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Jacques Bénigne Bossuet

Dissertation sur les psaumes traduite du latin de J.-B. Bossuet

Accompagnée de notes


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066335700

Table des matières

PRÉFACE DU TRADUCTEUR.

LETTRE PASTORALE, OU ÉPITRE DÉDICATOIRE DE MONSEIGNEUR L’ÉVÊQUE DE MEAUX,

DISSERTATION PRÉLIMINAIRE SUR LES PSAUMES.

CHAPITRE PREMIER.

I. Vertu de la poésie: psaumes chantés dans les assemblées religieuses.

II. Soins donnés par David au chant et à la musique sacrée.

III. Appuis que la foi trouve dans les Psaumes: d’abord le récit des événements passés, ensuite l’histoire des temps présents.

IV. Antiquité de la poésie et des cantiques chez tous les peuples. Exemple de Moïse et autres.

V. Les événements des temps passés rappelés dans les Psaumes.

VI. Réfutation, par les témoignages du livre des Psaumes, de ceux qui attribuent le Pentateuque à Esdras ou autres écrivains que Moïse.

VII. Fondement de notre foi et de notre espérance dans les prédictions de David au sujet de Jésus-Christ.

VIII. Les Psaumes excitent l’espérance: le bonheur de la vie future y est représenté sous des figures.

IX. Explication de ces textes d’où résulte l’espérance des biens futurs.

X. Motifs de charité exprimés dans les Psaumes.

XI. Merveilleux sentiment de la charité envers Dieu répandu dans les Psaumes.

XII. Charité envers le prochain, sans excepter les ennemis.

XIII. Ce que l’on y doit entendre par le mot ennemis, et dans quel sens il faut prendre les fréquentes imprécations que l’on y rencontre.

XIV. Des sacrements de l’ancien peuple, et des pieuses dispositions de David à son égard.

CHAPITRE II.

XV. Du style des Psaumes.

XVI. Du pittoresque de l’expression dans les Psaumes.

XVII. Comparaisons et similitudes; leur sublime précision.

XVIII. Vivacité, chaleur de mouvements.

XIX. Douceur répandue dans les Psaumes.

CHAPITRE III.

XX. Divers genres de Psaumes: pourquoi.

CHAPITRE IV.

XXI. Causes de l’élévation des Psaumes: la première, l’élévation des sujets.

XXII. La seconde, la prophétie; la troisième, l’enthousiasme poétique.

XXIII. Autre cause: le caractère de l’idiome.

CHAPITRE V.

XXIV. Avis nécessaire: les différences qui se rencontrent dans les leçons et les versions n’empêchent pas que ce ne soit par-tout la même substance dans les choses et la doctrine. Règles quant au texte et aux versions: première règle.

XXV. Autre règle: consulter les anciennes versions.

XXVI. Usage à faire de ces règles. Version de saint Jérôme faite sur l’hébreu.

CHAPITRE VI.

XXVII. Titres des Psaumes: leur authenticité.

XXIX. Quels ont été les auteurs des Psaumes.

XXX. Même sujet: titres, auteurs et arguments des Psaumes.

XXXI. Du mot séla, tout-à-fait indifférent au sens.

XXXII. Des danses et du rhythme.

XXXIII. Des instruments de musique.

XXXIV. On n’a rien de précis quant à l’ordre des Psaumes.

CHAPITRE VII

XXXV. Avantages à tirer de l’obscurité des Psaumes: de la foi naît l’intelligence.

XXXVI. Méthode pour la lecture des Psaumes. Quelques mots sur les écrivains auxquels nous nous hommes principalement attachés. Du commentaire de saint Jérôme sur les Psaumes.

XXXVII. Ordre des versets: gloses de la Vulgate: on en rapporte ici un grand nombre.

CHAPITRE VIII.

XXXVIII. Chacun doit se considérer soi-même dans le. Psalmiste. Témoignage de saint Athanase.

XXXIX. Se purifier avec David; porter ses affections vers Dieu: toujours d’après saint Athanase.

XL. Témoignage de saint Augustin.

XLI. Méthode excellente proposée par le saint docteur pour la récitation des Psaumes.



PRÉFACE DU TRADUCTEUR.

Table des matières

Dans l’avertissement d’un ouvrage nouveau , qui, nous dit-on, jouit d’une grande vogue, on lit: «Nous avons placé à la tête de ce livre

«une dissertation sur les Psaumes, de Bos-

«suet: elle est tout entière de lui, et traduite en

«grande partie du latin. Nous croyons que nos

«lecteurs nous en sauront gré, parcequ’elle est

«très peu connue. Elle est divisée en huit cha-

«pitres;nous n’en donnerons que trois .»

Ce peu de lignes pourroit fournir matière à bien des observations: en voici quelques unes.

La dissertation de Bossuet est tout entière de lui: que veut dire cette réflexion? Avons-nous de l’évêque de Meaux des ouvrages qui ne soient pas entièrement de lui?

Publier, comme simple dissertation, un ouvrage que Bossuet adressa au chapitre de son Église, aux curés et communautés religieuses, à tout le clergé de son diocèse; un mandement vraiment épiscopal, servant d’introduction à la savante édition des Psaumes et des cantiques qu’il mettoit dans les mains de tous les fidèles: n’est-ce point, en la détachant de son majestueux ensemble, la dépouiller de son plus noble caractère? On pouvoit conserver à l’ouvrage le titre de dissertation, puisque Bossuet n’a pas dédaigné de l’employer: on ne devoit pas, du moins dans un avertissement, négliger d’instruire le lecteur des circonstances qui attachent à l’ouvrage une si haute importance.

