Read the book: «Vide À Perdre»

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Eva Mikula

Vide à perdre

Vérités cachées sur la Bande de l’Uno blanche

Traduit par Nevia Ferrara

édité par Marco Gregoretti

Auteur : Eva Mikula

https://www.facebook.com/eva.mikula.75

evaedit23@gmail.com

Éditeur: Marco Gregoretti

marcogregoretti.gregoretti@gmail.com

Édition: 8 Media srl

8media.srl@gmail.com

Graphisme de couverture: Augusto ‘‘Ace’’ Silva

acesosilva@gmail.com

Pubblication: 2021 Italie

Droits: © 2020 Eva Mikula

DRS déposé le 22-01-2021

© Edition Il Ciuffo


Les poèmes ont des loups à l'intérieur...

sauf un : le plus merveilleux de tous...

elle danse dans un cercle de feu

et se débarrasse du défi avec un haussement d'épaules.

Jim Morrison

INTRODUCTION

La vie de chacun est la somme de ce que chacun de nous est au plus profond de nous et non de ce que les autres pensent de nous. C'est l'essence de soi qui se croise avec ceux qui nous sont proches et avec ceux qui traversent nos vies.

Je ne crois pas au destin. Le destin est une convention, une construction pour ceux qui s'apitoient sur eux-mêmes. Cependant, chacun est l'arbitre, conscient ou non, de sa propre vie, toujours et indépendamment du fait qu'il soit ou non enclin à consacrer une existence insensée et aplatie aux intérêts des autres.

Cette histoire est l'histoire d'Eva Mikula, une jeune fille qui a eu le tort de grandir très vite, peut-être trop vite, dans un contexte difficile si non impossible, et d'essayer de changer son existence pour le mieux, et cela n'a pas pu être considéré comme une faute.

Elle l'a fait avec le peu d'outils dont elle disposait compte tenu de son âge, à la recherche d'un abri, d'une stabilité et de nouvelles affections dans un monde qui lui était étranger et qui lui est vite devenu hostile, se retrouvant seule au milieu des loups.

Ce qu'elle pensait être le monde doré d'un beau conte de fées s'est rapidement transformé en un cauchemar dont il semblait impossible de se réveiller. Cela peut sembler une histoire comme beaucoup de filles comme elle, mais c'est une histoire différente, très particulière.

Eva deviendra, malgré elle, la protagoniste de l'histoire récente de la République italienne, l'histoire de la bande criminelle de l’Uno blanche qui marquera de manière indélébile son existence dès son plus jeune âge. Six criminels, dont cinq policiers en service dans différents endroits d'Émilie-Romagne, traverseront leur vie avec celle d'Eva. Des criminels qui, par leurs actions, ont produit une longue traînée de sang, de vols et de deuil de 1987 à fin 1994.

Malgré elle-même entraînée dans des histoires criminelles et des subtilités judiciaires internationales qui l'ont encore plus plongée et exposée aux moqueries publiques, elle n'a jamais abandonné, elle ne s'est jamais arrêté pour s'apitoyer sur son sort.

Eva a lutté pour survivre, pour ne pas être tuée par des criminels d'abord et la justice déformée plus tard. Elle s'est battue contre tout le monde, même contre ceux qui auraient eu la tâche et le devoir légal de la protéger. Elle l'a fait pour son sens de la justice, pour son avenir, pour sa vie sous la bannière de la normalité. Elle s'est battue et a remporté la première moitié de son match le plus important, un match encore ouvert, et doit continuer à le faire pour ne pas être à nouveau bannie par la société, par ceux qui ont des intérêts divergents quant à la vérité.

Eva est revenue dans le jeu et a décidé de le faire pour ses enfants, afin qu'ils n'aient jamais à subir d'abus ou à avoir honte de quoi que ce soit par rapport aux autres, tout comme leur mère l'a fait il y a de nombreuses années.

Bonne lecture.

Làszlò Posztobànyi

Poète, compositeur, journaliste.

Table des Matières

  INTRODUCTION

  1. C'EST MON HISTOIRE

  2. SI FORTE SI SEULE

  3. LES ARNAQUES DU DESTIN ET LES FAUSSES NOUVELLES

  4. LA PERSÉCUTION DES PRÉJUGÉS

  5. JULIA ARRIVE ET TOUT CHANGE

  6. LETTRES POUR LA VÉRITÉ

  7. J’AI ÉCHAPPÉ L'ABUS ET JE ME SUIS REVEILLÉ DANS LES BOIS

  8. UN MAL GÉNIE QUI A DIT DE M'AIMER

  9. LÀSZLÒ POSZTOBÀNYI, LE JOURNALISTE QUI M'A SAUVE’ LA VIE

  10. ÉVASION DE MINUIT. L'ARRESTATION DE FABIO SAVI

  11. EVA MIKULA, LA FILLE QUI A FAIT ARRÊTER LES VRAIS COUPABLES

  12. UNE PROTECTION PROMISE. UN ESPION MANQUANTE

  13. M’EFFACER POUR CACHER DES VÉRITÉS INCONFORTABLES

  14. I PROCESSI. LE ASSOLUZIONI. LA RICERCA DELL’INDIPENDENZA

  EVA SELON LES JOURNAUX

  La Repubblca

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  L'Unità - page 1

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  L'Unité

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  L'Unità -page 6

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  L'Unità- page 6

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  L'Unità - page 7

  L'Unità- page 7

  L'Unità- page 7

  La Repubblica 10 décembre 994

  La République

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  La République

  La République

  L'Unité

  AdnKronos

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  La République

  Corriere Adriatico

  La République

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  Il Resto del Carlino

  Corriere Adriatico

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  Il Resto del Carlino

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  Corriere Romagna – Rimini

  La Gazzetta du Sud

  PAGE 9

  La Stampa

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  Il Domani di Bologne

  Il Resto del Carlino

  Corriere Adriatico

  LES CARTES SECRÈTES

  ACTES JUDICIAIRES

  ACTES JUDICIAIRES

  ACTES JUDICIAIRES

  ACTES JUDICIAIRES

  ACTES JUDICIAIRES

  ACTES JUDICIAIRES

  ACTES JUDICIAIRES

  Biographie

1. C'EST MON HISTOIRE

Cette histoire, mon histoire, commence le 18 août 1975 sous le signe du Lion et se termine le 28 juillet 2020, jour du tournant de l'année de la catharsis.

Ce jour-là, entre des recherches aléatoires sur le Web et ce que j'ai lu sur mon passé, quelque chose a cliqué en moi. Comme si une embolie folle avait circulé à la recherche de toutes ces émotions que chacun de nous porte et garde dans l'âme.

J'ai été surpris de voir que mes sentiments : tristesse, dégoût, colère, joie et peur étaient tous en conflit total les uns avec les autres. Le long de son chemin, l'embole a également rencontré la conscience, qui à son tour a conduit à la recherche de la conscience. Dans cette grande confusion enveloppée dans l'obscurité des souvenirs, mon ego s'est exclamé :”Qui es-tu ? Qui est Eve ?”. Après un moment de silence et d'hésitation, la conscience a parlé :”Il faut renouer les fils entre nous, avec tous nos sentiments pour trouver la paix. Pour cela il faut faire un retour dans la vie d'Eve, faire un peu d'ordre sans rien négliger”.

L'embole s'est dissoute, a disparu, Eva s'est regardée dans le miroir, a repris la parole et a décidé: la vérité sera notre guide, comme toujours.

La vérité n'est pas ce que vous trouvez sur le web, écrit dans les journaux, dit à la télévision ou manipulé dans certaines salles d'audience.

Alors, le 4 août 2020, après y avoir longuement réfléchi et après avoir réorganisé les premiers documents, j'ai écrit à Marco Gregoretti, journaliste.

Un mail sec et décisif avec lequel je lui ai demandé de me recontacter.

Pourquoi lui? Je ne sais pas, je sentais que je pouvais faire confiance. J'ai réussi à avoir son numéro de téléphone aussi. Je l'ai appelé, je lui ai écrit de longs messages qui ont touché mes souvenirs, depuis que je suis enfant. Je lui ai envoyé des e-mails compliqués concernant certaines de mes lettres et d'autres, qui relataient des faits que vous trouverez dans ce livre. Je lui ai demandé de m'aider à les mettre en forme, dans un italien plus correct que le mien. Bref, je l'ai mis à l'épreuve. Je voulais comprendre si mes instincts étaient encore vivants en moi ; j'avais besoin de confirmation et de savoir que je pouvais vraiment lui faire confiance.

C'est ainsi que tout au long de l'été nous avons ressenti, écrit et échangé des opinions, des pensées et des souvenirs, même durs, très durs, comme ceux des événements liés à l'infâme Bande de l’Uno blanche, une marque d'horreur.

J'ai utilisé mille astuces pour scruter sa personnalité. Mais lui aussi était prudent au début, incrédule que je l'aie cherché, sans médiation. Ensuite, il ne nous a pas fallu longtemps pour abandonner nos méfiances respectives à leur sort. Nous avons beaucoup parlé. J'ai bloqué son email avec des documents. Je me souvins de quelques articles qu'il avait écrits sur moi ; celui de Panorama dans les jours qui ont suivi les arrestations des frères Savi et des autres membres de la bande, et celui du magazine de l'émission télévisée Quarto Grado, où il ne parlait que de moi.

Je n'ai donc pas eu trop de mal à commencer à lui parler aussi de mes enfants, de mes événements personnels, professionnels et sentimentaux qui ont traversé ma vie.

Quand nous nous sommes finalement rencontrés en personne en octobre, c'était comme si je le connaissais, pas depuis toujours, mais très, très bien.

Il m'a téléphoné du train et m'a dit que le B&B où il séjournait lors de ses voyages à Rome était fermé. Il était donc un invité dans mon établissement d'hébergement.

Il y a eu de nombreuses autres réunions, réelles et virtuelles, également en raison des limitations décidées par le gouvernement en raison de la pandémie de coronavirus.

Je lui ai dit tout ce que je voulais dire devant un miroir. Même les choses les plus intimes qui sont arrivées à une femme, dont les souffrances ont commencé très tôt, étant enfant.

Il n'y a pas de présent tant que le passé n'est pas clair; où il n'est plus nécessaire d'échapper aux injustices subies pour sortir du bois; je dois juste trouver le courage d'accepter mon histoire, la raconter à tout le monde, tout comme l'histoire du Petit Chaperon Rouge est racontée à nos enfants. Maintenant, j'écris mon histoire pour moi-même, entourée d'un faisceau de lumière.

2. SI FORTE SI SEULE

En 1999, à 24 ans, j'ai décidé de passer à autre chose. Les sept procès criminels contre moi étaient terminés. Dans ma tête je n'avais que ma vie, mon avenir. J'ai dû laisser un morceau du passé, rester à l'écart de la télé, des projecteurs de la scène publique, car tout ce qui parlait de l'histoire de la Bande de l’Uno Blanche, des procès, de ma vie privée, était agaçant, ça me faisait inconfortable. Elle ne représentait pas la vraie Eve, je n'étais pas celle que les médias racontaient à l'opinion publique.

Cette parenthèse ne m'appartenait plus. Je voulais que l'oubli efface la figure stéréotypée de la femme du chef de la bande des criminels meurtriers, pour tout le monde j'étais toujours et seulement l'ex-petite amie de Fabio Savi.

Il était temps d'essayer de réaliser les rêves que j'avais cultivés depuis l'enfance. Je devais trouver ma "logique", mon chemin, du moins ce que ma tête et mon cœur me demandaient, ce n'est qu'ainsi que j'aurais eu plus d'espoirs et plus de possibilités, car, jusqu'à ce moment, les figures masculines de ma vie avaient seulement transmis des traumatismes, des illusions, des trahisons et des souffrances.

C'est en 1999, lors d'une soirée avec des amis, que j'ai rencontré l'entrepreneur napolitain de chaussures, sexagénaire, Franco. Son entreprise avait conquis une bonne part du marché italien dans la production et la distribution de chaussures. Ses points forts étaient la ligne casual, fabriquée à Alicante, en Espagne, et la ligne "mode" conçue dans une usine près de Naples, qui est également le siège de la direction de l'entreprise. Cela m'a donné l'occasion de lui montrer les créations dans lesquelles je m'étais essayé à imaginer des modèles de chaussures pour femmes à proposer la saison suivante. Il les a examiné attentivement. Il les a aimés et en a choisi quelques-uns, suite à son professionnalisme incontestable acquis au cours d'années d'expérience dans le domaine.

Ses neveux, fils des sœurs, travaillaient également avec lui. C'était un engagement constructif qui m'a offert l'opportunité de voyager. Je me sentais épanouie et satisfaite. Franco m'a traitée comme une fille et a joué un rôle important dans mon processus de maturation, en tant que femme et en tant qu'entrepreneur. Il m'a pris à cœur, il m'a présenté sa famille, sa femme, ses deux filles, tous ses collaborateurs et amis.

Il était au courant de mon histoire, appris des journaux et des télévisions, mais il était toujours très respectueux de la décision de tout laisser derrière, il ne m'a jamais rien demandé avec l'intention d'en savoir ou d'en apprendre plus. Il était seulement intéressé que je puisse grandir professionnellement, que je m'intègre dans la société et que je sois protégée des risques que peut courir une belle jeune fille solitaire, proie facile des mécanismes qui te détachent de la réalité et d'un mode de vie sobre.

Franco était comme un père, capable de me transmettre la valeur de l'indépendance, de m'apprendre les techniques du commerce, la gestion du travail et la vie privée. Cependant, je n'imaginais pas que le désenchantement était, encore une fois, au coin de la rue.

Je me suis rendu compte que ses neveux, quelques années plus âgés que moi, n'avaient pas un comportement commercial approprié. Par exemple, ils ont pris une commande de mille paires de chaussures chez un grossiste, mais n'en ont facturé que huit cents. Le reste, ils l'ont encaissé en noir et l'argent s'est retrouvé directement dans leurs poches. Ils l'ont fait pour leur propre intérêt, au détriment de l'entreprise. J'en ai parlé à Franco, lui apportant les preuves. Il était très mal là-bas.

Il a convoqué ses neveux, il s'agissait d'une entreprise familiale, il y avait donc un risque très élevé de créer des fractures irréparables même entre proches. Les deux neveux ont été clairs et intransigeants : "Soit on y va, soit Eva s'en va!".

J'ai anticipé toute réponse de Franco, j'ai pensé à résoudre la question qui aurait pu devenir très douloureuse pour lui : "Tu n'as rien à décider, j'ai déjà décidé. Je pars". Je suis sorti avec regret, je ne lui ai même pas laissé le temps de répondre. Je suis parti pour toujours, mais alors même que je partais de là, je pensais en moi-même : Eva tu dois réaliser quelque chose à toi, exclusivement à toi".

