deux pots

Qu'elle tenait.

—«Eh! mon gars,» lui dit-elle,

«Fais à ton gré. Ce nous est grand honneur.

Va, mon garçon, et pousse l'aventure.

Nous aurons gens, malgré notre roture,

Pour nous donner bientôt du Monseigneur!»

Elle rêvait déjà vaisselle plate,

Non plus salé, mais belle venaison,

Vin en tonneaux et le linge à foison,

Cotte de soie et robe d'écarlate.

Jeannot courut.

L'aurore jusqu'aux cieux

Avait poussé sa lueur roselée;

La Fée était bel et bien envolée

Et tout le Bois rose et silencieux.

MORALITÉ

Ne tardez pas, quand l'heure heureuse sonne,

Gentils amants. Aimez-vous sans façon.

Le bel Amour n'a besoin de leçon,

Le bel Amour ne consulte personne.

BELLE MIGNONNE

Table des matières

I
COMMENT BELLE-MIGNONNE AIMA LE PAGE PARFAIT AU DÉTRIMENT DE BEAUX FILS DE ROIS

L'Infante avait seize printemps,

Dont je vous veux conter la vie.

La légende que j'ai suivie

Fait régner son père du temps

Que l'histoire n'était écrite;

Il n'importe. Mais je voudrais

Faire aimer ses gentils attraits

Selon leur grâce et leur mérite.

Belle-Mignonne était son nom:

Ce nom, s'il faut que j'en raisonne,

Venait de ce que sa personne

N'avait trait qui ne fut mignon.

Parmi les plus belles merveilles,

Il n'était point telle beauté,

Tant que chaque Prince invité

N'avait plus que soucis et veilles.

Ils amenaient de grands présents

En or, joyaux et haquenées,

En étoffes bien façonnées,

En santal, myrrhe et grains d'encens,

Ce qui faisait bien mieux l'affaire

Du Roi que les maigres cadeaux

Qu'en sonnets, dizains et rondeaux,

Les Poètes lui venaient faire.

Parmi tous ces beaux fils de Roi,

Etait un pauvre petit page;

Il n'avait aucun équipage,

Or, ni joyaux, ni palefroi:

Le rang ne vaut âme bien faite.

Son nom de page était Parfait,

De ce que son âme, en effet,

Comme sa mine, était parfaite.

L'Infante l'aimait en secret,

Bien qu'encore aucune parole,

Bouquet parlant ou banderole

Eût assuré l'amant discret,

Et notre amant, mélancolique,

D'autre part, ne pouvait oser

A si grande Dame exposer

Sa très amoureuse supplique.

Ils faisaient pourtant de grands voeux,

Ne voulant qu'être unis ensemble.

Tout en n'avouant rien, ce semble,

Ne peut-on compter pour aveux

Rougeur et trouble en l'attitude

Qui ne trompe le bien-aimé,

Et par coup d'oeil à point nommé

Leur bienheureuse inquiétude?

II
COMMENT BELLE-MIGNONNE AVAIT EU DE SA MARRAINE LE DON DE FAIRE NAITRE DES FLEURS SOUS SES PAS AUSSITOT QU'ELLE AIMERAIT

Sachez, sans aller plus avant,

Que Mignonne eut à sa naissance,

D'une Fée, unique en puissance,

En magie et charme savant,

Le joli don de faire naître,

Sous ses pas, des fleurs à foison,

En tout temps et toute saison,

Quand Amour se ferait connaître.

Notre Marraine avait été

Malicieuse autant que bonne,

En cela contraire à Sorbonne,

Qui n'a malice ni bonté.

Il advint, comme bien on pense,

Qu'à son fait, petit à petit,

Leur même désir aboutit,

Et qu'Amour eut sa récompense:

Le page reçut, un beau jour,

Un message de sa maîtresse,

Qui lui mandait, par lettre expresse,

De l'attendre au pied de sa tour,

Qu'elle descendrait à sa vue,

Et que le soir même elle irait,

Avec le Page, où Dieu voudrait.

Et de son seul amour pourvue.

Dans un pli de satin léger

L'Infante enferma son message,

Et quelque linot de passage

Fut au Page bon messager.

La rencontre eut lieu, j'imagine.

Et, cette nuit-là, par les champs

Il fut dit bien des mots touchants,

Et bien baisé deux mains d'hermine.

—Laissons-les, où qu'ils soient allés:

Dès l'aube, une route fleurie

Vers nos amants, en ma féerie,

Nous conduira, si vous voulez;

Car le don que de sa Marraine

Eut Belle-Mignonne en naissant

Fit que ses pieds allaient traçant

Un beau chemin de fleurs, sans graine.

Chacun de ses pas amoureux

Avait fait naître oeillets, pervenches,

Roses roses, rouges et blanches.

Pavots divers et lys nombreux,

Et naître mauves, pâquerettes,

Herbe aux perles, reines des prés,

Hyacinthes, glaïeuls pourprés,

Folle avoine aux folles aigrettes,

Et naître encore serpolets,

Muguets, sauges et véroniques,

Pivoines aux rouges tuniques,

Soleils d'or, iris violets,

Et roselettes centaurées,

Basilics aux parfums troublants,

Menthes, liserons bleus ou blancs

Et belles-de-nuit azurées,

—Et, s'il fallait dire en tout point

Les fleurs qu'elle avait fait éclore,

Pas plus que les jardins de Flore,

Mon jardin n'y suffirait point.

