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P.-A. Aubert
Traité raisonné d'équitation, d'après les principes de l'école française

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066323158
Table des matières
INTRODUCTION.
CHAPITRE I.
CHAPITRE II.
CHAPITRE III.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
CHAPITRE VIII.
CHAPITRE IX.
CHAPITRE X.
CHAPITRE XI.
CHAPITRE XII.
CHAPITRE XIII.
I.
II.
III.
IV.
V.
VI.
VII.
VIII.
IX.
X.
XI.
XII.
CHAPITRE XIV.
CHAPITRE XV.
CHAPITRE XVI.
CHAPITRE XVII.
CHAPITRE XVIII.
CHAPITRE XVIII.
CHAPITRE XIX.
CHAPITRE XX.
CHAPITRE XXI.
CHAPITRE XXII.
CHAPITRE XXIII.
CHAPITRE XXIV.
CHAPITRE XXV.
CHAPITRE XXVI.
CHAPITRE XXVII.
CHAPITRE XXVIII.
CHAPITRE XXIX.
CHAPITRE XXX.
CHAPITRE XXXI.
CHAPITRE XXXII.
CHAPITRE XXXIII.
CHAPITRE XXXIV.
CHAPITRE XXXV.
CHAPITRE XXXVI.
CHAPITRE XXXVII.
CHAPITRE XXXVIII.
CHAPITRE XXXIX.
CHAPITRE XL.
CHAPITRE XLI.
CHAPITRE XLII.
CHAPITRE XLIII.
CHAPITRE XLIV.
CHAPITRE XLV.
CHAPITRE XLVI.
CHAPITRE XLVII.
CHAPITRE XLVIII.
CHAPITRE XLIX.
CHAPITRE L.
CHAPITRE LI.
CHAPITRE LII.
CHAPITRE LIII.
CHAPITRE LIV.
CHAPITRE LV.
CHAPITRE LVI.
CHAPITRE LVII.
CHAPITRE LVIII.
CHAPITRE LIX.
CHAPITRE LX.
CHAPITRE LXI.
CHAPITRE LXII.
CHAPITRE LXIII.
CHAPITRE LXIV.

INTRODUCTION.
Table des matières
Causes principales qui ont amené la déconsidération des Écoles d’Équitation ainsi que le discrédit des Chevaux d’origine française.
Depuis bien long-temps il n’existe plus d’Académies d’Équitation en France protégées par la munificence du souverain, et placées sous la surveillance d’un Grand-Écuyer qui avait passé une partie de sa vie au manège, et qui tenait à honneur d’être un des plus habiles cavaliers formés à l’École de Versailles. Cette École existe encore aujourd’ui, mais elle n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut autrefois; c’est plutôt une vieille ruine, que le goût du jour tolère, qu’un monument que l’on tient à conserver dans ses belles proportions; elle est uniquement destinée aux Pages et aux autres élèves de la maison du Roi, et n’exerce aucune espèce d’influence sur les manèges publics de Paris et des autres villes de la France. Celle de Saumur est spécialement militaire, ne forme des écuyers que pour l’instruction de la cavalerie, et n’est profitable que pour l’armée. Quant à l’École Royale d’Équitation de Paris elle a été supprimée en 1829.
Ainsi, abandonnés à leurs seules ressources, et livrés, comme on dit aujourd’hui, à la concurrence, les manèges ne se sont guère occupés de former des élèves écuyers depuis quarante ans. Et depuis vingt-cinq environ, tout ce qui nous restait d’écuyers, ou d’hommes de cheval vraiment capables, ont payé leur tribut à la mort; il ne faut donc pas s’étonner si l’on se montre si peu difficile sur le choix de ceux que l’on emploie généralement dans ces manèges, faute de mieux; il faut dire aussi que plusieurs de ces établissements sont exploités par des industriels aussi étrangers aux principes de l’équitation qu’à la bonne administration de ces Écoles; de tels hommes ne pouvaient que hâter la chute de l’art en se ruinant eux-mêmes, et ils expliquent assez le dégoût que l’on montre généralement pour des leçons données sous leurs auspices.
Si le Commandant de l’École Royale de Paris n’a pas craint de faire de cet établissement une maison de louage, lui qui recevait une magnifique subvention pour tenir un manège essentiellement académique où on ne louerait jamais de chevaux, on doit bien penser que les autres industriels qui se mirent à exploiter de soi-disant Écoles d’Équitation, ne furent autre chose que des loueurs de chevaux .
Entraînés alors par une telle concurrence, ceux des maîtres de manège, qui, avec du talent et l’amour de leur art, possédaient tous les éléments nécessaires pour former des élèves distingués, se virent dans la nécessité de louer aussi leurs chevaux, d’abord à leurs seuls élèves, et ensuite à tout le monde, jusqu’au moment où le louage devint la partie principale et lucrative des manèges, tandis que l’enseignement des écoliers, et l’instruction des jeunes chevaux mis en dressage, n’en devinrent plus que la partie accessoire, ou celle qui rapporte le moins; et c’est avec raison que l’on dit aujourd’hui qu’il n’y a plus ni manèges ni chevaux de manège, ni équitation possible.
Ce fut pour prévenir un tel état de choses, prévu et prédit vingt ans d’avance, que, dans les premières années de la restauration, quelques préfets, députés, officiers de cavalerie, et particulièrement M. Ducroc de Chabannes, dont le nom est une si respectable autorité en équitation, sollicitèrent le gouvernement de réorganiser les Écoles d’Équitation dans toutes les grandes villes de France. M. de Chabannes a prouvé par des raisonnements et par des chiffres, que cet objet d’utilité et d’instruction publique n’exigerait que de très modiques dépenses, et qu’il aurait pour résultat de former de jeunes écuyers susceptibles de ranimer le goût de l’équitation dans la haute société, et capables de rendre les plus grands services dans l’arme de la cavalerie et dans tous les établissements où il y a des réserves de jeunes chevaux. Plus tard, M. le vicomte d’Aure, conçut le projet d’une École d’Équitation-Modèle, à former au haras du Pin. Bien dirigée et dégagée d’un luxe d’emplois inutiles, elle n’eût exigé qu’une faible dépense annuelle à l’administration, et elle eût été une source précieuse d’instruction pour les jeunes gens du pays, que l’on aurait pu employer avec avantage dans tous les haras secondaires. Elle eût été encore un élément de prospérité pour les éleveurs de la Normandie, qui auraient pu y faire dresser leurs chevaux, avec la certitude de les mieux vendre ensuite. Mais, toutes les fois qu’on s’est adressé au gouvernement pour relever l’Équitation française, qui fut considérée par les étrangers eux-mêmes comme la première de l’Europe, la voix des avocats plaidant cette cause toute nationale, fut étouffée par les Anglomanes occupant les grands emplois. Ceux-là, sans raisonnements et sans chiffres, ont crié bien fort que «le Manége et l’Equitation
«à la française étaient choses surannées, puisqu’on n’en faisait
«aucun cas en Angleterre, où les grooms remplissent à la fois les fonctions
«d’écuyers et de vétérinaires. En donnant de grands encouragements
«aux courses, on améliorerait singulièrement la race chevaline; ce qui procurerait
«d’excellents chevaux de selle tout dressés et à très bon compte,
«etc, etc.»
Et les gouvernements ou leurs agents, convaincus par des arguments aussi persuasifs, ont gaspillé annuellement des sommes considérables pour faire crever de jeunes poulains à la course ; et les courses ont eu pour résultat de protéger le commerce exclusif des chevaux de l’Angleterre, en décourageant, en ruinant le commerce des éleveurs de la Normandie et de tous les marchands de chevaux français sans exception; en vouant à une injuste prévention nos plus belles races indigènes, en faisant que l’amateur qui pourrait se procurer un bon cheval français pour 1,000 à 1,200 fr., rougirait de se montrer à la promenade s’il n’était monté sur un cheval de pur sang 1/2 sang, 3/4 de sang et autres fractions de sang qu’il lui faut payer 3,5 et 7,000 fr....., et puis changer au bout de quelques mois, attendu que le plus souvent ces rejetons d’illustres aïeux et de noble sang anglais, nous arrivent d’outre mer ruinés sur leurs jambes, pris dans les épaules, et le plus souvent malades incurables par suite de médicaments, ou plutôt de poisons, administrés par les grooms.
Comme il a été prouvé de mille manières, par les hommes les plus instruits dans cette matière, que la régénération des Écoles d’Équitation aurait amené des résultats tout contraires, c’est-à-dire la prospérité des éleveurs et des marchands Français, l’amélioration, et surtout la conservation de nos races indigènes, la baisse considérable du prix des chevaux en général, la renaissance d’un art sur le point d’être à jamais perdu dans notre pays, et sans lequel notre cavalerie ne peut être imposante, je n’ajouterai rien à tout ce qui a été dit et écrit à cet égard, par de plus habiles que moi, et tout persuadé que je suis que mon ouvrage pourrait concourir à former de bons élèves-écuyers, dans un temps où ils sont devenus si rares, j’ai d’avance la certitude qu’il aura l’improbation des grands faiseurs, qui ont passé la plus belle partie de leur vie en Angleterre, où ils ont oublié jusqu’à leur langue maternelle; ceux-là croient que leurs fils et leurs filles apprennent à monter à cheval avec beaucoup plus de sûreté et de grace à l’école de leurs grooms, et à travers champ, que dans un manège d’académie, à l’école d’un écuyer français ayant vieilli dans l’enseignement de son art.
Malheureusement l’Anglomanie est le mal du pays; c’est surtout depuis que tout le monde va à cheval à l’anglaise , c’est-à-dire, ridiculement et sans aucune règle ni principe, que personne n’apprend à conduire ses chevaux sûrement et habilement. Je ne pouvais donc choisir une époque plus défavorable pour publier un Traité d’Equitation, que celle où tant de gens influents n’ont que des paroles moqueuses pour le manège et les écuyers français, et citent avec extase les jokeys anglais, comme le beau type du cavalier-modèle; c’est mal prendre son temps, je le répète, que de vouloir rappeler nos vieux anglomanes au manège national, qui est encore le manège de l’ancien régime, et qui aurait droit de réveiller en eux des souvenirs de jeunesse, mais je n’écris pas par spéculation et pour la mode; si beaucoup d’esclaves de celte capricieuse divinité me regardent comme un radoteur, et qu’une petite portion de gens raisonnables s’intéressent à mes leçons, je me croirai amplement dédommagé de la critique des uns par l’approbation des autres, et j’attendrai que le temps et la raison fassent justice de l’anglomanie comme de tant d’autres choses de mode et de circonstances.
Ainsi que tous les maîtres qui ont parcouru une longue carrière dans l’enseignement, j’ai eu l’honneur de donner des leçons à des princes souverains comme à de simples particuliers; j’aurais pu, à l’imitation de presque tous les auteurs d’Equitation qui ont écrit avant moi, faire agréer la dédicace de mon ouvrage à un personnage haut placé dans le monde, et me prévaloir d’un de ces grands noms, qui sont toujours bien placés à la tête d’un livre, mais qui ne suffisent pas pour décider de son mérite. En ne dédiant le mien à personne en particulier, je le dédie à tout le monde en général. J’ai voulu que tous ceux qui le liront, soient bien convaincus que je ne l’ai écrit sous d’autre influence que celle de ma conviction, et dans le désir surtout d’être utile aux jeunes gens qui se sentiraient du goût pour l’étude et l’enseignement de mon art; un jour viendra peut-être où il y aura quelque gloire à l’exercer avec distinction. C’est au public éclairé, et toujours bon juge, que je soumets le fruit de ma longue expérience, et c’est son suffrage que je regarderais comme ma récompense la plus chère .
CHAPITRE I.
Table des matières
De la Tenue et du Costume de Manège.
Pour qu’un cavalier soit commodément et solidement à cheval et qu’il y paraisse de la manière la plus avantageuse, il importe que son costume soit gracieux et susceptible de résister aux mouvemens du cheval sans en éprouver de désordre, comme cela arrive avec les vêtemens de fantaisie. Tous les auteurs d’équitation et tous les écuyers qui ont dirigé les écoles les mieux ordonnées, ont rappelé les élèves à une tenue uniforme. Je le fais à mon tour avec d’autant plus de raison, qu’aujourd’hui l’on semble choisir pour cet exercice les habits les plus incommodes, les moins gracieux et qui se délabrent le plus facilement. On verra par la suite que cet objet a plus d’importance qu’on ne le croit généralement.
Supposant une Ecole-modèle, dont les élèves seraient susceptibles de manœuvrer militairement, je conseillerais le frac bleu ou vert, large de poitrine, serré de la taille et boutonnant de haut en bas; la casquette militaire en cuir verni, garnie d’une mentonnière servant à la fixer solidement sur la tête quand on monte les sauteurs; le pantalon de drap gris pour l’hiver, et de coutil blanc pour l’été ; large d’enfourchure et juste sur le genou; des bottes à l’écuyère, molles ou demi-fortes, des éperons vernis dits de manège et des gants de daim. (V. planche 1re. )
Cette tenue de manège est la plus convenable et celle qui résiste le plus quand on travaille sérieusement. C’est surtout les bottes qui sont de rigueur, car, outre la difficulté de voir la position des élèves quand ils sont comme enjuponnés dans des pantalons à la mameluck, rien n’est si disgracieux et plus incommode sur des selles à la française.
Avec des chevaux équipés uniformément, des élèves en tenue ajoutent beaucoup d’éclat au coup d’œil des reprises et des manœuvres; il y a aussi l’avantage de pouvoir aller dehors en marchant par colonne; il ne faut qu’avoir vu quelquefois ces bandes disparates d’hommes et de chevaux, qu’on appelle promenades de manéges pour sentir la vérité de mon observation.
CHAPITRE II.
Table des matières
De l’importance de l’Assiette comme base fondamentale de toute l’Équitation.
On doit considérer l’assiette comme la chose première, comme la base fondamentale de toute l’équitation. En cela tous les écuyers et auteurs sont parfaitement d’accord. Sans une bonne assiette le cavalier ne peut avoir ni grace ni solidité sur son cheval, et quelque soin qu’il voudrait y mettre, ce serait toujours vainement qu’avec une base incertaine et roulante, il voudrait arriver à ce juste emploi des mains et des jambes qu’en termes de manége on définit par accord des aides, et qui constitue le talent de l’écuyer.
L’assiette ne peut être parfaite, ou du moins approcher le plus possible de la perfection, que si toutes les parties du corps sont parfaitement à leur place, et de manière à diriger tous leurs points d’appui vers cette assiette ou base qui en est le centre commun. Ce concours de toutes les parties du corps très justement placées et superposées suffit pour maintenir la position du cavalier fixe et invariable dans les allures douces et réglées. Si des réactions violentes du cheval tendent à ébranler plus ou moins l’assiette, c’est alors que les cuisses viennent aussi, plus ou moins, former une pression sur la selle; c’est ce qu’on appelle secourir l’assiette par les cuisses. Après l’effort passé, les cuisses se replacent dans leur état de repos pour être prêtes à recommencer à secourir si le besoin l’exige.
L’assiette est donc la partie importante de la position que l’écuyer doit commencer par établir chez son élève, avant toute autre démonstration et avant surtout de le soumettre aux allures violentes . Il y parviendra sans peine s’il n’a point à combattre des défauts de nature trop prononcés, ou, ce qui serait pis, de mauvaises habitudes dès long-temps contractées par suite de leçons vicieuses.
J’aurai plus d’une fois l’occasion de prouver dans cet ouvrage que l’assiette peut être aussi considérée dans le travail de l’écuyer consommé comme l’aide la plus puissante, mais je ne le ferai point dans cette partie élémentaire, où je n’en dois parler que comme base de la position de l’homme à cheval.
Il faut bien se pénétrer que la solidité du cavalier ne vient point de sa force physique, mais de l’union et de l’immobilité des parties qui portent immédiatement sur la selle; parties qui se composent des fesses et des cuisses, et qui forment ce qu’on appelle généralement l’assiette.
«Les fesses forment la base sur laquelle doit porter tout le poid du corps.
«Le point de réunion de cette pesanteur se fait sur les deux tubérosités des
«os ischions, et compose son centre de gravité, dont la direction doit être
«dans la verticale où se trouve celui du cheval; alors l’homme et le cheval
«peuvent être considérés comme ne faisant qu’un seul et même corps. (V. la figure géométrique, pl. 2.)
«La direction du centre de gravité de l’homme part du sommet de la tête,
«et se termine sur le point des fesses formé par les ischions. (V. la figure pl.2.) .
«La ligne du centre de gravité du cheval passe verticalement du milieu du dos sous le ventre.»
«Cette démonstration indique assez que l’assiette doit être immobile; que
«toutes les parties du corps, devant tendre par leur poids à en augmenter
«l’union, doivent, pour y concourir, suivre et accompagner exactement tous
«les mouvements du cheval.»
Puisqu’on ne peut obtenir une bonne assiette que par le concours de toutes les parties qui peuvent en déterminer l’assurance et la liaison, puisque d’elle dépend la bonne ou mauvaise position de l’homme à cheval, je chercherai à donner la plus juste idée de la place que chacune de ces parties doit avoir, pour démontrer comment elles peuvent se prêter un mutuel secours en suivant les lois immuables de la gravitation.
Il y aurait tant de choses à dire sur les avantages résultant d’une bonne assiette et les désordres résultant de la mauvaise, qu’on pourrait écrire un volume sur cette seule matière. On verra par la suite que je reviens sans cesse sur cet important objet. De l’union intime des parties dépend la solidité du tout. C’est d’après ce principe de physique que je tiens essentiellement à la position régulière de toutes les parties du corps. Mon système d’enseignement s’analyse par ces mots: Tout dans la belle position.
CHAPITRE III.
Table des matières
De la nécessité de la belle position.
Il est facile de prouver que la bonne assiette et la belle position sont inséparables et qu’il est impossible d’obtenir l’une sans l’autre. Si cette belle position est indispensable pour donner de la grace et de l’élégance au cavalier, elle ne l’est pas moins pour assurer sa solidité ; il est encore bien prouvé qu’un homme, bien à cheval, régulier dans sa position, a tort peu de chose à faire pour avoir de bonnes aides. (V. pl. 3. )
«La meilleure position que l’homme puisse avoir est celle qui, s’accordant
«le mieux avec les mouvements du cheval, laisse à ce dernier le libre
«emploi de ses forces. Il faut donc rechercher dans la conformation et le
«mécanisme des deux individus les moyens qui doivent opérer leur plus
«grande liaison, puis établir, d’après le résultat de cette recherche, la position
«du cavalier. Mais il ne suffirait pas d’expliquer l’arrangement que
«doivent avoir toutes les parties du corps à cheval, selon les règles de la
«bonne école et applicables seulement à un homme très bien fait, dont
«toutes les proportions seraient parfaitement justes; il faut nécessairement
«s’étendre et suivre les variations qu’offrent aux yeux des vrais connaisseurs
«la conformation particulière de chaque élève; indiquer les moyens
«les plus propres, relativement à ces variations, pour assouplir, affermir,
«placer avec le plus de grace possible les personnes qui veulent s’instruire
«dans l’art de conduire adroitement et sûrement toutes sortes de chevaux,» tant au manège que dehors, à la guerre comme à la chasse, en voyage comme en promenade. C’est ensuite au démonstrateur à modifier ses leçons selon l’âge, la force, le tempéramment de ses élèves, et c’est ce que je ne peux préciser ici.
Pendant long-temps j’ai cru, comme bien d’autres écuyers, qu’il fallait des milliers de paroles pour indiquer au juste la belle et bonne position du cavalier. L’expérience m’a démontré que Mottin de la Balme a eu raison de réduire toute cette longue démonstration à douze principes généraux que je fais entrer dans la leçon élémentaire. (V. leçon à pied ferme.)
CHAPITRE IV.
Table des matières
Préparation pour monter à cheval, ou leçon dite du Montoir.
Cette préparation est indispensable pour s’assurer de l’obéissance du cheval pendant qu’on le monte, et il faut admettre qu’on n’a pas toujours quelqu’un pour le tenir, surtout avec l’adresse qu’exigent beaucoup de chevaux; il en est qui sont très impatients au montoir, qui ne veulent pas rester un instant sur place et qui vous marchent sur les pieds, si vous ne savez pas vous placer à une distance convenable de l’épaule; il y en a d’autres qui frappent du devant et du derrière; d’autres qui, avec l’impatience de partir au moment où l’on s’enlève sur l’étrier, ont la bouche si sensible qu’ils se renverseraient si les rênes étaient prises trop courtes avec les crins. Beaucoup de cavaliers font cette dernière faute, et beaucoup d’accidents en sont la conséquence inévitable. C’est pourquoi je prescris de prendre les rênes longes avec les crins, de manière qu’elles décrivent non pas un angle du petit doigt aux branches où elles sont attachées, mais un arc-de-cercle. Il arrive encore avec les chevaux qui se précipitent en avant, au moment où le cavalier veut entrer en selle, que s’il ne s’est pas bien enlevé en soutenant le corps sur les poignets et sur l’étrier, il ne peut arriver que sur la croupe, d’où il est bientôt précipité si le cheval est vigoureux. Il est donc très important que l’élève apprenne à se mettre en garde contre tous ces désordres, qui sont rares, il est vrai, mais qui peuvent aussi se rencontrer chez le cheval dont on se défie le moins, et qui le plus souvent ne sont pas chez l’animal, méchanceté, défense, mais une ardeur excessive ou une mauvaise habitude toujours causée par la faute de ceux qui l’ont monté pour les premières fois. Ce n’est qu’avec les chevaux dont on connaît bien le caractère et qu’on monte habituellement, que l’on peut se dispenser d’observer les règles que je prescris ici pour la leçon du montoir. Quant à en marquer tous les temps, ce n’est bon qu’au manége et en troupe pour l’unité d’action, mais dans l’usage ordinaire c’est absolument inutile.