M. Genoude l’a, dit-il, traduite en grande partie du latin. Traduite? confrontez avec le texte: vous n’en avez pas même l’abrégé. Pas l’ombre, pas le moindre sentiment de cette plénitude de doctrine, qui, sous la plume du nouveau Chrysostome, se répand dans les plus heureuses citations de l’Écriture et des Pères, de cet élan continu, toujours progressif, des transports de l’ame, qui montre l’orateur sublime là où l’on ne croyoit trouver que l’érudit: rien qui puisse retracer à la mémoire du lecteur ni cette élévation et cette perspicacité de pensée, qui non seulement embrasse chacun des objets dans son vrai point de vue, mais en aperçoit les conséquences les plus éloignées; ni cette abondance et cette vigueur pittoresque de style, dont Bossuet sait empreindre toutes ses compositions, quelque langue qu’il parle; en un mot, ce qu’un illustre écrivain de nos jours appelle sa sublime simplicité et sa prodigieuse magnificence .

Si la traduction du Psautier ressemble à celle de la dissertation, l’auteur peut se vanter d’avoir enrichi la littérature d’une théorie toute nouvelle de l’art de traduire.

Sur les huit chapitres qui composent l’ouvrage de Bossuet, M. Genoude n’en donne que trois. Les autres ne méritoient-ils pas la même faveur? Il y suppléera, dit-il, par des notes rejetées à la fin du volume . Nous affirmons qu’elles sont incomplètes et infidèles.

Pour nous borner aux trois chapitres qu’il suppose avoir traduits, M. Genoude réduit à quatorze lignes les quatre premiers numéro de ce premier chapitre, formant la valeur d’au-delà quatre pages in-octavo.

Bossuet commence son livre par un hommage rendu au caractère de l’inspiration divine qui a dicté tous les livres de l’Écriture, et à l’énergique efficacité de ses opérations sur l’esprit et le cœur de l’homme: inspiration qui se manifeste plus sensiblement encore dans celui-ci, par le charme particulier qui s’attache à la poésie dans laquelle il est écrit. Tout ce début est omis. Le dessein du chapitre, énoncé par Bossuet, d’après un beau texte de saint Augustin, et développé avec éloquence, n’est-pas même indiqué.

La seconde page est tout entière de l’invention du soi-disant traducteur; et l’on y fait parler au grave, au saint évêque de Meaux un langage fait pour inspirer plus que de l’étonnement: «Ces chœurs (de musique) étoient des

«troupes d’hommes et de femmes, de jeunes

«filles et de jeunes garçons, vêtus de la même

«manière, chantant le même air, en dansant

«le même pas, etc.» On croit lire l’auteur du Voyage d’Anacharsis décrivant les danses lesbiennes. Bossuet, qui, dans ce commencement de son ouvrage, ne dit pas un mot des danses dont les chants étoient accompagnés, ne pourra point éviter d’en parler dans la suite, au chapitre VI, n° 33; mais comment? Dès le titre, il prépare l’esprit du lecteur en les annonçant par une épithète qui éloigne toute idée profane, De choreis et piâ saltatione. Rigoureux observateur de toutes les bienséances, Bossuet se gardera bien de préjuger la question, long-temps agitée parmi les savants , si les, femmes chantoient dans le temple avec les hommes; moins encore si les jeunes filles dansoient un même pas avec les jeunes garçons. Il s’enferme dans ces expressions simples: In canendo, priscum illumpopulum sacras egisse choreas, atque ab ipso Davide fuisse frequentata, sacra narrat historia: «Nous apprenons des livres

«saints que, dès la plus haute antiquité, les

«Hébreux avoient des danses religieuses, que

«nous y voyons encore célébrées fréquemment

«par David lui-même.» Et encore a-t-il la précaution de faire intervenir le grand nom de S.- Grégoire de Nazianze, pour écarter par cette image auguste toute pensée profane de l’esprit du lecteur.

Les pages suivantes, jusqu’à la page 8, ne sont encore que des analyses, point du tout des traductions.

Tout-à-coup M. Genoude abandonne, non plus seulement le texte, mais jusqu’au livre lui-même, pour se jeter à travers le Discours sur l’histoire universelle, dont il copie de longs passages sur les prédictions concernant le Messie: comme si Bossuet avoit été réduit à se répéter lui-même; tandis que, dans les endroits de sa dissertation où il parle des prophètes, comme par-tout ailleurs, son inépuisable génie se montre, jusque dans l’expression, toujours original, toujours divers .

Il faudroit un volume pour relever toutes les inexactitudes de détail échappées au nouveau traducteur dans la simple esquisse bornée à ses trois chapitres.

«Le livre des Psaumes est la collection des

«plus anciens hymnes.» Bossuet ajoute, et odarum. Tous les interprètes et grammairiens auroient appris à M. Genoude que ces mots ne sont pas synonymes,

Les premiers Hébreux les chantoient. N’étoient-ce que les premiers Hébreux? leur postérité en a-t-elle laissé perdre l’usage? Bossuet: Prisci illi Hebræi: «Ces Hébreux, remontant à

«une si haute antiquité.»

Les chantoient dans l’intérieur de leurs maisons et dans les assemblées solennelles. Bossuet: Privatim ac publicè, atque inter ipsa sacra, solemnesque conventus: non seulement dans l’intérieur de leurs maisons et dans les assemblées solennelles, niais dans le temple et dans les cérémonies de religion; mais dans toutes les réunions solennelles, même civiles; par exemple, ajoutent les monuments de l’histoire, «pour

«une victoire d’un prince, ou pour lui sou-

«haiter une heureuse expédition, ou pour son

«mariage, ou pour son nouvel avènement à la «couronne .» Bossuet indique tout cela dans

une expression générale: la rapidité de sa marche ne lui permettoit point les détails.

