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Pierre-Damien Rainguet

Études historiques, littéraires et scientifiques sur l'arrondissement de Jonzac

Charente-Inférieure


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066334734

Table des matières

INTRODUCTION.

CANTON D’ARCHIAC.

ALLAS-CHAMPAGNE..

ARCHIAC (ARCIACUS) .

ARTHENAC.

BRIE-SOUS-ARCHIAC.

CELLES.

SAINT-CIERS-CHAMPAGNE.

CIERZAC.

SAINT-EUGÈNE.

SAINT-GERMAIN-DE-VIBRAC OU D’OURSE.

GERMIGNAC.

JARNAG-CHAMPAGNE.

SAINTE-LHEURINE.

LONZAC.

SAINT-MAIGRIN.

SAINT-MARTIAL-DE-COGULET.

NEUILLAC.

NEULLES.

CANTON DE SAINT-GENIS.

ANTIGNAC.

BOIS.

CHAMPAGNOLLES.

CLAM.

CLION.

SAINT-DIZANT-DU-GUA.

SAINT- FORT-SUR-GIRONDE.

SAINT-GENIS-DE-SAINTONGE .

SAINT-GEORGES-DE-CUBILLAC.

SAINT-GERMAIN-DU-SEUDRE.

GIVREZAC.

SAINT-GRÉGOIRE-D’ARDENNES.

LORIGNAC.

MOSNAC.

SAINT-PALLAIS-DE-PHIOLIN.

PLASSAC.

SAINT-SIGISMOND-DE-CLERMONT.

CANTON DE JONZAC.

AGUDELLE.

CHAMPAGNAC.

CHAUNAC.

FONTAINES-D’OZILLAC.

SAINT-GERMAIN-DE-LUZIGNAN.

GUITINIÈRES.

JONZAC.

LÉOVILLE.

LA BARDE FAGNEUSE.

LUSSAC .

SAINT-MARTIAL-DE-VITATERNE.

SAINT-MAURICE-DE-TAVERNOLLE.

SAINT-MÉDARD-DE-BARDEFANIANE.

MEUX.

MOINGS.

MORTIERS.

OZILLAC.

RÉAUX.

SAINT-SIMON-DE-BORDES.

VIBRAC.

VILLEXAVIER.

CANTON DE MIRAMBEAU.

ALLAS-BOCAGE.

BOISREDON.

SAINT-BONNET.

SAINT-CIERS-DU-TAILLON.

CONSAC.

COURPIGNAC.

SAINT-DIZANT-DU-BOIS.

SAINT-GEORGES-DES-AGOUTS.

SAINT-HILAIRE-DU-BOIS.

SAINT-MARTIAL-DE MIRAMBEAU.

MIRAMBEAU.

NIEUIL-LE-VIROUIL.

SAINTE-RAMÉE.

SALIGNAC.

SÉMILLAC.

SEMOUSSAC.

SAINT-SORLIN-DE-COSNAC.

SOUBRAN.

SAINT-THOMAS-DE-COSNAC.

CANTON DE MONTENDRE.

BRAN .

CHAMOUILLAC.

CHARDES.

CHARTUZAC.

CORIGNAC.

COUX.

EXPIREMONT.

JUSSAS.

S T -MAURICE-DE-LAURENSANE OU LAURENÇANNE ANNEXE DE TUGERAS.

MESSAC.

MONTENDRE ALIAS MONTANDRE.

MOULONS.

POMMIERS.

ROUFFIGNAC.

SOUMERAS.

SOUSMOULINS.

TUGERAS.

VALLET.

VANZAC.

CANTON DE MONTGUYON.

SAINT-AIGULIN .

LA BARDE.

BORESSE-MARTRON .

BOSCAMENANT .

CERCOUX.

CLÉRAC et anciennement CLAIRAC.

LA CLOTTE.

LE FOUILLOUX.

LA GENÉTOUSE .

SAINT-MARTIN-D’ARY OU DU LARY .

SAINT-MARTIN-DE-COUX .

MONTGUYON .

NEUVICQ NOVUS VICUS.

SAINT-PIERRE-DU-PALAIS.

CANTON DE MONTLIEU.

BÉDENAC.

BUSSAC.

CHATENET .

CHEPNIERS .

CHEVANCEAUX.

SAINTE-COLOMBE.

LA GARDE DE SAINT-VIVIEN.

MÉRIGNAC-DU-PIN .

MONTLIEU .

ORIGNOLLES.

SAINT-PALLAIS-DE-NÉGRIGNAC.

LE PIN.

POLIGNAC [ANNEXE DE CHATENET].

POUILLAC.

TABLE INDICATIVE

TABLE ALPHABÉTIQUE

ERRATA ET OMISSA.


INTRODUCTION.

Table des matières

De tout temps, l’arrondissement de Jonzac a été grandement négligé par les divers historiens qui ont écrit sur la province de Saintonge. Si, de nos jours, le savant M. Lesson lui-même, dans ses Fastes historiques et son Histoire des marches de la Saintonge, a soigneusement passé en revue les communes des cinq premiers arrondissements du département de la Charente-Inférieure, il n’a cru devoir faire ensuite qu’une mention très-rapide du sixième arrondissement, celui de Jonzac. Quant aux Annuaires, successivement publiés, et à la Statistique du département, ils fournissent, sur l’arrondissement qui nous occupe, des documents peu étendus et en rapport avec leur plan fort circonscrit.

Les deux historiens modernes de la Saintonge, au double point de vue religieux et civil, ont assurément mentionné plusieurs points de notre pays et relaté certains faits particuliers qui s’y rattachaient; mais combien ces rares détails historiques, archéologiques ou statistiques, semés çà et là, perdus même dans l’immense contexte de plusieurs volumes, sont loin de constituer une histoire suivie et complète de l’arrondissement de Jonzac.

Il est toutefois juste de l’avouer, notre circonscription sous-préfectorale n’a pas pesé d’un poids très-considérable dans la balance de l’histoire; que viendrait donc dès lors, dira-t-on peut-être, revendiquer l’historien sur un théâtre où règne une telle uniformité d’allures, une sorte de monotonie de situation?,.. Mais si ce calme ne fait pas les pages saisissantes de l’histoire, n’est-il pas vrai de dire qu’il constitue d’ordinaire le bonheur des peuples, et fonde la richesse des empires? Ne plaignons donc pas trop notre patrie.

En l’absence de ces situations émouvantes, et, à l’exception de deux périodes fécondes en agitations sociales, et qui ont profondément bouleversé notre pays au XIVe siècle, et surtout au XVIe, n’aurions-nous pas un genre d’histoire à traiter dont l’intérêt particulier pût attacher plus d’un lecteur, en allant droit à son cœur de citoyen et de chrétien? L’histoire naturelle, politique, biographique et archéologique du pays, au triple point de vue religieux, civil et militaire, ne pourrait-elle pas offrir une série de tableaux tellement variés que l’esprit et le cœur y pussent rencontrer une lecture attrayante, un noble et utile délassement. Puisque les monuments sont les jalons de l’histoire, il y aura toujours pour l’historien, profit à les étudier et à les interroger avec soin. Tel est le programme que nous nous sommes posé, le lecteur aura mission de décider si nous l’avons rempli d’une façon convenable.

L’arrondissement de Jonzac, comprenant, d’après le recensement de 1861, une population de 83,013 habitants, forme sept cantons et 120 communes, étendus sur un territoire allongé, obliquement placé entre les 45e et 46e degrés de latitude et 17e et 18e de longitude, et à l’extrémité S.-E. du département de la Charente-Inférieure. Cet arrondissement est borné au N. et au N.-O., par celui de Saintes; à l’E. et au N., par le département de la haute Charente; au S.-E., par celui de la Dordogne; au S. et à l’O., par celui de la Gironde.

Si nous remontons à la plus haute antiquité connue, nous trouvons ce coin de terre habité par les Celtes, nation rude, entreprenante et guerrière, qui était venue des contrées sises au N.-E. de l’Asie mineure, à une époque très-reculée, et qu’on ne saurait préciser. Ce peuple, soumis aux enseignements des Druides, croyait à l’immortalité de l’âme, mille ans avant l’existence de Socrate, avait sa langue particulière, riche et expressive.

Les Celtes cultivaient, dès les premiers temps, le blé, l’avoine, l’orge et le seigle; ils apprirent, dit-on, la culture de la vigne des Phocéens, débarqués à Marseille 600 ans avant l’ère chrétienne, ce qui ne saurait s’entendre que d’une culture perfectionnée.

Ce peuple, notre devancier, a laissé, comme trace de son passage dans le pays, d’assez nombreux monuments encore existants, et que nous examinerons successivement. Ils consistent: 1° en des pierres non taillées ni polies par le fer, selon les prescriptions bibliques. Ces pierres, objets funéraires ou de témoignage, points de réunion ou de sacrifices, sont posées sans ciment, soit verticalement, soit horizontalement ou sur un plan incliné ; 2° en des grottes souterraines, aux allées sinueuses, creusées, d’après un mode assez uniforme, sur des coteaux et sommets découverts, que les Celtes semblaient préférer pour leurs établissements; 3° en des tumulus ou tertres formant des sépultures d’élite.

Lors de la conquête des Gaules par les Romains, César divisa ce pays en trois parties: l’Aquitaine, la Celtique et la Belgique. Il limita la Celtique des bords de la Garonne à ceux de la Seine. La circonscription dénommée LA SANTONIE fut, de la part des vainqueurs, l’objet de soigneuses divisions territoriales, surtout dans l’ordre militaire. Ces divisions anciennes nous sont encore faciles à saisir au moyen du réseau de ces nombreuses voies communiquant à des mansiones, à des stationes ou étapes de différents degrés, que les maîtres du monde y établirent. La plupart de ces voies, il est bon de le constater ici, furent assises sur des routes celtiques principales déjà existantes.

Nous trouvons dans un ouvrage spécial une appréciation historique relative à notre coin de terre, et que nous tenons d’autant plus à reproduire, que son auteur appartient à une famille saintongeaise, et n’a point écrit sur des lieux inconnus et hors de sa portée: «Après la conquête du territoire de la tribu celtique des Santons, par les lieutenants de Jules César, il y eut évidemment sur ce point (ceci peut s’appliquer particulièrement au centre de l’arrondissement de Jonzaç) une halte du peuple-roi. Comprise, sous Auguste, dans la province Aquitanique, toute cette contrée porte l’empreinte des vainqueurs. Les noms de la plupart des localités conservent la trace de leur origine. Le sol fouillé met continuellement à jour des débris d’architecture, des fragments de tuiles, de colonnes, de corniches, de ciment, de mosaïque, des médailles.

» A l’expiration de la puissance romaine, lié au sort de la province, ce pays subit tour à tour la domination des Visigoths, celle des Francs, celle des ducs d’Aquitaine de la première race, une seconde fois celle des Francs, celle des ducs d’Aquitaine de la seconde race, issus de Louis-le-Débonnaire, et celle des Anglais, jusqu’à ce que l’épée de Duguesclin réunit définitivement la Saintonge à la couronne de France...»

Notre pays fut éclairé par le flambeau de l’Évangile dès l’instant de sa divine promulgation. Saint Martial, l’apôtre de l’Aquitaine, dont il faut aujourd’hui, malgré quelques opposants attardés et grâce aux savantes et judicieuses études d’écrivains modernes, aussi religieux que profonds critiques, reporter la mission au premier siècle de notre ère — vers l’an 75, — vint de la Gaule narbonnaise à Bordeaux, en passant par Toulouse; il aborda en Saintonge et parcourut les rivages mêmes de notre Gironde; il convertit et baptisa le jeune Ausone, des environs de Mortagne, dont il fit un saint prêtre qui, plus tard, placé sur le siège épiscopal d’Angoulême, donna son sang pour la défense de sa foi. En mémoire de ces faits, nos pères reconnaissants mirent sous l’auguste patronage de l’apôtre plusieurs paroisses de cette province. Saint Eutrope, premier évêque et martyr de la ville de Saintes, envoyé dans les Gaules par le pape saint Clément, travailla puissamment à enraciner le christianisme sur le vieux territoire des Santons. Le pays se transforma peu à peu et à mesure qu’il fut empourpré du sang de ses pasteurs et de leurs premiers néophites. Si à saint Martial est revenu la gloire d’avoir évangélisé d’abord certains points de la Santonie, saint Eutrope dut, en pénétrant jusqu’à Saintes, ville gallo-romaine des plus importantes, y porter le premier, la lumière de l’Évangile.

A cet âge de paix, qui succéda pour l’Église naissante, à la longue période de persécutions, nous devons attribuer quelques sarcophages en briques à rebords, des poteries, des médailles, des restes de constructious militaires.

L’espace de temps qui s’écoula sous les rois mérovingiens nous a légué, comme monuments dignes d’attention, de vieux cimetières assez nombreux dans le pays, contenant des auges de pierre fermées par un couvercle, le plus souvent sans signes graphiques, parfois avec inscriptions, comme à Neuvicq, croix grecques, croix de Saint-André, ornements de guerriers en cuivre, argent ou or; armes et poteries placées près des pierres tombales. Généralement, ces sarcophages sont groupés à la manière catholique, dans un lieu spécial et béni, sur le versant d’une colline, près d’un chemin, les pieds des morts sont tournés vers l’Orient, d’où nous est venue la lumière de la foi, et d’où partira le signal du dernier réveil.

Des sanctuaires érigés particulièrement dans les villes, sous le règne de Constantin et les règnes suivants, parfois avec les débris des monuments romains, il n’existe chez nous aucune trace, les barbares du nord en précipitèrent la ruine, comme celle des vieux châteaux. De l’architecture religieuse et civile sous Charlemagne et pendant les deux siècles qui ont suivi, on ne retrouve plus aussi aucun vestige.

Mais sur la fin du XIe siècle, grâce à la révolution qui s’opéra dans l’art d’édifier les églises, par la découverte de l’ogive, grâce encore à une sorte de réaction morale qui eut lieu chez les peuples après l’an mil, passé sans catastrophe, des monuments solides se dressèrent de toutes parts, et ils se montrent encore debout, bravant les injures du temps et de la main de l’homme.

Il convient de noter aussi que les croisades exercèrent une notable influence sur l’architecture religieuse et civile de notre province. Dans ce grand mouvement social qui, s’étendant du XIe siècle au XIIIe, précipita l’Europe en armes sur les côtes de l’Asie, préserva nos contrées de l’invasion musulmane et de la barbarie, fortifia le pouvoir royal en France et facilita l’affranchissement du peuple, la Saintonge fut constamment représentée par plusieurs de ses barons, de ses chevaliers et de ses hommes d’armes.

A la première croisade, de 1096 à 1145, s’offrent Renaud et Pierre de Pons, Raoul de Saintonge.

A la deuxième, de 1145 à 1188, Geoffroy de Rancon, Guillaume de Sainte-Maure, Geoffroy Rudel.

A la troisième, de 1188 à 1195, Humbert et Thomas d’Arces, Pierre de Beaumont, Jean de Belleville, Jean de Chaunac, Hélie et Réginald de Pons, Geoffroy de Rancon, Eustache de Sainte-Hermine.

A la quatrième croisade, qui dura à peine 3 ans, les chevaliers de France s’abstinrent généralement.

A la cinquième, de 1198 à 1220, parurent les Beaumont, les Sainte-Maure, etc.

A la sixième, de 1220 à 1248, s’armèrent Roland d’Ars, Miles de Montendre, Milon de Montguyon.

A la septième, de 1248 à 1268, figurèrent Guillaume d’Asnières, Guillaume de Courbon, Guillaume Maingot, Étienne des Réaux, etc..

Ceux qui ne pouvaient entreprendre le voyage d’outre-mer se vouaient à l’érection et à la réparation des églises, des moutiers, des aumôneries, des hospices. Ces logeurs du bon Dieu, comme on les nommait dans le style naïf de l’époque, avaient droit aux mêmes faveurs spirituelles que les croisés.

Ainsi, les monuments religieux qui appartiennent à la phase de transition du XIe siècle au XIIe, et qui constituent l’école romano-byzantine, selon la dénomination de certains auteurs recommandables , sont fort nombreux dans la Saintonge. Un fait capital frappera donc évidemment ceux qui parcourront ce pays, comme il nous a déjà frappé nous-même lorsque, la plume à la main, nous visitions les églises de cet arrondissement: c’est que la majeure partie de ces édifices a été construite vers la fin du XIe siècle, et que leur restauration ou, si l’on veut, leur agrandissement, surtout par l’abside, a eu lieu vers la fin du XVe et au commencement du XVIe siècle. Peu d’églises de cet arrondissement ont été complètement bâties durant la période ogivale, qui ne leur a légué que des substructions plus ou moins importantes, de sorte que, si la phase gothique a laissé parmi nous peu de monuments complets, du moins y a-t-elle élevé de nombreuses et importantes substructions : un grand nombre de portes, d’absides, et quelques clochers reconstruits pour correspondre à la piété ou au nombre croissant des fidèles.

Mais le XVIe siècle arrivait chargé de tempêtes: les guerres civiles, allumées par l’hérésie qui envahit la Saintonge, dès son apparition, entassèrent les ruines parmi nos monuments religieux. Que de richesses littéraires et artistiques disparurent alors; combien de statues, de tableaux, de reliques des saints patrons, de cartulaires et de pouillés, entassés par les siècles, furent impitoyablement détruits!...

Les arts aimaient surtout la pieuse chapelle,

Où la Reine du Ciel se montre et nous appelle

A son Fils bien-aimé ;

C’est là qu’ils prodiguaient les niches dentelées,

Les roses, les tableaux, les voûtes étoilées,

Le vitrail enflammé.

Si nos autels déchus ont perdu leur prestige,

Si notre art merveilleux a séché sur sa tige,

Oh! n’en triomphez pas!

Vous avez consumé moutier et cathédrale;

Les autels, le jubé, l’escalier en spirale

Ont croulé sous vos pas.

Et cependant, voyez de sa tombe immortelle

L’Église se lever.....

Toutefois, n’anticipons pas sur les évènements. Si nous avons déjà ouï les roulements prolongés du tonnerre, humilions-nous en présence de Celui qui créa ces formidables voix, et sachons qu’une période de tempête présage bien des jours de calme et de sérénité. Par dépit contre la royauté, surtout depuis les réformes radicales et populaires de Louis XI, la plupart des seigneurs, obéissant d’ailleurs à un esprit d’innovation qui semblait être alors de bon ton, peut-être encore pour sauver du pillage et de l’incendie, leurs châteaux et leurs fermes, embrassèrent volontiers les nouvelles doctrines. Nous aurons donc la douleur de consigner dans ces pages, invariablement catholiques, que bien peu de gentilshommes saintongeais, au XVIe siècle, comprirent ce qu’ils devaient à Dieu et au roi; ils firent presque tous bon marché de leur foi religieuse et de leurs serments politiques. Que de défections n’entraînèrent-ils pas alors, et quelle responsabilité terrible n’assumèrent-ils point devant Celui qui, selon le langage énergique de l’Écriture, sonde les reins et juge les consciences!... En faisant le récit de toutes ces péripéties, quelquefois suivies de luttes acharnées et sanglantes, nous professerons charité et bénignité pour les hommes, presque toujours plus légers et plus faibles que méchants; répulsion pour l’erreur, quel que soit son drapeau ou de quelque part qu’elle vienne, amour sans bornes pour la vérité qui nous captive... Sous Louis XIV, nous verrons ces mêmes seigneurs, soit pour avoir des emplois qu’on n’accordait qu’aux seuls catholiques, soit pour donner satisfaction à leurs consciences troublées, rentrer, pour la plupart, dans le giron de l’Église. Mais comment réparer tout le mal? Ils avaient déjà entraîné à leur suite, la bourgeoisie, qui s’était empressée de singer les grands, et celle-ci, vivant au fond des provinces, persista plus longtemps dans sa déviation, remorquant à son tour le petit peuple, toujours guidé par un instinct d’imitation machinale.

En scrutant l’état de nos églises, de quelques communautés, en ruines ou transformées, dont les débris attestent la piété des âges précédents, et des vieux châteaux, généralement ruinés et passés aux mains des laboureurs ou des fils de vassaux des anciens seigneurs, enrichis par l’effet des révolutions continuelles qui agitent la société, et qui, à l’instar d’une balance, élèvent l’un et abaissent l’autre, nous lirons sur ces murs, noircis par le temps, l’histoire intime de notre pays, nous toucherons au doigt les succès et les revers de ses habitants.

Il semble que ce coup-d’œil, jeté sur notre pays, serait incomplet, si nous ne disions quelques mots de son ancienne organisation politique et judiciaire, sur les lois et coutumes qui le régissaient; si, enfin, nous ne faisions un examen rapide de la nature de son sol, de ses produits spontanés et agricoles, des mœurs de ses habitants et de leur industrie particulière.

Des dix châtellenies principales, retracées sur la carte ancienne que nous possédons au regard de notre pays, et dont les délimitations ont visiblement formé, sauf quelques légères modifications, nos cantons actuels, relevaient des seigneuries subalternes, dont les possesseurs prenaient les titres de bannerets, valets, chevaliers et écuyers. Aussitôt que l’ordre leur était transmis, ces écuyers se mettaient à la tête de 20, 40 ou 100 hommes, armés de lances, d’épées, d’arquebuses, et rejoignaient le comte ou haut baron de la châtellenie principale, capitaine-né de cette milice, et qui recevait directement les commandements du roi ou de son représentant dans la province. Ainsi se formait un corps armé, destiné à défendre le territoire. L’étude des anciennes familles, dites justement historiques, nous initie donc aux détails d’action de ce pouvoir politique et militaire, fondé par nos pères ou subi par eux. Chaque paroisse possédait jadis une ou deux familles titrées, qui avaient juré d’âge en âge dévoûment absolu à la monarchie, et dont l’épée, transmise du père au fils, ne devait agir ou se reposer que par ordre direct ou indirect du souverain.

Pour se faire une idée juste de l’antique organisation judiciaire dans notre pays, il serait indispensable de bien saisir l’établissement, au IXe siècle, des vigueries — vicariæ — dont nous n’avons qu’imparfaitement débrouillé l’installation dans la Saintonge. Il ne nous est parvenu que les noms de cinq sièges principaux de cette ancienne juridiction, savoir: Archiac, Aunay, Saint-Julien-de-l’Escap, — Juliacense, — Saintes et Talmont. Un seul, comme on le voit, appartenait à cette portion de province qui fait l’objet de nos études. Aux vigueries principales, alors établies, s’adjoignirent des sous-vigueries assez nombreuses, et dites ensuite vigeries dans notre pays. C’est ce qui explique comment cette dénomination revient encore si fréquemment sur tous les points du pays. Nos pères eurent aussi les bailliages et les sénéchaussées, si multipliées à l’époque de la Révolution.

L’ancienne législation régissant la France, avait été empruntée à tous les peuples, comme à tous les temps. Elle tenait des Gaulois et des Francs l’usage des fiefs, l’ordre des chevaliers et des vassaux, d’où était provenu tout l’arsenal des pratiques féodales. Le douaire acquis à la femme après la dissolution du mariage et indépendamment de toute convention, la dot, la part d’acquêt dans la communauté pour chaque époux, le tout modifié par le temps, remontaient encore aux Gaulois; l’inaliénabilité de la dot pendant le mariage, aux Romains; les lois ripuaire et salique venaient des Francs. On y trouvait fréquemment la réparation des crimes opérée au moyen d’indemnités pécuniaires. Une des principales dispositions de la loi salique, relative à l’hérédité des fiefs passant aux enfants mâles, à l’exclusion des filles, n’avait été admise qu’exceptionnellement dans notre pays, et pour quelques grands fiefs.

C’est à notre province qu’est revenu l’honneur d’avoir fourni le premier code maritime à l’Europe. La loi Rhodienne, régissant la mer et les pays côtiers, fut apportée d’Orient, au XIIe siècle, par la reine Aliénor, qui la modifia ensuite, et la perfectionna au gré de ses inspirations, et en profitant de l’expérience des gens de mer, dont elle s’était entourée dans son île favorite d’Oleron. Cette princesse promulgua solennellement ce recueil dans la même île, et lui donna le nom de Rôles d’Oleron ou Jugements de mer.

Préludant à l’unité si tardive de la législation française, l’énorme collection des ordonnances de nos rois, classée par ordre chronologique, régissait la plupart des provinces, sauf les exceptions particulières à chacune d’elles.

Quant à la Saintonge, elle était spécialement sous l’empire du droit écrit, sauf quelques usances et observances particulières. Le droit civil et commun des provinces coutumières de France représentait surtout un code de procédure, basé sur la jurisprudence des arrêts; et la longue nomenclature des droits féodaux. Le consentement unanime des états, composés des trois ordres, arrêtait et rédigeait chaque coutume; des commissaires délégués par le roi l’approuvaient ensuite et en autorisaient l’exécution. Le droit purement romain n’était pas le droit commun de la France, et ne pouvait être invoqué et servir de règle que pour le cas de silence des constitutions et ordonnances des rois de France, et du droit commun particulier de la province. Pour faire preuve des us de la coutume non consacrés par écrit, on recourait à l’avis du peuple, qu’on divisait par groupes ou turbes de dix personnes au moins; chaque turbe ne valait qu’un témoignage.

Charles VII, après l’expulsion des Anglais, ordonna que les différentes coutumes des provinces fussent revues et rédigées par écrit, et avec le concours des trois ordres. Charles VIII seconda ce projet. En Saintonge, on se mit au travail, mais, dit Béchet, l’ouvrage ne fut pas achevé, de sorte que les habitants de cette province continuèrent à être justiciables d’une coutume établie sur de simples manuscrits, qui passaient de main en main chez Les hommes du Palais, l’interprétant parfois d’une façon arbitraire. Béchet, versé dans l’étude du droit romain et coutumier, fit paraître l’Usance de Saintonge, en 1633, et la fit réimprimer, en 1647. La 3e édition parut en 1701, après la mort de l’auteur. Du Sault donna un commentaire de l’Usance de Saintes, conférée avec la coutume de Saint-Jean-d’Angély.

Sur une superficie d’environ 17 myriamètres carrés, l’arrondissement de Jonzac offre une population généralement catholique, puisque les protestants ou calvinistes ne s’élèvent, d’après le dernier recensement, qu’à 600 et quelques personnes. Sa population, à peu près agricole, tend néanmoins chaque jour, à fournir un large contingent aux professions industrielles et commerciales.

Le patois saintongeais s’efface graduellement et semble, comme les vieux costumes du pays, devoir disparaître bientôt, en présence de l’uniformité d’éducation et d’usages, que favorisent et la législation et les moyens si rapides de communication, résultant de la vapeur. On remarque dans ce patois un mélange d’expressions celtiques, romanes et grecques, assaisonnées, sur les marches de la Saintonge, de français corrompu et locutions gascones . Certaines tournures de phrases vraiment originales se prêteraient difficilement à une traduction. Quant à l’accent, il est bien moins prononcé et redondant que celui de la Gascogne, et décèle bien peu son territoire.

Les mœurs des habitants de notre contrée sont généralement douces et hospitalières; la lenteur proverbiale qui distinguait cette population n’est pas aussi caractérisée que jadis. Les nombreuses superstitions qu’on y observait autrefois, tendent de jour en jour à disparaître du pays. Au fond des campagnes mêmes elles excitent assez généralement un certain rire de pitié. Le chapitre relatif aux superstitions de la Saintonge et de l’Aunis, inséré dans la Statistique du département, n’est pas complètement applicable à notre arrondissement; il a été rectifié et complété au moyen d’un mémoire intéressant, dressé par M. Georges d’Harcourt, élève du Petit-Séminaire de Montlieu . Nous regrettons que son étendue ne nous permette pas de l’insérer ici. Toutefois, il convient de signaler une superstition presque générale et fort enracinée dans les campagnes. Il s’agit du mode usité de faire panser un nombre considérable de maux, et particulièrement les affections scrofuleuses. Rarement la médecine est appelée à les traiter. Chaque canton, presque chaque commune, possède ses devins ou guérisseurs; parfois, c’est la 7e fille d’une maison qui, par le simple attouchement et quelques mots murmurés à voix basse, guérit les écrouelles, les dartres, les verrues, etc., etc. C’est surtout aux jours de grandes fêtes, le matin, avant le lever du soleil, que s’opèrent les prodiges. Le malade, pour guérir, doit avoir foi dans le guérisseur et suivre à la lettre ses prescriptions, surtout ne jamais manger de viande aux quatre fêtes annuelles.

On remarque, dans l’arrondissement de Jonzac, deux grands bassins principaux: celui de la Gironde, qui le borde au S.-O., et celui de la Sévigne, qui le divise en deux parties à peu près égales. La Gironde, par la masse imposante de ses eaux, sillonnée qu’elle est continuellement par les nombreux vaisseaux du commerce des deux mondes , forme un des plus beaux fleuves de l’Europe. On l’appelle encore la mer dans le pays; c’est un souvenir de son état géologique primitif, très-bien développé, de nos jours, par M. Ozanam. Un ancien auteur saintongeais, mu par des considérations moins scientifiques, disait: «On appelle mer la rivière de Garonne, qui borne la Saintonge du côté du midi, d’autant qu’elle est fort large, qu’elle a son flux et reflux, et que son eau est salée.» Sa longueur, depuis le bec d’Ambès jusqu’à la pointe de Grave, est de 74 kilomètres 200 mètres. La longueur des côtes de la Charente-Inférieure, qu’elle baigne depuis Saint-Bonnet jusqu’à Royan, est de 41 kilomètres 500 mètres. Sa largeur, en ne tenant pas compte des îles, est de 3 kilomètres, depuis le bec d’Ambès jusqu’à Blaye; de 4 kilomètres 800 mètres à Pauillac; de 8 kilomètres 500 mètres, au port de By (devant Gosnac); à Richard (vis-à-vis Maubert), elle s’élève jusqu’à 10 kilomètres 750 mètres, ce qui forme son maximum de largeur. Elle correspond au port de Mortagne à 9 kilomètres. A l’embouchure, la pointe de Grave forme un avancement considérable qui la réduit à 5 kilomètres 500 mètres.

Entre Mortagne et Blaye, sur un fond d’argile marine, existe un dépôt d’alluvions fluviatiles, qui proviennent des atterrissements dûs aux eaux extrêmement limoneuses de la Gironde, et qui forment le vaste marais compris, partie dans le département de la Charente-Inférieure et partie dans celui de la Gironde. Ce marais contient 15,000 hectares, dont 6,200 dans la Charente-Inférieure, et est compris entre le fleuve et une ligne de côtes abruptes. Vers Saint-Ciers-la-Lande, il n’a pas moins de 5,500 mètres de largeur; 4,000 mètres vers Saint-Bonnet, et se termine en pointe, vers Mortagne et Blaye. Il présente une vaste plaine, d’aspect uniforme et monotone, dont le sol, inférieur de 1 mètre 50 à 2 mètres à celui du fleuve, est séparé de celui-ci par un bourrelet d’une terre végétale sédimentaire très-fertile. Sa composition, connue par les sondages effectués dans la partie basse du marais de Saint-Louis, est la suivante:


Argile bleue, profondeur indéfinie. Les parties du marais qui ont été coupées de canaux et mises en culture, offrent un sol productif en prairies ou plantes potagères.

La vallée de la Sévigne, à fond crayeux et ondulé, est formée, dans toute son étendue, et sur une épaisseur qui dépasse rarement 10 mètres: 1° d’une couche inférieure de terre franche, de couleur gris-blanchâtre, semblable à la couche arable du terrain de craie environnant; 2° d’une couche moyenne de terre tourbeuse, de couleur et consistance variables, qui s’est moulée sur le fond du bassin qu’elle a comblé. Les couches supérieures, d’aspect ferrugineux, sont mélangées d’une grande quantité de débris végétaux. Les couches inférieures sont plus ou moins compactes, noires, et sans mélanges de débris végétaux. Les unes et les autres contiennent beaucoup de débris de petites coquilles du genre lymnée; 3° d’une couche supérieure de terre végétale très-légère et très-perméable, sans cailloux ni pierrailles, mais avec beaucoup de coquilles semblables à celles des terres tourbeuses. Cette couche est le résultat des dépôts successifs de la rivière, qui déborde chaque année, au temps de la crue. Le sol alluvionnel de la Sévigne diffère de celui de la Charente, en ce que la couche végétale qui repose en cette dernière vallée, sur le bri marin, s’étend ici sur une couche de terre tourbeuse, poreuse, légère et perméable; aussi la vallée de la Sévigne présente-t-elle un grand nombre de sources de fond, qui manquent dans celle de la Charente.