Après qu’on aura appris à l’élève à faire l’inspection de l’équipement de son cheval pour s’assurer, 1° qu’il est sanglé ; 2° que la gourmette est mise; 3° que la martingale est arrêtée , on commencera la leçon du montoir très lentement et ainsi qu’il suit:
Le cavalier doit, avant de monter, avoir attention que son cheval soit droit et d’aplomb sur ses quatre jambes, en se plaçant vis à vis de son épaule et à six pouces environ de distance.
La tête haute et directe, le regard sur l’oreille du cheval.
Les épaules effacées et libres.
Le corps d’aplomb.
Les jambes assemblées, les jarrets tendus.
Les talons près l’un de l’autre.
Les pointes des pieds un peu tournées en dehors.
Ayant la gaule basse dans la main droite, les bras tombant naturellement près du corps, de manière que les petits doigts touchent les cuisses avec les pouces un peu inclinés en dehors.
Puis il doit aisément, et sans rien brusquer ni presser:
1° Prendre le bouton des rênes de la bride avec le pouce et l’index de la main droite. Enlever cette main perpendiculairement au dessus du garrot, et en développant le bras, un peu arrondi, de toute son étendue; la gaule placée perpendiculairement le long de l’épaule du cheval, afin qu’il n’en soit point effrayé. (V. pl. 3.)
2° Mettre la rêne droite sur le plat, la saisissant avec le pouce et l’index de la main gauche, et descendant cette main depuis le bouton jusqu’au tiers environ de la rêne, pour que celle-ci se mette sur son plat par le jeu du touret.
3° Répéter le même mouvement, et avec la même main, pour placer également la rêne gauche sur son plat.
4° Passer le petit doigt de la main gauche entre les deux rênes et près du bouton; puis la baisser environ d’un pied, faisant glisser les doigts le long des rênes, dont on soutient toujours le bouton avec la main droite.
5° Fermer les doigts de la main gauche pour s’assurer des rênes, lâchant en même temps le bouton de la main droite, qui la dirige sur l’épaule droite du cheval.
6° Mettre la main gauche en position comme à cheval, le pouce étendu sur les rênes, et sentir moelleusement la bouche dans la main, pour s’assurer de l’obéissance et de l’immobilité du cheval; et comme les rênes sont longues, il faut nécessairement élever la main pour marquer l’arrêt. (V. pl. 3.)
Observation importante.
Rien de si dangereux que de tenir les rênes courtes en montant, car si le cheval vient à faire un mouvement violent pendant que le cavalier est sur l’étrier, il retombe presque toujours à terre, mais avant d’y arriver, les crins lui échappent de la main, tout l’effort se fait alors sur les rênes, et l’extrême douleur que le cheval en ressent dans la bouche, suffit souvent pour le faire renverser sur le cavalier. Chute la plus dangereuse.
Si on est seul en plaine, avec un cheval qui veut partir, on tient la main ainsi soutenue en sentant la bouche, sans prendre les crins, comme je l’indique au 6e temps, et on chausse l’étrier en même temps; et sitôt qu’il reste un temps sur place, on prend les crins pour enfourcher lestement en confondant tous les autres temps en un seul. Je ferai remarquer à ce sujet qu’un cheval difficile au montoir est toujours dangereux, et que celui qui a de l’ardeur ne manque jamais de devenir difficile au montoir, quand on lui saccade la bouche en le montant.
70 Saisir une poignée de crins de la main droite à un pied environ du garrot et la passer dans la gauche, ainsi que la gaule, quand on monte avec l’étrier, et beaucoup plus près de la tête quand on s’enlève par la seule action des poignets (voltiger) .
8° Faire un pas en arrière du pied droit en effaçant bien l’épaule de ce côté.
9° Saisir l’étrivière de la main droite près de la boucle pour s’assurer qu’elle est sur son plat, et descendre la main jusqu’à 4 pouces environ du pont de l’étrier .
10° Chausser l’étrier du pied gauche en approchant le genou du corps du cheval, pour éviter que la pointe du pied le touche sous le ventre.
11° Saisir le troussequin ou le derrière de la selle au-dessus de l’attache de la croupière.
12° Enlever le corps légèrement et droit, partie sur les deux poignets, partie sur l’étrier, évitant surtout de trop charger ce dernier pour ne pas faire tourner la selle.
13° Rester un temps sur l’étrier, les jambes assemblées, les jarrets tendus, le haut du corps incliné sur la droite du cheval, la cuisse gauche appuyée sur son épaule gauche pour empêcher le corps de renverser à droite; la tête un peu tournée sur la gauche, le regard dirigé sur l’oreille du cheval.
14° Apporter la main droite sur le pommeau de la selle et au milieu, les doigts en dedans, le pouce en dehors. (Voy. pl.)
15° Enfourcher en étendant la jambe droite le plus possible au-dessus de la croupe, évitant de la toucher du pied, qui doit être placé presque de de niveau à la hanche en enfourchant.
16° Entrer doucement en selle en chassant la ceinture en avant, de manière à s’asseoir le plus près possible du pommeau.
Ici l’écuyer fait relever l’étrier gauche sur l’épaule du cheval ou l’ôte tout-à-fait, car il est bien entendu que dans les premières leçons, l’élève ne doit avoir ni éperons, ni étriers .
17° Lâcher les crins de la main gauche sans lâcher les rênes ni la gaule, et mettre cette main à la 1re position, après avoir passé la gaule dans la main droite.
18° Ajuster les rênes tant pour les égaliser que pour déterminer leur longueur. (V. pour ajuster les rênes.)
19° Placer la main droite à trois pouces environ au-dessus de la gauche; la gaule haute , le poignet arrondi, les ongles en dessus, le pouce et l’index allongés sur la gaule et un peu détachés des autres doigts pour en diriger la pointe vers l’oreille gauche du cheval.
20° Une fois en selle et placé, observer la plus grande immobilité et prêter attention à la leçon de pied ferme qui commence après ce 20e et dernier temps de la leçon du montoir.
Toute cette première leçon doit se donner le plus lentement possible, et se répéter plusieurs fois sous les yeux du maître, qui doit, en la détaillant, se servir toujours des mêmes termes.
J’ai cru devoir entrer dans ces détails, qu’aucun auteur n’avait traités avant moi, tant pour l’instruction des élèves que pour celle des jeunes sous-écuyers que l’on charge ordinairement des leçons de longe; ces jeunes gens, n’ayant point assez d’habitude et d’expérience de la leçon pour la donner de manière à dire tout ce qu’il faut, et rien que ce qu’il faut, chargent ordinairement leur démonstration de discours superflus, ou bien tombent dans l’abus d’un laconisme extrême, également contraire aux explications que réclament les leçons élémentaires.
CHAPITRE V.
Table des matières
De la leçon de Pied-Ferme ou sur place (V. pl. 3.) — Elle commence immédiatement après celle du Montoir.
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
Aussitôt que l’élève est à cheval, l’écuyer doit commencer par le placer droit dans la selle, le plus près possible du pommeau, en lui expliquant tout de suite l’avantage d’une bonne assiette, comme base de la position. Il ajoutera beaucoup à la clarté de la démonstration, s’il sait joindre à propos l’expression du geste. Le geste et le toucher sont deux moyens d’enseignement qui facilitent beaucoup la leçon de tous les exercices du corps. Ainsi il ne suffit pas de dire à un commençant: Tournez la cuisse, ployez le genou, fermez la jambe, etc., il faut en même temps lui tourner la cuisse au dégré nécessaire, faisant mouvoir les articulations des genoux, des hanches, des pieds, etc.; examinant ce qu’on peut exiger de leur flexion, extension, rotation, sans causer une trop grande gêne à la partie que l’on veut placer, et en ayant égard à la conformation particulière de chaque élève, discernement qui suppose que le professeur possède au moins les notions d’anatomie suffisantes pour savoir où ces articulations sont placées et à quelle classe elles appartiennent .
SUITE DE LA LEÇON DE PIED FERME.
Des douze principes généraux servant à établir la belle position du cavalier.
1. — La tête haute et libre entre les deux épaules.
2. — La poitrine bien ouverte sans être saillante.
3. — La pointe des épaules en arrière et d’aplomb sur les hanches.
4. — Le haut du corps, dit buste aisé, libre et droit.
5. — Les bras sur la ligne du corps, tombant naturellement à deux pouces dès hanches.
6. — Les coudes tombant naturellement ni en avant, ni en arrière des hanches.
7. — L’avant-bras et le poignet sur une ligne horizontale.
8. — Les reins moelleusement soutenus et un peu ployés.
9. — L’assiette chargée du poids du corps bien au milieu de la selle, les fesses chassées en avant sous la base.
10. — Les cuisses assez tournées en dedans pour être collées à plat sur la selle, sans serrer les genoux.
11. — Les jambes libres et assurées tombant naturellement près le corps du cheval, un peu inclinées en arrière, sans étriers et perpendiculairement, quand elles sont portées par les étriers.
12. — Les pieds tombant d’aplomb sous la ligne des jambes, la pointe un peu plus basse que le talon, sans étriers et de niveau avec les étriers.
Ces douze principes généraux de position étant détaillés d’abord, suivant l’ordre et dans les termes que j’indique ici, suffiront, sans autre développement, pour placer un élève à cheval dans l’attitude convenable pour l’aplomb et la solidité ; quant à la grâce, elle vient un peu plus tôt, un peu plus tard, suivant que le sujet est disposé à avoir plus ou moins de souplesse dans les mouvemens. Je n’ai pas besoin de dire que l’écuyer doit rappeler ces principes à propos toutes les fois qu’une ou plusieurs parties se seront dérangées, en recommandant surtout à l’élève d’éviter d’employer de la force et de la roideur.
Je ne donne pas ici le détail de la tenue des rênes et de la pose de la main, supposant cette leçon de pied-ferme donnée par un sous-Écuyer qui se borne à faire prendre la bride à la première position, comme je l’indique à la fin de la leçon du montoir. Pour les plus grands développemens, on consultera les chapitres qui traitent de la position des mains.
Il y aurait un grand avantage à donner trois leçons de pied-ferme avant de faire marcher l’élève même au pas.
Ces trois premières leçons seraient consacrées à lui apprendre à monter et à descendre de cheval en marquant bien tous les temps; à établir sa position sur place par le rappel des douze principes précités; à ajuster les rênes: 1° pour les accourcir; 2° pour les allonger; 3° pour les égaliser, et enfin à les changer d’une main à l’autre: à lui apprendre à marquer le demi-arrêt et l’arrêt par la retraite du corps (V. De la Retraite du corps. ) ; à diriger la main de la bride à droite et à gauche sans la fausser, afin de faire tourner l’épaule du cheval, accompagnant ce mouvement de la pression moelleuse de la jambe; à arrêter et rendre, etc., etc.
Toutes ces démonstrations élémentaires sont de la plus indispensable nécessité, et la main du maître doit conduire celle de l’élève pour l’empêcher de se fausser dans sa position et pour lui imprimer surtout, dès les premières leçons, ce tact de sentiment que l’écolier conçoit bien plus facilement par cette expression du toucher, dont j’ai déjà parlé, que par de longs discours. Pendant les premières leçons tout doit être purement élémentaire; ce n’est qu’à mesure que l’élève améliore et assure sa position qu’on doit lui expliquer les conséquences des principes, qui ne lui sont indiqués d’abord que comme un commandement militaire, auquel il doit se soumettre avec la plus aveugle et la plus entière confiance. Si le développement raisonné des principes devient indispensable quand les élèves sont arrivés au point de le comprendre, les explications anticipées n’aboutissent jamais qu’à étourdir le commençant, à retarder l’exécution physique, et à faire dégénérer la leçon en bavardage.
L’écuyer devra encore apprendre à l’élève à fermer ses deux jambes également par le pli du genou; puis à les fermer l’une après l’autre, et cela toujours sur place et comme leçon préparatoire avant de marcher. Il faudra comme je l’ai déjà dit, faire jouer toutes les articulations, afin de préparer l’élève au liant et à la souplesse, avant de mettre son cheval en mouvement. Beaucoup de personnes prennent des leçons uniquement par raison de santé. Chez plusieurs de celles-là se joint, à une grande faiblesse de constitution, une irritabilité nerveuse qui cause de la contraction aux membres quand on veut les assujétir, sans préparations bien ménagées, à des positions d’école. Souvent ces positions, données au commençant, sont tout le contraire de celles qu’il prend dans l’habitude de la vie: voilà la cause de cette extrême fatigue qui accompagne ordinairement les premières leçons de manège, d’armes, de danse, etc. Il faut dire encore que les hommes les plus forts apportent, par la raison contraire, beaucoup plus de force qu’il n’en faut, et s’épuisent aussi bien que les faibles, si le maître n’y prend garde.
C’est cette leçon sur place que M. de Chabannes employait avec tant de succès, quand il était premier Écuyer de manège à l’Ecole Royale de Saumur, où il forma tant de sujets remarquables .
CHAPITRE VI.
Table des matières
Leçon pour descendre de cheval.
Je suppose ici les élèves formés sur le rang, les rênes dans la main droite, la main au repos, l’Écuyer faisant marquer les temps.
1° Soutenir la main droite à la hauteur de la poitrine (les rênes étant allongées comme elles étaient la main au repos), en sentant le cheval dans la main pour s’assurer de son immobilité. (V. pl. 6.)
2° Prendre les rênes de la main gauche près de la droite, ce qui les laisse longues comme elles étaient en montant.
3° Passer la gaule dans la main gauche, la pointe en bas comme en montant.
4° Prendre une poignée de crins de la main droite et la passer dans la main gauche, de même que les rênes et la gaule. Il faut, dans ce mouvement, bien avancer le bras pour éviter de se pencher sur l’encolure et d’enlever l’assiette.
5° Poser la main droite sur le milieu du pommeau de la selle, les doigts en-dedans, le pouce en-dehors. (Remarquez qu’on fait ici le contraire de ce qu’on faisait en montant, puisque la main était d’abord placée sur le derrière de la selle.) (V. pl. 6.)
6° Lâcher l’étrier droit et défourcher en étendant la jambe droite le plus haut possible, suivant le même principe et pour les mêmes raisons qu’en enfourchant.
7° Rester un temps sur l’étrier et dans la même position qu’en montant.
8° Poser la main droite sur le derrière de la selle vers l’attache de la croupière.
9° Tourner un peu le corps sur la gauche, en pivotant sur l’étrier, avant de mettre le pied droit à terre, afin de descendre vis-à-vis de l’épaule du cheval, pour les mêmes raisons et de même qu’en montant. (V. pl. 6. )
10° Mettre le pied droit à terre parla pointe, le jarret tendu pour éviter de tomber lourdement, et de manière que le pied fasse ressort; dégager le pied gauche en quittant les rênes et les crins, et tout cela du même temps.
Il faut toujours, en descendant son cheval, s’en éloigner en se dirigeant vers la tète et jamais vers les pieds de derrière, afin de ne pas être surpris par un cheval susceptible de frapper; et il faut bien faire attention que les chevaux les plus doux frappent de tous côtés quand c’est le temps des mouches
L’élève doit décrocher la gourmette et couler la martingale.
CHAPITRE VII.
Table des matières
De la Leçon à la longe. — Elle a pour but d’habituer l’Écolier à conserver sa position au pas et au trot; de lui apprendre à faire tourner son cheval aux deux mains, à le porter en avant, à l’arrêter, à changer ses rênes de main, selon les changements de piste, à les ajuster, etc., etc.
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
Il faut choisir un cheval de moyenne taille, dit de longe, docile et doux d’allure, avec une selle demi-piquet, et qui aura un caveçon dont l’écuyer tiendra la longe ou la fera tenir par un jeune élève , pour que l’écolier, déjà bien occupé de sa position, ne soit pas tout de suite obligé de mener son cheval. C’est en voulant faire ces deux choses à la fois qu’on retarde l’élève et qu’on n’obtient ni l’une ni l’autre.
On fera d’abord cheminer le cheval au pas dans un cercle déterminé par un diamètre de 30 pieds environ. Celui qui tient la longe, se plaçant au centre et restant sur place, l’Écuyer qui donne la leçon marchant derrière la longe, dans un plus petit cercle, pour être à même d’arrêter le commençant toutes les fois qu’il perd l’équilibre, tant pour l’empêcher de tomber que pour rectifier sa position. Il devra s’attacher surtout à le faire asseoir en lui rappelant de chasser l’assiette vers le pommeau de la selle; car, sans cette précaution, le mouvement du trot ne manquerait pas de la lui faire reculer.
Dans ses trois leçons de pied-ferme l’écolier aura déjà appris à tenir ses rênes de la main gauche comme de la droite, et à les ajuster. Il faudra lui faire répéter ce dernier mouvement au pas et au trot, ayant soin, lorsqu’il soutient le bouton des rênes de la main droite, de le faire rester au temps, un tour ou deux de longe, la main droite soutenue bien perpendiculairement au-dessus de la gauche, sans déplacer cette dernière, le haut du corps grandi, les épaules effacées. Or, comme cette action de rester au temps (V. pour ajuster les rênes) n’est exécutable qu’autant que le corps est bien dans la ligne d’aplomb, et qu’elle devient une épreuve à laquelle on soumet la position de l’écolier, il faut la répéter plus que moins.
L’élève aura aussi appris, dans ses leçons de pied-ferme, à diriger sa main à droite et à gauche sans la fausser, en accompagnant ce mouvement de la pression de la jambe du même côté. Il saura marquer l’arrêt par la retraite du corps ( V. De la Retraite du corps.), changer ses rênes de main, placer la main au repos. Toutes ces opérations l’auront préparé à faire tourner son cheval des deux côtés pour passer alternativement d’une piste à l’autre par des changemens de main, en coupant le cercle par le milieu. Etant d’ailleurs aidé par la longe, l’écolier n’aura qu’un très-petit mouvement à faire pour que son cheval tourne sans difficulté.
L’usage consacré dans le manège civil ou d’Académie, étant de commencer et finir la reprise sur la piste à droite, on s’y conformera avec d’autant plus déraison qu’il facilite beaucoup la leçon des commençants .
Dans la leçon des changements de main à la longe, on se bornera à expliquer à l’élève:
1° Que la piste est à droite quand le centre du cercle ou du manège est à sa droite, et qu’alors il doit tenir ses rênes dans la main gauche. (V. pl. 5. )
2° Que la piste est à gauche quand le centre du cercle ou du manège est à sa gauche, et qu’alors il doit tenir ses rênes de la main droite. (V. pl. 5.)
3° Qu’en un mot les rênes de la bride doivent toujours être tenues dans la main qui se trouve du côté du mur.
Jusqu’à la seizième leçon, il faudra bien se garder de faire tenir le bridon dans la main du dedans, parce que l’écolier s’en ferait un point d’appui, et qu’il est plus facile de placer une seule main que d’en placer deux à la fois; il tiendra, sur la piste à droite, la gaule haute dans cette main; et sur la piste, à gauche, il placera le poignet gauche à côté du droit, et dans la même position que s’il tenait le bridon, ni plus haut ni plus bas .
Il faut expliquer, dès la première leçon de longe, que l’usage a consacré l’expression de dedans et dehors, que l’on emploie souvent au lieu de dire droit et gauche.
Quand on est sur la piste à droite, le dedans du manège se trouvant à droite, on dira indistinctement la jambe de dedans pour la jambe droite, et la jambe de dehors pour la jambe gauche, cette dernière étant du côté du mur, qui est le dehors du manège.
Comme dans le mouvement du trot en cercle, le cheval se penche un peu en-dedans pour conserver son centre de gravité, le corps du cavalier doit aussi suivre cette inclinaison pour rester uni à son cheval par la même verticale. Ainsi, sur la piste à droite, l’homme en s’unissant le plus possible au mouvement de la masse qui le supporte, pèsera d’avantage sur la fesse droite que sur la gauche, parce que le corps et l’assiette seront attirés un peu en-dedans; mais comme ce n’est qu’avec une certaine habitude qu’on se relâche assez pour se laisser entraîner naturellement à cette inclinaison prise par le cheval, on doit souvent rappeler aux commençants de porter l’assiette en-dedans, de peser sur la fesse de dedans, d’avancer l’épaule et la hanche de dehors, en effaçant celles de dedans.
Si l’on ne rappelait pas l’élève à cette position, il arriverait qu’après quelques tours de longe au trot, l’épaule et la hanche de dehors, se reculant de plus en plus, et l’assiette tournant aussi du même côté, le cavalier finirait par tomber en-dehors du cercle, échappant par la tangente. Cet effet, dont beaucoup de praticiens ignorent la cause, devient bien plus sensible à mesure que le cheval augmente son train ou rétrécit le cercle. Sur les jeunes chevaux qui ne sont point assouplis, et surtout sur ceux qui se défendent sur le cercle, il est si violent que le meilleur cavalier a besoin de jeter fortement l’assiette en-dedans pour ne pas être précipité en-dehors par la force centrifuge. On conçoit que les maîtres qui ne connaissent pas bien ces effets et qui ignorent totalement leur cause, torturent les élèves qu’ils veulent tenir au grand trot à la longe,parce qu’ils les placent de même que sur la ligne droite, et qu’alors ces élèves, toujours prêts à tomber en-dehors, se cramponnent avec les genoux et les talons pour éviter la chute.
