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Eugène Alix

Le cheval : extérieur, régions, pied, proportions, aplombs, allures, âge, aptitudes

Structure et fonctions, races, origine, divisions, caractères, production et amélioration


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066336325

Table des matières

PRÉFACE

LE CHEVAL

ORGANISATION GÉNÉRALE, EXTÉRIEUR, STRUCTURE, FONCTIONS, RACES.

PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

A. — DIVISIONS PRINCIPALES.

R. — DIVISIONS SECONDAIRES. — RÉGIONS

CHAPITRE III

I. — LIQUIDES ORGANIQUES.

II. — GAZ ET MATIÈRES MINÉRALES.

III. – SOLIDES ORGANIQUES.

CHAPITRE IV

DEUXIÈME PARTIE

CHAPITRE PREMIER

A. — OBJET, BUT ET UTILITÉ DE L’EXTÉRIEUR.

B. — BEAUTÉS, DÉFECTUOSITÉS, TARES, VICES ET DÉFAUTS.

C. — PRINCIPES DE MÉCANIQUE.

CHAPITRE II

I. — TÊTE

II. — CORPS

III. — MEMBRES

DU PIED

RÉGIONS CORRESPONDANTES DE L’HOMME ET DU CHEVAL

CHAPITRE III

A. — RAPPORTS DE DIMENSIONS DES PARTIES ENTRE ELLES

B. — RAPPORTS ANGULAIRES DES RAYONS OSSEUX

C. — RAPPORTS GÉNÉRAUX DE L’ENSEMBLE

D. — RAPPORTS DE L’ENSEMBLE AVEC LE SYSTÈME NERVEUX

RÉSULTAT DES BELLES PROPORTIONS SUR LA RÉSISTANCE DU CHEVAL A LA FATIGUE

CHAPITRE IV

I. — ATTITUDES

II. — MOUVEMENTS SUR PLACE

III. — ALLURES

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

La marche.

La course.

Le galop et le saut.

CHAPITRE VII

Oscillations des membres du cheval.

Bipèdes latéraux et diagonaux.

Explication et maniement de la planche VI.

CHAPITRE VIII

L’amble.

Le pas.

Le trot.

Le galop.

Les réactions.

Le saut.

Le reculer.

Le cabrer.

La ruade.

CHAPITRE IX

A. — ALLURES IRRÉGULIÈRES.

CHAPITRE X

A. — DES DENTS

B. — DES CARACTÈRES FOURNIS PAR LES DENTS POUR LA DÉTERMINATION DE L’AGE

C. — IRRÉGULARITÉS DU SYSTÈME DENTAIRE

D. — PÉRIODES ET DURÉE DE LA VIE DU CHEVAL

CHAPITRE XI

I. — CLASSIFICATION DES ROBES

II. — PARTICULARITÉS DES ROBES

III. — CAUSES DES MODIFICATIONS DES ROBES

IV. — INDICES FOURNIS PAR LES ROBES SUR LES QUALITÉS DES CHEVAUX

V. — DIRECTION GÉNÉRALE DES POILS

CHAPITRE XII

CHAPITRE XIII

CHAPITRE XIV

I. — CHEVAUX DE COURSE

II. — CHEVAUX DE LUXE

III. — CHEVAUX DE GUERRE

IV. — CHEVAUX D’INDUSTRIE ET DE COMMERCE

CHAPITRE XV

I. — TARES DURES

II. — TARES MOLLES

CHAPITRE XVI

A. — DES TICS OU HABITUDES VICIEUSES.

B. – DES VICES PROPREMENT DITS.

CHAPITRE XVII

CHAPITRE XVIII

A. — EXAMEN DU CHEVAL EN FOIRE OU SUR LE MARCHÉ.

B. — EXAMEN DU CHEVAL CHEZ LE MARCHAND.

C. — EXAMEN DES CHEVAUX APPAREILLÉS.

DES MANŒUVRES DOLOSIVES MISES EN PRATIQUE PAR LES MAQUIGNONS

CHAPITRE XIX

CHAPITRE XX

EXAMEN DES ŒUVRES DE QUELQUES PEINTRES OU SCULPTEURS DE CHEVAUX

TROISIÈME PARTIE

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

CHAPITRE PREMIER

I. — PREMIER PLAN

II. — DEUXIÈME PLAN

III. — TROISIÈME PLAN

IV. — QUATRIÈME PLAN

V. — CINQUIÈME PLAN

VI. — SIXIÈME PLAN

VII. — SEPTIÈME PLAN

VIII. — HUITIÈME PLAN

IX. — NEUVIÈME PLAN

X. — DIXIÈME PLAN

XI. — ONZIÈME PLAN

XII. — DOUZIÈME PLAN

APPENDICE

I. — OS DE LA TÊTE

II. — NERFS CRANIENS OU ENCÉPHALIQUES

III. — VAISSEAUX ARTÉRIELS DE LA TÊTE

CHAPITRE II

§ |. — COU OU ENCOLURE

§ 2. — TRONC PROPREMENT DIT

Cavité thoracique.

II. – FACE INFÉRIEURE DU TRONC ET ABDOMEN

Cavité abdominale.

I. — Organes essentiels de la digestion.

II. — Appareil de la dépuration urinaire.

APPENDICE

1. — Nutrition.