A raison des différences dans la nature du sol, dans le genre de ses productions, dans la température locale, résultant de la marche des saisons, et enfin dans les qualités de l’air et des eaux, la Statistique du département la divise en quatre parties distinctes:

La première, fréquemment désignée sous le nom de mate, de maristus, basse latinité, marais, située à l’O., N.-O., est baignée par la Gironde, et paraît avoir été formée par les alluvions de ce fleuve, que les riverains commencèrent à lui disputer, dès le VIIe siècle. Les prairies, traversées par plusieurs canaux et fossés d’écoulement, donnent généralement une seule coupe de foin salé, très-avantageux, pour les bêtes bovines surtout. Depuis quelques années, on y pratique avec succès, mais d’une manière alterne, la culture des céréales. Leur contenance est d’environ 5,600 hectares pour l’arrondissement de Jonzac.

La deuxième partie confine à la première, et se compose des chaînes de coteaux formant l’ancien continent, et que le Créateur a donné pour limites infranchissables à la mer. Elle s’étend en plaines vers l’arrondissement de Saintes, et est dite parfois le bocage. Elle est assez fertile en blé et en vin. Depuis quelques années particulièrement, cette région s’est couverte d’immenses vignobles, dont les produits ont fait couler l’or à flots sur nos campagnes, et ont contribué, tout en généralisant l’aisance, à amollir les anciennes mœurs, en les livrant à un luxe effréné.

La zone de landes, dont parle la Statistique, et qui traversait diagonalement cette partie, est aujourd’hui réduite à une étroite lisière, remplacée au N.-E., par une bordure de bois de chênes, précieux comme combustible, et que les défrichements continus et l’entraînement exagéré vers la viticulture, auront bientôt réduite à une surface très-minime.

La troisième partie, formant à peu près le canton d’Archiac, est médiocrement boisée, surtout à l’époque actuelle, et se nomme la Champagne. C’est là qu’on recueille ces eaux-de-vie de premier choix, que l’amour désordonné du lucre n’a pas craint, dans ces derniers temps, d’altérer par des mélanges d’origine commune et fort douteuse, et qui ont compromis gravement les produits de ces crûs spéciaux. Les prairies de cette troisième zone sont d’excellente qualité, et d’un prix fort élevé.

La quatrième partie, formant les cantons de Montguyon, de Montlieu, et une partie de celui de Montendre, contient beaucoup de landes sablonneuses et de marais humides, que l’industrie moderne est parvenue à utiliser, et où elle a su créer des forêts de pins productives, des vignes et des prairies d’assez bon rapport.

Nous croyons devoir signaler les différentes couches intérieures, du sol, d’après la carte géologique du département, dressée en 1852 par M. W. Manès, laquelle divise l’arrondissement de Jonzac en sept bandes ou zones principales, de diverses natures de terrains et fonds rocheux qui se dirigent, d’une manière à peu près uniforme, du N.-O. au S.-E.

Terrain moderne: Première bande placée au S.-O., longeant la Gironde (teintée sur la carte en vert d’eau), dépôt fluviatile.

Terrain crétacé : Deuxième bande (teinte jaune), de Saint-Fort-sur-Gironde au Pin-de-Mérignac, remontant ensuite jusqu’à Neuillac; craie grise marneuse ou glauconieuse (craie tufau).

Terrain tertiaire: Troisième bande (faux rouge), passant entre Saint-Germain-du-Seudre et Lorignac, et se dirigeant jusqu’à l’extrémité de l’arrondissement, qu’elle couvre presque en entier, à partir de Chepniers et Chevanceaux; terrain tertiaire inférieur.

Autre terrain crétacé : Quatrième bande (jaune pâle), encastrée, depuis Cosnac, dans la troisième bande, et disséminant ses couches sur Chepniers, Montlieu, Montguyon, et se dirigeant ensuite par Bran, vers Saint-Maigrin, Archiac et Lonzac (craie à ostrea vesicularis).

Idem. — Cinquième bande (rose clair), formant l’intérieur de l’arrondissement, et suivant les bords de la Seudre, depuis Saint-Germain, se dirigeant vers Saint-Hilaire-du-Bois, et remontant ensuite vers Saint-Grégoire (calcaire blanc à rudistes).

Idem. — Sixième zone ou fragment de bande (teinte jaune clair et hachures rouges), paraissant vers Lorignac, passant par Saint-Hilaire-du-Bois et Champagnac, et remontant ensuite vers Antignac et Saint-Grégoire-d’Ardennes (calcaire gris à exogira auricularis).

Idem. — Septième bande (couleur verte), allant de Givrezac à Bois et jusqu’à Saint-Genis (calcaire à caprinelles).

D’après M. Manès, l’arrondissement de Jonzac comprend:


Il offre à l’observateur une superficie des plus variées, et se compose: 1° au N.-O., d’un terrain ondulé de calcaire crayeux qui se divise en pays de bocage, formant la partie méridionale, où les plateaux sont recouverts de terrain argilo-sableux, propre au bois, et où la culture est d’ailleurs très-variée, et en pays de Champagne, formant la partie septentrionale, où la craie argileuse domine, et où les terres sont très-fertiles en vins et céréales; 2° au S.-E., d’un terrain montueux, comprenant des landes stériles, des coteaux sablonneux propres au seigle et au maïs, et de vallées marécageuses.

Les argiles à poterie et faïence se trouvent sur plusieurs points de l’arrondissement.

Poteries communes: il y en a cinq dans les communes de Boisredon et du Petit-Niort (Mirambeau), quatre à La Glotte et une à Clérac.

Faïenceries communes: On en voit une à Soumeras, une à La Trappe de Montendre, une autre chez Vallaux, en Saint-Germain-du-Seudre. Les fabriques de grands carreaux, briques, poterie et faïencerie diverses, remontent, dit M. Manès, au XVIe siècle, et doivent leur origine, dans cette province, au célèbre potier de Saintes, Bernard Palissy.

Les deux verreries du département sont au Gibaud et à Glérac. Toutes deux opèrent avec des verres cassés et achetés à Bordeaux et lieux circonvoisins. On les convertit en verres de gobeletterie. Ces usines marchent, l’une et l’autre, environ deux cents jours par an, et occupent ensemble une vingtaine d’ouvriers. La valeur de leurs produits est d’environ 70,000 francs.

Maintenant, il importe de parler des principales productions spontanées du sol, tapis émaillé de tant de riches couleurs, et composé de plantes si précieuses, écloses au souffle providentiellement fécond de la Divinité. Indépendamment de l’énumération faite dans le cours de cet ouvrage, des plantes principales, qui croissent sur le sol de deux communes, sises aux points extrêmes de l’arrondissement, étudiées par deux hommes spéciaux, et qui semble un court résumé de la flore du pays, nous aurions désiré donner ici les nomenclatures particulières des plantes qui croissent sur nos plages marines, vastes terrains d’alluvion de la Gironde, leur grand nombre s’y oppose; nous engageons le lecteur à recourir à la Flore de l’Ouest: «C’est, dit l’auteur, M. James Lloyd, un riche département que celui de la Charente-Inférieure. S’il renferme autant d’espèces de plantes que tous les autres départements réunis, cette abondance est dûe à son sol calcaire et varié, à une grande étendue de côtes et à sa position quasi-méridionale .»

«Après la région maritime, dit M. Lloyd, il existe une localité que je recommande particulièrement, parce qu’elle forme exception à la végétation du département, c’est celle que j’appelle pays de lande, et qui s’étend de Saint-André-de-Lidon, vers Saint-Genis, Plassac, au-dessus de Mirambeau, et se continue par Montendre et Montlieu, jusqu’à la limite S.-E. du département.....»

Ce terrain sablonneux, occupé par des landes, des bois de pins qui, chaque jour, cèdent la place aux cultures, est caractérisé par des plantes dont l’auteur donne la description. Les nombreuses et intéressantes variétés de bruyères de ces landes n’ont été étudiées qu’en partie, par M. Lloyd.

Grâce à ces données d’ensemble, empruntées par nous à des littérateurs et à des savants qui, à une ou deux exceptions près, ont eu la Saintonge pour patrie, et qui l’ont étudiée avec un soin tout particulier et cet amour du sol natal, qui donne à l’étude un cachet d’actualité et de perspicacité instinctive, le lecteur saura, avant même de pénétrer dans la connaissance historique plus intime et plus détaillée de l’arrondissement, quel est le pays qui s’offre à ses études. Il se familiarisera avec son état politique, dans l’antiquité et dans le présent; il appréciera les mœurs de ses habitants, de même que l’histoire naturelle de son sol, aussi bien à la surface que dans les plus grandes profondeurs connues; ainsi comprise, cette étude d’initiation sera d’un certain secours au lecteur, et justifiera à ses yeux les efforts que nous avons faits pour développer convenablement les différents points de ce travail.

Il convient, peut-être, de dire un mot des noms de lieux terminés en ac, et qui abondent dans notre arrondissement. D’après les auteurs et l’étude scientifique des diverses contrées où ces noms sont usités, on ne saurait soutenir aujourd’hui que la généralité de ces terminaisons eut pour racine le substantif latin aqua, ainsi que l’ont prétendu quelques personnes, il est plus rationnel de chercher leur origine dans le vieux mot celtique acum, qui désignait un lieu élevé et fréquemment couronné d‘habitations. Une circonstance vient fortement à l’appui de cette opinion, c’est que les noms en ac ne se reproduisent fréquemment que dans les pays jadis habités par les Celtes.

Si quelques contradicteurs, par amour exagéré de nos constitutions politiques modernes, venaient à désapprouver notre excursion historique et scientifique au travers des siècles passés, et les réflexions qu’elle amènera, nous devrons nous en consoler, en songeant qu’à côté de ces myopes politiques, plusieurs d’entre nos concitoyens, moins exclusifs, plus enclins à l’étude de l’histoire, ne serait-ce que pour comparer, en connaissance de cause, le présent au passé, aimeront à nous suivre dans une ample investigation rétrospective, tout à fait locale et réellement patriotique. Il s’en trouvera certainement qui ne craindront pas de se salir au contact de la poussière amoncelée sur la voie, par la succession des âges, ni de s’exposer à perdre leurs principes de moderne politique, en s’initiant à des traditions de beaucoup antérieures à 1789. Comme si le patriotisme bien compris ne devait pas raviver ses inspirations chaleureuses, au récit des faits glorieux de toutes les époques de l’histoire!

Nous ne prétendons pas avoir tout dit sur l’arrondissement de Jonzac; mais nous croyons avoir dit cent fois plus que nos devanciers, évidemment trop laconiques au détriment de notre beau pays.

Par reconnaissance, nous devons mentionner ici la collaboration de M. l’abbé Guillement, curé de Sainte-Lheurine; celle de M. Alcide Gaboriaux, de Saint-Dizant-du-Gua et les communications importantes de M. l’abbé Lacurie, ancien aumônier du collége de Saintes, au regard des différents pouillés de l’ancien diocèse de Saintes, qu’il a colligés, annotés et ornés de précieuses cartes, dans le format in-f°.

Pour les noms latins des paroisses, nous avons eu recours à un état manuscrit de la bibliothèque impériale, dressé pour la perception des subsides, sollicités par le pape Jean XXII, dans la province ecclésiastique de Bordeaux, afin d’aider à la répression des méfaits et attentats de certains hérétiques en Italie. L’état et la collecte furent opérés dans le diocèse de Saintes, en 1326 et 1327. Nous indiquerons les emprunts de noms latins faits par nous à cet important manuscrit, par les mots: Etat manuscrit, 1327.

Plusieurs dessinateurs, appartenant à notre Saintonge, ont rivalisé de bon vouloir pour enrichir notre collection de vues de châteaux ou d’églises. Nous devons citer, en leur payant un juste tribut de reconnaissance: MM. Bonhomme, Gaboriaux, Gallut, Gendre, Giraud, L. Laferrière, C. Maud, M. Moreau, A. Rainguet, T. Richard, G. Martin, Torné et Voyer.

Pour le canton de Montlieu, et partie de celui de Montguyon, nous avons assez fréquemment puisé dans les documents recueillis par plusieurs d’entre les élèves du petit-séminaire de Montlieu qui, suivant un cours théorique et pratique d’archéologie, consacrent quelques instants de leurs promenades à l’exploration des monuments du pays. Leurs travaux à la plume et au crayon, bien qu’élémentaires, démontrent combien les études archéologiques, auxquels on les initie de bonne heure, peuvent produire d’heureux résultats chez les jeunes gens des écoles.

C’est ici le lieu de payer un hommage bien mérité à notre très-cher et vénéré frère, M. l’abbé Rainguet, vicaire-général et supérieur du petit-séminaire de Montlieu. Il faut avouer que, sans son concours, sans celui de ses professeurs et des jeunes disciples formés à son école, il nous aurait été bien difficile de mener cette œuvre à bonne fin. Ses efforts et ses conseils nous ont soutenu constamment dans l’entreprise intéressante, mais ardue, que nous avions assumée, sans trop calculer nos forces et apprécier nos faibles moyens d’exécution. Il pourra donc jouir de son ouvrage dans le nôtre, laissant à notre charge les imperfections qui peuvent le déparer.

Pour toutes les parties de l’arrondissement, nous citerons avec plaisir, et chaque fois qu’il y aura lieu, les auteurs des notes et documents qui nous ont été adressés, afin, surtout, de faire de ce livre une œuvre de famille.

Nous avons dû mettre fréquemment à profit, l’ouvrage intéressant, publié en 1861, par un de nos amis, M. L. de la Morinerie, touchant les votants à l’assemblée réunie à Saintes, à l’occasion des Etats-généraux : sorte de prolégomènes d’un nobiliaire de Saintonge et d’Aunis, dont la plume du laborieux écrivain dotera certainement un jour, notre province, si peu riche en ce genre d’ouvrages. Nous avons encore utilisé les Pièces pour servir à l’histoire de Saintonge et d’Aunis, publiées par M. Théophile de Bremond d’Ars, ajoutant au travail de M. de la Morinerie, les votes des membres du Clergé et du Tiers-Etat, en 1789.

Il convient aussi de décerner un hommage de profonde gratitude à la mémoire de feu M. le baron Chaudruc de Crazannes, aussi savant archéologue et numismate, que bienveillant et zélé correspondant; il nous aida constamment pour l’explication des anciennes monnaies. Né au château de Crazannes, près de Saint-Savinien, le 20 juillet 1782, ce compatriote regrettable est mort à Castel-Sarrazin, le 15 août 1862. Sa biographie particulière, imprimée à Montauban, en 1862, et comprenant 24 pages in-8°, atteste combien le laborieux membre correspondant de l’Institut s’est livré à de nombreuses recherches de nos anciens monuments et en a fourni d’utiles descriptions.

C’est grâce à tous ces efforts combinés, à ces labeurs de divers écrivains qui, déjà, se sont occupés de notre belle province, c’est enfin muni de notre bien légère, mais patriotique gerbe, moissonnée par nos mains, dans les champs du pays, que nous venons aujourd’hui, comme l’indique notre courte dédicace, offrir ce travail à Dieu et à la Patrie. — Deo et Patrice. —

P.-D. RAINGUET.


CANTON D’ARCHIAC.

Table des matières

11,607 hab. — 19,364 hect.

Ce canton, formé de l’ancienne Châtellenie d’Archiac et de celle de Saint-Maigrin, possède beaucoup de vignobles produisant d’excellentes eaux-de-vie et qui tiennent un des premiers rangs sur la place de Cognac. On y voit aussi quelques terres arables, peu de bois et des prairies excellentes arrosées par le Né et le Trèfle.

Il comprend dix-sept communes, savoir:


ALLAS-CHAMPAGNE..

Table des matières

345 hab. — 764 hect.

D’après le pouillé du diocèse de l’an 1402, l’église d’Alias était dédiée à N.-D. et était à la présentation de l’abbé de Baignes. Quelques-uns au contraire la mettent de nos jours, sous l’invocation de saint Didier, évêque de Langres, martyrisé du temps de l’empereur Gallien au IIIe siècle et dont la fête se célèbre le 23 mai. Mais nous estimons que ce dernier patronage, s’il se fonde sur quelque ancien titre, n’est que secondaire. Cette église forme un simple rectangle et semble appartenir au style gothique; pourtant elle possède une coupole dont le travail n’est pas à dédaigner, ce qui attesterait une phase antérieure.

La cloche, fondue en 1848, pèse 450 kilogr. et. a un son magnifique. Elle a eu pour parrain M. Marcombe, maire d’Allas et pour marraine MmeMarie Barboteau.

Cette petite église, nouvellement décorée, offre l’aspect d’un oratoire de communauté. Un bel autel ogival, surmonté d’une niche, présente à la vénération des fidèles une statue remarquable de N.-D. portant le divin enfant. Une jolie grille, en fer forgé, doré et bronzé, sépare le chœur d’avec la nef; les bancs sont en noyer poli et ciré. On voit dans la sacristie un ancien reliquaire en forme de croix archiépiscopale, ayant à peu près 30 centimètres de hauteur sans comprendre le piédestal qui du reste a disparu. Sur l’arbre de la croix il existe dix tombeaux, quatre sur la traverse supérieure et six sur la traverse inférieure. Ces tombeaux ont certes tous renfermé des reliques. Un seul aujourd’hui en recèle quelques fragments.

La base quadrangulaire de la croix du cimetière est également digne de remarque: on distingue sur chaque angle une volute renversée et portant une feuille d’acanthe parfaitement sculptée.

CHATEAU D’ALLAS.

Cet ancien château fort, qui n’existe plus présentement, avait une importance marquée aux XVe et XVIe siècles et était située au lieu dit le Fief du Breuil, à peu de distance de l’église et au S.-.O. De légères ondulations de terrain indiquent seules aujourd’hui les douves de ce château qui paraît avoir appartenu très-anciennement à la maison d’Archiac.

Ce manoir échut ensuite aux Montberon, par le mariage de Marguerite d’Archiac avec Adrien de Montberon,Sgr de Villefort, au XVesiècle.

Louis de Montberon, leur fils, Sgr de Polignac, recueillit dans la succession de sa mère, fille de Jacques d’Archiac et de Marguerite de Lévis, les terres d’Allas et de Moings. — Il épousa Anne de Belleville au commencement du XVe siècle.

En 1568 et 1570, le château d’Allas était pour les catholiques avec ceux d’Ozillac, Jonzac, Mortagne, Cosnac, Pisany, Matha, etc..

Le Sgr d’Allas (probablement Louis de Montberon) est rangé par d’Aubigné au nombre de ses adversaires politiques et religieux. Il fut un de ceux qui tentèrent, mais sans succès, la conversion du célèbre chef calviniste: il lui envoya, à cet effet, des ouvrages de controverse au point de vue catholique .

Un de nos honorables correspondants, M. A. de B***, place également dans cette paroisse, les Jussac d’Ambleville.

Dans ce cas, il faudrait admettre à Allas, un double manoir féodal dont le temps, comme pour se jouer de la vanité et de la puissance humaines, a de nos jours, complétement balayé les ruines et effacé le souvenir militaire.

Suivant les notes manuscrites de Mgr Léon de Beaumont, évêque de Saintes, Henri de Beaumont, maréchal de camp des armées du roi, était Sgr d’Allas-Champagne en 1650, du Gibaud, de Saint-Germain, d’Usseau; il avait épousé, en 1653, Marie de Salignac de la Motte-Fénélon.

1689. — François de Beaumont, frère de Mgr Léon de Beaumont, était Sgr d’Allas; il avait été marié à Henriette de Mendose, dame du Vernou, près Blaye, appartenant à la célèbre famille de Mendosa, en Espagne.

Henri de Beaumont, capitaine de dragons, fut marié en 1707, à Marie-Angélique Guinot, fille d’Antoine Guinot, Sgr de Boisrond, de Moragne etc. et d’Elisabeth de Saint-Légier de Boisrond.

Jean de Beaumont, — V. Rouffignac.

Armes: d’argent au lion de gueules, armé, lampassé et couronné d’or; jadis brisé par une bordure d’azur pour la maison de Saintonge, comme branche cadette des Beaumont de Luzarches venant des Beaumont sur Oise. — Cette brisure a été supprimée par les dernières générations.

La maison de Beaumont était représentée à la 3e croisade par Mathieu et Pierre de Beaumont; à la 5e par Geoffroy de Beaumont; à la 6e par V. de Beaumont; à la 7e par Guillaume, Jean et Henri de Beaumont.

Au XVIIIe siècle cette terre d’Allas était passée aux du Chilleau, Sgrs de Moings, Sainte-Lheurine, etc. — Gabriel-Joseph du Chilleau la tenait de son épouse Françoise-Louise-Anne Poussard du Vigean, avec Moings, Sainte-Lheurine et le fief des Métairies. Leur fils Marie-Charles du Chilleau, chevalier, marquis d’Airvault, se disait baron de Moings, Sainte-Lheurine et Allas-Champagne, Saint-Simon-de-Bordes, etc.

A Allas, est né, en 1797 et au village de chez Nocent, M. l’abbé Jean Juin, élevé au Petit-Séminaire de Saint-Jean-d’Angély, aux frais d’un de ses parents, M. l’abbé Juin, curé de Bougneau, près Pons. Il est auteur de l’Histoire du Sacre des rois de France, Paris, 1825, in-8°. Il travailla en 1832, à la rédaction du journal les Études religieuses. L’abbé Juin, sorti de bonne heure du diocèse, reparut à Allas en 1848, pour y régler certaines affaires d’intérêt, et n’y demeura que quelques instants. On suppose que, compromis dans les troubles politiques de 1848, cet ecclésiastique était passé en Angleterre ou dans l’Inde comme le présume sa famille. Depuis cette époque, on n’a plus entendu parler de lui à Allas où demeure encore sa sœur.

Cette commune est traversée par le Trèfle et le Pharaon qui se réunissent à l’ouest et forment une pointe qu’on nomme par similitude, le Bec d’Ambez .

ARCHIVES LOCALES.

On assure que les actes de l’état religieux d’Allas-Champagne ne remontent qu’à l’année 1750.

La statistique du département dit que la forme périmétrique du territoire de cette commune, figurant une aile d’oiseau, lui aura fait donner sans doute un nom dérivé d’ala (aile). Le gué d’Allas, placé au sud de la commune nous ferait plutôt incliner vers l’étymologie donnée par Vosgien et citée à l’article Allas-Bocage.

ARCHIAC (ARCIACUS).

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1263 hab. — 495 hect.

Bureau de poste aux lettres, — d’enregistrement. — Perception embrassant Archiac, Arthenac, Cierzac, Germignac, Saint-Eugène et Sainte-Lheurine.

Archiac était dès le Xe siècle le siège d’une viguerie — Vicaria Archiacensis in pago Santonico . — En 1327, c’était le chef-lieu d’un archiprêtré — Archipresbiteratus de Archiaco. — La cure d’Archiac était en 1402, à la présentation de l’abbé de BaignesC’est toujours à l’ombre des établissements religieux qu’il nous faut chercher les titres primordiaux des différentes paroisses.

Robert de Pons, du consentement de son fils Hélie, avait donné aux moines de Saint-Florent de Saumur et indépendamment de l’église de Sainte-Eugénie, les chapelles d’Archiac, avec la sanction de l’évêque et du comte de Saintonge. Les religieux de Saint-Florent ayant échangé ces chapelles pour celle de Saint-Pierre de Bougneau, près Pons, appartenant aux religieux de Saint-Etienne de Baignes, l’échange parut de valeur inégale et Robert ajouta dès-lors, au profit des religieux de Saint-Etienne, la riche exploitation (culturam preciosissimam) qu’il possédait à Archiac, ainsi qu’une part du revenu des vignes et prés en dépendant; en outre, Goubert, curé de Sainte-Eugénie, leur abandonna ce qu’il avait précédemment donné aux moines de Saint-Florent, à savoir ses aleux et droits de retrait (emptiones),

Ceci résulte d’une charte de la fin du XIe siècle, qui fut signée par Gislemond, abbé de Saint-Etienne, le prieur Arnaud, Constantin de Léoville, Goubert, Haimon et Guibert, moines de Saint-Florent, Robert et Hélie, son fils, Arnaud de Fontaines, etc.

Rien de monumental dans l’église actuelle de ce bourg, chef-lieu de canton; elle forme un simple rectangle et est dédiée à saint Pierre, prince des apôtres. C’est l’ancienne chapelle des religieux récollets ou frères mineurs de l’étroite observance de saint François qui avaient une maison à Archiac depuis 1632. Cet édifice a dû être allongé de quatre mètres, à l’entrée de la nef, en raison de sa nouvelle destination. Au-dessus de la principale porte on a élevé un campanile pour y placer deux cloches. On raconte que la chapelle des religieux avait été construite, en grande partie, avec les pierres d’un temple calviniste renversé à un jet de pierre plus à l’ouest.

La première cloche pesant 150 kilog., provient de l’ancienne église de Saint-Pierre qui avait été démolie et était placée sur un autre point, alors centre paroissial, mais qui n’est plus aujourd’hui qu’un simple hameau. Elle porte l’inscription suivante:

P. SICARD CURÉ F. VENOT SYNDIC

PARRAIN P. SICARD MARRAINE MELIS LONGUETEAU

M. F. GANSBERG FONDEUR 1784.

La cloche de 300 kilogr. présente l’inscription qui suit:

M. LOUIS DE FRADIN ANCIEN GARDE DU CORPS DU ROI

CHEVALIER DE L’ORDRE MILITAIRE DE St LOUIS PARRAIN

— DAME ANNE MARIE BERAULT

EPOUSE DE M. LEONARD DE LAURIÈRE DOCTEUR EN CHIRURGIE

ADJOINT DE LA MAIRIE, MARRAINE

BORDEAUX 1830.

A l’autel de la Sainte Vierge, se voit une statue en bois figurant une maternité ; deux reliquaires anciens existent dans la sacristie. L’un représente saint François et l’autre sainte Thérèse; tous les deux sont en émail.

Le presbytère actuel était avant 1789, la communauté même des Récollets, fondée au commencement du XVIIe siècle. Une des portes montre encore le millésime de 1632 et une autre celui de 1665. Les chiffres sont gravés sur la pierre qui forme la clef du plein-cintre de ces ouvertures.

Cette communauté fut, au siècle dernier, le théâtre d’un événement merveilleux qui nous a été raconté par un ecclésiastique digne de créance: le P. Ardent qui avait habité la communauté d’Archiac et qui l’avait édifiée par son attachement et sa fidélité à la règle de Saint-François, vint à mourir. Peu de temps après sa mort, il se montra dans une des pièces de la maison et à l’extrémité des cloîtres. Le P. Ardent! s’écrie un des frères avec la plus grande émotion. Oui, c’est moi-même, répondit-il, et de nom et d’effet; à ces mots il entr’ouvrit son vêtement sur la poitrine et il en jaillit des flammes. L’apparition disparut aussitôt, mais la communauté comprit qu’il fallait redoubler de prières en faveur d’une âme qui pâtissait dans les flammes du Purgatoire.

Dans le bourg d’Archiac, il y a une maison sur la porte de laquelle on lit cette inscription:

EN 1570 IE FVS PAR DES SOLDATS SACCAGÉE ET BRVSLÉE....

DEVX ANS APRÈS IE FVS RÉÉDIFIÉE...

VIVONS EN PAIX... QVILS NADVIENNENT PLVS!...

Cette pierre dépendait, dit-on, de la chapelle du château.

On lit encore sur une autre pierre de la même chapelle:

SI DEVS EST PRO NOBIS QVIS CONTRA NOS!..

Il y avait autrefois à Archiac, une aumônerie ou hospice dont le site ne nous a pas été révélé.

On remarque dans la commune d’Archiac, deux dolmens et un tumulus. Ce lieu était jadis traversé par la voie romaine de Montendre à Saintes, passant par les Gonds.

CHATEAU FORT.

Sur le coteau, au N.-E. du bourg, dominant une magnifique campagne bordée par le Né, se voient encore les immenses ruines d’un château fort remontant à une très-haute antiquité. Nicolas Alain mentionne que ce château tirait son nom de l’ancienne et noble famille qui l’avait bâti. M. Gautier le dérive ensuite des mots celtiques Ac et Ara, terre cultivée sur une montagne. Nous ne saurions nous arrêter à l’une ou à l’autre de ces opinions. D’après la dénomination latine du moyen-âge, nous estimons que le nom d’Archiac qui se disait Arciacus, Arciacensis, vel Archiacensis, venait d’Arx, Arcis, et sigifiait simplement un lieu fortifié. Bien loin de recevoir le nom de ses maîtres, il a dû leur imposer le sien, alors qu’à Archiac, comme partout ailleurs, les gentilshommes prirent le nom de leur fief; ce qui eut lieu à partir du XIe siècle.

En 1242, sur la fin de juillet, Archiac fut visité par Henri III, roi d’Angleterre, et alors même que son pouvoir était sérieusement menacé en Saintonge, par la présence à Saintes du roi saint Louis, après la brillante journée de Taillebourg.

En 1385, le château était au pouvoir des Anglo-gascons. Le duc de Bourbon s’en empara après avoir passé la garnison par les armes. Le manoir fut ensuite livré aux gens de la banlieue qui le ruinèrent en haine de l’ennemi expulsé .

En 1568, le roi de Navarre et sa femme, chefs du parti calviniste, s’arrêtèrent quelques jours à Archiac et y eurent une entrevue avec le prince de Condé qui venait de faire le siège de Cognac et s’en était emparé.

En 1570, le château d’Archiac, occupé par Clermont d’Amboise, pour le même parti, fut assiégé par La Rivière-Puytaillé, le jeune; d’Aubigné vola au secours de la place. Bientôt la garnison força Puytaillé à lever le siège, laissant plusieurs morts sous les murs du château.

Cette même année, et à la naissance des guerres de religion, ce poste fut saccagé et livré aux flammes.

En 1789, le château d’Archiac, qui portait encore les traces des fureurs du XVIe siècle, fut convenablement restauré ; mais trois ans plus tard, la Révolution le démolit et cette fois il ne devait plus se relever.

Le haut mamelon sur lequel reposait cette forteresse, est placé à peu de distance du bourg, et dans un site des plus agréables, d’où l’œil embrasse les plaines fertiles de l’Angoumois et de la Saintonge. La route de Cognac, nouvellement pratiquée à l’entour, l’enserre dans ses replis et a mis à nu, par ses profonds déblais, des casemates, des barbacanes et des murs de courtine et de soutènement que nous avons examinés avec intérêt en 1860.

ANCIENS POSSESSEURS DU CHATEAU D’ARCHIAC.

Cette série d’hommes célèbres remonte à une haute antiquité. On suppose que les seigneurs d’Archiac furent des premiers à adopter ces armoiries qui établissaient une distinction parmi les gentilshommes enrôlés dans l’armée des Croisés. Les armures de fer dont, à cette époque, les chevaliers étaient couverts de la tête aux pieds, ne leur permettant pas de se reconnaître facilement dans une mêlée, les couleurs adoptées par chacun d’eux obviaient à ce grave inconvénient.

Maynard ou Mesnard dit le Riche, Sgr d’Archiac et de Bouteville, vivait en 1030 et avait épousé Hildegarde, avec laquelle il fonda le prieuré de Saint-Paul de Bouteville près Cognac. Par le mariage de Pétronille fille unique de Maynard, avec Geoffroy fils de Guillaume Taillefer, les terres de Bouteville et d’Archiac entrèrent dans la maison d’Angoulême . Geoffroy était devenu comte de cette ville en 1028. Ce seigneur fut pacifique et débonnaire et fit de grands biens aux églises. Pétronille, veuve en 1048, vécut encore longtemps dans son château de Bouteville et voulut être inhumée au prieuré dudit lieu dont elle avait fait rebâtir l’église, mais non dans l’église même: «car de ce

» temps-là, dit Corlieu, aucun ni estait enterré, s’estimans nos pères en estre

» indignes, mais à la porte d’icelle ov se voit encores ceste inscription contre

» vne pierre av devant dv liev ov estoit sa sépvltvre:

» Hic iacet ancilla Christi Domini Petronilla.

» Epitaphe vrayment chrestien, dit Corlieu.»

Un chevalier d’Archiac, parent de Maynard, fit comme Banneret en 1096, le voyage d’outre-mer. Ses armes étaient de gueules à deux pals de vair, au chef d’or. Il était accompagné de Foulques d’Archiac, chevalier bachelier, qui avait chargé ses armes pour brisure, d’une fleur de lis de sable posée en chef, et de Grasnier d’Archiac, aussi chevalier bachelier, qui avait chargé le chef d’or de son écu de trois coquilles de sable. Il est probable que ces chevaliers périrent en la terre sainte.

Foulques Taillefer, fils de Geoffroy, 8e comte d’Angoulême, posséda comme aîné les châteaux d’Archiac, Bouteville etc., de 1048 à 1087. C’était un vaillant homme d’armes. Il repoussa les troupes de Guillaume VII duc d’Aquitaine, qui était entré sur ses terres et le poursuivit jusqu’aux portes de Cognac; il lui fit plusieurs prisonniers et l’obligea ensuite à lever le siége de Mortagne qu’il pressait vivement. Foulques avait épousé la fille de Vagéna le Normand, Il fut inhumé suivant son désir, dans l’abbaye de Saint-Cybard.