Dans tout autre temps que celui où nous vivons, je me serais borné à dire qu’il faut se conformer à l’usage de mettre les commençants à la longe, comme l’ont fait et prescrit tous les grands maîtres de notre École, dont l’autorité est incontestable; mais comme cette leçon exige de la méthode et un écuyer pour chaque élève, on est assez dans la très-mauvaise habitude aujourd’hui de la supprimer, et de mettre dans les reprises en liberté des commençants qui ne savent ni tenir leurs rênes ni se mettre en selle. Ce qui augmente encore les difficultés et le danger, c’est que les prétendus réformateurs des méthodes surannées, au lieu de donner aux débutants des chevaux d’école d’allures douces, avec ces selles de manège si avantageuses pour déterminer tout de suite la belle position, leur en font monter de si durs et si maussades, avec des selles si incommodes, qu’eux-mêmes, ces maîtres de moderne fabrique, ne sauraient se tenir dessus sans le secours des étriers. Or, comme à l’impossible nul n’est tenu, l’écolier est bien obligé de prendre sa tenue sur ses rênes et sur ses étriers, car on lui donne ces derniers beaucoup trop tôt, et souvent il les prend de lui-même sans consulter le maître. Aussi qu’arrive-t-il? C’est qu’ayant débuté par contracter les positions les plus fausses et par employer beaucoup de force et de roideur, il devient presque toujours impossible de rectifier la position de cet élève, quand même cette tâche est entreprise par le meilleur démonstrateur .
Dans les premières leçons à la longe, il ne faudra pas beaucoup exiger de la position des cuisses et des jambes. On s’attachera principalement à ce que l’écolier ait le corps assez en arrière pour être assis; les commençants sont toujours disposés à le porter en avant; la chose la plus essentielle qui vient ensuite, c’est que sa main soit parfaitement placée et ses rênes tenues à leur juste longueur. Les commençants lèvent les coudes quand l’assiette coule de côté, parce que ce mouvement est naturel pour faire contre-poids; ils remontent les genoux et les serrent tant qu’ils peuvent, ce qu’on appelle être raccroché ; tournent les pieds en-dehors, tendent le cou-de-pied la pointe basse ou la tiennent en l’air. Tous ces désordres proviennent de la roideur et du manque d’habitude; quand ils sont trop grands, il faut toujours arrêter au pas et même sur place, et avant tout, rétablir l’assiette comme base fondamentale de la position du cavalier, puis rappeler lentement et à propos les autres principes généraux, dégagés de tous développements qui ne serviraient, quant à présent, qu’à compliquer la leçon et fatiguer la mémoire de l’élève. Dans le chapitre suivant, je suppose tous les déplacements possibles, de même que j’ai indiqué les termes les plus simples et les plus positifs pour les rectifier.
LEÇON LA PLUS SIMPLE, COMME LA PLUS COMPLÈTE,
TANT POUR DONNER, LA BONNE POSITION QUE POUR RECTIFIER LA MAUVAISE.
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
De la tête.
Levez la tête. — Ne la renversez pas. — Ne l’appuyez pas sur l’une ou l’autre épaule. — Laissez là libre entre les deux épaules. — Ne la levez pas avec affectation. — Quand vous la placez directe, portez le regard entre les deux oreilles du cheval.
(Je dis quand elle est directe seulement, car je ne prétends pas exiger, comme certains écuyers, que l’élève ne regarde jamais autre part qu’entre les oreilles de son cheval. )
De la poitrine et des épaules.
Ouvrez la poitrine en portant les épaules en arrière. — Ne rendez pas la poitrine saillante. — Effacez vos épaules. — Portez la pointe des épaules en arrière. — Baissez également vos épaules. — Ne levez pas les épaules. Cherchez à sentir que les épaules fassent un point d’appui sur les hanches, et que les hanches fassent à leur tour un point d’appui sur les fesses; par ce moyen, votre assiette sera chargée de toutes les parties supérieures du corps, et la base étant ainsi bien établie, vous n’aurez pas besoin de serrer les genoux pour vous maintenir en selle.
Des bras, des coudes et des poignets.
N’écartez pas les bras d corps. — Ne levez pas les coudes. — Ne serrez pas les coudes au corps. — Laissez tomber les coudes naturellement sur les hanches. — Ne reculez pas les coudes derrière les hanches (défaut qui vient de ce que les rênes sont trop longues et la main de côté). — Ne mettez pas les coudes devant les hanches (défaut provenant des rênes trop courtes et de la main trop loin du corps). — Assurez les bras sans roideur. — L’avant-bras et le poignet placés horizontalement, ou, le pouce soutenu de niveau avec le pli du bras. — La main gauche bien vis-à-vis le milieu du corps. — Tournez 1 es ongles un peu en-dessus, afin de sentir la bouche du cheval par le petit doigt un peu rapproché du corps. — Etendez, allongez le pouce gauche sur les rênes. — Faites passer les rênes bien l’une sur l’autre sur la jointure de la deuxième phalange de l’index. — Rangez bien les doigts l’un à côté de l’autre, les ongles touchant le creux de la main sans le serrer. — Ne roidissez pas le poignet. — Relâchez le poignet. — Plus de moelleux dans le poignet. — N’arrondissez pas tant le poignet. — Ne cassez pas, ne cavez pas le poignet. — Assurez le poignet. — Evitez qu’il batte à chaque temps de trot. — Arrêtez moëlleusement la main bien assurée, en faisant retraite du corps sans le renverser. (V. De la Retraite du corps.) C’est en faisant arrêter souvent du trot au pas que l’on donne cette utile leçon. Quand vous mettez votre cheval au trot, que ce soit du plus grand pas possible au plus petit trot possible. — Quand vous l’arrêtez du trot au pas, que ce soit du plus petit trot possible au plus grand pas possible. — Rendez la main un temps, quand le cheval a répondu à l’arrêt. — Ayez la main légère sans laisser flotter les rênes. — Ne lâchez pas trop les doigts. — Ne serrez pas tant les doigts. — Ne laissez pas flotter les rênes. — Ne tendez pas tant les rênes. — Ajustez les rênes, sans déplacer la main gauche. — Ne tirez pas sur les rênes en les ajustant. — Enlevez la main droite perpendiculairement au-dessus de la main gauche. (V. Pour ajuster les rênes.) — Restez au temps. — Soutenez le bouton des rênes pour les tendre et les égaliser. — Accourcissez vos rênes (jamais plus d’un travers de main à la fois) en baissant doucement la main gauche, et en évitant d’en donner une saccade sur la bouche du cheval. — Allongez les rênes en élevant doucement la main gauche (jamais plus d’un travers de main ). — Prenez vos rênes dans la main droite. — Placez la main droite vis-à-vis le milieu du corps, les doigts rangés sur la même ligne, c’est-à-dire que le petit doigt ne doit pas être plus près du corps que les autres. — La gaule tombant perpendiculairement le long de l’épaule, sans arrondir le poignet (quand elle est basse), et la pointe inclinée vers l’oreille gauche du cheval, le poignet arrondi, les ongles en-dessus ( quand elle est haute ). — Reprenez les rênes dans la main gauche pour les ajuster. — Reprenez vos rênes dans la main droite, en vous rappelant qu’elle ne doit pas être placée comme la gauche.
De l’assiette et de la ceinture.
Laissez-vous asseoir. — Laissez-vous porter naturellement sur les fesses. — Assis, assis. — Chargez l’assiette du poids du corps. — Chassez l’assiette en avant pour vous rapprocher le plus possible du pommeau de la selle. — Soutenez les reins sans les creuser. — Ployez un peu les reins en portant le haut du corps en arrière. — Relâchez la ceinture et liez-vous par son jeu aux mouvements du cheval. — Pesez sur l’assiette à droite. — Pesez sur l’assiette à gauche. — Jetez l’assiette à droite. — Jetez l’assiette à gauche. — Ne creusez pas le côté droit. — Ne creusez pas le côté gauche. — Souvenez-vous d’avancer souvent le côté de dehors en effaçant celui de dedans (ici, côté s’entend par l’épaule et la hanche ). — Formez l’appui de l’assiette sur les ischions et non sur le coccyx. (Ceci exige de la part du maître une explication qui a déjà dû être faite en partie dans la leçon de pied-ferme. Le coccyx porte sur la selle quand la ceinture est rentrée ou creusée, alors l’assiette s’écrase, comme d’ordinaire chez les vieillards, et coule sous le centre de gravité. Il y a des élèves qui ont les dernières vertèbres trop longues, ils sont difficilement bien assis par cette raison.
Des cuisses et des genoux.
Tournez les cuisses en dedans du haut de la hanche pour les mettre sur leur plat. — Ne serrez pas les cuisses. — N’ouvrez pas les cuisses. — Etendez, allongez lès cuisses, sans enlever l’assiette, sans vous mettre sur l’enfourchure, mais seulement par le poids des jambes. — Ne remontez pas les genoux, ou bien, ne vous raccrochez pas. — Baissez et assurez les genoux sur la selle sans les serrer avec force. — Tournez un peu le jarret en dehors. — Ployez le genou pour fermer la jambe derrière les sangles. — Ne ployez pas tant le genou, afin que la jambe ne se ferme pas trop en arrière avec l’éperon soufflant au poil.
Des jambes et des pieds.
Laissez tomber vos jambes près du corps du cheval sans les serrer.
Ici je dois faire une observation: quand on a l’habitude nécessaire, il suffit de laisser tomber les jambes pour qu’elles prennent leur juste place, soit sans étriers, soit avec des étriers. Mais l’élève qui débute, emploie toujours trop de roideur dans la cuisse et le genou pour que la jambe puisse tomber naturellement. Ainsi, en la lui faisant relâcher, il faut encore lui faire ployer le genou, autrement elle se porterait beaucoup trop en avant. Pour donner tout de suite la bonne position de l’assiette, des cuisses et des jambes, il n’y a rien comme l’emploi de la selle à piquet.
Assurez vos jambes. — Observez que vos jambes ne peuvent être en bonne position et servir avec justesse, qu’autant qu’elles sont relâchées et abandonnées à leur propre poids. — Observez encore que ce sont les jambes qui placent les cuisses par cette même pesanteur. — Fermez les deux jambes également pour porter votre cheval en avant sur la ligne droite. — Fermez la jambe droite pour soutenir les hanches à droite ou pour les chasser à gauche (ce qui n’est pas la même chose ). Fermez la jambe gauche pour soutenir les hanches à gauche ou les chasser à droite (on peut dire également pour soutenir en dedans ou pour chasser en dehors). — Augmentez ou diminuez la pression de la jambe ( c’est la même chose que si l’on dit: fermez la jambe plus fort ou plus doucement ). — N’écartez pas la jambe gauche en avant, quand vous fermez la droite. — N’écartez pas la jambe droite en avant quand vous fermez la gauche. (Je dois faire observer que ce défaut, qui est commun à presque tous les commençants, doit être détruit dès son principe; car bien que d’anciens cavaliers fassent souvent la même chose, ce n’en est pas. moins un contre-sens). — Fermez toujours la jambe en ployant plus ou moins le genou, de manière que ce soit la partie postérieure-interne du gras de jambe qui fasse aide ou pression, et non le seul dedans de la jambe, ou ce qui est la même chose: — Ne plaquez pas vos jambes en les fermant. (V. des Etriers. ) — Laissez tomber la pointe du pied naturellement, sans la laisser jouer à chaque temps de trot. — Ne baissez pas la pointe du pied, ne la tournez ni en dehors ni en dedans, ne la levez pas quand vous fermez la jambe. — Rentrez un peu la pointe du pied en dedans, ou bien, portez un peu le talon en dehors, afin que l’éperon ne porte pas au cours du cheval, ou bien encore: dérobez l’éperon (ici nous supposons le commençant sans étriers, car il y aurait encore une infinité d’autres choses à dire sur la position des cuisses, des genoux, des jambes et des pieds, que l’on trouvera à leur lieu et place.
Evitez surtout, quand vous dérobez l’éperon, d’estropier la cheville du pied.
De toute la position en général.
Soyez souple et liant sans mollesse. — Ferme et assuré sans roideur. — Recherchez une position gracieuse et régulière en évitant l’affectation. — Soyez bien uni aux mouvements de votre cheval. — Evitez de le mener par accoup. — Soyez attentif à la leçon, et ne cherchez pointa aller plus vite que le maître. — Grandissez-vous du haut du corps en baissant vos épaules et en pesant sur l’assiette quand vous marquez des arrêts. — Quand vous êtes en place au repos, que votre cheval soit bien droit et d’aplomb sur ses quatre jambes, et conservez vous-même une position régulière et fixe.
Je n’ai pas besoin de dire que Ces termes, consacrés dans la bonne leçon de position comme en étant la démonstration la plus claire et la plus simple, doivent être employés à propos par un Sous-Écuyer intelligent: les chefs d’Ecole n’ayant guère le loisir de s’occuper des leçons de longe qui sont cependant les plus importantes; la meilleure théorie, répétée machinalement et sans nécessité, serait aussi sans résultat, si ce n’est d’ennuyer les élèves et de les dégoûter du manège, comme cela n’arrive que trop souvent.
Dans ses dernières leçons de longe, l’élève apprendra à rassembler son cheval; (V. Pour Rassembler. ) à en allonger et ralentir les allures par des gradations bien ménagées, conséquemment il aura les premières notions de l’effet des aides. (V. des Aides. ) Si nous l’avons conduit jusqu’ici plutôt par routine que par raisonnement, il n’en aura pas moins les deux choses les plus essentielles: bien placé et assis. Bien entendu qu’il ne pourra encore posséder ce qu’on appelle de la grâce, parce qu’il n’a pas assez d’habitude pour apporter dans ses mouvements cette aisance souple qui la caractérise. S’il est encore un peu emprunté, les leçons sur les balloteurs dissiperont bientôt ce léger défaut. Etant bien lié aux mouvements de son cheval, ses rênes seront tenues justes, et quand elles cesseront de l’être, il ne sera pas embarrassé pour les ajuster. Enfin, on n’aura plus la crainte de le voir aller à reculons, comme cela arrive si souvent avec ces élèves qui donnent d’abord de si grandes espérances, et que les maîtres croient devoir dispenser des leçons élémentaires: complaisances ou négligences qui en font à jamais des sujets manqués, pour augmenter le nombre des caricatures qui se heurtent gauchement dans les promenades. Voilà ce qui donne aux étrangers connaisseurs une si pitoyable idée de nos cavaliers, et ce qui les confirme dans celle que leur Ecole est préférable à la nôtre; et tant que nous n’aurons pas d’Ecoles-modèles nous ne pourrons leur prouver leur erreur.
CHAPITRE VIII.
Table des matières
Des Selles, rase à la française, à l’anglaise, à piquet et à la royale. — Leurs avantages et inconvéniens. (Voy. Pl. 8. )
Beaucoup de personnes sont dans une grande erreur au sujet de la selle à la française, croyant qu’on s’y tient beaucoup plus facilement qu’en selle anglaise, et c’est tout le contraire. Avec la meilleure selle à la française, il est extrêmement difficile de se maintenir dans le fond près du pommeau au grand trot d’un cheval dur; les meilleurs cavaliers sont alors obligés de chasser continuellement l’assiette en avant pour l’empêcher de s’en aller vers la croupière, et cette tendance continuelle de l’assiette à se reculer, accourcit les cuisses et les jambes, élève beaucoup les pieds au-dessus des étriers, et ne permet plus de les atteindre. Presque tous ceux qui montent à cheval par habitude, sans principes, mais qui se tiennent avec une certaine aisance sur la selle anglaise, en s’aidant par le temps pris sur les étriers, ne sauraient tenir deux tours de manège avec une selle à la française, au grand trot d’un cheval dur, et ils pourraient encore moins conserver leurs étriers; j’en ai fait souvent l’expérience au grand étonnement de ceux qui s’y sont soumis.
La selle française n’offre réellement une plus grande tenue que quand le cheval bondit surplace en se défendant, parce que les cuisses peuvent alors former une grande pression sur les quartiers qui cèdent à l’effort, chose impossible avec le quartier de la selle anglaise, qui est à la fois dur et glissant, et qui, par ces deux raisons, échappe ou neutralise la pression des cuisses et des genoux. Si celui de la selle française a ces deux défauts, il n’est plus possible de conserver sa position sans le secours des étriers, et voilà en quoi nos selles de cavalerie, dont les quartiers sont en cuir très épais et très dur, sont toujours défectueuses; car, outre leur incommodité pour le cavalier, elles le forcent à prendre son appui sur ses étriers, et le plus souvent sur la bouche de son cheval. Nul doute, cependant, que la selle française ne soit préférable pour la justesse du cavalier et pour dresser de jeunes chevaux à la connaissance des jambes: cette aide étant plus près et plus juste quand elle n’est pas séparée du corps du cheval, comme cela a lieu avec le quartier de la selle anglaise; mais pour voyager, pour chasser, la selle française ne vaut rien en ce qu’elle est plus pesante pour le cheval, et qu’elle échauffe l’assiette du cavalier.
Ce qui rend la selle anglaise la plus facile de toutes, tant que le cheval se porte en avant sans sauter, c’est qu’elle fait glisser la mauvaise assiette aussi bien que la bonne vers le pommeau ou dans le fond, et place ainsi le cavalier dans la position la plus avantageuse et la plus commode pour tenir ses étriers. C’est cette dernière difficulté, vaincue sans effort par les plus mauvais cavaliers, qui a fait adopter généralement la selle anglaise, qui a encore l’avantage d’empêcher l’assiette de s’user (s’écorcher), quoiqu’en restant des jours entiers à cheval. C’est à cela sans doute que nous devons de ne plus connaître cette maladie dangereuse, désignée anciennement par maladie des hommes de cheval, et qui provenait de l’échauffement causé par les siéges de drap et de velours.
Pour tenir en selle anglaise sans étriers, au grand trot d’un cheval bien mouvant et bien dur, il faut avoir une bonne assiette, et le mauvais cavalier ne soutiendra pas mieux cette épreuve que celle de la selle française avec des étriers.
Il ne faut cependant pas conclure de mon opinion sur la commodité de la selle anglaise, qu’on peut s’en servir pour la leçon des commençants, qui doit toujours avoir lieu sans étriers. Dans ce cas, je suis le premier à la bannir du manège. Je ne connais, pour déterminer tout de suite la bonne assiette dès la première leçon, par conséquent la bonne position en général et la fixité de la main de la bride, que la selle demi-piquet, et pour moi, je ne verrais pas d’inconvénient de faire passer l’élève de cette dernière à la selle anglaise recouverte en veaulasc. Je dis encore qu’il est possible de mener un cheval très finement en selle anglaise, pourvu que cette selle ne soit ni trop dure, ni trop plate de siége, et qu’elle porte juste sur le cheval.
Quant à la selle à piquet, tout partisan que j’en suis pour la leçon des commençants, et pour monter les sauteurs, je ne voudrais jamais m’en servir avec les chevaux qui se défendent, qui sont susceptibles de se renverser ou de s’abattre, car on pourrait se blesser étant engagé dans cette selle, et ce danger devient plus grand, quand les cuisses sont assez grosses pour en remplir toute la capacité. C’est bien pour rendre cet inconvénient moins grave que je préfère la selle demi-piquet, telle que M. d’Abzac l’avait adoptée dans les derniers temps au manège de Versailles.
Quant à la selle à la royale ( on la nommait ainsi parce qu’elle avait été inventée pour la commodité de Louis XIV, devenu vieux), elle ne diffère de la selle rase que par un troussequin très bas; on ne s’en sert plus depuis longtemps que pour les personnes très âgées et faibles.
L’emploi de la couverture de pied est très bon pour donner de l’assiette et pour monter les jeunes poulains que la croupière ferait défendre. Autrefois, les marchands ne montraient jamais les chevaux de vente qu’en couverture à la marchande. Cette ouverture de plusieurs couleurs éclatantes faisait paraître le cheval à son avantage. Il y avait beaucoup d’art à la placer de manière à faire disparaître les difformités les plus apparentes du corps, de la croupe et des épaules, et le meilleur connaisseur s’y trompait souvent.
CHAPITRE IX.
Table des matières
De la première leçon en liberté (Voy. Pl. 9. )
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
L’élève, conduit comme je l’ai indiqué à cette seizième leçon, sera mis en liberté à la fin de la reprise, et toujours sur un cheval d’Ecole; je n’en admets pas d’autre tant que sa position n’est pas bien assurée , ce qui suppose ordinairement 36 leçons sur ces mêmes chevaux d’Ecole, y compris les 15 leçons élémentaires.