2. — Chaleur animale.

3. — Vaisseaux et nerfs abdominaux.

4. — Nerf grand sympathique.

III. – BASSIN OU PELVIS

I. — ORGANES GÉNITAUX

CHAPITRE III

§ I. MEMBRES ANTÉRIEURS.

APPENDICE

A. — VAISSEAUX ARTÉRIELS ET VEINEUX.

B. — NERFS.

§ 2. MEMBRES POSTÉRIEURS

APPENDICE

A. — VAISSEAUX ARTÉRIELS ET VEINEUX.

B. — NERFS.

QUATRIÈME PARTIE

CHAPITRE PREMIER

I. — LE CHEVAL DANS LES TEMPS HISTORIQUES

II. — LE CHEVAL DANS LES TEMPS PRÉHISTORIQUES

CHAPITRE II

I. — DÉFINITION DE L’ESPÈCE

II. — DÉFINITION DE LA VARIÉTÉ ET DE LA RACE

CHAPITRE III

§ I. — CHEVAUX SAUVAGES OU ERRANTS

§ 2. – CHEVAUX DOMESTIQUES

APPENDICE

I. — INSTITUTIONS HIPPIQUES

II. — MOYENS D’AMÉLIORATION


PRÉFACE

Table des matières

«Étudions le cheval avant de discuter inutilement sur lui, et quand nous le connaîtrons dans tous les détails de son organisation, quand nous aurons bien compris ce qu’il est, ce qu’il faut faire pour le rendre ce qu’il doit être, alors toute discussion cessera, alors aussi nous serons d’accord sur les moyens à employer pour l’améliorer».

(A. RICHARD.)

L’idée de réunir en un volume tout ce qui a trait à la connaissance du cheval n’est pas nouvelle. Bien d’autres avant nous, et des plus autorisés, en ont poursuivi la réalisation avec succès.

Aussi, malgré que leurs œuvres aient vieilli, avons-nous pensé qu’une édition simplement rajeunie de ces œuvres ne répondrait pas à un besoin suffisant, et nous sommes-nous surtout efforcé d’y apporter quelques modifications, quant à la manière de présenter le sujet au lecteur.

Particulièrement écrit pour les sportsmen, les officiers de l’armée, les peintres, les sculpteurs, les éleveurs, pour tous ceux enfin qui, soit par goût, soit par nécessité, s’occupent du cheval et ne peuvent en faire une étude spéciale, l’ouvrage que nous livrons aujourd’hui à l’appréciation du public doit, en effet, se recommander par une exposition claire et nette, par une méthode de démonstration à la fois attrayante, facile à saisir et fructueuse.

Loin de nous, toutefois, la prétention d’avoir entièrement satisfait à toutes ces exigences. Nous nous sommes assigné un but, et notre seule ambition a été de nous en rapprocher le plus près possible.

En ce qui concerne le fond même des questions traitées, nous avons compulsé les meilleurs auteurs qui ont écrit sur la matière, et choisi, parmi leurs opinions, celles qui nous ont paru les moins discutables, les plus solidement étayées par l’expérimentation et l’observation.

Nous les avons réunies en un faisceau aussi homogène que possible, auquel nous avons joint le fruit de nos observations propres, et où nous nous sommes gardé de toute polémique inutile, de toute discussion par trop scientifique, dont le moindre inconvénient eût été de rendre la lecture de notre livre plus pénible.

Sans rien sacrifier au fond, nous avons trouvé préférable de forcer la mémoire de ceux qui voudront bien nous lire par un certain nombre de citations ou de proverbes très connus qui, tous marqués au coin d’une sérieuse connaissance pratique du cheval, en disent plus long souvent, sous leur forme imagée, que de profondes mais ennuyeuses dissertations.

Que le lecteur n’aille pas se figurer, pourtant, qu’il a entre les mains un simple traité d’hippologie amusante. Nous croyons, au contraire, avoir écrit un livre très imparfait sans doute, mais sérieux.

Si nous avons tout mis en œuvre pour en rendre la lecture aussi agréable que possible, nous n’avons rien négligé, par contre, pour en faire un résumé à la fois complet et succinct des connaissances générales que doit posséder le véritable homme de cheval. Aussi ne s’adresse – t-il ni à ces fashionables désœuvrés, pour qui la parfaite possession de l’argot des champs de courses restera toujours le seul critérium du vrai connaisseur, ni à ceux — très nombreux en France — chez qui la science du cheval est innée. Hippologues par l’indiscutable raison qu’ils se le sont persuadé à eux-mêmes, ceux-ci n’ont que faire de notre livre!

Laissant, d’ailleurs, absolument de côté les trop nombreux écrits fantaisistes sur le cheval qui surgissent un peu de partout aujourd’hui, nous nous sommes borné à rendre justice aux maîtres que nous avons consultés, soit en les citant textuellement, soit en renvoyant le lecteur à leurs ouvrages spéciaux.

La diversité des questions que nous avons dû traiter dans ce livre nous a imposé l’obligation de le diviser en quatre parties:

1° Généralités; 2° extérieur; 3° structure et fonctions; 4° races.