Le château d’Archiac demeura plus d’un siècle, dans la famille des TAILLEFER comtes d’Angoulême et probablement par droit de conquête. C’était une race bien nommée, féconde en hommes de guerre et dont l’âme paraissait d’une aussi forte trempe que leur épée. On raconte que Guillaume 1er comte d’Angoulême avait reçu au commencement du Xe siècle, ce surnom de Taillefer — Sector ferri — pour avoir partagé en deux parties, et d’un seul coup de sabre, le corps de Stonius, chef des Normands, couvert d’amures et d’une cuirasse en fer.

L’histoire émouvante de ces Seigneurs est retracée en détail par Corlieu et Vigier de la Pile dans leurs recherches historiques sur l’Angoumois; ils citent comme maîtres du château fort d’Archiac, après Foulques Taillefer, Guillaume son fils, neuvième comte d’Angoulême de 1087 à 1120, il avait épousé Vitapey, fille d’Amanieu, Sgr de Benauges et Saint-Macaire. Guerrier infatigable, Guillaume montait les plus fougueux destriers, il se tenait si ferme à cheval qu’il ne fut oncques désarçonné. D’un coup de lance il transperçait son ennemi en dépit de la cuirasse et du bouclier. A la veille de sa mort, il entreprit le voyage de la terre sainte et à son retour, comme il traversait l’Allemagne, il rendit son âme à Dieu dans l’abbaye de Ducence où il reçut les honneurs de la sépulture.


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Après la mort de Jean-Sans-Terre, en 1216, Isabelle revint dans sa patrie et dans le comté d’Angouléme. Elle épousa en 1217, Hugues de Lusignan, de cette famille illustrée dans les croisades et qui a fourni des rois de Jérusalem et de Chypre. De cette sorte Archiac passa dans la maison de Lusignan.

Par le testament de Hugues de Lusignan et d’Isabelle les terres de Cognac, Merpins et Archiac échurent à Gui de Lusignan, un de leurs enfants. On raconte que Gui obtint en 1259, de son neveu Édouard, fils aîné d’Henri III, roi d’Angleterre, l’abandon, en sa faveur, de l’île d’Oleron, apanage d’Édouard Henri condamna cette façon d’agir et écrivit aux habitants de l’île de ne point se soumettre à l’autorité de ce nouveau maître. Dès lors Édouard ne tarda pas à révoquer cet acte si contraire aux intérêts de l’Angleterre, et Gui se désista

Après sa mort sans postérité, ces terres revinrent à son frère aîné, Hugues de Lusignan, dit Lebrun, seizième comte d’Angoulême.

Et enfin à Gui de Lusignan, fils puîné de Hugues Lebrun et de Yolande de Dreux. Gui transigea, en 1262, avec Aliénor, sa sœur, mariée à Simon de Montfort, au sujet des châteaux d’Archiac, Merpins et Cognac. Une charte du 12 juillet 1283, par laquelle Gui de Lusignan, confirme une donation faite à l’abbaye de Bassac, énonce: Guido de Leziniaco dominus de Compigniaco, de Marpisio et de Archiaco Gui fut accusé d’avoir livré Merpins et Cognac aux Anglais et fut condamné à une amende de 120,000 livres. Étant tombé malade à Poitiers, il reçut la visite intéressée de Philippe-le-Bel. Pour effacer les sujets de plainte que le roi avait contre lui, Gui l’institua, en 1303, son légataire universel, et mourut en 1307, sans avoir été marié.

Armes des Lusignan: écu burelé d’argent et d’azur avec orle de six lions

Aimar d’Archiac rendit d’importants services à Philippe-le-Bel dans ses démêlés avec la Flandre, en 1304; il parut au ban convoqué à Arras, la même année. Pour le récompenser de ses services militaires, le roi lui donna en 1309, tout ce que feu Gui de Lusignan possédait de biens conquis ou usurpés par sa famille dans la seigneurie d’Archiac. Par suite, Aimar, qui tenait à l’ancienne lignée de Maynard le Riche, devint unique possesseur de cette châtellenie. — Geoffroy d’Archiac, probablement son oncle, fut chanoine de Saintes en 1279 et évêque de la même ville en 1287; c’est sous cet évêque qu’il se tint à Pons, en 1294, un synode dans lequel on vota des subsides à Philippe-le-Bel, à l’occasion de la guerre avec les Anglais et les Flamands.

Le frère d’Aimar, Simon d’Archiac, fut chanoine de Bourges en 1303, doyen du chapitre de Saintes en 1314, et envoyé en 1318, près du pape Jean XXII. comme un des représentants du roi Philippe-le-Long. Nommé archevêque de Vienne en 1319, il devint cardinal en 1320. Simon d’Archiac fut inhumé dans la cathédrale de Saintes, en 1326.

Aimar IV fut Sgr d’Archiac de 1337 à 1351, il épousa Marie du Chasteigner, dame de la Chasteigneraie. Après le départ des Anglais, en 1373, le château était possédé par Foucauld d’Archiac.

Son fils, Aimar V, fut capitaine, commandant du château de Pous en 1373, il avait épousé Marguerite *** et mourut en 1374.

Après lui vint Aimar VI.

Hugues d’Archiac vivait de 1390 à 1434.

Jacques, Sgr d’Archiac, avait épousé Marguerite de Lévis — XVe siècle.

Marguerite d’Archiac, leur fille, fut unie à Adrien de Montberon Sgr de Villefort etc., qui suivit le roi Charles VIII à la conquête de Naples. Il se trouva à la bataille de Fornoue où il fut blessé à côté du roi, qui l’avait choisi pour un de ses conseillers; il vivait encore en 1495.

François de Montberon, baron d’Archiac, Matha, Villefort, Beaulieu, capitaine de Blaye, épousa en 1538, Jeanne de Montpezat. Leur fils, René de Montberon, à peine âgé de 19 ans, fut tué, en 1558, à la bataille de Gravelines.

Jacquette de Montberon, dame d’Archiac, sœur de René, épousa, en 1558, André, Alias Antoine vicomte de Bourdeilles, chevalier de l’ordre du Roi, sénéchal et gouverneur du Périgord.

La terre d’Archiac passa en entier dans la maison de Bourdeilles, par la cession de ses droits, que Jacques d’Archiac, Sgr d’Availles, qui représentait la filiation masculine d’Archiac, fit le 30 avril 1559, à Jacquette de Montberon; elle valut à ses nouveaux possesseurs le titre de premiers barons de Saintonge.

Mme de Bourdeilles d’Archiac mourut en son château le 28 juin 1598, et fut inhumée dans l’église de Saint-Pierre d’Archiac.

En 1574, André de Bourdeilles avait été chargé par Charles IX de surveiller la conduite des Calvinistes dans la Saintonge. Il rendit compte à la reine mère que partie des gentilshommes de la Province étaient rentrés dans le devoir et avaient abandonné Lanoue, entr’autres les Sgrs de Guitinières, Jonzac, Montendre, Fontaines, etc. Dans une conférence qui eut lieu à Pons, André de Bourdeilles fit part à Lanoue des intentions du roi et le pressa de s’y conformer; le baron de Mirambeau, les Sgrs de Plassac, de Montguyon et autres chefs des réformés ne voulurent point laisser se retirer Lauoue sans qu’une trêve fut signée.

L’intelligent sénéchal donnait à la Cour des conseils souvent précieux: il insista plus d’une fois pour qu’on s’emparât de Bergérac, point stratégique important selon lui, et d’où l’on pouvait surveiller les manœuvres des agitateurs du midi et de l’ouest. Malgré ses motifs péremptoires, d’Archiac ne fut point écouté et on se précipita vers une horrible catastrophe.

Henri, vicomte de Bourdeilles, marquis d’Archiac, fut fait chevalier des ordres du Roi, sénéchal et gouverneur du Périgord; il avait épousé Magdeleine de la Chastre; ce fut en sa faveur et en raison des services qu’il avait rendus à l’État, que la baronnie d’Archiac fut érigée en marquisat au mois de mai 1609. Il mourut en Périgord le 14 mars 1641.

François-Sicaire, marquis de Bourdeilles et d’Archiac, conseiller du roi. capitaine de cent hommes d’armes, sénéchal et gouverneur du Périgord. mourut à Paris, en 1672, et sans avoir été marié. Son frère cadet, Claude de Bourdeilles, comte de Montrésor, conseiller du roi, abbé commendataire de Brantôme et de Launoy, petit-neveu du célèbre Pierre de Bourdeilles, abbé de Brantôme, se mêla aux intrigues du duc d’Orléans contre le cardinal de Richelieu, ce qui faillit lui coûter cher. Il passa une partie de sa vie en exil, soit en Angleterre, soit en Hollande et fut emprisonné à la Bastille. On a de lui des Mémoires dits de Montrésor, 2 vol. in-12, qui relatent les événements politiques de son temps, auxquels il prit une part trop active.

Charles de Bourdeilles, fils de Claude et de Marguerite du Breuil, Sgr de Mastas en Périgord, de Brantôme etc., eut le titre de marquis d’Archiac; il fut capitaine au régiment des Gardes à la place de Barthélemy son frère, tué à la bataille de Turin en 1640; il avait été marié à Catherine de Nouveau.

Claude de Bourdeilles, marquis d’Archiac etc., né en 1640, obtint du service en qualité de volontaire, dans l’expédition navale dirigée contre Gigeri, en Afrique; il était aide-de-camp des armées du roi en 1672, et mourut subitement à Blois, en 1704, comme il se rendait de Paris à sa terre de Mastas. Il avait épousé : 1° en 1670, Eutrope-Céline Colbert du Terron, fille de l’intendant de la Rochelle, dont il n’eut point d’enfants; — 2° en 1681, Marie Boutet de Prélabbé .

Cette famille avait été représentée à la 7e croisade, au temps de saint Louis, par Hélie V de Bourdeilles, dont le portrait est au musée de Versailles, et par Boson de Bourdeilles.

Guy de Sainte-Maure, Sgr de Fougeray. d’Archiac etc., avait épousé Marie de Jussac d’Ambleville.

Honoré de Sainte-Maure, Sgr d’Archiac.

Louis-Marie, comte de Sainte-Maure, son neveu, marquis de Chaux et d’Archiac. premier écuyer commandant de la grande écurie du roi. maréchal des camps et armées de S. M.. épousa en 1720. Marie Deschiens de la Neuville: il se disait encore Sgr d’Archiac en 1760.

Paul-François de Quélen d’Estuert de Caussade, marquis de Saint-Maigrin. d’Archiac, duc de la Vauguyon, prince de Carency, né en 1746, pair de France, lieutenant-général etc., avait épousé en 1766, Antoinette-Rosalie de Pons; il fut gouverneur de Cognac en 1772, ambassadeur en Espagne et auprès des États-Généraux des provinces unies en 1776.

Ses armes étaient d’argent à trois feuilles de houx de sinople, parti d’Estuert d’argent en sautoir de gueules.

Leur fille Antoinette de Quélen d’Estuert de la Vauguyon. fut mariée, en 1787, au prince Alexandre de Beauffremont, mort en 1833.

RIVERON AU S.-O. D’ARCHIAC.

Ce manoir, placé à l’entrée du bourg et que nous avons vu, il y a quelques années, entre les mains de M. Pasquier, notaire, était autrefois possédé par la famille du Sault, branche de la Barde. [V. Saint-Eugène. ]

LE PARC D’ARCHIAC.

1. Pierre, de la Rochefoucauld, Sgr du Parc d’Archiac, marié : 1° à Catherine Vigier; 2° en 1576, à Bonne Gillier de Puygareau; 3° à Magdeleine du Barry. — V. Moréri. —

2. François de la Rochefoucauld, fils de Pierre et de Bonne Gillier, Sgr du Parc d’Archiac et de la Rigaudière, marié en 1597 à Élisabet Goumard, dame de Pougues et de la Sauzaye. — Mgr Léon de Beaumont, Tableau généalogique, manuscrit. —

François de la Rochefoucauld était officier de l’armée de Soubise en 1625 et commandait à Saint-Martin-de-Ré, alors qu’il capitula entre les mains du duc de Montmorency, avec promesse de ne plus porter les armes pour la cause de la réforme et contre le roi, de six mois au moins, sous peine de la vie.

3. Gédéon de la Rochefoucauld, épousa N... Labbé. — Moréri. —

4. Isaac de la Rochefoucauld, marié, en 1719, à Charlotte de Beaumont, dame de Sorlut.

En 1789, François-Gaston de Cours, Sgr de Biard et du Parc (d’Archiac, vota pour les États-Généraux à Saint-Jean-d’Angély.

Armes: d’argent au lion de gueules, rampant contre un pin de sinople, sur une terrasse de même.

LA MÉNARDERIE.

1. Jean Dubois, Sgr des Ménardières ou Ménarderie. de la Motte etc., marié à Hélène de Nourrigier.

2. Jacques Dubois, marié à Marguerite de Lestang.

3. Charles-Michel Dubois, marié à Marie de Pressac.

4. Louis Dubois, marié à Angélique Éveillé. Charles, frère de Louis, prêtre.

5. Henri-Claude, leur frère, marié à Françoise Faure.

6. Isaac Dubois, marié à Olympe de Moresse.

Armes: d’argent à une aigle de sable, au vol abaissé, tenant un rameau de gueules au bec.

ARCHIVES PUBLIQUES.

Les actes de l’état religieux (baptêmes etc.) remontent à l’année 1635, sauf plusieurs lacunes.


GÉOLOGIE.

Le sous-groupe de calcaires jaunâtres, occupe la même position des hauteurs aux environs de Chevanceaux, Bran et Saint-Maigrin, puis il vient former les hauteurs d’Archiac et de Sainte-Lheurine.

Il y a à Archiac, douze foires très-fréquentées et qui se tiennent le 1er jeudi de chaque mois et un marché qui a lieu le jeudi de chaque semaine .

ARTHENAC.

Table des matières

688 hab. — 1,208 hect.

L’église de cette paroisse qui a le titre cantonal ecclésiastique, est dédiée à saint Martin, le thaumaturge et la gloire des Gaules, vraie lumière de l’Église d’Occident au IVe siècle; ce saint naquit vers l’an 316 à Sabarie, ville de la basse Hongrie, sur les frontières de l’Autriche et de la Stirie, d’une famille idolâtre. Il fit sa première éducation en Italie et embrassa le parti des armes; il se rangea ensuite dans la milice sacrée et devint évêque de Tours vers 371. Sa mort ou mieux sa naissance pour le ciel, eut lieu le 11 novembre 400.

Cette église est vaste et complétement voûtée en pierre. Toutefois son plan manque de régularité et il est à regretter que ses voûtes n’aient pas d’élévation et qu’en dépit de leur style, elles semblent écraser le sol.

Le grand portail est à plein-cintre, trois colonnes avec pilastres, placées de chaque côté, supportent cinq voussures, jadis ornées de dents de scie, de billettes, etc., mais complétement défigurées maintenant par le salpêtre qui ronge cette porte. Les étoiles qui encadrent le portail sont mieux conservées. Au-dessus d’une frise ou cordon horizontal, se voit une fenêtre cintrée. Deux colonnes élevées de chaque côté supportent deux archivoltes dont une est ornée d’étoiles. Plus haut est un cordon supporté par quinze modillons aux ornementations de la période romane. On y distingue des zigzags; sur ce cordon s’appuie le triangle du pignon. Cette porte principale est accompagnée de deux fausses portes de moindre dimension, ayant deux petites colonnes de chaque côté sur lesquelles reposent des archivoltes ornées d’étoiles.

La porte de droite conduisant à l’autel de la Sainte Vierge appartient à la phase dite de la renaissance; elle est encadrée dans deux colonnes au-dessus desquelles sont deux niches vides et elle est ornée d’un écusson avec armoiries (écu mi-partie fascé, denché au premier, trois pièces de vair à dextre). Cette façade est surmontée d’un pignon très-aigu.

Les fondations de cette façade ont été récemment mises à nu par un déblai très-profond. Elles demanderaient à être resapées au moyen de fortes pierres de taille et de bon ciment.

La nef se compose de deux travées ayant des voûtes à huit nervures. A la suite est un ciborium formant le transept et le dessous du clocher. A droite est la chapelle de la Sainte Vierge composée de trois travées avec voûtes à nervures dont une assez compliquée avec cadre et écusson repété du tympan de la porte d’entrée. L’arc doubleau joignant est orné de caissons aux dessins variés de l’époque de la renaissance et de deux têtes en bas-relief presque à la base de l’arceau et qui ont subi des mutilations. A gauche est la chapelle dite de Riveron, également voûtée dans le même style et dédiée à saint Eutrope, premier évêque de Saintes et martyr sous le règne d’Adrien vers l’an 122. Derrière l’autel, est l’entrée d’une petite chapelle mortuaire ayant autel en pierre, éclairée au levant par une fenêtre étroite, haute de 80 centimètres et murée présentement.

Le sanctuaire est composé de deux travées de voûtes ogivales à nervures reposant sur des colonnes aux fûts élancés groupées par trois et cinq et surmontées de chapiteaux portant des sortes de masques de théâtre, tantôt à figures grimaçantes et tantôt à figures sérieuses; cependant à gauche, elles sont toutes sérieuses. Chaque chapiteau est couvert d’une seule figure fortement accusée et dont le ciseau de l’artiste a vigoureusement fouillé les contours. Il existait, au fond de l’abside, une grande fenêtre ogivale qui a été murée. L’abside est surmontée d’un pignon aigu avec fenêtre dans le haut dépassant la toiture.

Le clocher, assez élevé et à toit obtus, est formé de deux étages distincts; chacune de ses faces est pourvue de fenêtres géminées et ornées de colonnes: deux sur le premier plan, et trois et quatre au second. Le plein-cintre et l’ogive s’y font remarquer alternativement. Neuf modillons sculptés supportent, sur chaque face, une corniche sur laquelle repose la toiture. Dans la partie du clocher regardant le chœur, on a ouvert une petite tribune en dessous de la voûte, et appuyée sur l’épaisseur d’un cintre existant entre la coupole et le chœur; c’est dans cet espace resserré qu’on a placé un orgue d’accompagnement. La cloche suspendue dans le clocher et dont le son est plein et agréable, porte l’inscription suivante:

IN NOMINE † SANCTISSIME, TRINITAT. REGNANTE

LUDOVICO XVIII ANNO DOMINI 1820 †

J’AI ÉTÉ FAITE POUR L’ÉGLISE PAROISSIALE

DE SAINT-MARTIN-D’ARTHENAG AUX FRAIS DES HABITANTS

M. JEAN BAPTISTE MONJOU CURÉ

M. EUTROPE DU SAULT MAIRE ET PARRAIN

DAME PÉLAGIE ARNAUD SON ÉPOUSE MARRAINE

MM. L. DE LAURIERE ADJt J.-H.-N. PIERROT DESROCHES J. BARRIER, J. BERNIER, F. CAMUS ET PIERRE LAFOND FABRICIENS QUICONQUE ME PÈSERA 1540 LIVRES TROUVERA VIVE LE ROI LE DÉSIRÉ AMPOULANGE FECIT A BORDEAUX.

A l’autel de saint Eutrope, on remarque un tableau représentant le crucifiement de N.-S. et à l’autel de la Sainte Vierge, une annonciation qui est regardée comme une bonne copie de l’école espagnole.

Une arcade ogivale, pratiquée dans le mur extérieur, au midi de la nef, est considérée par quelques personnes, comme un monument funéraire. Le mur extérieur de la chapelle de saint Eutrope exposé au couchant, offre les restes d’un autre monument funèbre travaillés avec le plus grand soin en style de la renaissance. Une petite ouverture, pratiquée dans la muraille à côté de ce tombeau, est surélevée en accolade et peut avoir servi, d’après l’opinion de M. le curé, à recevoir une lampe funéraire. Ce fut là peut-être que reposèrent momentanément les restes de Catherine d’Archiac, dame de Lonzac, au XVIe siècle. [V. Lonzac.]

Une litre funèbre, formée d’une couche de ciment grisâtre, se remarque encore à l’extérieur du mur de la chapelle de Notre-Dame.

Le fût de la croix du cimetière est un énorme monolithe de dix pieds de hauteur, ornementé en style du XVe siècle, fort endommagé maintenant. Il est surmonté d’une petite croix en pierre de moderne structure.

Le bourg d’Arthenac n’a rien de remarquable, son titre ecclésiastique de canton lui donne seul une certaine importance administrative.

A la sortie du bourg, au S.-E., nous avons remarqué une roche surplombant le chemin, composée de calcaire assez dur mélangé d’une infinité de coquilles, parmi lesquelles dominent les gryphoea les ostrea. dans ce dernier genre se trouvent d’énormes plagiostomes.

M. Lesson a signalé sur ce territoire une tombelle dite Molle à Boudet.

PIMBERT.

Cette gentilhommière appartenait, dès le XVe siècle, aux St-Légier, de Saint-Ciers-Champagne, puis aux Madronnet, de Saint-Eugène; c’est aujourd’hui une maison de campagne possédée par le docteur Joussaume. Elle passe pour avoir abrité, quelque temps, Mme de Maintenon. Ce manoir est peu distant du logis de Brie, jadis habité par la famille de Létang et où naquirent les bisaveux de Mme de Maintenon. [V. Brie-sous-Archiac, Saint-Eugène.]

LA MIRANDE (MIRANDA.)

C’était le siége d’une seigneurie appartenant à une branche de la famille du Sault.

Pierre du Sault, Sgr de la Barde et de la Mirande, fut marié à Catherine de Pontac.

Pierre II du Sault, Sgr de la Mirande .

François du Sault, marié à Esther de Pressac.

Henri du Sault, chevalier de Saint-Louis, capitaine des vaisseaux du roi, gouverneur de Cayenne, marié à Marie-Anne de Bérault, était mort avant 1741.

Armes: De sable à une aigle éployée d’argent.

BRIE-SOUS-ARCHIAC.

Table des matières

483 hab. — 745 hect.

Suivant le pouillé du diocèse de Saintes, de l’an 1586, l’église de Brie était dédiée à N.-D. sous le titre de l’Assomption. Elle a pour patron secondaire saint Valentin, prêtre et martyr à Rome au IIIe siècle. A dater seulement des premières années du siècle actuel, cette église à été placée, par suite d’une erreur qu’expliquent la longue vacance du siège curial et un certain rapport euphonique dans les noms, sous l’invocation de saint Brice, évêque de Tours au Ve siècle et disciple du grand saint Martin. Nous conseillerions à cette paroisse de rester fidèle aux anciennes traditions religieuses, d’autant plus précieuses dans l’occurence qu’elles ont la Sainte mère de notre Sauveur pour objet

Cette église offre l’aspect des immenses dégradations que le temps lui a fait subir. Son portail ogival mérite l’attention et la ferait ranger, quant à certaines substructions importantes du moins, dans la période gothique secondaire. Le clocher appartenait à la phase romane secondaire. «Mais en 1670, dit

» l’abbé Guy d’Angeac, curé de Brie, la nuit de Noël, le clocher tomba dès le

» fondement de l’église dont il causa une grande ruine...» Ailleurs il la nomme

l’église démolie de Brie. Le bon curé la fit réparer de son mieux; mais hélas! qu’étaient devenues alors les traditions artistiques des âges de foi! Au lieu de la croix latine que formait auparavant cette église, on la réduisit à un simple rectangle, ses deux chapelles latérales disparurent et les murs de la nef furent abaissés de deux mètres. Ainsi s’effaça presque complétement le caractère architectonique de ce vieux monument. Le culte public y fut interdit, jusqu’à complète réparation, par Mgr de Bassompierre, évêque de Saintes. Enfin la bénédiction de l’église rebâtie et notablement défigurée, eut lieu le 1er janvier 1673. Des deux chapelles qui se voyaient dans l’église avant l’événement de 1670, une était dédiée à N.-D. et l’autre au St-Esprit qu’on désigna jusqu’en 1656, sous le titre, extraordinaire de Saint-Feu, désignation que changea, pour des motifs qui nous sont inconnus, Mgr de Bassompierre, lors de sa tournée épiscopale, le 1er juillet de cette même année, suivant l’attestation de l’abbé d’Angeac.

La croix du cimetière porte cette inscription peu remarquable quant au style:

PASSANT CONTEMPLE

EN CE LIEV

DE TON DIEV

LAMOVR SANS EXEMPLE,

PRANDS COVRAGE

DE RAZE A TRACÉ

ENSVISTE A MIS SVR PIED

CE BEL OVVRAGE. — 1626. —

FESTE PAR MESTRE DVRAND.

La cloche de Brie a été bénite en 1621. En 1860 on a fait voûter, en briques et plâtre, en ogives et à vive-arête, avec arcs doubleaux, cette ancienne église.

Les actes de l’etat religieux de la paroisse remontent à l’année 1600 et sont en bon état.

L’abbé Briand, dans une longue dissertation historique, désigne Brie comme un des points où aurait pu débarquer, au VIIe siècle, saint Macoux, évêque d’Aleth, dans sa seconde visite à la Saintonge. C’est une application, sans motif plausible, de ce passage des légendaires où il est dit que le prélat de l’Armorique fut accueilli par saint Léonce, évêque de Saintes, au lieu dit Archenbrie [Arcus in Braïa vel Bria] arceau ou pont de la Brie qui se trouvait non pas dans le voisinage d’Archiac, mais bien dans la paroisse de Benon, sur les bords de l’Océan, lieu plus favorable d’ailleurs à un débarquement et qui plus tard fut réuni sous le titre d’Arcum cello, aux dépendances de l’abbaye de la Grâce-Dieu de Benon.

On trouve dans cette commune, les traces de deux anciens manoirs: le Logis de Brie et la Houlette.

Du logis de Brie il ne reste plus que la porte d’entrée et la chapelle de style roman.

En 1169, Guillaume de Brie signa une charte avec Hélie d’Ozillac et Astence de Ballode .

Au XVIe siècle, Jean d’Aubigné épousa Catherine de Lestang, dame de Brie; il était issu d’une ancienne famille de la Bretagne, selon d’autres, de l‘Anjou. Nous inclinerions volontiers pour cette dernière allégation, conforme aux Mémoires d’Agrippa d’Aubigné, mentionnant que dans un procès, son père produisit les contrats de mariages et partages de six lignées successives, démontrant qu’il descendait de Savary d’Aubigné, commandant, pour le roi d’Angleterre, au château de Chinon.

Théodore-Agrippa d’Aubigné, leur fils, né au château de Saint-Maury, près Pons, en 1550 et mort à Genève en 1630, partit dès l’âge de 16 ans du château de Brie, pour sa lutte à outrance contre la plus sainte des causes; il mit constamment sa vaillante épée et sa plume féconde au service d’une révolution autant politique que religieuse et qui couvrit son pays de sang et de ruines. En dépensant moins d’efforts et de génie, et les dirigeant vers un noble but, il aurait réellement mérité de sa patrie et de la postérité.

Dans ces vers, expression des regrets les plus mélancoliques, d’Aubigné déplore les ruines d’églises, amoncelées par la réforme et par lui-même en particulier:

«......

Les moineaux ont leurs nids, leurs nids les hirondelles,

Tout est mis à l’abri par les soins des mortels

Et Dieu seul immortel n’a logis ni autels.»

Combien le héros calviniste dût se frapper la poitrine, en confiant au papier ces doléances si naïves.

Les d’Aubigné avaient pour armes: de gueules au lion d’hermine, armé, lampassé et couronné d’or. — Alias au lion d’argent rampant armé et lampassé d’or. — Mme de Maintenon, petite-fille d’Agrippa, portait d’azur, au lion d’or, couronné de même, à la queue nouée et passée en sautoir.

Il paraît que le château de Brie resta à N... de Lestang, oncle maternel du jeune Agrippa d’Aubigné, chez lequel celui-ci passa une partie de son enfance, privé qu’il fut de sa mère, morte en lui donnant le jour. Si l’on regarde les d’Aubigné de l’Anjou comme formant une branche de ceux de la Bretagne, on doit citer comme appartenant à la même famille, Guillaume d’Aubigné, qui prit part à la première croisade, sur la fin du XIe siècle, et Raoul d’Aubigné, qui parut à la troisième.

De 1575 à 1596, André d’Arnoul, Sgr de Saint-Simon, se disait aussi Sgr de Brie, en Archiac; il avait épousé Lucrèce d’Echalard.

Le logis fut habité, vers le commencement du XVIIe siècle, par la famille de Charrières dont une fille, Jehanne de Charrières, épousa en 1621, François de Beaupoil de Saint-Aulaire. Le chef de la famille prenait le titre de co-seigneur de Brie.

Antoine de Beaupoil de Saint-Aulaire, Sgr de Brie et de Saint-Ciers, marié à Honorée-Bénigne de Morineau.

Charles de Beaupoil de Saint-Aulaire, Sgr de Brie, marié en 1768, à Bénigne Elisabeth de Campet.

Son fils Gui de Beaupoil de Saint-Aulaire, page de la reine, émigra et fut incorporé en 1792, dans la compagnie formée par le comte de Montauzier à Munster. Il mourut sans postérité.

Nous voyons encore Alexandre de Feyra, Sgr de Brie; il mourut en 1610.

Puis N... de Sansenac.

En 1674, un possesseur du logis prenait le titre de Sgr de la Dixmerie, manoir appartenant aux Saint-Aulaire. [V. Jonzac.]

LA HOULETTE.

Cette gentilhommière était habitée, en 1618, par Jean de Toyon, Sgr de la Talonnière, marié à Hippolyte Gréen de Saint-Marsault. Il était fils ou frère de Charles de Toyon, chevalier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. — En 1789, Michel de Toyon, possesseur dudit fief de Brie, habitait Barbezieux et vota à l’assemblée des États-généraux tenue à Saintes. — Armes: d’azur à la fasce d’argent, trois têtes d’homme d’or, deux en chef et une en pointe.

Parmi les personnes qui ont honoré Brie, on doit citer l’abbé Guy d’Angeac, originaire de Cognac, docteur en théologie, curé de Brie et archiprêtre de Barbezieux, en vertu de ses degrés, et l’abbé Pierre Samazan, aussi curé de Brie et archiprêtre de Barbezieux .

CELLES.

Table des matières

516 hab. — 600 hect.

De l’ancienne église de cette paroisse, édifiée au XIe siècle et dédiée à Saint-Christophe de Lycie, martyr au IIIe siècle, dont la fête se célèbre le 25 ou le 29 de juillet, il ne subsiste plus que les quatre murs, et une grande partie des ornementations du portail qui nous ont permis de la classer chronologiquement. Trop large au gré des reconstructeurs de cette antique chapelle, la porte a été réduite de 40 centimètres, en largeur et hauteur, par l’effet d’une reprise intérieure en pierres de petit appareil, cimentées en gris. L’effet de cette reprise est anormal et passablement disgracieux. On remarque sur les chapiteaux des colonnes placées à côté de la porte, des volutes, des mascarons, dont la bouche entr’ouverte laisse s’échapper des tiges flexibles et foliées. Aux archivoltes on aperçoit des pointes de diamant, des dents de scie. Le fronton, dans la partie culminante duquel règne une frise supportée par des modillons, est surmonté d’un campanier où se trouve placée une petite cloche du poids de 150 à 200 kilogrammes, portant l’inscription suivante:

† I H S. MA.

SANCTE CHRISTOPHORE ORA PRO NOBIS.

ANDRE FERRAND CVRE — ELOISE FODOAS

DAME DV LIEV — 1626.

Cette église, maintenant annexe de la paroisse de Lonzac, a été rajeunie à l’intérieur en 1860. Pourvue d’une charpente neuve, grâce à la générosité des paroissiens et au zèle du pasteur, elle a été revêtue d’une couleur jaune pâle, la voûte en berceau, composée de lattes et plâtre, est d’un blanc qui tranche avec les murailles. L’autel est en bois peint et doré, et affecte le style du XVIe siècle.

La commune de Celles est bordée par le Né , rivière très-poissonneuse qui la sépare du département de la Haute-Charente et va se jeter dans la Charente, à Merpins. Elle déborde quelquefois l’hiver et cause des inondations. Celle de 1768 occasionna d’énormes ravages. On vient de construire [1860-61] un joli pont de trois arches sur le Né, à l’extrémité du bourg et pour donner passage à la route conduisant à Salles.

A l’O., sont les ruines de l’ancien castel de Celles, que possédait au commencement du XVIIe siècle, Eloïse de Faudoas, d’une ancienne et illustre famille du Languedoc.

Nous ignorons si Geoffroy de Celles, un des chambellans du duc de Berry, lieutenant du roi en Guienne en 1388, appartenait à cette ancienne paroisse.

SAINT-CIERS-CHAMPAGNE.

Table des matières

835 hab. — 1830 hect.