Il n’y aura point d’inconvénient à employer, pour cette première leçon en liberté , la selle rase ou même la selle anglaise, recouverte en veaulac. (V. des Selles. ) Car en éprouvant combien il est plus aisé de soutenir le trot en ligne droite que sur le cercle, l’élève se sentira beaucoup plus solide sur son cheval, et plus confiant dans ses moyens de le faire obéir; il sentira déjà le grand avantage d’avoir une bonne assiette, résultat immanquable d’une position régulière. On devra lui recommander tout de suite trois choses principales: 1° D’observer sa distance (la longueur d’un cheval entre lui et son chef de file); 2° d’entrer dans les coins; 3° d’empêcher son cheval de tourner avant le chef de file dans les doublés, voltes, etc. Il faudra le rappeler encore à avancer le côté de dehors en effaçant celui de dedans. Comme dans ses leçons de longe il aura appris les changemens de rênes, on ne sera pas obligé d’arrêter la reprise, exprès pour lui, à la terminaison de chaque changement de main, en entravant la leçon des autres élèves; il mènera assez bien son cheval pour ne gêner personne.
Quand je dis qu’on peut faire monter en selle anglaise après quinze leçons données en selle à piquet, c’est que je sais, par une longue expérience, que cette dernière selle a déjà déterminé la bonne assiette, et a mis l’écolier à l’abri des défauts que ne manque jamais de lui donner l’emploi trop prompt de la première; fussiez-vous le plus habile démonstrateur, je vous défie de faire tenir un commençant au trot, en selle anglaise, sans étriers; il glissera sans cesse d’un côté et de l’autre, se cramponnera avec les talons pour ne pas tomber, s’attachera à la main, donnera des saccades, et provoquera des contre-temps qui l’exposeront à chaque instant à être jeté à terre, ou à recevoir un coup de la tête du cheval dans la poitrine ou la figure. Si, pour remédier à ces désordres, vous lui faites prendre des étriers, bien entendu qu’il s’en fera un point d’appui, écartera les jambes, se mettra sur l’enfourchure, et s’attachera encore à la main; s’il tombe, sa chute sera beaucoup plus dangereuse ayant les pieds engagés dans les étriers. Et si, par la suite, cet élève ainsi commencé parvient à avoir une assiette passable ( telle que celle de mon élève de 15 leçons en selle à piquet), ce ne sera qu’après en avoir pris un, grand nombre susceptibles de détruire les vices contractés dans les premières.
Dès le début de cette première leçon en liberté, on dit ordinairement à l’écolier, étant sur la piste à droite, de faire entrer son cheval dans le coin, en portant la main à gauche et en fermant la jambe droite.
Or, cet élève qui commence à raisonner sa leçon, croit ce principe en opposition avec ceux qu’il a reçus jusqu’alors, puisqu’on lui a donné pour règle générale, que pour tourner à droite il faut porter la main à droite et fermer la jambe droite, et que pour tourner à gauche, il faut porter la main à gauche et fermer la jambe gauche.
Je dois entrer ici dans une explication importante qu’il ne faut jamais manquer de donner dès la première leçon en liberté ; puisque, comme je viens de le dire, nous sommes arrivés au moment où l’élève commence à raisonner la leçon qu’il n’a exécutée jusqu’alors que passivement sous le commandement du maître, il est donc de la dernière importance que ses premiers raisonnements ne le conduisent pas à des erreurs ou des incertitudes sur les principes les plus simples comme les plus positifs. Cette explication mérite toute l’attention de l’élève et la patience du maître.
CHAPITRE X.
Table des matières
De la différence qu’il y a entre tourner et redresser son cheval.
SUITE DE LA LEÇON EN LIBERTÉ.
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
En portant la main à droite, les épaules du cheval seront d’abord amenées de ce côté ; en continuant cette action, accompagnée de la légère pression de la jambe droite, les hanches suivront la ligne des épaules, sans tomber en dedans, ni se dérober en dehors. C’est ce qu’on a fait faire à l’élève dès ses premières leçons de longe pour couper le cercle par des changements de main.
Ainsi, d’après ce que vous lui avez répété, il reste dans sa mémoire qu’en tournant à droite, on doit porter la main à droite et fermer la jambe droite, etc.
Mais quand vous lui dites de faire précisément le contraire pour entrer dans le coin, en portant la main à gauche et en fermant la jambe droite, cet élève qui ne connaît que très-imparfaitement l’effet de la main sur les épaules du cheval, et celui de la jambe sur ses hanches, tombe presque toujours dans l’erreur à ce sujet. Beaucoup sont frappés de cette apparente contradiction, et sont les premiers à demander une explication. D’autres, après un certain temps donné au manège, croient bien faire, en tournant à gauche, de fermer la jambe droite, parce que, rappelés sans cesse à entrer dans le coin par ce moyen, sur la piste à droite, ils l’emploient de même dans les doublés du même côté, et jettent les hanches en-dedans chaque fois qu’ils tournent. C’est donc au maître à prévenir cette erreur, et voilà comme il doit s’y prendre:
Pour que l’élève ne confonde pas les deux actions de tourner et redresser son cheval, il faut, étant sur la piste à droite, le faire arrêter un peu avant le coin, et lui dire: Vous ne pouvez tourner à gauche puisque le mur est de ce côté, mais vous pouvez vous rapprocher le plus possible de ce mur; mettez votre cheval au pas et portez la maln à gauche, les épaules iront à gauche tout près du mur; maintenant, fermez la jambe droite, les hanches se replaceront sur la ligne des épaules, c’est ce qui s’appelle redresser son cheval ou redresser les hanches; remarquez bien que vous êtes entré dans le coin à gauche, mais que vous avez tourné à droite; donc, vous deviez fermer la jambe droite, de même que si vous tourniez carrément à droite pour doubler.
Je réponds qu’en donnant cette explication une fois ou deux, comme je l’indique ici, l’élève le moins intelligent ne confondra plus les deux actions de tourner et redresser son cheval. Son discernement à cet égard est d’une si grande importance, que j’ai jugé indispensable d’en faire un article spécial.
CHAPITRE XI.
Table des matières
Continuation de la Leçon en liberté.
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
Il reste, pour compléter la position de l’élève, qu’il tienne le bridon dans la main de dedans, qui, jusqu’alors, est restée libre. Je ne parle pas des étriers, que je ne lui donne que vers la quarantième leçon. (V. des Etriers.) Ce bridon lui devient maintenant indispensable, parce qu’après quelques leçons en liberté il doit apprendre à tenir son cheval placé ou dans le pli. (V. du Pli.) C’est dans cette leçon qu’il reconnaîtra l’avantage de ce bridon pour ployer l’encolure, et combien le juste pli de l’encolure ajoute à la grâce et à l’agrément du cheval. Cette main du bridon, qui a été jusqu’ici dans une position insignifiante, comme une enseigne , va s’animer par l’action qu’elle produira sur toute la position de l’élève, qui, de ce moment, a appris à donner à son cheval l’attitude la plus gracieuse à l’œil du spectateur, et la plus commode pour le cavalier; il est donc tout naturel que cet élève, qui se trouve beaucoup plus à son aise, soit par cette seule raison, bien à cheval et plus gracieux. Voilà le secret de ce changement en mieux, de cette grâce, qui arrivent subitement et immanquablement, quand le maître a su les préparer. (V. du Bridon joint à la bride.)
Si la main de la bride n’avait pas été placée avec le plus grand soin, si elle n’avait pas conduit seule le cheval pendant le temps nécessaire; si son pli, pour ainsi dire, n’était pas déjà pris dans la bonne position, il est certain que celte bonne position s’altérerait par l’emploi de l’autre main, susceptible de contrarier son effet; et c’est ce qui arrive toujours quand on veut placer un élève qui a trois leçons de même que celui qui en a vingt; et c’est bien pour éviter ce désordre, qu’à l’imitation de M. Pellier, mon maître, je recommande avec tant d’insistance de ne pas faire prendre le bridon trop tôt Cependant, il ne faut pas tomber dans le défaut contraire en tenant les élèves indéfiniment à, la seule main de la bride, surtout avec des chevaux souvent faux dans la main, et que le meilleur écuyer ne saurait tenir droits, tourner ni placer, sans la rêne du bridon. Je fais donc prendre ce bridon vers les premières leçons en liberté. Pendant que la main de la bride tient le cheval rassemblé (V. pour Rassembler son cheval.) la rêne de dedans du bridon le tient dans le pli, et, comme je l’ai déjà dit, donne au cavalier et au cheval une action plus régulière et plus gracieuse.
Je sais qu’il est des écuyers qui dépêchent tellement la leçon élémentaire qu’ils ne craignent pas de mener les élèves en promenades extérieures avec des éperons et des étriers dès la troisième ou quatrième leçon. D’autres les font galoper de deux pistes avant qu’ils sachent conduire leurs chevaux au petit trot le long du mur du manège. Ceux-là diront que ma méthode n’est pas à la hauteur du siècle, qu’elle est rétrograde, que je ne suis pas homme de progrès, etc., etc. Mais je réponds à cela que ce n’est pas tout de se dépêcher, c’est d’arriver à temps. Or, je soutiens que par mon système d’enseignement, les élèves apprennent beaucoup plus vite, et savent mieux. A peu d’exceptions, tous ceux que j’ai formés ont eu une bonne position et ont mené passablement leurs chevaux aux trois allures, d’un train égal et placés, après 24 leçons. J’en appelle au témoignage des connaisseurs qui ont vu les manèges dans leur beau temps. Plusieurs de ceux-là se sont déclarés les protecteurs du mien, mais ce n’est qu’après avoir jugé par eux-mêmes des progrès que j’ai fait faire en peu de temps à tous les élèves qu’ils ont bien voulu me confier.
Ce système, je n’avais pas de raison de le faire connaître il y a 15 ans; il était même dans mes intérêts de ne le communiquer qu’à ceux qui donnaient leçon dans mon manège; mais aujourd’hui, qu’en publiant le fruit des études de toute ma vie, je commence par annoncer que les principes que j’enseigne étaient connus longtemps avant moi, il m’importe aussi de faire connaître ce qui m’appartient; c’est ce dont on pourra juger après avoir lu cet ouvrage avec quelque attention.
CHAPITRE XII.
Table des matières
De mon système d’enseignement et des raisons qui me l’ont fait adopter. — Comparaison des anciens Manèges avec ceux d’aujourd’hui.
Ce n’est point une nouvelle manière de monter à cheval que j’enseigne. Mes principes sont ceux de la bonne Ecole Française, connus long-temps avant moi, et qui ne peuvent changer, étant basés sur les lois immuables de l’équilibre, de la gravitation, et enfin de l’anatomie de l’homme et du cheval. Ces principes, je les ai reçus des écuyers des académies du roi, sous lesquels j’ai pris leçon pendant dix années consécutives avant d’enseigner à mon tour. Les développements qui vont suivre sont en partie empuntés à Mottin de la Balme, comme l’indiquant les guillemets. J’ai soigneusement conservé, pour la tenue des rênes et le travail des mains, les traditions de l’Ecole de Versailles. Quant à mon système d’enseignement, je ne le tiens que de moi seul; il est le fruit d’une expérience acquise après avoir donné leçon pendant trente ans à une grande quantité d’élèves de tout âge et de diverses conformations.
Ce système se résume dans ce peu de mots: Tout dans la belle position, quand on commence.
Tout dans le sentiment du temps de jambe, par levée et foulée, quand on aspire à devenir écuyer consommé.
Et quant à l’art de dresser les chevaux pour tous les usages, il s’analyse encore par ces trois mots: méthode, patience et douceur.
Anciennement, les manèges et les écuyers étaient très-supérieurs à ceux d’aujourd’hui, on ne saurait le contester, et les élèves étaient aussi beaucoup plus forts; mais il faut convenir aussi qu’on ne regardait pas à un an de plus ou de moins pour compléter l’éducation équestre des jeunes gentilshommes qui les fréquentaient. Les pages du Roi faisaient trois ans de manège et ne portaient des étriers et des éperons qu’à la troisième. Quelquefois ils recommençaient trois autres années pour devenir Élèves-Écuyers, et par la suite écuyers du manège du Roi) A Paris, et dans les grandes villes de France, il y avait aussi des Académies d’Equitation. Ces Académies étaient, comme je l’ai dit, soutenues par le Roi et placées sous la protection du Grand-Écuyer de France. Comme elles possédaient une immense quantité de chevaux, spécialement affectés à leur usage , on conçoit facilement tout le développement qu’elles pouvaient donner à l’enseignement d’élèves, qui n’allaient point au manège par délassement, pour se promener ou faire un exercice de santé, mais bien pour y acquérir une instruction solide, qui faisait essentiellement partie de leur éducation militaire, et qui décidait toujours de leur avancement en grade.
Aucuns de ces élémens d’Académies n’existent aujourd’hui, et ne peuvent exister en effet dans nos manèges particuliers, abandonnés à leurs seules ressources. Tout le monde va à cheval, il est vrai; mais ce n’est plus par des cours annuels, ou par semestres, que l’on compte en allant prendre des leçons de manège; ce n’est plus même par mois: c’est par des unités de cachets. On prend ordinairement douze de ces cachets, qu’il est assez d’usage de faire durer trois et quatre mois; quelques élèves renouvellent cette provision de cachets jusqu’a six fois: ce sont les zélés, ceux qui deviennent difficiles sur le choix des chevaux qu’on leur fait monter, et qu’ils dédaignent le plus souvent, parce qu’eux-mêmes les ont estropiés en les louant pour la promenade du bois de Boulogne, d’où ils reviennent par Versailles ou Montmorency. De manière que ces anciens élèves, en prenant leurs leçons à grands intervàlles, peuvent mettre trois ans pour épuiser 72 cachets!... Beaucoup d’autres ne vont jamais au-delà de 24 leçons, n’aspirent pas, comme ils l’annoncent d’abord, à devenir écuyers, mais à monter avec grâce et solidement, et à ne pas craindre un cheval. Enfin, le plus grand nombre ne voulant du manège que pour apprendre à ne pas tomber, ne prendraient jamais que six cachets; mais comme les chefs d’école ne veulent pas en délivrer moins de douze, si ces amateurs se décident à ce sacrifice, ce n’est pas sans faire observer que 12 cachets à cinquante sous, pour apprendre à bien monter à cheval en quinze jours, c’est bien cher et bien long!
Voilà malheureusement où les manéges sont tombés dans la capitale de la France, et ce qui se passe le plus habituellement dans ceux placés dans les quartiers populeux, où il y a un plus grand nombre d’élèves; par cette seule raison, il est de ces établissements qui ont réduit le prix des leçons jusqu’à 14 sous, pourvu qu’on paie 250 fr. d’avance. Lisez les journaux, et vous saurez qu’avec ces élèves au rabais, et des chevaux épuisés au louage, il est des écuyers qui font, pendant l’hiver, de la haute Ecole, donnent des fêtes équestres, et tout cela dans des manèges de la dimension d’une remise.
Pendant la belle saison, pour rappeler le temps de la galante chevalerie, on donne des tournois dans les guinguettes de la banlieue. Ce n’est ni une écharpe ni une tresse de cheveux qu’on décerne au vainqueur, c’est un fouet, comme pour annoncer que les assaillans au lieu d’armures, portent la blouse de toile bleue.
C’est, en subissant comme les autres maîtres de manége qui ne donnent pas de tournois, les funestes conséquences d’un tel charlatanisme, que l’amour de mon art m’a fait rechercher pendant plusieurs années un mode d’enseignement qui pût s’accorder avec l’époque où nous vivons et les principes de l’Ecole française, la seule bonne, la seule susceptible de former d’habiles écuyers et de dresser des chevaux agréables sans les ruiner; mais qui, démontrés selon l’ancien système, exigent de longues années de travail et le concours d’un grand nombre de chevaux précieux, spécialement affectés au manège d’Académie; c’est assez dire que ce système ne convient plus aujourd’hui.
Ainsi, mon but principal dans cet ouvrage est d’indiquer comment on peut, en trente leçons, dont les quinze premières auront été tout élémentaires, arriver à un résultat qu’on ne peut raisonnablement espérer après un an de manége, et plus, si l’on ne suit pas la marche graduelle qui peut seule hâter les progrès en peu de temps.
Trente autres leçons, données avec la même suite en employant toujours graduellement des chevaux de différente nature, de moyens et d’allures, et particulièrement des sauteurs et balloteurs de pilliers, suffiront pour placer un élève régulièrement, solidement et avec grâce, et le mettre en état de mener avec justesse tous les chevaux dressés ou à peu près; généralement tous ceux dont on fait usage tant au manége que dehors, à la chasse ou dans les manœuvres, avec des éperons et des étriers, en selle anglaise comme en selle française .
Cet élève aura surtout l’avantage de n’agir que d’après des principes invariablement fixés; il ne sera point retardé ni rebuté par ces continuelles contradictions de professeurs qui ne peuvent s’accorder dans les leçons qu’ils donnent chaque jour aux mêmes écoliers .
Comme chacune de ces soixante leçons sera terminée par une autre leçon ou cours théorique sur la connaissance du cheval, mon élève saura encore raisonner l’effet de ses aides sur tout le mécanisme et les allures de l’animal; il n’agira qu’avec prudence et ménagement, par ce que j’aurai eu soin de lui prouver qu’on n’obtient rien par la force et la dureté ; sans être savant, il ne risquera pas d’abîmer ses chevaux ou ceux qui lui sont confiés; il sera bien moins exposé à ces funestes accidents qui se passent tous les jours sous nos yeux, et qui sont presque toujours le résultat d’une complète ignorance en équitation, ou d’une aveugle témérité. Si son goût le porte à devenir un amateur distingué, il possédera assez de théorie, car le temps et la pratique, en lui procurant une exécution plus sûre et plus savante, lui prouveront de plus en plus que tout dépend des leçons élémentaires, ou ce qui est la même chose, de la bonne assiette qui résulte de la belle position.
Après avoir réduit la leçon de position ( la plus importante selon moi), à douze principes généraux (V. leçon de pied ferme), j’ai indiqué, dans la leçon de longe, les termes les plus simples et les plus généralement employés par les bons démonstrateurs, et dégagés de détails superflus qui fatigueraient inutilement la mémoire de l’élève. Cette leçon élémentaire, je suppose qu’elle lui est donnée par un jeune Sous-Écuyer formé d’après mes principes, et que je guide lui-même dans la pratique de l’enseignement. J’ai adopté ce mode nouveau, attendu qu’il est impossible de prendre des leçons d’équitation par la seule lecture d’un ouvrage sur cet art. Dans celui-ci, de même que dans celui des armes, il faut la main du maître pour aider sa leçon orale. Par exemple: la main de la bride, agissant avec les ongles tournés en dessus ou en dessous, produit sur la bouche du cheval des effets tout opposés ( V. de l’aide de la main de la bride). Cette démonstration devient une affaire de tact ou de sentiment, que le seul discours ne peut rendre. C’est donc à l’Écuyer à faire comprendre ces nuances, non par un déluge de paroles, mais par cette expression du geste et du toucher, dont j’ai déjà parlé ; genre de démonstration commun à tous les bons maîtres et bien connu, mais dont on a oublié jusqu’ici de faire sentir l’importance.
Presque tous les Écuyers, qui n’ont ni instruction théorique ni principes bien arrêtés, ne manquent jamais de dire qu’on n’apprend pas à monter à cheval dans des livres, et la conséquence qu’ils en tirent est que les livres sont inutiles et souvent très nuisibles; comme on a fait de mauvais livres sur tout, on pourrait encore tirer cette conséquence, que les Barbares qui brûlèrent la bibliothèque d’Alexandrie ont rendu un grand service à l’humanité. Non, on n’apprend pas à monter à cheval dans des livres, quand il ne s’agit que de la partie mécanique de la leçon; mais tout en faisant cette concession à des praticiens qui ont du talent d’habitude, je ne persisterai pas moins à leur soutenir que, sans le secours des bons auteurs, on ne peut jamais parvenir qu’à une démonstration bien sèche; que sans une étude sérieuse de tout ce qui a été dit et écrit sur un art aussi compliqué et aussi difficile que l’équitation, il devient impossible de transmettre clairement aux autres ses propres principes, fussent-ils excellents. Comment établir la supériorité d’une chose quand on n’a aucun moyen de comparaison? Et je le demande à tous les maîtres qui sont ennemis des livres, que répondre à un élève qui veut s’instruire dans l’art que vous enseignez, s’il vous questionne sur le mérite des auteurs dont vous n’avez pu lire, ou pas voulu lire, les ouvrages?
Loin de jeter du ridicule sur les hommes qui livrent aux autres le fruit de leur expérience, on est forcé de convenir avec moi que si chaque chef d’École d’Équitation adoptait un système uniforme d’enseignement; s’il ne s’adjoignait que des Écuyers formés d’après ses principes, dont les leçons seraient toujours d’accord avec les siennes, l’art et le public ne pourraient que beaucoup gagner à cette décision. Mais on ne peut véritablement arrêter un mode ou système d’enseignement que par des principes écrits . Et voilà le point délicat; c’est que ces principes, une fois écrits et publiés, ne laissent plus au maître cette commode latitude de dire aujourd’hui tout le contraire de ce qu’il disait hier, et de faire ce que j’appelle de l’équitation de circonstance ou de spéculation. Il faut dire aussi que les élèves dont on se défie le moins, font parfois des questions fort embarassantes; il n’y a pas de doute qu’il est plus facile, plus commode et plus prudent, de s’en tenir à la démonstration au jour le jour, quand on craint d’être opposé à soi-même, et par la même raison, il faut se garder d’écrire. Verba volant, scripta manent.