M. Genoude: «Le premier ( des cantiques

«de Moïse) nous met devant les yeux le pas-

«sage triomphant de la mer Rouge, et les en-

«nemis de Dieu, les uns déja noyés, et les autres

«à demi vaincus par la terreur.»

Bossuet, à la suite de diverses circonstances, que M. Genoude supprime: Cùm undis obruti hostes adhuc in conspectu essent, et marinis fluctibus jactata cadavera volverentur. Donc naufrage universel, plus d’ennemis existants: ils sont donc plus que à demi vaincus par la terreur. Bossuet ne dit rien de plus ni de moins que le texte sacré.

«Il n’y a, à proprement parler, que le peu-

«ple d’Israël où la poésie soit venue par ent-

«housiasme.»

Réflexion oiseuse, démentie par l’histoire, et qui ne s’est pas même présentée à la plume de Bossuet.

M. Genoude ajoute, retranche même dans ce qu’il conserve , mutile à son gré, se donne droit de vie et de mort sur le texte sacré, sur les originaux les plus respectables. Il étoit réservé à notre siècle de voir une pareille licence accueillie, encouragée. Bossuet ne s’est jamais cru plus savant que l’Esprit-Saint: M. Genoude se croit plus inspiré que Bossuet!

C’en est assez pour juger le travail du nouveau traducteur.

Le motif qui l’a porté à l’entreprendre, c’est, dit-il, que la dissertation de Bossuet est très peu connue. Elle ne l’est point autant que les Oraisons funèbres et le Discours sur l’histoire universelle, devenus, par le caractère du sujet, des ouvrages classiques, même pour le commun des littérateurs; cela peut être: mais étoit-il; même avant que le digne historien de Bossuet, M. l’évêque d’Alais, ne publiât la vie de l’évêque de Meaux, qui nous fait si bien connoîtra et son histoire et ses ouvrages, étoit-il un ecclésiastique, tant soit peu instruit, à qui il fallût apprendre qu’il existoit un commentaire excellent de Bossuet sur les Psaumes, précédé d’une introduction admirable, sur-tout dans le dernier chapitre, qui traite de l’usage que l’on peut faire des Psaumes dans tous les états de la vie? Ce sont les propres termes d’Arnauld . Un ouvrage publié par Bossuet dans un vaste diocèse voisin de la capitale pouvoit-il rester obscur? Non, sans doute: aussi avoit-il été célèbre dès sa naissance. Le ministre La Roque l’avoit annoncé à l’Europe savante, dans ces paroles: «M. Bossuet a mis en tête de l’ou-

«vrage une savante dissertation, où il éclaircit

«les principales difficultés qui se rencontrent

«dans les Psaumes. Les notes ajoutées au texte,

«pour son éclaircissement, sont tout ensem-

«ble claires et courtes .» Tous les interprètes et commentateurs des Psaumes venus après ont puisé à cette source commune. Bellanger, entre autres, a emprunté de cette dissertation dix-sept pages in-quarto, dont il a fait le plus bel ornement de sa préface sur les Psaumes . Un autre: «J’ai pris pour guides

«en cette partie tous les grands hommes que

«Dieu a suscités dans ces derniers temps pour

«mettre à notre portée les trésors des saintes

«Écritures;» et il cite particulièrement Bossuet .

Lefranc de Pompignan n’a pas manqué de payer à la mémoire de Bossuet cet honorable tribut dans sa traduction des odes sacrées: «Ce

«prélat à jamais célèbre, qui a été lui-même

«le plus sublime et le plus éloquent des hom-

«mes, a fait, dans le chapitre second de sa pré-

«face latine des Psaumes, une analyse admi-

«rable de la poésie de Moïse et de David: cet

«examen littéraire est plein de justesse et de

«sagacité .»

Dans une de ses harangues, prononcée en 1695, à la tête du corps enseignant, Rollin rappeloit les travaux de Bossuet sur l’Écriture, comme l’un des plus beaux titres à la gloire dont jouit dans le monde ce génie vaste et profond qui a su faire marcher de front toutes les sciences ecclésiastiques, a marqué par autant de chefs-d’œuvre chacun de ses pas dans la carrière littéraire, et n’est nulle part inférieur à lui-même . (Nous ne faisons que traduire M. Rollin.) Il fait plus encore: dans son Traité des Études, il en rapporte un assez long passage tiré du second chapitre, qu’il propose tout entier comme un modèle achevé de la manière dont il faut lire l’Écriture . Quel est l’écolier qui n’ait pas lu le Traité des Études, et qui par conséquent ne connoisse pas les principaux ouvrages qui s’y trouvent cités, sur-tout quand ils le sont d’une manière aussi remarquable?

Le livre de Bossuet sur les Psaumes n’est pas moins célèbre chez les étrangers qu’en France. L’auteur du traité De sacrâ Hebræorum poesi, devenu classique, Lowth, en a fait le plus magnifique éloge en l’imitant. Un autre écrivain, qui a porté plus loin encore que Lowth ses vues et ses découvertes sur la poésie des Hébreux, a profité non moins avantageusement dans ses notes et ses traductions de l’ouvrage de Bossuet, qu’il cite fréquemment . Est-ce donc là un ouvrage dont on puisse dire, comme d’une médiocre production, qu’il est très peu connu?

Disons donc hardiment que cet ouvrage réclame sa part dans la célébrité dont jouit son auteur; et ne craignons pas de lui appliquer ce mot que les auteurs du Gallia christiana étendent à toutes les productions de cet incomparable écrivain: Quis enim rerum nostrarum tam alienus, etc.: «Est-il un homme assez étranger

«à notre gloire littéraire, pour ne pas con-

«noître, au moins par la renommée, tout ce

«qui est sorti de cette plume qui donnoit à tout

«l’immortalité ?»