Eglise dédiée à saint Cyr, premier évêque de Pavie, que Dieu a fait briller par des signes et des œuvres miraculeuses dignes de la puissance des apôtres, et dont la fête se célèbre le 9 décembre. Cet édifice se compose d’un vaste rectancle de 30 pieds de largeur sur 140 de longueur, formant cinq travées et indépendamment de l’abside. On y voit les colonnettes élancées du XIVe siècle, dont plusieurs groupes ont été détruits, surtout du côté du midi. Une fenêtre ronde démesurée et disgracieuse a été pratiquée au fond de l’abside et mise fort malencontreusement à la place d’une belle fenêtre ogivale. Le jour considérable qu’elle répand dans le sanctuaire et projette le long de la nef, est loin de favoriser le recueillement de la prière.

Le portail de l’église est de forme moderne et sans caractère architectural. On a laissé subsister à côté du portail et au nord, une fausse porte de la période ogivale et qui est accompagnée de colonnettes élégantes avec chapiteaux ornés de feuilles; le tout est abrité par un hangar rustique, débris assez rare des vieux temps, que notre époque dédaigne.

La partie orientale de l’église porte sur ses deux angles extérieurs deux clochetons aigus et ornés de crosses végétales. Le clocher, à toit obtus, est élevé et d’une assez belle achitecture, il montre des fenêtres géminées, sur chacune de ses faces. Cette église est vaste, mais d’une nudité désespérante.

La commune de Saint-Ciers est arrosée par le Trèfle et par un petit ruisseau venant de l’étang de Saint-Maigrin.

On y trouve des cavernes de l’époque celtique qu’il ne nous a pas été donné d’explorer.

GENTILHOMMIÈRES DE BOISROND ET DE LA MONTAGNE.

Ces terres appartenaient à la famille de Saint-Légier, qui a produit des gentilshommes de l’hôtel du roi, en 1554 et 1563. Le fief de Boisrond lui avait même donné son nom.

Dès le commencement du XVe siècle, la Montagne était possédée par la famille de Saint-Légier, qui prenait le nom de Saint-Ciers.

1° Hélie de Saint-Légier, écuyer, Sgr de Saint-Ciers-Champagne, donna. le 8 août 1421, son aveu de dénombrement à messire Jean de Stuert, Sgr de Saint-Maigrin, pour le bien qu’il tenait et relevant de lui en Saint-Ciers et Saint-Maigrien. (sic.)

2° Guillaume 1er de Saint-Légier, écuyer, Sgr de Pimbert, donna en 1429. son aveu et dénombrement audit Sgr de Saint-Maigrin, pour ses terres sises en cette juridiction; il épousa: 1° Marguerite de Saint-Ciers; 2° Jeanne de La Faye.

3° Guillaume II, de Saint-Légier, fils du précédent et de Marguerite de Saint-Ciers, écuyer, Sgr de Laleigne, en Sainte-Lheurine, et de l’hôtel noble de Saint-Ciers, lieutenant des francs-archers du pays de Niort, de Saint-Maixent et de Mareuil, fut qualifié écuyer et varlet, dans l’aveu et dénombrement qu’il donna le 2 janvier 1454, à Jeanne de Pons, veuve de Jean de Stuert, dame de Saint-Maigrin. Il figura au nombre des brigandiniers du pays de Saintonge, qui servirent sous Yvon du Fou, chevalier lors de la convocation du ban et arrière ban des comtés de Saintonge et Angoumois, le 23 juin 1471. En 1473, il conduisit comme lieutenant, 500 archers au pays de Niort, et vint se joindre à Yvon du Fou qui avait le commandement général de 6,000 francs-archers. Il avait épousé Jeanne de Barbezières, dont il eut trois garçons et quatre filles.

4° Olivier de Saint-Légier, écuyer, Sgr de Laleigne et de Pimbert, épousa en 1499, Marguerite de Saint-Ours, Alias Xainctours, du Périgord.

5° Jacques de Saint-Légier, écuyer, Sgr de Boisrond et de Laleigne, donna son aveu et dénombrement au Sgr de Saint-Maigrin en 1530. Il épousa Joachime de Curzay, qui lui apporta la terre de Nion, paroisse de Charrière, en Poitou, et il mourut avant 1527.

6° Saint-Légier (René Ier), écuyer, Sgr de Boisrond et la Montagne, et de Nion, en partie, était engagé en 1557, en qualité d’homme d’armes, dans la compagnie d’ordonnance du duc d’Aumale; il épousa en 1560, Péronne de Pradel. Il parut la même année à la convocation du ban en sa qualité de militaire, à Beaune. En 1572, il donna son aveu et dénombrement à François de Caussade, baron de Tonneins, Sgr de Saint-Maigrin; il mourut avant 1589.

Sa veuve fournit aveu et dénombrement au roi, en 1596, pour ses possessions du Poitou, relevant de Sa Majesté, à cause de son château royal de Niort. [V. Saint-Ciers, canton de Mirambeau.]

Au XVIIIe siècle, Boisrond appartenait à la famille Dohet, dont était membre Marguerite Dohet, qui mourut à Bordeaux, victime de sa foi, durant la Révolution. — Nicolas-Jacques Dohet de Boisrond, conseiller du roi à la cour des aides de Bordeaux, vota en 1789 à l’assemblée des États-généraux, tenue à Saintes.

LA LAURENCIE.

Ce manoir appartenait à la famille de Laigle, qui portait de gueules, à une aigle éployée d’argent.

1° Guillaume de Laigle avait épousé Claire du Gua.

2° Jean de Laigle, avait épousé Anne Vidaut.

3° Jean II, de Laigle avait été marié à Anne de Pocquaire.

4° Gabriel de Laigle à Suzanne de Nourrigier.

5° Joseph de Laigle .

CIERZAC.

Table des matières

357 hab. — 520 hect.

Une simple nef voûtée en style roman, compose cette église, qui est sous le vocable de la T.-S. Vierge.

La cloche pèse environ 200 kilogrammes et porte cette inscription:

CAMPANA ISTA SUB NOMINE

SANCTÆ MARIÆ ET DEO DICATUR SANCTI LUDOVICI

COURTOIS FONDEUR 1753.

Les actes de l’état religieux et civil remontent à 1622.

Cierzac possède plusieurs cavernes celtiques qui ont été récemment explorées par M. G. de la Dionnerie, et où il a, dit-on, rencontré quelques parties d’armes antiques .

Cette commune est bornée au N. par le Né, qui la sépare du département de la haute Charente.

ANCIENNES GENTILHOMMIÈRES.

1° Bonnefont appartenait autrefois à la famille de Monty.

2° Font-Imbert, était à la famille de Lacour; en 1789, Jacques-Josué de Lacour vota pour son fief et par procureur, à l’assemblée de Saintes. — Armes: d’azur à l’épervier d’or.

Cette famille habite encore le canton de Cozes.

SAINT-EUGÈNE.

Table des matières

535 hab. — 1644 hect.

L’église et la paroisse sont dédiées à sainte Eugénie, fille d’Adelbert, duc d’Alsace, et abbesse de Haut-Hohenbourg, au commencement du VIIIe siècle; elle y avait pris la place de sainte Odile, sa tante, vénérable fondatrice de cette abbaye. Sa fête se célèbre le 16 de septembre, mais on ne la solennise à Saint-Eugène, que le dimanche qui suit le 11 du même mois. Jusqu’en 1760, peut-être même jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, cette paroisse avait porté le nom de Sainte-Eugénie, celui de Saint-Eugène a prévalu depuis la Révolution. L’église forme une croix orientée selon l’usage du moyen-âge. De l’édifice du XIe siècle, il ne subsiste plus que la partie centrale. L’abside et le chœur ont été refaits sous la période ogivale, avec fenêtres à lancettes très-étroites. En 1660, la travée du portail étant tombée, on rebâtit le mur de la façade et on inscrivit cette date sur l’arceau nouvellement dressé. Les deux chapelles latérales sont très-resserrées; leurs voûtes forment un quart de cercle qui s’appuie, en contre-bas, sur les murs de la nef. La chapelle de gauche, dite de Frédouville vers le commencement du XVIIIe siècle, est, depuis 1743, dédiée, contre la règle ordinaire, à N.-D. L’abbé Brosset, docteur en théologie, curé originaire de la paroisse, contestait dès 1709, cette appellation seigneuriale de Frédouville, disant que la chapelle était sciemment un objet public et non privé ; rien n’indiquant un oratoire funéraire de fondation. Celle de droite dite de la Barde, fortement endommagée, et où la famille du Sault avait autrefois sa sépulture, a une voûte plein-cintre en pierres de petit appareil; on y voit des restes de peinture murale et quelques fleurs de lis. Cette chapelle est dédiée à saint Blaise, martyr à Sébaste; on doit croire qu’elle a été anciennement la chapelle de N.-D. Séparée maintenant du reste de l’édifice. par un parpaing, elle sert de magasin de chaises et de passage pour monter à la chaire.

Au dessus du transept de l’église, s’élève une coupole, surmontée du clocher, tour carrée assez lourde et qui, anciennement, se terminait par une pyramide en pierre à quatre pans et dont on aperçoit encore la naissance sous la toiture actuelle. Voici l’inscription de la cloche d’origine moderne:

L’AN 1808 J’AI EU POUR PARRAIN

M. GASPARD-JOSEPH DE MADRONNET DE St-EUGÈNE

ET POUR MARRAINE DAME JEANNE DOROTHÉE DE RABREUL

EPOUSE DE M. CHARLES JOUBERT DU LOGIS DE LA BARDE

DE St-EUGÈNE — JEAN BAPTISTE MONJOU CURÉ.

Sur le retable de l’autel de N.-D., on voit une statuette, tenant en main la crosse abbatiale et figurant la patronne de Saint-Eugène.

La cuve baptismale de cette paroisse est d’une forme et d’un travail remarquables. C’est une pierre octogone, ayant 1 mètre d’élévation; chaque face mesure environ 45 centimètres; les pans parallèles affectent une ornementation similaire: deux imbriqués, deux à têtes de clous, deux à étoiles, et deux unis. On découvrit cette pierre vers 1830, dans les décombres accumulés, près de la façade de l’église, par les ruines de 1660, et dans l’endroit à peu près où se trouvaient les anciens fonts-baptismaux. Elle resta longtemps exposée aux injures de l’air et des passants, et il fut même question de la briser pour en faire du moëllon, lorsque M. l’abbé Rideau, alors curé de Saint-Eugène, préserva de la destruction cette belle cuve baptismale, en la faisant placer dans le lieu saint.

Nous croirions volontiers que cette église aurait été bâtie par les religieux bénédictins de la communauté de Baignes, et notre présomption s’appuie sur la charte du XIe siècle, déjà citée, et par laquelle Robert de Pons avait donné l’église de Sainte-Eugénie, aux moines de Saint-Florent de Saumur. Sur la fin du XIe siècle, les religieux de Saint-Florent transmirent cette église, à titre d’échange, aux religieux de Saint-Étienne de Baignes, avec l’agrément du même Robert et de Goubert, curé de Sainte-Eugénie.

Au village de chez Pagnon, à 500 mètres du bourg, se voit le couvent ou maison d’éducation pour les jeunes personnes, fondé en 1840, par M. Gaspard-Joseph de Madronnet, comte de Saint-Eugène, et qu’il confia au zèle des révérendes filles de Saint-Vincent-de-Paul. Le fondateur, exilé durant la tempête révolutionnaire, avait vu disparaître toute sa fortune. Lorsque le calme se fit, il rentra dans sa patrie et devint le commensal de Mlle de Saint-Eugène, sa sœur, qui avait conservé sa fortune personnelle. Celle-ci, en mourant, le nomma son légataire universel, à la charge d’établir la communauté de chez Pagnon, lieu qu’elle avait habité. La condition du legs fut scrupuleusement remplie, le saint asile fut fondé et richement doté par M. de Saint-Eugène qui, dans les neuf dernières années de sa vie, vint souvent y goûter le calme de la solitude, comme le recueillement de la piété et y recevoir, en outre, les soins que son grand âge réclamait, et pour lesquels la vertueuse supérieure, sœur Adélaïde, suppléa parfaitement Mlle de Saint-Eugène, passée à une vie meilleure. Le pieux fondateur mourut à Bordeaux, et ses dépouilles mortelles furent déposées dans le cimetière de la Chartreuse, mais son cœur fut envoyé à Saint-Eugène, où il fut reçu avec de grandes marques de vénération et placé dans la muraille de droite de la chapelle de N.-D. ou de Frédouville. Une plaque en marbre noir le constate et porte l’inscription suivante:

CI-GIT

LE COEUR DE JOSEPH-GASPARD DE MADRONET

DE SAINT-EUGÈNE

BIENFAITEUR DE CETTE PAROISSE

DÉCÉDÉ LE 17 OCTOBRE 1849.

Armes: d’azur au lion d’or, armé et lampassé de gueules, tenant une croix d’argent.

Un peu au-dessous de la communauté, coule perpétuellement une jolie fontaine, que Jacques-Philippe Brosset, petit-neveu du curé précité, fit voûter, à ses frais, en 1775.

Saint-Eugène, placé sur la voie romaine, n° 16, de Saint-Maigrin à Saintes, a dû être dans l’antiquité et le moyen-âge, témoin de faits importants. On rapporte qu’autrefois, une ville s’étendait du bourg de Saint-Eugène au village actuel de Bagot. Les dénominations de Frédouville, de Villeneuve surtout, que porte encore un petit hameau très-voisin de l’église, seraient peut-être une réminiscence d’un brillant passé. Ce qui est incontestable, c’est qu’à Saint-Eugène, on trouve une quantité d’anciens débris, tels que briques à rebords, vases, armes, tombeaux, remontant à une haute antiquité. En plusieurs endroits, on a découvert beaucoup de squelettes réunis, juxtaposés, au nombre de 50, 80 et quelquefois plus, tous inhumés sans sarcophages. Dans cette ville ruinée, d’autres voient une simple bourgade renversée lors de l’invasion des Alains, vers le Ve siècle , et dans le lieu dit Champ des Batailles, la place même d’un sanglant combat, dont l’époque est tout à fait indéterminée. Un menhir, peut-être un dolmen, connu dans le pays sous le nom de Pierre Merveille, était planté tout proche de Saint-Eugène; un propriétaire l’a renversé et brisé vers 1845. La carte du pays des Santons indique l’existence d’un dolmen, qui ne se retrouve plus dans cette commune. On y montre trois anciennes gentilhommières: Bois-Courbon, la Barde et Frédouvllle.

BOIS-COURBON.

Ce manoir, bien délabré maintenant, était jadis une riche gentilhommière. Sur sa principale porte d’entrée, on remarquait une rangée de belles statues en pierre. Il appartint d’abord aux d’Aubigné et passa ensuite aux Madronnet, qui possédèrent 250 ans, la terre de Saint-Eugène, érigée en comté par Louis XVI, en faveur de M. Joseph de Madronnet, avec haute, basse et moyenne justice. Ce comté comprenait cinq belles propriétés: Pimbert et chez Tollé en Arthenac, Guéret. Tarnac et Bois-Courbon en Saint-Eugène.

La famille de Madronnet paraît originaire du Bazadais. En 1285, un de ses membres était lieutenant-général de cette province. En 1410, un autre membre était maire de Saint-Jean-d’Angély. On cite encore un abbé Madronnet, archiprètre de Libourne au XVe siècle, et qui fut un savant de l’époque. Au XVIe siècle, comme tant d’autres, cette famille donna dans les erreurs de l’hérésie, dont elle ne sortit que par l’abjuration du comte Joseph de Madronnet. Elle avait été alliée aux d’Aubigné ; aussi, lorsque Constant d’Aubigné, père de Mme de Maintenon, revint d’Amérique, où il était allé pour refaire sa fortune et sans y avoir réussi, il confia sa fille à la famille Madronnet de Pimbert, qui prit soin de son enfance. Quelques années après, un autre membre de la même famille, capitaine du génie, quitta la France après la révocation de l’édit de Nantes, et s’enrôla dans l’armée du prince d’Orange; il fut tué au siège de Limerick, où il commandait le génie comme lieutenant-colonel.

Le 26 mars 1789, le comte de Madronnet vota pour son fief de Saint-Eugène, à l’élection faite à Saintes pour les États-Généraux.

Nous avons emprunté la plupart de ces détails à une lettre intéressante écrite par M. de Saint-Eugène à M. l’abbé Rideau, le 31 août 1848. Dans cette épître, l’auteur accédant au vœu de son pasteur, comme il le dit, lui fournit quelques notes plus haut reproduites, sur la famille Madronnet et sur ses propriétés dans le canton d’Archiac; il aborde la question des fiefs anciennement détenus par la noblesse, et il s’efforce de justifier certaines redevances que leur payaient des tenanciers pour délaissement de propriétés foncières, redevances pourtant que la Révolution, à cause de leur dénomination féodale, confondit dans une proscription générale. Dans cette lettre fort étendue, M. le comte de Saint-Eugène fait preuve d’esprit et d’une instruction aussi variée que profonde: nous regrettons que les bornes de cet ouvrage ne nous permettent d’en citer que la fin: «... J’ai hâte de finir, mais si j’ai été prolixe,

» vous n’avez plus le droit de vous plaindre du rabâchage d’un septua presque

» octogénaire. J’ai résisté longtemps à vos sollicitations de traiter un sujet qui

» n’a plus d’objet; quand on n’est pas héritier de la plume de Plutarque, on

» n’a pas le droit de faire parler les morts, j’aurai cependant le mérite de

» l’obéissance, et j’y trouverai l’avantage de vous assurer de nouveau, mon

» cher pasteur, de mes sentiments d’estime et de vénération.»

LA BARDE.

En 1356, N... du Sault était Sgr de la Barde.

Son fils, Bernard du Sault, fut évêque de Saintes, de 1362 à 1380. Il gouverna cette Église avec beaucoup de sagesse.

Son autre fils, Arnaud du Sault, Sgr de la Barde, conseiller du roi Louis XI, fut l’un des plus grands hommes de son temps. Les chroniqueurs l’ont immortalisé sous le nom de Sire de la Barde, et l’ont dit originaire de la Saintonge. Il fut l’un des plus puissants mobiles du gouvernement, sous les règnes de Charles VII et de Louis XI, et après s’être séparé du parti anglais.

En 1472, Jacques du Sault était Sgr de la Barde.

Pierre du Sault, autre fils d’Arnaud, fut greffier des présentations du parlement de Bordeaux, à la création de cette cour, suivant lettres patentes du roi Louis XI, données à Saintes, le 1er juin 1472.

Etienne du Sault, marié à Jeanne Pepin, dame de Frédouville, se trouva à la bataille de Castillon — 1453 — où il combattit avec Talbot.

Noël du Sault, Sgr de la Barde, vivant en 1531, avait épousé : 1° Jeanne Bribion; 2° Louise ou Laurence Merlet.

Pierre du Sault, marié en 1532, à Perrine de Bernard, était fils de Noël et de Jeanne Bribion.

Emery du Sault, marié à Jeanne Robin.

Pierre II du Sault, Sgr de la Barde et de la Roche, en Archiac, conseiller du roi, audiencier en la chancellerie de Guienne, marié à Marguerite de Pontac, signait, en 1620, Labarde.

François du Sault, écuyer, conseiller et secrétaire du roi, Sgr de la Barde, marié vers 1640, avec Anne du Hamel.

François-Nicolas du Sault, fils de François, écuyer, Sgr de la Barde, conseiller, secrétaire du roi, audiencier en la chancellerie de Bordeaux.

Nicolas du Sault, écuyer, conseiller du roi, secrétaire audiencier en la chancellerie du parlement de Bordeaux, décédé à la Barde, le 13 juin 1710, avait été marié deux fois.

En 1717, messire François de Gondé, chevalier de Saint-Louis, lieutenantcolonel du régiment des Landes, se disait Sgr de la Barde, comme mari de Anne du Sault, fille aînée de Nicolas du Sault et de Catherine de Masparot; il habitait la Barde.

Vers 1760 ou 1764, la Barde passa à la famille de Jaubert dont Paul-François de Jaubert, secrétaire du roi en la cour et parlement de Bordeaux, marié en 1762, à Marie du Puy, de la paroisse de Saint-Eugène.

Charles de Jaubert, marié à Jeanne-Dorothée de Rabreuil.

Paul de Jaubert, marié à N... du Chassin, de Germignac. Après lui, la Barde passa dans la famille Douillet.

Armes: d’azur à la fasce d’or, avec six fleurs de lis de même.

FRÉDOUVILLE.

Ce manoir des Pepin, des Campet, des Coflin, n’est plus aujourd’hui qu’une modeste habitation rurale. Le descendant des Coflin habite encore Archiac.

1609. Charles Pepin de Frédouville, marié à Marie de Puiguyon.

1690. Nicolas de Campet, marié à Anne de Perreau.

François de Campet, marié à Bénigne de Pindray.

Leur fille Anne-Aimée de Campet, née en 1765, était dame de Frédouville; elle épousa Charles-Armand de Coflin, colon de Saint-Domingue, dont la fille, Pauline-Charlotte-Elisabeth de Coflin de Frédouville, fut mariée à Etienne-Michel de la Morinerie.

M. l’abbé Brosset, dont il a déjà été parlé, a consigné sur les registres de la paroisse, l’effet local des énormes gelées de 1709: «Cette année, dit-il, il neigea

» et gela si fort, que les noyers, chesnes et quantité d’autres arbres furent

» gelés et coupés ensuite par les propriétaires à la surface de la terre, attendu

» leur inutilité. Il y eut aussi, cette année, peu de froment, de méture, de

» baillarge (orge), de blé d’Espagne (maïs) et de millet, même dans les terres

» les plus propres à ces sortes de cultures.»

SAINT-GERMAIN-DE-VIBRAC OU D’OURSE.

Table des matières

484 hab. — 706 hect.

Cette paroisse est dédiée à saint Germain, évêque de Paris au VIe siècle, l’une des gloires de l’Eglise de France et dont les miracles et la sainteté furent préconisés par le bienheureux Venance Fortunat, depuis évêque de Poitiers, son contemporain et son ami. Ce saint évêque de Paris fut très-célèbre dans nos contrées en raison surtout de la charité qu’il déploya envers les pauvres et les esclaves, si nombreux de son temps en Espagne, en Ecosse, en Bretagne, en Gascogne, en Saxe, en Bourgogne au témoignage de saint Fortunat.

La fête patronale se célèbre à Saint-Germain-de-Vibrac, le dimanche qui suit le 28 mai. L’église, en forme de croix latine, mais avec prolongement de la chapelle de droite jusqu’au mur de façade, ressemble à celle de Mortiers pour son plan par terre. Elle paraît avoir été complétement remaniée sous la phase ogivale et peut-être aussi sous celle de la renaissance. A droite est une chapelle dédiée à N.-D. Celle de gauche est sous l’invocation de saint Germain. Les chapelles de l’abside ont été voûtées dans le style ogival. La nef est recouverte par un plafond en bois. Le ciborium du transept affecte la forme octogonale et est surmonté d’un clocher roman à toit obtus qui renferme une cloche fondue récemment. La cure était anciennement à la nomination de l’évêque diocésain. Avant 1830, une mission fut prêchée à Saint-Germain par des ecclésiastiques du diocèse. La croix en bois, portant l’image du Sauveur et qui fut plantée alors, se voit encore sur une éminence peu distante du bourg. Une chambre du presbytère consacre le souvenir des missionnaires. [V. Tugeras.]

On montre dans cette paroisse et au lieu dit encore l’Ourse, l’emplacement de l’abbaye de Saint-Germain-d’Ourse, ordre de Saint-Benoit, dont la chapelle a disparu la dernière et a été renversée durant la tourmente de 93. A la place de l’antique moutier, se trouve maintenant un hameau que renomme une frérie annuelle des plus fréquentées.

Nous inclinerions à croire que ce lieu fut, au VIe siècle, le théâtre d’un des prodiges attribués à saint Germain par son historien, Venance Fortunat.

Chariulphe ou Warnulfe, d’origine franque s’était, selon l’usage de ces temps barbares, emparé d’une partie des biens fonds appartenant à une église. Saint Germain l’en reprit sans succès, il eut alors recours à la prière et le ciel se chargea de venger l’église spoliée. Un ours furieux, sorti de la forêt voisine, multiplia durant trois nuits, les désastres et le carnage parmi les chevaux et les bêtes de somme du coupable. Celui-ci ouvrit enfin les yeux et députa son fils vers saint Germain, avec l’engagement de rendre le bien mal acquis. Cet événement eut lieu, dit saint Fortunat, afin que, grâce aux coups d’une brute, l’homme retrouvât sa raison et qu’une bête donnât à un aveugle d’esprit, une haute leçon d’intelligence.

Saint Grégoire de Tours nous apprend que ce même Chariulphe s’était associé en 585, avec Waddon, comte de Saintes, et le patrice Mummole, vaillant chef de guerre au service du roi d’Austrasie, fléau des Lombards, afin de trahir Gundovald, ambitieux de bas étage selon les uns, issu du sang de Clovis et fils de Clotaire, selon d’autres, et dont ils avaient d’abord encensé la bonne fortune. Par suite de leurs intrigues, Gondovald tomba au pouvoir de ses ennemis et fut massacré en prenant le ciel à témoin de la fourberie des hommes.

Or les principaux efforts d’un prétendant au trône contre les rois de Bourgogne et d’Austrasie, Gontran et Childebert, eurent lieu dans l’Aquitaine et Gondovald fut nommé roi par les pays de la Gaule méridionale, situés entre la Charente et les Pyrénées et qui abhorraient le joug des Francs. Mézeray dit que tout le pays de delà la Garonne lui obéissait. Mais il paraît qu’il possédait plusieurs places importantes en deçà et au-delà de ce fleuve, puisqu’il était maître d’Angoulême, de Périgueux, de Cahors, de Toulouse et de Bordeaux.

Saint-Germain-d’Ourse, pourrait donc bien avoir été fréquenté par Cariulphe et avoir vu se dérouler, sur son territoire, des événements religieux et politiques d’une haute importance.

Quoiqu’il en soit, il consacre par sa dénomination, le souvenir d’une de ces entreprises sacriléges si usitées chez les Francs, comme au moyen-âge, et miraculeusement réprimée par le saint évêque de Paris.

Il est plus que probable que c’était à cette ancienne abbaye de Saint-Germain-d’Ourse, que Jonzac payait la redevance dont parle la France illustrée et dont il sera fait mention à l’article Jonzac.

Un des restes de l’abbaye, un bénitier en marbre, est actuellement possédé par l’église de Saint-Germain. C’est un don récent du possesseur actuel des terrains où reposa l’antique maison conventuelle.

CHATEAU DE SAINT-GERMAIN.

Ce manoir, sis au S.-O. du bourg, et à demi-heure de marche, est complétement ruiné. Toutefois son emplacement retient encore le nom de château.

On dit qu’il a appartenu très-anciennement aux Bouteville.

En 1500, Philippe de Sainte-Maure, marquis de Chaux, en était possesseur.

Jacques de Sainte-Maure, son second fils, lui succéda dans le vieux manoir. Frère puiné de Jean de Sainte-Maure, Sgr de Chaux, dont les Pitaux voulaient, en 1548, brûler le château parce qu’il ne leur avait pas envoyé de renforts, Jacques s’efforça de détourner les révoltés de leurs folles et coupables entreprises. Il leur démontra que le succès de leurs armes ne serait point de longue durée, et que leurs personnes répondraient ensuite d’actes en opposition formelle avec la volonté du roi. Ses paroles produisirent un certain effet, puisque le château de son frère ne fut pas incendié, et qu’il obtint même du couronal et des capitaines présents, qu’on renverrait céans dans leurs foyers les bandes de Chaux, de Montlieu et de Montguyon.

Si l’on eut suivi plus à la lettre, les sages avis du Sgr de Saint-Germain, la révolte se serait promptement éteinte et bien des malheurs, qui pesèrent particulièrement sur cette partie extrême de la Saintonge, auraient été évités. [V. Jonzac,]

En dernier lieu, le château de Saint-Germain appartenait, dit-on, aux de Rosne, puis aux de Laage, de Meux, par alliance; c’est ce qui a valu à une de ses branches, le titre de Saint-Germain.

La commune de Saint-Germain est traversée de l’E. à l’O., par le Tâtre dont les crues subites font parfois éprouver des dommages à l’agriculture.

Il y a à Saint-Germain, et depuis quelques années, une Sœur de l’instruction de l’enfant Jésus, relevant de la maison professe de Montlieu.

ARCHIVES PUBLIQUES.

Les actes religieux de la paroisse remontent à l’année 1618, sous M. Guérin, curé ; ce registre est non timbré et paraît émaner de l’évêché de Saintes.

Plus tard, et suivant l’ordonnance de 1667, nous les voyons composés de papier timbré et visés à Saintes, au siége présidial de cette ville.

Chaque année, un double de ces rôles était réuni au greffe du présidial: un registre de 1676 en fait mention.

Les Récollets d’Archiac venaient parfois en aide aux curés des paroisses voisines qui partout étaient généralement munies de vicaires, comme il appert d’un registre de 1666, mentionnant que les PP. Cyprien et Gabriel firent actes de leur ministère à saint Germain.

GERMIGNAC.

Table des matières

743 hab. — 1414 heet.

L’église de cette paroisse, dédiée à saint Pierre, prince des apôtres, forme une sorte de croix grecque et est d’origine romane. La phase gothique a laissé des traces de substruction dans l’abside. Les voûtes ont été construites en 1678 pour la nef, et en 1767 pour le chœur et le sanctuaire. M. Filleau Saint-Hilaire dit que cet édifice, bâti en 1018, dépendait d’un ancien couvent de bénédictins détruit pendant les guerres de religion.

La chapelle de droite est dédiée à N.-D., et celle de gauche à saint Pierre.

La cure de Germignac était, en 1402, à la présentation et nomination de Mgr l’évêque du diocèse.

La croix du cimetière semble remonter à l’époque romane, du moins quant au fùt. Elle porte cette inscription abrégée: M. P. P. P. V. Le reste de la croix est récent.

La cloche pèse 550 kilogrammes environ et présente cette inscription:

SIT NOMEN DOMINI BENEDICTVM JE SVIS

POVR S. PIERRE DE GERMIGNAC.

MESSIRE PIERRE FRANÇOIS RIPE DE BEAVLIEV,

PRIEVR CURE DE GERMIGNAC ET CIERZAC SON ANNEXE

ET ARCHIPRETRE D’ARCHIAC. 1789.

PIERRE PINEAVD FABRICIEN. MERLIN FONDEVR.

Le hameau dit de Saint-Romain, au N.-O. du bourg, possédait naguères les restes d’un oratoire anciennement dédié au saint prêtre missionnaire de Blaye, au IVe siècle, dont saint Grégoire de Tours nous a retracé la vie. [V. Guitinières.]

On a découvert tout récemment en ce lieu, des sépultures creusées dans le rocher, avec l’encastrement sphérique de la tête. On y voit le tronçon d’une vieille croix dite de Saint-Romain; circonstances qui dénoteraient que dans ce lieu il exista jadis une paroisse ou communauté, placée sous l’invocation du saint missionnaire de l’Aquitaine.

Un de nos honorables correspondants suppose que c’est dans ce lieu même que se trouvait jadis l’abbaye de bénédictins dont parle M. Filleau Saint-Hilaire et qui aurait été renversée durant les guerres de religion .

Les actes de l’état religieux et civil de Germignac remontent à l’année 1600.

La commune est bornée au N.-E. par le Né ; à l’O. elle était limitée par la voie militaire, n° 16, de Coutras à Courcoury.

BEAULIEU.

Cette gentilhommière, placée sur les bords du Né, appartenait dès le XVIe siècle à la famille de Ripes, alias de Rippes.

Aymard de Ripes, Sgr des Sables et de Beaulieu, échevin d’Angoulême, était marié à Marie de Lacoste.

François de Ripes avait épousé Françoise de Voyer.

Cibard de Ripes, allié à Marie Moyne.

Charles de Ripes, allié à Marguerite Homeau.

1719. — Alexandre de Ripes, écuyer, Sgr de Beaulieu.

1736-1764. — Jacques de Ripes, écuyer, Sgr de Beaulieu, marié à Marie Gaignon.

Autre Jacques de Ripes, marié à Anne Jullyen de Lisle.

En 1789, Charles-Eléonor de Ripes, vota à Saintes pour son fief de Beaulieu, à l’occasion des États-généraux.

Armes: d’argent à une aigle éployée de sable et trois serres d’aigle de même, 2, 1.

CHAZELLES.

Ce manoir appartenait à la maison de Boismorin dès le XVIe siècle:

Martin Morin, Sgr de Bois et de Chazelles, fut marié à Marie Reynier;

Laurent Morin, épousa Renée Thibaud;

Pierre Morin, Marie de Montlazin;

Paul de Bois-Morin, épousa Marie Arnaud;

Gabriel de Bois-Morin fut allié à Rachel de Lacour.