Après avoir dit en quoi consistait mon système d’enseignement, j’avais besoin d’expliquer aussi les raisons qui me l’ont fait rechercher, étudier et adopter. Pendant plusieurs années, il a servi de guide aux jeunes professeurs que j’employais à mon Manège pour me seconder dans les leçons. Ces professeurs, comme tous ceux des autres manèges, ont été plus ou moins capables; mais, guidés constamment par mes leçons particulières, et l’étude de mes principes écrits, ils n’ont jamais enseigné chez moi que d’accord avec moi, en suivant de point en point ma méthode; et les élèves n’ont jamais eu à se plaindre de leurs contradictions.
CHAPITRE XIII.
Table des matières
Récapitulation des douze principes généraux de position, avec tous les développements dont ils sont susceptibles, eu égard aux différentes conformations.
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
I.
Table des matières
La tête haute et libre entre les deux épaules.
«La tête haute, et bien libre entre les deux épaules, fait paraître avantageusement
«le cavalier, et contribue beaucoup à le faire asseoir.»
Voilà un principe que l’on doit rappeler souvent aux commençants: cherchez à sentir que les épaules fassent un point d’appui sur les hanches, et que les hanches en fassent un autre sur les fesses, pour que toutes les parties supérieures du corps viennent se réunir à l’assiette comme à leur centre commun. Pour obtenir ce résultat, on sent facilement qu’il faut d’abord bien placer la tête, comme étant la première des parties superposées. Ce principe s’abrège par ceci: Baissez souvent les épaules.
«La tête ne peut être libre et aisée dans ses mouvements que par son
«aplomb et la grande souplesse des muscles du col, dont bien des personnes
«ont les vertèbres inclinées en avant, et point sur leur base, en sorte que
«quand elles veulent lever la tête, elles roidissent et contraignent cette
«partie, et la gêne s’en manifeste jusqu’aux épaules et le long de l’épine du
«dos.»
Avec les élèves ainsi conformés, il vaut mieux leur laisser la tête un peu basse, que de vouloir la contraindre à une position à laquelle la nature s’oppose.
Le col un peu long, et les vertèbres naturellement d’aplomb sur leur base, donnent beaucoup de grâce dans tous les exercices du corps; comme on ne peut allonger cette partie quand elle est trop courte, il faut, pour dissimuler ce défaut autant que possible, baisser continuellement les épaules.
II.
Table des matières
La poitrine élevée, bien ouverte, sans être saillante.
«La poitrine élevée et ouverte donne beaucoup de grâce, oblige les épaules
«à se porter en arrière, et fait plier les reins au degré nécessaire. Les élèves
«qui ont cette partie naturellement haute et large paraissent avantageusement
«à cheval dès leurs premières leçons.»
Il ne faut pas confondre la poitrine élevée et ouverte avec la poitrine saillante; la première résulte d’une bonne conformation et d’une attitude moelleuse et aisée; la seconde est l’effet d’une position forcée qui ne peut être que fatigante et ridicule.
La poitrine bien ouverte, outre la grâce qu’elle donne au cavalier, facilite beaucoup le mouvement de la respiration, qui se fait toujours mal quand la poitrine est rentrée et comprimée par la roideur des épaules et des bras serrés au corps.
Il est bien prouvé, par l’expérience, que les jeunes gens qui ont la poitrine étroite et faible peuvent développer et renforcer cette partie par l’exercice bien entendu de l’Équitation, des armes, de la natation, etc. Avec ceux-là ïl faut n’employer que des chevaux dont les allures sont bien douces.
III.
Table des matières
La pointe des épaules en arrière, et d’aplomb sur les hanches.
«Les épaules également souples et libres, ni plus avancées, ni plus basses
«l’une que l’autre, contribuent infiniment avec le buste, à affermir et contenir
«l’assiette, conséquemment à bien mener les chevaux fins et ardents,
«et surtout à les tenir bien droits par l’art qu’ont les bons Écuyers de distribuer
«leur poids ( celui des épaules ) selon les circonstances, sur les hanches,
«afin que les fesses, qui en sont la base, fassent leur pression sur la
«selle, du côté où le cheval se traverse, sans avoir recours à la jambe; ce qui
«augmenterait l’ardeur des chevaux qui ont déjà trop de fougue et d’action.
«C’est là le grand art pour remettre les chevaux droits en peu de temps
«quand ils sont extrêmement sensibles, et qu’ils ont été dérangés par de
«mauvais cavaliers.»
C’est ce qu’on appelle redresser son cheval par l’opposition du corps; c’est un des cas où l’assiette devient aide.
«Il y a des personnes qui ont les épaules hautes, rondes par derrière, et la
«pointe resserrée sur la poitrine. Toutes ces difformités n’empêchent pas
«de monter à cheval, mais elles nuisent beaucoup à la grâce, à l’aisance et
«au liant qui conduisent à une belle exécution. Le travail et les soins assidus
«corrigent un peu ces défauts, mais ils sont toujours un grand obstacle à
«la souplesse et conséquemment à l’accord et à l’union. Dans ce cas, il faut,
«dans les premières leçons, leur laisser suivre le mouvement occasioné par
«le trot, afin de produire une espèce de dislocation qui dénoue les épaules
«en leur donnant autant de souplesse qu’elles sont susceptibles d’en recevoir
«à force de soins et de travail.»
IV.
Table des matières
Le haut du corps appelé buste, aisé, libre et droit.
«L’aisance du buste est le résultat de la souplesse des épaules et des bras.
«Ces dernières parties tirent la leur du moelleux des avant-bras et des
«poignets.»
Plusieurs bons écuyers font porter le haut du corps extrêmement en arrière, en se fondant sur ce qu’il revient toujours assez en avant quand on commence, ce qui est une vérité. Il faut éviter pourtant que le corps soit renversé, car il ne serait plus dans la ligne d’aplomb, et les cuisses et les jambes se porteraient forcément en avant. (V. de l’assiette.)
V.
Table des matières
les bras sur la ligne du corps, tombant naturellement à deux pouces environ des banches.
«Les bras étant sur la ligne du corps, lians et bien d’aplomb, seront assurés;
«on ne peut faire poser les bras sur les hanches comme on l’a dit dans
«plusieurs traités de cavalerie, sans avoir l’air guindé, et sans faire remonter
«les épaules. Il serait tout aussi défectueux de les élever, les tenir éloignés
«du corps, et les balancer comme le pratiquent quelques personnes croyant
«se donner des grâces. On doit les laisser tomber sans force; ils se placent
«perpendiculairement ainsi que les jambes, par leur propre poids; les bras,
«les avant-bras et les poignets bien placés, donnent une véritable grâce au
«cavalier.»
Il ne faut pas oublier que leur assurance, leur précision et leur souplesse, sont indispensables pour arriver à avoir une bonne main.
Quand le corps est très gros, les bras paraissent et deviennent en effet trop courts; les coudes s’élèvent et restent devant les hanches. Si, pour remédier à cet inconvénient, le cavalier place ses mains de côté au lieu de les tenir devant le milieu du corps, en évitant un défaut il en fait naître un autre, dont la conséquence est de mener son cheval de travers. Voilà pourquoi un gros homme, outre le désavantage d’être beaucoup trop lourd pour la plupart des chevaux, peut difficilement avoir une belle position et de la grâce à cheval.
VI.
Table des matières
Les coudes tombant naturellement, ni en avant ni en arrière des hanche.
Rien ne donne un air guindé comme les coudes serrés sur les hanches; mais aussi rien n’est de plus mauvais goût que d’arrondir les bras en mettant les coudes en l’air, ce qu’on appelle par dérision regarder par les lucarnes, ou faire les beaux bras. C’est en laissant tomber les coudes naturellement sur les hanches, qu’on évitera ces défauts opposés, aussi contraires à la belle position qu’aux bons effets des mains sur la bouche du cheval.
Il y a, dans la juste position des coudes, et dans la juste longueur des rênes, un rapport qu’il est bien important d’observer, et qui résume en peu de mots une infinité de préceptes. Si les rênes sont trop longues, les coudes se portent en arrière des hanches, la main au lieu d’être placée vis-à-vis le milieu du corps, se trouve conséquemment de côté, et ne peut marquer des arrêts sans mettre le cheval de travers. Si, au contraire, les rênes sont trop courtes, les coudes se trouvent devant les hanches, et la main est trop loin du corps, ce qui ajoute à une position disgracieuse le grand défaut d’une main dure dans toutes ses opérations.
Les coudes, pour être bien placés et en rapport avec la juste longueur des rênes, doivent tomber et rester constamment vis-à-vis des hanches, à deux pouces environ de distance .
J’ai dit, à l’article des bras, que, quand le corps est trop gros, ils deviennent trop courts, forcent les coudes à s’élever et à se mettre devant les hanches. Il y a des jeunes gens qui ont au contraire le corps si fluet et les bras si longs, que les coudes se portent forcément derrière les hanches, bien que les mains restent vis-à-vis le milieu du corps à la distance voulue (un travers dé main). Mais comme cette conformation vient toujours d’une grande jeunesse et d’une croissance forcée, le vice de position, dans ce cas, n’est que momentané , et disparaît quand l’élève a pris tout son accroissement.
VII.
Table des matières
L’avant-bras et le poignet sur une ligne horizontale.
Les poignets, de même que les bras, doivent être assurés, souples et lians, quoique susceptibles d’une certaine fermeté quand le besoin l’exige. Ainsi que les bras, ils ne doivent jamais se croiser l’un sur l’autre; celui qui tient la bride doit être placé vis-à-vis le milieu du corps, et celui qui tient le bridon doit être à côté , ni plus en avant, ni plus en arrière. (V. position des mains.)
Pour conserver la bonne position des poignets, et pour éviter les mauvaises, il faut se rappeler que le pouce doit toujours être au niveau du pli du bras, de quelque manière que le poignet agisse, ou, ce qui est la même chose, que l’avant-bras et le poignet soient sur une ligne horizontale.
Il serait difficile de préciser au juste la distancé que le poignet doit avoir du pommeau de la selle, car la hauteur de ce pommeau varie, et celle du poignet dépend aussi de la position de la tête du cheval, et du plus ou moins de longueur de son encolure. Si le cheval s’enterre, il faut l’élever; s’il porte le nez au vent, il faut le tenir très bas. Quant à sa distance du corps, elle suit, comme je l’ai déjà expliqué , le rapport qui s’établit entre la longueur des rênes et la place des coudes. Ceux-ci, bien vis-à-vis des hanches, mettront la main (ou le poignet) à trois ou quatre pouces du corps (un travers de main), un peu plus ou un peu moins, selon la longueur des bras et la grosseur du corps.
Je n’ai parlé jusqu’ici des poignets que relativement aux rapports qu’ils ont avec les bras; en les considérant quant aux rapports qu’ils ont avec les rênes, je les appelle mains. (V. de la position des mains et de la tenue des rênes.)
VIII.
Table des matières
Les reins moelleusement soutenus et un peu ployés.
«Ce sont les vertèbres lombaires qui seules doivent déterminer le pli des
«reins, et leur procurer cette souplesse nécessaire pour recevoir et amortir
«les secousses violentes qui lui sont communiquées parle choc de la selle,
«quand le cheval rue, saute, fait la capriole, ou quand, après s’être élevé
«des quatre pieds, il fait sa foulée sur le sol en retombant. Les reins, indépendamment
«du pli en avant, peuvent encore se plier latéralement, soit
«à droite, soit à gauche,» ce qu’on exprime aussi par creuser le côté, ce qui dérange beaucoup la position et nuit infiniment à la tenue comme à la justesse.
«Plusieurs élèves, soit par faiblesse dans cette partie, soit par défaut de
«construction, les plient de très-haut, c’est-à-dire presque toutes les vertèores
«dorsales et lombaires; alors les reins ont trop de jeu. Le buste en est
«dérangé, ainsi que les autres parties, ce qui nuit autant à la grâce, l’accord
«et l’union des deux individus, que le défaut précédent. Les personnes
«qui ont été long-temps sur l’enfourchure, contractent communément
«cette mauvaise habitude, dont on les corrige difficilement.»
Le juste pli des reins est indispensable pour joindre la ceinture au pommeau de la selle, et permettre que les cuisses puissent s’étendre sans faire enlever l’assiette.
IX.
Table des matières
L’assiette chargée da poids du corps et bien au milieu de la selle, les fesses chassées en avant sous la brise.
J’ai dit au commencement de cet ouvrage que l’assiette était la base fondamentale de toute l’équitation, (V. chaq. 1er). Chargée de toutes les parties du corps, son appui doit se faire, comme je l’ai dit, sur les deux tubérosités des os ischions: «Il faut que ses points d’appui soient égaux, pas plus près des «battes, ni plus à droite, ni plus à gauche l’un que l’autre, de manière que «le coccyx soit le troisième point formant la séparation exacte du milieu de «la selle.» Il faut bien observer que ce troisième point ne doit pas faire appui , mais il ne manquerait pas de le faire, si la ceinture n’était pas assez soutenue, que la poitrine fût rentrée, et que les épaules en devinssent grosses et rondes, ce qu’on appelle avoir l’assiette écrasée. C’est la position que prennent les vieux Écuyers quand le corps est affaissé par les années; mais elle n’est pas moins vicieuse; il faut se rappeler que les ischions seuls doivent être chargés du poids de toutes les masses réunies, quand les quatre jambes du cheval portent également sur un sol plat, et quand la selle, qui est un point intermédiaire, porte également bien d’aplomb sur le dos du cheval.
X.
Table des matières
Les cuisses assez tournées en dedans pour être collées à plat sur la selle, sans serrer les genoux.
En recommandant, de même que tous les écuyers et auteurs, de tourner les cuisses en dedans, c’est que les commençants sont presque tous dans la disposition de les tourner en dehors. A bien dire, elles ne doivent être ni en dedans, ni en dehors, mais sur leur plat, c’est-à-dire à l’endroit où elles présentent la plus grande surface, afin d’augmenter l’assurance et la solidité, en multipliant les points de contact.
«Si le plat des cuisses doit être collé sur la selle, ce ne peut être dans les
«commencements; les ligaments articulaires qui leur servent d’attache, et
«les parties musculaires qui les font mouvoir, n’ayant point acquis assez de
«ressort, l’extension et la flexion continuelle qu’exigent ces parties ne peuvent
«résulter que d’un grand exercice; il est donc physiquement impossible que
«les cuisses soient d’abord bien placées,» C’est une grande erreur de vouloir les forcer à se tourner en-dedans, comme le font à tort quelques Écuyers; car, indépendamment de la roideur, et surtout de l’éloignement des jambes qui en résulte, on met l’élève sur l’enfourchure. Il ne faut pas perdre de vue qu’avant tout on doit le faire asseoir sans avoir égard que les cuisses soient tournées ou non. ( V. de la leçon à la longe.)
«Pour acquérir plus promptement une grande souplesse dans les cuisses,
«indépendamment de l’action de les mollir en les laissant mortes, le trot
«sans étriers, des bottes pesantes, le bas de la ceinture plié, l’assiette chassée
«près du pommeau, y contribuent beaucoup. On doit avoir la plus grande
«attention à les tourner et allonger également; une cuisse plus tournée que
«l’autre attirera l’assiette de son côté, de même si elle est plus allongée et
«plus roide. Plusieurs personnes les ont rondes, courtes et charnues comme
«des femmes.» Ces imperfections sont très nuisibles, car étant rondes, elles roulent; charnues, elles sont rarement susceptibles d’une pression vigoureuse quand l’assiette a besoin de leur secours; courtes, elles n’embrassent pas assez le cheval, ce qui diminue l’enveloppe et accourcit cette espèce de balancier ou contre-poids que doivent faire les cuisses et les jambes.
En voulant allonger les cuisses par une extension forcée, on mettrait l’élève sur l’enfourchure. Le défaut opposé est de remonter et serrer les genoux, ce qui s’appelle être raccroché. Beaucoup de personnes, qui ont l’habitude de monter à cheval, mais point ou peu d’assiette, serrent les genoux pour se tenir; mais loin d’en acquérir plus d’aplomb, les fesses se lèvent et reçoivent un choc beaucoup plus violent de la selle, de manière qu’au lieu de contribuer à la tenue, l’effort ou pression des genoux la diminue considérablement, outre que cette pression des genoux suffit seule, sans les jambes, pour augmenter l’ardeur des chevaux d’action, et les rendre plus difficiles à conduire.
Il ne faut pas oublier que c’est la bonne assiette qui donne la juste position des cuisses, et que c’est la mauvaise qui force le cavalier de serrer les genoux.
Cependant il est des cas où la pression plus ou moins forte, plus ou moins prolongée des cuisses, devient indispensable; c’est, comme je l’ai déjà dit, quand les sauts ou contre-temps du cheval ébranlent violemment l’assiette, et la feraient perdre tout-à-fait sans cette précaution. C’est alors que les cuisses doivent venir au secours de l’assiette, les genoux au secours des cuisses, et les jambes, au besoin, au secours de ces parties. (V. des moyens de tenue pour monter les sauteurs.)
XI.
Table des matières
Les jambes libres et assurées, tombant naturellement près le corps du cheval, un peu inclinées en arrière sans étriers, et perpendiculairemeut quand elles sont portées par les étriers.
Les jambes, de même que les cuisses et les pieds, sont les parties les plus difficiles à bien placer à cheval; elles ne deviennent libres et assurées qu’après un exercice de plusieurs mois, en trottant beaucoup sans étriers; elles ne seront bien aplomb sous les genoux que quand les cuisses seront placées et assouplies; alors, en laissant tomber les jambes naturellement, elles se trouveront placées par leur propre poids. Or, plus elles sont relâchées, plus elles acquièrent de ce poids; plus elles ont de poids, plus elles sont près du corps du cheval, et à même d’agir à temps et à propos. C’est cette position avantageuse que l’on définit par être. près de ses chevaux.
«Comme il y a bien peu de personnes qui aient une bonne assiette, de
«même, et uniquement pour cette raison, il y a aussi bien peu de cavaliers
«qui aient les jambes exactement placées moelleusement, tombant bien
«naturellement sous les genoux, sans aucune force ni roideur; une preuve
«certaine d’une assiette mauvaise ou médiocre est la roideur des jambes et
«leur éloignement du corps du cheval.» C’est ce qu’on appelle être loin de ses chevaux .
«Quand on est sur l’enfourchure, les jambes vont en arrière et le corps en
«avant, à moins que les reins ne soient extrêmement ployés, ce qui, outre
«la roideur, est encore très défectueux. Beaucoup de mauvais cavaliers tendent
«les jambes, font deux points d’appui sur les étriers, lèvent par conséquent
«l’assiette, dirigeant la poitrine vers l’encolure du cheval. Cette
«mauvaise habitude les fatigue infiniment, les rend peu propres à conduire
«leurs chevaux, et encore bien moins à les dresser; c’est une des plus grandes
«preuves de leur incapacité à cet égard ».
XII.
Table des matières
Les pieds tombant d’aplomb sous la ligne des jambes, la pointe un peu plus basse que le talon sans étriers, et de niveau avec les étriers.
«On ne doit pas mettre plus de force à placer les pieds, que pour aucune autre partie du corps.
«Lorsqu’il n’y a point d’étriers pour soutenir les pieds, la pointe doit en
«être plus basse que le talon, et tant soit peu plus élevée avec des étriers.» Quand le cou-de-pied est tendu, la pointe du pied se trouve trop basse. Quand la pointe du pied est tournée en dehors, outre que cette position est vicieuse, elle a encore l’inconvénient de faire souffler l’éperon au poil quand la jambe se ferme. Si on tourne les pointes des pieds en dedans en les forçant, les jambes sont roides comme dans les défauts que je viens de signaler: les chevilles deviennent estropiées; il en résulte une roideur et une contrainte si désagréables que l’effet s’en communique aux genoux, aux cuisses, et jusque dans les hanches. Alors il n’y a plus d’aide possible. (V. des étriers.) Tous ces défauts proviennent de la force que l’on emploie à tort, tant pour placer que pour mouvoir ces parties. Le moyen d’éviter cette force et les défauts qui en résultent, c’est de bien établir l’assiette d’abord. Les cuisses bien placées, facilitent la bonne position des jambes; il en est de même de ces dernières, à l’égard des pieds. Peu de cavaliers sont bien placés du bas, et même très peu d’Écuyers peuvent servir de modèle à cet égard.
Les pieds seront donc, autant que possible, placés sous la ligne des jambes, c’est-à-dire que la plante en soit présentée de manière à faire face à la terre; ils doivent être relâchés, mais jamais disloqués.
Quand les pieds avec le bas de la jambe s’écartent du corps du cheval, ce qui peut avoir lieu, bien que les cuisses et genoux soient fermés, on dit, par dérision, que le cavalier a les jambes en pied de banc. Ce défaut vient de la roideur et du manque d’assiette. Il peut venir aussi d’un vice de conformation.
Quant, au contraire, les jambes tendent à se rapprocher sous le ventre du cheval, ce qui se fait toujours avec les chevilles estropiées, en tournant les pieds en dedans, ce défaut provient de la cause contraire, c’est-à-dire les genoux et les cuisses ouvertes et trop lâches. C’est ce qu’on appelle avoir les jambes en bacchus, voulant exprimer qu’elles semblent tourner autour du corps du cheval comme autour d’un tonneau.
Ayant fait un chapitre très étendu sur les étriers, j’y renvoie le lecteur, pour ne pas me répéter inutilement dans celui-ci. Il y trouvera, sur la position et l’aide des jambes, les développements nécessaires à cette importante partie de l’Équitation.