Sous le titre de généralités, nous passons rapidement en revue les caractères zoologiques du cheval, ses divisions principales et secondaires, pour terminer, enfin, par un aperçu de son organisation.

Dans la deuxième partie, nous rangeons toutes les connaissances capables de faire distinguer, par l’examen rapide de la conformation d’un cheval, sa valeur commerciale, le service auquel il peut être employé de préférence, la somme et la durée des effets que sa machine est capable de produire. Aux chapitres que comporte d’ordinaire cette division: étude des régions, pied et ferrure, proportions, aplombs, allures(), âge, robes, aptitudes, taille, signalements, cheval en vente, nous en avons ajouté quelques-uns qui, pour avoir été plus ou moins négligés jusque-là par les auteurs qui nous ont précédé dans la voie que nous suivons, n’en sont pas moins très intéressants et indispensables à connaître pour tout homme de cheval réellement digne de ce titre; tels sont les chapitres ou paragraphes relatifs aux régions correspondantes de l’homme et du cheval, à la direction générale des poils, aux chevaux vicieux, au cheval malade, aux manœuvres dolosives mises en pratique par les maquignons, à l’application de la connaissance de l’extérieur du cheval en peinture et en sculpture.

La troisième partie s’occupe de la situation, des rapports, de la structure anatomique des organes et de leur rôle physiologique dans le mécanisme de la machine animale.

La quatrième partie, enfin, est exclusivement consacrée à l’étude de l’origine, des caractères, de la production, de l’élevage, de la multiplication et de l’amélioration des races chevalines.

Quant à la raison qui nous a fait adopter l’ordre dans lequel les divisions ci-dessus sont étudiées, un mot l’expliquera:

En faisant précéder les deuxième et troisième parties de généralités qui seront, pour la plupart, développées dans la suite, nous avons voulu rendre abordables, par la seule lecture de quelques pages, les différents chapitres relatifs à l’extérieur, sans qu’il soit indispensable de recourir aux détails de la troisième partie, celle-ci étant plutôt, dans notre esprit, une partie à consulter qu’à étudier.

Ce n’est pas cependant que la lecture en soit constamment aride. Les fonctions physiologiques de chaque organe ou appareil organique, en particulier, y sont, croyons-nous, traitées de telle sorte que le lecteur puisse, sans trop d’efforts, se rendre exactement compte du mécanisme de la machine animale, en lire et en relire avec un intérêt toujours nouveau les si intéressants détails.

Plus pénible, quoique déchargée autant que possible de tout détail par trop technique, l’étude de la structure ne pourra guère être sérieusement abordée que par les hommes spéciaux.

A ce point de vue, et bien que nous n’ayons pas la prétention d’enseigner la science du cheval aux vétérinaires, nous croyons que notre ouvrage pourrait souvent être pour eux un utile aide-mémoire, un précieux abrégé d’anatomie topographique.

Nos généralités de la première partie ont encore pour but de montrer, de faire connaître dans leur ensemble les différents appareils de l’organisme et de corriger ainsi l’inconvénient qu’offre, en général, notre méthode de démonstration de ne présenter au lecteur qu’une à une et à part chacune des parties constitutives des différents appareils organiques.

Car la véritable originalité de notre livre, nous le savons déjà, ne réside pas seulement dans l’ordre que nous avons adopté, mais encore et surtout dans notre mode de démonstration qui, pour la troisième partie principalement, consiste à prendre en particulier chaque division principale du cheval, à la disséquer et à étudier l’un après l’autre les différents organes qui entrent dans chacun des plans que l’on rencontre en procédant de la périphérie vers le centre.

Comme il est facile de s’en rendre compte, les trois premières parties se lient plus ou moins intimement l’une à l’autre. Seule la quatrième partie constitue une division à part, sans rapport direct avec ce qui précède, mais dont l’étude se trouve toutefois singulièrement simplifiée par la connaissance de l’extérieur, de l’anatomie et de la physiologie du cheval. C’est comme un complément de notre travail, mais un complément non moins indispensable à connaître que les autres parties. L’intérêt qu’il présente depuis le commencement jusqu’à la fin le met, après tout, à l’abri de toute négligence de la part du lecteur.

Seize planches hors texte, coloriées, découpées et superposées, de notre collaborateur É. Cuyer, rendent facilement tangibles et saisissables la plupart des détails dans lesquels nous avons dû entrer.

Dessinées d’après nature, conséquemment exactes en tous points, quant à la situation, aux rapports, à la forme, à la teinte et aux proportions des parties qu’elles représentent, ces planches sont, d’un autre côté, irréprochables au point de vue purement artistique.

Disons plus: sans sujet à sa disposition, tout simplement à l’aide des planches hors texte, le lecteur pourra se rendre un compte exact de l’organisation et du fonctionnement de la machine animale.

A ces planches, nous avons d’ailleurs ajouté près de deux cents figures intercalées dans le texte, qui, prises aux meilleures sources(), ou dessinées par nous d’après nature, seront pour le lecteur un complément très utile de l’œuvre de M. Cuyer, qu’elles déchargent de détails qui eussent pu en compromettre la clarté.