On a prétendu que le latin de Bossuet étoit dur et embarrassé. S’il n’y avoit, en faveur de cette assertion, d’autre autorité que les noms de Faydit, du satirique abbé de Longuerue, elle ne seroit que méprisable. Mais l’abbé Trublet, mais l’abbé Ladvocat, l’ont dit , et ils ont trouvé des échos. Le latin de Bossuet dur, embarrassé ! Ceux qui le disent ne l’ont pas lu. Ce n’est point, si l’on veut, la grace de Cicéron: c’est l’énergie de Salluste et de Tacite, avec ,plus de souplesse et d’abondance. Talbèrt a répondu à ce reproche: «C’est, en latin comme

«en françois, la même magnificence de style,

«l’effet étonnant et toujours inattendu d’ex-

«pressions qu’il crée, toujours cette sorte de

«poésie sublime qui respire dans chacune de

«ses compositions .»


LETTRE PASTORALE, OU ÉPITRE DÉDICATOIRE DE MONSEIGNEUR L’ÉVÊQUE DE MEAUX,

Table des matières

AU CHAPITRE ET AU CLERGÉ DE SON DIOCÈSE,

EN LEUR ADRESSANT SON OUVRAGE SUR LE LIVRE DES PSAUMES.

JACQUES-BÉNIGNE BOSSUET, évêque de Meaux, à nos vénérables et très chers frères les doyen et chanoines de l’Église de Meaux, aux pasteurs des paroisses, aux communautés religieuses, et à tout le clergé du diocèse, salut dans le Seigneur.

Nous vous présentons, nos très chers frères, un nouvel aliment à votre sainte ferveur, dans ces notes que nous avons composées sur le livre des Psaumes, afin que, déja accoutumés à chanter au Seigneur avec une décence et une régularité si édifiantes, vous appreniez de plus en plus à chanter avec goût, c’est-à-dire avec connoissance et sentiment. Ce qui vous recommande notre ouvrage, peu considérable d’ailleurs par son étendue, c’est l’avantage d’avoir été aidé dans notre travail par des hommes supérieurs, profondément versés dans les langues hébraïque, grecque et latine , dont les uns ont passé à une meilleure vie, les autres, nos contemporains, également distingués par une haute réputation de piété et de doctrine, remplissent au milieu de nous les fonctions épiscopales ou les emplois les plus importants. Appelés et retenus à la cour, les uns par diverses causes, moi, comme chacun sait, parles ordres de notre auguste monarque, qui a bien voulu m’attacher à l’éducation du jeune prince dont les vertus nous donnent de si heureuses espérances, réunis par l’attrait des mêmes études et par le charme d’une amitié douce et du commerce le plus fidèle, nous nous sommes appliqués en commun à la lecture des livres saints , assurés que, dans le concours d’objets ou flatteurs ou incommodes qui se rencontrent à chaque pas dans la vie que nous menons, ces livres nous fourniroient une source féconde de consolations et de leçons, comme aussi de délices et d’avantages pour nos relations journalières et nos entretiens familiers. Pour cela, nous avons eu bien des volumes à parcourir: les voici réduits à quelques pages. Le résultat de notre travail est cet exposé de notre psautier, ou plutôt du vôtre, puisque moi-même je suis à vous. «Tout

«est à vous, dit l’apôtre, soit Paul, soit Apollo

«ou Céphas..... Oui, tout est à vous, et vous

«à Jésus-Christ, et Jésus-Christ à Dieu .» Accueillez donc, nos très chers frères, avec bienveillance, ce livre comme un bien qui vous appartient. Ce n’est point là de ces commentaires où l’auteur se livre à des spéculations profondes, trop relevées et pour la plupart stériles, mais proportionnés et réduits à une explication simple et littérale; où enfin nous avons cherché à être utiles plutôt qu’à étaler la pompe d’une ambitieuse érudition. Recevez-les, consultez-les avec un esprit d’indulgence et de droiture. Le ministère que nous remplissons dans l’Église de Dieu nous faisoit un devoir de servir non seulement les plus forts, mais les plus foibles d’entre vous. Recevez donc cet envoi en témoignage public de l’estime que nous faisons de vos personnes, de votre piété, de vos talents, et des travaux qui vous font nos coopérateurs. On verra aussi avec quelle touchante harmonie nous habitons tous ensemble la maison du Seigneur. Nous vous ferons parvenir successivement et sans interruption nos commentaires sur les prophètes, et sur tout l’ancien Testament , ce qui nous aménera, si la vie et nos bonnes résolutions ne nous manquent pas, sous l’aide et la direction du Seigneur, aux livres du nouveau Testament. Du moins le plus ardent de nos desirs est que la vieillesse et la mort nous trouvent occupés de ces exercices utiles à la piété ; féconds, nous aimons à le reconnoître, en sentiments délicieux; dignes enfin de tous les vœux, et bien faits pour nous mériter le secours de vos prières, si vous avez quelque charité pour nous, ainsi que nous l’espérons et que nous vous le demandons .

Donné à Meaux, le 8 juin 1690.

DISSERTATION PRÉLIMINAIRE SUR LES PSAUMES.

Table des matières

Avant d’entrer dans l’examen de chaque psaume en particulier, voulant donner à notre explication un cours plus rapide, et qui ne soit traversé par aucune question étrangère, nous avons cru devoir proposer aux méditations et à la piété du lecteur ces réflexions, propres à ouvrir la voie à l’intelligence et à résoudre les difficultés qui pourront se rencontrer dans les diverses parties de tout l’ouvrage.