III
COMMENT LE ROI ET LA COUR SUIVIRENT LES AMANTS A LA TRACE ET DÉCOUVRIRENT UN CHATEAU DE FLEURS AU LIEU DE FORET

Quand les servantes éveillées

Virent jusqu'aux horizons bleus

Ce beau chemin miraculeux,

Du haut des tours ensoleillées,

En hâte, aux Dames du palais

Elles furent conter la chose,

Et les Princes, pour même cause,

Furent cherchés par leurs valets.

Ce fut un grand remue-ménage

Dans le château, jusqu'à ce point

Qu'ayant mis son plus beau pourpoint,

Le Roi fut du pèlerinage.

La Cour entière par les prés

Marchait en bel ordre à sa suite,

Suivant nos amants et leur fuite

En tous ses détours diaprés.

La surprise était infinie

De ce que ce nouveau printemps

Foisonnât de fleurs dans le temps

Qu'il n'est aux champs qu'herbe jaunie.

Or cet admirable chemin

Menait à la forêt prochaine:

Il n'était charme, orme, if ou chêne

Qui ne fût tendu de jasmin,

De chèvre-feuille, de glycine,

De vigne vierge et d'autres fleurs,

Mêlant et tramant leurs couleurs,

D'une branche à l'autre voisine.

Tant et si bien, qu'en ces beaux lieux

Ce n'est plus, comme en l'entourage,

Forêt d'automne sans ombrage,

Mais plutôt palais merveilleux,

Aux murs faits de branches taillées,

Et bâtis de fleurs en arceaux

Où chantaient de rares Oiseaux,

Sur des corniches de feuillées.

De leurs cent voix, l'écho chanteur

Salua le Roi dès l'entrée,

Dont l'âme encor fut pénétrée

D'une même et fraiche senteur,

Laquelle était si bien formée

De tant de parfums différents,

Qu'à mon embarras je comprends

Qu'aucun auteur ne l'ait nommée.

Le Roi, du portail, pas à pas

Poussa jusques aux galeries

Où figuraient ses armoiries

De lys sur ne-m'oubliez-pas.

Il fut touché de cet hommage

De Fée à Monarque, d'autant

Que les Oiseaux allaient chantant

Ses hauts faits en humain ramage.

IV
COMMENT BELLE-MIGNONNE ET LE PAGE PARFAIT FURENT TROUVÉS L'UN PRÈS DE L'AUTRE ENDORMIS

Les Oiseaux avaient leur secret

Qui le précédaient par volée,

Le menant d'allée en allée,

De salon en grotte et retrait.

Toute la noble multitude

Cueillait des fleurs, chemin faisant,

Et l'on parvint, en devisant

De solitude en solitude,

Jusqu'à l'Antre d'or où, parmi

Des fleurs plus blanches que nature,

Mignonne, en belle créature,

Dormait près du Page endormi.

Le Roi ne contint sa colère

Devant ce spectacle nouveau:

Tel cas à son royal cerveau

Ne pouvait, vraiment, que déplaire.

Et tout, dans le premier moment,

En voyant ce tableau coupable.

Il aurait bien été capable

D'ordonner qu'on pendît l'amant.

N'était-ce point un pauvre sire,

N'ayant sou, ni maille, ni nom,

Si mince et petit compagnon

Qu'écuyer n'eut daigné l'occire!

Ils étaient pourtant beaux ainsi,

Tête contre tête penchée,

Chevelure en blonde jonchée,

Et bras enlacés à merci.

Ils souriaient, et dans leur rêve,

Aussi charmant qu'eux et léger,

Ils semblaient encor prolonger

L'heure aux amants toujours trop brève;

Car ils balbutiaient entre eux

Des mots si doux de voix si tendre,

Qu'aux bois il n'est plus doux d'entendre

Ensemble ramiers amoureux.

—«Je vous aime, Belle-Mignonne;»

—«Je vous aime, Page-Parfait;»

Redisaient-ils. Amour de fait

Autrement ni plus ne jargonne.

Le bel Amour n'a jamais tort.

Le Roi pouvait-il d'aventure

Empêcher que, contre nature,

Amant aimé fût le plus fort?

Contre ouragan, feu, fer et flamme,

Contre vent, marée et fureurs,

Poisons, serpents, rois, empereurs,

Prévaut force aimante de l'âme.

Notre Roi donc, bien qu'à regret

Et bien qu'il perdit l'assurance

Des grands présents qu'en espérance

Chaque Prince à sa fille offrait

(Ce dont il faisait le décompte),

Consentit bien à les unir,

Ainsi qu'il devait advenir

De la façon que je raconte.

Tout bon courtisan approuva,

Quoiqu'il en eût de jalousie.

Il n'est royale fantaisie

Qu'on ne suive comme elle va:

Aussi fut-ce chants d'hymenée,

Fleurs en bouquets et compliments

Autour du réveil des amants

Et de leur grand'joie étonnée.

Les noces durèrent trois mois:

Il faudrait pour les conter telles

Les belles Muses immortelles

De Ronsard, le grand Vendomois.

Sachez seulement que la Reine

Et le Roi n'oublièrent pas

De faire prier au repas

La malicieuse Marraine.

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0+
Release date on Litres:
21 January 2025
Volume:
30 p. 1 illustration
ISBN:
4064066089658
Publishers:
Copyright Holder::
Bookwire
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