Pendant plus de quatre ans, de 1999 à 2003, j'ai été une femme célibataire heureuse, indépendant, sans homme pour”embêter y rompre les plans". Je ne voulais plus rien partager avec qui que ce soit dans ma vie privée. L'événement, à certains égards douloureux, qui a provoqué ma sortie de l'entreprise de Franco et mon renoncement conséquent au parapluie protecteur qu'il représentait pour moi, m'a convaincu que le moment était venu de devenir le protagoniste absolu de tous les aspects de ma vie, tout en maintenant une belle amitié avec lui.

Entre-temps, je me sentais de plus en plus partie prenante de la société italienne. Dans un pays où tout s'était passé : société en crise, terrorisme, finance spéculative, j'ai vu un nouveau monde avancer. Et cela ne semblait pas si loin que je ne pouvais pas tendre la main et l'attraper.

Je n'avais plus à et ne voulais plus dépendre de personne, ni des hommes, ni d'un emploi subalterne, rien de tout cela, uniquement de mes compétences professionnelles. Je n'étais pas fiancée, je ne voulais pas être fiancée et je ne le ferais pas tant que je ne sentirais pas la terre ferme sous mes pieds. J'aspirais à des certitudes qui ne pouvaient se concrétiser que par la création de ma propre entreprise, la possession d'une maison, d'une voiture à moi.

Non pas que je n'avais pas eu de propositions ou d'opportunités de créer des liens émotionnels avec quelqu'un, mais je les ai rejetées avec une facilité désinvolte. J'ai juste ressenti un fort besoin de m'ouvrir à moi-même, vers quelque chose qui me faisait du bien. Je cherchais une clé pour tirer, pour courir.

Une fois, un ami m'a dit : "Dans la pratique des arts martiaux anciens, nous apprenons à revenir au point de départ, à travers la maturation que l'on atteint avec des années et des années d'entraînement.

Cela signifie que la première technique que nous avons apprise quand nous étions de jeunes amateurs, après un voyage fait de défis et de combats infinis, nous sommes capables de l'intérioriser et de l'exécuter avec la force d'une montagne et avec la sagesse d'un vieux maître" .

Quelle a été ma première "technique" quand, précisément en tant qu'"imberbe", je me suis enfuie de ma maison ? Celui de travailler comme serveuse dans un bar-restaurant de Budapest. Je me sentais bien, important, satisfait et libre derrière ce comptoir ou servant entre les tables. Même la vaisselle.

Voilà, c'est comme ça que l'ampoule s'est allumée! On m'a donné l'idée de revenir à mon point de départ : chercher et trouver rapidement un endroit pour monter une entreprise de restauration. Vous voulez mettre des cafés et cappuccinos italiens ? Et la nourriture ? J'imaginais déjà ma créativité et mon envie de concevoir de nouvelles choses au service des gens, avec peut-être quelques touches de cuisine hongroise et roumaine.

Que faire? Je rêvais d'un bar-restaurant, je voulais servir les gens. J'ai commencé à rechercher et à étudier les procédures d'acquisition d'une licence. J'ai vite découvert que ce n'était pas facile dans ces années-là, acquérir une licence pour un diner bar déjà commencé, ça coûtait cher, ils ont tous commencé avec des demandes minimum de cent cinquante mille euros. Et qui avait autant d'argent?!? Sans parler des autres frais nécessaires à l'ouverture d'une entreprise de ce type.

Devant ma maison, à Rome, il y avait un magasin de fruits et légumes. L'espace n'était pas très grand, environ 120 mètres carrés. Du balcon, j'ai observé que très peu de gens entraient dans ce magasin. Je me suis souvent demandée comment les propriétaires faisaient pour avancer. J'ai donc pensé qu'il ne serait pas difficile de convaincre les propriétaires de louer ou de vendre le commerce. J'ai enlevé le sujet, je suis entrée et j'ai demandé : "Avez-vous une idée, si dans ces parties il y a un espace commercial à louer ?". Ils ont répondu qu'ils ne savaient rien, qu'ils n'avaient rien entendu ni même vu de signes à proximité. J'insistais : “ Pour ne pas être intrusive, excusez-moi si je suis directe, quand expire votre contrat ? Cet espace et aussi la position seraient parfaits pour moi “. Pour dorer la pilule j'ai ajouté : “ Si vous avez l'intention de vendre, peut-être pourrez-vous vous mettre d'accord sur une petite indemnité de départ “. Mais j'ai été déçue. Apparemment, il n'y avait pas de vente de la boutique dans leurs plans.

"Non" ils ont répondu presque à l'unisson. “ Nous vivons de cela. Nous n'avons pas l'intention de partir." Je pense, je sens surtout, que certains événements de notre vie, notamment ceux concernant la sphère de ce que nous aimerions qu'il se passe, dans les affections comme dans le travail, bref, dans l'existence, n’arrivent pas par hasard.

La chance ne peut pas toujours être une coïncidence, je crois davantage au pouvoir de la pensée et des désirs. Et à ce moment-là en tête de liste de mes projets, il y avait en train de donner forme à une activité commerciale : le projet d'ouvrir un bar restaurant, diner, dans ce quartier de Rome.

Mais la première tentative concrète pour commencer à poser les fondations ne s'est pas bien passée. Du moins, c'est ce que j'ai pensé. Oui, car au bout de quelques semaines, toujours en regardant du balcon de la maison, j'ai vu une camionnette avec la porte arrière ouverte, devant le magasin. Ils ont chargé les meubles et quelques cartons. Les propriétaires avaient renoncé : ils n'avaient plus l'intention de poursuivre leur activité. À mon avis, ils ne pouvaient même pas couvrir leurs dépenses car un supermarché avait ouvert à proximité.

C'était une opportunité à ne pas manquer. Dans le parfait style Eva, j'ai tout de suite pris contact avec les propriétaires des murs, un couple de personnes âgées. Il était vraiment très gentil, elle était une sorcière. Homme d'autrefois, Calabrais. Je lui ai dit : “ J'ai vu qu'ils quittaient les lieux. Je veux le prendre".

Chance ou coïncidence ? Voici ce qui m'est arrivé à l'époque. Et puis dites-moi si je n'ai pas eu une main du ciel, qui m'a ouvert la voie pour réaliser mon projet, qui était aussi mon rêve. Dans les murs de cette rue, il n'y avait jamais eu de bar ni même de restaurant.

J'avais besoin du permis. J'ai appelé le bureau en charge de la municipalité. Comme les permis étaient cotés pour chaque quartier, j'ai demandé s'il y en avait un gratuit près de la rue qui m'intéressait. L'employé a répondu que non, il n'y avait rien de disponible. J'étais énervée mais je n'ai pas abandonné, j'ai insisté au téléphone. Je l'ai convaincue de vérifier. "Attendez, attendez... donnez-moi s'il vous plaît le numéro qui vous intéresse... montrez-moi quelque chose". J'ai dicté à nouveau l'adresse exacte et, comme par magie, elle m'a répondu : "Vous avez de la chance mademoiselle, car du numéro 700 au 780 les licences sont gratuites !". C'était maintenant chose faite, j'ai obtenu la licence de la commune sans avoir à la reprendre à d'autres, en ne payant que le coût des documents administratifs. J'ai loué les locaux et contacté la Région Latium pour obtenir le financement dédié à l'entrepreneuriat féminin, j'avais les exigences du décret législatif n° 185/2000. Je m'étais également inscrite au cursus de formation aux métiers de l'alimentation et à l'administration des denrées alimentaires pour étudier et obtenir l'exigence professionnelle.

Après neuf mois, tout comme le temps d'une grossesse et après un investissement de deux cent mille euros, j'ai réalisé mon sort de rêve: j'ai inauguré le bar, restaurant et diner, qui, en peu de temps, est devenu le fleuron de la gastronomie et du bevarage de la région.

J'avais refait tous les intérieurs : la maçonnerie, les systèmes, la cuisine, les salles de bains, les vestiaires, le hall, le mobilier, le graphisme, bref, tout. J'ai fait une sélection rigoureuse du personnel en fonction de l'envie de faire et de l'envie de grandir. Les choses allaient bien, vraiment bien, j'étais heureuse. J'ai commencé à travailler le matin à six heures et je suis rentré à minuit, coude à coude avec mes employés, nous avions formé une bonne équipe.

C'était fatiguant, mais le temps n'était pas perdu. Au bout d'un an, l'affaire était lancée, les clients étaient nombreux et, pour beaucoup, des habitués.

J'étais enfin maître de moi-même et de tout ce qui m'intéressait : je n'avais pas de partenaires, je n'avais pas de petit-ami ni de mari. Libre et heureuse je n'avais confiance qu'en moi, je surveillais en permanence le travail de mes employés, je gérais et planifiais ma petite entreprise au quotidien, je ne déléguais rien à personne. J'ai fait installer un système de caméra pour que tout soit en sécurité et j'ai pris soin des clients, offrant un service de première classe chaque jour, où le sourire ne manquait jamais. C'était mon truc et ça marchait très bien. La passion du travail a stimulé la créativité et les idées.

Pendant les week-ends, l'endroit est également devenu un lieu de rencontre pour les jeunes du quartier, qui se sont ensuite rendus le soir au centre de Rome dans les quartiers les plus attrayants de la vie nocturne. J'ai proposé un large choix d'apéritifs et transformé le bar en pub en mettant de la musique lounge et des lumières tamisées. Donc, à la fin, beaucoup de ces gars sont restés avec moi toute la soirée. Ils préféraient ma place aux raids au centre.

De nombreux citoyens roumains vivaient également dans ce quartier. La communauté était grande et forte. J'ai contacté un cuisinier roumain et le dimanche j'offrais des plats de la cuisine typique de mon pays. Ils venaient à moi en groupes de plus en plus nombreux. J'ai dû mettre les tables dehors.

Pour transmettre l'idée du succès de ces dimanches à base de cuisine roumaine : j'ai acheté des palettes entières de bière, mais elles ne suffisaient jamais.

Le destin, qui n'est pas un hasard, frappe toujours à votre porte quand vous vous y attendez le moins, comme pour vous rappeler qu'il ne vous abandonne jamais. Il s'agit juste de comprendre s'il faut l'accepter, se laisser aller dans ses bras ou s'il faut résister : c'est juste une question de choix. Cependant, c'est à l'apogée de mon succès en tant que restaurateur, que les appels téléphoniques d'amies qui se plaignaient parce qu'elles avaient perdu ma trace sont arrivés sans pitié. Comment les blâmer. Je ne pensais qu'au travail et je ne les cherchais plus. Une d’entre elles est devenue plus insistant que les autres.

“ Eva, tu as disparu, tu n'es plus sortie. Puisque tu as cet endroit, tu es enterrée là-dedans “. Elle avait absolument raison. Les relations et surtout les amitiés doivent être cultivées et entretenues ; ils sont bons pour l'esprit s'ils sont purs et sincères.

C'est ainsi que j'ai accepté son invitation à sortir un soir : “ Allez, la semaine prochaine on se retrouve, mardi on inaugure un théâtre musical en direct, viens avec moi, j'ai déjà les invitations “. J'y suis alléd en venant directement de mon restaurant, je ne m'étais même pas habilléd de façon chic, seulement un pantalon et une chemise. L'événement était sur la Piazza dei Cinquecento; après un peu plus d'une heure, j'ai dit à mon amie que je partirais, car le lendemain matin, j'ouvrirais, comme toujours, à six heures.

Appuyé contre le mur, il y avait un type qui parlait au propriétaire du théâtre musical. Pour atteindre la sortie, j'ai été obligé de passer entre eux. Se référant à moi, l'un des deux, celui adossé au mur, a dit en me faisant entendre : “ Voilà! Les filles comme elle, il faut inviter “. Comme je suis une personne d'esprit, j'ai rétorqué à la volée : "En fait, je n'étais pas invitée, mais mon amie". Lui, comme on dit à Rome, comme un grognon ... a rapidement répondu: "Mais alors je voudrais t’inviter à dîner samedi ...". "Si je me souviens de toi jusqu'à ce jour, pourquoi pas ?!" j’ai répondu en souriant en lui tendant ma carte de visite. D'après son apparence et ses vêtements raffinés, il semblait être un type plein de lui-même. Ma réponse l'avait pris par surprise et j'en ai profité, avec une touche féminine, pour sortir sa pochette de la poche de sa veste. "Viens le reprendre si tu veux" j’ai conclus en souriant en partant.

Le lendemain, il était déjà avec moi, à l'intérieur de la pièce.

Destin ou coïncidence étant donné qu'il était Biagio et qu'il deviendra le père de mon fils ?

Sans prévenir, il s'est présenté à mon bar-restaurant. Il était environ 18h30. Je n'étais pas là à ce moment-là, j’étais allée chez le comptable. Alors que je rentrais, le téléphone a sonné et j’ai garé pour répondre. C'était un de mes employés : “ Madame, il y a deux personnes ici qui vous cherchent “ J’ai démandé de parler avec eux. Biagio, amusé et d'une voix audacieuse, a dit : “ Tu vois ?! Je suis venu te voir, mais si tu veux, puisque tu n'es pas là, à une autre fois...".

J'aurais aussi pu lui répondre : Bon allez, reviens un autre jour.

Au lieu de cela : "D'accord, je reviens, mais vous êtes deux, qui est l'autre ?", Il a répondu : "C'est un ami à moi. Je ne suis jamais venu ici et sans lui je me serais sûrement perdu, j'ai amené le navigateur humain “ comme s'il parlait d'un lieu imaginaire hors de ce monde.

Il vivait près de la Piazza del Risorgimento, vaniteux et snob, il ne pouvait pas se baisser à la périphérie. Quel est le problème avec la route qui mène au lac?

Je me suis demandé pendant qu'il faisait de l'esprit. Quoi qu'il en soit, j'ai parlé avec le serveur et j'ai suggéré : “ Offrez-leur ce qu'ils veulent, j'arrive “. Biagio était à l'intérieur avec son ami. Il l'avait laissé l'accompagner, comme il me l'avait dit au téléphone, précisément pour qu'il puisse jouer le rôle de navigateur : il avait travaillé chez Sip (aujourd'hui Telecom) et connaissait tous les recoins de Rome et de son arrière-pays.

Le barman, en entrant, m'a dit que pendant l'attente ils avaient brossé la moitié du comptoir : bonbons, pâtisseries, chocolats.

Ce jour-là, mon histoire avec Biagio a réellement commencé. J'avais commencé avec un beau gosse qui ne manquait jamais une occasion de me faire remarquer. Moi, le perdant qui habitait à la campagne, à la périphérie nord de la capitale, lui bourgeois qui habitait le centre, le cœur battant de la métropole : “ J'aime sentir la puanteur de l'asphalte. Tout ce vert fait tourner la tête, trop d'oxygène, il a répété comme un disque rayé.

