Read the book: «Les démoniaques dans l'art»
Jean-Martin Charcot, Paul Richer
Les démoniaques dans l'art

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066328351
Table des matières
PRÉFACE
JÉSUS GUÉRISSANT UN POSSÉDÉ
LE CHRIST DÉLIVRANT UN POSSÉDÉ
ÉNERGUMÈNE
LE POSSÉDÉ DE GÉRASA
LE FILS POSSÉDÉ
SAINT ZÉNON, ÉVÈQUE DE VÉRONE, EXORCISANT UNE FEMME POSSÉDÉE
GUÉRISON DE PLUSIEURS POSSÉDÉS AU TOMBEAU DE SAINT FRANÇOIS D’ASSISE
SAINT MARTIN GUÉRIT UN POSSÉDÉ
UNE RELIGIEUSE DÉLIVRÉE DU DÉMON
SAINT JEAN GUALBERT DÉLIVRE DU DIABLE UN MOINE MALADE
SAINT BENOIT FUSTIGE UN MOINE POUR LE DÉLIVRER DU DÉMON
SAINT MARTIAL GUÉRIT UN POSSÉDÉ
SAINT CHARLES BORROMÉE GUÉRIT UN POSSÉDÉ
SAINT MATHURIN DÉLIVRANT UNE FEMME POSSÉDÉE
LE CHRIST GUÉRISSANT LES POSSÉDÉS
POSSESSION D’EUDOPIA, FILLE DE L’EMPEREUR THÉODOSE
SAINT RÉMY DÉLIVRE UNE PUCELLE QUI AVAIT LE DIABLE AU CORPS
GUÉRISON D’UNE FEMME POSSÉDÉE, AU TOMBEAU D’UN SAINT
SAINT VALENTIN GUÉRIT UN JEUNE HOMME ÉPILEPTIQUE
LE PATRIARCHE DE GRADE DÉLIVRE UN DÉMONIAQUE
SAINT PHILIPPE DE NÉRI DÉLIVRE UNE FEMME POSSÉDÉE DU DÉMON
POSSÉDÉS GUÉRIS PAR SAINTE ALDETRUDE, SAINTE RADEGONDE ET SAINT HUGO
LE CHRIST GUÉRISSANT LES POSSÉDÉS
LE JEUNE POSSÉDÉ
JEUNE POSSÉDÉ
SAINT DOMINIQUE DÉLIVRE UNE FEMME POSSÉDÉE
LES DANSEURS DE SAINT-GUY
EXORCISME DE NICOLE AUBRY
SAINT BENOIT DÉLIVRE UN CLERC ET UN MOINE POSSÉDÉS
SAINTE CATHERINE DE SIENNE DÉLIVRE UNE POSSÉDÉE
SCÈNE DE POSSESSION
SAINT BENOIT GUÉRISSANT UN POSSÉDÉ
LE MIRACLE DE SAINT NIL
SAINT IGNACE GUERISSANT LES POSSÉDÉS
SAINT VIRGILE, ÉVÊQUE DE SALISBURY, DÉLIVRE UN HOMME POSSÉDÉ
GUÉRISON D’UNE FEMME POSSÉDÉE PAR L’INTERCESSION DE SAINT WOLFGAND
GUÉRISON D’UN DÉMONIAQUE, AU TOMBEAU DE SAINT DIDIER
SAINTE CLAIRE DÉLIVRE UNE DAME DE PISE DE CINQ DÉMONS
LES POSSÉDÉS DE RUBENS
PLUSIEURS SCÈNES D’EXORCISME PAR JACQUES CALLOT
SAINT MARTIN GUÉRISSANT UN POSSÉDÉ
MIRACLE DE SAINT GAUDENZIO
LE CHRIST DÉLIVRANT UN POSSÉDÉ
POSSÉDÉS GUÉRIS PAR LE CHRIST PAR SAINT ÉLEUTHÈRE, PAR SAINT EUSTASE, ET PAR SAINT BRUNO
JÉSUS-CHRIST DÉLIVRE UN POSSÉDÉ A CAPHARNAUM
SAINT DOMINIQUE GUÉRISSANT UNE DÉMONIAQUE
HYLARION GARBI GUÉRIT UNE FEMME POSSÉDÉE DU DÉMON
SAINT AMBROISE GUÉRIT UN POSSÉDE
JÉSUS-CHRIST GUÉRISSANT LES POSSÉDÉS
JÉSUS CHASSE UN ESPRIT IMMONDE
UN ÉVÊQUE FAIT SORTIR DEUX DIABLES DU CORPS DE DEUX PAYSANS
CONVULSIONNAIRES DE SAINT-MÉDARD
LES «DÉMONIAQUES CONVULSIONNAMES» D’AUJOURD’HUI
LES EXTATIQUES

PRÉFACE
Table des matières
Nous avertirons le lecteur, dès la première ligne de ce travail, qu’il n’a point à s’étonner d’un mot qui reviendra souvent sous ses yeux, mais avec une signification bien différente de celle qui a prévalu dans le monde alors que la science n’avait point déterminé la série des accidents qu’il caractérise. Ce mot doit entrer désormais dans le langage courant sans exciter les mêmes susceptibilités qu’au temps où il ne s’appliquait qu’à des phénomènes qui paraissaient impliquer nécessairement une certaine excitation morbide des sens. Nous nous proposons seulement d’ailleurs de montrer la place que les accidents extérieurs de la névrose hystérique ont prise dans l’Art, alors qu’ils étaient considérés non point comme une maladie, mais comme une perversion de l’âme due à la présence du démon et à ses agissements.