Armes d’azur à un porc-épic d’or.

JARNAG-CHAMPAGNE.

Table des matières

1316 hab. — 2182 hect.

Perception embrassant Jarnac, Celles, Lonzac, Neuillac, Neulles et Saint-Martial-de-Gogulet.

A l’exception des arceaux du chœur, qui accusent la forme ogivale bien qu’un peu lourde, l’église de Jarnac appartint primitivement à la période romane. Elle a présentement trois nefs et trois autels. Sur les murs nord et midi de l’édifice, on voit encore des colonnes avec chapiteaux de la phase romane. Deux rangées de piliers carrés avec arceaux ont été construits récemment pour séparer les bas-côtés d’avec la nef principale, et ils portent un plafond en charpente. Le portail est de construction moderne et a été refait peut-être à l’époque des travaux d’intérieur.

L’autel principal est dédié à saint Sauveur, et la fête patronale se célèbre le jour de la transfiguration de N.-S. Une des chapelles latérales, celle de gauche (côté de l’épître), est sous l’invocation de N.-D.; celle de droite a été dédiée récemment à saint Joseph.

Dans le sanctuaire, on admire des colonnes géminées qui s’entrecroisent de distance en distance en forme d’X. Ces colonnes entrecroisées se montrent encore, tout à l’entour de l’ancien sanctuaire, qui forme actuellement la sacristie; dans l’espace qui existe entre chaque groupe de colonnes, on voit plusieurs rangées de grosses billettes qui sont d’un effet peu gracieux.

Nous trouvons cette transformation de l’abside de Jarnac en sacristie constatée dans une notice archéologique moderne: «A la différence des anciennes églises de campagne, celle de Jarnac possède une belle sacristie, mais c’est une partie de l’église même qui en a été distraite pour cet objet, au moyen d’un mur mal soudé avec les murailles latérales. Ce n’est donc pas là une exception... » .

Au nord, à côté de la chapelle actuelle de saint Joseph, on aperçoit, à l’extérieur, des arcatures ogivales se dessinant sur la muraille et attestant l’existence ancienne d’une chapelle du XVIe siècle, démolie plus tard.

L’appareil réticulé se montre au mur nord du sanctuaire et à l’extérieur. On remarque encore autour du mur circulaire extérieur de la sacristie, autrefois l’abside, plusieurs groupes de colonnes romanes avec chapiteaux historiés. Cette partie a besoin d’intelligentes et promptes réparations et qui doivent se faire sans nuire au caractère symbolique de cette importante portion du monument, à laquelle les artistes chrétiens vouaient jadis une grande partie des ressources de leur savoir-faire.

Ou voit dans l’église trois grands tableaux dont un représente le crucifiement de N.-S., le second l’Annonciation de la sainte Vierge et le troisième saint Joseph et l’enfant Jésus. Ce dernier a été peint, il y a quelques années seulement, par un ecclésiastique de la capitale. On y remarque de plus un précieux reliquaire pourvu d’authentique venu de Rome, et qui renferme des reliques des saints apôtres, de plusieurs pères de l’Église et de plusieurs saints, tous fondateurs ou directeurs d’ordres religieux.

Avant la Révolution, cette paroisse dépendait de l’abbaye des bénédictins de Saint-Jean-d’Angély, et il existe encore à Jarnac, une maison qui leur a appartenu.

Toutefois, en 1402, la cure de Jarnac était à la présentation de l’abbé de Charroux, au diocèse de Poitiers.

Un clocher, dans le style roman, a été élevé à Jarnac en 1861-62. Il est de forme octogone et surmonté d’une flèche convenablement élancée, et a été bâti sur la façade de l’église par M. Morice, entrepreneur à Saintes, sur les plans de M. Robin, architecte à Jonzac. Sa bénédiction, ainsi que celle d’une nouvelle cloche, a eu lieu le dimanche de la Sexagésime, 25 février 1862, au milieu d’un immense concours de peuple. Voici l’inscription de cette cloche substituée à celle de 1625.

AU S. SACREMENT ET A LA Ste VIERGE

J’AI ÉTÉ BÉNITE SOUS LE PONTIFICAT DE Mgr JEAN-FRANÇOIS-

ANNE-THOMAS LANDRIOT

ÉVÊQUE DE LA ROCHELLE ET DE SAINTES

J’AI EU POUR PARRAIN M. JEAN-JULIEN MASSON

MAIRE DE JARNAC-CHAMPAGNE

ET POUR MARRAINE Mme MARIE GENEVIÈVE LORET NÉE LÉGER PRÉSIDENT DE LA FABRIQUE M. FRANÇOIS LORET FONDERIE DE GUILLAUME BESSON D’ANGERS 1861.

M. l’abbé Ribraud, curé de Jarnac, dont le zèle sacerdotal était vraiment exemplaire, et qui a couronné une vie de bonnes œuvres par une sainte mort le 22 novembre 1862, a eu la modestie de taire son nom dans l’inscription ci-dessus rapportée, et cependant ce fut par ses efforts persévérants et éclairés que la paroisse dut les importants travaux qui s’exécutèrent dans cette ancienne église durant les années 1861 et 1862.

CHATEAU DE JARNAC.

Ce château, dont la construction n’avait rien de remarquable, a été vendu et démoli en 1818. Il n’en reste plus aujourd’hui que certaines servitudes composant une ferme à l’entrée du bourg, au S.-O. et sur le bord de la route de Jonzac. On y remarque une ancienne tourelle ayant la forme d’un colombier et dans laquelle existe une redoute. Ces restes de construction gardent encore présentement le nom de château.

Sur un mur de grange qui se voit dans la cour, se lit l’inscription suivante fort remarquable sous le rapport de son aspect changeant et invariable, e reproduisant toujours la même pensée et les mêmes mots en la parcourant par la droite ou par la gauche et en alternant, aussi bien qu’en montant ou en descendant:

S A T O R

A R E P O

T E N E T

O P E R A

R O T A S

Ce qui signifie sans doute: Le semeur ou le laboureur rassemble ici le fruit de son travail: Sator opera tenet.

La famille d’Aymar de Châteaurenard (branche cadette), possédait cette terre dès le XVIIe siècle; nous citerons:

Henry-Joseph d’Aymar d’Alby, chevalier, comte de Châteaurenard, marquis de Montsallier, Sgr de Sainte-Catherine, Jarnac-Champagne, etc., né en 1661, page du roi Louis XIV, chevalier de Saint-Louis, lieutenant-colonel d’un régiment de dragons, épousa en 1723, étant en garnison à Agen, Marie de Verduzan-Miran, baronne de Cauzac; il mourut en 1741, à Saint-Martin de Pons.

Louis-Joseph d’Aymar, d’Alby, de Châteaurenard, etc., né en 1725, capitaine de dragons au régiment de Mailly en 1742, chevalier de Saint-Louis, brigadier des armées du roi en 1768, épousa en 1787, Laure-Françoise-Gabrielle-Augustine de Chévigné, et vota pour son fief de Jarnac, à l’assemblée des États-généraux de 1789, convoquée à Saintes. Il y avait pris les noms d’Aymar d’Alby; il est mort le 11 octobre 1791.

Sa fille Marie-Augustine Alias Philippine, fut mariée à Amédée-Pierre-Charles de Saint-Gery. C’est lui-même qui vendit, en 1818, le château et ses dépendances.

Armes des Châteaurenard: de gueules, colombe essorant d’argent, becquée d’un rameau d’or, au chef cousu d’azur, chargé de trois étoiles d’or.

Jarnac était jadis placé près de la voie militaire n° 15, allant de Jonzac à Ebéon. On y remarque un tumulus.

ARCHIVES PUBLIQUES.

Les actes de l’état religieux remontent, sauf beaucoup de lacunes, à l’année 1633.

NOTABILITÉS LOCALES.

Pierre-Paul de Beaumont, fils aîné d’Elie de Beaumont et de Diane des Ariostes, fut prieur ecclésiastique de Jarnac-Champagne, ordre de saint Benoit, bénéfice fort considérable, dont il était en possession en 1573.

M. Henri Loret, né à la Pouyade, commune de Jarnac, le 12 octobre 1811, s’est appliqué à l’étude de la botanique et a successivement publié : Glanes d’un botaniste avec des considérations sur quelques plantes du midi de la France, in-8° de 70 pages.

Avec M. Prost: L’herbier de la Lozère, 54 pages. Avec M. Timbal Lagrave: L’herbier de Marchand et Lapeyrouse) 12 pages. Avec M. Clos: Révision comparative de l’herbier et de l’histoire abrégée des Pyrénées, de Lapeyrouse, 86 pages.

En cours d’exécution et en collaboration avec M. Barandon: la Flore de Montpellier et de ses alentours.

De plus, M. Loret a fourni plusieurs articles de botanique au Bulletin de la Société botanique de France, au Journal de médecine de Toulouse, aux Mémoires de la Société d’émulation du Doubs, et des annotations à la Flore de France et d’Allemagne, de C. Billot. Ces articles concernent surtout des plantes nouvelles pour la science et pour les études faites en France.

SAINTE-LHEURINE.

Table des matières

877 hab. — 1,720 hect.

L’église et la paroisse sont sous le patronage de sainte Lewine ou Leuvine, Leuphrine et Leuphérine, vierge et martyre de la Grande - Bretagne, du Ve au VIe siècle. Elle avait donné sa vie pour la foi sous les premiers Saxons qui avaient conquis son pays dès l’année 428. Le corps de la sainte gardé longtemps à Seafort, près de Lewes dans le pays de Sussex, fut transporté en 1058, dans la Flandre, avec les reliques de sainte Idaberge, vierge, et elles se gardent encore à Berg-Saint-Vinox; ces reliques ont été favorisées d’un grand nombre de miracles, surtout au temps de leur translation.

Sa fête se célèbre le 24 juillet , et elle était en grand honneur avant la Révolution, surtout par rapport à la fontaine dont nous parlerons plus bas.

L’église de Sainte-Lheurine a 33 mètres de longueur sur 14 mètres 50 centimètres de largeur. Ses voûtes ont 13 mètres d’élévation. On y reconnaît quelques traces du style roman du XIIe siècle, particulièrement au mur midi, où les fenêtres sont cintrées et à baies étroites. Le XVe et le XVIe siècle allongèrent la nef de moitié et substituèrent une porte ogivale à la porte romane précédemment existante. L’abside, de forme carrée, et le chœur furent édifiés alors; le plan subit, au chevet, une légère inclinaison ce qui se rencontre en divers édifices et ce qui, dans la pensée de l’architecte chrétien, rappelait cette circonstance de la passion de N.-S. et inclinato capite emisit spiritum. On y voit de longues fenêtres à deux meneaux.

La chapelle de la sainte Vierge, longue de 25 mètres, bâtie auprès du clocher et voûtée en pierre, a des fenêtres moins élancées mais mieux ornées. Elle a été terminée en 1536, suivant l’inscription gothique qu’on y voit. En 1543, on bâtit un arceau destiné à relier entre elles les deux parties de la nef. Son grand travail d’ornementation excite l’admiration des visiteurs. Cette chapelle a été mise en communication avec le clocher au moyen d’une voûte érigée en 1629, suivant l’inscription qu’on y lit.

En 1859, la commune et la fabrique firent voûter en pierre, le chœur et le sanctuaire dont les voûtes avaient dit-on été ruinées dans les guerres de religion, et on plaça dans la fenêtre du sanctuaire une belle verrière de couleur, haute de sept mètres, représentant le Père éternel.

Une petite chapelle, existant à l’opposite du clocher, était à l’usage des anciens seigneurs de Sainte-Lheurine et leur servait de sépulture. Dans cette enceinte funèbre reposent les restes des Poussard, des Périer, des Bouchard, des Goumard, des Montauld de Castelnaud et des Belleville.

Malgré le patronage de sainte Lheurine et la dédicace de l’autel de gauche, la fête principale du lieu est l’Ascension, jour de la frérie. Il y a vingt ans, un tableau placé derrière l’autel, représentait l’Ascension de N.-S. Cette fête n’amène plus à Sainte-Lheurine, qu’un concours fort ordinaire de peuple.

Le grand autel, de style ogival flamboyant, est dû à la pieuse générosité des époux Bernard-Arnut, du hameau de Chez-Ferré.

La cloche, fondue en 1753, par les soins de l’abbé Moreau, docteur en théologie, curé de Sainte-Lheurine, pèse 550 kilogrammes et porte l’inscription suivante:

SAINTE LEVRINE PRIEZ POVR NOVS

MESSIRE JEAN BAPTISTE MOREAU CURE DE LA PAROISSE

J’AI EU POUR PARRAIN

MESSIRE GABRIEL JOSEPH DU CHILLEAU MARQUIS DU CHILLEAU

DAIRVAULT BARON DE MOINGS Ste LEURINE ET AUTRES LIEUX ET POUR MARRAINE FRANÇOISE LOUISE ANNE MARIE POUSSARD DU VIGEAN SON EPOUSE J’AI ETE BENITE EN 1753 — COURTOIS FONDEUR.

En 1453, l’église de cette paroisse dépendait de l’abbaye des Bénédictins de Charroux, au diocèse de Poitiers. Le pouillé du diocèse de Saintes pour l’an 1586, met la cure à la présentation de la même abbaye. L’auteur du mémoire que nous analysons pense que les Bénédictins avaient établi une de leurs colonies non loin de l’église; il estime en outre qu’à la place du presbytère, érigé en 1859, il existait autrefois une communauté de femmes.

La fontaine de Sainte-Lheurine, dont les eaux ont été longtemps regardées comme miraculeuses, et où se faisaient de fréquents pèlerinages, a été l’objet des dérisions de d’Aubigné, écrivain protestant, ce qui n’a rien de surprenant. Toutefois, et ce qui s’explique moins facilement, des historiens catholiques se sont chargés de reproduire les passages irréligieux empruntés à une brochure satyrique remplie de boutades graveleuses et de grossièretés, et c’est ainsi que l’opinion publique de notre temps s’est formée au regard de la fontaine séculaire et sur une historiette à qui l’on a donné la date visiblement fausse de 1633.

Le bassin de cette fontaine, placé dans le vallon au sud de la montagne, est carrelé en pierres de taille; les eaux qui en découlent ont une saveur très-prononcée. Elles coulent silencieusement et ombragées de saules, au travers de la prairie qui environne la fontaine de tous côtés. Autrefois le terrain qui l’avoisine était, dit-on, communal. Maintenant c’est une propriété privée; depuis le creusement du canal qui conduit au moulin, on y parvient même assez difficilement, la fontaine se trouvant dans une sorte d’île formée par la rivière et le canal.

On suppose qu’il exista jadis une chapelle près de la fontaine, et on montre au village d’Herbaud, à 200 mètres de là, une maison réputée néfaste et qu’on dit avoir été bâtie avec les matériaux de cette chapelle.

Très-anciennement, quoi qu’en dise d’Aubigné, et jusqu’au moment de la Révolution, on accourait de toutes parts à la fontaine pour y chercher la guérison par l’intercession de sainte Lheurine, à diverses infirmités, surtout à l’ophthalmie. On y plongeait les petits enfants malades et chacun voulait emporter chez soi une bouteille de cette eau bienfaisante. Avant de se retirer, les pèlerins ne manquaient pas de jeter une pièce de monnaie dans la fontaine comme marque de leur gratitude.

Ces pratiques de piété ont disparu avec la simplicité des mœurs, et pourtant quelques personnes affirment encore sur les lieux que cette eau est excellente pour les yeux malades.

On raconte de plus à Sainte-Lheurine, qu’au XVIIIe siècle, l’abbé Moreau, dans une grande sécheresse, conduisit ses paroissiens à la fontaine miraculeuse et que la procession n’eut pas le temps de regagner le point de départ (on était à peine au hameau de la Valade), que déjà les nuages amoncelés payaient à la terre le tribut de leurs bienfaisantes ondées.

Les subtils esprits du monde riront sans doute de ces naïves croyances populaires des anciens temps. Depuis un siècle, leurs devanciers ont activement travaillé à les détruire dans l’esprit des masses, et ils n’y ont que trop bien réussi, Mais qu’ont-ils donc mis à la place de ces croyances morales dans des cœurs maintenant froids et désséchés? L’égoïsme, le sensualisme le plus effréné et la foi la plus absurde, aux rêveries du magnétisme, aux oracles des sybilles et des énergumènes plus ou moins lucides, au langage même des tables à trois ou quatre pieds; mais sachez donc, âpres penseurs, que quand l’homme ne s’agenouille plus devant Dieu et ses saints, il se prosterne devant la brute et se livre à tous les diables, et puis gare à l’ordre public et aux sociétés les plus solidement établies...

Peu avant la Révolution, l’abbé Moreau érigea dans sa paroisse la confrérie du T.-S. Sacrement.

Un hameau de cette commune, dit la Pierre-Percée, situé sur le bord de la route de Pons à Archiac, rapelle peut-être le souvenir d’un ancien monument druidique. Vers 1760, Simon Bouchet, Olivier Benoit, Pierre Biné et Jean Pelletan, voulant justifier, par un monument durable, le nom de leur village pour lors sans raison d’être, percèrent une énorme pierre, en forme de margelle, y gravèrent leurs noms, et après l’avoir dressée sur un de ses côtés, placèrent une croix de pierre à son sommet, mais ce n’est point à cette circonstance, purement commémorative, que le hameau doit son nom.

On y trouve encore des sépultures renfermant des vases antiques. Tout récemment l’un de ces vases a été donné à M. le curé de Sainte-Lheurine qui suppose que l’ancienne pierre percée, depuis longtemps disparue, pouvait être une sorte de pierre lustrale, placée au milieu des tombeaux pour recevoir l’eau destinée à les purifier .

ANCIENS MANOIRS DE SAINTE-LHEURINE.

Avant de les passer en revue, nous devons mentionner que les seigneurs suzerains de Sainte-Lheurine, du moins en partie, étaient les Poussard d’Anguitard qui portaient d’azur à trois soleils d’or; et les Poussard du Vigean à l’écu brisé d’un écu de gueules au pal de vair posé en cœur; à ces familles succédèrent, par alliance, les du Chilleau. Rien ne prouve qu’ils aient habité cette paroisse. Il n’en était pas de même de celle de Moings où ils avaient une habitation.

En 1730, Françoise-Louise-Anne Poussard du Vigean, fut mariée à Gabriel-Joseph du Chilleau.

Leur fils, Charles-Marie du Chilleau, chevalier, marquis d’Airvault, baron de Moings, Sainte-Lheurine et Allas-Champagne, Sgr de Saint-Simon-de-Bordes, lieutenant général des armées du roi, commandant particulier de l’île de la Dominique, fut gouverneur général de Saint-Domingue en 1788. Il avait fait d’abondantes aumônes aux pauvres de la paroisse de Sainte-Lheurine, et le souvenir des actes de bienfaisance de l’ancien gouverneur de Saint-Domingue se perpétue encore dans le pays.

M. du Chilleau était grand-croix de Saint-Louis, et avait épousé 1° en 1761, Jeanne Barthon de Montbas; 2° en 1774, Jeanne-Elisabeth-Floride de Montulé.

Armes des du Chilleau: d’azur à trois moutons paissants d’argent: 2 et 1. [V. Saint-Simon-de-Bordes.]

La tradition locale veut qu’il ait jadis existé une ville appelée Jean-le-Kau, s’étendant du Château-Cluzat jusqu’au chemin dit encore de Jean le Kau et qui sépare Sainte-Lheurine de Neuillac. On ajoute que cette ville aurait été renversée lors de l’invasion des Alains, au Ve siècle. Des fouilles pratiquées, à différentes époques, dans les champs qui avoisinent le ruisseau dit de la Villière, depuis le bois du château jusqu’au chemin précité, ont fait découvrir une très-grande quantité de briques anciennes, de tronçons d’instruments en fer, de tuiles et de débris de pierres ayant appartenu à des édifices d’une certaine importance. Si cette cité populeuse a réellement existé, la fontaine de Sainte-Lheurine devait alors en occuper le centre.

LA MOTTE.

Près de l’église se trouve un tertre, sorte de camp retranché, environné de fossés de quatre ou cinq mètres de profondeur et placé entre deux anciennes voies romaines dont l’une, n° 15, conduisait de Blaye à Cognac, et l’autre, n° 16, allait de Coutras à Courcoury . C’est le point culminant de la colline où le bourg de Sainte-Lheurine se trouve assis et d’où la vue s’étend des campagnes qui avoisinent Saintes, jusqu’à celles qui touchent Saint-Aigulin.

Ce point, désigné sous le nom de la Motte, avait jadis deux tours assez fortes et des chemins de ronde. Au commencement du XVIe siècle, c’était une habitation appartenant à François Périer, écuyer, Sgr de la Motte, marié à Claire Bouchard.

Leur fille, Marie Périer, épousa Jean Goumard, écuyer, Sgr de la Motte, en 1560.

1611. Jean Arnaud de Montauld, fut marié à Marguerite du Périer, sœur du Sgr de la Guérinière, près Chevanceaux; il eut des relations intimes avec les du Sault de la Barde et les de Bremond d’Ars.

Jean-Paul de Montauld.

Hiéronime de Montauld; sa fille fut mariée en 1709, à Antoine-Timothée de Belleville, Sgr de Saint-Seurin, qui s’intitulait aussi Sgr de la Motte.

Antoine de Belleville, leur fils, mort sans être marié, prenait le titre de Saint-Valéry, du nom d’une ancienne croix plantée à l’extrémité de sa terre et sur le bord du chemin qui sépare Sainte-Lheurine de Jarnac .

Ce manoir passa ensuite à un nommé Bertrand, puis à la famille d’Auzy. En 1789, Charles-Gabriel d’Auzy parut à l’assemblée convoquée à Saintes à l’occasion des États-généraux. Il était capitaine au régiment de Guienne-infanterie, et fut ensuite tué à l’armée de Condé. — Armes d’azur à trois fasces d’or; les héritiers d’Auzy ont vendu ce bien à la famille Begouin, qui le possède présentement.

Les Montauld de Castelnau, n’ont pas laissé un très-bon souvenir dans le pays. A tort ou à raison, on les accusait de certaines rigueurs à l’égard de leurs subordonnés .

LA LAIGNE.

La grande épaisseur des murs de ce manoir et leur solidité, dénotent une certaine antiquité. Les murs de clôture de la cour, renversés en 1859, dataient de 1624.

En 1454, La Laigne appartenait à Guillaume de Saint-Légier, de Saint-Ciers-Champagne.

En 1474, Blanche de La Laigne était dame de Meux, Moings et Puyperrin. En 1640, La Laigne appartenait à Samuel de Laporte. Son fils Samuel, mourut en 1666. — Autre Samuel de Laporte épousa Marie de Puiguyon.

André-Samuel de Laporte, Sgr de La Laigne, acheta en 1714, le fief de Boisrond, en Sainte-Lheurine, et entre le chemin qui va de la croix Saint-Valéry à Neuillac, et autre chemin de Sainte-Lheurine à Neuillac, proche le fief de La Laigne, démembrement de la Motte, à la suite, dit-on, d’une partie de cartes .

Anne Auric ou Horric, veuve d’André-Samuel de Laporte, se remaria à Charles-Alexandre de Rippes de Beaulieu, en Germignac qui, par suite de ce mariage, se dit Sgr de La Laigne; de cette union vinrent plusieurs enfants, entr’autres l’abbé de Rippes, ancien curé de Germignac.

Cette propriété est actuellement possédée par M. Félix Dubreuil, juge de paix du canton d’Archiac.

CRUC OU CRUT.

Ce vieux manoir conserve encore une petite portion de son antique garenne qui s’aperçoit de fort loin. La charpente du logis est digne de remarque.

Dominique du Bourg était Sgr de Cruc, Dion-la-Brunette, etc., conseiller et médecin des rois Henri III et Henri IV, également médecin de Mgr le prince de Condé, maire de la ville de Saintes pendant les années 1598 et 1599. Il avait épousé Catherine Caillet .

C’est ce médecin qui, entr’autres fondations pieuses, avait établi celle de 1598, consistant en une messe à dire, tous les mercredis, en l’honneur de la T.-S. Trinité, dans la chapelle si remarquable des Jacobins, de Saintes, dont la construction datait de l’an 1301. Une inscription placée au-dessus du caveau destiné à la famille du Bourg, mentionnait cette fondation. — La chapelle, ses sépultures et ses décors furent ruinés en 1793; on admire encore ses élégantes ruines.

Du Bourg cultivait la poésie latine et nous en avons la preuve dans le sextain suivant qu’il composa en 1598, en l’honneur de Nicolas Alain et de son fils, et qui se trouve en tête de l’ouvrage intitulé De Santonvm regione, etc.

DE AVTORE ET FILIO:

Santona quæ tellus, urbes, quæ sydera, Pontus,

Quæ gens, quæ fruges, scribis Alane pater!

Scripta licet patris sint orbe micantia toto,

Hæc sine sunt propriæ lubrica prolis ope:

Nate tuo genitor tuus ergo Marte revixit,

Sic vapidum rorem filius humor alit.

Dominici Burgensis D. mul. et urbis præfecti.

(TRADUCTION.) — VERS SUR L’AUTEUR ET SON FILS:

Ce sol de la Saintonge et son ciel et ses villes,

Ses habitants, ses moissons et ses mers,

Alain tu décris tout; mais ces travaux utiles

Si lumineux au sein de l’univers,

Languiraient oubliés si d’un fils le génie

Ne les mettaient sagement au grand jour.

Le travail de son fils rend le père à la vie:

L’eau, la vapeur s’enfantent tour à tour.

Le père de Dominique avait, depuis la condamnation en 1559, d’Anne du Bourg, conseiller au parlement de Paris, comme hérétique, ajouté à ses armes qui étaient d’azur, aux trois tiges d’épines d’argent, le monogramme I. H. S. d’or, posé en chef, attestant qu’il était bon catholique .

Joseph du Bourg, Sgr de Crue, marié à Marie de Saint-Aulaire, avocat au parlement de Bordeaux, peut-être le père de François du Bourg, aussi avocat au même parlement, était prieur laïc de Sainte-Lheurine.

Crue passa ensuite à la famille de la Romagère qui a pour armes d’azur au chevron potencé et contre-potencé d’or rempli d’azur, accompagné en chef de deux lozanges d’or et en pointe d’un lion d’argent.

Pierre-François de la Romagère, chevalier, comte de Fillioli, Roncecy, Limonie, baron de Fontaines, Sgr de Sainte-Lheurine, en partie, eut en 1760, de graves démêlés avec Louis de Sainte-Maure, Sgr d’Archiac, au sujet de l’hommage du fief de Bord, en Sainte-Lheurine.

En 1786, Romagère de Roncecy vendit Crue à la famille Panaud.

CÉLÉBRITÉS LOCALES.

L’abbé Durand, originaire d’Archiac, oncle de Claude Durand, conseiller du roi, référendaire près le parlement de Bordeaux, allié à la famille Fradin d’Archiac, fut curé de Sainte-Lheurine, de 1681 à 1720. Il montra un grand zèle pour la conversion des calvinistes et eut le bonheur de ramener tous ceux de sa paroisse dans le sein de l’Eglise universelle.

Jean-Baptiste Moreau, docteur en théologie, né à Saintes, curé de la paroisse, de 1749 à 1785, a laissé dans le pays une réputation de sainteté qui s’y perpétue.

L’abbé Fleury, né à Saint-Martin-de-Pons, fut curé de 1785 à 1792 et confessa la foi avec une fermeté inébranlable. Les violences d’hommes armés et acharnés contre lui, ne purent rien sur sa conscience; il partit pour l’exil avec son frère le curé de Saint-Hilaire-du-Bois, et ils se rendirent en Espagne. On trouve dans les registres de la mairie, sa profession de foi en réponse à la demande de serment à la constitution civile du clergé, entièrement écrite et signée de sa main. Elle est ainsi conçue: «Comme citoyen Français, je jure d’être fidèle à la nation, à la loi et au roy, et de maintenir de tout mon pouvoir, la constitution civile du royaume, décrétée par l’assemblée nationale et acceptée par le roy. Comme pasteur de l’Eglise, je jure de veiller avec soin sur les fidèles dans la paroisse qui m’est confiée... comme chrétien fermement attaché à la foi catholique (l’Assemblée nationale ayant déclaré qu’elle ne voulait en rien toucher au spirituel ni à ce qui pourrait y porter atteinte, parce qu’elle le reconnaît trop au-dessus de sa compétence), conséquemment à ces promesses, j’accepte la constitution, mais si elle venait à manquer à sa parole et toucher la moindre chose qui eut trait à la religion ou à son régime, je jure de n’admettre jamais rien.»

Claude Landreau, ancien gardien des Récollets d’Archiac et de ceux de Pons, eut une certaine réputation comme prédicateur: on admirait surtout la pureté de sa diction; il est mort curé de Sainte-Lheurine.

L’abbé Geay, né à Neuillac, fut curé de Sainte-Lheurine et est mort en 1858; il a donné à la paroisse la maison qu’il possédait près de l’église pour en faire un presbytère.

Alain Castaing, bachelier en droit civil et canonique de la faculté de Paris, doyen du chapitre de Saint-Emilion, fut prieur de Sainte-Lheurine en 1734.

Clément de Jarnac-Létang, est mort glorieusement sous Napoléon Ier en se précipitant au milieu des bataillons ennemis pour enlever leur drapeau.

ARCHIVES PUBLIQUES.

Les actes de l’état religieux de la paroisse remontent à l’année 1623, mais ils ne sont bien complets qu’à partir de 1635.

ARCHÉOLOGIE.

Au hameau des Maines, on a découvert, il y a quelques années, des vases en verre de forme antique; l’un d’eux se voit au presbytère.

Au village de Chez-Panau, se voient de vastes souterrains explorés en décembre 1860, par M. l’abbé Guillement et qu’il considère, vu leur étendue, comme des lieux de refuge et d’habitation. Il existe en outre dans le pays, un nombre assez considérable de ces souterrains dont il serait bon de faire une étude spéciale.

On trouve dans cette commune le ruisseau de la Villière.

GÉOLOGIE.

Les hauteurs de Sainte-Lheurine et d’Archiac, sont formées de quatre étages.

1° Banc résistant de calcaire blanc, marneux, épais de 3 ou 4 mètres.

2° Banc de calcaire dur, sableux, tout pétri d’ostrea vesicularis, épais de 2 mètres 50.

3° Masse épaisse de 15 à 20 mètres d’une craie marneuse et tendre, avec orbitolites, sphérulites, ostracées, trochus.

4° Enfin tout au bas, marne grisâtre, avec beaucoup d’ostracées, et notamment ostrea vesicularis .

LONZAC.

Table des matières

450 hab. — 628 hect.

Son église, dédiée à N.-D., et qui datait primitivement du Xe ou XIe siècle, fut donnée en 1071, par Rainulfe, Viguier d’Archiac et autres, à l’abbaye des Bénédictins de Saint - Jean - d’Angély . Elle était extrêmement délabrée au XVIe siècle, à l’époque de sa reconstruction.

L’église actuelle de Lonzac, formant une croix latine, dont le pied est peu allongé et qui, au premier aspect, ligure une croix grecque, a été construite en 1530, aux frais du grand-maître de l’artillerie de France, Jacques Galiot de Genouillac, et à la mémoire de son épouse, Catherine d’Archiac. Elle est toujours restée dédiée à N.-D., dont la fête se célèbre le 8 septembre, jour de la Nativité. C’est un type, à peu près unique pour notre province, de ce style moderne dit de la renaissance, emprunté à l’Italie, qui brilla sans doute d’un certain éclat, mais qui, au point avancé ou en étaient venues les conceptions de l’architecture religieuse, surtout en France, ne doit être considéré que comme une dégénérescence de l’art chrétien, et dont les conceptions, coquettement maniérées, ne sauraient convenir qu’à quelques édifices purement civils.

Les portes géminées de la façade, couronnées en anse de panier, sont de petite dimension, elles n’ont que 1 mètre 10 centimètres de largeur sur 2 mètres de hauteur. Elles sont surmontées de trois niches, ornées de riches sculptures, qui probablement contenaient autrefois des statuettes de saints. Entre les niches, deux bas-reliefs représentent l’un Hercule, étouffant dans son berceau les deux serpents que Junon y avait placés, et l’autre le même héros, terrassant le lion de la forêt de Némée. Allégories mythologiques qui, sans doute, avaient trait aux brillants exploits militaires du Sgr de Lonzac. Au milieu du pignon, tronqué postérieurement et de même que celui du N.-E., se voit une sorte de baldaquin en demi-cercle, surbaissé et orné de panaches et de fleurons richement sculptés.

Les fenêtres de l’église sont d’une dimension prodigieuse et ornementées avec le luxe de l’époque.