Je ne serais jamais allé à Rome, dans 50 mètres carrés, laissant ma belle maison de 200 mètres carrés, en pleine nature. De plus, j'ai préféré payer l'hypothèque et avoir mon propre appartement pour toujours, plutôt que de débourser l'argent pour le loyer tous les mois.

Il a finalement accepté : ensemble oui, mais chez moi. C'était vraiment très fatiguant. Rien ne lui convenait. Nos goûts étaient très éloignés. "Pourquoi t'es-tu acheté une maison ici? Et pourquoi l'as-tu décoré de cette façon? Avec tous ces trucs ? “.

Il aimait le minimalisme extrême : une table, un canapé et une télévision. Il était avec son souffle sur mon cou pour changer tous les meubles. Je n'y pensais même pas de loin, chaque recoin me parlait, des sacrifices que j'avais dû affronter pour donner à la maison l'image dont je rêvais.

Sa pression a vite commencé à me déranger, je ne pouvais pas tolérer que les résultats de mes sacrifices soient remis en question. “ J'ai transpiré de mon front pour monter cette maison. Et je ne pense pas que tu as fait beaucoup mieux que moi “.

Cependant notre histoire a continué. Ce n'était peut-être pas le mieux pour moi, mais je n'étais pas mal avec lui. C'était un type génial et intelligente avec un diplôme en droit et une expérience de travail dans le secteur immobilier. Et puis j'ai voulu devenir mère : je suis tombée enceinte d'un enfant que nous voulions tous les deux.

Biagio avait quarante-quatre ans, ne s'était jamais marié et était très proche, peut-être trop, de ses parents. Pour cette raison, il n'a pas absolument ressenti le besoin de devenir père, mais il a fortement ressenti le besoin de donner un petit-fils à maman et papa.

Il avait bénéficié toute sa vie de la générosité de ses parents, qui le pressaient désormais d'avoir un petit-enfant et il voulait leur faire plaisir.

En août 2003, enceinte de 5 mois, comme toujours, je suis allée rendre visite à mes parents, pendant que Biagio s'occupait de son travail. A cette époque précise, il suivait Saadi Kadhafi, un footballeur de Pérouse, fils du dictateur libyen. Ses besoins étaient très variés et il avait besoin d'un conseiller juridique également pour la recherche du logement qui devait convenir pour accueillir, à son arrivée en Italie, sa femme avec tout le trousseau de compagnons, chiens et gardes du corps. Après deux semaines en Roumanie, je suis rentré en Italie en avion.

A Fiumicino, au contrôle des passeports, ils m'ont arrêté. Selon la police des frontières, je n'aurais pas pu atterrir en Italie car, étant résident de Rome, j'aurais eu besoin d'un permis de travail. Un puzzle bureaucratique à l'italienne. Ou un dépit à Eva Mikula, à l'inconfortable Eva Mikula.

C'étaient les années où les citoyens roumains pouvaient entrer librement et sans visa pour un séjour maximum de trois mois en tant que touristes. Moi qui résidais depuis 8 ans et une entreprise démarrée avec 8 salariés, je n'ai pas pu entrer. Ils voulaient me renvoyer en Roumanie. J'ai appelé Biagio. Il est venu en courant.

Mais ils ne nous ont même pas laissés nous rencontrer. Je ne pouvais le regarder qu'à travers les fenêtres. Je ne me sentais pas bien. Ils m'ont seulement autorisé à sortir de la valise les médicaments dont j'avais besoin pour la grossesse. J'ai paniqué : le lendemain matin, je devais ouvrir l'entreprise. J'imaginais les employés m'attendant et les clients prenant leur petit déjeuner assis au bar.

Le lendemain matin, au changement d'équipe, j'essayai à nouveau d'expliquer l'absurdité de ce qu'ils faisaient. J'ai enfin pu entrer en contact avec un avocat rompu à la législation relative aux visas d'entrée, en vigueur à l'époque. Il s'est avéré que le mystère pouvait avoir deux raisons : l'incompétence totale des policiers ou la fureur ciblée sur mon nom. Penser mal... La loi, en effet, a établi que le visa d'entrée n'était obligatoire que la première fois pour ceux qui entraient en Italie pour des raisons professionnelles. Ou pour ceux qui n'avaient pas encore de résidence indéterminée. L'avocat a appelé le bureau de la police des frontières. Et ils m'ont laissé passer. Avec la tristesse et l'amertume de ceux qui se sentent importuns. Une femme enceinte d'un enfant avec un père italien qui payait des impôts en Italie depuis des années, forcée de dormir sur un banc d'aéroport. De Fiumicino, je suis allée directement à mon bar-restaurant. Je n'avais pas le temps de m'apitoyer sur mon sort.

Une question me tourmentait : "Comment fonder une famille et gérer une entreprise avec ces rythmes, avec ces horaires ?". J'étais à la croisée des chemins : famille ou travail?

Biagio n'aimait pas l'idée que je dirigeais un club, que je travaillais dans un bar-restaurant : “ Ce n'est pas une activité qui teconvient, un bureau serait plus adapté ; un travail plus important pour toi, au lieu d'être parmi des gens qui ne savent ni parler ni écrire, qui viennent prendre un café avec des chaussures de chantier boueuses. Tu ne peux pas être parmi ces gens “. J'ai répondu : “ Ces gens boueux me nourrissent. "Qu'est-ce que ça veut dire?" Biagio a rétorqué "Alors marie-toi à un boucher qui a beaucoup d'argent, plutôt qu'à une personne distinguée". J'ai décidé de vendre l'endroit.

Francesco est né, une joie infinie, j'étais enfin maman ! Ma nature, cependant, ne pouvait pas fléchir, en fait au bout d'un mois je piaffais déjà : il fallait absolument que je me remette à faire quelque chose, à travailler, aussi parce qu'aucune sorte d'aide financière ne venait du père de l'enfant et j'avais toujours l'hypothèque à payer.

On ne peut pas vraiment dire qu'il était le mari typique du passé : il travaillait et apportait la subsistance de la famille et sa femme à la maison pour s'occuper du ménage et des enfants.

Alors j'ai commencé à me poser des questions. Fondamentalement, je pensais: “Il ne comprend jamais rien à propos de moi, cela me fait me sentir à ma place, inadéquate”, alors mon estime de moi a commencé à faiblir.

Je cherchais des réponses dans mes souvenirs : qu'est-ce qui m'avait frappé chez lui ? Pourquoi avait-il réussi à me convaincre ? Je crois au raffinement apparent ; sentiment peut-être accentué par le fait qu'il sortait des canons des gens que j'avais connus et fréquentés jusque-là. Déjà à partir de cette pochette que j'ai sortie de sa poche, il était évident que c'était un homme de bon goût, bien habillé au moins, mais l'humilité et la modestie ne l'habitaient pas. Je pensais que ce serait, à certains égards, un bon guide. Et je peux dire que, dans certains domaines, comme le professionnel, ça s'est passé comme ça.

A l'époque où j'ai commencé à y assister, l'histoire qui malgré moi m'avait mis sous les projecteurs de la notoriété et qui m'avait fait vivre sous protection amenée dans les salles d'audience, très loin de la vie dont je rêvais, était encore très bien connue.

Même si c'était un passé que je voulais encore laisser derrière moi, j'en ai parlé à Biagio en évitant de décrire trop de détails. Il ne m'a jamais jugé. Mais lui aussi avait posé quelques questions, et, peut-être pour cette raison même, j'ai commencé à les poser aussi.

La passion, dans mon imagination, c'était autre chose. Un autre sorte de rêve? Qui sait, on ne peut pas tout avoir dans la vie ; quelqu'un comme moi, pas une sainte avec une jupe et des danseuses, avec une vie normale dans le salon de maman et papa ; celui qui avait vécu à la limite, bref, une femme déjà passée par le hachoir à viande des expériences de vie, aurait pu ruiner sa réputation, son équilibre de rejeton d'une famille de la haute société de Rome.

Je me suis plutôt retrouvée dans les paroles de la chanson de Loredana Berté : “ Je ne suis pas une dame, une avec toutes les étoiles dans la vie... mais une pour qui la guerre n'est jamais finie “.

Je ne sais pas si c'était bon ou pas, mais Biagio a consulté son ami, celui qui lui a servi de navigateur lorsqu'il est venu me rendre visite pour la première fois dans mon restaurant. “ Ne te soucie pas de son passé “ il lui a dit “ Eva est belle, intelligente, autonome, indépendante, elle a une maison accueillante. A ta place je me jetterais à corps perdu".

Pas vraiment tête baissée, mais Biagio a suivi le conseil. Il gardait un peu de distance, une pensée rétro, plus qu'autre chose. Selon lui, je manquais de culture, d'études, de style italien. C'était comme si je n'attendais rien d'autre. Après tout, l'une des frustrations les plus profondes que je portais à l'intérieur était précisément celle d'avoir interrompu l'école lorsque je me suis enfuie de chez moi.

J'aimais les livres, je voulais grandir culturellement, apprendre, comprendre, savoir. Par ailleurs, j'ai commencé à étudier la jurisprudence, sujet dont empiriquement, sur le terrain, j'avais appris non pas tout, mais beaucoup, notamment des mille courants du droit pénal.

Pendant les cinq années de procédure judiciaire et les sept procès contre moi, de 1994 à 1999, j'ai lu attentivement tous les actes de procédure et j'ai procédé aux côtés de mon avocat.

J'ai bien compris de nombreux aspects de votre façon de monter les procès pénaux. Mais je m'intéressais au droit civil et j'ai donc commencé à l'étudier ; il m'aurait été très utile de relever un nouveau défi professionnel que j'étais persuadée de pouvoir lancer et remporter : le secteur de l'immobilier, en tant m'a donné de l'anxiété.

J'ai aussi ajouté un peu de pratique aux livres; au départ Biagio m'a donné un coup de main, surtout quand je devais écrire des lettres, il me les écrivait, ou il les corrigeait. Pourtant, quand je lui ai dit que je voulais m'essayer aux ventes aux enchères judiciaires, un environnement dur et difficile, consolidé dans les classiques "tournées à l'italienne", il a pris un peu de côté.

Biagio n'a pas vu d'un bon œil ce choix. “ Ce n'est pas pour les débutants “, il ma dit déconseillé, mais très poliment, il m'a laissé m'engager dans cette voie.

Et il a bien fait, très bien ! J'ai commencé ma nouvelle expérience professionnelle en tant que secrétaire dans une entreprise qui me rémunéra très peu, mais la pratique dans le domaine me manquait pour gagner en expérience.

En fait, puis j'ai décollé, et de secrétaire je suis passé d'abord à manager puis à manager: j'avais des gens à gérer et des tâches de plus en plus difficiles et exigeantes.

Naturellement, comme si c'était la conséquence de ce que j'avais rapidement construit aussi dans ce domaine, en poursuivant le défi lancé, je me suis retrouvé à nouveau l'arbitre de moi-même et, une fois de plus, je me suis remis à moi-même.

Avec Biagio, du point de vue sentimental, l'histoire s'était beaucoup refroidie. Il ne pouvait en être autrement : nous avions des caractères et des visions de la vie très différents, presque aux antipodes. Mes yeux avaient vu des choses qu'il ne pouvait même pas imaginer. Il a vécu avec un film noir et ne s'en est pas rendu compte. J'étais le film et il était célibataire dans la famille. Il ne savait même pas comment saisir l'opportunité que cette femme pouvait représenter pour sa croissance dans le monde réel, pas celui facile des bons quartiers, le dos toujours couvert dans tous les sens, par ses parents. Ce qui était certain, c'est que je ne pouvais pas espérer changer un homme de plus de quarante ans. Etrangement pourtant, l'accord sur les travaux avançait bien, ça marchait, nous étions comme deux partenaires sans entreprise formalisée.

Afin de ne pas penser au vide sentimental, au malheur du couple, j'ai travaillé de plus en plus intensément, donc presque sans m'en rendre compte, j'ai pris un temps important aussi à mon fils, à sa croissance.

Biagio, cependant, a continué à représenter une étape importante pour moi, du moins dans ce que nous avions construit ensemble professionnellement. C'était une personne correcte, de parole et qui ne m'a pas fait de mal, du moins physiquement.

Psychologiquement, cependant, lorsque mon succès a commencé à galoper, ses tentatives pour attaquer mon estime de moi sont devenues de plus en plus fréquentes : “ Tu ne sais pas comment les choses fonctionnent en Italie “, une phrase déjà entendue dans le passé par une autre personne dont le nom était Fabio Savi.

A son avis, je n'étais pas adapté au système italien ; il le connaissait mieux que moi et donc, par défaut, seule sa façon de penser et sa façon d'agir étaient justes. Bref, il me mortifiait, c'était un grand provocateur et querelleur de caractère, il aimait les drames napolitains. Je n'aurais pourtant pas imaginé que cette attitude de la sienne se manifesterait aussi au foyer, pour l'éducation de notre fils. J'ai essayé d'imposer des règles, de m'efforcer de ne pas céder à tout, de ne pas consentir à toutes les demandes de l'enfant. Dire non à certains fois. Bien sûr, il est plus facile de toujours dire oui ; c'est pour le moment, alors qui sait quand il grandira à quoi il peut s'attendre s'il est habitué à avoir tout ce qu'il veut. Biagio, c'est exactement ce qu'il a fait, il l'a élevé en le gâtant et en m'excluant du processus éducatif. Donc papa était Dieu et maman une nuisance. L'espace et le rôle de la mère ont été annulés, j'ai été mis de côté dans un coin : “ Maman ne comprend pas de toute façon, elle vient de Roumanie “.

J'ai vécu ce double drame à la maison : exclue en tant que mère et sans amour. Biagio me semblait de moins en moins empathique, j'étais une femme qui ne se sentait pas aimée, non pas parce qu'il ne m'aimait pas, je suis persuadée qu'à sa manière, il avait beaucoup d'amour pour moi, mais je n'ai presque jamais l'a perçu.

La vie, les vicissitudes, les douleurs, les peurs avaient eu sur moi pour effet de ne jamais me laisser abandonner, de ne pas laisser les choses en deux et de me couper les cheveux en quatre pour comprendre, me donner des explications. Alors le mot "empathie" m'a pris. Il a capturé mes pensées, ma logique, puis j'ai commencé à l'étudier pour en apprendre le sens. J'ai compris l'importance de cet aspect de l'être humain, de sa nature.

Pourquoi n'ai-je pas ressenti l'amour de Biagio ? Dans mon imaginaire je portais la blouse blanche et la casquette à croix rouge et devenais la nourrice de la cohabitation et de la famille. J'étais naïvement convaincue que si j'avais compris son problème, de Biagio, j'aurais donné un coup de fouet à notre relation et j'aurais fait en sorte que l'enfant voit l'harmonie entre ses parents amoureux.

J'étais naïve en effet, car penser à pouvoir résoudre notre problème uniquement avec ce type d'attitude et sans la collaboration de l'autre partie, était une mission perdue dès le départ.