La «grande névrose hystérique», dont l’étude raisonnée est relativement de date récente, n’en est pas moins une affection fort ancienne. Elle ne saurait être considérée, ainsi qu’on s’est plu si souvent à le répéter, dans ces derniers temps, sous toutes les formes, comme la maladie spéciale de notre siècle.
Dans l’esprit du plus grand nombre, cette dénomination, «l’hystérie», emporte avec elle l’idée d’une affection spéciale au sexe féminin. Il est démontré aujourd’hui qu’elle se rencontre également chez les hommes. C’est, nous le répétons, une affection n’ayant rien de commun avec d’autres déviations pathologiques des sens. Il faut délivrer ces malades de la réputation mal fondée qu’on leur a imposée si longtemps. D’ailleurs, ce n’est qu’à regret et contrainte par l’usage que la Science emploie encore aujourd’hui une dénomination dont le sens exact n’a plus aucune relation avec l’étymologie.
Ces précautions prises contre des apparences plutôt que des réalités, nous résumons l’esprit général de nos recherches à travers les monuments du passé qui représentent «des démoniaques».
Ce n’est point à une époque très reculée que se rapportent les documents figurés que nous avons observés. L’Antiquité, ainsi que nous le dirons tout à l’heure, ne s’est point plu à retracer les spectacles effrayants et tristes qu’offrent les patients pendant les crises. Mais il n’est pas difficile de retrouver les traces de l’affection que nous étudions dans l’histoire des possessions démoniaques qui ont désolé le Moyen Age. Les récits que les témoins oculaires et certainement véridiques ont laissé des faits et des gestes des possédés ne laissent aucun doute à cet égard. L’interprétation surnaturelle que les contemporains ne pouvaient pas ne pas donner de ces phénomènes si extraordinaires disparaît au fur et à mesure que l’investigation scientifique étend ses recherches et que la science moderne recule les limites de ses conquêtes.
Dans ces études de médecine rétrospective, nous suivons d’ailleurs la voie ouverte par d’éminents observateurs, tels que Calmeil, Littré et quelques autres médecins distingués.
Mais les possessions démoniaques, dont l’histoire nous a conservé de longs et minutieux procès-verbaux, sont en quelque sorte décrites avec non moins de force et de véracité dans les œuvres d’art. Des miniatures, des plaques d’ivoire, des tapisseries, des bas-reliefs en bronze, des fresques, des tableaux, des gravures ont retracé des scènes d’exorcisme et figuré les attitudes et les contorsions des «possédés », dans lesquelles la science retrouve aujourd’hui les traits précis d’un état purement pathologique. Ces documents — nouveaux ou, du moins, auxquels, sauf le physiologiste Bell, on n’avait pas songé à recourir, — empruntés au domaine des arts, confirment pleinement les autres preuves que nous fournit en grand nombre l’histoire écrite.
Depuis longtemps, nous avons recherché parmi les œuvres d’art les plus diverses celles qui avaient spécialement trait aux démoniaques convulsionnaires. Nous sommes en possession aujourd’hui d’une collection relativement importante, puisée aux sources les plus variées, et pour la formation de laquelle nous avons mis à contribution tous les moyens dont nous pouvions disposer: voyages, musées, collections particulières, photographies, moulages, etc.
Nous avons cherché à intéresser à ces recherches nos amis et collègues des différents pays; et nous les prions d’agréer ici l’expression de notre reconnaissance pour l’aide précieuse qu’ils nous ont prêtée. Dans ces recherches, encore nouvelles, nous sommes loin certainement d’avoir épuisé tous les filons. Nous profitons de l’occasion pour faire appel aux collaborateurs inconnus qui voudront bien prendre intérêt à ces études, où les documents les plus décisifs peuvent naître d’une rencontre fortuite.
C’est donc autant dans l’espoir de provoquer de nouvelles découvertes, que dans la conviction de soulever une question intéressant l’art, l’archéologie et l’histoire, que nous publions quelques-unes de nos études relatives à la représentation des démoniaques dans les arts, en y joignant la reproduction des pièces les plus parlantes de notre collection.
Si des œuvres d’artistes ont pu fournir à la science un appoint sérieux pour établir l’existence ancienne de la grande névrose, peut-être nos études techniques peuvent-elles, par un juste retour, être de quelque utilité en fournissant à la critique de nouveaux et solides éléments d’appréciation sur le génie et la méthode de certains maîtres.
La critique désintéressée, celle qui n’est le porte-parole ni d’un individu ni d’un groupe, puisera, nous l’espérons, des motifs de jugement de plus en plus larges dans les documents que nous allons lui présenter. Ces documents sont d’autant moins suspects que nous nous sommes attachés à demeurer sur le terrain de l’observation physiologique et pathologique, considérant que l’esthétique ou l’appréciation du génie individuel des maîtres n’était point spécialement de notre ressort.
