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Pierre Bruneteau

L'Anglo-Arabe dans la région pyrénéenne


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066324193

Table des matières

AVANT-PROPOS

I. — La Région

II. — Formation de la Race

Eléments primitifs

Introduction d’Etalons Arabes

Introduction d’Etalons Anglais

Emploi simultané des reproducteurs Arabes et Anglais

Reproducteurs Anglo-Arabes

III. — Haras Nationaux

But. — Utilité

Achat d’Étalons

Réglementation des saillies

Etalons des dépôts de Tarbes et de Gélos

IV. — Elevage

Reproducteurs

Croisement

Dosage des sangs purs

Pur sang et demi-sang

Croisement direct et Sélection

La monte

La gestation

Mise-bas

Allaitement

Sevrage

Elevage du Yearling

V. — Dressage et entraînement

Dressage des poulains destinés à la remonte, aux concours ou au commerce

Dressage des poneys de polo

Entraînement des poulains en vue des courses plates

Entraînement pour les courses à obstacles

Soins avant et après la course

VI. — Encouragements

Courses plates réservées aux chevaux de trois ans

Courses à obstacles

Concours

Formules

VII. — Débouchés

ARMÉE

HARAS

COMMERCE

Conclusion. — Orientation


AVANT-PROPOS

Table des matières

Aussi loin qu’on remonte dans l’histoire locale des Pyrénées, on trouve l’élevage du cheval parmi les principales occupations des habitants. Le long passé du cheval pyrénéen est remarquable par les services qu’il a toujours rendus, mais quel sera son avenir?

Il paraît devoir se limiter aux besoins de l’armée et du sport, mais dans ces limites il peut encore être brillant. L’armée, pour ses 60 régiments de cavalerie, réclame toujours le résistant et rapide héros de la guerre de mouvement; le général Weygand, qui a bien jugé le rôle de la cavalerie pendant la campagne, dit: «La conception qui ferait de la cavalerie une infanterie montée avec des porteurs ne donnant rien de plus que les camions est à rejeter entièrement. La cavalerie doit être dotée de chevaux de selle bien trempés, ayant du gros et du sang, capables de galoper à travers pays sous la charge qu’ils supportent».

Les qualités de vitesse et d’endurance des anglo-arabes, les placent au premier rang des chevaux de guerre; la Direction de la Cavalerie le juge ainsi, puisqu’elle recrute parmi cette race la moitié de ses chevaux de selle.

Si, d’autre part, la population civile a restreint l’emploi qu’elle faisait du cheval, elle ne l’a pas complètement délaissé ; les succès qu’obtiennent les concours, le polo, les cross, etc., en font foi.

La tendance actuelle de l’élevage n’est donc pas à l’augmentation de la production, mais à son amélioration. Les éleveurs ont vendu nombre de leurs poulinières, mais ce sont généralement les déchets qui ont été éliminés tandis que les meilleures juments ont été conservées. Cela explique le nombre croissant de chevaux présentés dans les concours, malgré la diminution de l’ensemble de la production. Cette situation n’est pas mauvaise, car le renom de la race anglo-arabe ne peut qu’augmenter grâce à ses sujets de plus en plus sélectionnés.

Dans les quelques pages qui suivent, je vais étudier les moyens dont disposent les éleveurs pyrénéens, les méthodes qu’ils emploient et les résultats qu’ils obtiennent.

Avant de commencer, je tiens à exprimer toute ma reconnaissance pour les renseignements qu’ils m’ont si obligeamment donnés, à MM. le colonel de Tuite, Charles de Salverte, Lemoyne, directeur du haras de Gélos, Larrouy vétérinaire des Haras, le Baron Gasquet et le capitaine de Bataille.

I. — La Région

Table des matières

On élève des chevaux anglo-arabes dans toutes les Pyrénées; on en élève dans tout le Midi; on en élève même dans le Limousin.

Mais le vrai pays d’élevage, c’est la plaine de Tarbes qui s’étend sur une longueur de 50 kilomètres depuis Bagnères-de-Bigorre jusqu’aux confins des Landes et du Gers; c’est aussi le Béarn avec la vallée du gave de Pau, la région de Saint-Palais et l’arrondissement de Pau. C’est là que se trouve le berceau de la race; c’est là qu’elle est la plus parfaite, la mieux fixée; c’est de là que viennent les meilleurs étalons.

Ces deux régions dont je vais étudier l’élevage, celle de Tarbes et celle de Pau, sont assez distinctes au point de vue géographique, mais il est impossible de différencier l’élevage palois de l’élevage tarbais; la pratique en est absolument la même, et les transplantations d’étalons sont constantes pour éviter la consanguinité. C’est ainsi que les deux étalons anglo-arabes les plus célèbres n’ont pas été employés dans leur pays d’origine; Prisme, né à Tarbes a fait la monte à Pau, et Sauteur, né à Pau a fonctionné à Tarbes.

La stratigraphie de ces régions est assez simple surtout si on la compare à celle des montagnes voisines.

Le tableau (page suivante) l’expliquera clairement,

Les alluvions anciennes et modernes recouvrent presque toute la région. Elles sont particulièrement abondantes dans la plaine de Tarbes, dans la vallée du gave de Pau et dans les landes de Pont-Long, au nord de Pau. Leur composition varie peu. Elles forment généralement un terrain léger, sablonneux, souvent très riche en humus, mais pauvre en chaux et en anhydride phosphorique.


L’irrigation de cette région est remarquable. Les principaux cours d’eau qui la traversent sont l’Adour et le gave de Pau; ils ont tous deux une direction générale perpendiculaire à la direction de la chaîne dans la partie montagneuse; en arrivant à la plaine l’Adour conserve encore cette direction sur un assez long parcours, tandis que le gave de Pau dévie immédiatement vers l’ouest. Ils semblent n’avoir été guidés que par la différence de résistance des assises; ils se sont l’un et l’autre déviés légèrement pour éviter les massifs calcaires et passer dans les zones schisteuses.

Des sources se montrent partout en abondance.

Le climat est très tempéré : tiède en hiver et rafraîchi en été par l’air de la mer et des montagnes. La pluie atteint une moyenne de 126 cm. répartis dans les différentes saisons avec une régularité empêchant à la fois les excès de sécheresse et les excès d’humidité.