Alors, après une énième bagarre, comme toujours pour une raison triviale, je me suis demandée : “ A quoi ça sert d'être infirmier de la Croix-Rouge ? Je suis juste malade. Avec lui ou sans lui, qu'est-ce qui changerait dans ma vie ? Cela pourrait sûrement changer pour notre fils qui n'entendrait plus les cris des parents qui se disputent “. Nous les femmes, confrontées à de fortes motivations, savons être déterminées : lorsque nous fermons, nous revenons à peine sur nos pas. Je l'ai fait.

Nos amis ont été stupéfaits et m'ont évidemment durement critiqué. Je ne peux pas les blâmer entièrement, Biagio, en fait, avait un double visage. Loin du contexte familial, du privé, il était la personne la plus adorable, la plus communicative, la plus distinguée, la plus élégante et la plus expansive qui soit. Il a su se faire aimer de tout le monde, son grand mérite.

Avec moi à la maison, c'était une personne complètement différente, et personne ne me croyait. Même un de mes amies a dit que je mentais, qu'il était impossible que Biagio soit celui que je lui ai décrit lors de nos conversations amicales, pour tenter d'expliquer les raisons de notre séparation.

Pour lui faire comprendre de quoi je parlais, j'ai secrètement enregistré ce que Biagio disait d'elle et lui ai fait écouter "Alors maintenant tu me crois ?" Elle a acquiescé.

Je n'ai fait la guerre à personne ; Je n'ai pas porté plainte, je n'ai pas fait appel au tribunal pour avoir la garde de notre fils, j'ai entretenu des relations adaptées à la situation et un dialogue ouvert, qui fonctionnent toujours très bien maintenant, même si Biagio a essayé de tout faire pour me faire changer d'avis et Reste avec lui. Il a gâté notre fils de manière de plus en plus flagrante, sachant qu'en agissant ainsi il l'éloignerait de moi et que, précisément pour cette raison, j'aurais peut-être pris du recul.

Biagio était bien conscient du fait que pour moi, fonder une famille avait été l'aboutissement d'un grand rêve. Cela me pesait de ne pas avoir eu la certitude empathique d'être aimée. Même dans les petits gestes.

Parfois un mot prononcé avec admiration aurait suffi : "Brava !". Ce n'est pas anodin : l'envie d'un compliment sincère a toujours fait défaut. Depuis que je suis enfant. J'en avais besoin et bien.

Les câlins du coeur. Curieusement, le vert n'a plus donné mal à la tête à Biagio et la puanteur de l'asphalte au centre de Rome ne lui a pas tellement manqué. Il est parti à contrecœur.

Je souffrais en silence lorsque Biagio est venu chercher l'enfant plus tôt que prévu. Mon cœur pleurait s'il lui demandait de partir plus tôt ou lorsqu'il n'avait pas le plaisir de venir me voir aux jours fixés. En tant que mère, j'aurais pu engager un avocat pour faire valoir mes droits. Mais cela aurait été frustrant pour un garçon de sept ans : j'ai continué à verser des larmes amères, profitant de chaque petit temps accordé pour être avec lui et lui transmettre mon amour, en évitant autant que possible les querelles avec son père. . Je me suis dit : Eva, les années passent et quand Francis sera grand, il comprendra que j'ai souffert pour lui laisser vivre une enfance paisible.

Le temps m'a donné raison.

1. Eva Mikula au restaurant Ai Piani, Rome 2004


Séance photo Eva Mikula, 2002




3 et 4. Eva Mikula quand elle a commencé la restauration, 2002

3. LES ARNAQUES DU DESTIN ET LES FAUSSES NOUVELLES

Peur, déception, insécurité. La fin de l'histoire avec une personne que j'avais découverte terriblement différente de l'idée que je me faisais de lui, quand par amour j'ai quitté Budapest pour la suivre en Italie. En réalité, c'était un voleur, un assassin. L'arrestation, les interrogatoires, les procès, l'escorte policière aux audiences, les cachettes secrètes réservées aux témoins sous protection. J'étais très jeune, désorienté et fragile. Ensuite, le flux de la vie a tourné les pages de mon existence. Les épisodes, les histoires s'installaient les unes sur les autres et, finalement, une coexistence qui a duré des années et un enfant désiré mais absent est arrivé. Je ne sais pas ce que j'aurais donné pour un câlin, pour un peu d'amour, si ça m'était arrivé j'aurais fondu. C'était comme si je l'avais appelé.

Ainsi, il s'est passé une soirée au cours de laquelle j'ai essayé de me distraire en sortant avec une amie. J'avais besoin d'affection, de câlins, de consolation et d'approbation. Mais, sans trop de mots, j'ai fait une grosse "connerie". Je me suis lié avec la personne la plus différente de la façon dont, en réalité, il aurait dû être l'homme avec qui avoir une relation dans cette période particulière de fragilité intérieure. C'était un homme de peu de scrupules, cynique, apparemment adorable. Un escroc sentimental qui a réussi à me porter un coup, profitant de ma situation émotionnelle. En effet, précisément parce qu'il avait remarqué l'état dans lequel j'étais, il a seulement fait semblant de m'aimer et j'ai complètement craqué.

En quatre mois, il a emporté toutes mes économies, une somme qui correspondait à environ soixante-dix mille euros. J'étais tellement brumeuse que je n'ai rien remarqué, jusqu'au jour où deux agents de la police des finances en civil se présentent à la maison : un homme et une femme. Ils ont exhibé les badges et m'ont montré une photo d'un homme : “ Connaissez-vous cette personne ? C'était lui, il avait quitté ma maison il y a deux heures. Je les ai fait asseoir et nous nous sommes assis dans le salon.

Mes jambes tremblaient, ils m'ont expliqué que son vrai nom était différent de celui sous lequel je le connaissais. En réalité, son nom n'était pas comme il me l'avait toujours dit : Roberto Marzotto. “ Madame Mikula “ m'ont-ils dit, “ c'est un escroc de métier, c'est un chasseur de femmes qui se retrouvent dans une situation de faiblesse affective. Avec les malheureux il se fait passer pour un entrepreneur bien placé dans la haute bourgeoisie, et les plume". J'ai compris toute la situation à la volée et l'ai dénoncé immédiatement. J'ai parlé aux deux agents du piège dans lequel j'avais vécu pendant ces mois ; le monde s'est effondré sur moi, un coup de tonnerre.

Je me disais stupide, je me sentais même coupable. Je ne pouvais pas surmonter le fait que j'avais été si inexpérimentée. Après une vie passée sans recevoir un câlin du cœur, authentique, il était difficile de découvrir comment un individu méprisable avait utilisé mon besoin d'amour pour me tromper. Cela me paraissait incroyable : un comportement brutal et inhumain car il n'était pas le fait d'un étranger, mais d'une personne avec qui il y avait une implication émotionnelle, du moins de ma part.

Si j'avais subi une arnaque au travail, peut-être une mauvaise affaire, un investissement raté, autre chose, cela ne m'aurait pas pesé tant que ça. Mais il a fréquenté ma maison, il a caressé la tête de mon fils et a touché mon corps. Non, je ne pouvais pas y penser, du moins pas rationnellement. Je ressens encore la douleur profonde et le découragement existentiel : un malaise incroyable, qui montait alors que les deux financiers me parlaient. Ils ont aussi souffert pour moi. Je suis sortie, métaphoriquement parlant, avec des ecchymoses et des fractures de cette histoire aussi.

Pendant ce temps, Biagio, le père de mon fils, n'abandonnait pas. Se basant uniquement sur la mauvaise expérience que j'avais vécue, il est retourné au bureau : “Tu vois quels sont les gens là-bas ? Des gens qui t'utilisent pour de l'argent, pour tes compétences, pour ta beauté. Tu trouveras difficilement quelqu'un qui te cherche et qui te veut pour qui tu es, pour ce qu'est la vraie Eve". Biagio à ce stade m'a été très utile, mais je n'avais toujours pas l'intention de reprendre la relation avec lui. J'étais de plus en plus fragile et il me proposait de me remettre ensemble, pas moi, je sentais en moi que rien ne changerait, que bientôt tout reviendrait à la situation comme avant, aux querelles, aux incompréhensions. Mais j'étais certainement intéressée par le maintien d'une bonne relation : nous avons eu un enfant ensemble et nous devions nous occuper de le faire grandir sereinement.

Le cœur de chacun de nous ne peut être fermé à l'amour pour toujours, pas même le mien. Ce qui est sûr, c'est que toute l'expérience m'a amené à développer un sentiment de méfiance envers les gens, en particulier pour le genre masculin. Je devais forcément me protéger un peu, mais je n'ai pas mis mes sentiments dans un coffre-fort verrouillé avec une combinaison impénétrable. Une autre souffrance tragique et indicible devait venir, et elle l'a fait. Mais rien n'arrive par hasard et rien n'est arrivé par hasard.

J'avais commencé à mettre des courts séjours en Hongrie et en Roumanie à mon agenda. L'arnaque douloureuse que j'ai rencontrée m'a fait beaucoup réfléchir et j'ai commencé à penser qu'il serait peut-être approprié de quitter l'Italie pour planifier une nouvelle vie en Hongrie.

Cela impliquait peut-être de tirer les rames du bateau, d'abandonner certains rêves. La relation avec mes parents s'était renouée et consolidée ces dernières années. Mon frère, quant à lui, était décédé plus tôt, à 37 ans. Sa femme l'avait trouvé sans vie au lit à cause d'une crise cardiaque, peut-être...

J'ai commencé une nouvelle relation avec ces hypothèses. Par ma belle-sœur, à Budapest, j'ai rencontré un homme de principes, un travailleur acharné. Après quelques mois de fréquentation et les présentations rituelles à la famille, nous aspirions à une vie ensemble. J'ai également pensé à élaborer des projets de travail en Hongrie, en référence à mon activité de restauration désormais familière, avec en plus l'hospitalité. J'avais en tête de construire un hôtel avec un restaurant, une aire de jeux pour enfants, une piscine et un court de tennis.

Il y avait aussi la disponibilité d'un terrain parfaitement adapté au projet : je venais de le recevoir de mes parents. J'avais agi pour obtenir les fonds alloués par l'Union européenne, j'ai donc pu participer et bénéficier d'un appel d'offres visant à développer les zones rurales.

J'étais une femme de 35 ans qui avait recommencé à vivre une relation amoureuse épanouie, en fait je suis tombée enceinte. D'une certaine manière, le destin me donnait l'opportunité de combler ce vide intérieur qui m'empêchait de me sentir à cent pour cent mère avec le premier-né. Ma belle-mère possible, cependant, n'était pas d'accord sur la relation entre moi et son fils. Elle n'était pas d'accord avec l'idée qu'un neveu était en train de naître et que nous n'étions pas encore mariés. De plus, j'habitais toujours à Rome, il y avait mon fils que je ne pouvais pas abandonner et la société immobilière qu'il fallait suivre. Il nous aurait fallu attendre au moins un an pour nous organiser et créer notre nid en Hongrie. Il y avait un décalage temporel entre la situation objective et la grossesse, réflexion qui pouvait aussi avoir du sens. De plus, la mère de mon homme n'aimait pas le passé d'"Eva Mikula". Pour elle, j'étais l'ex d'un criminel, impliqué dans une mauvaise histoire de la pègre italienne, donc je ne pouvais pas être inclus dans le groupe des personnes fiables.

En résumé : je n'aurais jamais été une bonne épouse. Il martelait son fils du matin au soir avec ces considérations.

Le destin a pensé tragiquement à résoudre le différend de la pire des manières. Un arbitre a décidé pour nous que personne ne saurait jamais si je serais une bonne épouse et quel genre de père et de mari il serait. Alors qu'il se rendait à Rome en voiture, pour organiser notre avenir ensemble, il a eu un accident mortel sur l'autoroute. Notre vie s'est envolée vers le ciel avec lui. Je n'oublierai jamais le coup de téléphone de son ami qui m'a informé du crash, de sa fin tragique. De sa mère un silence gênant et absolu.

Après l'appel téléphonique, je me sentais mal. Il était 5 heures du matin, j'étais enceinte de 3 mois et j'ai commencé à saigner. J'ai appelé l'ambulance et l'opératrice m'a interrogé au lieu de comprendre l'urgence, puis m'a dit que l'ambulance pouvait arriver dans 30 minutes. Comment ai-je pu attendre si longtemps seule et en saignant ? Je n'avais pourtant qu'un appui sur lequel je pouvais compter à Rome : Biagio. Il est venue me chercher et m'a emmenée d'urgence à l'hôpital, où je suis restée dix jours bourrée de tranquillisants et d'injections pour éviter de perdre la grossesse.

J'avais eu un décollement placentaire à 50 pour cent. Un cruel inconnu a commencé à me torturer : ma fille serait-elle affectée ? Le médecin, en revanche, a conseillé de ne pas sous-estimer les preuves qui nous attendaient, une vie de mère célibataire, avec un fils sans père. En fait, les difficultés quotidiennes auxquelles j'aurais à faire face étaient évidentes. Je les imaginais très bien, et je savais que la seule personne sur qui je pouvais réellement compter, à savoir Biagio, ne prenait pas très bien le fait que j'avais mis les pieds dans une autre relation. Cependant, j'ai continué avec sérénité les mois jusqu'à la naissance. J'ai retroussé mes manches, élaboré le mantra en moi, la ligne directrice : “Oui, élever un enfant seul est une raison de plus de se battre, de me donner de nouveaux objectifs “. Je ne voulais pas rester ancrée dans le passé, dans les problèmes et les conflits avec Biagio, même sur la façon d'éduquer notre fils. C'était une autre étape importante. Responsabilités accrues; je ne pouvais plus faire d'erreurs et prendre des risques qui pouvaient alors retomber sur la créature qui grandissait en moi. Plus de mauvais chemins et d'hommes inadéquats ; j'avais déjà subi trop de déceptions de leur part.

Entre-temps, nous avions atteint 2010 ; la réputation qui m'a précédé dans la sphère privée était excellente.

JAvec le travail, le sérieux et la fiabilité professionnelle, j'ai pu me forger une bonne image d'une personne décente et très travailleuse. Avec les voisins, avec les employés du bar-restaurant. Dans mon activité immobilière, j'ai eu de bons retours et des amitiés enrichissantes. Au lieu de cela, parmi ceux qui n'avaient pas de contact direct avec moi, pour le monde extérieur, j'étais toujours et seulement l'Eva Mikula de la Bande l’Uno Blanche. Je voulais sortir de cette aura discriminatoire qui m'entourait en raison de l'histoire indélébile de l'actualité judiciaire dans laquelle j'étais impliquée malgré moi. Les gens en dehors de mon cercle de relations, "les autres insignifiants", ont continué à me percevoir comme la femme complice des meurtriers, la femme noire sournoise et impitoyable vue dans les salles d'audience, à la télévision et dans les journaux et racontée suite à la construction d'une vérité commode qu'avait peu à voir avec une procédure régulière.