CHAPITRE PREMIER. De l’esprit et de l’objet des Psaumes.

CHAP. II. De la majesté et de l’onction des Psaumes.

CHAP. III. Des différentes sortes de psaumes.

CHAP. IV. Du sens profond et de l’obscurité des Psaumes.

CHAP. V. Du texte et des versions.

CHAP. VI. Des titres et autres notes, des arguments, des auteurs et de l’ordre des Psaumes, des chœurs et des danses religieuses, du rhythme des Psaumes.

CHAP. VII. De la méthode pour lire et entendre les Psaumes.

CHAP. VIII. De l’usage à faire des Psaumes dans toutes les circonstances de la vie.

CHAPITRE PREMIER.

Table des matières

De l’esprit et de l’objet des Psaumes.
I. Vertu de la poésie: psaumes chantés dans les assemblées religieuses.

Table des matières

L’Écriture tout entière a été inspirée d’en haut: elle réunit les qualités que saint Paul retrace dans ces paroles: «Qu’elle est utile

«pour instruire de la vérité, pour réfuter les

«erreurs, pour corriger le dérèglement des

«mœurs, et pour former à la justice, afin que

«l’homme soit parfait, étant bien préparé à

«toutes sortes de bonnes œuvres .» Or le livre des Psaumes embrasse tous ces avantages, et de plus il est éminemment pourvu d’une énergie toute particulière et merveilleuse dont l’effet est de transporter vers Dieu toutes les affections humaines, et d’élever, par la puissance de la poésie la plus harmonieuse et la plus savante, l’ame que le poids des sens dont elle est enveloppée fait tomber dans la langueur et l’abattement.

Le livre des Psaumes, pour remonter à l’origine, est le recueil le plus ancien qui existe au monde des hymnes et odes de l’antiquité la plus reculée, que le peuple hébreu chantoit en public ou dans le particulier, dans le temple et les cérémonies religieuses comme dans les assemblées solennelles, pour célébrer les louanges divines, la vérité et la sainteté de la loi que Dieu lui avoit donnée, les événements dont se composoit l’histoire des patriarches, et les bienfaits du Seigneur.

On compte divers auteurs de ces cantiques sacrés, comme nous le dirons plus bas ; mais ce qu’il y a de certain, c’est que la plus grande partie fut l’ouvrage du saint roi David , puisque, à une époque ancienne, et du vivant même de ce prince, nous voyons ces cantiques qu’il avoit faits introduits dans les assemblées de religion. David, chantant les louanges du Seigneur, ne se détachoit point de son peuple; mais, s’abandonnant à ses divins transports, il entraînoit les autres par le saint enthousiasme qui le dominoit lui-même, quand il disoit: «Glorifiez le Seigneur avec moi, et

«célébrons tous ensemble son saint nom »; et encore ces paroles par lesquelles nous commençons tous les jours l’office de matines: «Ve-

«nez, chantons avec de saints transports à la

«gloire du Seigneur; poussons des cris de joie

«vers le Dieu notre Sauveur .» Quand nous répondons par ces chants à la voix du prophéte David, que faisons-nous autre chose que nous unir spirituellement aux anciens chœurs des pieux Israélites?

II. Soins donnés par David au chant et à la musique sacrée.

Table des matières

Au reste, que ce prince religieux se soit occupé particulièrement du soin de faire chanter des hymnes dans le temple en présence de l’arche, nous en avons la preuve dans l’Histoire sainte: «Il établit des lévites pour servir de-

«vant l’arche du Seigneur, pour le glorifier et

«lui rendre de continuelles actions de graces

«de toutes ses merveilles, et pour chanter les

«louanges du Seigneur, le Dieu d’Israël .» Or le psaume qui fut chanté, selon le témoignage du texte sacré, en commémoration des œuvres et des bienfaits du Seigneur, c’étoit David lui-même qui l’avoit composé. Nul doute que beaucoup d’autres n’aient été les fruits de l’inspiration divine dont il étoit animé. De là cette entière confiance avec laquelle vous l’entendez s’exprimer dans ces termes: «Voici ce

«que dit David, fils d’Isaï, ce chantre célèbre

«d’Israël L’esprit du Seigneur a passé par

«ma bouche, et sa parole s’est reposée sur ma

«langue » : ce qui ne peut avoir été dit que des Psaumes, puisqu’il n’est fait mention d’aucun autre ouvrage de David. Sous le régne de Salomon, après l’inauguration du temple, nous voyons les lévites chanter les hymnes du Seigneur, «composés, dit le texte sacré, par

«le roi David, en l’honneur du Seigneur» ; ailleurs: «les hymnes de David, en s’accompa-

«gnant sur les instruments » ordonnés par ce prince, et non seulement ordonnés, mais inventés et ornés par lui-même, ainsi que l’observe le texte sacré. D’après ce cérémonial, Ézéchias commande aux lévites «de chanter les

«louanges du Seigneur, en y employant. les

«paroles de David et du prophète Asaph » : ce qui donne lieu à cette judicieuse observation de l’historien, que les lévites se rangèrent dans le temple, «tenant à la main les instru-

«ments de David» ; et avec encore plus de précision, «qu’au milieu même de l’holocauste, ils chantèrent les louanges du Seigneur, accompagnés «du son des trompettes et des diverses

«sortes d’instruments que David, roi

«d’Israël, avoit inventés » : tant ce religieux monarque s’intéressoit aux chants; tant il avoit d’amour pour la musique consacrée aux louanges du Seigneur.