L’agriculture de la région est caractérisée par ses assolements très épuisants et par la grande surface de landes qu’elle comprend encore. Certains agronomes voient là deux fautes; mais l’une annule l’autre, et, quand on étudie de près la question, on voit que les cultivateurs pyrénéens sont dans le vrai quand ils considèrent un domaine comme bien constitué lorsqu’il a le tiers de sa superficie en landes; celles-ci, en effet, permettent la culture intensive des bonnes terres et les empêchent de s’épuiser malgré l’assolement souvent suivi: blé-maïs.

La végétation des landes se compose surtout d’ajoncs épineux, appelés thuie dans la contrée, qui, comme toutes les-légumineuses, fixent l’azote de l’atmosphère en même temps qu’ils absorbent par leurs racines ce qu’ils trouvent dans le sol d’anhydride phosphorique, de chaux et de potasse.

Ces landes fauchées généralement tous les trois ans, donnent environ 200 à 250 quintaux de thuie par hectare, ce qui fait une moyenne annuelle de 75 quintaux environ. On en fait une abondante litière aux animaux et on obtient ainsi un fumier excellent, particulièrement riche en potasse. Les landes servent ainsi de pâturage, mais les animaux n’y trouvent qu’une maigre nourriture.

Malgré leurs avantages, on a tendance à les défricher peu à peu; ce mouvement s’accentue surtout depuis qu’on emploie les amendements calcaires fournis par les couches du miocène et les engrais chimiques, superphosphates et scories de déphosphoration en particulier; mais, actuellement encore, elles jouent un rôle considérable dans l’économie rurale de la région.

Les plantes les plus cultivées sont:

Le maïs, qui est, pour le pays, la plante utile par excellence; il est en effet consommé à la fois par l’homme et par les animaux, et le climat lui convient mieux qu’à toute autre plante. Sa culture cependant est plutôt en diminution. Dans les alluvions de la plaine de Tarbes et du gave de Pau, on obtient des rendements de 32 à 36 quintaux de grain à l’hectare, et 3 à 4.000 kgr. de fourrage vert; dans celle des plateaux, on ne fait guère, avec la fumure habituelle d’environ 20.000 kgr. de fumier de ferme, que 14 à 16 quintaux; mais l’emploi des superphosphates et des scories permet de porter le rendement à 22 et 25 quintaux.

Le blé, dont la culture diminue aussi d’importance, ne s’accommode pas très bien du climat; les pluies et les brouillards de mai provoquent fréquemment la rouille; l’élévation de la température peut causer l’échaudage, et enfin, les orages qui se forment avant la moisson amènent la verse et parfois l’égrenage d’une quantité considérable d’épis. Les blés sélectionnés du pays sont ceux qui donnent les meilleurs résultats. Les rendements ne sont jamais très élevés; on peut récolter dans les bonnes terres, 15 à 16 quintaux environ.

L’avoine, à laquelle le climat ne convient pas beaucoup mieux qu’au blé donne cependant de meilleurs résultats. Celle qu’on préfère est l’avoine noire; on estime dans le pays qu’elle donne du feu et du nerf aux chevaux et que les avoines blanches du Nord sont loin de la valoir.

On peut compter sur un rendement moyen de 20 à 24 quintaux.

Les prairies artificielles sont peu développées; les prairies naturelles occupent une plus grande étendue. Le climat leur convient très bien, et elles sont, pour la plupart, très bien irriguées, amendées et fumées. Elles donnent d’excellents résultats.

Tel est, dans ses grandes lignes, le pays de l’anglo-arabe, avec son sol, son climat, ses cultures,

II. — Formation de la Race

Table des matières

Eléments primitifs

Table des matières

Les éléments primitifs de la race actuelle du Sud-Ouest sont les chevaux qui se trouvaient dans la vieille Gaule et qui furent croisés, d’abord avec des chevaux numides provenant de la cavalerie d’Annibal, puis avec des chevaux romains qui venaient en grande partie d’Afrique.

Ils furent par la suite croisés avec des chevaux introduits dans le Sud-Ouest au cours des invasions des Maures, et avec des chevaux anglais et des genets d’Espagne, cadeaux du Prince Noir et de Charles-Quint aux Princes de Béarn.

La plupart de ces croisements ont donc été faits avec des chevaux d’Afrique, arabes ou dérivés, qui ont été les premiers améliorateurs de la race indigène.

Dans ce pays très propre à l’élevage et avec des conditions climatériques offrant quelque analogie avec celles de leur pays d’origine, ces chevaux n’ont pas perdu de leurs caractères de race orientale, de leur beauté et de leurs qualités natives: énergie, grâce, souplesse, endurance, sobriété.

Ils ont seulement acquis, grâce à une nourriture plus abondante et plus substantielle qu’ils ont trouvée en France, et cela après quelques générations, le développement qui leur faisait défaut.

Cette race fut très avantageusement connue; on la désignait sous le nom de race navarrine et elle était parmi les meilleures d’Europe pour la remonte de la cavalerie légère. On a retrouvé des documents établissant que des hussards de Belzunce, de Chamboran et de Bérenchy se remontaient avec des chevaux achetés poulains en Bigorre, en Béarn, en Navarre, et élevés sur les lieux dans les écuries militaires entretenues aux frais de ces régiments.

Devant de si bons résultats, dès la réorganisation des Haras nationaux de 1805, ceux-ci entreprirent l’amélioration de cette race sur la base indigène qui existait alors.

Introduction d’Etalons Arabes

Table des matières

But poursuivi par les Haras. — De 1805 à 1840 la grande préoccupation du service des Haras fut d’améliorer le modèle des sujets de cette race au moyen d’accouplements pratiqués de façon judicieuse; l’améliorer seulement et non pas le changer complètement, non plus que les aptitudes de ces chevaux.

Etalons arabes et dérivés. — On entreprit donc à cette époque de croiser les éléments de cette race avec les reproducteurs offrant le plus de ressemblance avec eux.

Les premiers étalons qui vinrent à Tarbes et à Pau provenaient pour la plupart de l’Andalousie et des provinces du Sud de l’Espagne. C’étaient des barbes ou des arabes purs. On utilisa aussi les meilleurs sujets de la race indigène, ainsi que quelques anglais de pur sang.