Mon image était comme incrustée dans cette histoire indélébile, très lourde à porter ; un préjugé oppressant de l'opinion publique qui ne reflétait pas la vérité des faits, ni hier ni aujourd'hui. "Tu t'en fous Eva" me suis-je dit, "tu as la plus belle chose au monde, bientôt tu seras à nouveau maman".

Après la mort du père de ma fille, j'ai attendu un appel de ce qui allait être la grand-mère de ma petite fille. Il n'est jamais venu. Je l'ai appelée, par respect, alors que sa nièce était sur le point de naître une semaine plus tôt. J'étais gentille et aimante. Elle a répondu mal, très mal en fait, et ell a raccroché. Je ne l'ai jamais revu, je ne l'ai plus jamais entendu, je ne l'ai plus jamais cherché.

Toutes mes vicissitudes, pendant ce temps, semblaient ne jamais finir, il semblait qu'il ne pouvait y avoir de paix pour moi. J'avais encore mon ventre, c'était en juin 2010, je déjeunais seul, au calme, assis dans la cuisine et caressant mon bébé qui allait venir au monde. Je regardais Tg5 des treize comme d'habitude. J'étais perdue dans mes pensées. Je me suis frottée les yeux, peut-être que je me trompais, je ne pouvais pas encore être moi sur celle de la photo qu'ils diffusaient.

Au lieu de cela, hélas, c'était moi, Eva Mikula, ils parlaient de moi. Ma fourchette est tombée au sol, "Oh mon Dieu, qu'est-ce que j'ai fait maintenant?" Le journaliste a déclaré: "Le mari d'Eva Mikula arrêté pour vol qualifié". "Qui est?" Je me suis demandé, ils n'ont même pas mentionné son nom, je n'ai pas compris à qui ils faisaient référence. Ils n'ont transmis que ma photo et mes données personnelles. Dans l'édition du soir, ils ont légèrement corrigé le jeu : "Ex-mari arrêté". Finalement, à la fin du service, j'ai compris de qui ils parlaient : une personne que je n'avais pas vue ni entendue depuis quinze ans.

C'était un gars que j'ai épousé en 1996, pendant ma période d'essai. Après deux ans de mariage, nous nous sommes séparés et après trois ans, le divorce est venu. Nous n'avions plus aucune sorte de connexion. Ses parents étaient d'importants marchands romains, propriétaires de quelques boulangeries ; probablement assez influent pour ne pas permettre que l'information du fils arrêté pour vol soit diffusée à la presse. Lorsque nous nous sommes réunis, il était un garçon propre, issu d'une famille de la classe moyenne, mais avec une dépendance au jeu. Notre relation a pris fin précisément à cause de cela, nous étions trop différents, nos visions respectives de la vie étaient inconciliables.

Après 15 ans de la fin de notre mariage, cette personne, en s'entendant avec un complice, un caissier d'un établissement bancaire, avait organisé un braquage. Un coup qui lui aurait probablement servi à avoir de l'argent à jeter dans quelque tripot ou à payer ses dettes de jeu, il n'était certainement pas un voleur en série. La nouvelle des arrestations, en elle-même, n'aurait même pas fait sensation, elle serait passée trivialement sans intérêt pour l'actualité locale, bonne seulement à augmenter les statistiques aseptiques sur la productivité de la police : personnes contrôlées, personnes signalées, personnes arrêté.

Ainsi, pour satisfaire le besoin de faire les gros titres, le marketing des carabiniers, à qui était due cette arrestation, est entré en action, conjugué à l'inexactitude des journalistes qui n'ont pas filtré l'information. J'ai pensé que, sûrement, certains attachés de presse de leur commandement ont nourri les journalistes sans préciser les détails, en disant simplement que l'un des responsables était mon mari, voire mon ex-mari, prenant bien évidemment soin de ne pas mentionner son nom, précisément parce qu'il appartenait à à une famille très en vue de la capitale.

Quelle aubaine aussi pour les journalistes désireux de pouvoir chroma key la photo d'une belle fille irrégulière, avec le passé de l'actualité policière. Qui sait, peut-être était-il utile pour quelqu'un d'associer à nouveau mon nom à un crime, de vendre plus d'exemplaires ou de faire plus d'audience, cela n'avait pas d'importance de vérifier d'abord l'actualité. Bien sûr, l'histoire s'est retrouvée dans tous les infos et journaux, au profit de leurs cotes et de leurs bilans.

J'ai donc appelé mon avocat et, grâce à quelques connaissances, j'ai essayé de comprendre d'où venait la nouvelle et quelle en avait été la source. Ainsi j'ai eu la confirmation qu'il s'agissait d'un communiqué officiel des carabiniers qui l'avait diffusé à la presse. On m'a dit que, alors que l'homme arrêté remettait sa pièce d'identité aux carabiniers, une photo de moi a glissé de son portefeuille qu'il portait avec lui (il la gardait toujours !). Ils m'ont reconnu et n'ont pas manqué la merveilleuse opportunité de pouvoir passer toutes les nouvelles nationales. Ils étaient allés jusqu'à ne pas laisser échapper les détails du braqueur, préférant jeter mon nom dans les salons de l'information, sans même se soucier le moins du monde des effets et des conséquences que cette malheureuse pensée du leur pouvait me causer.

La personne qui a transmis ce mouchoir à la presse, en fait, n'avait aucune réserve sur ce que cette nouvelle insensée et hors contexte pourrait causer à Mme Eva Mikula. Qu'est-ce qui pourrait l'intéresser dans le chemin parcouru par Eva Mikula 15 ans après la fin de son procès ? Pratiquement rien. Un tel personnage, pour le moins sans scrupules, ne pouvait pas penser qu'Eva Mikula avait une image de mère et d'entrepreneure à défendre. Il devait mettre l'accent sur le résultat d'un travail à tout prix, passant même par-dessus les droits d'autrui. Se faire beau avec les vêtements en leur apportant la riche revue de presse avec ma photo. Que je n'avais rien à voir avec tout ça. Marketing 1 - droit à l'oubli et confidentialité 0.

Une ruse vraiment de bas niveau. J'étais en colère et j'avais l'intention de faire des dégâts. Mon avocat m'a arrêté, je ne sais pas s'il a bien fait ou pas, même pas pourquoi il a fait ça, il m'a dit : "Tu ne peux pas dénoncer les carabiniers, c'est juste des nouvelles, ça passe. Avec ton histoire, les dénoncer serait un faux pas, les projecteurs seraient à nouveau tournés vers toi”. J'ai renoncé, mais l'inexactitude de cette nouvelle continue de circuler sur la toile et, surtout, contribue à alimenter l'équation finale dans l'opinion publique : Eva Mikula égale crime. Il y a eu, en effet, le coup de téléphone cynique de Biagio qui avait appris la nouvelle, mais pas de la télévision. Des amis l'avaient appelé en lui disant : “ Que se passe-t-il ? Es-tu fou? As-tu fait un vol ?"


5. Eva Mikula 2006 Dîner du Nouvel An



6. Le premier jour d'asile de son fils Francesco, 2005

4. LA PERSÉCUTION DES PRÉJUGÉS

Mon chemin de vie ont encore une fois été croisés par de mauvaises personnes. J'avais l'idée qu'il ne pouvait y avoir de paix pour moi. Une autre oppression, un pur mal m'attendait au coin de la rue, qui a pris forme à travers la folie d'une personne qui a blessé ma bonne foi envers les autres.

J'habitais un grand immeuble, mais les besoins dérivant de l'augmentation des engagements économiques pris, des dépenses immobilières plus élevées à un moment où le secteur était en crise, et d'autres événements personnels (une petite fille, un fils dont j'occupais depuis ma part économique, les dépenses pour la baby-sitter, l'hypothèque) m'ont poussé à transformer la propriété, obtenant un très joli petit deux pièces, avec une entrée indépendante. En novembre 2014, j'ai décidé de le mettre sur le revenu et j'ai cherché à qui le louer. Un couple italien s'est présenté, envoyé par une agence immobilière locale à laquelle j'avais confié le mandat. Ils ont fait quelques visites et ont examiné attentivement le petit appartement. Ils ont semblé immédiatement intéressés, m'a dit l'agent immobilier. En fait, après un certain temps, ils m'ont appelé pour confirmer leur intérêt et ils sont devenus mes locataires. Je leur ai remis les clés le 12 décembre 2014, je leur ai expliqué en détail toutes les caractéristiques du deux pièces, ils ont payé le premier mois et le dépôt de garantie comme s'il s'agissait d'une période d'essai, avec l'accord qu'à la fin ils confirmeraient s'il faut rester en CDI ou partir.

Les nombreux engagements de travail me faisaient souvent sortir de Rome et, en tout cas, avec des horaires très chargés : pratiquement je rentrais toujours très tard à la maison et sortais peu après l'aube. Aussi, à cette époque, je me rendais souvent à Londres. Ces rythmes, obligatoires pour faire face à tout ce qui peut peser sur les épaules d'une femme célibataire, m'ont aussi donné des problèmes de gestion avec ma fille. Aujourd'hui je ne saurais expliquer comment à l'époque j'ai pu m'en sortir, m'extirpant entre engagements professionnels et familiaux, pourtant j'ai pu gérer, avec la force d'une mère, tout ce chemin tortueux. Je me souviens seulement que j'emmenais souvent le bébé avec moi.

Un jour mon portable a sonné : c'était Lucia, une voisine. Je précise que je m'entendais très bien avec tout le quartier. Les relations étaient cordiales, parfois même amicales. Ils m'appréciaient pour qui j'étais, pas pour le passé ou pour les histoires racontées à mon sujet dans les journaux et à la télévision. Lucia m'a dit : “ Ton locataire est sur le balcon en train de crier avec son partenaire. Il veut attirer l'attention en criant des phrases uniques sur toi". "Sur moi? Et pourquoi?" Je lui ai demandé. "Il fait de très mauvaises déclarations sur ton passé" a répondu Lucia, "C'est vraiment honteux" a-t-elle poursuivi, "Je ne veux même pas répéter ce qu'elle crie. S'il te plaît, fais quelque chose, rappele-le”.

Au lieu d'appeler le locataire, une autre solution m'est venue à l'esprit. J'avais appris un peu d'astuce, avec tout ce que j'ai vécu dans ma vie. J'ai dit à Lucia : “ Fais ceci : enregistre ses paroles. Ensuite, je l'appelle et lui demande quel est le problème". Et ainsi de suite. Au téléphone, il a fait comme si de rien n'était, c'était à prévoir. Je l'ai exhorté : “ Ils me disent que vous criez, que vous dérangez le calme de l'immeuble. Il a pris un ton mortifié, pour essayer de me rassurer : “ Non madame, rien de spécial. J'ai eu une petite dispute avec ma femme. Mais maintenant tout va bien “. Il n'a pas eu le courage de répéter les phrases insultantes qu'il a criées depuis le balcon, il n'a rien dit de tout cela.

Le lendemain, Lucia m'a rappelé au téléphone. Malheureusement, j'étais en déplacement et je n'avais pas la capacité de gérer ce qui était accessible à la maison. L'enregistrement de la énième scène de mon locataire m'a retourné. C'étaient toutes des insultes à ma personne : “ C'est une criminelle, une délinquante ! il a répété à tue-tête sur le balcon : “ Elle était certainement la caissière de la bande. Il aura acheté la maison avec l'argent des braquages ”. Puis, se tournant vers sa femme, il a poursuivi : "Mais sais-tu à qui nous avons loué l'appartement, à qui nous appartenons ?". Ces propos se sont poursuivis également le lendemain, à cause d'une question de stationnement.

Il avait garé sa voiture sur une place appartenant à un autre locataire, qui lorsqu'il a fait remarquer que les places de parking étaient toutes numérotées, s'est fait agresser verbalement avec des mots et des injures également adressés à moi : “ C'est la dame qui nous a dit que ce parking était notre ! Tu vois, elle ne peut même pas être maîtresse de maison ? Qu'elle retourne dans son pays !" Et à bas autres insultes racistes et discriminatoires. C'est donc que je l'ai rappelé, je voulais comprendre quel était son problème et en même temps me protéger de ce sujet. Mais il a fait une deuxième scène muette, puis j'ai pris l'initiative et je lui ai dit : “ Écoutez ici, si la propriété, bien que vous et votre partenaire l'ayez vue très bien avant de donner le salaire mensuel, ne correspond pas à vos attentes, vu les plaintes véhémentes que vous avez fait devant les voisins pour qu'ils les entendent haut et fort, vous êtes libre de partir ; non seulement cela, je retourne également la mensualité déjà payée ".

Je m'arrêtai quelques instants puis j'ai repris déterminée : “ Au contraire, je vous demanderais bien de partir, je ne voudrais pas avoir à vous voir tous les mois, car au cas où vous voudriez rester, en fait, nous devrait stipuler un contrat à long terme “. J'étais très en colère en lui parlant, cependant je gardais un certain calme. Quelque chose, cependant, je voulais lui dire : “ Vous ne devez pas vous permettre de faire des déclarations sur ma personne et sur mon passé. Je n'ai rien à vous expliquer, vous pensez comme vous voulez, mais n'impliquez pas les gens de ma sphère privée, qui me connaissent certainement mieux que vous, ne perturbez plus ma vie et allez ailleurs pour lire sur moi sur Internet. Vous ne me créez pas d'autres problèmes “.

Alors j'ai cru l'avoir fait taire. Au lieu de cela, il a changé l'orientation de ses invectives pour ajouter à la dose de calomnie et a commencé à énumérer les anomalies présumées de la maison : “ Elle m'a loué l'appartement sans faire aucun entretien. Tous les soirs on sent le gaz de la chaudière, il y a certainement une fuite, la télévision n'est pas visible, l'antenne doit être remplacée, il y a une prise électrique dans la cuisine qui a des fils volants. Comment s'est-elle permise de louer une maison dans ces conditions ?" Je suis tombée des nuages, le technicien m'avait assuré que tout était en ordre, tout comme la femme de ménage, puis j'étais présent sur place lorsque j'ai confié le bien à l'agence. Cependant, face à ces réclamations, je me suis engagée à examiner les défauts signalés et j'ai demandé un rendez-vous le lendemain pour aller avec le technicien. Le locataire m'a dit qu'il devait rester au travail tard et m'a donné la permission du syndic d'entrer dans la maison. Pendant que le technicien faisait son travail et que j'inspectais chaque recoin de la maison à la recherche de défauts ou d'imperfections, mes yeux ont tombé sur une feuille de papier posée sur une étagère du salon.