Les soins qu’ont apportés nos éditeurs, MM. J.-B. Baillière et fils, dans l’exécution matérielle de cet ouvrage en rendront, d’autre part, la lecture plus facile et plus agréable. Aussi ne saurions-nous trop les remercier ici, et pour les sacrifices qu’ils se sont imposés, et pour les encouragements, les conseils, l’amitié même qu’ils n’ont cessé de nous prodiguer.

Puisse maintenant notre livre être de quelque utilité et contribuer à mieux faire connaître, aimer et comprendre le cheval! C’est le seul résultat vers lequel tendent tous nos efforts.

EUGÈNE ALIX.

15 février 1886.

LE CHEVAL

Table des matières

ORGANISATION GÉNÉRALE, EXTÉRIEUR, STRUCTURE, FONCTIONS, RACES.

Table des matières

PLAN

Nous nous proposons de faire connaître successivement l’organisation du cheval et les moyens de distinguer ses qualités, ses défauts, la race à laquelle il appartient, etc., par l’examen de sa conformation extérieure.

Procédant du simple au compliqué, nous commencerons par quelques généralités sur les régions et l’organisation, qui constitueront la première partie de notre travail et permettront d’aborder facilement l’étude à part des autres divisions, sans qu’il soit indispensable de recourir aux détails de l’une d’elles pour saisir ceux de l’autre.

Dans la deuxième partie, nous examinerons la conformation extérieure du cheval, en nous arrêtant plus spécialement sur les points principaux. C’est ainsi que nous traiterons d’une façon toute particulière le pied, véritable assise de l’édifice animal; les aplombs, sans l’intégrité desquels les membres ne peuvent résister longtemps; les proportions, les allures, dont la connaissance importe également à l’homme de cheval et au peintre, puisqu’en les reproduisant inexactement celui-ci s’expose à déparer le plus beau tableau, comme nous essayerons de le mettre en évidence dans un chapitre spécial; les robes, base du signalement; l’âge, les aptitudes, les tares, si indispensables à bien connaître pour juger de la valeur de l’animal; enfin, les nombreuses précautions à prendre, en présence du cheval en vente, pour ne pas laisser passer inaperçues les différentes imperfections qu’il peut présenter, et déjouer les mille et une ruses du maquignonnage.

La troisième partie comprendra tout ce qui a trait à la structure et aux fonctions de la machine du cheval. Nous passerons ainsi successivement en revue les différents organes qui entrent dans la composition de chacune des trois grandes divisions que nous reconnaissons chez le cheval: la tête, le corps et les membres.

En ce qui concerne la tête, nous nous arrêterons d’une façon toute spéciale sur les organes ou appareils qui offrent le plus d’intérêt: tels l’œil, l’oreille, la cavité crânienne et le cerveau, dont les fonctions jouent un rôle capital dans l’économie animale.

Arrivé au corps, nous étudierons à part chacune de ses deux divisions: le cou et le corps proprement dit ou tronc.

Pour le corps proprement dit, partagé lui-même en deux grandes cavités (cavités thoracique et abdominale) par un cloisonnement musculaire intérieur, le diaphragme, après avoir dit un mot de chacune de ces cavités dans leur ensemble, nous décrirons en particulier leurs parois osseuses et musculaires ainsi que les organes internes qu’elles renferment. De cette façon, nous verrons tour à tour les principaux organes des appareils respiratoire, circulatoire, digestif, urinaire, etc., ainsi que les fonctions inhérentes à chacun de ces appareils.

Nous passerons ensuite aux membres, dont nous examinerons surtout les os et les muscles, en même temps que nous dirons un mot du rôle de ces organes dans la locomotion.

Nous terminerons enfin par l’intéressante étude des races, qui formera la quatrième partie de notre livre.

Celui-ci comprendra, en somme, quatre divisions dont voici la répartition:

PREMIÈRE PARTIE: Généralités.

DEUXIÈME PARTIE: Extérieur.

TROISIÈME PARTIE: Structure, fonctions.

QUATRIÈME PARTIE: Races.

PREMIÈRE PARTIE

Table des matières

GÉNÉRALITÉS

CHAPITRE PREMIER

Table des matières

CARACTÈRES ZOOLOGIQUES, RACES, ORIGINE

1° Caractères zoologiques. — Compris en zoologie dans l’ordre des pachydermes (παχὺς, épais; δέρμα, peau), le genre cheval, ou Equus, renferme lui-même le cheval proprement dit (Equus Caballus) et différentes autres espèces que nous ne ferons que nommer ici; ce sont: l’âne, l’hémione, le zèbre, le couagga, l’ongaga ou daw, et l’hémippe.

Le cheval se distingue des autres pachydermes par la conformation de son pied, qui n’est pas divisé au bout et se termine par un doigt unique garni d’un seul sabot; d’où les dénominations de solipèdes, d’onguiculés, de monodactyles, sous lesquelles on comprend quelquefois encore les animaux du genre Equus:

Quant aux caractères qui différencient le cheval proprement dit des autres espèces du même genre, ils résident surtout dans la couleur plus uniforme de sa robe, dans sa queue garnie de poils dès sa base, dans sa taille plus grande, et enfin dans la beauté de ses formes.

2° Races. — Comme la plupart des espèces animales, l’Equus Caballus comprend un certain nombre de variétés ou de Races, dont nous dirons quelques mots plus loin (voy. IVe partie, pl. XV et XVI).