Ce sont donc ces repoducteurs arabes qui ont servi de base à la fondation de la race anglo-arabe.

Les premiers étalons qui ont influé sur les destinées de la race et contribué pour beaucoup à la formation des meilleures familles sont au nombre de cinq: trois orientaux et deux anglais. Ce sont:

Diezzard, étalon arabe né en Syrie et provenant des écuries de l’Empereur où on ne put le garder à cause de accidents provoqués par sa méchanceté ; il fut affecté au haras de Tarbes.

Ourfali, pur sang arabe né en Orient qui fit 18 campagnes de monte dans les Hautes-Pyrénées. Ses produits étaient, paraît-il, remarquables par leur vigueur, leur légèreté leur distinction et leur rapidité.

Circassien, barbe venu comme Diezzard des écuries de l’Empereur et qui se montra aussi très bon reproducteur.

Young Attita par Attitat anglais: ce cheval avait gagné le Prix Royal des courses de Paris en 1820. Ses produits avaient de la régularité, de la taille et une ossature développée.

Spy par Valton et Lady Jane, petit fils de Sir Peter.

Ces cinq étalons peuvent être considérés comme les auteurs de la race actuelle des chevaux du Midi de la France.

Introduction d’Etalons Anglais

Table des matières

De 1840 à 1880, la production du Sud-Ouest se modifie quelque peu dans sa forme et même dans son essence. C’est l’époque de l’apparition du pur sang anglais dans la plaine de Tarbes, de la création des courses réglementées en Province, et aussi l’époque où la production des anglo-arabes fut faite par l’administration des Haras dans le domaine de Pompadour.

Institution des courses. — L’Etat, à ce moment, institua des courses par régions: en Normandie, en Bretagne, en Limousin et dans le Midi. On voit dans les rapports d’alors que les chevaux du Midi et plus spécialement ceux de Tarbes étaient les plus vîtes, ce qui n’est pas surprenant en raison de leur ascendance.

C’est vers 1840 que des personnalités anglaises qui se trouvaient à Tarbes, organisèrent des courses à Laloubère. Lord Cadogan et plusieurs de ses compatriotes ainsi que le Comte Greffulhe étaient à la tête de ce mouvement. Ils offrirent même les prix des courses, et s’occupèrent de l’importation de pur sang anglais dans le Midi, ce qui eut une grande répercusion sur l’élevage.

En effet, les éleveurs de la plaine de Tarbes ne se servirent plus, pour leurs juments que de l’étalon de pur sang. Des vieux registres montrent que de 1840 à 1880, le dépôt national de Tarbes a vu passer dans son effectif environ 100 étalons de pur sang; il est vrai que les arabes étaient encore un peu plus nombreux.

Juments et étalons anglais. — L’Etat encouragea les éleveurs dans cette voie de la production de la race pure, et leur fit don de trois juments de pur sang anglais dont la descendance survit encore Hornet par Partisan et Emma sœur de Master Heny par Orville.

Deer Chase par Vernison et Diversion.

Et Miss Annnelle par Reveller et Ada et qui venait de gagner le Grand Prix de Paris.

Plus tard, M. Fould, ancien ministre sous l’Empire, peupla la plaine de Tarbes de poulinières anglaises réunissant les plus grands sangs.

Le dépôt de Tarbes comprenait vers cette époque de très remarquables étalons anglais; entre autres:

Slane et son fils Sting gagnant du Saint-Léger en 1846, et du Cambridgeshire. Skimisker, Garry-Orven. Ethelwolf par Faugh a Ballagh, Drummond par Rataplan, Womersly par Irish Birdcatcher et Filtz Gladiator.

Ces sujets constituèrent les éléments d’une race nouvelle à édifier sur l’ancienne, et dont le but était de produire un cheval d’armes rapide, souple, adroit, résistant, susceptible de porter le cavalier et le paquetage sur de longs parcours et par tous les temps.

En ce temps-là déjà, l’étalon arabe et ses dérivés avaient fait leur preuves, et l’emploi presque exclusif de ces reproducteurs n’arrivait pas au but que l’on voulait atteindre. L’étalon oriental avait donné une race précieuse par le sang et certaines qualités, mais tout à fait insuffisante sous le rapport de la taille, et ne répondant ni aux besoins du commerce ni aux exigences de la cavalerie.

Un sang nouveau était donc nécessaire pour modifier la race dans sa forme. C’est pourquoi on demanda au pur sang anglais le développement et le perfectionnement de la forme qu’on n’avait pu obtenir avec le sang arabe.

Mais, l’anglais seul, malgré sa très grande qualité intrinsèque, ne pouvait faire ce que l’arabe n’avait pu produire. On abusa de ce reproducteur, ce qui contribua à donner des animaux enlevés, plats, décousus, avec une trop grande légèreté de membres et trop peu étoffés. Le pur sang anglais, s’il améliore le modèle, développe certaines aptitudes et augmente la qualité, ne peut pas transmettre ce qui lui manque, ce que l’entraînement et le régime spécial auquel il est soumis lui ont enlevé, c’est-à-dire la sobriété, la rusticité, toutes qualités que doivent posséder les chevaux vraiment pratiques, et devant vivre, comme ceux du Sud-Ouest, dans des centres peu riches en pâturages. Ces qualités sont au contraire l’apanage du cheval arabe.

Il était donc normal que l’emploi séparé de l’anglais et de l’arabe ne pouvait avoir un résultat tout à fait satisfaisant.

Emploi simultané des reproducteurs Arabes et Anglais

Table des matières

Après avoir. abusé de l’étalon anglais, on procéda d’une manière plus sage, et, pour atténuer les effets d’un croisement trop brusque avec l’anglais, on revint à l’arabe et on alterna les accouplements, c’est-à-dire qu’une fille d’arabe était donnée à un anglais, et vice versa, une fille d’anglais à un arabe.

D’après un arrêté ministériel de l’époque, n’était qualifié anglo-arabe que tout cheval comptant au moins un pur sang arabe dans ses six ascendants immédiats. Les éleveurs devaient donc se plier à cette règle pour que leurs chevaux puissent participer aux encouragements de l’Etat,

Cela eut les meilleurs effets, et la race, d’abord insuffisante, occupa une grande place parmi les plus utiles du pays.