CHAPITRE XIV.
Table des matières
De la position des mains et de la tenue des rênes.
PARTIE ÉLÉMENTAIRE.
C’est particulièrement à la manière dont les mains sont placées et dont les rênes sont tenues, que l’on reconnaît l’élève qui sort d’une bonne école, n’eût-il que très peu de leçons. Cette considération, jointe à beaucoup d’autres non moins importantes, m’a engagé à traiter ces parties dans les plus grands détails.
J’ai déjà signalé l’abus d’occuper les deux mains du commençant par la bride et le bridon, avant de lui avoir placé la seule main de la bride. Des écuyers ont pensé que pour simplifier l’action des deux rênes de la bride tenues dans la main gauche, il fallait placer encore dans cette même main les deux rênes du bridon. L’élève étant ainsi embarrassé avec ces quatre rênes, fausse son poignet et les contrarie entre elles, car la difficulté augmente naturellement pour lui dans la progression de 2 à 4, et, comme par système de compensation, il ne tient rien dans la main droite dont il ne sait que faire. On appelle cela tenir les rênes à l’Allemande; et puis quand on visite les manèges de ce pays on vous rit au nez, si vous vous servez de cette dénomination pour indiquer ces prétendus perfectionnements. Sans m’embarrasser de la manière dont on tient les rênes à Vienne ou à Berlin, où il y a d’excellents Écuyers, je me contenterai d’indiquer celle adoptée à Versailles et dans les autres Académies de France. D’abord parce que je la crois meilleure, et ensuite parce que j’ai annoncé un traité d’équitation d’après les principes de l’École française; or, en équitation comme en tout, il faut être conséquent avec son principe.
Première position de la main de la bride, sans tenir le bridon. ( V. pl. 5. )
La bride dans la main gauche, le petit doigt passé entre les deux rênes tenues le plus également possible. Le poignet bien vis-à-vis le milieu du corps, un peu arrondi, le pouce étendu sur les rênes et de niveau avec le pli du bras; les ongles inclinés en dessus, le petit doigt un peu rapproché du corps, comme devant toujours déterminer l’action des rênes.
La main droite tenant la gaule haute (haute dans le manège, et basse dehors ) placée un peu au-dessus de la gauche, le pouce et l’index détachés des autres doigts, le poignet arrondi, les ongles tournés en l’air, la pointe de la gaule inclinée sur l’oreille gauche du cheval.
Cette première position de la main de la bride sans bridon, apprend à sentir toute la puissance du mors sur la bouche du cheval, et à le faire obéir par les plus petits mouvements possibles. C’est la seule adoptée dans la cavalerie, qui, réservant la main droite pour tenir le sabre ou la lance, se sert rarement du bridon, excepté quand le cheval refuse de tourner par la bride. (V. du bridon joint à la bride. ) Cette position est celle de la piste à droite dans le manège.
Deuxième position de la main de la bride, sans tenir le bridon. ( V. pl. 5.)
Les rênes à pleine main dans la main droite avec la gaule; cette dernière la pointe en bas, le long de l’épaule du cheval. Les ongles point inclinés en, dessus, mais rangés bien perpendiculairement; le pouce étendu sur les rênes et de niveau avec le pli du bras.
Quand on tient la gaule haute, ce qui convient mieux dans le manège, elle doit toujours se diriger par la pointe vers l’oreille gauche du cheval.
La main gauche libre à côté de la droite et le poignet fermé.
Cette position est celle de la piste à gauche dans le manège.
Première position de la main de la bride, en tenant le bridon. (V. pl. 5. )
Elle est absolument la même que celle indiquée déjà quant à la main gauche. La main droite en tenant le bridon se place à côté et à la même hauteur que la gauche, quand la gaule est haute; et le pouce de niveau avec le petit doigt de la main gauche, quand la gaule est basse. ( V. du bridon joint à la bride. )
Cette position est encore celle de la piste à droite dans le manége.
Deuxième position de la main de la bride, en tenant le bridon. ( V. pl. 5. )
Elle est absolument la même que celle déjà indiquée quant à la bride. Que la gaule soit haute ou basse, la main gauche qui tient le bridon doit être placée le pouce de niveau avec le petit doigt de la main gauche.
Cette position est encore celle de la piste à gauche dans le manège.
Observation sur la distance qu’il doit y avoir entre la main et le corps, comme entre la main et le pommeau de la selle.
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
En observant ce que j’ai dit au sujet des coudes qui ne doivent être ni en avant ni en arrière des hanches, la main se trouvera à trois pouces environ du corps, si le cavalier est bien conformé. Celui dont les bras seront très longs avec le corps mince, ou très courts avec le corps gros, aura aussi la main plus ou moins distante du corps, mais ce sera toujours les coudes qu’il faudra placer les premiers.
Le commençant doit avoir la main bien détachée du corps ( 6 pouces environ ), conséquemment les rênes un peu courtes, pour être plus sûr de son cheval. Cette position aura l’inconvénient momentané d’amener les coudes en avant des hanches, et d’empêcher les épaules de se porter complètement en arrière ; mais quand il aura acquis un peu de solidité, on lui fera allonger ses rênes pour rapprocher la main à trois pouces du corps, et alors les coudes se trouvent vis-à-vis des hanches. Pour que la main soit juste et savante, il faut travailler près de soi.
En plaçant, comme je l’indique pour toutes les positions des mains, le pouce de niveau avec le pli du bras, il sera inutile de chercher à régler la distance du poignet à tant de pouces au-dessus du pommeau de la selle, définition vague, puisque ce pommeau varie lui-même de hauteur, selon les différentes selles.
Autre observation sur la tenue des rênes et la manière de placer les doigts.
Partie Elémentaire.
Il est de la plus grande importance que les doigts soient bien rangés entre eux, l’un à côté de l’autre, de manière à ne faire aucune saillie dans la main, et qu’ils enveloppent les rênes pour que les ongles touchent le creux de la main sans le serrer.
Il faut encore, n’importe la main qui tient les rênes, que ces dernières soient placées bien justes l’une sur l’autre. Celle qui pose sur l’index doit passer latéralement sur la seconde jointure de la phalange de ce doigt, le pouce bien étendu sur la rêne. On ne saurait mettre trop d’attention à cette manière de placer la rêne sur la jointure; elle oblige les doigts à se ranger parfaitement, ce qui permet au pouce d’être bien allongé et fermé sur la rêne; elle imprime tout de suite à la main un tact de sentiment et d’à-propos qu’on ne saurait trop apprécier; ce tact, perfectionné avec le temps, constitue cette qualité précieuse que l’on appelle une belle main, une main savante.
Avec les doigts parfaitement rangés et le pouce bien étendu sur les rênes, il n’y aura pas besoin de les serrer fortement pour les maintenir justes dans la main. Mais il faut bien se persuader que dans toutes les opérations de cette main, quelque soin qu’on y apporte, les rênes tendent toujours à s’allonger et jamais à Raccourcir, et c’est cet allongement, insensible à la vue, qui modifie les arrêts sur les chevaux d’une grande sensibilité de bouche .
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
Les commençants tombent facilement dans les deux défauts opposés en tenant leurs rênes, et beaucoup d’amateurs font la même faute. Pour empêcher les rênes de s’allonger, ils serrent les doigts avec beaucoup de force; ces derniers se contractent ainsi que le poignet, le bras et l’épaule se roidissent aussi, et la main n’agit plus que par secousse et durement sur la bouche du cheval.
Quand on leur dit de mettre beaucoup de moelleux dans la main, et de ne pas serrer les doigts, ils laissent échapper leurs rênes à tout moment, et la main ne pouvant plus avoir d’action sur la bouche, quand les rênes sont devenues beaucoup trop longues, les coudes se reculent, les arrêts se font de côté, et les chevaux sont de travers.
Dans cette occasion, comme dans beaucoup d’autres, je reviendrai toujours sur l’indispensable nécessité de la leçon de longe. C’est en y laissant l’élève le temps nécessaire, et en ne lui faisant monter d’abord que des chevaux très commodes, et répondant bien à la main, qu’on évitera ces mauvaises habitudes. Si un élève déjà avancé, contracte une position vicieuse pour avoir monté trop tôt des chevaux neufs, le seul moyen de la détruire est de le remettre à la longe sur des chevaux d’école .
Pour empêcher les rênes de couler, il faut, avant de marquer les arrêts ou de diriger la main de côté, serrer un peu les doigts. Par cette position, que j’appelle le doigté des rênes, et qu’il faut recommander au commençant, on évitera qu’il laisse échapper ses rênes, sans exiger qu’il serre inutilement les doigts quand le mors n’agit point; il sentira en peu de temps que cette action de serrer ou desserrer les doigts à propos, suffit pour ralentir son cheval, et le faire tourner par la main douce et la main légère (V. de l’aide de la main.): mouvements que je suppose toujours conduits par la main du maître, tant que l’écolier ne les fait pas bien seul.
Des rênes tenues à la troisième position.
Partie élémentaire. (V. pl. 6.)
Les rênes de la bride posées au bouton, sur le petit doigt de la main gauche, les rênes du bridon seront prises séparément dans chaque main et sur leur plat, le petit doigt en dehors de la rêne, et le pouce étendu dessous; les ongles inclinés en dessous, les pouces se faisant face, soutenus de niveau avec le pli du bras, et séparés l’un de l’autre de quatre pouces environ.
Dans cette position, les rênes de la bride n’agissent point sur la bouche du cheval, ou du moins elles n’agissent que par leur propre poids. Elles doivent cependant être soutenues comme je l’indique, afin que le cheval ne puisse marcher dessus, et que le cavalier soit en mesure de les prendre à la première position, s’il voulait faire agir le mors. (V. des changemens de rênes.)
Ainsi, quoique ayant une bride et un mors, le cheval n’est cependant conduit que par le bridon.
Pour accourcir et allonger les rênes à la troisième position.
Si les rênes du bridon sont montées à la française (courtes), on sépare doucement les poignets en glissant les doigts le long des rênes, sans donner de saccade sur la bouche du cheval. Si elles sont montées à l’anglaise (longues) on fait comme je l’indique pour les bridons d’Ecole. ( V. position des mains avec le bridon d’École.)
Pour les allonger, il suffit de les laisser couler en rapprochant les poignets l’un de l’autre.
Des cas où il faut prendre les rênes à la troisième position.
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
On prend les rênes de cette manière:
1° Toutes les fois qu’un cheval se défend et refuse de tourner sur l’une ou l’autre main; toutes les fois qu’il faut donner à la rêne qui détermine le tourner, une grande puissance d’action, en évitant l’arrêt, chose qui ne peut se faire avec les deux rênes de la bride prises ensemble, puisque son effet (celui de la bride ou du mors ), le plus naturel, le plus direct, est d’agir de devant en arrière, et point de côté. ( V. de l’aide de la main de la bride.)
C’est cet effet de devant en arrière, déterminé par la puissance de levier ( les branches du mors ), qui fait renverser le cheval dont la bouche est sensible quand, sur sa résistance à tourner, le cavalier veut l’y contraindre par la bride. Or, les efforts qui résultent naturellement de l’action forcée du mors, se faisant plus particulièrement sentir sur les reins, les hanches et les jarrets, les pieds de derrière coulent sous le centre de gravité, et n’ayant plus de point d’appui, le cheval se renverse, non par méchanceté, par malice, mais par un effet purement physique. Plus il aura la bouche sensible et le train de derrière faible, plus il se renversera facilement, mais il ne lé fera jamais sans y être provoqué par la main et la douleur qu’elle lui cause, parce qu’en se renversant il se fait à lui-même beaucoup de mal; il se blesse toujours et se tue quelquefois, aussi bien que le cavalier; et comme tous les animaux ont le sentiment de leur conservation, on peut presque toujours affirmer que les chutes les plus dangereuses ont pour cause la dureté, l’imprévoyance ou l’ignorance, de celui qui le monte. (V. aide de la bride.)
2° On prend les rênes à la troisième position, quand on veut reposer la bouche d’un cheval qui est déjà dressé à la bride, ou qu’on monte un jeune cheval qui ne l’est point encore, et que l’on commence à emboucher.
3° On fait tenir les rênes de cette manière sur des chevaux parfaitement dressés à la main de la bride, quand ces chevaux sont fins et trop vigoureux pour des élèves peu avancés. Et il faut bien se pénétrer de ceci: c’est que tel écolier qui pourra conduire passablement un cheval très fin, en tenant les rênes à la troisième position, le fera renverser avec la bride, ou bien provoquera, par l’effet dur et malentendu de sa main, des contre-temps qui le feront jeter à terre.
4° C’est la position que l’on fait prendre aux palefreniers ou domestiques qui conduisent des chevaux à un rendez-vous, quand ils n’ont point un cheval de suite pour les mener en main avec un caveçon; ce qui vaut infiniment mieux.
5° Cette manière de tenir les rênes peut devenir une affaire de politesse. Un écuyer ou amateur vous offre de monter un cheval précieux, ou qu’il juge tel. Vous devez commencer par mener ce cheval à la troisième position, et attendre que celui auquel il appartient vous engage à vous servir de la bride; par-là vous faites preuve de modestie, et vous prenez une plus parfaite connaissance de la bouche du cheval que vous montez pour la première fois.
6° Enfin, on doit prendre les rênes à la troisième position, pour déterminer les premiers pas d’un cheval dont on croit devoir se défier, et qui annonce une extrême sensibilité de bouche. Et il faut bien reconnaître que le meilleur écuyer peut être surpris par un cheval qu’il ne connaît pas, qui est embouché avec un mors très dur; qui aura eu les barres cassées ou blessées, ou enfin qui peut lui être présenté dans le malveillant dessein de mettre son savoir à l’épreuve . Dans celle supposition, comme c’est toujours au moment d’entrer en selle que le cavalier peut être plus dangereusement surpris par des pointes ou sauts de mouton, s’il se méfie du cheval qu’il essaie, il doit monter en tenant le bridon de la main gauche, en même temps que les crins, afin de se trouver tout de suite à la troisième position en entrant en selle.
J’ai donné ces très longues, mais utiles explications, afin d’apprendre aux élèves et amateurs susceptibles de monter toutes sortes de chevaux, que les désordres résultant de l’action forcée, ou seulement mal entendue de la bride, peuvent mettre le cavalier dans le plus grand danger, même avec les chevaux les plus doux de caractère, les moins enclins à la défense, mais qui, avec la bouche très sensible, ont les reins faibles, les jarrets souffrants et tarés. La seule action du mors et de la gourmette serrée, produit tant d’effet sur la bouche d’un poulain, qu’elle suffit pour le faire renverser. Non-seulement les mauvaises mains et les mors trop durs abîment la bouche des chevaux, mais ils ne manquent jamais de leur ruiner en même temps les hanches, les jarrets, et généralement toutes les parties de l’arrière-main qui reçoivent les efforts de la masse. (V. de l’aide de la main de la bride. )
Pour la sûreté des cavaliers et pour la conservation des chevaux, on ne saurait se servir trop long-temps et trop souvent des bridons d’école et de la bride à la troisième position .
LEÇON POUR AJUSTER LES RÊNES.
Partie élémentaire.
Le mouvement d’ajuster les rênes est très utile et gracieux, quand il est fait avec aisance et précision. ( Ajuster les rênes sous-entend toujours que ce sont celles de la bride. ) On ajuste les rênes pour les accourcir ou les égaliser; on le fait aussi pour développer le mouvement du bras et donner de la grâce au cavalier, qui doit dans ce moment se grandir du haut du corps.
On ne peut ajuster les rênes que quand elles sont dans la main gauche. Si l’on tient le bridon de la main droite, il faut toujours l’abandonner sur l’encolure avant de commencer cette opération.
1er Temps. Détacher le pouce gauche en le dirigeant en l’air; saisir les rênes avec le pouce et l’index de la main droite, tout près de la gauche.
2me Temps. Enlever la main droite perpendiculairement au-dessus de la gauche, en coulant les doigts sur les rênes jusqu’au bouton, le coude soutenu à la hauteur du poignet; la gaule ( étant basse ) posée perpendiculairement sur l’épaule du cheval, ce qui exige qu’elle soit tenue de même que les rênes, avec le pouce et l’index, les autres doigts ouverts et arrondis. Si on tient la gaule haute, la pointe doit conserver sa direction vers l’oreille gauche du cheval,
3me Temps. Accourcir, allonger, ou égaliser.
Pour accourcir: soutenir le bouton de la main droite; abaisser doucement la gauche, évitant de donner une saccade, ce qui aurait lieu, si la main se baissait trop vite.
Il ne faut jamais accourcir les rênes plus d’un travers de main à la fois, et comme elles tendent toujours à s’allonger, on ne doit pas attendre qu’elles soient par trop longues pour les ajuster. (V. position des coudes. )
Pour allonger: soutenir le bouton des rênes de la main droite; élever légèrement la main gauche avec le même soin et pour les mêmes raisons qu’en accourcissant. Il ne faut jamais allonger plus d’un travers de main à la fois.
Pour égaliser: soutenir le bouton de la main droite, la main gauche fixe pour bien rendre les rênes égales.
4me Temps. Lâcher le bouton des rênes qui tombe sur l’épaule droite du cheval. Ramener la main droite à côté de l’autre, soit en prenant le bridon, soit en la laissant libre, mais toujours avec un temps d’intervalle; c’est-à-dire qu’elle ne se baisse que quand le bouton des rênes est arrivé sur l’épaule du cheval.
Dans le manége, en reprise, il faut marquer les temps sans les presser. Si le cheval donne bien dans la main, le cavalier, en observant sa position, aura beaucoup de grâce en ajustant ses rênes. Mais hors le manège, cette recherche serait mal entendue.
Quand les rênes sont à la 2me position, c’est-à-dire dans la main droite, et qu’elles ont besoin d’être ajustées, il faut préalablement les passer dans la main gauche.
Lorsqu’on reste au temps ( V. leçon de longe ), la main droite, en soutenant le bouton, ne doit pas s’élever plus haut que le menton. Il y a des brides mal faites dont les rênes sont si longues, qu’il faudrait lever la main par dessus la tête pour en atteindre le bouton. A celles là on fait un nœud pour les mettre à la longueur convenable; quand elles ne sont qu’un peu trop longues, il faut, avant de les ajuster, baisser la main gauche, pour que la droite ne monte pas trop haut. Des brides bien montées et des rênes d’une juste longueur, sont indispensables pour la justesse de la main et la grâce des mouvements.
Comme on n’a pas toujours le temps d’ajuster les rênes, quand elles sont trop longues, il faut quelquefois procéder d’une autre manière. Si, en terminant un changement de main au galop, le cheval se précipite dans le coin, la tête en dehors, on ne peut guère se dessaisir de la rêne de dedans du bridon. Dans ce cas, comme dans tous ceux où il faut accourcir les rênes très promptement, si elles sont dans la main gauche, tout en tenant le bridon de la droite, on les saisit de cette dernière à la 2me position, et on les accourcit le plus également possible en coulant la main gauche par en bas.
Si elles sont dans la main droite, tout en tenant le bridon de la gauche, on les saisit de cette main au-dessous de la droite, et l’on coule celle-ci en avant pour les accourcir le plus également possible.
Il y a des cavaliers qui ajustent les rênes sans quitter le bridon: cette manière n’a jamais été admise dans les Académies.
Quatrième position, ou la main de la bride au repos.
Lorsque le cheval est arrêté long-temps sur place ( et dans une École bien tenue, il faut que les élèves restent quelquefois en place et immobiles dans les rangs ), tout en le tenant droit et d’aplomb, le cavalier doit lui laisser la liberté de baisser ou tourner la tête pour se mettre à son aise, car rien n’est plus fatigant pour l’homme comme pour le cheval, qu’une complète immobilité. Il faut alors prendre une position relative à cet état de repos, les rênes longues, sans cependant les abandonner. Pour passer de la première position à celle du repos, il faut d’abord ajuster les rênes, puis les prendre de la main droite à la deuxième position, sans les lâcher de la gauche; couler la main droite en montant de six pouces environ; marquer le demi-arrêt de la gauche; lâcher les rênes de main gauche sans la déplacer; baisser la main droite en la posant au milieu du pommeau de la selle; les rênes ainsi allongées, la main est au repos.
Quand l’Écuyer commande: à vos rênes, apprêtez-vous pour marcher, il faut élever la main droite, les reprendre de la main gauche près de la droite, et la couler d’environ six pouces, puis ajuster les rênes.
Quand les élèves sont formés sur le rang, on doit leur faire répéter cette leçon en marquant bien les temps. On prend également la position du repos avec les bridons d’école. Pour cela, on croise les rênes bien l’une sur l’autre dans la main gauche, après les avoir allongées de six pouces environ.
Manière de changer les rênes de main suivant les changements de main , ou changements de piste.
Partie élémentaire,
En terminant le changement de main de la piste à droite à la piste à gauche, on passe les rênes de la bride de la 1re position à la seconde.
1er temps. Quitter le bridon de la main droite, sans bouger la main gauche de sa place.
2e temps. Ajuster les rênes, et les accourcir d’un travers de main.
3e temps. Lâcher le bouton, apporter le pouce droit sur le gauche pour saisir les rênes de cette main à la même longueur où elles étaient dans la main gauche.