3° Origine. — Toutes les races chevalines étaient naguère encore considérées comme originaires de l’Arabie Heureuse; mais on sait maintenant que certains peuples, les Aryas() par exemple, possédaient déjà le cheval à l’état domestique depuis plus de 19,000 ans quand il fut définitivement introduit dans la péninsule Arabique.

D’un autre côté, la paléontologie prouve qu’il existait à peu près partout des représentants de l’Equus Caballus pendant la période quaternaire, c’est-à-dire à une époque remontant à environ 400,000 ans; que certaines autres espèces du genre Equus, l’Equus fossilis, l’Equus plicidens, etc., etc., vivaient même aux époques tertiaire supérieure et tertiaire moyenne. D’où l’on a pu tirer cette conclusion que le prototype de l’Equus Caballus se rencontrera probablement dans les terrains tertiaires moyens.

Quoi qu’il en soit, on admet en général que, par le fait de certaines causes plus ou moins bien déterminées (phénomènes climatologiques et géologiques, migrations des peuples orientaux, etc.), les races chevalines actuelles de l’Orient et la plupart de celles du midi de l’Europe sont originaires de l’Asie centrale; tandis que celles de l’Europe occidentale doivent être regardées comme résultant de la domestication sur place des vieilles races autochthones (races allemande, flamande, belge, percheronne, etc.).

Nous reviendrons sur cette question en parlant des races.

CHAPITRE II

Table des matières

DIVISIONS DU CHEVAL
A. — DIVISIONS PRINCIPALES.

Table des matières

Dans le but de simplifier la description du cheval, tant au point de vue de la structure et des fonctions qu’au point de vue de la conformation extérieure, on l’a divisé en un nombre de régions qui varie suivant les auteurs et surtout suivant le but que ceux-ci se proposent en les décrivant.

Les anatomistes reconnaissent deux divisions principales: le tronc et les membres. Bourgelat, l’illustre fondateur des Écoles Vétérinaires, et avec lui la plupart des hippologues qui se sont occupés de l’extérieur du cheval, ont divisé le corps en corps proprement dit, avant-main et arrière-main. La première division convient surtout aux descriptions anatomiques; la seconde, à l’étude des régions extérieures du cheval de selle.

Il s’en suit que, si l’on envisage le cheval à un point de vue spécial, chacune de ces divisions a sa raison d’être et doit être préférée à toute autre. Mais, dans une étude générale du cheval, il est au moins logique d’adopter une division mixte, qui convienne à la fois aux descriptions anatomiques et à l’étude des régions extérieures, que l’on considère le cheval attelé ou monté.

C’est dans le but de satisfaire à toutes ces exigences que nous avons divisé le corps du cheval en tête, corps et membres.

1° Tête. — Située à la partie antérieure du tronc, la tête ne doit pas être seulement envisagée au point de vue de sa structure anatomique, de ses nombreuses et très importantes fonctions physiologiques, mais encore au point de vue de son rôle comme puissance agissant à l’extrémité du bras de levier représenté par l’encolure. Il ne faut pas oublier, d’un autre côté, que la tête comprend des régions excessivement importantes en extérieur et qu’elle est incontestablement la partie du corps qui reflète le mieux l’énergie, l’intelligence et les sensations du cheval.

2° Corps. — Le corps, ou tronc, comprend tout ce qui n’appartient pas aux membres et à la tête. C’est le siège des organes de la digestion, de la respiration, de la circulation, de la reproduction, etc. Aussi, peut-on le considérer comme la région du cheval la plus importante à étudier.

Tête et corps sont limités en avant, en arrière, en haut, en bas et sur les côtés, par des plans constituant des faces supérieure, inférieure et latérales, et deux extrémités: une antérieure, une postérieure.

Les faces latérales, dans le langage ordinaire, sont quelquefois désignées d’une manière particulière. C’est ainsi que les écuyers nomment souvent montoir le côté gauche, et hors montoir le côté droit.

Les charretiers emploient également des dénominations spéciales qu’il est bon de connaître. Pour eux, le côté gauche est le côté de l’homme, et le côté droit, le côté hors l’homme. Ces expressions ont leur raison d’être dans la plupart des localités; mais, dans certaines contrées, en Bretagne, par exemple, elles sont inapplicables, les charretiers y conduisant généralement les chevaux à droite.

Relativement au plan médian, plan fictif, vertical, passant par le milieu du corps qu’il divise, d’avant en arrière, en deux parties égales, les organes compris dans chaque division sont dits impairs ou symétriques quand le plan médian les partage en deux moitiés latérales exactement semblables; pairs ou asymétriques quand ils sont disposés d’une manière régulière et en double sur les côtés de la ligne médiane, et que leur forme ou leur situation ne permettent pas de les séparer, dans aucun sens, en deux moitiés semblables. Il y a lieu de faire remarquer que la symétrie des organes s’altère à mesure qu’on pénètre à l’intérieur du corps. C’est ainsi que les organes thoraciques et abdominaux sont à la fois asymétriques par leur forme et leur position.