L’un de nous écrivait, il y a presque trente ans, ces lignes, que nous pouvons reprendre pour cette Préface: «... La médecine est en possession de décider — il s’agissait d’observations sur un buste d’Esope que nous avions rencontré parmi les Antiques du Vatican — si telle ou telle imperfection de traits, d’attitude ou de conformation appartient à la nature ou au ciseau, et si conséquemment elle accuse chez l’artiste ou une grande habileté ou une grande impéritie. Il n’est pour ainsi dire pas d’irrégularité morphologique absolument circonscrite: ce n’est jamais qu’un centre d’où émanent, dans les parties environnantes et parfois à une grande distance, des caractères spéciaux entièrement subordonnés à la nature, au siège, au degré de la difformité, et qui la traduisent selon des règles fixes et nécessaires.» Diderot, au XVIIIe siècle, avait déjà indiqué les lignes générales de ce mode de critique naturaliste, que les artistes peuvent et doivent exercer sur leur propre production.
L’Antiquité ne nous a pas fourni de matériaux que nous ayons pu utiliser. Elle paraît avoir toujours évité de peindre la Maladie. Elle s’est tout au plus bornée à représenter quelques cas de difformité. Si l’on a pu faire cette remarque que, même dans les représentations de combats, elle usa le moins possible de l’effet terrifiant des blessures et de l’effusion du sang, il va de soi qu’elle eût trouvé répugnants les mouvements irréfléchis, les visages grimaçants, les gestes hors de tout équilibre et de toute habitude que peuvent affecter les traits, les membres et le torse pendant les attaques.
Les premières représentations de démoniaques que nous ayons rencontrées, datent du Ve ou du vie siècle. Elles ont surtout un caractère sacré. Plus tard, au Moyen Age, elles reproduisent des scènes de la vie des saints et sont du domaine essentiellement religieux.
A l’époque de la Renaissance, elles suivirent le développement du luxe dans les églises, puis, avec les maîtres italiens et avec Rubens, elles prirent un aspect particulièrement somptueux.
Les artistes espagnols se sont exclusivement attachés à reproduire les caractères de l’extase sur le visage et dans les gestes. En revanche, l’école de Breughel, sérieuse sous sa forme excessive et caricaturale, nous a fourni des renseignements d’une valeur toute particulière, restituant avec les mœurs populaires les symptômes précis de la grande névrose, à propos des processions dansantes, désignées sous le nom de «danse de Saint-Guy».
Au XVIIIe siècle, avec les convulsionnaires de Saint-Médard au tombeau du diacre Paris, les scènes revêtirent un caractère plus spécialement anecdotique.
Nous n’aurons pas à parler des œuvres modernes, parce qu’aujourd’hui de telles représentations n’offrent que l’intérêt limité d’un sujet de commande. Elles prendront rang cependant, et la marche du temps leur imprimera à leur tour un caractère documentaire.
Dans les plus anciennes représentations de démoniaques, qui ne remontent pas au delà des ve et VIe siècles de l’ère moderne, la possession est figurée d’une manière toute conventionnelle. Le possédé n’a rien de caractéristique, ni dans ses traits, ni dans son attitude. La présence du démon sous une forme visible au moment où il quitte le corps de sa victime est le seul signe qui permet de reconnaître les scènes d’exorcisme.
Les Grecs avaient figuré l’âme à la sortie du corps sous la forme d’un petit fantôme, l’eidôlon, gardant la ressemblance du corps, ou bien sous les traits d’une petite figure nue, ailée et toujours peinte en noir. Il semble que ce dernier mode de représentation d’une substance spirituelle ait guidé les artistes chrétiens dans leurs premières figurations du démon, lequel est reproduit sous la forme d’une sorte de génie, d’un petit être nu, parfois ailé, s’échappant soit de la bouche, soit du crâne de l’exorcisé. On en trouvera plus loin de curieux exemples.
Plus tard cette figure d’exorcisé prend des traits plus précis; le démon a des cornes, une queue, des griffes; il revêt même les formes d’animaux les plus étranges; et, jusque chez les grands artistes de la Renaissance, nous retrouvons cette tradition, sous la forme de quelques petits diables qui se sauvent dans un coin du tableau. Mais ici le symbole devient l’accessoire et le démoniaque lui-même possède ces caractères de réalité saisissante sur lesquels nous aurons à insister, dans le cours du livre, à propos des peintres du XVIe siècle.
L’imagerie populaire et religieuse nous a légué un assez grand nombre de scènes de possession. Pour honorer les saints, suivant la coutume chrétienne, on avait l’habitude de les représenter dans une des circonstances de leur vie qui avaient décidé de leur sainteté ; cette circonstance devenait en outre la raison d’une dévotion toute spéciale. C’est ainsi que des saints, qui, pendant leur vie, s’étaient fait remarquer par leur pouvoir sur les malades qui nous occupent, étaient habituellement figurés exorcisant les démoniaques. Saint Mathurin fut un des plus célèbres, et son pèlerinage, à Larchant, a joui, du XIe au XVe siècle, d’une vogue extraordinaire. Selon la légende, saint Mathurin, prêtre, aurait été appelé à Rome par un empereur nommé Maximien, pour délivrer la fille du prince. C’est pourquoi il est habituellement représenté bénissant une femme tandis que le diable s’échappe du crâne ou de la bouche de la patiente. Saint Benoît, saint Ignace, saint Hyacinthe, saint Denis et bien d’autres, ont été également représentés exorcisant des possédés, ainsi que le témoignent les nombreuses estampes que nous avons trouvées à la Bibliothèque nationale et des photographies prises d’après les originaux.