Cela m'a frappé parce que j'avais lu mon nom sur une feuille de papier à en-tête de la police financière. Je l'ai lu sans y toucher et l'étonnement m'a assailli. C'était une plainte contre moi déposée la veille. Il avait insinué que j'étais un escroc, car, selon lui, je n'étais probablement pas le propriétaire de la maison et j'avais perçu le loyer, sans délivrer le reçu de paiement. “ Mais comment peux-tu être si méchant et menteur ? - je me demandais.

Il semblait avoir découvert en moi une délinquante fugitive et voulait prouver sa bonne foi de citoyen modèle. Le même jour, je me suis précipitée au commandement provincial de Rome de la Guardia di Finanza où une plainte a été enregistrée, fournissant tous les documents en même temps.

J'avais l'intention de déposer une contre-plainte pour diffamation, mais je voulais d'abord consulter un avocat.

Pendant ce temps, à la maison, le technicien n'avait pas trouvé les défauts dont se plaignait le locataire, à l'exception d'une porte à régler en hauteur et d'une ampoule grillée. Aucun problème avec le gaz, ni avec le signal de l'antenne. Le lendemain le locataire m'a rappelé et, d'une voix presque menaçante, m'a dit : "Ici le gaz sort tous les jours, même du poêle, je sens la puanteur !". Pas content, il a poursuivi avec les offenses personnelles : "Elle a dû me dire tout de suite qu'elle s'appelait Eva Mikula et qu'elle est celle de l’Uno blanche. J'ai cependant découvert sur Internet qu'il y avait beaucoup de choses sur son passé de criminelle. J'ai subi des dommages à cause de lui “. J'avais du mal à croire qu'une personne puisse me parler comme ça, à quel titre l'a-t-il fait ? Je ne pouvais pas comprendre où cela menait.

C'est lui qui m'a fait comprendre. De l'argent. Il n'a pas fini son coup de téléphone délirant que la réponse à mon doute est arrivée à temps. "Pour la gêne occasionnée, je demande le double de la caution, plus la mensualité que j'ai payée, car pour partir je dois faire face à des dépenses". Alors j'ai tout de suite eu l'idée qu'en plus d'être de mauvaise foi, il pouvait être un peu dérangé. J'ai donc clos l'appel téléphonique, que comme tous les autres avec lui, j'enregistrais régulièrement depuis des jours.

Je me suis rendue chez les carabiniers pour formaliser une plainte pour tous les délits dont il avait été responsable : calomnie, diffamation, tentative d'extorsion, chantage et harcèlement téléphonique avec demandes d'argent.

A la caserne j'expliquais tous les faits en détail, j'avais aussi retranscrit les relevés téléphoniques, j'avais fourni la traçabilité des paiements effectués par lui et ma proposition de remboursement intégral, tant qu'ils quittaient la maison que je possédais. Quand, le lendemain, il a été informé de la plainte, m'ont dit les voisins, il a aussi pesté contre les carabiniers, m'insultant encore une fois devant eux : “ Mais comment ! Avez-vous pris une plainte contre moi d'une telle personne? Mais vous rendez-vous compte ? Mais savez-vous qui est Eva Mikula ? “. Les militaires ont fait de leur mieux pour le calmer. "La meilleure chose est que vous sortiez de cette maison", lui ont-ils dit. Il a eu le culot de m'appeler pour la énième fois : “ Vous m'avex dénoncé pour extorsion, on rigole ? Vous êtes un pauvre imbécile qui ne cherche de la publicité gratuite qu'en fréquentant des criminels, désormais ne me parlez plus. Oubliez de me faire peur avec la plainte, nous resterons à la maison aussi longtemps que nous le voudrons “.

Son partenaire m'a rappelé pour me dire que si je ne retirais pas la plainte, ils ne partiraient pas. J'étais entré dans un état de stress total. Au bout de deux jours, le couple a quitté l'appartement de deux pièces. Je lui ai rendu ce qu'il leur restait et aussi le mois qu'il avait payé ; évidemment pas deux fois plus qu'ils ne le prétendaient. L'important était qu'ils s'en aillent pour toujours.

Je pensais que ma plainte aurait suivi la procédure attendue, pourtant, plus de deux ans après les faits, malgré les témoignages et preuves irréfutables, le procureur a étrangement demandé le non-lieu, salué par le juge. En gros, après deux ans et un mois d'enquête, la justice était parvenue à la conclusion que les actes de mon locataire n'avaient pas été diffamatoires, préjudiciables à ma dignité personnelle, exorbitants et donc punissables par la loi. Peut-être parce que la plaignante s'appelait Eva Mikula. De mon point de vue cependant, cet énième épisode que j'ai dû fermer dans le panier de mes expériences dramatiques, m'a bouleversé ainsi que toute la bonne réputation durement acquise au fil des années. Il avait touché les voisins avec brutalité et, en particulier, il avait aussi brouillé ma sphère de travail, notamment les relations avec l'agence immobilière, avec laquelle je collaborais souvent, ici dans le quartier et qui était gérée par des amis chers à moi. C'était un épisode qui a marqué mon quotidien, mes rencontres avec des gens qui m'appréciaient pour mon sérieux, mon humanité et mon professionnalisme. Heureusement, j'ai gardé leur estime intacte.

Cependant, je ressentais une angoisse insupportable qui menaçait de saper tout ce que j'avais pu construire jusqu'à ce moment. Je suis aussi allée chez le médecin, qui m'a prescrit des anxiolytiques et, à quelques reprises, j'ai subi des séances chez un psychologue. Je craignais que tous ces événements ne compromettent la réalisation de ma pleine intégration dans la société civile. Encore une fois, cependant, j'ai trouvé la solution en moi-même, cela ne pouvait être des interventions extérieures, pharmacologiques ou psychanalytiques, l'outil pour reprendre le bon chemin de ma vie. La bonne médecine était la force intérieure, celle que j'avais entraînée en portant l'énorme poids du passé sur mes épaules.

J'ai pensé à ce que j'avais réussi à accomplir en ne croyant qu'en moi. Des épisodes difficiles peuvent arriver à n'importe qui à tout moment, toujours quand on s'y attend le moins. L'opinion publique avait cristallisé une image déformée de ma personne, elle ne pouvait être ni effacée, ni modifiée, ni colorée, car beaucoup, trop de mensonges avaient été racontés sur moi dès le début.

Quand j'y pensais, je me sentais petite et écrasée, minuscule et impuissante. J'avais peur que tous les préjugés, en plus de m'anéantir, puissent tomber sur mes enfants. Ce lourd nuage gris pendait au-dessus de ma tête, et au fil du temps, il est devenu de plus en plus sombre. “ Mais attention, me répétai-je mentalement, vous pouvez dire tout ce que vous voulez de moi, donc tout est faux. Mais restez loin de mes enfants, n'essayez même pas de les toucher. Ils n'ont rien à voir avec ça". Mes angoisses et mes nuits blanches m'ont poussé à écrire, me demandant quelle était l'origine de tant d'amertume à mon égard, des mensonges qui me concernaient publiquement exposés dans la presse. Alors j'ai eu l'idée d'envoyer une lettre de libération, renforcée par ma pleine conscience de la réalité qui m'entourait, une lettre écrite à l'Association des victimes de la bande de l’Uno blanche.

La lettre à l'association :

A l'Association des Victimes de de la bande de l’Uno blanche/ chez le Présidente de l'Association Mme Zecchi

Je me tourne à nouveau vers vous, bien que n'ayant pas reçu de réponse à mes lettres de 2005.

En lisant les journaux, vous me tenez à jamais moralement coupable et vous vous indignez de chacune de mes tentatives d'approche. Cela fait maintenant 20 ans que la lumière n'a pas été faite sur les méfaits de l'"Uno Blanche". Vous vous souvenez sûrement des détails de ces moments : les premières nouvelles dans les journaux, comment ils ont été capturés, car je suis entré sous les feux de la rampe judiciaire et médiatique. Je me souviens de tout comme si c'était hier, j'étais entre la vie et la mort comme pendant les 2 années précédentes de vie commune, battue et séparée entre les mains de policiers tueurs.

Je joins quelques-uns des premiers articles, et qui mieux que l'inspecteur Luciano Baglioni et le commissaire Pietro Costanza peut vous confirmer, puisqu'ils ont été les premiers à enregistrer mes premières déclarations, une inondation qui a duré 48 heures avec l'arrivée de 3 ministères publics de divers procureurs même à 3 heures du matin.

Dans quelles conditions psychologiques m'ont-ils trouvé ? Une petite fille, clandestine, menacée et terrifiée de mort. J'ai commencé à aider à faire la lumière sur l'affaire, lorsque Roberto Savi, tout juste arrêté, était sur le point d'être libéré car il n'y avait pas assez de preuves contre lui. Les autres composantes étaient en cavale alors que les enquêteurs n'en étaient qu'au début de la reconstitution des crimes à imputer a la bande. Il y avait 4 personnes en prison : “ les Santagatas “, déjà condamnés, qui purgeaient une peine depuis des années pour des crimes qui ne leur sont pas imputables et libérés immédiatement après mes aveux.

J'ai été emmenée et placée sous protection de l'Etat dans un lieu éloigné et secret, surveillée pendant 8 mois en attendant que tout soit clarifié sur la base de mes aveux, à la recherche d'autres personnes impliquées dont je n'étais pas au courant. Une fois l'enquête sur la bande terminée et les Savi inculpés de leurs crimes, ils m'ont accusé de complicité de meurtre et d'autres crimes graves par vengeance, charges qui ont ensuite été retirées.

Pendant ce temps, j'ai subi 7 procès à divers degrés de jugement et j'ai été acquittée avec une formule complète. J'ai été obligée de faire des apparitions à la télévision pour payer mes avocats, pour me défendre. Je me battais seul contre tout le monde, je n'avais que Dieu, mes 19 ans et une bonne conscience comme guide vers une justice qui venait ensuite pour tout le monde. Je n'ai jamais demandé de remerciements à qui que ce soit, j'ai mis de côté la controverse, laissant libre cours à votre douleur incontestable. J'ai été consolée par la satisfaction et la tristesse qui m'enveloppaient chaque fois que j'ai suivi votre commémoration. Je voulais être présent, au dernier rang, mais être là. Malheureusement, en fait, cela ne s'est jamais produit; mais le pire oui.

L'opinion publique a été subtilement amenée à me discréditer, à me discriminer au point de faire de moi une icône du crime, un personnage à piétiner qui ne fait que les gros titres de l'actualité criminelle comme cela s'est passé le 18 juin 2010, lorsque mon nom a eété utilisé pour donner de la pertinence à l'arrestation d'une personne inconnue de tout le monde, même de moi, comme j'étais divorcée depuis 10 ans quand il a été purifié, je ne savais plus rien de lui et de ses choix de vie.

La nouvelle a décollé sur toutes les nouvelles et journaux nationaux. Mes demandes de correction n'ont même pas été prises en compte. Aucun organe ne m'a contacté, personne n'a corrigé la nouvelle qui, par conséquent, n'avait qu'une forte pression discriminatoire sur moi et ma famille. Je suis purifiée, sans charges en suspens et mène une vie normale, modeste et honnête ainsi qu'une mère de 2 enfants. À ce jour, certaines personnes sur mon lieu de travail, après avoir lu les nouvelles diffusées sur le web, animées d'un fort préjugé, m'ont insulté et diffamé en public, me considérant comme une personne impliquée dans des délits, des préjugés et coupable de fréquenter des milieux criminels.

Malgré moi, j'ai dû porter plainte. Ils devront payer des pénalités et des dommages-intérêts conformément à la loi, de qui sont-ils les victimes ? ... ce n'est pas un cas isolé.

Pendant 20 ans je suis restée dans l'ombre et à la merci des médias mais toujours en faveur de la vérité et proche de vos pensées et de votre douleur. Les Savi purgent des peines d'emprisonnement à perpétuité comme cela a été confirmé récemment, en grande partie grâce à moi, pour ma collaboration opportune, assidue et précieuse. Sinon, je serais morte avant de voir les menottes de Fabio Savi à ses poignets. Avec votre permission et votre compréhension, je vous serais reconnaissante de me permettre de rejoindre l'association des victime de l’Uno Blanche ou, s'il vous plaît, d'accepter au moins ma présence silencieuse et sincère aux commémorations du 13 octobre en tant que victime survivante d'une histoire féroce, absurde et inoubliable . Dans l'attente de votre évaluation approfondie et de votre réponse compréhensible, je vous renouvelle mes meilleures salutations.

Eva Mikula. Rome, le 28 janvier 2015

La réponse de Mme Zecchi, présidente de l'Association, ne s'est pas fait attendre : "C'est une demande qui ne tient pas, je ne sais pas sur quelle base vous pouvez faire une telle demande".

J'étais toujours d'avis qu'au moins ceux qui avaient été de près touchés par cette histoire de l’Uno blanche connaissaient la vérité sur la capture de la bande. Je me trompais, je réalisais pourtant que ce n'était pas du tout le cas. Non moins fâchée a été la réponse de Valter Giovannini du procureur de la République de Bologne, que personne n'avait remis en cause dans la lettre, mais s'est évidemment senti obligé de mettre son sceau avec la réponse : “ Juste silence pour respecter les victimes “ comme pour dire se taire pour ne pas soulever des questions déjà closes et sédimentées dans les vérités du procès.

Je me sentais de plus en plus seule et marginalisée, je n'étais pas encore prête à affronter et révéler publiquement la vérité sur la dynamique de la capture par une bande. Ma fille était encore petite, mes énergies étaient nécessaires pour gérer une vie pleine de responsabilités et j'avais encore une étape, un pion à mettre à sa place : raconter l'histoire de sa vie, de son destin, pourquoi elle n'a pas un papa. Mais pour tout cela j'ai dû attendre qu'elle ait au moins 9 ans, comme me l'avait suggéré la psychologue pour enfants qui m'a suivi dans le parcours d'éducation monoparentale.

Les années ont passé vite et le bon jour s'est fait connaître sans l'avoir prévu.

7. Eva Mikula un selfie à la maison, 2011

8. Eva Mikula et son fils Francesco, 2012


5. JULIA ARRIVE ET TOUT CHANGE

Mon ventre grossissait et ma vie semblait enfin se dérouler sans encombre, peut-être aussi grâce aux règles que je m'étais imposée en commençant par la première : éviter les sursauts émotionnels, la nervosité et les discussions dans les relations de travail.

J'ai essayé de résoudre les malentendus, les conflits, les imprévus, avec la tranquillité olympique, comme un vrai numéro un. J'ai pensé positif et cela m'a satisfait ; j'ai travaillé dur pour qu'aucune négativité ne puisse traverser mon esprit et mon corps alors que j'étais sur le point de devenir mère pour la deuxième fois.

Je protégeais la créature qui grandissait en moi et dans les longues soirées de solitude je lui parlais beaucoup. Je l'imaginais petite, petite, levant les yeux et écoutant sa mère.