Ce procédé était déjà un grand perfectionnement, mais ce n’était pas encore une mise au point, et il restait à créer un élément de reproduction, car il ne permettait pas d’obtenir, sous le rapport du modèle, du tempérament et des aptitudes, la fixité et l’homogénéité nécessaires à une race.

L’anglo-arabe obtenu ainsi, fut longtemps considéré comme un résultat très appréciable pour le service, mais dont on ne faisait aucun cas comme reproducteur. Toutefois, cette manière de voir défavorable se modifia peu à peu, au fur et à mesure que les anglo-arabes affirmèrent leurs mérites et donnèrent des preuves de leur pouvoir héréditaire.

Reproducteurs Anglo-Arabes

Table des matières

Ce n’est que vers 1880 que les résultats acquis décidèrent les éleveurs à utiliser pour leurs juments les étalons anglo-arabes. Il y en avait déjà un assez grand nombre à cette époque.

Pour favoriser à la production chevaline, cette voie qui paraissait être la bonne, l’administration des Haras abondonna son ancienne réglementation et décida qu’à l’avenir serait qualifié anglo-arabe tout cheval comptant au moins 25 0/0 de sang arabe. Ces dispositions permirent de faire un meilleur choix des reproducteurs, et contribuèrent à l’amélioration de la race.

Et, de plus en plus, c’est le reproducteur anglo-arabe qui prévaut davantage après avoir été longtemps méconnu.

Pendant ce temps de tâtonnements, l’Etat avait toujours entretenu dans les dépôts de Tarbes et de Pau et dans ses autres établissements du Sud-Ouest de très bons étalons qui contribuèrent à maintenir et même à élever le niveau de la race; c’étaient pour les arabes: Emir, Nashim, Dahabi, Meke, Edhen, Latif, Telmèze, gagnant du Grand Prix de Beyrouth et d’Alexandrie. Ces sujets avaient été importés de Syrie par les inspecteurs des Haras.

Les anglais étaient représentés par: Ceylon, gagnant du Grand Prix de Paris, Mandrak, Bay Archer, Ladislas par Hampton et Ragotsky gagnant aussi du Grand Prix.

Tous ces reproducteurs causèrent une très heureuse influence sur l’élevage et contribuèrent à fixer la race; le croisement alternatif donna quelques reproducteurs remarquables comme Belair, Uron, Encore, Birkbury. Il donna enfin le grand chef de race anglo-arabe: Prisme.

Voici quelques détails relatifs à ce cheval:

M. Pouey Nourret propriétaire de Prima avait décidé que celle-ci serait couverte par Vignemale, mais les cartes de cet étalon étaient épuisées, et M. de Lafargue alors directeur du haras de Tarbes accorda une carte supplémentaire. De cet accouplement, naquit Prisme.

L’année suivante, M. Descat, au cours de ses tournées dans la plaine de Tarbes, eut l’occasion de voir le fils de Prima et fut frappé par son cachet de race. Il fit l’acquisition de ce poulain à un prix relativement élevé, puis l’envoya dans le Gers où il le soumit au même régime que ses poulains de pur sang anglais.

Prisme courut sous les couleurs du baron de Nexon. Il se montra très brillant performer anglo-arabe et peu de sujets de cette race montrèrent par la suite plus de classe que lui. Seuls peut-être Jaconas et Nana Sahid lui furent supérieurs.

Après ses courses, Prisme fut acquis par les Haras nationaux pour la somme de 11.000 fr., et affecté au dépôt d’étalons de Pau.

Son pedigree est: (V. tableau page suivante).

Prisme appartenait à la famille 24 (Helmsley Turk mare) dont le plus grand titre de gloire est d’avoir produit The Baron et Camel (père de Touchstone). Elle est peu représentée en France où elle a cependant produit Frontin, Sornette la meilleure jument qu’il y ait peut-être eu en France, le Nord, le Nicham II.

La mère de Prisme, Prima était fille de Soror, jument de pur sang anglais qui ne donna que ce produit car elle fut immédiatement après vendue à la remonte. La grand’mère de Prima, Mlle Torchon était sœur de mère de Pilgrim qui courut avec succès pendant plusieurs années sous les couleurs de M. Smith et qui devint ensuite étalon national.

Le grand-père maternel de Prisme, Emir était un cadeau d’Abd-el-Kader à Napoléon III. En offrant Emir à l’empereur, Abd-el-Kader lui écrivait: «Je vous envoie un grand seigneur qui possède les plus hautes qualités. Il est habitué à chasser la gazelle trois fois par semaine, et si l’on veut tirer un bon parti de lui il faut lui donner beaucoup d’exercice». L’estime qu’inspirait Emir était parfaitement justifiée; aucun étalon oriental n’a jamais laissé, en France, des traces aussi durables de son passage. Plus de 200 étalons ayant du sang d’Emir ont fait ou font encore la monte dans le Midi.

Remonte à HÉROD par DOLLAR et WOODPECKER


Le père de Prisme, Vignemale, était un cheval de grande origine et de bonne classe. Malheureusement, ses membres ne lui permirent pas de résister longtemps sur l’hippodrome et, par suit, de donner toute la mesure de son mérite. Après avoir gagné des épreuves importantes au début de la saison, il dut être retiré de l’entraînement par M. Lupin alors qu’il donnait les plus belles espérances et fut vendu à l’administration des Haras. Le marquis de Castelbajac, qui en faisait grand cas, obtint l’affectation de cet étalon au haras de Tarbes. C’était un très beau cheval bai, très important, très étendu, très régulier, ample et fortement membré. Il manquait toutefois un peu d’accentuation générale et surtout sa membrure manquait de trempe.

Mais le grand nom à détacher du pedigree de Prisme est celui de Dollar, qui, après avoir été un cheval de course de premier ordre, s’est montré un des plus remarquables chefs de famille qu’il y ait eu en France. Il a créé une lignée d’une rare élégance de forme, d’un entraînement facile, qui a hérité de lui son courage, son action souple et légère et sa précieuse maniabilité. Sa descendance occupe aujourd’hui encore une place prépondérante dans l’élevage français.

Dans le pedigree de Prisme on remarque un inbreeding 4×4×5 sur Irish Birdcatcher et son propre frère Faugh a Ballagh, auxquels il ressemblait beaucoup paraît-il.