Dans un recueil représentant tous les saints et saintes de l’année, par J. Callot, on ne trouve pas moins de sept guérisons de possédés.
La plupart de ces figures de possédés créées par l’imagerie religieuse n’offrent guère qu’un intérêt historique, et ne sauraient fournir aucun document sérieux à l’appui de la thèse de l’ancienneté que nous formulions en commençant.
Il n’en est pas de même pour les œuvres des maîtres de la Renaissance. Certaines d’entre elles, celles du Dominiquin, d’André del Sarte, de Rubens, pour ne citer que les plus célèbres, portent avec elles les preuves d’une scrupuleuse observation de la nature. Nous retrouvons dans la figure du possédé tout un ensemble de caractères et de signes que le hasard seul n’a pu réunir, et des traits si précis que l’imagination ne saurait les avoir inventés.
Bien plus, nous pouvons ajouter que, du moins dans les cas particuliers dont il s’agit, le modèle dont s’est inspiré le peintre n’était autre qu’un sujet atteint de grande hystérie, et ce n’est pas une des moindres preuves de la perspicacité et de la sincérité de l’artiste que ce diagnostic rétrospectif d’une affection nerveuse alors méconnue et attribuée à une cause surnaturelle.
D’autres artistes, il est vrai, parmi lesquels se place Raphaël, ont peint des démoniaques dont les convulsions — nous n’hésitons pas à le déclarer, après Charles Bell — ne répondent à rien d’essentiellement réel, ni même de connu.
Nous ne saurions entrer ici dans de plus grands détails relativement aux œuvres des maîtres que nous comptons étudier dans le cours de ce travail.
En parcourant les différentes pièces de notre collection, on peut constater d’une façon générale qu’au fur et à mesure que l’Art, quittant le langage symbolique, se transforme par l’étude détaillée de la nature, la figure du démoniaque dépouille les signes de la convention archaïque ou de la fantaisie personnelle pour revêtir des caractères puisés dans la réalité, et qu’il nous a été facile de reconnaître, pour la plupart, comme appartenant à la grande névrose hystérique. Au démoniaque hystérique, au possédé convulsionnaire pour lequel le médecin ne soupçonnait nul remède, et dont le prêtre ou le juge s’emparaient, convaincus qu’ils opéraient sur une âme hantée par le démon, a succédé un malade dont le crayon, le pinceau et la photographie notent toutes les attitudes, toutes les nuances de physionomie, venant ainsi au secours de la plume, qui ne peut tout décrire dans les effets extérieurs de cette étrange et cruelle maladie.
A cause de la grande diversité des documents que nous désirons faire passer sous les yeux du lecteur, nous avons renoncé à tout groupement naturel et à toute classification. Nous les ferons se succéder en suivant aussi strictement que nous le pourrons l’ordre chronologique. Cette manière de procéder a bien l’inconvénient de rapprocher parfois les éléments les plus inégaux et les plus disparates; mais il ne faut pas oublier que chaque spécimen figure ici pour sa valeur intrinsèque quelle qu’elle soit. Après les quelques idées générales émises dans cette Préface, nous n’avons d’autre prétention que de renseigner plus complètement le lecteur en lui mettant entre les mains les pièces du procès. Pour ce faire, la méthode la plus simple était la meilleure. Nous décrirons donc les diverses pièces de notre collection en suivant, ainsi que nous l’avons dit, l’ordre chronologique, nous réservant, bien entendu, de signaler simplement les spécimens de moindre importance, pendant que nous ne craindrons pas d’accompagner de longs commentaires les documents les plus sérieux à l’appui de notre thèse. Il était utile, afin d’éviter au lecteur de longues recherches dans des ouvrages spéciaux, de donner un court résumé de la grande attaque hystérique et de quelques-unes de ses variétés, telles que nous les observons aujourd’hui. La comparaison sera rendue plus facile.
Nous ne terminerons pas sans dire un mot des extatiques, qui, dans certains cas, méritent à plus d’un titre d’être rapprochés des «possédés du démon»
Paris, 1886.
LES DÉMONIAQUES DANS L’ART
Table des matières
JÉSUS GUÉRISSANT UN POSSÉDÉ
Table des matières
MOSAIQUE DE RAVENNE (Ve. SIÈCLE)
La scène que représente cette mosaïque est tirée des Évangiles. Jésus débarquant sur la terre des Géraséniens délivra un homme possédé d’un nombre considérable de démons, qui, sur son ordre, entrèrent aussitôt dans des pourceaux paissant non loin de là. Tout le troupeau se précipita dans la mer où il périt.