Les Israélites, de retour dans leur patrie, après y avoir rétabli le temple, conservèrent les mêmes instruments de musique, dus au zéle de David, et les hymnes du même David, qu’ils chantoient à deux chœurs , près de cinq cents années depuis la mort du saint roi; en sorte qu’après tant de siécles, non seulement les paroles sacrées sorties de sa bouche, mais jusques aux cithares, aux nables , et autres instruments touchés par ses mains, retentissoient encore dans les assemblées de religion: circonstances que nous rappelons, pour établir cette vérité incontestable, que David avoit reçu le privilége spécial d’une inspiration divine, à l’effet de propager jusqu’à des temps si éloignés, non seulement les sacrés cantiques, mais jusqu’au mode des chants et l’usage des Psaumes. Je ne dis rien des siècles suivants: car tout le monde sait que, Juifs et Chrétiens, tous ont introduit dans leurs prières les Psaumes de David ; et que, non seulement les villes et les campagnes, mais les déserts et les solitudes les plus profondes qui les ont entendus, ont été arrosés des pieuses larmes que leur onction secrète arrache aux hommes même les plus farouches.

III. Appuis que la foi trouve dans les Psaumes: d’abord le récit des événements passés, ensuite l’histoire des temps présents.

Table des matières

Et certes avec raison; car puisque, selon le témoignage de S. Augustin, «Dieu ne nous apprend

«point d’autre cantique que celui de la

«foi, de l’espérance et de lacharité ,» rien de plus utile que les Psaumes, pour fortifier la foi, animer l’essor de l’espérance, et allumer les feux de la charité.

Pour la foi d’abord, tels sont les appuis qui la soutiennent: c’est premièrement le souvenir que les Psaumes retracent des bienfaits et des prodiges du Seigneur, depuis que, prenant en pitié les hommes plongés dans l’ignorance, et attachés, pour la plupart, au culte des idoles, il eut contracté une alliance particulière avec Abraham, le père de notre foi, et daigné se faire lui-même personnellement le pasteur et le roi de sa famille, germe déjà fécond d’un grand peuple; en conséquence de quoi, l’ayant délivré de la servitude d’Égypte, lui ayant donné sa loi par l’intermédiaire de Moïse, ayant assuré sa constitution, se l’étant consacré par un culte et par les cérémonies les plus saintes et les plus inviolables, après avoir ratifié et étendu la première alliance, il le fit entrer dans la terre de Chanaan, qui lui avoit été promise par les anciens oracles, se déclarant le Dieu d’Abraham, d’isaac et de Jacob, aussi bien que le créateur du ciel et de la terre, honoré par les enfants d’Abraham.

Dans la suite des siècles, il suscita David, le faisant roi, de pasteur qu’il étoit, prince non moins distingué par sa piété et sa clémence que par son courage et ses victoires, voulant que sous sa conduite les descendants d’Abraham reculassent au loin les bornes de leur royaume, et que, les Jébuséens étant chassés par eux de Jérusalem, cette ville célébre, et Sion, notre mère, habitée par un.peuple honoré du nom de peuple de Dieu, devînt la première des cités, la dépositaire de la religion et des lois, le centre de l’empire et du sacerdoce. Ce n’est pas tout: ce même David, le modèle des rois, il se plaît à le remplir, ainsi que nous l’avons dit plus haut, d’une inspiration surnaturelle, pour en faire le prophète, le poëte et le chantre d’Israël, tout à-la-fois aussi habile dans la conduite des choses que dans l’art de les célébrer; et c’est de lui sur-tout que nous vient ce livre des Psaumes, où son génie, pénétré d’un enthousiasme sublime et vraiment divin, a transmis à la mémoire des âges les plus reculés l’histoire de ses ancêtres et la sienne, ou plutôt l’histoire de Dieu lui-même.

IV. Antiquité de la poésie et des cantiques chez tous les peuples. Exemple de Moïse et autres.

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On retrouve chez tous les peuples l’usage immémorial, et qui tient à une source divine, de célébrer per des cantiques leurs actions et celles de leurs ancêtres . L’oreille, flattée par le charme de la cadence et l’harmonie du chant, les, porte bien mieux à l’ame et à la mémoire, où elles s’impriment plus profondément . Le premier exemple que leurs annales en aient conserva est celui de Moïse. Après les deux actions mémorables où, par l’assistance divine, il fit passer la mer Rouge au peuple d’Israël, et lui donna ses saintes lois après l’avoir sauvé de ses ennemis, il célébra l’un et l’autre de ces événements par ces deux cantiques dont il est l’auteur: le premier: «Chantons au Seigneur,

«parcequ’il a fait éclater sa gloire avec magni-

«ficence; il a précipité dans la mer le cheval

«et le cavalier, etc. ,» chanté au moment où l’armée ennemie, ensevelie sous les ondes, étoit encore devant les yeux des Israélites, et où les corps sans vie rouloient pêle-mêle au gré des flots de la mer: le second, chanté sur son lit de mort, et dans lequel il n’y a pas moins d’élévation: «Écoutez, ô cieux, les pa-

«roles de ma bouche, etc. ,» afin d’inculquer dans les cœurs les préceptes de la loi confirmée par tant de miracles.