Prisme aura été un grand chef de race; on peut évaluer actuellement au tiers de la race les sujets anglo-arabes qui ont le sang-de Prisme dans leurs veines.

Prisme a donné à l’administration des Haras le chiffre surprenant de 58 étalons.

Parmi les plus remarquables se trouvent les demi-sang Sauteur, père lui-même de 32 étalons, Cyrus, Gladiator, et les pue sang Valérien, Mousquetaire, Fanfaron, M. de Pinguet, Cadi et enfin la mieux racé de tous Kef Nador.

C’est grâce à Prisme et à tant d’autres reproducteurs de son espèce que la race anglo-arabe a pu parvenir au degré de perfection qu’elle atteint aujourd’hui.

III. — Haras Nationaux

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Les étalons privés sont très rares dans le Sud-Oest, aussi la production anglo-arabe des Pyrénées, est-elle tout entière sous le contrôle des haras nationaux de Tarbes et de Gélos qui jouent un rôle prépondérant dans la marche ascendante de cet élevage.

But. — Utilité

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Le but des Haras nationaux en général est l’amélioration des races chevalines françaises suivant les conditions où elles se trouvent.

Les haras de Tarbes et de Gélos visent plus particulièrement à la fixation et à l’amélioration de la race anglo-arabe qu’ils ont déjà créée.

Cette amélioration est poursuivie dans le sens qui procure les meilleurs chevaux à l’année; c’est pourquoi ces haras combattent, jusqu’à un certain point, la tendance des éleveurs à faire trop grand, ou trop près du sang anglais, sans cependant les gêner et les empêcher de faire naître des chevaux plus recherchés par le commerce, c’est-à-dire des «presque pur sang».

Ce rôle est admirablement compris par l’administration des Haras, et les étalons répondent parfaitement aux besoins et aux demandes des éleveurs. Ceux-ci, à part quelques petites questions de détail, comme celle de la répartition des étalons de tête réclamés par tout le monde, sont très satisfaits et bien d’accord avec les haras.

On s’étonne parfois de la quantité d’arabes faisant partie des dépôts, en égard au degré de sang anglais recherché généralement par le commerce et même par les Remontes. C’est que les Haras n’ont pas seulement pour but de faire produire des chevaux de service, mais ils doivent aussi obtenir des reproducteurs, et surtout des juments ayant assez de sang arabe pour recevoir l’étalon anglais encore utile aujourd’hui à l’amélioration de la race,

De plus, il doit également se trouver des étalons susceptibles de donner de bons produits anglo-arabes avec les juments de pur sang insuffisantes peur leur race comme on en trouve un assez grand nombre dans le Sud-Ouest.

L’utilité des Haras n’est plus à démontrer et la création de la race anglo-arabe, due aux soins et à la patience de cette administration en est bien une preuve.

Cependant, tout le monde n’est pas pour les Haras, et on leur accorde de nombreux défauts et inconvénients.

«On prétend que les Haras constituent un monopole, mais l’expérience prouve que l’industrie a toujours été incapable d’occuper la place de l’administration; qu’elle ne parvient à se remonter facilement que dans les produits créés ou suscités par les Haras, et que, toutes les fois que ceux-ci ont restreint leur action en diminuant la quantité ou le prix de leurs reproducteurs, les particuliers ont bientôt cessé d’en trouver par eux-mêmes» (Gallier). Ceci, d’ailleurs, n’est pas général, et les éleveurs de pur sang, par exemple, se passent parfaitement des Haras nationaux.

Les partisans de l’industrie privée reprochent volontiers à l’administration des Haras de «ne pas se modifier pour répondre aux exigences du pays, et de s’entêter dans ses habitudes surannées».

La comparaison des effectifs de nos dépôts d’étalons aujourd’hui et il y a 20 ans est la preuve manifeste au contraire, qu’il y a une évolution complète de la part des Haras.

Un exemple frappant de ce changement d’orientation qui a été une adaptation aux besoins nouveaux du pays et de l’armée est celui que donne le dépôt de Tarbes.

Il y a 20 ans, pour satisfaire aux demandes de la Direction de la Cavalerie, justifiées d’ailleurs à ce moment par les nécessités de l’armement, la circonscription de Tarbes produisait sur toute son étendue le cheval de selle. C’était le temps des fortes commandes en chevaux de légère, le temps aussi où la traction automobile n’était pas encore très développée et où les laissés pour compte de la remonte trouvaient facilement leur emploi comme chevaux de fiacre dans les grandes villes ou comme chevaux de voiture chez tous ceux qui se servent aujourd’hui de camionnettes ou d’autos légères.

L’effectif du dépôt de Tarbes ne comprenait que des animaux de sang. Le tableau suivant indique bien les modifications survenues.


Soit en tout 88 étalons destinés à la production du cheval de selle contre 153 il y a 20 ans,

L’invariabilité qu’on reproche dans ses méthodes à l’administration des Haras est loin.

On dit aussi parfois que: «Les lois économiques sont les mêmes pour toutes les industries, et que celles-ci doivent se développer sous l’aiguillon de la libre concurrence, de l’initiative et de la responsabilité privées, ne prenant conseil que de leur intérêt» (Sanson).

Mais ces objections n’ont pas une grande valeur devant les faits; en réalité, la création et l’amélioration des races chevalines ne sauraient être livrées au hasard; c’est une œuvre de patience et de raison qu’une administration forte et éclairée peut seule entreprendre et mener à bien.

De plus, pour améliorer les races, il faut des reproducteurs approchant le plus possible de la perfection; or, ces types sont d’un prix très élevé que ne pourrait atteindre que rarement l’industrie privée.

«L’Etat, lui, ne spécule pas, et ses sacrifices ne sont pas subordonnés à un bénéfice immédiat; il entretient donc, pour les mettre à la disposition de l’agriculture, les types supérieurs nécessaires, et il les livre dans des conditions essentiellement favorables, presque gratuitement» (Gallier).

A côté de cette question primordiale, il en existe beaucoup d’autres très importantes aussi.

La réglementation des saillies est sagement combinée, tant en vue de la conformation des étalons que de la fécondation des juments; on n’abuse pas des étalons, on ne les épuise pas, on n’en fait pas de mauvais reproducteurs. Les palefreniers, chefs de station, qui ont une grande habitude dans la pratique des accouplements, assurent autant que faire se peut, la fécondation des juments.