Ce spécimen n’a guère d’autre intérêt que son ancienneté. Le possédé n’a rien de caractéristique. L’artiste l’a représenté alors que le miracle est opéré. Il est à genoux aux pieds de Jésus, les deux mains tendues en avant, la tête légèrement inclinée, le regard fixé à terre, dans une attitude d’humilité et d’action de grâce.
JÉSUS GUÉRISSANT UN POSSÉDÉ
D’après une mosaïque de Ravenne (Ve siècle).

LE CHRIST DÉLIVRANT UN POSSÉDÉ
Table des matières
IVOIRE DU Ve SIÈCLE
Un ivoire du ve siècle, fragment de la couverture d’un évangéliaire de la bibliothèque de Ravenne, retrace une scène d’exorcisme: on y voit le Christ délivrant un possédé. Le Christ tient une croix de la main gauche et lève la droite vers l’énergumène en faisant le geste consacré, la paume tournée en avant, l’index et le médius étendus pendant que les deux derniers doigts sont fléchis. Le possédé est debout, les jambes légèrement infléchies comme pour s’éloigner. Les deux poignets sont enchaînés et rattachés par deux chaînes; les chevilles sont également réunies par une chaîne. Une petite forme humaine, qui étend les bras, est à demi sortie du crâne du possédé .
LE CHRIST DÉLIVRANT UN POSSÉDÉ
D’après un ivoire du Ve siècle. Fragment de la couverture d’un évangéliaire de la bibliothèque de Ravenne.

ÉNERGUMÈNE
Miniature. Manuscrit syriaque de la bibliothèque de Florence (VIe siècle).

ÉNERGUMÈNE
Table des matières
MINIATURE. MANUSCRIT SYRIAQUE DE LA BIBLIOTHÈQUE DE FLORENCE (VIe SIÈCLE)
La figure que nous donnons ici est empruntée à l’ouvrage du comte de Grimoüard de Saint-Laurent sur l’art chrétien.
Il s’agit d’une miniature qui paraît représenter un énergumène avec une figure ailée qui s’élève au-dessus de lui. L’auteur ne paraît pas très fixé sur la signification précise de ce dessin. Il incline à y voir une scène de magie, à cause de la présence, à la partie supérieure, d’un personnage qui n’est pas représenté ici et que le costume ferait reconnaître pour une puissance du Bien sous l’influence de laquelle le charme est détruit. Peut-être pourrait-on voir là une scène d’exorcisme.
LE POSSÉDÉ DE GÉRASA
Table des matières
MINIATURE. MANUSCRITS DE L’EMPEREUR OTTON CONSERVÉS A LA CATHÉDRALE D’AIX-LA-CHAPELLE (XIe SIÈCLE)
Le possédé représenté dans cette miniature demeurait dans les tombeaux et avait les pieds et les mains liés (Saint-Marc, ch. v, 4). Aussi voit-on au bas de l’image quatre tombeaux. Le malade est debout, mains et pieds liés, vêtu d’une ceinture de couleur sombre devant le Sauveur qui lève la main et ordonne au diable de le quitter. Un petit fantôme aux longues ailes sort de la bouche du pauvre homme, et dans le bas on voit des figures semblables du diable à cheval sur trois cochons qui s’élancent dans l’eau, tandis qu’un quatrième cochon est déjà porté par les vagues.
LE FILS POSSÉDÉ
Miniature. Manuscrits de l’empereur Otton conservés à la cathédrale d’Aix-la-Chapelle (XIe siècle).

Nous n’avons rien à ajouter à la description précédente qui est celle qu’en donne M. Stephan Beissel dans son très intéressant ouvrage sur les manuscrits d’Aix-la-Chapelle comparés aux évangéliaires de Trèves, de Gotha, de Brême et d’Hildesheim, dans lesquels le même exorcisme est représenté d’une façon analogue.
LE FILS POSSÉDÉ
Table des matières
MINIATURE. MANUSCRITS DE L’EMPEREUR OTTON CONSERVÉS A LA CATHÉDRALE D’AIX-LA-CHAPELLE (XIe SIÈCLE)
Cette miniature est pour nous d’un beaucoup plus grand intérêt que la précédente. C’est, à notre connaissance, la plus ancienne figuration de possédé présentant quelques-uns de ces caractères de réalité si remarquables, et que les grands artistes de la Renaissance ont su rendre avec tant de bonheur, ainsi que nous le verrons plus loin. Le jeune homme est au milieu d’une crise, le tronc violemment courbé en arrière, la tête et les membres contracturés. Il est soutenu par son père qui le présente au Christ. Derrière le père, sur trois rangs, cinq hommes et une femme appuient sa demande de secours. Tandis que le père est représenté comme un homme riche avec une barbe blanche, des chausses rouges et un habit jaune descendant jusqu’aux genoux, le fils ne porte qu’un long vêtement blanc d’étoffe légère.
L’attitude donnée ici par l’artiste au jeune possédé mérite d’être signalée. Ce renversement en arrière doit être rapproché de l’arc de cercle si fréquent chez les hystériques. C’est l’attitude donnée par Le Dominiquin à son jeune possédé du Miracle de saint Nil au sujet duquel nous entrerons plus loin dans de plus longs développements.