C’est à la même source que remontent les cantiques dont les commencements se lisent dans le livre des Nombres . Nous voyons jusqu’ à de pieuses femmes partager cet esprit qui inspire les saints cantiques et les prophéties. Par exemple Débora nous met sous les yeux le superbe Sisara succombant sous la main d’une femme, les ennemis en déroute, les chars fracassés: elle transmet aux âges à venir la mémoire du triomphe remporté non par les mains d’un homme, mais par celles du Tout-Puissant. On connoît encore le cantique d’Anne, l’illustre mère de Samuel , à l’occasion de la naissance de son fils: c’est le même caractère de magnificence et d’enthousiasme. La Grèce a beau vanter sa fameuse Lesbienne, nous avons à lui opposer d’autres Saphos, dont la voix n’a point été l’organe de coupables amours, mais n’a exprimé que les sentiments les plus chastes et les plus tendres envers le Seigneur. Animé par ces modèles et plein du même esprit, David a consigné dans les poëmes les plus éloquents et les plus harmonieux, chantés sur sa lyre ou sur sa harpe, les bienfaits par lesquels Dieu avoit signalé sa protection sur lui, ou les entreprises qu’il avoit confiées à ses armes: autant supérieur à Alcée, à Pindare, à Horace, par la douceur et la pompe maj es-tueuse de son style, qu’il l’emporte sur eux par la dignité et l’éclat des sujets qu’il traite . Après David, vient Ézéchias digne successeur d’un tel roi, digne héritier d’un tel père; puis Isaïe , Jonas , Habacuc , poëtes historiens, qui ont perpétué par leurs chants, et marqué par un ordre successif, les merveilles opérées de leur temps. Afin de compléter cette partie de notre ouvrage, nous citons ici leurs cantiques que nous rapportons textuellement à la suite des Psaumes.

V. Les événements des temps passés rappelés dans les Psaumes.

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Arrêtons-nous un moment pour féliciter le peuple hébreu d’avoir eu pour historien un écrivain tel que Moïse, son législateur et son chef; pour poëtes, des rois qui lui ont composé des odes, des drames, des idylles, des pastorales, des préceptes pour la conduite des mœurs, exprimés en vers; enfin d’avoir trouvé dans un David, dans un Salomon, monarques si renommés, leur Simonide, leur Théocrite, leur Théognis, et leur Phocilide. Ces beaux génies ont réalisé ce vœu que Platon énonçoit si long-temps après eux, que la poésie, ce langage du ciel, ce style tout divin, fût employé exclusivement à l’éloge de la Divinité ou des hommes qui lui ressemblent. En effet, David, notre Pindare, et nos autres lyriques, n’ont point pris pour sujets de leurs chants les courses des jeux olympiques ou de futiles combats, mais les épreuves de la foi des Abraham, des Isaac, et des Jacob; les prédictions et les songes heureux, d’un Joseph; les plaies de l’Égypte, les vengeances du Seigneur, les combats livrés sous son commandement; les marches d’un peuple entier, fugitif, errant dans le désert; ses révoltes, ses crimes, et ses châtiments; ses merveilleux succès au milieu des ennemis et des dangers qui l’entourent; la loi promulguée sur le mont Sinaï dès les premiers jours de sa fuite, et sous les yeux de Dieu lui-même qui se montre dans tout l’éclat de sa majesté ; enfin toute l’histoire écrite par Moïse, sans oublier la chute de Moïse lui-même chancelant dans sa foi, et les événements qui en ont été la suite. Tels sont les sujets de ces poëmes, où les auteurs qui les transmettent à la postérité conservent jusqu’aux expressions mêmes de Moïse. En effet nous lisons dans le livre des Nombres ces paroles qui se retrouvent dans celui des Psaumes: «Ils a voient encore la Louche rem-

«plie de viande lorsque la fureur du Seigneur

«s’alluma contre eux .» David, introduisant l’arche d’alliance dans la citadelle de Sion, répétoit ces paroles qui se trouvent au premier livre des Nombres: «Au départ de l’arche,

«Moïse disoit: Levez-vous, Seigneur, que vos

«ennemis soient dissipés; que ceux qui vous

«haïssent fuient devant vous :» paroles que le saint prophète avoit bien manifestement en vue, quand il a dit dans une semblable circonstance: «Que Dieu se lève et que ses ennemis

«soient dissipés ,» et ce qui suit dans les mêmes termes que Moïse. De même encore pour le commandement fait à Aaron et à ses fils de bénir le peuple en ces termes: «Que le

«Seigneur vous bénisse, ô Israël, et qu’il vous

«prenne en sa garde; que le Seigneur fasse

«luire sur vous la lumière de son visage, et

«qu’il exerce envers vous sa miséricorde :» ce que David a transporté dans le psaume où il dit: «Que le Seigneur exerce sur nous sa mi-

«séricorde, qu’il nous bénisse, qu’il fasse luire

«sur nous la lumière de son visage, et qu’il ré-

«pande sur nous sa miséricorde .» Et lorsque, dans ces sortes de solennités ou d’autres pareilles, on rappeloit soit des passages tirés des livres de Moïse, soit des institutions antiques remontant jusqu’à lui, on ne faisoit que représenter Moïse, ou les actions du saint législateur, et les remettre sous les yeux, pour garantir l’authenticité des anciennes histoires.