Les cartes de saillie sont de véritables certificats d’origine, et elles ont plus de valeur sous la garantie d’une administration régulière que sous celle d’un étalonnier.

Enfin, les haras transfèrent les étalons d’une station à une autre, après un temps donné, suffisant pour transmettre leurs qualités, trop court pour donner lieu aux inconvénients pouvant résulter de la consanguinité.

Achat d’Étalons

Table des matières

Etalons de pur sang anglais. — Les haras achètent leurs étalons de pur sang tous les ans, en juillet et en novembre. Une commission se rend chez les entraîneurs pour examiner les chevaux lorsque leurs propriétaires en ont fait la demande.

Les chevaux engagés dans le prix Sagan (grand prix de l’Elevage — haies — ) qui se court à Auteuil le jour des Drags, sont à la disposition de l’administration des Haras qui achète généralement le gagnant quand son modèle lui plaît. L’an dernier son choix s’est porté sur Phi-Phi qui a été payé 30.000 fr. Depuis trois ans, un certain nombre des achats de chevaux de pur sang suivent immédiatement les concours de pur sang entiers de 4 à 8 ans, organisés par la Société du cheval de guerre à Maisons-Laffitte et à Chantilly vers le mois de novembre. Les lauréats, quand ils ne sont pas de trop grande classe, sont achetés par l’administration des Haras. C’est ainsi qu’elle a acquis, l’année dernière, Orange Juice pour 40.000 fr., Dublin pour 30.000 fr. Bernières pour 25.000 fr., etc... Mais elle n’a pu se rendre acquéreur du magnifique irlandais Rockbridge, à vendre pour 300.000 francs.

Etalons orientaux. — Les étalons de pur sang arabe nés en Orient, sont achetés par des eussions spéciales qui vont les chercher en Syrie. Une mission devait partir en 1922 pour opérer des achats. Elle a dû s’abstenir devant l’inutilité certaine de son déplacement. Les étalons orientaux de valeur sont en effet très rares et très difficiles à trouver aujourd’hui, en raison surtout des facilités de communications qui existent dans leur pays d’origine et qui rendent beaucoup moins courant l’emploi du cheval pour les grandes randonnées. Ce fait diminue à la fois le nombre et la qualité des chevaux, la sélection devenant beaucoup moins sévère. puisque les épreuves n’existent à peu près plus.

Quelques étalons sont aussi ramenés d’Orient par des particuliers qui les vendent ou les donnent aux Haras. J’ai vu un de ces cadeaux à Gélos. C’était un petit cheval étroit, avec l’épaule droite, la croupe en pente et les jarrets clos. Il avait cependant un air de race et de vigueur, mais ses qualités ne compensaient pas ses défauts, tout au moins aux yeux des éleveurs, car on ne lui donnait jamais de juments. Son exemple n’est certes pas encourageant pour le départ de missions.

Quant aux étalons arabes indigènes, ils sont achetés en même temps que les anglo-arabes.

Etalons anglo-arabes. — Les achats d’étalons se font, pour les dépôts de Tarbes et de Pau, à des réunions spéciales tenues à Toulouse vers la fin du mois d’octobre de chaque année. Ces réunions comportant des concours épreuves et les achats effectués par les haras.

D’une façon générale, l’élite de la génération de 3 ans est présente.

Le nombre des poulains présentés est variable: avant la guerre il atteignait 160 à 180. En 1920, il est descendu à 46 et en 1921 à 44.

En 1923 il était de 46.

Les achats sont également très diminués: alors qu’avant la guerre l’administration des Haras achetait annuellement 44 étalons, elle n’en a acheté que 11 en 1920, 16 en 1921, 16 également en 1922, et 17 en 1923.

La plupart des étalons achetés sont produits par les Hautes et les Basses-Pyrénées. Cependant, certains spéculateurs, M. Pignon, en particulier, achètent dans les Pyrénées des poulains de 6 mois et les élèvent dans les Charentes où ils prennent de l’ampleur et du gros. Les Haras achètent chaque année, un nombre relativement grand de ces chevaux qui sont souvent bons parce que bien choisis par les éleveurs, mais possèdent rarement une qualité exceptionnelle car ils n’affrontent jamais les luttes de l’hippodrome.

Les achats sont faits par des commissions composées de trois ou quatre membres. En 1923, elle comprenait trois membres, MM. de Sévin, de Madron et Jousset, inspecteurs généraux des Haras.

L’attribution des étalons aux divers dépôts est faite suivant les besoins de chacun. Les meilleurs performers qui sont considérés comme chevaux de tête sont généralement envoyés aux dépôts de Tarbes et de Pau qui sont les centres d’élevage les plus importants et dans les circonscriptions desquels se trouvent les meilleures poulinières.

Réglementation des saillies

Table des matières

Les services des étalons nationaux sont exclusivement réservés aux juments appartenant à des éleveurs domiciliés en France.

Les juments de 18 ans et au-dessus vides les deux années qui précèdent l’inscription et les juments de 10 ans et au-dessus n’ayant pas encore donné de produits sont refusées. Cette mesure ne s’applique que pour les étalons tirés au sort, sans cela toutes les réformes de l’armée seraient inutilisables.

Aucune jument de pur sang n’est admise à la monte des étalons de l’Etat que si elle est inscrite au Stud-Book français ou si son propriétaire présente les papiers nécessaires pour la faire inscrire.

Les éleveurs ne devront inscrire chaque jument que pour un seul étalon, à quelque établissement des Haras qu’il appartienne.

Aucune inscription ne sera reçue qu’autant que tous les renseignements exigés par l’Etat seront complets et régulièrement établis.

Les poulinières livrées aux étalons nationaux ne peuvent recevoir deux services sur chaque chaleur.

Les étalons commencent à faire la monte à partir de leur quatrième année. Le nombre des saillies est de 25, 30, 40 et même 50 pour une campagne de monte. Il varie avec l’âge, la race et l’état de santé de l’animal. Les chevaux de pur sang ne font généralement que 30 ou 35 saillies.

Aucun étalon ne fait plus de 2 saillies par jour.

C’est le vétérinaire du dépôt qui fixe le nombre des services de chaque étalon.