Cela me donnait une force presque surnaturelle. En même temps, elle me détachait des déceptions du passé et illuminait les espoirs de l'avenir.

Oui, le régulateur de mon nouveau bonheur responsable arrivait. J'ai pu me prélasser dans ces sensations fortes et langoureuses, chargées de projets à réaliser par moi-même. Le plan n'incluait pas de associés ou de partenaires, je ne voulais pas partager ma nouvelle vie même avec Biagio.

C'est ainsi que, lorsque les douleurs se sont fait sentir, je suis montée dans ma voiture et, sans rien dire à personne, je suis allée, pour la césarienne prévue, directement à l'hôpital.

Je me suis garée et suis arrivée dans le service que je connaissais déjà : j'avais fait les tests et les contrôles là, à l'hôpital Santo Spirito de Rome et c'était la deuxième césarienne que je subissais.

Tout s'est bien passé et le lendemain Julia est née. J'étais au septième paradis. La première question que j'ai posée au personnel de santé était : “ Est-elle saine ? C'est bien?". "Bien sûr," a répondu la sage-femme. "C'est une belle petite fille", a ajouté avec enthousiasme. J'ai pleuré de joie. La voix intérieure m'a chuchoté, caressant mon âme : "Eva, tu l'as encore fait, je suis avec toi".

Ce jour-là a commencé la nouvelle vie avec Julia. Biagio et notre fils sont venus me rendre visite à l'hôpital, j'ai de belles photos de cette visite très agréable.

Je suis retourné à mon nid au volant de la voiture. Biagio a porté la petite fille à l'intérieur du panier et m'a escorté à bord de sa voiture. En entrant dans la maison, il a placé le panier avec le bébé sur le canapé et est parti. Quelques heures plus tard, je suis sortie avec le bébé dans mes bras pour aller à la pharmacie acheter ce que les médecins m'avaient prescrit pour moi et Julia.

La pharmacie n'était pas loin, mais c'était presque le soir et il faisait très froid en ce sombre novembre.

La plaie de la césarienne, encore fraîche, m'a fait un peu mal. J'ai encapuchonné et, pas à pas, j'ai atteint le but. Le pharmacien a écarquillé les yeux en me voyant entrer : comme ça et avec une petite fille dans les bras, il a dû me prendre pour une bohémienne implorant l'aumône.

Mais à sa grande surprise, il se retrouve face à une maman qui, de toutes ses forces, et avec son bébé dans les bras, lui demande immédiatement des médicaments pour l'opération, le nécessaire pour habiller la partie ombilicale du bébé et le produits pour l'hygiène post-partum.

Vraiment héroïque, comme seule une mère peut l'être. De retour à la maison, je pensais que dans ces conditions, les premiers jours, j'aurais vraiment du mal à gérer le bébé, à me lever, à marcher, à lui donner un bain, à l'habiller, à m'occuper d'elle jour et nuit. Il fallait absolument que quelqu'un m'aide ; j'ai pensé à appeler ma mère en Roumanie, mais un mauvais souvenir m'est revenu à l'esprit. Quand elle a appris il y a des mois que j'étais enceinte, elle semblait heureuse. Dès que je lui ai expliqué que le père de Julia était décédé dans un accident de voiture alors que j'étais dans mon troisième mois et que j'avais également décidé de poursuivre la grossesse, elle est devenue silencieuse. Elle a complètement disparue, pendant six mois, un temps interminable.

J'étais vraiment seule, sans même son confort, mais j'étais quand même heureuse parce que je savais qu'elle, ma maman, s'était rétablie et allait bien. Avec le traitement, elle s'était stabilisée. Quinze jours avant l'accouchement, le téléphone a sonné, j'ai reconnu le numéro. Je ne m'y attendais vraiment pas, après ce long silence absolu. Enfin j'entendis à nouveau sa voix, c'était ma mère. J'ai commencé à espérer l'avoir bientôt à Rome.

Elle a commencé par ces mots : “ Excuse-moi, j'ai dû beaucoup réfléchir à ton choix, mais je suis arrivée à une conclusion : mieux vaut un bon parent que deux mauvais. Ma fille, je suis fière du choix que tu as fait et si tu as besoin de moi, je serai à tes côtés “.

Le sens profond de ce qu'elle m'a dit est venu d'une réflexion sur sa vie et, par conséquent, sur la mienne.

Enfant, j'avais deux parents et tous deux se sont déclarés chrétiens ; donc une famille chrétienne, pourtant on ne peut pas dire que la mienne ait été une enfance heureuse ni que ma mère ait été une femme aimée, sauf dans les premières années du mariage.

Il m'est venu naturellement de lui proposer de passer du temps avec moi, après tout j'étais sur le point d'accoucher de sa petite-fille. Elle m'a répondu qu'à ce moment-là elle ne pourrait pas déménager car elle devait apporter les fleurs au marché pour les vendre et elle ne voulait pas qu'elles soient ruinées, pour ne pas perdre de profit.

J'étais déçue "Je vaux moins que ses fleurs" j'ai pensé. Les coûts économiques auxquels j'aurais dû faire face pour la faire venir en Italie pour y rester le temps nécessaire auraient été cent fois plus chers.

Je ne comptais pour rien pour mes parents quand ils avaient leur emploi du temps chargé. Après la naissance, cependant, je l'ai appelé avec un désir déterminé de l'avoir près de moi pendant un certain temps. Je ne pouvais pas bouger et j'avais une petite fille dont il fallait s'occuper.

"Maman, cette fois j'ai besoin d'aide, je ne peux pas le faire, je ne t'ai jamais rien demandé et même maintenant j'aimerais te demander, si je n'étais pas dans ces conditions : viens s'il te plait, ne dis pas non à moi".

C'est ainsi que ma mère a pris le premier bus pour Rome ; elle a voyagé pendant 24 heures consécutives depuis le nord de la Roumanie et je suis allée la chercher à la sortie d'autoroute.

Nous nous sommes rencontrés dans l'aire de service de la station-service située près de la jonction; je suis sortie et je me suis dirigée vers elle avec la petite Julia dans le panier, une fillette de 5 jours. "Mais tu as emmené la créature avec toi, si petite !" s'est exclamé ma mère avec inquiétude.

J'ai ri parce que j'ai réalisé qu'elle n'avait toujours aucune idée des conditions dans lesquelles j'étais à ce moment-là, de ce que cela signifiait vraiment d'être seule au monde. Amusée par cette extériorisation, j'ai répondu : “ Je pourrais le laisser à la maison, alors elle nous a fait du café “.

Nous nous sommes serrés dans les bras, j'étais abstinente en tant que mère : je ne l'avais pas vue depuis plus d'un an. Elle est resté avec nous pendant deux mois ; j'ai donc eu le temps de récupérer. La santé est revenue à sa place et moi aussi.

J'ai rangé le travail, trouvé une baby-sitter pour suivre Julia pendant que je travaillais ; je l'ai pris à temps plein avec chambre et pension, pour avoir de la continuité et de la tranquillité. J'avais complètement récupéré. Alors, ayant retrouvé mon plein équilibre, ma mère est partie pour retourner chez mon père, elle avait toujours de l'appréhension pour lui.

Il se demandait sans cesse mille choses : “ Que mange-il ? Que fait-il? À qui a-il parlé? Espérons qu'il ne s'est disputé avec personne. Aura-t-il pensé à verrouiller la porte d'entrée en sortant pour faire du shopping ? A-t-il trouvé les chaussettes dans le tiroir du bas du placard ?". C'étaient les petites angoisses d'une femme qui, malgré ce qu'elle avait enduré, continuait à être dévouée à son homme. Pour moi c'était un fait inexplicable sur son inspiration presque maternelle, envers un mari qui l'avait maltraitée, trahie et battue et qui l'avait plongée dans les ténèbres de la dépression, de l'alcool, de la douleur. Mais c'était son libre choix et je la respecte.

Les journées passaient dans la sérénité avec Julia à proximité, j'avais trouvé ma bouée de sauvetage. Elle avait une couleur différente, magnifiquement chargée. Elle est devenue forte et rapide comme un train.

Moi aussi j'ai procédé comme un train Frecciarossa : j'ai géré la maison, la femme qui m'a aidé, l'entreprise et moi-même.

Le cadre d'un quotidien retrouvé était les sourires d'une petite fille en quête d'amour. Son doux bonheur cachait peut-être un malheur inconscient, mystérieux pour elle, mais pas pour moi : elle n'avait pas de père. Lentement donc, ma vie a commencé à huiler les engrenages qui risquaient de rouiller.

Après quelques années, j'ai également réussi à me faire une place. Avec un groupe d'amies, au moins deux fois par mois, nous sortions prendre l'apéro ou manger une pizza. C'est devenu mon propre rituel du coin, car le reste était régi par l'impératif de mes devoirs, mes responsabilités : ma fille, mon fils, la maison, le travail. J'étais à la fois homme et femme, papa et maman et double ou triple étaient aussi les responsabilités.

Ce petit amusement innocent et unique avec ses amis était ainsi devenu une diversion vitale.

Une fois de plus le karma m'a envoyé un avertissement désagréable : laid, haineux, humiliant, mauvais, les mêmes adjectifs qui correspondent parfaitement à l'acteur qui a joué ce rôle de petit homme en me traitant injustement, ou peut-être en représailles, parce que je n'avais pas cédé à son parents. Ce n'était certainement pas de ma faute, je n'aimais pas ça.

Avec mes amies, nous aimions aller dans un restaurant du centre de Rome, où ils jouaient de la musique live. Un endroit agréable, j'ai beaucoup aimé et nous étions heureuses, il y avait une bonne ambiance et était fréquenté par des gens apparemment décents. Dans mon chemin de vie, j'avais appris de première main qu'il y avait au moins deux types de personnes : les respectables et les “ épineux “ dont il fallait s'éloigner. Mais les apparences sont parfois trompeuses.

Un soir, il a arrivé que dès que je franchissais le seuil de la chambre, un videur s'est approché et m'a invité à sortir, à m'éloigner. J'ai pensé un instant qu'il s'était trompé de personne, mais il m'a pris par le bras et m'a traîné de force hors du club et m'a dit que je devais partir immédiatement.

Mes amies regardaient étonnées sans comprendre ce qui se passait. "Je voudrais parler au propriétaire, j'ai dit. J'ai le droit de savoir pourquoi vous me jetez." "Maintenant je vais te le dire," il a répondu quand nous étions loin de l'entrée et nous sommes entrés à l'intérieur. Au bout d'une demi-heure personne n'avait encore vu, ni le videur ni le propriétaire, mais les filles m'ont rejoint pour me tenir compagnie. Je ne savais pas quoi faire et ne comprenais pas, Je connaissais le patron du restaurant, il est venu plusieurs fois à notre table.

Il semblait être une personne gentille pour moi et pour tous les invités. En vérité, il m'avait adressé un peu plus d'appréciation et voulait m'inviter à dîner, mais j'ai décliné son invitation, ce n'était pas un homme que j'aimais et je ne voulais et n'avais cependant pas l'intention de me rapporter à lui.

Je devais juste rentrer chez moi, mais je me suis promise que je reviendrais la semaine suivante et que, si la scène se répétait, j'appellerais la police. Je tiens toujours mes promesses et en fait j'y suis retournée. Encore une fois, dès qu'ils m'ont vu, ils m'ont jeté dehors. J'ai demandé à nouveau avec insistance à parler avec le propriétaire. Il n'a pas daigné, mais m'a envoyé dire à un agent de sécurité : "Tu n'es pas la bienvenue car tu es Eva Mikula de la bande de l’Uno blanche."

J'ai appelé le 113 et une patrouille est arrivée et m'a expliqué qu'on m'empêchait d'entrer dans un lieu public. Ils ont enregistré mes doléances. Le propriétaire, invité par les agents à sortir pour s'expliquer, s'est justifié à haute voix, devant tout le monde : “ La dame n'est pas la bienvenue chez moi car elle a un casier judiciaire, c'est une délinquante, a fréquenté la délinquance, était la femme de la bande de l’Uno blanche”.

Les policiers sont partis avec le rapport en main et j'ai essayé d'entrer, mais les deux videurs se tenaient devant moi. Je ne suis plus jamais allée à cet endroit, mais l'amertume est restée dans ma bouche.

Les apparences sont trompeuses, en fait. A part des gens bien ! J'ai appris plus tard que cet endroit était un point de référence pour les réunions d'affaires. Je me fiche de ce que font les autres, c'est leur affaire, mais la discrimination que j'ai subie était vraiment lourde. Une petite revanche du propriétaire, un vrai minus habens, qui n'avait pas réussi à m'inviter à dîner et peut-être même à obtenir autre chose, qu'il aurait peut-être tenu pour acquis. Comme tous les lâches, il a riposté en mettant son doigt dans la plaie pour m'humilier devant les autres.

Le rapport de police de ce soir-là n'a mené à rien de toute évidence, il ne restait qu'un morceau de papier, mais je ne voulais pas le laisser s'en tirer. Je suis allé voir un avocat. Quelle douleur! Je me suis demandée : "Mais si je dois aussi convaincre l'avocat, où puis-je aller ?". Que de préjugés derrière ce refrain toujours le même : "Oublie ça, il y a bien d'autres restaurants".

Les gens ont toujours eu tendance à me banaliser et à me décourager sans chercher à faire le moindre effort pour comprendre ce que je ressentais à l'intérieur, sans même chercher à comprendre mon état d'esprit, à me mettre à ma place pour le mal que j'avais subi, personne n'a ressenti la moindre empathie envers moi.

J'ai essayé de m'en remettre. Mais l'amertume est restée, tout comme la peur que d'autres épisodes similaires m'attendent au coin de la rue.

Avec la récession mondiale qui a commencé en 2008 après la faillite de Lehman Brothers, les nuages ont également commencé à s'épaissir sur le secteur immobilier. Entre 2011 et 2012, la crise de mon monde professionnel s'est fait sentir de manière pressante. J'ai donc choisi la voie du développement de l'activité en étendant le réseau de contacts : j'avais l'intention d'élargir le champ d'action hors d'Italie, notamment à Londres.

J'étais devenue une navetteuse Rome-Londres, un grand sacrifice pour moi en tant que mère et pour Julia en tant que fille, mais tout était orienté vers notre avenir. La chance m'a aidé pour une fois : la baby-sitter de ma fille était bonne et très honnête, elle est restée avec nous à temps plein pendant quatre ans et je la remercie pour la qualité et l'effort qu'elle a mis pour m'aider à faire grandir Julia.