4e temps. Prendre le bridon de la main gauche, afin de pouvoir donner le pli de ce côté avant de passer le coin. ( V. du pli. )
En terminant le changement de main de la piste à gauche à la piste à droite, on passe les rênes de la bride de la 2e position à la 1re.
1er temps. Quitter le bridon de la main gauche sans bouger la main droite de sa place; celle-ci laissant couler les rênes pour les allonger d’un travers de main.
2e temps. Prendre les rênes dans la main gauche près de la droite.
3e temps. Ajuster les rênes pour les égaliser.
4e temps. Prendre le bridon de la main droite pour donner le pli de ce côté avant de passer le coin.
Il faut bien prendre attention de ne pas brusquer les changemens de rênes; tous les temps doivent être marqués en y apportant le plus d’aisance et de grâce possible.
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
Les élèves mettent généralement trop de précipitation dans les changements de rênes, déplacent la main qui doit être remplacée, en la dirigeant du côté de celle qui remplace, ce qui produit un faux mouvement sur la bouche du cheval, et ce qui le met de travers. Ces détails ne doivent point être négligés. Avec un cheval froid, l’absence de précision a peu d’inconvénients; avec celui qui est ardent et sensible, elle en a beaucoup. Le professeur doit se persuader qu’une infinité de petits déplacements équivalent à un grand déplacement, et que le concours d’une infinité des parties bien placées amène nécessairement la solidité du tout.
Pour passer les rênes de la première position à la troisième.
Partie élémentaire.
Ainsi que je l’ai expliqué, ce changement de rênes peut être nécessité par une circonstance urgente: quand le cheval vient à se défendre en refusant de tourner à la volonté du cavalier; ce mouvement doit être fait avec adresse et promptitude. Si, dans ce moment, le cavalier s’embrouille dans ses rênes, ou qu’elles lui échappent des mains, le cheval d’humeur l’emporte ou le démonte.
On ne peut passer à la troisième position que par la première. Si l’on devait la prendre quand on est à la deuxième, il faudrait d’abord passer vivement à la première.
1er temps. Passer la main droite au milieu des rênes du bridon, pour les soutenir bien égales, afin de s’assurer de l’obéissance du cheval.
2e temps. Lâcher les doigts de la main gauche en élevant cette main à la hauteur du menton; et alors le bouton des rênes vient tomber sur le petit doigt.
3e temps. Apporter la main gauche sur la rêne du bridon de ce côté, et saisir cette rêne à la même longueur que la droite.
4e temps. Séparer un peu les poignets pour accourcir et égaliser les deux rênes du bridon, afin de sentir distinctement les deux côtés de la bouche du cheval, sans écarter ni appuyer les rênes sur l’encolure.
Quand ces quatre temps sont faits avec adresse, ils se fondent ensemble de manière à n’en former qu’un seul; il est nécessaire de s’y habituer en les faisant sur place, puis aux trois allures, afin de pouvoir les exécuter promptement et sans confusion, pendant que le cheval se défend.
Pour passer de la troisième position à la première.
Partie élémentaire.
1er temps. Passer la main droite au milieu des rênes du bridon, pour les soutenir bien égales, en s’assurant de l’obéissance du cheval.
2e temps. Saisir le bouton des rênes de la main droite, sans déplacer la main gauche, et sans quitter le bridon tenu par le milieu.
3e temps. Élever la main droite à la hauteur du menton, la main gauche restant fixe; se trouvant à la première position, elle doit sentir la bouche du cheval pour s’en assurer.
4e temps. Lâcher en même temps le bridon et le bouton des rênes; ce dernier tombant sur l’épaule droite.
Il faut toujours ajuster les rênes avant de reprendre le bridon de la main droite.
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
Je dois faire observer que ces dénominations de 1re, 2e, 3e et 4e positions de la main de la bride, n’étaient point employées par les maîtres dont je professe les principes. On disait seulement, positionne la main droite et de la gauche, ce qui était incomplet et souvent très vague. J’ai imaginé d’établir cet ordre numérique pour aider la mémoire des élèves et faciliter tous les détails de la position des mains et de la tenue des rênes par des divisions distinctes. Il y a fort long-temps que je m’en sers, et je puis assurer que mes élèves s’en sont parfaitement trouvés; mais comme, excepté les jeunes gens que j’ai formés à la leçon, je suis le seul professeur qui me serve de ces dénominations, il est certain que les élèves des autres manèges ne sauraient ce qu’on voudrait leur dire, si on leur parlait de 1re et 2e positions. Il n’y avait pas non plus de règles fixes pour passer de la main gauche de la bride au bridon des deux mains, ni de cette dernière tenue de rênes à la première. J’ai toujours vu que les écuyers laissaient faire ces changements ad libitum. Les règles que je prescris sont les plus simples, les plus sûres et les plus faciles dans l’exécution. S’il n’y avait pas grand mérite à les fixer, elles ne sont pas moins d’une grande utilité, puisqu’elles apprennent aux élèves à prendre sûrement leurs rênes dans les moments où la moindre faute à cet égard peut causer plus d’un danger. L’élève qui ne s’en est pas rendu le maniement facile par des exercices répétés, les enmêle ou les laisse échapper, comme je l’ai déjà dit, et le cheval peut s’en empêtrer les jambes et se renverser. J’ajouterai qu’on aurait beau s’exercer à faire tous ces changements de positions et tenues de rênes, on les exécuterait toujours mal si on ne procédait pas toujours de la même manière.
Comme le maniement des rênes, fait avec une grande perfection, régularise l’exécution avec les chevaux bien dressés, et qu’il donne les moyens les plus efficaces pour former la bouche de ceux qui ne le sont pas, j’ai étendu cette démonstration autant que j’ai pu. Je me suis exercé, et j’ai exercé mes élèves les plus avancés à faire des changements de la 1re à la 2e position, et de celle-ci à la 1re avec vitesse et d’un seul temps: ce qui exige beaucoup d’habitude pour ne pas saisir les rênes par accoup au moment où on les passe d’une main dans l’autre. Dans cet exercice, où les rênes de la bride sont changées et prises à la même longueur dans un seul temps, il faut encore que celles du bridon le soient également dans ce même temps.
Je donne cette leçon aux élèves assez avancés pour dresser de jeunes chevaux nouvellement embouchés, et qu’il faut accoutumer à répondre sans hésitation à l’effet du mors; elle réussit parfaitement, parce que l’action in dispensable du bridon avisé n’éprouve point d’interruption.
J’appelle ces changements escamoter les rênes, parce qu’ils demandent une adresse et une promptitude que semble justifier cette vulgaire expression.
On s’exerce d’abord à ces changements de rênes, en prenant des contre-changements de main avec des chevaux dressés. Puis sur des chevaux neufs, en avisant de la rêne du bridon; puis enfin avec la bride seule pour y rendre le cheval obéissant.
Loin de vouloir emprunter aux étrangers de prétendus perfectionnements dans la position des mains et la tenue des rênes, je ne cesse d’admirer combien elles ont été heureusement combinées, tant pour la grâce du cavalier que pour lui assurer l’obéissance de son cheval. Jamais on ne pourrait trouver de mouvements plus simples, plus faciles à exécuter, pour faire ressortir la grâce d’un homme bien à cheval. Dans le système de tenue de rênes à la française, on peut passer de la plus petite pression à la plus grande, sans jamais forcer ni fausser les articulations. Les écuyers étrangers étaient les premiers à reconnaître la facilité avec laquelle les bons écuyers français faisaient mouvoir leurs chevaux par les aides secrètes. Il faut dire aussi, pour être juste, que cette grande facilité tient particulièrement à notre manière de tenir les rênes. Les articulations n’étant jamais faussées, les mains sont moelleuses et fortes au besoin. Dans le système contraire, celui qu’on appelle à l’allemande, elles ne peuvent être que roides et faibles. Dans la première hypothèse, le cavalier est toujours gracieux; dans la seconde, il ne peut être que guindé, même après des années de travail et du savoir.
Position des mains et tenue des rênes avec les bridons d’École .
Partie élémentaire.
Les rênes du bridon d’École doivent être prises dans les deux mains séparées comme à la 3e position. On ne les ajuste pas; on les tient de la même manière sur la piste à droite comme sur la gauche. La gaule reste toujours basse dans la main droite; il est facile de les allonger, en laissant glisser les doigts et en rapprochant les poignets; mais plus encore que celles de la bride, elles tendent continuellement à s’allonger, surtout avec les jeunes chevaux qui pèsent, battent ou bourrent à la main,
Pour les accourcir, on commence par saisir la rêne gauche avec le pouce et l’index de la main droite, près le pouce gauche; puis on glisse légèrement les doigts de la main gauche le long de la rêne pour raccourcir (jamais plus d’un travers de main à la fois), Puis on fait la même opération en sens inverse pour accourcir la rêne droite. Quand on accourcit une rêne, il faut maintenir moelleusement la rêne opposée, pour éviter que le cheval se porte du côté où la rêne est accourcie.
On croise quelquefois les rênes l’une sur l’autre dans la même main, soit pour caresser son cheval, faire siffler la gaule, saluer, prendre la position du repos, etc.
Pour marquer l’arrêt, on rapproche les mains du corps, qui doit toujours faire retraite (V. de la retraite du corps), les rênes bien égales, les pouces étendus par-dessus. Le petit doigt étant en dehors, c’est le quatrième doigt qui forme un appui anguleux sur la rêne, le poignet étant placé en demi-tierce.
Ces rênes, de même que celles de la bride, sont susceptibles de produire les trois actions de main légère, main douce et main ferme. (V. Aide de la main de la bride. )
Pour ramener les chevaux qui prennent de l’appui ou forcent les mains, les rênes du bridon acquièrent beaucoup d’énergie par l’action qu’on appelle scier les bridons; il faudrait dire scier des bridons, pour être correct. (V. Manière de scier des bridons.)
On entend par ouvrir ou écarter la rêne, la détacher plus ou moins de l’encolure, ce qui fait appuyer et glisser en même temps le fer du bridon partie sur la barre, partie sur la langue et la lèvre du côté où l’on veut amener la tête du cheval. Cet effet de la rêne du bridon, est le plus naturel pour tourner, en ce qu’il ploie facilement l’encolure: cette rêne agit directement sur un côté ou sur l’autre, depuis le simple toucher, jusqu’à une forte pression sur la bouche de l’animal, sans avoir, comme la bride, l’inconvénient de jeter la masse sur l’arrière-main. L’encolure ployée, il n’y a plus de difficulté pour tourner. ( V. du pli.) Avec les chevaux dressés, le plus léger effet de rêne suffit pour donner le pli. Avec ceux qui ne le sont pas, on fait le mouvement plus large.
Quand on ouvre la rêne droite, il faut maintenir moelleusement la gauche Si on la laissait flottante, le fer du bridon sortirait de la bouche à droite, et l’ailette gauche pourrait blesser la commissure des lèvres; c’est ce qui a lieu fréquemment quand les montants sont trop courts, que le bridon est trop haut, et que le cheval tourne sans ployer l’encolure. Si, au contraire, la rêne opposée à la rêne ouverte était tenue trop ferme, elle détruirait l’effet de cette dernière.
En ouvrant la rêne du bridon, il faut la diriger un peu de haut en bas. Pour que la gaule ne se fasse pas voir à l’œil du cheval, lorsque la rêne est ouverte par un mouvement large, il faut lâcher le petit doigt.
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
Comme de la bonne ou mauvaise direction de la rêne du bridon, dépend aussi l’obéissance ou la résistance du cheval à tourner, j’ai voulu, autant que possible, l’indiquer ici. Mais cette démonstration, l’une des plus difficiles, selon moi, a besoin d’être facilitée par l’imitation.
Il faut éviter un grand défaut en se servant des bridons; défaut commun à beaucoup de gens qui ont la prétention de bien mener leurs chevaux, et même de les dresser. C’est celui de pousser ou appuyer la rêne gauche sur l’encolure pour faire aller le cheval à droite, et vice versa, croyant par là donner plus d’action à la rêne ouverte; c’est un contre-sens. Quand le cheval est dressé, et qu’il a la bouche fine, il n’y a pas besoin d’écarter la rêne pour le faire tourner, la simple pression anguleuse du doigt sur la rêne suffit.
On pourrait aussi faire tourner le cheval en arrêtant la rêne du bridon au lieu de l’ouvrir; c’est encore une innovation que la bonne Ecole ne saurait admettre. Ce serait faire agir les rênes du bridon, de même que des guides, ce qui est aussi absurde que de faire agir ces dernières comme les rênes du bridon; ce serait lui donner un effet de guide qu’elle ne doit point avoir.
C’est un principe faux de tenir les rênes du bridon séparées par le petit doigt (comme la bride) pour monter et descendre de cheval. Dans ces deux cas, elles doivent être croisées l’une sur l’autre, surtout en montant, afin qu’en entrant en selle, il n’y ait plus qu’à séparer la rêne droite pour être tout de suite en position si le cheval partait par surprise.
De la manière de scier les bridons, ou des bridons.
Il faut toujours commencer par se grandir du haut du corps, bien s’asseoir et mettre beaucoup de souplesse dans les épaules et dans les bras; tendre graduellement les rênes égales le long de l’encolure sans les y serrer; puis arrêter alternativement la droite et la gauche lentement, de manière que le fer du bridon produise une espèce de sciage sur les barres et les lèvres du cheval; sciage susceptible d’un effet graduel que l’on suspend à propos quand le cheval y a obéi. Ce moyen est excellent pour ramener des chevaux qui prennent de l’appui sur la main, pour placer l’encolure et la tête, et surtout pour arrêter ceux qui s’emportent en s’armant sur la main. Il réussit encore avec ceux qui baissent la tête, ou qui sont loin d’eux, pour ceux qui ont besoin d’être distraits au moment où ils veulent se défendre; ce moyen réussit encore dans une infinité d’occasions; mais, de même que tous ceux que l’on emploie comme dernière ressource, il faut bien prendre garde d’en faire abus. On peut l’employer à la troisième position du bridon joint à la bride, comme avec le bridon d’Ecole. Il faut toujours, quel que soit le degré de tension des rênes en sciant des bridons, que les mouvements soient lents et moelleux, à peu près une seconde d’intervalle d’un effet de rêne à l’autre; il est indispensable aussi que les rênes soient tendues, car si elles étaient lâches, ce ne serait plus un sciage que le fer du bridon produirait sur la bouche du cheval, ce serait une succession de saccades qui ne pourraient que la lui offenser, sans le ramener à la bonne position ou à l’arrêt. Les saccades auraient encore l’inconvénient très grave de provoquer des contre-temps toujours dangereux sur les chevaux très sensibles quand ils se défendent.
CHAPITRE XV.
Table des matières
De la retraite du corps pour former l’arrêt.
Partie Elémentaire.
J’entends par retraite du corps de le porter un peu en arrière en soutenant la ceinture, les épaules effacées et abaissées. Si la ceinture n’était pas soutenue, l’assiette coulerait sous la base, et les jambes se porteraient en avant, ce qui est un grand défaut. Le corps ne serait plus en retraite, il serait renversé, ce qu’il est important de ne pas confondre. On doit faire retraite de corps toutes les fois qu’on forme l’arrêt. Ce mouvement bien fait est presque imperceptible.
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
L’avantage de former les arrêts de cette manière est incontestable. D’abord la main reste beaucoup plus assurée que quand on tire sur les rênes par la seule action du poignet et de l’avant-bras, puisqu’alors il n’est guère possible d’éviter un petit mouvement oscillatoire de ces parties; mouvement involontaire qui augmente en raison directe de la durée et de la force données à l’arrêt. Sur tous les chevaux dressés, sur ceux qui, sans l’être, sont sensibles, la retraite du corps suffit pour les arrêter du galop au trot, du trot au pas, et du pas en place; il ne faut que tenir la main bien fixe et serrer un peu les doigts sur les rênes, pour qu’elles ne s’allongent pas.
J’ai dit, au sujet des coudes, pourquoi ils ne devaient jamais être ni en avant, ni en arrière des hanches. Je trouve, dans la manière de former l’arrêt par la retraite du corps, le moyen le plus sur pour conserver les coudes à leur véritable place, et cette exactitude de position donne plus de justesse à la main et plus d’assurance à la base.
En supposant la main gauche parfaitement placée, et le coude vis-à-vis de la hanche comme il doit être, on sent très bien qu’en formant un arrêt prolongé par le seul rapprochement de la main du corps ( et sans que celui-ci se porte un peu en arrière); on sent, dis-je, que le coude se reculera de plus en plus de la hanche, à mesure que la main viendra plus près du corps. Cette main aura encore l’inconvénient de se porter [sur la gauche et de venir se coller sur la poitrine ou sur le ventre; si, pour prévenir ce dernier défaut, on la place très en avant ( à 10 pouces du corps), les rênes seront trop courtes, la main sera dure, aura mauvaise grâce; les bras, comme je l’ai déjà dit ailleurs, auront l’air de sortir du ventre.
Et remarquons que c’est bien pour empêcher que la main se porte de côté en marquant l’arrêt, que de bons écuyers ont dit que pour arrêter son cheval on doit lever la main de plus en plus; ce qui serait bien, si les branches du mors étaient horizontales, mais ce qui est un contre-sens avec leur direction presque perpendiculaire à la terre quand le cheval a la tête dans la position la plus ordinaire. Je ne manquerais pas d’autres raisons pour prouver que les arrêts faits par la retraite du corps, donnent plus de grâce au cavalier, sont plus justes et plus doux: conséquemment, ils sont préférables pour la conservation de la bouche et des jarrets du cheval.
CHAPITRE XVI.
Table des matières
ERREUR A ÉVITER EN DONNANT LA LEÇON DE POSITION.
Démonstration pour venir à l’appui de ce que j’ai dit au sujet de la tête que l’on doit placer d’abord, comme étant la permière des parties superposées.
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
Les maîtres qui croyent en disant à un élève:

Que c’est la même chose que s’ils disaient:

sont dans l’erreur la plus complète; et en admettant qu’ils se fassent une très juste idée de la position générale du cavalier, et qu’ils aient eux-mêmes beaucoup de talent d’exécution, je soutiens qu’ils ne parviendront jamais à mettre un homme à cheval en procédant de cette manière, pas plus qu’un fou qui, concevant un bel édifice, voudrait le commencer par les étages supérieurs.
En voilà la raison, celle que j’ai reconnue après avoir été long-temps dans l’erreur comme tant d’autres; c’est que pour être d’accord avec les lois de la gravitation, il faut toujours placer le cavalier de haut en bas et jamais de bas en haut. Il ne suffit pas d’indiquer de bons principes, il faut les classer de manière qu’ils ne se détruisent pas les uns par les autres. Cette démonstration, l’une des plus importantes, ou pour mieux dire la plus importante, a besoin d’être bien développée.
Si vous dites à un commençant: laissez-vous asseoir, il se mettra sur les fesses plus ou moins bien, selon que les parties supérieures de son corps se trouveront plus ou moins dans la ligne d’aplomb ou dans celle voulue pour établir son centre de gravité. Mais quand vous lui direz: soutenez la ceinture, sans vous être assuré que le haut du corps est bien placé , il est presque certain qu’il creusera les reins en poussant le ventre en avant, parce que ce défaut est la conséquence naturelle de la ceinture trop soutenue (les commençants, notez bien, sont toujours disposés à forcer les positions ); et l’assiette aura déjà éprouvé un premier déplacement par le pli forcé de la ceinture.
Si, pour y remédier, vous dites à l’éleve: relâchez la ceinture, asseyez-vous davantage, il rentrera la ceinture ainsi que la poitrine, et les épaules s’arrondiront. Le corps, ainsi écrasé, fera couler l’assiette sous sa base; les cuisses, ainsi que les jambes, remonteront en se portant en avant. Par ce nouveau déplacement, ce ne seront plus les ischions qui feront appui sur la selle, car ils glisseront en avant, la base tombera sur le coccyx, et dès lors plus d’aplomb avec une gêne et une fatigue insupportables. L’élève, pour ne pas tomber, serrera les genoux: autre cause de fatigue et d’épuisement, surtout si le maître chasse le cheval au grand trot avec la chambrière.
Si vous continuez, en disant à l’élève: Effacez vos épaules, ce qui lui deviendra impossible à cause de l’écrasement du corps et du déplacement considérable de la base, il apportera une roideur excessive dans ces parties (les épaules) qui ont été forcées de s’arrondir par l’entraînement des autres; la tête sera trop basse parce qu’elle tendra à faire contre-poids.
Maintenant dites-lui: Levez la tête, il la renversera en regardant le ciel, dans une attitude aussi pénible que ridicule, parce que tous les points d’appui, au lieu de l’union qu’ils devaient avoir entre eux, ont été déviés. Or, plus vous voudrez remédier aux vices de position avant de rétablir entièrement la base surplace, en commençant par les parties supérieures, plus vous placerez l’élève dens une position précaire et fatigante.
Voilà donc un élève, auquel vous aurez prescrit d’excellents principes de détails, qui ne peut que vous donner les plus mauvais résultats, et ce sera bien vous qui l’aurez mis dans l’impossibilité physique de se tenir sur son cheval. Quand, plus tard, vous le reconnaîtrez de loin à la promenade, placé sur sa selle comme la tour de Pise s’élève sur sa base, vous pourrez dire: voilà mon ouvrage. Je ne saurais trop répéter: Que les meilleurs principes débités sans méthode sont souvent plus nuisibles que les mauvais principes mêmes .