Les murs extérieurs de l’édifice, flanqués d’admirables contre-forts, aussi remarquables par leur grande élévation que par la hardiesse de leur construction et la pureté de leurs lignes, sont chargés de médaillons avec la devise de Galiot de Genouillac, entremêlés d’encadrements, aux quatre coins desquels sont placées des boules à demi engagées, figurant des boulets de canon suivant l’appréciation de quelques personnes. Chaque contre-fort présentait l’écusson largement sculpté, avec bannières déployées, du grand-maître de l’artillerie. La Révolution, faisant bon marché des souvenirs historiques de la patrie, a fait marteler, par un pauvre maçon du lieu, ces emblêmes chevaleresques.

Il est à regretter que les anticipations évidentes, commises anciennement au midi et au couchant surtout, où se trouve la double porte d’entrée de l’édifice, aient réduit le chemin de ronde à des dimensions trop exiguës et hors de proportion avec la majesté du monument.

La nef, à l’intérieur, a environ 9 mètres de largeur sur 34 de longueur; elle est surmontée de belles voûtes, hautes de 19 à 20 mètres au-dessus du pavé, avec nervures élégantes, clefs sculptées et pendantes, le tout reposant sur des consoles haut placées.

Une arcade ogivale, ouvrant dans le chœur, communique avec la sacristie qui n’est autre que la chapelle funéraire où furent déposés par le pieux guerrier, les restes mortels de son épouse, Catherine d’Archiac. La voûte de ce petit édifice est de forme applatie et chargée de caissons; les murs extérieurs sont couverts d’ornements.

On remarque, sur chaque mur de la nef, dix-huit à vingt médaillons, s’alignant et portant alternativement des croix grecques, preuve de la consécration solennelle de l’église, et cette devise qui probablement faisait allusion à la bonne fortune du capitaine fondateur: GALIOT AIME FORTVNE . A droite, cette légende est remplacée par celle-ci en langue latine: SICVT ERAT IN PRINCIPIO.

Les deux chapelles latérales de l’église sont dédiées, l’une à la Sainte Vierge, l’autre à saint Joseph.

Au fond de l’abside est un tableau remarquable, représentant l’adoration des Mages; N.-D. est d’une beauté remarquable, et la tête du premier Mage, agenouillé aux pieds de l’Enfant-Dieu, est d’une noble gravité orientale. On lit au bas cette apostille: P. Vincent, pinxit, Santonibus, 1787.

La tour du clocher, parfaitement éclairée et de belle dimension, conduit par 160 marches en pierre, au faite de l’édifice que couronnait autrefois une flèche de 15 ou 16 mètres d’élévation, qui s’écroula en 1800 et endommagea fortement le reste du clocher et l’église, particulièrement du côté de la place, au N. - E.

La galerie ou chemin de ronde, existant au sommet du clocher, est généralement dépourvue de ses garde-corps, en sorte qu’il est peu de visiteurs qui se hasardent à en faire le tour, malgré l’aspect enchanteur qui s’y déroule de toutes parts et qui semble les inviter à cette tournée. Combien il serait à souhaiter que la flèche, complément indispensable de ce bel édifice, fut prochainement rétablie .

La cloche de Lonzac, pesant 250 kilogrammes, porte l’inscription suivante:

SIT NOMEN DOMINI BENEDICTVM

AD VSVM ECCLESLÆ SANCTÆ MARIÆ DE LONZAC

FACTA SVB ANTONIO ROY HVIVS LOCI RECTORE ANNO DOMINI 1746

F. IEAN DVPVY.

Le dimanche 17 août 1862, on a béni une deuxième cloche, pour le clocher de Lonzac, elle pèse 677 kilogrammes.

On possède à Lonzac, copie de l’acte de fondation de l’église, daté du 26 mai 1530, et rédigé par Me Decamescasse, notaire. Cette pièce authentique porte que messire de Genouillac avait bâti l’église à ses frais et dépens, sous le titre de N.-D., et afin que Dieu donnât à lui et à ses enfants santé, prospérité et connaissance à la fin de leurs jours. Il y avait joint un monument funéraire pour son épouse et il ordonna que le corps de celle-ci, présentement déposé en l’église d’Arthenac, fut porté et mis en sa sépulture de Lonzac. Le fondateur abandonna cette église à la paroisse; de plus, il légua à la fabrique de Lonzac, le fief des Rosiers, en Neuillac, contenant 140 journaux, celui de Bois-Seguin, en Neuillac et Neulles, plus le bien de Maine-Borde ou le Vigneau, paroisse de Brie-sous- Archiac; encore une rente de vingt-deux boisseaux de blé froment, mesure de Barbezieux, due par Guillaume du Breuil, et dix-sept livres tournois, à la charge de faire dire une messe chaque jour, à perpétuité, dans l’église de Lonzac, par le curé ou son vicaire; celle du samedi devait être chantée. Après le per omnia jusqu’au Te igitur, un jeune clerc à genoux sur le premier degré de l’autel, tourné devers la place de l’église, devait dire telles paroles: «Ayez remembrance de l’âme de feu madame Catherine d’Archiac, «en son vivant dame de Lonzac, et sénéchale d’Armignac,» auquel clerc les fabriciens étaient tenus de payer, pour son loyer et peine, trois deniers tournois, à l’issue de la messe.

Les Fabriqueurs et habitants de Lonzac, convoqués au son de la campane, avaient juré sur les saints évangiles de N.-S., l’exécution et entretien des charges établies audit acte; et présentement, malgré des largesses si considérables et surtout le don permanent d’une église aussi belle, on ne célèbre plus à Lonzac, d’office ni prière publique pour de tels bienfaiteurs religieux!... Cela, même après une violente révolution, ressemble tellement à de l’ingratitude, que nous conseillerions à la Fabrique de faire célébrer au moins une messe par mois, pour perpétuer l’engagement de 1530.

Le cimetière, jadis étendu autour de l’église et enlevé il y a cinq ou six ans pour être transféré au S.-O., a laissé les fondations du sanctuaire un peu dénudées; il importerait de faire resaper ces bases de l’édifice, particulièrement au S., au S.-E. et au S.-O.

CHATEAU DE LONZAC.

On aperçoit à peine de nos jours, quelques traces de ce château. Le nom seul conservé à l’emplacement sis au S. et à demi kilomètre du bourg, indique la place où fut cet antique manoir.

La terre de Lonzac, appartint d’abord à la maison d’Archiac. Au XVe siècle, Jacques d’Archiac se disait baron de Lonzac et avait épousé Marguerite de Lévis.

Sa plus jeune fille, Catherine d’Archiac, dame de Lonzac, fut mariée à Jacques Gourdon, dit Galiot de Genouillac, Sgr d’Acier, Reillanet, Capdenac, Laleu, conseiller du roi, chevalier de ses ordres et chambellan, sénéchal d’Armagnac et de Querci, Viguier de Figeac, baron de Lonzac par suite de son mariage avec Catherine d’Archiac.

Jacques de Genouillac avait grandi à côté de son oncle, Jacques Ricard de Genouillac, maître de l’artillerie; il se trouva à la bataille de Fornoue en 1495, et fut l’un des preux du roi Charles VIII; il prit part au siége de Capoue, et combattit à la journée d’Aignadel en 1509. Il eut, le 16 mai 1512, le titre de maître de l’artillerie, à l’occasion de la bataille de Novare, et obtint depuis le grade de chef ou grand-maître de cette arme, emploi qu’il conserva jusqu’à sa mort. En 1515, il se trouva à la bataille de Marignan et au ravitaillement de Mézières. Il se signala à la journée de Pavie en 1525. Peu après, et en raison de ses services signalés, il fut nommé par François Ier, grand écuyer de France. Il servit encore au siége de Luxembourg et reçut, en 1545, le gouvernement du Languedoc. Genouillac mourut, en 1516. De son premier mariage, il ne laissa point de postérité. De sa seconde union avec Françoise de La Queille, il eut 1° Jeanne de Genouillac, mariée d’abord à Charles de Crussol, vicomte d’Usez, d’où sont sortis les ducs d’Usez; et ensuite à Jean-Philippe de Rhingrave; 2° François de Genouillac, nommé en survivance grand-maître de l’artillerie, mort avant son père, en 1544, des blessures qu’il avait reçues à la bataille de Cerisoles, ne laissant point d’enfants de son mariage avec Louise d’Etampes.

Nicolas Alain, mentionne qu’après le décès de l’épouse de Galiot de Genouillac, celui-ci fit complétement bâtir, à sa mémoire et sur un terrain très-rapproché de Lonzac, un tombeau et une église magnifique qu’il enrichit de dons importants.

A la mort de ce héros dont les hommes, plus terribles que le temps, n’ont pas épargné la demeure, la terre de Lonzac rentra dans la maison d’Archiac, en la personne d’Adrien de Montberon, descendant de l’illustre maison de Lusignan, époux de Marguerite d’Archiac, sœur aînée de Catherine.

En 1637, René-Gruel de la Frette, marié à Antoinette d’Albret, fille aînée d’Henri d’Albret, prince de Pons et d’Anne de Gondrin, se disait marquis de Lonzac. Antoinette était veuve en 1656 et s’intitulait dame de Lonzac. Nous la supposons morte avant 1669.

Louis-Henri Gruel de la Frette, chevalier, comte de Lonzac, fils des précédents, eut conjointement avec son frère, René Gruel de la Frette, des démêlés judiciaires avec le prince de Pons, Charles-Amanieu d’Albret, relativement à la terre de Scandillac. Ces débats n’étaient pas encore assoupis en 1669.

ILLUSTRATION LOCALE.

Au XIIIe siècle (1270), une abbesse des religieuses bénédictines de Saintes, Yve de la Vigerie de Lonzac, obtint d’Alphonse comte de Poitiers, frère de saint Louis, la renonciation comme œuvre pie, à la taille qu’il prélevait sur les hommes placés dans les dépendances de l’abbaye. M. l’abbé Briand estime que cette dame appartenait à la maison noble de Lonzac.

LE RENTIN.

Bernard de Seysses, Sgr du Rentin, paroisse de Lonzac;

Jean de Seysses, marié à Jeanne Bouchonneau;

Jean de Seysses, marié à Claude Georges.

Armes: parti au premier, écartelé d’argent et de gueules, chargé de trois larmes d’argent renversées 2, 1.

ARCHIVES PUBLIQUES.

Me Bardet, notaire à Lonzac, reçu en 1850, a les papiers de:


Lonzac possède douze foires, très-fréquentées, le troisième mercredi du mois.

SAINT-MAIGRIN.

Table des matières

1,157 hab. — 2,121 hect.

Perception d’où relèvent Allas-Champagne, Brie, Saint-Ciers, Saint-Germain-de-Vibrac et Saint-Maigrin.

L’église, de construction moderne et bâtie il y a peut-être cent ans, est dédiée à saint Paul, apôtre des nations, dont la fête patronale, sous le vocable de la conversion du saint, a lieu le 25 de janvier. L’édifice est tourné vers le nord, disposition aussi indifférente pour les architectes modernes, que les règles consacrées de l’art chrétien; il se compose d’un rectangle de 80 pieds de longueur sur 25 de largeur. A droite, est une chapelle dédiée à la Sainte Vierge, et communiquant à la nef par une arcade cintrée. La nef est abritée par un plafond en bois, à anse de panier; il est question de le remplacer par un autre plafond en plâtre de même forme. Un double campanier est placé au-dessus du portail principal, et soutient une seule cloche, du poids de 400 à 450 kilogrammes, fondue vers 1830.

L’autel et le retable, en bois peint et doré à l’huile, sont assez remarquables comme objet d’art moderne, et proviennent de la chapelle du petit-séminaire de Pons. On y voit un tableau sur toile, représentant l’assomption de N.-D.

Au S. de Saint-Maigrin, est une maison de campagne, dite de Saint-Bron; il y existait jadis un oratoire dédié à ce saint évêque d’Irlande. Le hameau de Saint-Georges, à l’O. de Saint-Maigrin, ferait croire à l’existence sur ce point, d’une ancienne chapelle vicariale.

La fabrique de cette paroisse, possède un fer à hosties, qui doit appartenir aux premières lueurs du XIIIe siècle.

Le genre de lettres qu’on y voit, avec jambages contournés et descendant au-dessous de la ligne, est reproduit par M. de Gaumont, et attribué à la fin du XIIe siècle ou au commencement du XIIIe.

Nous espérons le reproduire dans notre planche pour le canton d’Archiac.

CHATEAU.

A petite distance du bourg, au N.-O, se voit un mamelon élevé à la hauteur de l’église, composé de terre et d’une épaisse roche calcaire entremêlée de tuf; on le nomme présentement le fort. C’est là que fut le château de Saint-Maigrin. Il était environné de douves profondes, encore présentement intactes du côté nord, et larges de 20 pieds. La pioche a remué cette éminence dans tous les sens, et en a extrait des pierres et des briques qui jonchent encore le sol.

L’auri sacra fames a exercé ici, de même que sur plusieurs autres points de la province, sa terrible action.

Comme si ce n’était pas assez de la main de l’homme pour détruire les traces du vieux manoir féodal, les renards et les lapins ont aussi miné et perforé son assiette en tous les sens. En explorant naguères ce site imposant — 1er novembre 1860 — et en considérant ce sommet si fortifié déjà par la nature, et auquel l’art avait ajouté de puissantes murailles, nous nous rappelions avec surprise, le mot d’André de Bourdeilles, Sgr d’Archiac et sénéchal du Périgord, écrivant que le Sgr de Saint-Maigrin allait être, en 1574, assiégé en sa maison qui était peu forte, par un canon et une coulevrine. C’était sans doute une plaisanterie toute militaire, et qui pourtant peut donner la mesure des immenses dégâts que ce château fort, tombé dès 1570, au pouvoir des huguenots, avait eu à souffrir dans les guerres civiles de l’époque.

Il paraît que cet édifice, sans perdre tout-à-fait son caractère militaire, fut restauré au XVIIe siècle, alors qu’il était habité par la princesse de Carenci, comtesse de Quélen de la Vauguyon, qui y mourut en 1693.

Au bas du mamelon et joignant les prés, était la chapelle du château qui servit pour les cérémonies religieuses de la paroisse après la ruine, au XVIIe siècle, de l’église paroissiale. L’édifice moderne occupe à peu près l’emplacement de l’ancien.

Au XVIe siècle, Saint-Maigrin était, selon le récit de Nicolas Alain, une riche seigneurie.

ANCIENS POSSESSEURS DU CHATEAU.

Guillaume de Flotte, Sgr de Revel, vicomte de Turenne et de Sarlat, Sgr de Ribérac, chancelier de France [V. Plassac], se disait aussi Sgr de Saint-Maigrin et des îles de Marennes, au commencement du XIVe siècle, mais nous ignorons à quel titre il posséda le château de Saint-Maigrin, et si ce fut avant ou après le personnage qui suit:

Hélye de Bremond, chevalier de la branche de Sainte-Aulaye, était, par alliance sans doute, Sgr de Saint-Maigrin, avant l’an 1340; il vivait encore en 1356.

En 1363, Jeanne d’Archiac se qualifiait dame de Saint-Maigrin. Elle épousa Guillaume de Mareuil, et rendit hommage au prince de Galles, en 1365.

La maison de Mareuil fut représentée, à la troisième croisade, par G. de Mareuil, et à la sixième par Raoul de Mareuil.

Blanche d’Archiac, dame de Saint-Maigrin, était peut-être sœur puinée de Jeanne que nous supposons morte sans postérité.

Messire Jean d’Estuert épousa, en 1416, Jeanne de Pons, qui lui porta la terre de Saint-Maigrin, qu’elle tenait de Blanche d’Archiac sa mère. Jean d’Estuert, était mort en 1454. Depuis lors, Jeanne de Pons, sa veuve, se disait dame de Saint-Maigrin et en habitait le château.

Guillaume d’Estuel ou Estuert, chevalier, Sgr de Saint-Maigrin, sénéchal de Saintonge, fut chargé, en 1463, par le roi Louis XI, de rétablir Jacques de Pons, son oncle, dans la possession de ses biens dont Charles VII l’avait dépouillé.

Le 19 mars 1529, les Sgrs de Saint-Maigrin et de Barges, reçurent de Catherine de Suze, dame de Rioux, 20 livres tournois pour la contribution des deniers promis par les nobles, pour la rançon du feu roi François Ier et recouvrement de MM. ses enfants.

1572. François d’Estuert de Caussade, Sgr de Saint-Maigrin, était baron de Tonneins.

Paul d’Estuert de Caussade, comte de Saint-Maigrin, favori de Henri III, fut assassiné le 21 juillet 1578, à onze heures du soir, au sortir du Louvre, par une bande de sicaires apostés vers la rue Saint-Honoré. Ce crime ne donna lieu à aucune poursuite, parce que Sa Majesté fut avertie que le duc de Guise l’avait fait commettre pour se venger de Saint-Maigrin à l’occasion d’une offense personnelle reçue dans la chambre même du roi, devant plusieurs seigneurs et qui avait blessé le duc dans l’intimité de ses affections conjugales; parce que enfin, on avait cru reconnaître, à la tête des assassins, un personnage ayant la barbe et les allures du duc du Maine, frère du duc de Guise.

La Gazette de l’Estoile, qui rendit compte de cet événement, disait que les assassins étaient au nombre de vingt ou trente, armés de pistolets, d’épées et de coutelas; qu’ils assaillirent violemment le comte et le laissèrent pour mort sur le pavé. «Aussi mourut-il le jour en suivant, dit le journal, et fut merveille «comme il put tant vivre, estant atteint de trente-quatre ou trente-cinq coups «mortels...»

Rien de pire qu’une mort tragique et précipitée à la suite d’une vie de plaisirs et de débauches. Un dramaturge moderne a brodé sur cet événement déplorable, une pièce de théâtre qui obtint un succès de vogue vers 1839.

Louis d’Estuert de Caussade, comte de Saint-Maigrin, capitaine de cinquante hommes d’armes, lieutenant-général des armées du roi, fut marié à Diane d’Escars, princesse de Carenci, comtesse de la Vauguyon, etc.

Jacques d’Estuert de Caussade, comte de la Vauguyon et de Saint-Maigrin, grand sénéchal de Guienne, capitaine des chevau-légers de la garde, mourut le 18 août 1671, âgé de quatre-vingt-trois ans. Il avait épousé, en 1607, Marie de Roquelaure.

Jacques II d’Estuert, marquis de Saint-Maigrin, lieutenant-général des armées du roi, capitaine-lieutenant des chevau-légers de la garde et de ceux de la reine, Anne d’Autriche, colonel de deux régiments de cavalerie et d’infanterie, fit plusieurs campagnes en Allemagne, Lorraine et Flandre, commanda un corps d’armée en Catalogne et fut tué au combat du faubourg Saint-Antoine à Paris, le 2 juillet 1652, âgé de trente-six ans; il avait épousé Elisabeth Leféron. Celle-ci se remaria, en 1655, au duc de Chaunes.

Jacques-Pierre d’Estuert, leur fils, marquis de Saint-Maigrin, mourut en octobre 1657, âgé de six ans.

Marie d’Estuert, sa sœur, marquise de Saint-Maigrin, princesse de Carenci, comtesse de la Vauguyon, mourut à son château de Saint-Maigrin, le 13 octobre 1693. Elle avait épousé 1° Barthélemy de Quélen, comte du Broutay, maréchal de camp des armées du roi, colonel du régiment de Navarre et capitaine de chevau-légers de la reine, Anne d’Autriche, tué au siège de Tournay, en 1667; 2° en 1688, André de Betoulat, comte de la Vauguyon et de Fromenteau, conseiller d’Etat ordinaire, ambassadeur en Espagne, mort en 1693, dont elle n’eut point d’enfants.

Nicolas de Quélen d’Estuert de Caussade, prince de Carenci, comte de la Vauguyon et du Broutay, marquis de Saint-Maigrin, fut marié, en 1703, à Madeleine de Bourbon-Busset.

Antoine-Paul-Jacques de Quélen, né en 1706, marquis de Saint-Maigrin, marié en 1734, à Marie-Françoise de Béthune de Charrost, était gouverneur de Cognac en 1750.

Paul-François de Quélen d’Estuert de Caussade, marquis de Saint-Maigrin, né en 1746, gouverneur de Cognac en 1772, duc de la Vauguyon depuis la mort de son père, ambassadeur en 1776, fut marié à Antoinette-Rosalie de Pons, de la branche des comtes de Roquefort.

En 1768, le duc de la Vauguyon, prenait aussi le titre de duc de Saint-Maigrin, et bien que cette terre ne parut pas avoir le titre régulier de duché.

ÉTANG ET FORÊT DE SAINT-MAIGRIN.

A deux kilomètres au S.-E. du bourg, se voient les derniers vestiges de l’antique marquisat de Saint-Maigrin: une forêt assez étendue; et dans le vallon au midi, un bel étang dont une branche se prolonge vers le N.-E.; il est justement renommé pour la bonté de ses poissons, consistant en anguilles, carpes célèbres, tanches, brochets, perches, etc., etc. La pêche s’en fait tous les deux ans, au premier dimanche de carême; elle a eu lieu en mars 1864. C’est l’occasion d’une frérie ou fête populaire, qui se prolonge souvent pendant les deux ou trois dimanches qui suivent celui de l’ouverture de la pêche. Le grand étang, joignant la route de Baignes, a près de 2 kilomètres de longueur sur 400 mètres de largeur, et 7 ou 8 mètres de profondeur sur certains points. Un ruisseau qui s’en échappe au N.-O., fait tourner deux moulins. Pendant la Révolution, on essaya de dessécher cet étang pour le mettre en culture. Cette tentative n’ayant pas été heureuse, Mgr le duc de la Vauguyon, propriétaire de l’étang, le fit plus tard réparer et repeupler de poissons.

Il appartient aujourd’hui à M. le vicomte Frédéric de Lestranges, qui a épousé naguères Mlle Marie Eymar de Palaminy, petite-fille de M. Bonnet de Lescure. Par suite des progrès actuels de la pisciculture, le nouveau possesseur de cette vaste étendue d’eau pourrait en tripler le revenu, qui n’allait dit-on jusqu’ici, qu’à 3,000 francs par an ou 6,000 francs tous les deux ans.

M. de Lestranges, vient de faire élever — 1861 — à mi-côte, sur les bords de l’étang et d’après les dessins de M. Gustave Alaux fils, célèbre architecte bordelais, un joli château dans le style du XIIIe siècle . Cette habitation jouira, grâce à ses bois et à ses eaux, du double avantage de la chasse et de la pêche.

La forêt et l’étang de Saint-Maigrin avaient été vendus, en 1833, par le prince Paul-Demétrius de Bauffremont, mandataire des héritiers de Mme Pauline-Antoinette-Bénédicte de Quélen de la Vauguyon, veuve du prince Joseph de Savoie-Carignan, à un propriétaire du département de l’Oise. Les ayant-cause de ce dernier ont revendu la propriété à M. le vicomte de Lestranges en 1860.

On voit encore dans cette commune, plusieurs débris de constructions romaines, et une voie militaire (n° 16) allant de Montguyon à Saint-Eugène et de là à Saintes .

Il se tient six foires à Saint-Maigrin, le deuxième lundi d’avril, mai, juin, juillet, août et septembre .

NOTABILITÉS LOCALES.

L’abbé Constant, né au village de Chez-Gonin, paroisse de Saint-Maigrin, en 1736, se fit jacobin, devint professeur à l’université de Bordeaux et eut. en 1791, après avoir prêté le serment à la constitution civile du clergé, le triste honneur d’être nommé évêque constitutionnel d’Agen. Il se démit de ses fonctions en 1801, et mourut à Paris le 7 juin 1811.

Son frère, chanoine régulier de Saint-Augustin et professeur en théologie dans la congrégation de Chancelade, natif du même lieu, fut d’abord curé de Brau 1, et de Saint-Maigrin à la réouverture des églises, en 1802; il y resta jusqu’à sa mort. C’est lui qui fit bâtir une grande partie de la cure actuelle, qui serait bien mieux placée près de l’église, qu’en face de la halle. L’abbé Constant avait été, lors du schisme constitutionnel et après avoir prêté le serment exigé, vicaire général de l’archevêque de Bordeaux, et des évêques d’Agen, de la Rochelle et d’Angoulême. Il publia, en 1812, à Angoulême, chez Broquisse fils, une petite brochure de 54 pages, intitulée: Discours prononcé le 31 août 1812, jour de la bénédiction du tombeau élevé dans le cimetière de Sainte-Radégonde, à la mémoire de feu Mlle Eugénie Maugars, de Baignes.

Ce discours avait pour texte ce passage de la sagesse: Dissimilis est aliis vita illius... et il était dédié aux nièces de l’auteur, Adèle et Eloïse Constant, auxquelles il proposait Mlle Eugénie pour modèle. Cet écrit, qui retraçait dans un style simple et parfois pathétique, une vertu hors ligne, et pratiquée dans des temps difficiles, eut un succès prodigieux en France et jusqu’en Italie, et fut débité à 1,000 exemplaires. L’auteur y développa sans doute un certain talent et y fit une juste application des passages des saints livres, mais aussi la rareté, au sortir de la Révolution, des ouvrages populaires de morale religieuse, contribua puissamment au débit de cet opuscule, qui émut un instant la société d’élite. Il excita la verve poétique d’un élève du collége de Saintes, M. Daudin, qui composa, au sujet de Mlle Maugars, quelques pièces de vers où brillait un certain mérite.

ARCHIVES PUBLIQUES.

Les actes de l’état religieux de la paroisse, remontent à l’année 1690.

ACTES NOTARIÉS.


L’ebromagus des temps anciens, d’après quelques commentateurs.


GÉOLOGIE.

Aux environs de Saint-Maigrin, dans toute la vallée, depuis le grand étang, on trouve un dépôt de marne grisâtre et jaunâtre, avec boules disséminées d’un calcaire jaunâtre, quelquefois mélangé avec rognons de quartz et grains de fer oxidé. On y exploite certains bancs d’une craie blanc-grisâtre, pour pierres à chaux, où se trouvent quelques trigonies et sphérulites.

Au-delà de Saint-Maigrin, des lambeaux isolés de craie jaune paraissent, en se prolongeant, recouvrir les hauteurs d’Archiac et de Sainte-Lheurine. [W. Manès, p. 167.]

SAINT-MARTIAL-DE-COGULET.

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672 hab. — 1160 hect.

Cette paroisse et son église, sont sous le vocable du célèbre apôtre d’Aquitaine, saint Martial, un des soixante-douze disciples du Sauveur, envoyé dans les Gaules, par saint Pierre, au premier siècle de l’ère chrétienne , et dont on célèbre la fête le 30 juin; le dimanche suivant il y a, dans le bourg de Saint-Martial, une assemblée, sorte de foire de peu d’importance. L’église de Saint-Martial appartient à deux périodes architecturales. Le portail est à plein cintre, orné de cables, dents de scie légèrement arrondies à leur extrémité. Deux fenêtres portent à l’extérieur des dents de scie aigues. Les chapiteaux des colonnes de la nef étaient ornés de figures grotesques, qu’on a fait disparaître; deux seulement les ont conservées. Le sanctuaire et le chœur, ont été voûtés sous la période ogivale, avec nervures prismatiques. Le fond de l’abside se termine par une muraille droite, au milieu de laquelle est une grande fenêtre, avec meneau et dessins flamboyants, imitant une sorte de trèfle. Le clocher, de forme lourde et carrée, est placé sur le chœur. Sur chacune de ses faces est une fenêtre de grandeur et de forme différentes. Celle du nord reproduit la fenêtre du fond de l’abside. La cloche pèse 270 kilogrammes et porte l’inscription suivante:

MARIE DE St MARTIAL A ETE FONDUE L’AN 1849

PAR FONTAYREAU A BORDEAUX PARRAIN JEAN POIRIER MAIRE,

MARRAINE ROSALIE FROIN.

Un village, nommé le Petit-Juillac, était avant la Révolution, le chef-lieu d’une paroisse peu considérable. Son église, sous le vocable de saint Pierre, a été démolie vers 1806, vu son état de dégradation et par ordre de l’autorité, qui redoutait sans doute quelque catastrophe.

Un autre hameau de cette commune, composé d’une dixaine de feux, porte le nom très-ancien de Cogulet. C’est lui qui, vu son antique prépondérance, a ajouté son nom à celui de saint Martial, patron de la paroisse.

Cette commune est assez boisée, et est bornée au N. par le Né.

Elle ne possède point d’actes de l’état religieux antérieurs à 1790.

Dans les prairies qui avoisinent Saint-Martial, on voit un lin à fleurs bleues, qui y croit abondamment, et dans les terres sèches et pierreuses, un autre lin à fleurs jaunes. Dans les terres fortes, on trouve assez abondamment une sorte de chou tétragone, que le peuple appelle poule-grasse, et qui lui sert d’aliment

NEUILLAC.

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570 hab. — 1061 hect.

L’église de Neuillac est dédiée à saint Pierre, prince des apôtres, et bien que la fête patronale ait lieu le dimanche qui suit la fête du Saint-Sacrement. Son abside est dans le style roman du XIe siècle; le clocher semble appartenir au roman de transition, ainsi que le mur midi. Le reste de l’édifice est ogival. C’est une des églises de la contrée la moins bien conservée. En 1859, on y a construit un plafond en plâtre, aux inflexions ogivales et à vives arrêtes, sans nervures ni arcs doubleaux. On ne pouvait, dit-on, faire beaucoup mieux au milieu de tant de ruines et de délabrement.

A droite, se trouve la chapelle de N.-D. qui anciennement, dut avoir un certain mérite artistique.

Le clocher de Neuillac, actuellement surmonté d’une toiture élancée, couverte en ardoises, vu au travers des peupliers et autres grands arbres qui l’entourent, est d’un gracieux effet de paysage. C’est ainsi qu’il se fait pardonner sa coiffure trop moderne. Il renferme une cloche, dont voici l’inscription:

JAY ESTE FAICTE EN LHONNEVR DE DIEV POVR SERVIR

A LA PAROISSE DE NEVLLAC

MON PARRAIN Mtre ESTIENNE JAVBERTYE Ptre DE LA PAROISSE ET MARRINE MADELAINE JALLAIES DAME PRESIDENTE DE LA LANDE JEAN BERTRAND PIERRE COLLIN SINDICS. JEAN ET PIERRE EVLIN JAQVES SAVGE HELI BERTRAND M MOTARD TOVS DV LIEU L’AN 1654.

Au-dessous de cette inscription est une belle croix en relief rond et à côté sont des armoiries.

En le mois de février 1862, on a érigé dans l’église de Neuillac, un chemin de croix peint surtoile, qu’on estime 800 francs, et qui a été donné à la paroisse. par S. M. l’Impératrice.

En 1860, comme on démolissait l’ancienne cure, on a trouvé dans les murs deux inscriptions: l’une de 1550 et l’autre de 1614. Cette dernière était accompagnée du monogramme de N.-S. et de celui de sa très-sainte mère. Venaient ensuite ces lignes: «Maître Ambroise Fourrier, docteur en théologie, chanoine

» de l’église cathédrale de Saintes, cvré de cette paroisse de Neulhac (sic), a

» posé cette pierre le IXe jovr de jvillet de l’an 1614. — Claude Anglade vicaire.»

La Révolution trouva pour curé à Neuillac, M. l’abbé Michel de Lamorinerie qui, en 1792, dut quitter sa paroisse et partir pour l’exil, afin de sauvegarder sa foi et ses promesses religieuses; cet ecclésiastique mourut en Espagne. Nous aimons à faire revivre aujourd’hui le souvenir de ces généreux confesseurs de la foi.

Son prédécesseur, l’abbé Gaubert, avait été secrétaire de Mgr l’évêque de Saintes.

On estime dans le pays que cette cure actuellement peu importante, vu la mince population de la commune et l’éxiguité du bourg, était autrefois une des plus considérables du diocèse de Saintes, surtout au regard de ses revenus, et était donnée, par suite, à des ecclésiastiques recommandables. Suivant le pouillé de 1586, elle était à la nomination de l’évêque diocésain.

Au commencement du XVIIe siècle, Catherine de Redon, dame de Neuillac, épousa Raimond de Forgues, baron de la Rocheandry, grand-maître des eaux et forêts de France. [V. les Sainte-Hermine de Neulles.]

Jean-Zacharie de Lafaurie, baron de Villandreau, vicomte de Pommiers, etc., président à Mortier à la C. des aydes de Paris, était dit-on, Sgr du Quint, en la paroisse de Neuillac; ce lieu nous est présentement inconnu.

ROMAS.

Cette ancienne gentilhommière se voit sur la route de grande communication de Jonzac à Lonzac. A côté se trouvent la métairie de Romas et le moulin du même nom, mu par une belle nappe d’eau. On y voit un pont en pierre. récemment reconstruit sur le Trèfle, et qui porte la route déjà indiquée.