Sans compter les autres témoignages rendus par le même esprit à la vérité de l’histoire des temps les plus reculés, le psalmiste n’a eu garde d’oublier les faits par où Moïse commence son récit, savoir la création de l’univers formé non à l’aide d’un instrument et des doigts, non d’une matière préexistante et façonnée laborieusement, non enfin par le concours et le frottement des atomes, mais d’un seul j et, par la volonté de Dieu; à sa seule parole, le ciel et les astres, la terre et la mer soumis à l’ordre qui les enchaîne. Ensuite Moïse nous présente ces admirables détails des faits dont se compose l’histoire d’Abraham, des patriarches, de sa personne, de tout le peuple hébreu, pour attester que le même Dieu, auteur de tant de prodiges, n’est pas un autre que celui dont la parole et le simple commandement, sans avoir besoin d’aucun emprunt, a fait jaillir du néant le monde tout entier . Fidèle à ces principes, David proclame en cent endroits le même Dieu à qui il a suffi d’envoyer sa parole, d’émettre un seul mot pour opérer tant et de si grandes merveilles, en soumettant tout sous ses lois. Ainsi nous le fait-il voir étendant le ciel comme un pavillon, couvrant d’eaux sa partie la plus élevée . Il faudroit être aveugle pour ne pas voir ici une allusion à ce texte de la Genèse: «Que le fir-

«mament s’étende au milieu des eaux, et qu’il

«sépare les eaux d’avec les eaux .» Même rapport entre ces versets du même Psaume:

«Il a fondé la terre sur ses bases; elle ne sera

«jamais ébranlée: il l’a couverte de l’abyme

«comme d’un manteau .» Et encore: «Les

«montagnes s’élèvent, et les vallées s’abaissent

«pour occuper le lieu que vous leur avez pré-

«paré : vous avez marqué aux eaux les bornes

«qu’elles ne doivent point passer, afin qu’elles

«ne reviennent plus pour inonder la terre .» Ailleurs plus clairement et dans un style pompeux: «C’est par la parole du Seigneur que les

«cieux ont été créés: toute leur armée a été

«formée par le souffle de sa bouche; il a as-

«semblé comme dans un vase les eaux de la

«mer, et a enfermé les abymes dans ses tré-

«sors .» David n’y répéte-t-il pas ce que Moïse avoit dit: «Que les eaux de dessous le

«ciel se rassemblent en un seul lieu ?» Ne nous ramène-t-il pas comme lui au principe de toutes choses, quand il dit: «Il a parlé, et

«tout a été fait; il a commandé, et tout a été

«créé ;» ajoutant par forme de corollaire:

«Il les a tous établis pour durer dans tous les

«siècles; il en a donné l’ordre qui sera immua-

«ble .» Le moyen donc de nier que David, instruit à l’école de Moïse, rappelle tout à ce commencement? Ajoutez que l’ode ou psaume, celui de tous les poëmes qui veut le plus de science, fait de continuelles applications, non seulement de l’histoire des temps antérieurs ou modernes, mais de la liturgie, des sacrifices, et des pratiques observées par les ancêtres. Or qui ne sait que chez les Hébreux, le corps de leurs lois, de leurs mœurs, de leurs usages religieux, étoit si étroitement lié à leur histoire, qu’il est impossible de les détacher respectivement l’un de l’autre? Il n’auroit donc pas été possible que David exposât dans ses cantiques tant de particularités, et l’histoire de l’antiquité tout entière, à partir de la Genèse et de la naissance du monde, qu’il les fît chanter aux Hébreux comme autant de faits de notoriété publique, s’ils n’a voient eu dans les mains et bien présente à la mémoire cette même histoire telle que Moïse l’a consignée dans les livres dont nous sommes encore aujourd’hui les dépositaires.

VI. Réfutation, par les témoignages du livre des Psaumes, de ceux qui attribuent le Pentateuque à Esdras ou autres écrivains que Moïse.

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Comment ne point s’étonner après cela de l’opinion étrange de certains écrivains, qui attribuent à des auteurs d’un âge plus moderne les livres connus de tout temps et publiés sous le nom de Moïse ? Les uns nous parlent d’Esdras; d’autres, abandonnant ce système insoutenable, s’arrêtent à une époque plus reculée, vers le temps de Salmanazar: c’est là le rêve de quelques théologiens de Hollande, qui s’isolent ainsi de tous les témoignages de l’histoire et de la tradition ; chrétiens, à les en croire, qui s’imaginent être quittes envers Jésus-Christ, quand ils en laissent échapper le nom, quand ils ne tiennent aucun compte des preuves alléguées par Jésus-Christ, et revêtues de son sceau; hommes inconséquents, qui s’embarrassent peu de tout bouleverser, pourvu qu’ils paroissent plus savants ou plus subtils que les autres, et qu’ils se jouent, sans mesure et sans retenue, sur les matières les plus graves. Pour les réfuter, il n’est pas besoin de les accabler du poids de tant d’écrivains, de tant de prophètes, de la constitution entière de la république des Hébreux, intimement liée à l’histoire et aux livres de Moïse: il suffit du seul témoignage que nous fournissent l’antiquité du roi David et la longue prescription du chant des Psaumes parmi les Hébreux. Ce qui le confirme encore, ce sont les autres cantiques qui se trouvent compris dans le livre des Psaumes. Vous y voyez Salomon, après la dédicace du temple , rappeler les dessins du temple le plus saint, le plus magnifique qu’il y eût au monde, tels qu’ils avoient été ordonnés par David son père: d’autres, célébrer divers traits de la vie des pieux monarques, retracer les désastres et la captivité du peuple juif, l’exécution des menaces faites par Moïse contre ceux qui mépriseroient ses ordonnances. Ethan Ezraïte chante la parole donnée à David et à sa postérité d’une longue domination, pour se plaindre qu’elle ait été si promptement éclipsée; et, par ses pieux accents, sollicite le retour des promesses divines. En un mot, les événements qui avoient précédé l’érection du temple, ou qui ont accompagné les époques de sa splendeur, de sa chute et de son rétablissement, nous les chantons dans leurs circonstances, dans l’ordre successif des temps: en sorte que, transportés dans nos pensées à ces distances reculées, nous en devenons les contemporains; nous nous mêlons à ces chœurs sacrés pour chanter Jésus-Christ sur la harpe des David et des autres poëtes inspirés.

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Release date on Litres:
11 October 2024
Volume:
141 p. 2 illustrations
ISBN:
4064066335700
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