3° Membres. — Les membres, au nombre de quatre, deux antérieurs et deux postérieurs, sont les supports, les colonnes de soutien et les véritables moteurs du corps. Chacun d’eux représente une colonne brisée en plusieurs rayons s’articulant les uns avec les autres, en formant ordinairement des angles plus ou moins ouverts.

Par rapport au plan médian, ces appendices sont symétriquement placés deux à deux de chaque côté de ce plan.

Les membres antérieurs sont attachés à la partie antérieure des faces latérales de la poitrine et parfaitement séparés du tronc.

Les membres postérieurs, au contraire, se confondent insensiblement avec le corps et concourent même à compléter, en arrière, la grande cavité abdominale. Ce n’est qu’à l’aide du scalpel, en sectionnant les parties molles de la racine du membre, qu’on peut se rendre compte de leur indépendance anatomique vis-à-vis du corps.

L’attitude ordinaire du cheval étant la station horizontale, la station quadrupédale, il s’en suit que ses deux paires de membres concourent au soutien et à la progression. S’il peut, presque aussi facilement que l’homme, regarder en face et porter la tête haute, ce n’est donc plus grâce à la verticalité de l’axe de son corps, mais bien par suite de l’attache particulière de sa tête, de la longueur et de la flexibilité de son encolure.

Comme chez l’homme, la privation d’un et même des quatre membres est compatible avec la vie; mais, pour des raisons économiques qu’aucune autre considération ne peut, en somme, contrebalancer, ou ne conserve guère que dans les laboratoires les animaux ainsi mutilés.

R. — DIVISIONS SECONDAIRES. — RÉGIONS

Table des matières

Nous n’avons indiqué, jusqu’ici, que les grandes divisions du cheval. Chacune d’elles est encore subdivisée en régions secondaires dont la connaissance importe autant pour l’étude de la structure et des fonctions que pour celle de la conformation extérieure. Ces régions sont plus ou moins distinctes, difficiles parfois à séparer; mais elles trouvent toujours leur raison d’être, soit dans la disposition, dans le groupement particulier des organes, soit dans le rôle spécial, l’importance différente que nous leur reconnaissons en extérieur.

Chez le cheval, où la conformation extérieure joue un très grand rôle, il est facile de prévoir que ces divisions secondaires seront différentes suivant qu’on l’examinera sous le rapport de la structure ou sous celui de l’extérieur. C’est ainsi que, dans le premier cas, on comprendra dans le tronc, le thorax et l’abdomen, quoique cette séparation des deux régions ne soit légitimée que par un cloisonnement intérieur isolant les viscères thoraciques des viscères abdominaux, et que, dans cette même division principale, les’ traités d’extérieur distingueront les côles, le dos, le garrot, le ventre, le poitrail, etc., etc., régions dont la conformation bonne ou mauvaise indique, chez le cheval, telle ou telle qualité, tel ou tel défaut.

Quoi qu’il en soit, nous rappellerons que la configuration même de la partie principale du corps nous permet d’envisager le cheval sous six faces différentes: 1° la face antérieure, qui se présente à l’homme placé vis-à-vis du cheval; 2° la face postérieure, située dans le sens opposé ; 3° les faces latérales, intermédiaires aux précédentes: 4° les faces supérieure et inférieure, placées en haut et en bas des faces latérales, qu’elles réunissent l’une à l’autre.

Si même, n’appréciant pas exclusivement la forme, nous voulons nous orienter par rapport à la direction des parties et des organes, nous distinguons l’avant, l’arrière, la droite, la gauche, le haut ou dessus, et le bas ou dessous.

De cette façon, nous pourrons reconnaître chaque région, non seulement par sa situation dans telle ou telle division principale du corps, mais encore par sa situation à l’une ou à l’autre des faces ci-dessus énumérées.

Nous apprécierons d’autant plus facilement, d’ailleurs, la situation des régions, que nous pourrons nous aider de la symétrie que présentent les deux moitiés du corps.

CHAPITRE III

Table des matières

IDÉES GÉNÉRALES SUR L’ORGANISATION DU CHEVAL

Si, disséquant l’un après l’autre les différents plans qui constituent l’ensemble de l’organisme, nous pénétrons à l’intérieur du corps du cheval, nous reconnaissons qu’il renferme des liquides et des solides organiques, auxquels s’adjoignent des gaz et quelques substances minérales.

I. — LIQUIDES ORGANIQUES.

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Les liquides contenus dans l’économie représentent les 6/10 du poids du corps. Ils comprennent d’abord le sang; puis les liquides qui se rendent au sang (chyle, lymphe, etc.), et enfin ceux qui eu émanent (lait, bile, synovie, graisse, salive, sueur, sérosité, urine, sperme, etc.).

Leur importance est considérable; car, sans eux, les solides organiques seraient frappés de mort; un élément privé d’humidité est un élément privé de vie.

II. — GAZ ET MATIÈRES MINÉRALES.

Table des matières

Les gaz et les matières minérales constituent les substances inorganiques du corps.

Les gaz sont représentés par de l’air atmosphérique plus ou moins modifié (cavités nasales, oreilles, sinus, poumons, etc.), ou ils résultent de la fermentation des matières alimentaires dans le tube intestinal. Quelques-uns enfin sont en dissolution dans les liquides animaux.