Ce fief appartenait autrefois aux Audebert et puis aux Michel, et relevait de Chadenac. Dès 1680, Abel Audebert, écuyer, était Sgr de Villiers et de Romas; il avait épousé, en 1665, Sara de Verteuil. Cette terre passa ensuite à François Audebert, écuyer, major au régiment d’Orléans; elle échut, par alliance, à la maison Michel de Lamorinerie et par le mariage, en 1700, de Marie Audebert avec Izaac Michel, Sgr de Diconche et de Treillebois, conseiller du roi, lieutenant-criminel de la sénéchaussée de Saintonge et du présidial de Saintes. Cette terre sortit de la maison Michel de Lamorinerie, vers 1779, et fut vendue à M. Julien. On trouve sur les registres de la paroisse de Saint-Maur, à Saintes, et à la date du 8 janvier 1779, l’acte d’inhumation de Dominique Michel, Sr de Romas, écuyer, fils de messire Izaac Michel, écuyer, Sr de Lamorinerie et de feu dame Catherine Cotard, âgé de vingt-neuf années seulement.

Armes des Michel de Lamorinerie: d’or à la fasce d’azur, chargé de trois besants d’argent, accompagné de trois merlettes de sable.

Les registres de l’état religieux de la paroisse, remontent à 1666, ils constatent qu’en 1735, fut inhumée dans l’église de Neuillac, Marie Audebert, épouse d’Izaac Michel, ancien lieutenant-criminel de Saintes, décédée dans la communion de l’église catholique, à l’âge de cinquante ans. Prévost de Gautié signa le registre.

Le Trèfle limite, de l’E. à l’O., cette commune, qui se trouve placée sur le bord de l’ancienne voie romaine allant de Blaye à Jonzac et Cognac.

NEULLES.

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316 hab. — 590 hect.

La petite église de Neulles, paraissait dès 1402, dédiée à la Très-Sainte Vierge; et la cure était à la présentation de Mgr l’évêque du diocèse, d’après le pouillé de 1586.

L’église, en style roman, avec un ossuaire, dont la porte se voit extérieurement, avait été restaurée sous la période ogivale; ce n’est plus à présent qu’une ruine. A droite, se voient les restes d’une chapelle dite de Bois-Seguin. Voici l’inscription de la cloche:

SAINTE VIERGE PRIEZ POUR NOUS GANSBERG FONDEUR 1780. JEAN BRAUD FABRICIEN.

Cette commune est bornée au levant par le ruisseau dit l’Oulette, au couchant, par celui du Breux et au midi par le Trèfle. Ces trois cours d’eau en font comme une presqu’île. — Les registres publics remontent à l’an 1626.

GENTILHOMMIÈRE DE NEULLES

APPARTENANT AUX SAINTE-HERMINE.

Cette maison, illustrée par ses alliances et ses services, est originaire de l’Aunis .

Aimeric de Sainte-Hermine, chevalier, rendait en 1342, un aveu des fiefs qu’il possédait dans les paroisses de Neusles, Husseau et Chadenac, à Aymar, Sgr d’Archiac.

Jean de Sainte-Hermine, valet, rendit en 1400, à Aimar d’Archiac, son aveu pour les terres que possédait, en 1342, Aimeric de Sainte-Hermine, en les paroisses de Neusles, Neuillac, Husseau, etc., et les lui vendit en 1429; il servait en 1418, dans la compagnie de Pierre Bouquet.

Armes: Cette famille porte d’hermine plein.

Eustache et Aimeric de Sainte-Hermine, parurent aux troisième et septième croisades, XIIe etXIIIe siècles .

Le portrait d’Aimeric se trouve au musée de Versailles (salle des croisades). On voit à Neulles trois habitations qui ont donné des titres à leurs anciens possesseurs: Minot, où se trouve un moulin sur le Trèfle, La Vigerie et Bois-Seguin. Minot dépendait du Gibaud, appartenant à la famille de Beaumont. Marie-Anne de Beaumont, sœur de l’évêque de Saintes, Mgr Léon de Beaumont, se disait dame de Minot. La Vigerie est située à l’extrémité N.E. de la paroisse. Marie Rataud, dame de La Vigerie, épousa, en 1557, Jean Audebert de la Sicaudière, de Cubillac, etc. Pierre Audebert, Sgr de La Vigerie, épousa Jeanne de Nossay; — Jean Audebert, écuyer, Sgr de La Vigerie, de la Haye, etc, s’unit 1° à Catherine de Laporte; 2° à Jeanne de Cumont en 1673; — Paul Audebert, écuyer, Sgr de La Vigerie. Cette terre appartint ensuite à la famille Fontguyon de Montalembert.

Bois-Seguin, actuellement en ruines, était au XVIIe siècle à Foucher de Bois-Seguin. Par le mariage de Louis Dugros, avec Anne Foucher de Bois-Seguin, cette terre leur échut et leur fils, né en 1648, s’intitulait François du Gros de Bois-Seguin. Cette famille doit exister encore aujourd’hui.

CÉLÉBRITÉ LOCALE.

Le dernier curé de Neulles, au moment de la Révolution, M. l’abbé Bouynot, né à Saint-Maurice-de-Tavernolle, vers 1755, et qui desservit la paroisse dix ou douze années, fut exilé en Espagne, pour refus de serment à la constitution civile du clergé, en 1792. Il est mort en exil, à l’âge de soixante-dix-neuf ans. Cet ecclésiastique a publié une grammaire espagnole-française, qui dut rendre d’importants services aux nombreux confesseurs de la foi, ses compatriotes, déportés en Espagne, sur la fin du dernier siècle. Cette grammaire y fut imprimée vers 1794.

Les ressources que l’abbé Bouynot se procura comme professeur de langues française et latine, tant au collége royal de Valence, que chez le comte d’Orgas, grand d’Espagne, adoucirent les rigueurs de son exil, et après la Révolution, ils rendirent sa position à l’étranger tellement avantageuse, qu’il ne songea plus à en sortir. Il écrivait à son frère, en 1817, que la privation des relations de famille, était la seule cause de ses regrets. L’abbé Bouynot refusa modestement une place d’instituteur dans le palais même du roi à Madrid. Peu avant la Restauration, il vit le duc d’Angoulême en Espagne. Rentré en France, ce prince se rappela l’exilé et lui envoya, en 1816, par l’entremise du duc de Duras, la petite décoration du lis.

Pour faire faire à nos lecteurs une entière connaissance avec ce vénérable prêtre, nous transcrirons presque en entier, sa belle profession de foi faite, non sans un grand courage, alors que le gouvernement exigeait le serment à la constitution civile du clergé. Elle porte le cachet de cette charité catholique, comme de cette fermeté doctrinale digne des premiers temps de l’Église:

«Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il est du devoir d’un vérita-

» ble chrétien et surtout d’un prêtre, de ne jamais trahir la vérité ; elle doit-

» être sur ses lèvres comme dans son cœur. Pénétré de ces principes, je

» déclare avoir fait le serment civique, pour ce qui est du ressort de la puis-

» sance temporelle; jamais personne n’y sera plus fidèle que moi. L’évangile

» me l’ordonne, quiconque ne serait pas fidèle à la nation, à la loi et au roy,

» paraîtrait un monstre à mes yeux; mais comme je suis convaincu que le

» serment que l’on exige de moi aujourd’hui contre le spirituel, tend à anéan-

» tir la hiérarchie établie par N.-S. Jésus-Christ, et bouleverse par-là même

» ma conscience, et que l’assemblée nationale a décrété que nul ne peut être

» inquiété pour ses opinions même religieuses, je proteste, à la face du ciel et

» de la terre, que je ne le prêterai jamais, moyennant la grâce de Dieu, à

» moins que l’autorité de l’Église, à laquelle je me fais gloire d’être soumis

«pour le spirituel, de même que je me glorifie d’être soumis à la puissance

» civile pour le temporel, ne me le permette. Mon premier devoir est donc

» d’attendre, à l’exemple de mes supérieurs dans l’ordre hiérarchique, la

» réponse du successeur de saint Pierre...

» Ministre d’un Dieu de paix, j’exhorterai toujours mes paroissiens à main-

» tenir cette paix, et je me flatte qu’ils ne la troubleront jamais. Je leur

» apprendrai, autant par mon exemple que par mes paroles, ce que dit J.-C.,

» qu’il faut rendre à César, ce qui appartient à César, et à Dieu, ce qui est à

» Dieu. Tels sont mes sentiments, tel est l’abrégé de ma doctrine. Je l’ai

» exposée comme je ferais mon testament de mort. Je la crois conforme et la

» soumets à celle de notre mère la sainte Église catholique, apostolique et

» romaine, dans le sein de laquelle je veux vivre et mourir moyennant la

» grâce de Dieu...»

CANTON DE SAINT-GENIS.

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12,970 hab. — 20,855 hect.

Ce canton, formé de l’ancienne châtellenie de Plassac et de parties de celles de Pons, Jonzac et Cosnac, se compose de terres arables très-productives et que, depuis quelques années, on se hâte de transformer en vignobles, de prairies arrosées par la Gironde, la Sévigne et divers ruisseaux, et de vastes taillis de chêne, que la vigne commence aussi à envahir.

Il comprend 17 communes, savoir:


ANTIGNAC.

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173 hab. — 243 hect.

La petite église d’Antignac, actuellement desservie par le curé de Clam, Forme un simple rectangle avec abside sémi-circulaire de la phase romane; on y remarque le grand et le petit appareil, l’abside est revêtue extérieurement d’une maçonnerie en moellons, noyée dans un mortier ordinaire. Elle est intérieurement voûtée en cul de four; il existe une travée de voûte en berceau au-dessus du chœur; le reste de la nef n’est pas voûté. La porte est à plein-cintre, mais sans ornementation, de même que les fenêtres. Le clocher est de forme carrée et appartient à l’époque romane, mais il a été surélevé de quelques pieds de maçonnerie et on l’a coiffé d’une charpente élancée, revêtue de tuiles plates. La cloche, fondue il y a peu d’années, a été tout nouvellement brisée .

Cette église est dédiée à saint Pierre, prince des apôtres, dont la fête se célèbre le 29 juin, si c’est un dimanche, ou bien le dimanche qui suit immédiatement .

On voit, non loin de l’église, les restes d’une ancienne maison, possédée actuellement par M. Canolle, avocat et maire de Jonzac. Ce manoir se nomme Fontguyon et a du appartenir, au XVIIe siècle, à la famille de Montalembert, branche dite de Fontguyon.

Cette commune est bornée au N. par le Trèfle, petite rivière poissonneuse et qui se jette dans la Sévigne, près de Mosnac.

On présume qu’il a existé jadis un moulin à poudre au lieu dit les Poudriers.

Quand on se rend de Saint-Georges à Antignac, le petit clocher de cette dernière paroisse élève sa flèche sur un point déjà culminant, au milieu d’une riante campagne, dont le vaste horizon aux contours bleuâtres, semble s’étendre à l’infini. C’est un des plus beaux aspects de notre Saintonge. Ainsi s’est-il offert à notre admiration dans une brillante journée du mois de juin.

La Statistique du département parle de vieux pans de murailles à Antignac, qui feraient croire, dit-elle, à l’existence d’anciennes fortifications. Seraient-ce les restes d’un antique manoir, possédé par la maison d’Etampes?

En 1704, François-Henri d’Etampes, comte de Valençay, se disait Sgr d’Antignac, Saint-Germain-de-Luzignan, etc.

En 1789, Louis d’Etampes, marquis de Mauny, possédait les mêmes terres,

GÉOLOGIE.

Un groupe de calcaires à exogyra auricularis, existe entre Antignac et Jonzac, et entre ce dernier site et Saint-Hilaire-du-Bois; on le voit encore placé au sud d’une bande de calcaires à rudistes, aux environs de Lorignac. [W. Manès, page 153].

Les grès calcaires abondent aux environs d’Antignac et de Jonzac.

Près d’Antignac, ils paraissent former deux bancs distincts, qui sont compris entre les calcaires durs sub-cristallins; le banc inférieur, puissant d’un mètre à trois mètres, s’observe au village de Geay, sous les moulins à vent d’Antignac, et à l’entrée du bourg. Sur les deux premiers points, il est exploité souterrainement et à Antignac même; il contient une assez grande quantité de térébratules et d’exogyres. [W. Manès, page 154.]

Les calcaires durs, massifs, à grains serrés, desquels on tire des blocs de grandes dimensions, très-propres à confectionner des bacs à eau (timbres), se trouvent aux environs de Pons, Antignac et Lorignac. (Celui de Lorignac est plus grossier et moins résistant à la gelée).

Calcaires durs, carrière des Morins, au-dessous du banc inférieur des grès calcaires d’Antignac. [IDEM, page 155, 156. — V. Lorignac.]

Bande ou ligne médiane de craie dure, à rudistes et exogyres, à Antignac, Lussac, Saint-Germain et Jonzac; elle fournit des pierres demi-dures, blanches ou grises, à grain fin et serré, peu pesantes, non gélives et faciles à tailler à vive arête. [IDEM, page 233.]

BOIS.

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918 hab. — 2,103 hect.

Cette commune se disait autrefois Saint-Pierre-des-Bois, ce qui était plus rationnel et prêtait moins, dans le langage usuel, aux acceptions amphibologiques .

Le souvenir, conservé jusques-là, de sa dédicace au prince des apôtres, a disparu durant la tourmente révolutionnaire.

L’église de cette paroisse, est remarquable par sa forme régulière et ses jolies proportions. Elle relevait autrefois de l’abbé de Saint-Etienne de Mortagne.

La nef, remontant à la période romane du XIIe siècle, se compose de trois travées de voûte en berceau, de construction postérieure, ce semble, à l’édifice. Chaque travée est séparée par une haute colonne à chapiteau orné de feuillages roulés en volute sur les angles, et accompagnée d’un pilastre à droite et à gauche. Sur le transept se trouve le clocher, qu’on dirait avoir été réédifié vers la fin de la période ogivale, sur un plan octogone, et dont la voûte allongée et à nervures, élevée de 13 à 14 mètres au-dessus du sol, appartient à l’époque ogivale tertiaire.

La cloche, pesant environ 300 kilogrammes et coulée au XVIIe siècle, porte l’inscription suivante, que le temps et la mauvaise conformation des lettres, rendent presque illisible:

IE SVIS ETE FAITE POVR SERVIR A DIEV

EN LEGLISE DE S. PIERRE DE BOIS PAR. ANTOINE DE SIGNAC

ESCVIER PRIEVRT MESS... AM... AIT — ET M IEHAN

RAIMOND VICAIRE.

La voûte de la chapelle de la Sainte Vierge, placée à droite, appartient à la même phase ogivale, ainsi que les deux travées du sanctuaire et de l’abside; la chapelle non restaurée, formant le bras gauche de la croix, est dominée par une voûte en berceau surbaissée et passablement disgracieuse, dont la construction ne paraît pas très-ancienne.

Nous n’avons pu retrouver les croissants qui, d’après M. le prince de Ponts Asnières, avaient été sculptés sur les clefs de voûtes, réellement ornées jadis d’armoiries, mais qui ont sans doute été grattées durant la Révolution. Cet édifice, comme tant d’autres de la même période, possède une crypte ou ossuaire, placé sous la chapelle sud et qui vient d’être découvert en janvier 1862, alors qu’on procédait au déblai de l’ancien cimetière environnant l’église. Cette crypte était remplie de débris humains. Elle possède une voûte en berceau, avec corniche peu saillante et circulaire dès la naissance de la voûte.

On a trouvé dans cet ossuaire divers fragments de sculptures religieuses: 1° statue de sainte Catherine, haute de 60 centimètres, dont l’épaule gauche brisée, a été pourtant retrouvée; la tête manque; 2° des têtes d’anges et d’enfants; 3° fragments d’une statue d’un guerrier; 4° l’écusson de la famille d’Asnières, qui jadis devait se trouver dans l’église ou sur sa façade. On suppose que l’enfouissement de ces objets d’art est antérieur à la Révolution.

L’architecte chrétien avait déployé un grand luxe de détails sur le portail de cette église; dix colonnes portaient jadis cinq voussures concentriques, avec moulures plates interposées; quatre colonnes ont été enlevées de chaque côté. Les arcs sont ornés d’un câble, de dents de scie et de têtes de diamants. De chaque côté du portail et séparées de lui par une haute colonne qui monte jusqu’au fronton, se voient deux appendices de fausses portes un peu étriquées.

Au-dessus du portail, règne une jolie arcature, qui reposait primitivement sur neuf colonnes ayant chapiteaux ornés de dents de scie; les neufs fûts de colonnes ont été enlevés. L’extrémité triangulaire du fronton, dans lequel est une fenêtre cintrée, a été rendue irrégulière par les injures du temps.

Toute cette façade, digne de l’attention des archéologues, exigerait de promptes et intelligentes réparations. Elle est disloquée au centre, presque entièrement disjointe, et dépourvue de dix-sept fûts de colonnes qui en faisaient jadis l’ornement.

Nous avons remarqué trois tableaux, qui ne sont pas sans mérite, placés au fond de l’abside: un crucifiement de N. -S., la femme adultère pardonnée et Magdeleine en présence du divin jardinier.

SAINT-ANTOINE.

Le hameau dit de Saint-Antoine, où se voyaient, il y a quelques années, les ruines de l’ancienne chapelle des frères Antonins, dépend aujourd’hui de la commune de Saint-Genis. On raconte, sur les lieux, que l’acquéreur de cette chapelle la renversa et fit servir ses débris à l’érection d’un moulin, que la foudre frappa à deux ou trois reprises différentes.

Ce moulin fut considéré dès lors comme un objet maudit, et le propriétaire se décida à le démolir. Quant à la colonie agricole des religieux franciscains, fondée au même lieu, en 1841, elle est enclavée dans la commune de Bois. Nous allons rendre compte des deux communautés.

Au XIe siècle, l’épidémie dite feu sacré ou feu de Saint-Antoine, donna naissance à l’institut des frères Antonins. Ces religieux s’étaient voués au soulagement des personnes atteintes de cette maladie pestilentielle qui, dès son apparition, fit d’affreux ravages dans nos provinces. Fondée vers 1096, par quelques gentilshommes charitables, l’association avait été mise sous l’invocation de saint Antoine, patriarche d’Orient. Elle ne fut approuvée qu’en 1297. par le pape Boniface VIII, alors que le chef-lieu de l’ordre était à Montmajourles-Arles, et que l’association possédait de nombreux établissements dans la plupart des pays catholiques. Un manuscrit, déposé dans la bibliothèque du château d’Orignac et remontant à l’année 1598, mentionne, page 46, la croix et la terre des Hospitaliers, limitrophe du fief d’Orignac; nous n’hésitons pas à faire remonter au XIIIe siècle, l’origine de cet établissement saintongeais.

En 1841, quelques personnes religieuses, à la tête desquelles était M. l’abbé Fournier, curé de Saint-Martin, de la ville de Pons, érigèrent à l’O. du village de Saint-Antoine, sur un bien assez improductif, acheté de M. de Laroche Tolay, une Colonie agricole, dirigée par des frères de Saint François d’Assises. Sous la main de ces religieux et des jeunes enfants qu’ils forment à l’agriculture, le premier des arts, les cent vingt hectares de landes, bruyères et ajoncs, dépendant de l’établissement, ont pris un aspect inouï de prospérité. La colonie de Saint-Antoine est un nouvel exemple, entre mille, du perfectionnement moral et matériel qu’atteignent les ordres religieux quand ils se fixent dans un pays sauvage et infertile. En septembre 1857, S. Em. le cardinal Villecourt, résidant maintenant à Rome, dans sa visite à son ancien diocèse de la Rochelle et de Saintes, est venu revoir la colonie de Saint-Antoine, qu’il avait autrefois patronnée et qui, dans ces derniers temps, a beaucoup agrandi ses bàtiments d’exploitation. Elle s’est donnée une petite chapelle décente, où nous avons remarqué quelques tableaux, représentant: saint François-d’Assises, patron de la maison, saint François-de-Paule. et saint Isidore, laboureur.

Une pratique d’abnégation chrétienne, leçon de haute sagesse, est en usage dans cette communauté, et elle fit sur nous une vive impression. Près d’un petit bois de chênes et de charmes, où dans le printemps les oiseaux du ciel font entendre leurs ramages, se montre le modeste cimetière de la communauté. Sept petites croix de bois marquent la place où reposent, sous une couche de gazon, sept religieux enlevés déjà à leur pénible tâche. D’autres emplacements inoccupés et en nombre égal aux frères encore vivants, et qui s’ouvriront successivement, sont marqués et dessinés dans ce champs du repos. Tous connaissent leurs futures demeures et vont de temps en temps s’agenouiller près de cet étroit domaine: c’est comme leur apprentissage de la mort. Le père supérieur nous montra sa place au milieu de ses religieux.

Que d’hommes du siècle auraient besoin de venir ici, pour réfléchir, et imposer silence aux passions qui les tyranisent!...

CHATEAU DE LA CHAPELLE.

Ce castel, relevant de la sirerie de Pons, fut très-anciennement possédé par les familles de Brunet et d’Asnières, dont nous donnons ci-après la généalogie.

D’après la Statistique du département, , Henri IV y aurait reçu l’hospitalité, sans doute du vivant de Jacques d’Asnières.

Peu avant la Révolution française, le vieux marquis Henri-Paul d’Asnières habitait ce château avec quelques domestiques. A la suite d’une de ces tristes et longues veillées d’hiver, le chêne venait de s’éteindre dans l’âtre séculaire de la grande salle. Tout le monde allait se livrer au sommeil, pendant que la neige tombait à flocons pressés. Les chiens de la ferme, auxquels répondaient ceux des hameaux voisins, hurlaient de minute en minute. C’était à glacer d’effroi les plus intrépides. Une baguette de fée semblait avoir relégué tout à coup le vieux manoir dans les steppes glacées et inhospitalières de la Sibérie. A peine minuit avait-il sonné, que les murs du château sont ébranlés et qu’un fracas épouvantable met sur pied tous les gens du vieux manoir. Trente ou quarante brigands avaient envahi l’asile du marquis: la porte extérieure du vestibule venait de céder sous l’action puissante d’une poûtre trouvée dans la cour et qui, balancée dans les mains des bandits, puis poussée contre l’antique fermeture, avait disloqué et rompu ses ais mal assujettis. Le marquis d’Asnières, en brave chevalier, et quoique âgé de plus de quatre-vingts ans, demandait son épée, mais personne ne lui répondait; ses domestiques étaient retenus prisonniers, lui-même était gardé à vue dans sa chambre et, pendant deux ou trois heures, il assista au pillage de son logis. Quand l’œuvre de brigandage fut consommée, les voleurs se retirèrent au travers des bois; on en vit quelques-uns suivre le vieux chemin saunier de Brie à Cozes. A la suite de ce malheur, la Révolution survint.

Le château de La Chapelle, sur lequel la nation ne fit pourtant point main-basse, fut vendu, en 1832, parles héritiers d’Asnières. La Statistique du département le place à tort dans la commune de Champagnolles, et mentionne que M. Hervé, député de la Gironde, à qui il appartenait, l’avait rebâti à la moderne, tandis qu’il l’avait seulement restauré.

En 1855, le feu ayant pris dans une des chambres du château, le consuma en entier; M. le chevalier Lafenêtre, son propriétaire, vendit, peu après, le bien en détail, de sorte qu’il n’existe plus que le souvenir de ce manoir qui, pendant cinq cents ans, abrita une famille à laquelle l’Église et l’État durent plusieurs hommes remarquables.

ANCIENS SEIGNEURS DE LA CHAPELLE.

Gombaud de Brunet, chevalier, Sgr de La Chapelle fut marié à Bonne de Mauvisse; celle-ci, légataire de son mari, se remaria avec Arnaud Dupuy.

Marguerite Dupuy, leur fille, dame de La Chapelle, épousa André Alias Drouet d’Asnières, huitième possesseur du château d’Asnières, près Pons, institué héritier par testament de son père, en 1401. Drouet prit part, en qualité de chevalier, au tournoi donné en 1414, par Jean duc de Bourbon, où seize Français se battirent contre autant d’Anglais.

Seguin d’Asnières, après la mort de Marguerite Dupuy, sa mère, se dit Sgr de La Chapelle et de Malésière; il possédait aussi le Breuil de Villars. Son frère, Pierre d’Asnières, fut prieur de Saint-Eutrope à Saintes. Seguin avait épousé, en 1447, Catherine Fricon dont la mère était Jeanne de Ponthieu. Un de leurs enfants fut prieur de Bois . Seguin rendit hommage au roi en 1460, pour son fief d’Asnières; il parut au ban de la noblesse de Saintonge, convoqué par Louis XI, en 1467.

Jean d’Asnières, écuyer, Sgr d’Asnières, La Chapelle, le Breuil, la Malésière, le Bougeron, etc., fut marié 1° en 1472 à Jeanne Aisse ou d’Aitz de Touvérac [V. Sentence de la sénéchaussée de Saintes, de 1482]; 2° à Jovine ou Louise des Glenets, alias Glenais, fille du Sgr de Jars, près Montlieu. Jean réédifia le logis de La Chapelle, et agrandit les possessions de sa seigneurie; il fut Sgr de La Salle, de Beissac.

Jean Il d’Asnières, écuyer, Sgr de La Chapelle, des Tousses, etc., marié en 1492, 1° à Jeanne Suard; 2° en 1500, à Jeanne de la Chassaigne. Il acheva de bâtir et d’agrandir La Chapelle; il réédifia aussi une partie du châtel d’Asnières; il était mort avant 1561.

François d’Asnières, écuyer, fils de Jean d’Asnières et de Jeanne de La Chassaigne, fut marié, en 1520, à Françoise de Maisonnais; gentilhomme de la chambre du roi, il parut, en 1530, à la montre de la noblesse du Poitou, et fit, en 1519, le dénombrement de ses fiefs.

Jacques d’Asnières, écuyer, Sgr de La Chapelle, de Maisonnais, etc., marié en 1567, à Marguerite de la Guyonnie de Derves, était, en 1570, un des plus forts appuis du parti calviniste [V. Cosnac, de Saint-Thomas, canton de Mirambeau], et avait le titre de capitaine du régiment de son nom; ce fut sous lui qu’Agrippa d’Aubigné fit ses premières armes; il eut cette même année, le titre de son porte-enseigne, ayant à peine vingt-ans. En 1576, d’Asnières était commandant de la ville de Pons. A cette occasion, Henri IV lui écrivait de Thouars, le 25 de mai, pour qu’il pourvut à l’entretien des provisions de la place. En 1579, le même prince lui prescrivait de se rendre à Pons, pour parer à une attaque projetée par l’ennemi. Nous reproduisons cette lettre inédite avec plaisir, et sans rien changer à son style original:

«Monsr Dasnyeres ayant eu advys certain que nos ennemys sassemblent » ceste nuit pour parler dune entreprise qu’ils ont sur la ville de Pons de » St Jehan ou sur moy jay bien voulu aussy tost vous en advertir et prier » de vous acheminer jncontinant la pnte receue en lad. ville de Pons po’ — » pour — pourvoir a la conservation dycelle selon la parfaite confiance que » jay en vous et faire tenir les habitans sur leurs gardes, et nestant la pnte » a aultre fin je me recommanderai bien affectionnement à votre souvenir » pryant Dieu ql vous ayt Monsr Dasnieres en sa saincte garde.

» A Pons ce XIIme juin 1579.

» [De la main du roi] Vre bien asseure et meilleur amy

» HENRY DE BOURBON.

» Monsr Dasnieres je vous prye donner le » mesme advis à Monsr de St Mesme et me » mander ce que pourrez découvrir dans le pays.»

En 1580, autre lettre du même prince, pour inviter M. d’Asnièrs à se rendre en compagnie du comte François de La Rochefoucauld, sous les murs de Sainte-Bazeille, dans l’Agenais, que le roi désirait secourir et dont il regardait la possession comme intéressant toute la Guyenne.

Jacques d’Asnières fit, en 1586, un partage avec ses frères Olivier et Pierre, et nous pensons qu’à partir de cette époque, il laissa reposer sa vaillante épée.

Léon d’Asnières, écuyer, Sgr de La Chapelle, de Grenne, etc., marié en 1605, à Gabrielle de Lezay-Lusignan, passa en 1629, une transaction avec les PP. jésuites de Saintes, le duc d’Epernon et le prieur de Poitiers touchant le fief des Sarmillères, près Plassac, qui avait été inféodé à Gombaud d’Asnières, un de ses ayeux, en 1235. [V. Généalogie complète des Sgrs d’Asnières, par le prince de Pons la Chataigneraye.]

Robert d’Asnières, écuyer, fut marié en 1637, à Marie de Barbezières, qui lui avait porté 30,000 livres. En 1656, Robert était encore dans le parti de la réforme. En 1660, il passa une transaction avec le duc de Candalle.

François II d’Asnières, écuyer;

Henri - François, son frère, marié à Henriette - Céleste Bretinauld, le 3 avril 1709, colonel dès 1702, du régiment des gardes-côtes établi à Champagnolles.

Henri-Paul d’Asnières, écuyer, marié en 1743, à Marie-Anne d’Asnières, sa cousine-germaine, vota, en 1789, pour son fief de Saint-Denis, à l’assemblée convoquée à Saintes, pour les Etats-généraux.

Léon d’Asnières, écuyer, lieutenant-colonel des mousquetaires, capitaine des gardes-côtes de Mortagne en 1761, vota en 1789, à l’assemblée convoquée à Saintes pour les Etats-généraux, au regard de son fief de La Chapelle, et mourut en 1806.

Armes: d’argent à trois croissants montant de gueules posés 2 et 1. Ces armes avaient probablement été conquises par Guillaume d’Asnières, banneret, croisé, qui assista à la septième croisade, où commandait saint Louis en 1248, et qui était à Damiette en 1249. — Son portrait se trouve dans la galerie historique de Versailles. — Un Jean d’Asnières fit partie de la première croisade, de 1096 à 1145.

Les seigneurs de La Chapelle formaient la branche aînée de la maison d’Asnières, arrêt du parlement de Paris du 4 février 1785, et lettres-patentes du roi, données à Versailles, au mois d’avril 1787.

M. Eugène d’Asnières qui vient de mourir — 1859 — à La Barde, près Jarnac (Charente), représentait la branche ainée. Il a laissé trois fils: MM. Henri, Adolphe et Eugène d’Asnières. A la branche cadette appartient M. Jean-Baptiste-Auguste d’Asnières, marquis de la Chateigneraye, dit le prince de Ponts, habitant le Loiret.

LA BARDE.

Ce château, dont les ruines couvertes de ronces et les souterrains a demi-comblés, ont aujourd’hui quelque chose de tristement mélancolique et que les gens du pays ont regardé longtemps comme une sorte de repaire d’esprits malfaisants, était au commencement du XVIe siècle, entre les mains de Jehan Vidaut de Romefort, écuyer, Sgr de Chassagnes (Arces), et de Saint-Pallais-sur-Mer, échevin à Saintes en 1525, qui portait d’or au pal de gueules. Sur la fin du XVIe siècle, ce château était passé dans la maison de Lâge, et y était encore au moment de la Révolution.

Le Nobiliaire manuscrit, possédé par M. Fromy, établit ainsi les Sgrs de La Barde, antérieurement sans doute au XVIe siècle:

Jean du Gravier, marié à Jacquette Ambaud;

Jean II du Gravier, marié à Louise Ravalet;

Gabriel du Gravier, marié à Esther Vidaut;

Daniel du Gravier, marié à Marie Laseur.

Armes: d’argent semé d’hermine à un lion rampant de gueules, lampassé de même, deux griffons ailés pour supports. [V. Bonlieu.]

BONLIEU.

1515 — René de Lâge, Sgr de Bonlieu, marié à Françoise de Chaperon, rendit hommage pour l’hôtel de Volude.

Léon de Lâge de Volude, marié en 1531, à Jeanne Joubert.

1594 — Clément de Lâge, marié à Hilairie Nicolas.

Paul de Lâge, marié à Jacquette d’ Asnières, est ainsi devenu Sgr d’Asnières, pour partie.

Paul II de Lâge, Sgr d’Asnières, allié à Izabeau Jourdin.

Pierre de Lâge, marié à Françoise du Gua; dans le même temps vivait François d’Asnières, Sgr de Bonlieu en partie.

Léon de Lâge, Sgr de La Barde, au XVIe siècle, marié à Anne d’Asnières.

Gabriel de Lâge, Sgr de Bonlieu, marié à Eléonore du Gravier.

Armes: d’or à une aigle éployée de gueules pattée et becquée de sable.

En 1789, François d’Isle, Sgr de Bonlieu, vota à l’assemblée tenue à Saintes pour les Etats-généraux. — Armes: de gueules à deux chevrons d’or et trois croissants d’argent.

MALVILLARS, MARVILLARS OU MAIL-VILLARS.