Les étalons sont réformés quand ils laissent trop de juments vides ou qu’ils ne produisent plus suffisamment bien. Il n’y a pas d’âge limite. Ainsi, Ex Voto a 24 ans, Presto II, 23, Royal Dream, 21; ils n’en sont pas moins parmi les étalons de tête de Gélos et de Tarbes.

Etalons des dépôts de Tarbes et de Gélos

Table des matières

L’effectif total de ces dépôts est assez considérable. Tarbes comprend 129 étalons, et Gélos 140. Pendant la saison de monte, c’est-à-dire du milieu de février au commencement de juillet ces étalons sont répartis dans les diverses stations des deux circonscriptions. Quelques-uns restent dans leur dépôt.

Cet important effectif comprend un grand nombre d’animaux excellents; parmi ceux-ci se trouve une élite, composée des animaux les plus remarquables par leurs origines, leur conformation, leurs performances, et aussi par l’action particulièrement bienfaisante qu’ils ont eue sur la production anglo-arabe, soit directement, soit par leurs descendants (comme Ex Voto par exemple qui n’a sailli longtemps que des juments de pur sang, mais dont les produits ont été et sont encore souvent accouplés avec des arabes ou des anglo-arabes).

Ces étalons, dits étalons de tête, fonctionnent généralement à leur dépôt pendant la saison de monte.

Les pur sang anglais ne sont pas très nombreux; la plupart font la monte à Tarbes et à Gélos. Je m’étendrai un peu plus sur eux, car les familles anglaises, avec leurs qualités respectives sont mieux connues et plus spécialisées que les familles arabes. De plus, la race anglaise de pur sang est celle qui «trace» le plus, celle qui imprime le plus sa marque dans une production. Il est donc très intéressant d’en connaître les individus qui jouent en ce moment un rôle actif dans la race anglo-arabe.

Je vais commencer cette étude par les étalons du dépôt de Tarbes (V. tableau page suivante):

ROYAL DREAM b. b. né en 1903 en Angleterre

Remonte à ECLIPSE par BLACKLOCK et KING FERGUS


Royal Dream est un cheval de bonne taille (1m 60) bien dans le type des Saint-Simon, accusant beaucoup d’espèce, et ayant gardé une grande vigueur malgré son âge avancé.

Il appartient à la famille 4 (Layton Violet Barb mare) cette famille a donné en Angleterre nombre de gagnants classiques. Elle s’est distinguée aussi bien par ses mâles que par ses femelles. Parmi les premiers, indépendamment de l’ancêtre Matchem, il faut citer Wenlock dont les filles se sont montrées pour la plupart excellentes au haras, Kisber, Thormanby, Lord of Isles, Common, Elf, le Var, notre chef de race Le Sancy, Rock Sand qui, de son côté a pris une place prépondérante en Angleterre, etc...

Les juments de grand ordre dont les noms suivent sont également sorties de la famille 4; Apology, Brigantine, Gamos, Hauteur, Médora, Our Nell, Sainte-Marguerite, Thébaïs, etc...

Parmi les étalons de cette famille faisant actuellement la monte en Angleterre, on peut citer Kildare, Greenback, etc... Parmi ceux faisant la monte en France: Alcantara II, Brûleur, Chut, La Farina, Mésilim, Oreste II, Prestige, Mabuel II, Le Grand Pressigny, etc.

Lé père de Royal Dream, Persimmon, est le meilleur continuateur de Saint-Simon. Il a gagné en Angleterre à 3 ans, le Derby, le Saint-Léger, et les Jockey-Club Stakes; à 4 ans l’Ascot Gold Cup et les Eclipses Stakes. C’est le père de Sceptre, Your Majestic, Prince Palatine, etc...

Le pedigree de Royal Dream ne comporte pas d’inbrecding notable. En dehors de sa lignée paternelle remarquable, on y relève les noms d’Hermit, de Hampton et de Dévotion.

Royal Dream a couru en Angleterre où il a gagné 1571 livres.

Production. — Royal Dream n’a pas été dans l’ensemble de sa carrière d’étalon, un reproducteur très remarquable. C’est cependant le père d’un excellent cheval: Coq Gaulois qui a joirt à une classe indéniable un tempérament robuste, ainsi qu’une grande aptitude au saut. Sa qualité lui permit de remporter d’importantes épreuves de plat après avoir gagné le grand Steeple-Chase d’Auteuil.

Royal Dream a donné également Gabie, Priseur, Aubazine, Charaille, Douvres, La Diane, Daumy, Chat Huant, Cat, etc..

Ses produits ont gagné en plat jusqu’à fin 1923: 366.771 fr.

(V. tableau page suivante).

Gavarni III de même taille que Royal Dream, est plus puissant, bien qu’encore très racing-like et possède de beaux points de force.

Il fait partie de la famille 11 (Sedbury Royal Mare); c’est une grande famille, qu’il est presque indispensable d’avoir dans tous les pedigrees. On la trouve en effet à l’origine d’un grand nombre de bons chevaux, mais c’est peut-être parce qu’elle se croise admirablement et qu’elle réussit avec toutes les autres familles. Il semble cependant qu’elle ait une affinité toute spéciale pour la famille 3. C’est ainsi qu’elle revendique la paternité du célèbre Lottery, de Kingcraft, de Saint-Simon etc...

GAVARNI III b. né en 1908 chez M. J. Prat

Remonte à ECLIPSE par TOUCHSTONE et POT-8-OS


Parmi les grands chevaux qu’elle a encore donnés on peut rappeler Squirt et Régulus grands-pères d’Eclipse, Irish Birdcatcher et son père Faught-a-Ballagh, Overton, Manuella, Zoé, Vernison, Ralph, Orme, etc...

Il n’y a pas actuellement d’étalon de classe de la famille 11 faisant la monte en Angleterre. En France, on peut citer Armant, Llangwn, Sandy Hook.

La famille 11 n’a pas donné de gagnant du Grand Prix, mais elle a fourni un gagnant du prix du Jockey Club et trois gagnantes du Prix de Diane. Parmi celles-ci, se trouve Germaine, la mère de Gavarni III, qui remonte à Hermit et à Nougat.