Si, au contraire, on donne la même leçon dans son ordre naturel, on dira: Levez la tête; en même temps on la fera placer d’aplomb sur sa base: Effacez les épaules, le corps se portera un peu en arrière. Pour qu’il ne se renverse pas, on ajoutera: Soutenez la ceinture, et le corps se trouvera immanquablement dans la ligne d’aplomb. En disant: Laissez-vous asseoir, l’élève le fera naturellement, parce que rien ne s’y opposera, et comme il sentira tout de suite que cette position est la plus commode, il la prendra de préférence, sans avoir besoin de serrer les genoux et les talons pour se tenir; il n’aura plus qu’à laisser tomber ses jambes naturellement, pour être régulier dans toute sa position. Qu’il marche ainsi au très petit trot en cercle, sur un cheval ayant une selle demi-piquet, pendant une demi-heure, sans être étourdi par un déluge de paroles, je réponds qu’en 4 ou 5 leçons, son corps sera parfaitement dans la ligne d’aplomb. Avec quelques leçons de plus, il liera son assiette au mouvement de son cheval, et comme je ne cesserai de le répéter, il se ressentira toute sa vie de ses quinze premières leçons, car elles auront déterminé son assiette; et en équitation l’assiette est tout.
Toute cette leçon pourrait se réduire à ceci; mettre toutes les vertèbres d’aplomb; qu’elles prennent au besoin l’état de flexion ou d’extension, selon les mouvements du cheval et sans jamais se dévier. Mais peu de personnes connaissent l’anatomie; le moyen que j’indique, de commencer la position générale par les parties supérieures, doit être adopté de préférence, comme celui à la portée de tout le monde. J’ajouterai que s’il est avantageux pour un professeur d’Equitation d’avoir des notions d’anatomie, de physique, de géométrie, etc., il doit éviter d’en faire une vaine parade. S’il se jette dans des définitions trop savantes, elles seront en pure perte vis-à-vis de la plupart des élèves, de même qu’elles pourraient le mener plus loin qu’il ne voudrait s’il avait affaire à des savants.
Je conseille aux personnes versées dans les sciences, et qui voudraient en faire une utile application à l’art de l’Equitation, d’étudier les ouvrages de Dupaty de Clam, Mottin de la Balme, Thiroux, etc. Ceux de M. Ducroc de Chabannes se recommandent par une grande simplicité d’expression et par les connaissances les plus profondes.
Quant à la connaissance générale du cheval, l’hygiène, la ferrure, le pansement, etc., le cours de l’Ecole de Saumur me semble renfermer tout ce qui peut compléter l’instruction d’un écuyer distingué.
CHAPITRE XVII.
Table des matières
DES AIDES EN GÉNÉRAL.
Partie élémentaire.
Aides, en termes de manège, signifie indication, moyen, puissance déterminante pour faire agir le cheval dans telle ou telle direction, position, allure, mouvement, etc. Ainsi, on dit aide de la main, aide des jambes, aide de la gaule, de la langue, etc.
Le caveçon de longe et la chambrière employés à propos pour assouplir, arrondir, placer, développer les jeunes chevaux, sont aussi des aides. Le premier, agissant dans le sens de la main, la seconde dans celui des jambes. (V. du caveçon de longe et de la chambrière.)
Quant aux éperons, ils ne peuvent et ne doivent jamais être considérés que comme châtiment et jamais comme aide. (V. des éperons.)
Le terme d’aide a une signification très étendue; il s’applique aux chevaux de même qu’aux hommes. On dit d’un cavalier qu’il se sert bien de ses aides, qu’il a de l’accord, de la finesse dans les aides, qu’il a de bonnes aides, etc.; ou que ses aides sont mauvaises, dures, fausses, etc. On dit également du cheval, qu’il connaît les aides, qu’il est fin, juste, froid, dur, sensible ou insensible aux aides, etc.
Le mors, la muserole, la martingale, le surfaix d’enrenage, les piliers du manège, etc., peuvent être aussi considérés comme des aides, puisque leur but est d’agir plus ou moins directement sur le cheval. C’est pour cela que je traite ces parties l’une après l’autre dans le plus grand détail. (V. des aides supplémentaires pour dresser les jeunes chevaux.)
CHAPITRE XVIII.
Table des matières
DE L’AIDE DE LA MAIN DE LA BRIDE.
Action de la main, effet des rênes, puissance du mors.
Instruction de l’Elève-Ecuyer.
La main communique son effet aux rênes; celles-ci, par leur tension plus ou moins forte, plus ou moins prolongée, agissent sur les branches du mors; ces dernières, qui font levier avec plus ou moins de puissance, selon leur longueur et direction (Flasque, droite, ou hardie), et de devant en arrière, déterminent la pression de l’embouchure sur les barres et celle de la gourmette, agissant en sens inverse, sur la barbe. Une troisième pression se fait par le pont de la liberté de langue sur le palais. Voilà pourquoi, en donnant leçon, on dit indistinctement l’effet de la main des rênes, ou du mors, par la raison que ces agents communiquent de l’un à l’autre, et tendent tous au même but.
La main de la bride, en la supposant bien placée (car il ne faut pas oublier qu’elle ne peut être bonne qu’autant que sa position est régulière), produit sur la bouche du cheval trois actions ou sensations distinctes, que l’on définit par la main légère, la main douce et la main ferme, et par lesquelles on mène avec justesse tous les chevaux dans toutes les circonstances possibles.
Définition de la main légère.
C’est quand les rênes n’étant que très légèrement tendues, pour ne pas être flottantes, n’agissent sur les branches du mors que par leur propre poids. Dans ce cas, leur action est imperceptible à l’œil, mais elle est parfaitement sentie par le cavalier qui a une bonne main et par le cheval dont la bouche est sensible.
De la main douce.
C’est quand les rênes moelleusement tendues déterminent sur les branches une légère action du levier, produisent sur la bouche du cheval des demi-arrêts bien ménagés. On définit également cette action par sentir moelleusement son cheval dans la main.
De la main ferme.
Elle produit une tension de rênes assez forte pour que la pression de l’embouchure et de la gourmette s’accroisse jusqu’à causer la douleur sur les parties où elles portent, et cette douleur s’augmente et se prolonge selon que le cheval résiste plus ou moins à la main.
Il faut passer de la main légère à la main douce, et de la main douce à la main ferme, quand on augmente l’action du mors.
Il faut en sens inverse passer de la main ferme à la main douce, et de la main douce à la main légère, quand on diminue l’action du mors.
Ces effets de main, ainsi augmentés ou diminués, doivent donc être bien liés entre eux, afin d’éviter les secousses, dites saccades, qui résulteraient des rênes tendues ou lâchées subitement.
Ces trois actions de main, ainsi expliquées, il s’agit maintenant de préciser les circonstances où elles doivent être produites sur la bouche du cheval.
Des cas où la main doit produire telle ou telle action.
On doit avoir la main légère lorsque le cheval a la tête et l’encolure bien placées, et qu’il est dans cette disposition naturelle de se maintenir dans la même allure, sans augmenter ni diminuer son train, qu’en termes de manége, il donne bien dans la main et soutient seul la cadence; alors le poids seul des rênes sur les branches suffit pour le conduire par la main légère .
Il faut avoir la main douce quand le cheval par ardeur, sensibilité, crainte des jambes, ou toute autre cause, tend à augmenter son train. C’est alors qu’on doit calmer son ardeur ou régler son allure par des demi-arrêts moelleux en le sentant dans la main. A la main douce on fait succéder la main légère toutes les fois que le cheval a obéi à l’action de la première.
Il faut avoir la main ferme si l’ardeur est telle que le cheval gagne toujours de vitesse en résistant à la main douce; ou bien si, sans ardeur et sans gagner de vitesse, il s’abandonne sur les épaules en pesant, battant ou bourrant à la main. Dans ce cas, les arrêts doivent être assez prononcés pour que l’action du mors aille, comme je l’ai dit, jusqu’à la douleur des parties sur lesquelles il porte, mais sans surprise ni saccade. La main ferme doit être suivie de la main douce quand le cheval a obéi ou répondu à la première.
C’est un principe qu’il ne faut jamais perdre de vue, que la récompense que l’on donne au cheval quand il a répondu à l’arrêt, est de lui rendre la main, et toujours en observant l’ordre de succession que je viens d’indiquer. afin qu’il n’y ait point de saccade, si petite qu’elle puisse être.
Point de bonne main sans une assiette et une position bien assurées.
Un élève qui aura reçu une trentaine de bonnes leçons, bien suivies, et qui voudra, après avoir étudié le présent chapitre, faire l’application des principes que j’y développe, sur les différents chevaux qu’il montera, pourra en peu de temps acquérir une bonne main, en raisonner les effets, et être en garde contre toutes les contradictions que l’on a dites et écrites sur cette matière; ce que je n’admets cependant qu’autant qu’il aura une position régulière, qu’il sera bien d’aplomb sur sa base: car à quoi servirait de pouvoir raisonner les effets de la main avec une assiette roulante qui la forcerait nécessairement de suivre le désordre de ses mouvements?
Ce n’est pas avoir une bonne main que d’avoir les rênes lâches.
On entend par la main rendue, ou rendre la main, l’action de la porter en avant et de haut en bas, afin que les rênes n’agissent plus, qu’elles soient même un peu lâchées; mais il ne faut pas s’y tromper, la main rendue n’est point un effet, malgré tout ce qu’on a dit à ce sujet ; c’est une négation ou absence d’effet. Aussi, je ne compte que trois actions de main distinctes, comme je l’ai dit plus haut.
Si la fixité de la main est nécessaire pour mener des chevaux parfaitement dressés, sa mobilité ne l’est pas moins avec ceux qui prennent de l’appui, ou qui ont une ardeur excessive.
On appelle rendre et reprendre, quand on répète continuellement des demi-arrêts de main douce suivis de main légère. C’est un excellent moyen à employer avec les chevaux ardents à l’excès, qui tendent toujours à gagner de vitesse, surtout à la chasse ou à la manœuvre, en s’animant entre eux, et alors il ne serait ni raisonnable ni prudent de vouloir les assujétir à la régularité du manège. Cette mobilité de main, en même temps qu’elle les occupe et les calme, repose les barres, qu’une pression prolongée ne manque jamais d’engourdir, d’endurcir, et même de blesser, en donnant lieu au cheval de s’appuyer ou s’armer sur la main; elle est également bonne avec tous les jeunes chevaux nouvellement embouchés. J’appelle aussi cette leçon, changer les arrêts. (V. du bridon joint à la bride.)
La seule main de la bride, ou le mors, n’a de puissance directe et déterminante que pour arrêter, et non pour tourner.
Ainsi que je l’ai dit ailleurs, et que je le répéterai encore, l’effet de la main de la bride, ou du mors, n’a d’action directe et déterminante que de devant en arrière, et point de côté. Malheureusement cette vérité n’est reconnue que du petit nombre de ceux qui se donnent la peine de raisonner à fond cette partie de l’Équitation. Je sais que de bons écuyers d’ailleurs, ont cru pouvoir obtenir cet effet direct et déterminant en faisant des contorsions de poignet très disgracieuses, pour que telle ou telle rêne agisse seule, mais toujours sans résultat satisfaisant et d’une grande difficulté d’exécution.
Il est bien reconnu que si l’on parvient à faire tourner le cheval à droite et à gauche, sans hésitation, et dans le plus petit espace possible, par la seule main de la bride ( qui n’est pas naturelle pour tourner), ce n’est qu’après l’y avoir dès long-temps préparé en l’avisant du bridon ( qui a un effet très naturel pour tourner); et ajoutons que les mauvais cavaliers, qui sont en majorité, ruinent des milliers de chevaux sans y parvenir; ces chevaux tournant à droite avec l’encolure rompue à gauche, en s’écrasant sur les hanches et les jarrêts. J’aurai plus d’une fois à revenir sur cet objet important.
Action de la bride pour faire tourner le cheval, et son résultat le plus ordinaire, quand la main n’est ni juste ni savante.
En portant la main gauche de la bride à droite, les rênes tenues le plus également possible et par un mouvement large, le cheval tournera à droite, et cependant ce sera la rêne gauche qui aura fait le plus d’effet.
Le mouvement opposé fera aussi tourner le cheval à gauche, et cependant ce sera la rêne droite qui aura fait le plus d’effet .
Dans l’un et l’autre cas, je suppose la main bien placée (sans être savante), les deux rênes redeviendront égales quand le tourner sera opéré et le cheval remis droit d’épaules et de hanches.
Je suppose encore un cheval dressé ou du moins routiné à la bride; car celui qui ne la connaîtrait pas tournerait du côté opposé ; à gauche, quand la main irait à droite, et à droite quand elle irait à gauche; parce qu’ayant d’abord été débourré avec le bridon, ce cheval a appris à tourner à droite par la rêne droite et à gauche par la rêne gauche.
C’est ainsi que les cavaliers médiocres font tourner leurs chevaux par de grands mouvements, sans s’embarrasser si une rêne agit plus que l’autre.
Si, en dirigeant la main gauche d’un côté ou de l’autre, on la porte en même temps en avant par un grand mouvement du bras et de l’épaule, il est certain qu’on ne fait plus que tirer sur la rêne de dehors qui se couche sur l’encolure; c’est bien pour éviter ce vice que tous les bons écuyers proscrivent les grands mouvements de mains et de bras.
Si, dans la même circonstance, et sans faire un grand mouvement, on tourne les ongles en dessous, au lieu de les tourner en dessus, ce n’est plus alors le poignet qui agit, c’est l’épaule. Rien ne rend un cavalier si gauche et si disgracieux que cette position des ongles en dessous; elle rend impossible le sentiment du petit doigt sur les rênes (et le petit doigt est l’âme de la main savante); elle oblige encore le cavalier à n’agir que sur la rêne de dehors, et elle provoque le cheval le plus docile à la résistance comme tout ce qui est faux et forcé. (V. position des mains. )
Action de la bride, dans les mêmes circonstances, et son résultat certain, quand la main est juste et savante.
Si, en se dirigeant à droite et à gauche, la main tend à se rapprocher du corps en même temps, les ongles inclinés en l’air, il ne faudra plus que le sentiment du petit doigt sur les rênes pour les faire agir également, ou presque également; et dès lors il ne faudra que la porter imperceptiblement du côté où l’on voudra diriger le cheval, pour qu’il obéisse sans aucune contrainte ni effort, puisque la simple pression du petit doigt sur telle ou telle rêne suffit pour imprimer le pli, quand le cheval est bien juste dans la main.
C’est ainsi que les écuyers consommés emploient avec art l’aide de la main de la bride, sans presque la bouger de place; et les chevaux n’y résistent jamais, par la raison qu’ils ne ressentent pas dans la bouche un effet contraire à celui auquel ils ont été habitués à céder, étant poulains; tandis que ceux qui la font agir par de grands mouvements ne peuvent que contrarier l’action des rênes et provoquer la résistance du cheval.
Quand le cheval refuse de tourner, soit à droite, soit à gauche ( avec la bride seule ), la cause n’en est pas dans l’insuffisance de telle ou telle rêne employée pour l’y contraindre.
Remarquez bien que quand le cheval se refuse à tourner à l’une ou l’autre main, ce n’est pas parce que la rêne gauche ou la rêne droite ne fait pas assez d’effet, puisque je prouve que celui qui va de bonne volonté, cédera à l’une ou à l’autre sans difficulté.
Cette résistance à tourner vient uniquement de sa disposition,
1° A gagner de vitesse,
2° A s’arrêter sur place,
3° A opposer les hanches aux épaules.
Voilà les trois causes qui font manquer le tourner, et je prouve qu’il n’y en a pas d’autre. Et si l’on me demande les causes des causes, je répondrai affirmativement, sensibilité, faiblesse, ignorance ou souffrance du jeune animal, et souvent ces quatre causes réunies; ignorance, inconséquence, impatience, dureté, morgue prétentieuse de celui qui veut le dresser sans avoir étudié toute son organisation.
Cette démonstration importante a besoin d’être éclairée par des exemples.
Première cause de résistance.
Je suppose qu’étant au trot vous voulez tourner à droite sur un point déterminé , avec la seule main de la bride; mais au lieu d’y répondre le cheval gagne de vitesse au galop en fuyant à gauche.
Vous avez par conséquent deux résistances à vaincre, puisque d’une part il faut arrêter le galop, et de l’autre ramener l’animal du côté opposé où il veut aller.
En supposant que vous sauriez déterminer un grand effet de la rêne droite (ce que vous ne pourriez faire qu’en estropiant le poignet), vous ne seriez plus en mesure pour arrêter en même temps le galop, puisque vous n’agiriez que sur une seule rêne, et votre poignet ainsi faussé, au lieu d’être moelleux et fort, ne serait que roide et faible.
Si, en vous fondant sur le principe indiqué par certains écuyers, vous vouliez tourner à droite par l’opposition de la rêne gauche pressée sur l’encolure, dans le cas que je suppose ici, il est évident que vous ne feriez qu’ajouter à la disposition du cheval qui se précipite sur la gauche, et vous n’auriez pas plus de moyen d’arrêter le galop forcé avec la seule rêne gauche, que vous n’en auriez eu avec la seule rêne droite; mais dans cette première hypothèse vous auriez vaincu une résistance sur deux, tandis que dans la seconde, vous seriez maîtrisé par les deux à la fois.
Alors le moyen le plus simple, celui indiqué par la saine École française, serait d’arrêter le galop avec la bride, et de ramener le cheval à droite par le bridon.
Deuxième cause de résistance.
Si, au lieu de gagner de vitesse pour éviter de tourner à droite, le cheval, au contraire, s’arrête sur place, il n’y a pas de doute que la seule action de la bride, de quelque manière qu’elle soit dirigée, et quelle que soit la rêne qui prime, ne fera rien pour l’amener à droite; si la main continue d’être forcée, elle ne pourra que l’écraser sur lui-même, risquera de le faire renverser, et s’il tourne ce ne sera qu’en reculant.
La bonne École indique encore ici de porter le cheval en avant par l’aide des jambes, et alors la difficulté à tourner cesse à l’instant.
Concluons de cette démonstration, que toutes les fois que vous êtes maître de régler le train de votre cheval au degré convenable par le sentiment des deux rênes égales de la bride, il n’y a plus de difficulté pour le faire tourner aux deux mains; c’est pourquoi tous les grands maîtres ont recommandé d’assouplir le jeune cheval en bridons le temps nécessaire avant de l’emboucher, et toutes ces résistances, par lesquelles il se ruine l’arrière-main, ne datent que de l’époque où l’on a méconnu cette règle, tracée par la raison et justifiée par l’expérience.
Troisième cause de résistance.
Si, après que vous avez fait céder les épaules sur la droite, le cheval y oppose les hanches, il est encore certain qu’il vous mènera malgré vous à gauche, quelle que soit la rêne employée; si vous forcez par la main de la bride, vous aurez encore plus de chances pour le faire renverser. Dans ce cas, c’est à la jambe droite à empêcher les hanches de se porter à droite; mais comme les hanches ne céderont à l’effet de la jambe qu’autant que le cheval saura marchera deux pistes, la bonne Ecole veut surtout qu’il ne soit embouché que quand il est déjà dans la balance des talons (V. de la marche de deux pistes.), et dans le pli. (V. du pli.)
Observation pour prévenir une objection naturelle.
On pourra m’objecter, que si je n’admets pas l’effet déterminant d’une seule rêne, je ne pourrai mettre mon cheval dans le pli avec la seule main de la bride.
Je réponds à cela que la simple pression du petit doigt sur la rêne de dedans suffira pour placer le cheval très fin et bien mis, et qu’avec celui qui ne l’est pas, j’emploierai tout naturellement la rêne du bridon. Dans le premier cas, cette pression est si légère que les deux rênes agissent toujours ensemble, tandis que dans le système de ceux qui ne veulent n’en employer qu’une seule avec force, outre le vice du principe, il y a contre-sens, puisque les branches sont fixées au canon; il devient donc impossible de donner une action bien marquée à l’une sans la communiquer à l’autre .
Raison qui me fonde à soutenir que la main de la bride, ou le mors, n’a d’action directe et déterminante que de devant en arrière, et point de côté.
La plus légère attention, et le plus simple raisonnement, démontrent sans réplique que tous les effets produits par la main de la bride, ne sont autre chose que des arrêts, qu’elle soit dirigée vers le corps du cavalier ou de côté, puisque dans l’un et l’autre cas les branches sont mises en jeu, d’où il résulte une puissance de levier, et par conséquent arrêt.
Je vais donc entrer, au sujet de l’arrêt, dans un détail qu’il importe de bien comprendre pour se rendre raison de l’effet du mors sur la bouche du cheval, selon les différentes gradations de la main, que je suppose agir ici pendant que le cheval marche au pas.
Démonstration de l’effet produit par l’arrêt bien formé, sur tout le mécanisme du cheval.
La main de la bride (j’entends ici la gauche, dont la position est susceptible d’agir avec beaucoup plus de justesse que la droite), en bonne position, soutenue et rapprochée du corps, tendra les deux rênes également, et produira aussi une pression égale sur les barres. Nous avons dit que cette pression peut devenir douloureuse si le cheval résiste, et c’est cette résistance que l’Écuyer habile doit chercher à prévenir, afin de ne pas sortir de la main légère et de la main douce autant que possible.
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