SAINT ZÉNON, ÉVÈQUE DE VÉRONE, EXORCISANT UNE FEMME POSSÉDÉE
Table des matières
BAS-RELIEF EN BRONZE. PORTE DE L’ÉGLISE SAN-ZÉNO, A VÉRONE (XIe SIÈCLE)
Ce bas-relief est de la même époque que la miniature que nous venons de considérer et n’offre pas un intérêt moindre.
Vêtue d’une longue tunique collante, la possédée se renverse en arrière, faisant saillir le ventre proéminent. L’exagération même de cette attitude n’a rien que de très naturel. Nous savons, en effet, combien la tympanite est fréquente chez les hystériques, soit au moment même des crises, soit en dehors d’elles, et nous avons rappelé plus haut combien est fréquent aussi le mouvement de renversement du tronc en arrière sous forme d’arc. Derrière elle, un moine lui saisit l’avant-bras droit d’une main, pendant que de l’autre il soutient les épaules et la tête qui se renverse également. En avant, un évêque mitré, qui tient de sa main gauche l’autre bras de la possédée, élève la main droite qui fait le geste de la bénédiction.
SCÈNE D’EXORCISME
D’après un des bas-reliefs en bronze de la porte de San-Zéno, à Vérone (XIe siècle).

Au dessus le démon, sous la forme d’un génie, paraît sortir de la bouche de la patiente.
«On raconte, dit Ch. Cahier dans Les Caractéristiques des Saints, que saint Zénon, évêque de Vérone, guérit la fille de l’empereur possédée du démon.» C’est ce fait dont le bas-relief de l’église saint-Zénon consacre la mémoire. «Nous verrons, ajoute à ce propos le même auteur, que pareil service, rendu à des empereurs même païens, se retrouve dans plus d’une légende (sans compter les Actes des Apôtres) et qu’il y est assez ordinairement question de jeunes femmes en pareil cas.» Ce détail méritait d’être relevé.
GUÉRISON DE PLUSIEURS POSSÉDÉS AU TOMBEAU DE SAINT FRANÇOIS D’ASSISE
Table des matières
DEUX TABLEAUX, L’UN DE GIUNTA PISANO (1230) ET L’AUTRE DE BONAVENTURE BERLINGHERI (1235)
Les deux plus anciens portraits de saint François d’Assise sont entourés de vignettes représentant les principaux miracles du saint, parmi lesquels nous trouvons la guérison de personnages possédés du démon.
Le plus ancien a été peint vers 1230 par Giunta Pisano sur une des planches qui servirent de lit funèbre au séraphique père. Le fragment qui nous intéresse représente la scène suivante:
GUÉRISON D’UNE FEMME POSSÉDÉE
Fragment d’un tableau de Giunta Pisano (1230).

GUÉRISON D’UNE FEMME POSSÉDÉE
Fragment d’un tableau de Bonaventure Berlingheri (1235).

Près d’un autel qu’entourent les religieux de l’ordre, une femme demi nue, les cheveux retombant sur les épaules, est délivrée du démon, que l’on voit s’échapper au-dessus d’elle. Elle se tient debout, les jambes écartées, la tête renversée et tournée de côté avec exagération. Un homme la maintient par un bras pendant que l’autre bras fléchi s’élève. L’attitude a dans son ensemble quelque chose de forcé et de contorsionné qui marque une tendance manifeste vers la représentation de la nature.
Les assistants font des gestes de commisération ou d’étonnement en contemplant la malheureuse femme, pendant qu’un religieux, qui seul paraît avoir la vision du miracle, lève la main et regarde dans la direction du petit diable invisible pour les autres personnages.
Dans le tableau peint quelques années plus tard (1235) par Bonaventure Berlingheri, on trouve parmi les vignettes qui entourent le portrait du saint une scène analogue. Mais ici les personnages possédés sont au nombre de trois, un homme et deux femmes. La scène se passe toujours auprès du tombeau de saint François. L’homme possédé paraît en proie à une assez vive agitation. Il écarte les jambes et lève les bras. De sa bouche ouverte s’échappe un nuage de vapeur. Les deux femmes sont beaucoup plus calmes. Nues jusqu’à la ceinture, les mamelles pendantes et les cheveux dénoués, elles se tiennent debout. Leurs poignets croisés sont liés par une corde. Elles renversent la tête, et leur bouche ouverte laisse échapper un diablotin. Un seul aide pose la main sur un des avant-bras d’une possédée.
SAINT MARTIN GUÉRIT UN POSSÉDÉ
Table des matières
BAS-RELIEF. CATHÉDRALE DE LUCQUES (PREMIÈRE MOITIÉ DU XIIIe SIÈCLE)
Nous trouvons dans un article de M. Corrado Ricci (Fanfulla della Domenica, Rome, 25 oct. 1885) l’indication de ce spécimen, accompagnée de la description suivante:
Bas-relief de la cathédrale de Lucques, au-dessous duquel est gravé : «Dœmone vexatum salvas, Martine Beate.» A gauche se trouve le saint avec la croix pastorale dans une main. L’autre main, aujourd’hui brisée, s’élevait certainement dans un geste de bénédiction. Derrière lui sont deux clercs et en avant d’eux le démoniaque. Celui-ci tient la jambe gauche pliée, tandis que les autres figures se tiennent parfaitement droites, mais c’est la seule différence qui le distingue, et vraiment on hésiterait à le croire possédé du démon, si, en outre de l’inscription, un petit démon ailé et armé de griffes qui lui piquent la tête ne montrait l’intention de l’artiste.