Macdonald le père de Gavarni fut un cheval de grand ordre, d’un fort beau type et de plus en plus séduisant à mesure qu’il prenait de l’âge. «Lorsqu’à 4 ans il gagna le Municipal on ne verra plus en lui le grand animal traité de carrossier, mais sous sa robe foncée et soyeuse, son tissu fin, l’étalon demain recherché après le couronnement d’une belle carrière. Il donne l’impression d’une force qui se transmettra, d’une santé complète, d’une pureté de sang, et de tout l’individu se dégage qu’il continuera les belles races qu’il unit en lui» (Saint-Georges).

Macdonald a bien réussi comme étalon. Il est, actuellement encore, au haras de Lessard-le-Chêne. As d’Atout doit être son meilleur produit.

Le pedigree de Gavarni III, très beau dans son ensemble, ne comporte pas de particularité remarquable à part l’inbreeding 1×1 de sa mère Germaine sur la famille 11.

Carrière. — La carrière de Gavarni fut bonne sans être exceptionnelle. Ses principaux succès sont ceux qu’il a remportés dans les prix Eugène Adam, de la Rablais et War Dance. Dans le prix Eugène Adam il a battu Alcantara II qui lui rendait 14 livres et qui avait fait une course d’attente contraire à ses aptitudes. Ses gains s’élèvent au total à 168.000 francs.

Production. — Gavarni a produit un certain nombre de bons chevaux de plat et d’obstacles.

Le meilleur de ses fils est Saint-Hubert II qui possède de remarquables qualités de tenue et d’endurance et dont le meilleur titre est la place à une encolure de Massine dans le prix des Sablons.

On peut encore citer parmi les produits de Gavarni III: Grand Seigneur, Lowe, Sangrado, Vanity, et un excellent anglo-arabe Sous-Marin II, comme lui étalon au haras de Tarbes.

Ses produits gagnent en plat actuellement 336.881 francs.

MARTIAL III b. né en 1909 chez M. Lepetit

Remonte & ECLIPSE par TOUCHSTONE et POT-8-OS


Martial III est un cheval de taille moyenne, bien bâti, mais un peu plus léger que le précédent.

Il appartient à la famille 31 (Dick Burton’s mare) dont une seule tribu, celle de Ganezon a encore une certaine importance, mais elle n’a pas produit grand’chose en France depuis Boïard.

La mère de Martial, Gilia, est une fille de Champignol qui gagna le prix Lagrange et la grande Poule et partit favori dans le prix du Jockey Club où il fut battu de 3/4 de longueur par Champaubert.

Comme le père de Gavarni III celui de Martial, Airlie, qui fut lui-même étalon de l’administration des Haras, était un petit-fils de Hampton. Parmi les noms à détacher dans le pedigree de Martial se trouvent encore ceux de Gaillard et de Le Sancy.

Carrière. — Martial III a couru avec succès sous les couleurs de M. G. Lepetit; à 2 ans il disputa sept courses pour en gagner trois et se classser deux fois; à 3 ans, il courut seize fois pour gagner sept courses et se classer cinq fois. C’est le gagnant des prix Stuart, des Haras nationaux, Boïard où il battait Cadet Roussel III et Rire aux larmes, de la Seine, de la Coupe d’or où il précédait Templier III, Night Rider, Foxling et onze autres, du Cèdre devant Wagram II, le Cid et Irishman.

En outre il se classa troisième dans le prix du Président de la République derrière De Viris et Zénith et dans le prix du Conseil municipal derrière Shannon à poids égal et Tripolette à laquelle il rendait une année.

A 4 ans il disputa quinze courses pour en gagner deux et se classer huit fois. Le montant de ses gains dépasse 300.000 fr. Il se montra cheval de classe et très régulier.

Production. — Comme celle de Gavarni, la descendance de Martial est très honorable. Ses meilleurs produits actuels paraissent être les deux 4 ans Banco et Maréchal Tarbais, qui, assez bons chevaux de plat sont devenus d’excellents chevaux d’obstacles, comme le prouvent leurs victoires respectives dans la Grande Course de haies de Nice et dans le prix Murat. On peut encore citer: Great Sister, la Bellone, Dublin, Prilep, Noce, Clocheton, la Rocchia, Salamanque, Nadar, etc...

Ses produits ont déjà gagné en plat: 565.590 francs.

(V. tableau page suivante).

Dauphin est un fort beau cheval. S’il ne s’impose pas particulièrement à l’attention, on ne voit pas ce qu’oh pourrait lui reprocher. Il est très harmonieux et très régulier.

DAUPHIN b. né en 1918 chez M. J.-D. Cohn

Remonte à ECLIPSE par TOUCHSTONE et POS-8-OS


Il appartient à la famille 12 (Royal Mare) qui s’est toujours fait remarquer par la vitesse de ses descendants. Elle a produit entre autres Eclipse, cheval extraordinaire s’il en fut et qui est dans le pedigree de tous les bons chevaux actuels. Indépendamment de ce grand ancêtre la famille 12 a produit également Conductor, Voltaire, The Nabab, Marsyas, Poinson, The Scottish Chief, Adventurer, Oxford, Sterling, Ceylon, Libaros, Amphion, Le Hardy, etc...

Parmi les étalons de cette famille faisant actuellement la monte en Angleterre on peut citer: Corn-Kale, Zeltinger, Dunstable, Javelin, Gay-Lally, Irsh Marine, Nun Appleton, Vigorous II, Crown Solliciter et Haki. En France: Ali Bey, Rabat-Joie, Saint-Just, Ukko, Chaud, Grazing.

La famille 12 a donné deux gagnants du prix de Diane, un gagnant du prix du Jockey-Club et trois gagnants du Grand Prix.

Le père de Dauphin, Mon Petiot, a été un des bons chevaux de sa génération gagnant plus de 110.000 francs en 1914. C’est le vainqueur des prix Juigné, Reiset et des Acacias.

On remarque dans le pedigree de Dauphin les noms de The Bard, Chalet et Hampton, ce dernier deux fois à la quatrième génération. Dauphin est donc inbreed 4×4 sur Hampton. Cet inbreeding a parfaitement réussi pour le performer; il y a tout lieu de penser qu’il donnera aussi d’excellents résultats pour l’étalon.

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Release date on Litres:
16 January 2025
Volume:
166 p. 28 illustrations
ISBN:
4064066324193
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Bookwire
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