Les matières minérales se présentent également en dissolution dans ces mêmes liquides, ou à l’état solide. Sous cette dernière forme, on les rencontre rarement dans les organes sains, mais assez fréquemment dans les organes malades (calculs).

III. – SOLIDES ORGANIQUES.

Table des matières

Éléments anatomiques, tissus, organes, appareils, fonctions.

1° Éléments anatomiques. — Les solides organiques sont constitués, en dernière analyse, par des éléments plus ou moins volumineux, invisibles à l’œil nu, désignés sous le nom d’éléments anatomiques (granulations, cellules, fibres).

2° Tissus et organes. — Le groupement particulier des éléments anatomiques forme les tissus(), de même que toute agglomération de tissus ayant une forme déterminée et une fonction à remplir prend le nom d’organe.

Les organes ont été divisés en organes pleins et en organes creux. Parmi les premiers, un certain nombre remplissent le rôle de supports; tels sont les os. D’autres ont pour mission de produire les mouvements; ce sont les muscles. Le système nerveux central, les nerfs périphériques, les glandes, appartiennent à ce groupe des organes pleins.

Les organes creux sont généralement tapissés par une membrane tégumentaire interne ou muqueuse; exemple: le poumon, l’estomac. Les vaisseaux sanguins et lymphatiques, les membranes séreuses, qui revêtent l’intérieur des grandes cavités et la surface externe des organes que ces cavités renferment, font aussi partie des organes creux.

3° Appareils. — L’ensemble de tous les organes qui concourent au même but constitue un appareil. C’est ainsi que les organes immédiatement situés sous la peau, les muscles et les os, forment par leur réunion l’appareil de la locomotion, qui ne peut fonctionner lui-même qu’autant qu’il y est sollicité par un autre ensemble d’appareils dont le but est d’entretenir la vie, d’animer la machine animale (appareils de l’innervation, de la respiration, de la circulation, de la digestion, de la dépuration urinaire, des sens, et de la reproduction).

Comme nous le verrons plus loin, ces appareils se trouvent logés dans des cavités de la tête et du corps, spécialement creusées pour les protéger.

4° Fonctions. — On entend par fonction, l’action d’un organe ou d’un appareil organique.

Les fonctions ont été divisées en deux grandes classes: 1° celles relatives à la conservation de l’individu; 2° celles relatives à la conservation de l’espèce (fonction de génération).

Les premières sont subdivisées en fonctions de relation ou de la vie animale (locomotion, innervation, sens), et en fonctions de nutrition ou de la vie organique (digestion, absorption, circulation, respiration, nutrition, sécrétions).

Nous examinerons chacune des ces fonctions quand nous étudierons en particulier les organes à l’aide desquels elles s’exécutent.

A. — APPAREILS ORGANIQUES DANS LEUR ENSEMBLE.

Il nous reste maintenant à esquisser une vue d’ensemble des différents appareils qui concourent à l’exécution des fonctions, afin que le lecteur puisse embrasser, d’un seul coup d’œil, la disposition générale, le groupement particulier des organes composant chacun de ces appareils, et nous suivre sans-peine dans nos descriptions ultérieures.

a. — APPAREIL DE LA LOCOMOTION.

L’appareil de la locomotion a pour but de déplacer le corps de l’animal en totalité (allures), ou de faire mouvoir ses diverses pièces les unes sur les autres (ruade, cabrer); il a pour agents les os, réunis par les articulation et les muscles. Nous allons dire un mot de chacun de ces agents.

1° Squelette (Pl. I, et fig. 1 du texte). — Le squelette, ou charpente intérieure du corps du cheval, est formé par l’ensemble des os considérés dans leurs rapports naturels. Son but est de protéger les organes intérieurs, de supporter la machine animale et de contribuer à ses mouvements.

Chacune des pièces osseuses composant le squelette a reçu un nom particulier tiré de sa forme (péroné), de sa ressemblance avec des objets connus (tibia), de sa situation (côtes), etc.

D’après la position qu’ils occupent relativement au plan médian du corps, les os sont encore divisés en pairs et impairs.

Enfin, ils sont dits longs, allongés, courts et plats, suivant leur forme.

Les os longs appartiennent exclusivement aux membres et sont seuls creusés d’un canal dit médullaire, dans lequel se trouve une substance molle, graisseuse, appelée moelle (fémur, humérus, etc.).

Les os allongés diffèrent des précédents en ce qu’ils n’ont pas de canal médullaire.

Les os larges ou plats se rencontrent dans la tête et la partie supérieure des membres (pariétal, omoplate).

Les os courts se trouvent partout où il faut des parties jouissant à la fois d’une grande solidité et d’une certaine mobilité (astragale, deuxième phalange).

La forme générale des os est modifiée par des éminences et des cavités.

Les éminences sont des saillies plus ou moins prononcées qu’on voit à la surface des os. On les a divisées en articulaires et non articulaires; les premières concourent à former lés articulations qui joignent les os entre eux; les secondes donnent attaches aux tendons et aux ligaments.

Les cavités sont également articulaires ou non articulaires; les premières répondent aux éminences de même nom dans les jointures osseuses; les secondes servent au passage des tendons, des vaisseaux, des nerfs, etc.