J'étais une maman très attentionnée. Au bord de la mer ou dans la cour de récréation, partout où il y avait beaucoup de monde et où le risque qu'elle se perde augmentait, j'écrivais son nom et mon numéro de téléphone au stylo sur son bras. Je lui ai appris à composer le 113 et lui ai dit qu'en cas d'urgence, si maman tombait malade ou n'était pas à la maison, elle devrait composer le numéro. Elle m'a demandé, comme font tous les enfants : “ Pourquoi ? “, je lui ai expliqué que c'est le numéro de police et que les policiers sont de bonnes personnes qui interviennent chaque fois que quelqu'un a besoin d'aide. Julia m'écoutait en silence. Et puis : "Je veux les appeler maintenant !". J'ai été époustouflée, j'ai pensé que je ne m'étais peut-être pas bien expliqué. "Il n'y a plus d'urgence maintenant, nous allons tous bien, il n'y a aucune raison d'appeler", a-t-elle dit, d'une voix pleine d'amour et d'innocence, "je veux leur dire que je les aime". J'ai fondu, c'était touchant. Sa naïveté avait brisé toutes sortes de barrières au respect et à la confiance dans les forces de l'ordre. Je l'ai serrée dans mes bras et lui ai promis qu'un jour elle aurait l'occasion de saluer tous les policiers en personne, même par l'intermédiaire de leur patron. Une sorte de rêve.

Gérer était désormais devenu le mot de ma vie : je gérais les petits espaces avec le fils qui habitait avec son père Biagio, je gérais les déplacements à Londres ; je gérais un métier compliqué que je devais inventer pas à pas et jour après jour, car il était plein de pièges et de personnages pas toujours limpides. Heureusement, mes collaborateurs londoniens étaient convenablement professionnels. Et j'ai appris d'eux à me concentrer sur une affaire, à mettre en pratique des stratégies pour rechercher et trouver des clients pour des propriétés de prestige, à acquérir les techniques pour travailler sur des chantiers et vendre des maisons sur des projets approuvés.

Et me voici, dans un 2020 qui est venu vite. Consciente et fortifiée des mille aventures, parfois très difficiles, dramatiques, mauvaises, surtout injustes de ma vie. En juillet, les journées chaudes passaient tranquillement, les déplacements vers Londres étaient terminés : il y avait le Brexit.

L'Italie discutait des mesures anti-Covid qui, en mars 2020, avaient provoqué la fermeture totale de chaque activité, de chaque mouvement. Maintenant, nous étions un peu plus libres, alors j'ai décidé de faire un tour sur Google. J'ai tapé mon nom et prénom : Eva Mikula. J'étais curieuse, beaucoup d'articles qui me concernaient je connaissais déjà, d'autres où j'avais été injustement élevée pour des raisons d'opportunité et de marketing de certains corps policiers, m'étaient connus mais me causaient colère et tristesse. Par exemple, ceux sur le braquage de mon ex-mari arrêté par les carabiniers, qui ont pris soin de ne pas répandre ses coordonnées, le désignant uniquement comme l'ex-mari de Mikula, ou ceux sur les frères Savi, les tueurs de la bande qui demandaient des prestations pour raccourcir le délai de leur sortie de prison. Tous les trucs déjà vus, je n'ai trouvé aucune nouvelle idée ou inédite. Cependant, je suis tombée sur quelques interviews vidéo que je ne connaissais pas, où la capture des membres de la bande de l’Uno blanche était décrite.

En particulier, ma curiosité a été attirée par les histoires du procureur de la République de Rimini Daniele Paci et des deux agents, au moment des événements au commissariat de Rimini, Luciano Baglioni et Pietro Costanza.

Ils ont décrit, en s'auto-célébrant dans les moindres détails, leur grande capacité d'investigation et le courage extraordinaire mis en place pour mener à bien cette opération sensationnelle.

J'ai écouté leurs interviews trouvées en ligne pendant un après-midi entier. J'avais l'impression de me retrouver face à eux, comme cette nuit du 25 au 26 novembre 1994.

Il ne leur a même pas parlé de la jeune femme qui, vraiment courageuse, les a mis sur la bonne voie, la fille qui, au péril de sa vie, les a menés à l'arrestation de ce groupe de policiers à la double vie de brutalité les criminels.

Ils m'avaient effacé, comme enveloppée dans une couverture noire. Pour eux, en ces jours paroxystiques et angoissants d'il y a 25 ans, je n'avais pas existé. Pas une seule mention de ma collaboration au service de la justice. Ils ont nié les preuves avec la complicité du temps qui avait dissimulé la vérité des faits, sédimentés sous des montagnes de papiers, parmi lesquels ils ont choisi quoi montrer et quoi pas pour que seule leur version d'essai émerge.

La vraie vérité, maintenant je vais vous la dire.


9 et 10. Eva Mikula et sa fille Julia, 2013


11. Les enfants, Julia et Francesco, 2015



12. Eva Mikula un selfie dans la voiture, 2016

6. LETTRES POUR LA VÉRITÉ

Un jour de juillet 2020, en parcourant le monde bigarré du web, j'ai trouvé des vidéos en ligne sur YouTube avec des interviews des deux policiers, Luciano Baglioni et Pietro Costanza, et du procureur de la République de Rimini Daniele Paci. J'ai sauté sur la chaise. Depuis l'époque des événements, en 1994, jusqu'à ce moment, l'été 2020, j'avais toujours été convaincue qu'en attendant les célébrations des procès suite à la capture de tous les membres de la bande, les enquêteurs racontaient de fausses versions seulement pour protéger ma sécurité. Je me suis dite : “ Ils savent très bien comment les choses se sont passées, mais ils ne le révèlent pas pour m'éviter de prendre des risques “. J'ai aussi eu la même pensée quand ils ont fait le film sur l'histoire de l’Uno blanche. D'autre part, leur tâche principale était de défendre les citoyens italiens. Et moi, après 30 ans de vie en Italie, où j'ai été accueillie, où je suis entrée, où j'ai étudié, travaillé, payé des impôts, je pense que je suis une citoyenne comme les autres. J'avais aussi peur que les projecteurs se retournent sur moi. Alors j'ai laissé tomber et je ne voulais pas trop entrer dans le sujet.

Cependant, en vérifiant dans les médias toutes les informations me concernant qui étaient encore divulguées au public après un long moment, je me sentais mal à l'aise. En particulier, écouter leur reconstruction a eu pour effet sur moi de me sentir exclue et donc encore plus en danger, plus seule et plus sans défense. J'avais joué un rôle central, voire primordial, j'avais risqué ma vie, j'avais été sous protection pour la capture de ces criminels, c'est pourquoi j'ai sauté sur leur version. Le sentiment que j'ai ressenti m'a ramené à la terreur de quand je vivais avec un tueur féroce qui n'arrêtait pas de me dire : “ Je vais te tuer “. Le cauchemar se matérialisait à nouveau ; je me suis rendue compte que j'étais seul contre les démons de mon passé et j'avais deux voies devant moi : succomber à la peur ou réagir, j'ai choisi la seconde.

Je pense qu'il n'est facile pour personne de retracer des moments aussi traumatisants de la vie réelle. Avec ma mémoire, je remontais péniblement cette période où j'ai dû me défendre lors des procès contre de très graves accusations infondées, inventées, seulement en représailles, par les frères tueurs. Je devais le faire : me remémorer ces faits pour comprendre ce qui se cachait en réalité derrière les mensonges de ceux qui ont servi ces mensonges aux médias. Je n'ai pas pensé à faire de la publicité moi-même. Au contraire : mon objectif est toujours l'oubli maintenant car il a le double avantage de garantir la sérénité des êtres chers et de mettre les gens à l'abri d'une éventuelle vengeance froide. Les représailles étaient et sont un risque non négligeable, une probabilité à prendre en considération aussi car, à l'exception des frères Roberto et Fabio Savi, les autres membres de la bande étaient déjà en circulation.

En parcourant le magnum en ligne d'informations unilatérales, je suis tombée sur une nouvelle intéressante concernant deux journalistes italiens : Claudio Brachino et Sandro Provvisionato. En 2008, ils ont été dénoncés pour avoir remis en cause la version officielle de la capture, racontée par ceux qui l'ont fait uniquement au profit de la caméra et des projecteurs.

L'étonnement et l'indignation, à la lecture des événements, m'ont causé une véritable tachycardie, allant jusqu'à une mauvaise crise de panique. J'ai écrit une lettre ouverte d'un seul coup. Baglioni, Costanza et Paci savaient bien comment les choses s'étaient passées lors de la capture. Mon intention était de leur rappeler la vérité : la capture, les jours et les nuits passés, entre le 25 et le 26 novembre 1994, à lutter ensemble pour reconstituer un puzzle de vol, de sang et de violence qui a duré sept ans et demi. Je voulais comprendre s'ils avaient oublié les conditions dans lesquelles ils m'ont trouvé, la peur, l'inconscience d'une jeune fille aussi fragile qu'une feuille au vent, les certitudes et le sentiment de protection et de sécurité qu'ils ont su transmettre à moi : "Maintenant tu n'es plus seule" m'ont-ils dit, "Tu n'auras plus rien à craindre si tu nous dis tout ce que tu sais pour les capturer, l'Etat italien activera le programme de protection". Moi qui n'avais aucun doute sur la véracité de leurs paroles et avais cru en leurs promesses, je les ai aidés inconditionnellement.

Par conséquent, j'ai écrit cette lettre datée du 28 juillet 2020, en espérant avoir une réponse :

“ Chers et très illustres docteurs Paci, Costanza et Baglioni. Vous souvenez-vous de moi? Eva Mikula ? Vous êtes-vous déjà demandé au cours de ces 25 années si elle était une victime, une complice ou une survivante ? Sûrement pas. Vous en avez pris tout le mérite, bien sûr, je suis de trop après m'avoir pressé comme un citron et abandonné à mon sort. Une pauvre fille roumaine qui est insignifiante pour la société italienne. Mais quel Tipo blanche ? Quelle barre ? Quel permis de pêche ? C'était le voisin qui n'avait rien à voir avec ça, mais je comprends que la capture des Savi doit être racontée et justifiée en quelque sorte pour donner des réponses à l'intérêt public. Nous vivons à une époque où les criminels finissent leur peine, et moi ? Ma douleur est infinie, elle est pour la vie ; aucune protection, aucun anonymat, aucune compensation. Je vis dans l'abîme de mon passé, me cachant dans l'oubli pour affronter et vaincre chaque jour les préjugés de l'opinion publique, conquérir mon quotidien et redonner espoir à celui de mes enfants. L'Etat italien a indemnisé les proches des victimes avec des milliards de lires, vous en avez eu les mérites et les diplômes. Et moi? J'étais un personnage mal à l'aise pour le bon comme pour le mauvais, rien n'a changé. Les proches des victimes me jugent moralement complice et coupable.

La justice italienne (4 procès en cour d'assises, 2 en appel et 1 en cassation) a montré mon 'étrangeté aux crimes.

Ma collaboration, mon témoignage, mes risques vécus et mes années de vie consacrées à condamner les criminels, à libérer même les innocents, ... tout s'est volatilisé. Mettez-vous votre main sur la conscience tant que je suis encore en vie. Cela vous ferait honneur. Il suffirait de reprendre les dossiers et les conversations téléphoniques entre les différents procureurs de cette nuit-là... 24 novembre 1994.

Faites-le au nom des victimes, au nom des blessés et au nom des innocents comme William, Peter Santagata et d'autres.

Ma vie vaut aussi quelque chose. Je ne cherche pas les mérites même si je pourrais en revendiquer plusieurs.

Je voudrais la compréhension, la loyauté, la considération et la protection. Merci".

Comme j'étais naïve de penser à tout résoudre avec une lettre ouverte ! Le sens était simple : tu n'as capté la bande du Savi que grâce à moi, mais pour moi tu n'as pas passé un mot.

Vous vous êtes arrogé le mérite exclusif, comme si je n'existais pas, mais pas seulement qu'avec vos reconstitutions particulières d'événements, vous avez produit les dommages collatéraux classiques. En fait, ce faisant, le seul effet concret obtenu a été de m'exposer au ressentiment et à la haine de l'opinion publique, des gens que je rencontre dans la rue, convaincu par vos propos que d'être confronté à une meurtrière qui l'a rendu franc. Et moi? Je paie pour l'injustice, j'ai attendu et espéré en vain une réponse. Je ne cherchais pas d'éloges, je ne cherchais pas de compensation, je ne cherchais rien. J'attendais juste un mot qui ressemblait à un "merci". Je n'ai jamais rien demandé, seulement la vérité pour pouvoir me tenir face aux gens ordinaires, sans avoir à me cacher.

J'ai écrit à Paci, Baglioni et Costanza et à la place, Mme Rosanna Zecchi, présidente de l'Association, et l'omniprésent procureur Valter Giovannini m'ont répondu avec ces deux déclarations confiées à la presse :

“ La réponse à Eva Mikula de la présidente de l'Association des familles des victimes de l’Uno blanche, Rosanna Zecchi : “ Je suis un peu confuse, elle devrait avoir honte. Elle a gardé le silence pendant des années, car cela lui convenait, elle avait de l'argent. Maintenant, peut-être qu'elle a besoin de quelque chose et qu'elle s'est manifestée “. "Si elle a parlé c'est parce que d'autres l'ont découverte - a dit Zecchi - elle savait ce que faisait la bande, car elle dormait les bras sous le lit. Espère-t-elle une compensation ? Après des années de silence ? On n'en peut plus, on connaît très bien le rôle qu'elle avait dans ces années-là : j'étais au tribunal et je la voyais toujours, elle était de l'autre côté. Si j'étais vous, je quitterais l'Italie et n'en parlerais plus jamais. Si vous voulez dire quelque chose, allez au bureau du procureur ou écrivez au bureau du procureur. Laisse-nous tranquille".

Sans oublier Valter Giovannini, actuel procureur général adjoint à Bologne et à l'époque procureur de la République qui a coordonné l'enquête et dirigé les poursuites dans le procès des crimes bolonais de la bande dirigé par les frères Savi :

“ Lorsque j'ai appelé Mikula à témoigner dans le procès de la bande de l’Uno blanche, elle a exercé son droit de ne pas répondre en tant que suspecte dans un crime connexe. Aujourd'hui, s'elle entend faire des déclarations différentes et supplémentaires que celles qu'il a faites à l'époque aux procureurs de la République, il n'a qu'une voie à suivre et c'est de demander à être entendue par les autorités judiciaires".

Alors ces protagonistes pensent-ils que je devrais avoir honte ? J'ai regardé autour, dans le miroir et à l'intérieur de mon âme, malgré 25 ans passés, je n'ai rien trouvé à avoir honte dans cette histoire qui ne m'a causé que des blessures incurables, me faisant sentir la méchanceté de l'hypocrisie sur ma peau. J'ai été métaphoriquement giflé pour couvrir les erreurs des autres, dépeints comme coupable pour effacer la définition de "survivante", trop conflictuelle avec les théorèmes d'un bureau du procureur.

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0+
Release date on Litres:
20 November 2021
Volume:
360 p. 68 illustrations
ISBN:
9788835429470
Translator:
Copyright Holder::
Tektime S.r.l.s.
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