La cathédrale de Modène possède également un vieux bas-relief représentant une scène analogue. Nous en trouvons l’indication dans le livre de Ch. Cahier (Caractéristiques des Saints, art. POSSÉDÉS): «Saint Géminien, évêque de Modène, dit cet auteur, fut appelé à Constantinople pour délivrer la fille de l’empereur Jovien tourmentée par le malin esprit. Un vieux bas-relief encastré dans la muraille de la cathédrale de Modène retrace ce fait avec l’inscription que voici:
«Principis hie natam dat, pulso Dœmone, sanam».
UNE RELIGIEUSE DÉLIVRÉE DU DÉMON
Table des matières
FRESQUE DE GIOTTO (1226-1334). ÉGLISE DE SAINT-FRANÇOIS, A ASSISE
Bien que le moment choisi par l’artiste enlève à cette œuvre tout intérêt spécial, nous ne saurions la passer en silence. C’est la plus ancienne fresque qui représente une semblable scène, et nous verrons plus loin ce genre de peinture nous fournir les documents les plus décisifs. Mais ici le peintre a, en quelque sorte, tourné la difficulté : le miracle est opéré. Le diable mis en fuite occupe les parties supérieures de la composition et la religieuse assise sur son lit a déjà eu le temps de retrouver le calme. Elle lève les yeux au ciel en signe d’action de grâce. Un religieux se penche sur elle et semble lui murmurer quelque chose à l’oreille. L’ange gardien de la malade voltige au-dessus de son lit. A droite un groupe de fidèles témoignent de leur surprise et de leur admiration. A gauche on voit la suite des religieux de l’ordre de saint François.
La scène se passe dans un intérieur de couvent. Au-dessus, au milieu des nuages, saint François intercède près du Sauveur.
SAINT JEAN GUALBERT DÉLIVRE DU DIABLE UN MOINE MALADE
Table des matières
PEINTURE SUR BOIS, ATTRIBUÉE A SIMONE MEMMI, NÉ EN 1284, MORT EN 1344. ÉGLISE DU COUVENT DE PASSIGNANO
Dans l’église du couvent très ancien de Passignano, dans le Val di Pesa, près Florence, se trouve le tombeau de saint Jean Gualbert, fondateur de l’ordre des moines de Vallombrosa et mort à Passignano le 12 juillet 1073.
On voit dans la sacristie de cette église une armoire sur les portes de laquelle sont des peintures attribuées à Simone Memmi, et représentant divers sujets relatifs à la vie du saint. Le panneaule plus important représente saint Jean Gualbert qui fait fuir le démon en le frappant de la croix et délivre ainsi un moine malade. Le démon à tête de pourceau s’échappe par la fenêtre. Cet exorcisme offre ceci de particulier que le saint s’adresse directement au diable déjà sorti du corps de sa victime. Il le chasse à coups de croix. Le malade assis dans son lit marque du geste sa délivrance, pendant que des moines préparent des médicaments, chauffent des linges ou bien rendent grâce pour le miracle qui vient de s’accomplir. Le possédé se nommait Florenzio, personnage riche et hostile à l’ordre de saint Jean Gualbert. Après une longue maladie il vint demander pardon au saint, et il se fit moine de Vallombrosa après avoir été délivré du diable par saint Jean lui-même. Ce même épisode de la vie de saint Jean Gualbert est représenté sur une lunette en toile peinte du couvent de Vallombrosa, et dont le docteur Tommaso-Tommasi nous a également envoyé la photographie. On voit au milieu du tableau saint Jean Gualbert qui de la main droite armée de la croix s’apprête à frapper le démon en fuite. Quant au possédé délivré, il est dans son lit, au pied duquel prient des moines à genoux.
SAINT JEAN GUALBERT DÉLIVRE DU DIABLE UN MOINE MALADE
D’après une peinture sur bois attribuée à Simone Memmi.

On trouve encore sur un bas-relief en marbre de la Galerie des Offices à Florence, ce même trait de la vie de saint Jean Gualbert, retracé d’une façon analogue.
Plus tard, au XVIIe siècle, cette même croix, dont s’était servi saint Jean Gualbert dans la circonstance que nous venons de rappeler, fut de nouveau utilisée par un de ses successeurs, le moine Hylarion Garbi, pour chasser le démon du corps d’une possédée. Ce nouveau miracle fut représenté sur un grand tableau conservé dans l’église de Vallombrosa, et dont nous dirons quelques mots plus loin.
SAINT BENOIT FUSTIGE UN MOINE POUR LE DÉLIVRER DU DÉMON
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FRESQUE DE SPINEL ARETIN (1385). SACRISTIE DE SAINT-MINIATO. FLORENCE
Nous voyons ici le religieux à genoux dans l’attitude de la componction, le dos découvert en partie sous la verge de saint Benoît. Un diable tout poilu et ailé s’échappe.