Ce manoir, habité aujourd’hui par M. Beauviel, ancien avoué, était aux XVe et XVIe siècles, une des possessions de la famille d’Asnières. [V. Bois.} II appartint durant plus d’une moitié du XVIIIe siècle et jusqu’à la Révolution, à Henri-Mathieu d’Isle, né en 1744, chevalier, Sgr de Ballode, Malvillars, Beauchêne et Théon. C’était un brave officier de la marine royale et qui servit ensuite avec distinction dans l’armée de terre, où il fut nommé lieutenant-colonel du régiment de Nouailles-infanterie, et décoré des ordres de saint Lazare et de saint Louis; |il avait épousé, en 1773, Magdeleine-Thérèse du Breuil de Théon de Châteaubardon.

Henri-Mathieu d’Isle, vota à l’assemblée de Saintes, en 1789.

Armes: d’argent à trois roses de gueules, pointées et boutonnées de sinople, posées 2 et 1.

LAIGUILLON.

En 1789, Joseph-René Lefourestier de la Romade, vota à l’assemblée de Saintes pour les Etats-généraux, au regard de ce fief.

Les descendants de M. de la Romade, habitent encore Laiguillon, et continuent l’antique lignée des Lefourestier d’Orignac.

Armes: d’argent au lion de gueules, couronné d’or; alias d’argent, au lion couronné de gueules.

La commune de Bois est arrosée par la Seudre et le Piou.

BIOGRAPHIE LOCALE.

On dit qu’un ancien prieur-curé de la commune de Bois, l’abbé Pierre Cuppé, bachelier en théologie, chanoine régulier de Saint-Augustin, avait écrit, au XVIIIe siècle, un livre intitulé Le ciel ouvert à tous les hommes, etc., et on assure que cet ouvrage, d’une orthodoxie assez douteuse au point de vue catholique, n’a jamais été imprimé.

GÉOLOGIE.

Le quartz calcédoine mamelonné, de couleur jaunâtre ou bleuâtre, est disséminé dans les sables supérieurs de Saint-Antoine. [W. Manès, page 77.]

On y voit aussi le quartz calcédoine stratoïde à couches concentriques de diverses nuances; un échantillon, trouvé dans la lande de Saint-Antoine, rappelle les agathes d’Oberstein. [IDEM, page 78.]

La lande de Mortagne et de Saint-Antoine est composée de sables silicieux jaunâtres ou rougeâtres, contenant énormément de cailloux siliceux disséminés; ainsi que des rognons applatis de grès, des plaques de silex poreux, des amas d’argile grise à poterie, et des nodules de minerai de fer. On y trouve quelques calcédoines mamelonnées et géodiques, qui offrent de très-belles teintes et sont susceptibles d’être taillées pour bijoux. [IDEM, page 103, 184.]

CHAMPAGNOLLES.

Table des matières

1068 hab. — 1703 hect.

L’église, dédiée à saint Pierre, prince des apôtres, est une de ces anciennes constructions romanes, si nombreuses dans la Saintonge, et remontant aux premières lueurs du XIIe siècle. Elle se compose d’une nef, formée de quatre travées séparées par des colonnes isolées, à demi engagées dans la muraille et portant un plafond moderne, en bois du nord, arrondi en forme de berceau. Une coupole allongée, de forme élégante et octogone, s’élève au-dessus du transept et est dominée par un clocher quadrangulaire assez élevé, à toit obtus. On y voit une cloche du poids de 600 kilogrammes, fondue en 1834, et qui a eu M. Ferdinand Lambert pour parrain, Marie Drillaud pour marraine, M. P. Legois, desservant. Le son de cette cloche accuse une fèlure. L’abside, voûtée en pierre, ainsi que les chapelles latérales, formant une croix latine, atteste la période romane et offre quelques chapiteaux historiés. La chapelle du côté gauche est dédiée à la Sainte Vierge; elle a perdu son abside arrondie, qui faisait le pendant de celle de droite et qui sert actuellement de sacristie. La chapelle du côté droit, existant dans son état primitif, est dite chapelle des Touches, probablement parce que son entretien était autrefois confié aux Sgrs du château des Touches, et qu’ils y avaient peut-être leur sépulture.

L’extérieur des trois absides est singulièrement orné au gré de la foi expressive des artistes du moyen-âge. Les archivoltes des fenêtres sont chargées de sculptures en damier, de zig-zags, de billettes, de têtes de diamants, etc.; des mascarons, aux attitudes grotesques, soutiennent une frise à damier. Le XVe siècle a ajouté une fenêtre, actuellement murée, à cette abside romane qui a besoin d’intelligentes réparations. Le portail principal a été refait sous la période ogivale du XVe siècle. Son archivolte, à nervures prismatiques, est chargée de crosses végétales.

Le reste du fronton est demeuré intact et comprend, sur le premier plan, quatre arcatures avec colonnettes, et sur le second, deux seulement.

Dans le cimetière ancien qui entoure encore l’église, et bien qu’un nouveau, placé au N.-O., lui ait été récemment substitué, gît le fût d’une croix osannière de la période ogivale, sculptée avec intelligence, mais fortement dégradée, et qui aura été renversée durant la tourmente révolutionnaire.

Autrefois, Champagnolles était un prieuré-cure à la présentation du prieur conventuel de Saint-Etienne de Mortagne; il était placé dans la circonscription de l’archiprêtré d’Arvert jusqu’en 1648, puis il passa dans celui de Pons.

Le presbytère de Champagnolles, attenant à l’église et au S.-E., est d’une amplitude surprenante: vaste cour environnée de servitudes, maison d’habitation, composée de pièces énormes et nombreuses, à étage de 3 mètres 50 centimètres, corridors interminables; jardin au N., de cinquante ou soixante ares de surface, environné de hautes murailles.

Cette vaste disposition ferait croire à l’existence ancienne d’une communauté de religieux augustins dans cet ancien presbytère, à qui la Révolution à pris quelques-unes de ses dépendances, qui ont été vendues.

LES TOUCHES.

Le château des Touches où de Champagnolles restauré sur la fin du XVIIIe siècle, par M. Paul-François de Lâge de Volude, appartient aujourd’hui à M. Lambert, descendant des Lambert, notaires à Saint-Fort, durant les XVIe et XVIIe siècles.

En 1522, ce château était habité par Guillaume de Ballode, écuyer, Sgr de Champagnolles, Saint-Quentin, etc.

En 1561, Guichard Fourestier se disait Sgr des Touches.

En 1576, Arnault d’Amel, s’intitulait Sgr des Touches.

Il passa ensuite dans la maison de Lâge de Volude, par le mariage de Marie de Mauvisse, dame des Touches, avec Paul de Lâge de Volude au XVIIe siècle. [V. Lorignac.]

Il ne sortit de cette famille qu’au moment de la Révolution.

LE GAGNON.

Ce manoir, appartenant aujourd’hui à M. Coudrin, notaire et maire de Champagnolles, était une très-antique gentilhommière, dont était dame, au XIIIe siècle, Arsende, seconde épouse de Poincy — Poncius — d’Asnières.

A celle-ci, succéda son fils, Gombaud IVe d’Asnières. Cette terre passa ensuite à Seguin d’Asnières et nous supposons qu’elle resta un certain temps dans cette famille.

En 1543, elle appartenait à Guillaume de Mortagne, écuyer, marié à Marguerite Gomhaud. [V. Givrezac.]

En 1560, Jeanne de Mortagne, mariée à Goumard d’Agonay, se disait dame du Gagnon.

En 1645, Benjamin Guiton de Maulévrier, chevalier, Sgr de Longchamp, était aussi Sgr du Gagnon et autres lieux. Plus tard, ce bien advenait à la famille de la Marthonie qui, au XVIIe siècle, avait une part dans la terre de Roussillon .

En 1789, Louis-Armand, comte de Lescours, marié à Marie-Angélique-Anne-Antoinette de la Marthonie, votait à Saintes, à l’Assemblée de la noblesse, pour le fief du Gagnon.

Armes des la Marthonie: de gueules au lion d’or.

LAUGERIE.

Le petit château de Laugerie, possédé aujourd’hui par M. Petit-Gendre, de Saint-Fort, avait donné son nom à la famille qui l’habitait autrefois.

En 1490, Pierre de Longlée était Sgr de Laugerie.

En 1520, Jean de Montgrand, écuyer, Sgr de Laugerie, se maria avec Jacquette d’Izave, fille de Colas d’Izave et de Marie de Sansac, alias Sensac. En 1551, il passa une transaction avec Jean d’Izave, écuyer, Sgr de Sevignac, alias Seugnac, et Renée d’Izave, épouse de Jules de Beaumont, par suite de laquelle, le moulin de la Tour, sous les murs du château de Pons, demeura à Montgrand.

1559. Jean et René de Montgrand, nobles hommes, écuyers, Sgrs de Laugerie.

Au XVIIe siècle, ce manoir passa à la famille de Lâge de Volude.

1735. Messire Jacques Horric le Jeune, écuyer, était Sgr de Laugerie.

1789. Jacques-Antoine Horric de Laugerie, capitaine d’infanterie, marié à Rose-Julie de Goubert, vota pour ce fief à l’assemblée de Saintes.

Armes: d’azur à trois fermaux d’or (fermail, sorte de boucle de ceinturon).

Au commencement du XIXe siècle, une demoiselle de Laugerie a vendu ce castel à M. P. Petit, négociant à Lorignac.

Le hameau du Temple possédait jadis une commanderie de Templiers. L’Annuaire de la Charente-Inférieure, pour 1814, mentionne de vastes souterrains qui auraient dépendu de cette maison.

BIOGRAPHIE.

En 1789, M. Labrousse de Beauregard, curé de Champagnolles, fut député aux Etats-généraux par l’ordre du clergé.

ARCHIVES LOCALES.


Champagnolles a des foires très-fréquentées le 4e mardi de chaque mois; il est arrosé au S.-O. par la Seudre.

CLAM.

Table des matières

370 hab. — 683 hect.

L’église de cette paroisse est dédiée au grand saint Martin, évêque de Tours. C’est l’ancien plan basilical, avec abside circulaire, arcatures extérieures, colonnes peu ornées, modillons semblables et sans ornements. Les baies de l’abside sont de l’époque romane, mais elles semblent avoir été élargies démesurément depuis lors. Au midi, vis-à-vis le clocher, les fenêtres sont romanes, il s’en trouve pourtant d’ogivales trilobées. De l’abside au clocher, il existe un simple plafond en bois.

Une chapelle latérale, placée sous l’invocation de N.-D. et sise au nord de la nef, possède une voûte ogivale, à nervures croisées. La voûte du clocher est à peu près semblable.

La porte principale est surmontée d’une ogive, avec nervures; elle est assez petite et s’ouvre sous une sorte de hangar. La façade de cette église est complètement dépourvue d’ornementation.

Le clocher, placé presque au milieu de l’église, entre la nef et le chœur, est octogone et s’appuie sur les bases d’une plus ancienne tour de la phase romane, et de plus vaste proportion. On voit encore quelques colonnes romanes de cette phase primitive s’élevant sous le clocher. L’escalier de l’époque romane, sert encore en partie et se voit en dehors du clocher. Pour donner accès dans la moderne construction, on a ouvert une haie carrée dans un de ses pans, du côté N.-E.

La cloche porte l’inscription laconique que voici:

I. H. S: MA:

IE SVIS POVR L’VSAGE DE St MARTIN DE CLAM. 1629.

Chaque anse de la cloche est ornée d’une figurine grimaçante.

L’église de Clam est notablement enterrée, surtout du côté nord; il en est de même d’une portion de l’abside .

Cette commune est limitée au nord par le Trèfle.

CHATEAU DE CLAM.

[Voyez Saint-Georges-de-Cubillac. ]

LA BELLERIE.

Jean-Maurice du Sault était Sgr de la Bellerie, la Pommerade, la Vigerie, Fontaulade, Chadenac, Neuillac, terres situées près de Jonzac, et relevant des seigneuries de Pons, Jonzac et Archiac.

Ce Jean-Maurice du Sault, se disait aussi Sgr haut-justicier du bourg et baronnie de Clam, et avait épousé sa cousine Angélique du Sault de la Bellerie, dame de Clam, Chadenac et Neuillac.

Jean-Jacques du Sault, chevalier de Saint-Louis, émigra et se maria en Angleterre — 1796 — avec Jeanne-Parfaite-Mamert de Freslon de Saint-Aubin, d’une ancienne famille bretonne.

CLION.

Table des matières

994 hab. — 1,584 hect.

Son église est dédiée à saint André, apôtre, dont la fête a lieu le 30 novembre; toutefois elle se célèbre dans cette paroisse, le second dimanche de l’Avent. Cet édifice est assez vaste, mais irrégulier quant au plan, et composé de deux nefs inégales; celle de droite forme la chapelle de N.-D. Dans le principe, cette église se composait d’un simple rectangle, avec abside circulaire, le tout assez étroit, comme on le remarque jusque sous le clocher, à partir duquel la nef n’est qu’une substruction ogivale. Durant la même période, et dans le but d’agrandir l’édifice, on a construit, du côté nord, la nef latérale comprenant quatre travées et communiquant à la principale, par des arcades ogivales reposant sur des piliers cylindriques, comme à Saint-Ciers-du-Taillon. C’est du sommet de ces colonnes, que naissent les nervures des voûtes bâties alors. Cette église est presque complétement voûtée; mais le sanctuaire et le chœur ont une voûte ogivale de transition, avec arceaux, tandis que le reste des voûtes est gothique, à nervures prismatiques et nombreux croisements. Certaines portions de voûte tombées à une époque assez éloignée, ont été remplacées par un plafond en bois; il n’existe plus que quelques colonnes de la période romane.

La façade de l’église n’a rien de remarquable: on y voit une porte carrée vis-à-vis la nef principale, et dont les pieds droits ont leurs arêtes extérieures adoucies. Au-dessus de cette porte, sont deux statuettes en pierre mutilées, l’une de saint André, et l’autre de saint Pierre portant les clefs symboliques à la main droite.

Un seul pignon se dresse en avant des deux nefs, ce qui lui donne des proportions assez larges.

Les murs de l’église sont en grand appareil, sauf une portion de murailles, au midi, touchant le clocher.

Les fenêtres de l’abside et du midi de la nef sont romanes; celles de la nef latérale sont ogivales et trilobées, moins celle regardant l’autel, qui est ogivale et à lancette. On voit de plus, dans le mur du nord, non loin de l’autel, une baie à six lobes.

A l’extérieur de l’abside, on remarque des arcatures réunies quatre à quatre et alternant en hauteur.

Le clocher roman, de forme quadrangulaire, est percé de fenêtres romanes géminées. A une époque peu éloignée, on l’a surélevé de deux mètres environ et on l’a recouvert d’une toiture en ardoises. Il renferme une belle cloche pesant environ 500 kilogrammes et dont voici l’inscription:

IESUS DE NAZARETH FILS DE MARIE VIERGE 1810.

IE MAPPELLE MARIE CHANGRAN IAI RESUE LA BENEDICTION

PAR Mr PELTREAU CURE DE St ANDRE DE CLION. IAI POUR PARRAIN Mr IEAN GALMAN ADIOIN ET POUR MARRAINE MARIE BIROLLEAU EPOUZE DE Mr IEAN EVEILLE MAIRE DE CLION. FRANÇOIS ET NICOLAS MARTIN FRERES FONDEURS.

Il est d’antique usage dans la paroisse de bénir les petits enfants le jour de la décollation de saint Jean-Baptiste — 29 août. —

Cette paroisse relevait anciennement de l’abbaye de Charroux, au diocèse de Poitiers.

Au sud, près des bords de la Sévigne, se voit un hameau dit de Saint-Paul, souvenir probable de quelque ancien oratoire détruit.

La Sévigne et le Tende circonscrivent cette commune et en font une sorte de presqu’île.

CHATEAU DE CLION.

Il appartenait aux Chabot de Jarnac, en 1648. [V. Montlieu.]

En 1747, Charles-Annibal de Rohan-Chabot, Sgr de Jarnac, de Soubran, etc., l’était aussi de Clion.

BREUILLET [PETIT-BOIS].

Le logis de Breuillet, paroisse de Clion, appartenait en 1555, à François de Saint-Jean.

En 1704, à Léon Arnoul, marquis de Vignolles, et il relevait de Plassac au devoir d’un épervier.

INDUSTRIE LOCALE.

Clion s’est acquis une certaine réputation par ses excellents massepins, dont une ou deux maisons possèdent le monopole. Anciennement c’était une famille Vieuille, originaire de Saintes, qui exerçait cette industrie, que la concurrence moderne, avec ses mille bras et ses mille ressources, pourra bien étouffer.

SAINT-DIZANT-DU-GUA.

Table des matières

1,323 hab. — 1,844 hect.

Cette commune porte le nom du bienheureux évêque de Saintes, au VIIe siècle. Elle reçut probablement ses instructions pastorales. Saint Disen — Disentius vel Dizantius — fut un évêque régionnaire, né en Irlande, qui, d’après Godescard, vint en France vers 652, qui fut ensuite abbé de Dizemberg, au diocèse de Mayence et dont la fête se célèbre le 8 septembre ou le 8 juillet, alias le 13 novembre. Giry, dans sa Table de la Vie des Saints, met la fête de saint Dizant — Decentius — évêque de Saintes, honoré en Auvergne, au 25 de juin. M. Lesson, indique sanctus Decentuis du VIe siècle, comme patron de cette paroisse et cite sa vie écrite par les Bénédictins ; nous adoptons l’opinion du pieux auteur de l’Histoire de l’Église Santone, et nous nous arrêtons au saint Dizant du VIIe siècle.

Le titre adjonctif du Gua, donné à cette paroisse, dans le moyen-âge, lui vient, d’après une charte de 1117, et le pouillé du diocèse de Saintes de 1402, du mot vado vel gado — Gué. —

Son église est de style tout à fait moderne, sauf une ou deux portions de murs des bas-côtés de l’abside et du clocher qui peuvent remonter aux XIIe et XVe siècles. Elle a été refaite en 1767, par les soins de M. Berny, curé de la paroisse et grâce aux pieuses largesses faites en 1766, par le curé précédent, M. l’abbé Chevalier, démissionnaire dès le 15 avril 1761. Les travaux s’exécutèrent sous la direction de M. Macaire, architecte, demeurant à Lorignac. L’église actuelle se compose d’une nef et de deux ailes. On se prend à regretter que les voûtes en pierre, qui complètent cet édifice, aient si peu d’élévation. Elles reposent sur des piliers carrés et portent la date de 1767, époque de leur achèvement. Deux clefs de voûte taillées en médaillons, montrent les inscriptions suivantes:

PRÈS DU CHOEUR


PRÈS DE LA GRANDE PORTE


L’église de Saint-Dizant a été consacrée tout spécialement ainsi que l’attestent des croix grecques peintes en rouge et extérieurement sur le haut des murailles. Elle est dédiée à saint Michel, archange. L’autel du côté de l’évangile, est sous l’invocation de la Sainte Vierge et celui placé à gauche est dédié à saint Michel.

Entr’autres libéralités, cette église avait été donnée à l’ordre de Cluny, par Pierre de Soubise, évêque de Saintes, au commencement du XIIe siècle; ce don fut confirmé en 1127, par son successeur médiat, Pierre de Confolens.

En 1102, comme en 1648, le curé de Saint-Dizant était à la présentation du prieur de Saint-Thomas-de-Cosnac .

Nous estimons que l’église de Saint-Dizant était, en 1127, et alors qu’elle fut l’objet d’une libéralité en faveur des religieux de Cluny, d’une assez petite dimension et comprenait un simple rectangle enchassé dans le bas-côté midi de l’église actuelle. La porte latérale, qui existe encore, porte le cachet évident du XIIe siècle; elle est à plein-cintre reposant sur huit colonnes, aux chapiteaux ornés de zig-zags et de volutes. Au XVe siècle, on ajouta à l’édifice une abside de forme carrée avec fenêtres ogivales, aux ramifications multiples portées sur un seul meneau; plus une chapelle, au nord, probablement dédiée à N.-D., et avec fenêtres ogivales, à dessins contournés, dont une subsiste encore du côté nord; plus enfin un portail ogival, avec ornementation variée, encadré par deux aiguilles bien taillées et dont une extrémité de crosse végétale subsiste encore sur le côté midi de la façade principale.

Ce travail de restauration, du XVe siècle, disparut au XVIIIe, alors qu’on agrandit l’église, qu’on la voûta et qu’on la mit, en un mot, dans l’état où nous la voyons aujourd’hui. Les courts et énormes contreforts qui entourent l’église furent construits en 1767 et considérés comme indispensables à la poussée énorme de voûtes en pierre.

Le fût carré qui porte le bassin du bénitier placé près de la petite porte, a été sculpté avec goût au XVe siècle; on raconte que durant la tourmente révolutionnaire, il demeura enfoui sous le tombeau du maître-autel. Les quatre vertus cardinales: la prudence, la justice, la force et la tempérance, sont figurées sur les quatre faces de ce bénitier. La première par une femme drapée et portant une tour surmontée d’une croix; la seconde par une autre femme couronnée et armée d’un glaive au repos; la troisième par un guerrier armé et terrassant un lion; enfin, la quatrième, par une femme portant en ses mains un vase fermé.

Le clocher, peu élevé et à la forme lourde et carrée, contient une cloche d’un faible poids et au son peu harmonieux; voici son inscription:

J. H. S. M.

AV ROY DES ROYS INVISIBLE ET DIEV IMMORTEL

SOIT HONNEVR ET GLOIRE

FAICTE POVR St DIZANT DV GA 1613 F. MARTAIN COVRTOIS J. C. F. F. E. M. P. COLLON D. A.

Pendant l’été de 1863, on a enlevé les terres amoncelées par les siècles autour de l’église.

Le nouveau cimetière a été placé en dehors du bourg, sur le bord de la route de Saint-Ciers.

A l’extrémité S.-O. de la commune, et sur le bord de prairies marécageuses qui s’étendent parallèlement à la Gironde, et au-dessous de son niveau, s’élevait jadis une chapelle dédiée, comme à Bordeaux, à saint Nicolas-de-Grave. Sous les ruines de cette chapelle, se trouve un caveau à demi-comblé de terre et qui constituait sans doute autrefois un ossuaire. Une maison possédée maintenant par le sieur Delâge, est dite la cure, ce qui atteste l’existence d’une ancienne paroisse, là même où ne se trouve plus qu’un très-mince village, souvent en proie à des fièvres paludéennes.

Près de Terre-Fume, au N.-O. de Saint-Dizant, est une fontaine dite de Saint-Martin; on raconte que jadis il existait sur ses bords un oratoire dédié à ce grand saint; qu’il fut détruit par un incendie et que la cloche de la chapelle s’abîma dans la fontaine et n’a plus été retrouvée depuis. [ Note de M. A. Gaboriaux.]

BEAULON.

Dans le bourg même de Saint-Dizant, et vis-à-vis l’église, se voit le château gothique de Beaulon, qui appartient depuis 1833 à M. Pharamond-Amédée de Laporte, directeur de l’enregistrement à Niort. Ce petit castel, au faîte élancé, couvert de tuiles plates, a été rebâti au XVIe siècle, sous la phase dite de la renaissance, le pignon aigu qui domine la façade est orné de crosses végétales, artistement fouillées et contournées, une fenêtre géminée ouvrant au nord, est placée dans un riche encadrement de 4 ou 5 mètres d’élévation, où brillent les étoiles, les fleurons et mille somptuosités architectoniques de l’époque, la fenêtre qui lui sert de pendant un peu plus à l’ouest, est simple et dépourvue de toute richesse d’ornementation, c’est un contraste évident. A voir le style léger et tout efflorescent employé dans les châteaux que le moyen-âge avait su si bien fortifier, on dirait qu’aux XVIe et XVIIe siècles, le sentiment de la force et de l’autorité s’évanouissait dans le corps de la noblesse, et se transformait en un faire coquet et maniéré qui laissait pressentir la chute prochaine d’un pouvoir naguères si solidement assis.

La porte d’entrée du château paraît avoir été refaite au XVIIIe siècle, elle s’ouvre par deux pilastres avec chapiteaux de l’ordre ionique. Nous présumons que, pour agrandir la salle de réception, on aura, à cette époque, reporté le vestibule plus au levant, ce qui ne le met plus vis-à-vis de l’escalier conduisant dans le haut du château. Cet escalier, en pierre, est d’une belle largeur, chaque palier s’ouvre par une arcade cintrée reposant sur des colonnes cannelées, aux chapiteaux chargés d’ornements de fantaisies; nous avons remarqué deux bustes sculptés avec art dans les murs servant de cage à l’escalier, mais qui ont subi diverses mutilations; ces bustes, aux attitudes guerrières, figuraient sans doute les maîtres du castel.

L’état de dégradation et de ruine dans lequel est laissé ce château témoigne de l’absence prolongée des maîtres du logis, qui a été confié à des fermiers.

Au bas du jardin, se trouvent des sources abondantes, dites Fontaines bleues à cause de la couleur fortement azurée de leurs eaux limpides et profondes.

Au commencement du XVIe siècle, Jacques de Beaulon, Sgr de Candé, co-Sgr de la terre et châtellenie de Saint-Fort, possédait la terre et le château de Beaulon.

1565. François de Beaulon, Sgr de Saint-Dizant, conseiller du roi en la cour et parlement de Bordeaux.

1593. Hélie de Beaulon, Sgr de Saint-Dizant, possédait un quart dans la seigneurie d’Usson, en Saint-Fort.

Au XVIIe siècle, la terre et seigneurie de Beaulon, ayant haute, moyenne et basse justice, et relevant à foi et hommage du comté de Cosnac, appartenaient à la famille de Nesmond, originaire de l’Angoumois, dont Henri de Nesmond, Sgr de Saint-Dizant, maître des requêtes; il mourut intendant de Limoges en 1672; il avait épousé une demoiselle Boucherat, fille d’un chancelier.

François-Théodore de Nesmond Sgr de Beaulon, conseiller du roi, président à mortier du parlement de Paris, fut marié à Anne de Lamoignon.

Mgr François de Nesmond, de sainte mémoire, évêque de Bayeux en 1662, conseiller du roi, fut Sgr de Saint-Dizant, il mourut en 1715, âgé de plus de 85 ans; il était doyen des évêques de France et des docteurs de Sorbonne.

Le 8 mars 1712, il avait délaissé, à charge de rente, à Louis-Amable Bigot, conseiller en la grand’chambre du parlement de Bordeaux, la terre et seigneurie de Beaulon, et suivant acte passé à Bordeaux, avec le mandataire de Mgr de Nesmond. C’est de cette époque, que la terre de Beaulon avait appartenu à la famille Bigot.

1757. Joseph de Bigot, écuyer, chevalier, était Sgr de Beaulon.

1782. Pierre de Bigot, épousa Marie-Jeanne de Blois de Roussillon. Il vota en 1789, à Saintes, pour les Etats-généraux.

Armes: d’azur au chevron d’or, trois étoiles en chef, grenade d’or en pointe.

Leur fille unique Françoise-Charlotte-Adélaïde de Bigot de Beaulon se maria en 1807, avec M. Josias de Bremond d’Ars, qui, 26 ans plus tard, vendit la terre de Beaulon à M. Manès, dont la fille mariée en 1833 à M. Amédée-Pharamond de Laporte, l’a rendu possesseur de Beaulon.

ROMANEAU.

Ce manoir, sans caractère architectural, placé à 3 ou 400 mètres au S.-O. du bourg de Saint-Dizant, est présentement habité par M. Marius Despessailles, il a été rebâti par M. Anne-Marc-Jacques comte de Luc, sous la direction de M. Macaire, vers la fin du siècle dernier. Environné depuis quelques années, de jardins et de promenades avec leurs plate-bandes et massifs en fleurs, cette habitation forme un séjour des plus agréables durant la saison d’été. La chapelle de Romaneau qui vient d’être érigée dans l’intérieur de la maison, et par les soins de Mme Beau de Pritelly, mère de Mme Despessailles, a été bénite en le mois de septembre 1863, par M. l’abbé Barraud, curé doyen de Saint-Genis.

Ce logis se trouve à peu de distance de la voie militaire de Burdigala à Médiolanum Santonum; c’est peut-être ce qui lui a valu son nom dégénérescence de Romana Via. Près de là, au village de la Petite-Motte, se trouvent, en effet, de nombreux débris d’ouvrages gallo-romains, briques à rebords de très-forte dimension, murs en pierres, de petit appareil, liés par de fort ciment et appartenant évidemment à la voie militaire sus-indiquée .

ANCIENS POSSESSEURS DE ROMANEAU.

En 1621, Jacob Leseur, écuyer, se disait sieur de Romaneau et y demeurait.

En 1665, François de Gondé, chevalier, dont le père était gouverneur du château fort de Blaye, s’intitulait Sgr de Coulombiers, de Buc, etc., il avait épousé Marie-Marthe de Chéverüe. Celle-ci, après la mort de son premier mari, contracta une nouvelle union avec François de Mosnier du Roussen en 1707; elle se disait dame de Saint-Dizant et de Romaneau. En 1706, elle avait présenté requête contre le duc de Richelieu, Sgr de Cosnac, pour fait de chasse.

François II de Gondé, chevalier de Saint-Louis et lieutenant-colonel du régiment des Landes, avait épousé 1° Anne du Sault qui lui avait porté la terre de la Barde, en Saint-Eugène; 2° Anne du Breuil de Théon. Il acheta en 1717, de Charles-Annibal de Rohan-Chabot, marquis de Soubran, moitié de la terre et seigneurie de Semoussac et Sémillac, il testa en 1735 et mourut à Pons, en 1742.

Jacques de Luc, fils du comte de Plassac, et dont la famille était originaire du Dauphiné, épousa en 1722, Anne-Marthe de Gondé ; issue du premier mariage de François Il de Gondé ; la terre de Romaneau lui échut par suite du testament de 1735.

Anne-Marc-Jacques de Luc, écuyer, Sgr de Lorignac, Romaneau et autres lieux, fut marié à Geneviève de Malvin de Montazet, en 1751.

1782. Antoine-Jacques-Joseph comte de Luc, chevalier, Sgr de Lorignac, Romaneau, etc., capitaine de cavalerie au régiment de Bourgogne, marié à mademoiselle de Toyon, vota en 1789, à l’assemblée des Etats-généraux, à Saintes. Leur fils D. Juan de Luc, né en Portugal durant l’émigration, est entré, après 1830, dans l’ordre religieux de Saint-François, et est demeuré quelques années, dans la colonie agricole de Saint-Antoine, près Saint-Genis.

Armes: d’azur, au brochet d’argent, mis en fasce, surmonté d’une étoile d’or.

LA CHAPELLE.

Le manoir de la Chapelle, près l’église de Saint-Dizant, possédé maintenant par M. Henri Verger, acquéreur de M. Emery Desbrousses, appartenait, au sortir de la Révolution, à M. le chevalier de Moncourrier, marié à Thérèse Perez; son père, le chevalier Bernard de Moncourrier, né en 1730, avait voté pour son fief, à l’assemblée de la noblesse à Saintes, en 1789.

Armes: de gueules, à un cheval d’or. [Armorial de la généralité de la Rochelle.]

LE PIBLE .

Cette maison, présentement habitée par M. David Rodier, appartenait en 1735, à François de Gondé, Sgr de Romaneau; elle avait été rebâtie à l’italienne avec plate-forme et galerie circulaires, par M. Macaire et pour M. Bonniot, vers la fin du XVIIIe siècle. [V. Courpignac.] Elle était habitée au commencement de ce siècle, par M. David Raboteau, ancien négociant à Bordeaux, et descendant d’une célèbre famille bourgeoise, originaire, dit-on, de Breuillet près Royan, et actuellement éteinte. Cette famille avait donné à la Saintonge et à la Guienne, particulièrement aux XVIIe et XVIIIe siècles, des conseillers du roi, référendaires en la cour du parlement de Bordeaux; des avocats et procureurs en la cour des aides de Saintes; des notaires; des médecins dont Jean Raboteau de la Rousserie, médecin à Saint-Fort, avait étudié à la Rochelle, à Saumur et à Montpellier, où il avait pris le bonnet de docteur en 1651; un administrateur de la Charente-Inférieure en 1790; l’auteur du poëme des Jeux de l’enfance: Pierre-Paul Raboteau, né en 1765; et, de notre temps, un procureur du roi à Rochefort.

La commune de Saint-Dizant est traversée de l’E. à l’O., par le ruisseau du Taillon qui déborde fréquemment en hiver. Après s’être réuni à d’autres ruisseaux, il traverse les prés-marais de Saint-Dizant et va se jeter dans la Gironde, partie au port de Maubert et partie au petit port envasé de Chassillac.

ARCHIVES PUBLIQUES.

Les actes de l’état religieux remontent à l’année 1677, et sont déposés à la Mairie.

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Release date on Litres:
16 January 2025
Volume:
765 p. 93 illustrations
ISBN:
4064066334734
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