Nous signalons simplement cette œuvre pour mémoire. Elle n’a pour nous aucun intérêt spécial. D’ailleurs, ainsi que nous avons pu nous en rendre compte en lisant la vie du saint, il s’agissait là d’un cas d’obsession plutôt que de véritable possession.
SAINT MARTIAL GUÉRIT UN POSSÉDÉ
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FRESQUE. CHAPELLE SAINT MARTIAL. PALAIS DES PAPES. AVIGNON (XVe SIÈCLE)
Cette peinture, en raison de la date de son exécution est plus intéressante au point de vue de l’histoire de l’art, qu’au point de vue technique où nous nous plaçons ici. Nous ne saurions cependant la passer sous silence; les documents de cette époque sont rares. Le possédé est vêtu d’une longue tunique, il a de longs cheveux rouges bouclés. Cette teinte des cheveux paraît être dans les peintures de ce temps-là un signe d’infériorité et de réprobation. Il est renversé sur les degrés qui conduisent à un couvent. C’est un jeune homme; sa figure d’ailleurs impassible exprime légèrement le dégoût, la bouche est fermée, les mains, ainsi que le reste du corps ne présentent aucun signe de convulsion. Le saint lui saisit à pleine main le bras gauche, tandis que de la droite il fait le geste consacré de la bénédiction. Le diable s’enfuit à terre sous la forme d’un chat muni de deux ailes de chauve-souris.
SAINT CHARLES BORROMÉE GUÉRIT UN POSSÉDÉ
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DESSIN ATTRIBUÉ A PAOLO UCCELLO, NÉ EN 1397, MORT EN 1475
Un ancien dessin qu’on attribue à Paolo Uccello, et dont nous devons la photographie au docteur Tommaso-Tommasi, représente saint Charles Borromée guérissant un possédé. Le saint s’avance faisant de la main droite le geste de la bénédiction. La figure du possédé témoigne de certaines intentions naturalistes. C’est un homme a demi nu qui, un genou en terre, se renverse dans les bras d’un autre, l’autre jambe fléchie et maintenue en l’air, les deux bras étendus en croix, la tête rejetée en arrière, la bouche ouverte, et la pupille convulsée à l’angle externe de l’œil grand ouvert.
SAINT MATHURIN DÉLIVRANT UNE FEMME POSSÉDÉE
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PLOMBS HISTORIÉS (XVe SIÈCLE)
Parmi les plombs historiés, collectionnés par M. A. Forgeais nous en avons trouvé plusieurs remontant au XVe siècle et qui, relatifs à saint Mathurin reproduisent le fait cité plus haut. Une des figures que nous donnons ici représente un plomb appartenant à la corporation des potiers d’étain qui avaient deux patrons: saint Fiacre et saint Mathurin. Sur une des faces est représenté saint Fiacre, et sur l’autre saint Mathurin, la tête nimbée, exorcisant la princesse Théodora, agenouillée à ses pieds. De la tête de la princesse un démon s’envole.
La figure suivante est une enseigne de pèlerinage, destinée à saint Mathurin de Larchant.
MÉREAU
Corporation des potiers d’étain (XVe siècle).

ENSEIGNE DE PÈLERINAGE (XVe siècle).

On voit saint Mathurin debout, tenant un livre de la main gauche et exorcisant de la main droite la princesse Théodora, au-dessus de laquelle un diable s’envole; à gauche du saint, un autre personnage agenouillé tient un cierge.
LE CHRIST GUÉRISSANT LES POSSÉDÉS
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MINIATURE. LIVRE DE CHŒUR DE LA CATHÉDRALE DE SIENNE (2e MOITIÉ DU XVe SIÈCLE)
Une miniature, qui remplit tout l’intérieur d’un 0 majuscule, représente, dans une scène pleine de mouvement, le pouvoir du Christ sur les démons. Un possédé subit sa délivrance un genou en terre, se tenant la tête à deux mains et la face horriblement grimaçante tournée vers le Sauveur. De la bouche démesurément ouverte s’échappe le démon. Derrière lui, on voit une femme également possédée qui mérite d’attirer tout particulièrement notre attention. En attendant que la délivrance arrive, elle paraît être sous le coup d’une vive agitation. Le mouvement du bras et la torsion un peu forcéede la tête indiquent les gesticulations les plus désordonnées. La face est surtout intéressante à étudier. La convulsion des globes oculaires, dont les pupilles tendent à se cacher sous la paupière supérieure, est un trait bien caractéristique qui fait partie au premier chef de la crise convulsive hystérique, et que nous verrons prêté aux possédés par les meilleurs artistes. Les sourcils contractés et les rides frontales expriment la souffrance; les ailes du nez se relèvent et la bouche, grande ouverte, laisse voir les dents.
POSSÉDÉS GUÉRIS PAR LE CHRIST
D’après un livre de chœur, à Sienne.

C’est cette femme qui attire plus spécialement l’attention des personnages situés à droite: leurs physionomies expriment l’étonnement, l’horreur et le dégoût.
POSSESSION D’EUDOPIA, FILLE DE L’EMPEREUR THÉODOSE
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