Les os sont formés d’un tissu propre, entouré à l’extérieur par une membrane particulière, le périoste, et pénétré à l’intérieur par la moelle, des vaisseaux et des nerfs.

Avant d’arriver à l’état où ils se présentent chez le cheval adulte, les os passent par diverses phases successives. D’abord mous, demi-transparents (état muqueux) dans l’embryon, ils s’imprègnent un peu plus tard de gélatine et deviennent plus résistants (état cartilagineux). Enfin, vers le deuxième mois de la vie intra-utérine, les os se chargent de sels calcaires et acquièrent insensiblement leurs caractères propres. Cette transformation osseuse ne devient toutefois complète que vers cinq ou six ans.

Chez les animaux âgés, les os éprouvent encore des changements importants: le canal médullaire des os longs s’agrandit et leurs parois s’amincissent; de même, les os larges diminuent d’épaisseur.

Fig. 1. — Squelette du cheval. (Chauveau et Arloing.)


I. — Tête.

1, crâne. Partie supérieure de la tête.

2. face. Beaucoup plus étendue que le crâne; chez le cheval, la face comprend les deux mâchoires. (Voy. IIIe partie, tête.)

II. — Corps ou tronc.

3, tronc. Le tronc est représenté, sur la ligne médiane, par le rachis ou colonne vertébrale, longue tige flexueuse de chaque côté de laquelle se détachent dix-huit arcs osseux, ou côtes, qui viennent s’appuyer directement ou indirectement, par leur extrémité inférieure, sur un os unique appelé sternum. (Voy. IIIe partie, cou et tronc proprement dit.)

III. — Membres.

4, membre antérieur.

5, membre postérieur. (Voy. IIIe partie, membres.)

A. — TÊTE.

1° Os du crâne.

6, occipital.

7, pariétal.

8, apophyse zygomatique du temporal.

9, hiatus auditif externe.

10, frontal.

11, cavité orbitaire.

2° Os de la face.

12, os unguis ou lacrymal.

13, os malaire ou zygomatique.

114, os sus-nasal.

15, maxillaire supérieur.

16, trou sous-orbitaire.

17, dents molaires.

18, dents incisives.

19, os inter-maxillaire ou petit sus-maxillaire.

20, maxillaire inférieur.

21, trou mentonnier.

B. — TRONC.

1° Colonne vertébrale.

22, région cervicale de la colonne vertébrale.

23, atlas ou première vertèbre cervicale.

24 axis ou seconde vertèbre cervicale.

25, région dorsale de la colonne vertébrale.

25’, apophyse épineuse de la première vertèbre dorsale.

26, apophyse épineuse du la dix-huitième et dernière vertèbre dorsale.

27, région lombaire de la colonne vertébrale.

28, sacrum ou vertèbres sacrées.

29, coccyx ou vertèbres de la queue.

2° Côtes et sternum.

30, côtes (la huitième ou dernière côte sternale

31, appendice xiphoïde du sternum.

C. — MEMBRES.

10 Membre antérieur.

32, omoplate.

33, fosse sus-épineuse.

34, fosse sous-épineuse.

35, tubérosité de l’épine.

36, apophyse coracoïde.

37, bord de la cavité glénoïde.

38, cartilage de prolongement.

39, humérus.

40, tête de l’humérus.

41, trochiter ou grosse tubérosité de l’humérus.

42, empreinte ou tubérosité deltoïdienne.

43, trochlées de l’extrémité infér. de l’humérus.

44, radius.

45, cubitus.

46, apophyse olécrâne.

Pied.

47, os du carpe.

48, premier os de la rangée supérieure du carpe, ou os sus-carpien.

49, métacarpien principal.

50, métacarpien rudimentaire externe.

Région digitée.

51, grands sésamoïdes.

52, première phalange.

53, deuxième phalange.

54, troisième phalange ou os du pied.

2° Membres postérieurs.

55, coxal (ilium, pubis, ischium).

56, angle interne de l’ilium ou angle de la croupe.

57, angle externe de l’ilium ou angle de la hanche.

58, tubérosité ischiatique ou angle postérieur externe de l’ischium (pointe de la fesse).

59, bord de la cavité glénoïde.

60, crête sus-cotyloïdienne.

61, fémur.

62, crête sous-trochantérienne.

63, fosse sus-condylienne.

64, tête du fémur.

65, grand trochanter.

66, condyle ext. du fémur.

67, trochlée.

68, rotule.

69, tibia.

70, crête du tibia.

71, péroné.

Pied.

72, os du tarse (astragale).

73, calcanéum.

74, rangée inférieure des os du tarse.

75, métatarsien principal.

76, métatarsien rudimentaire externe.

Région digitée.

77, grands sésamoïdes.

78, première phalange.

79, deuxième phalange.

80, troisième phalange ou os du pied.

Toutes ces particularités expliquent parfaitement pourquoi les jeunes chevaux sont plus sujets que les adultes aux tares osseuses (voy. IIe partie, Tares des membres), pourquoi, d’un autre côté, les os deviennent si fragiles chez les vieux animaux. Elles donnent également la raison de certaines maladies du tissu osseux, telles que le rachitisme, l’ostéomalacie, etc. Caractérisé par un développement incomplet du squelette, le rachitisme est, en effet, dû à ce que la cartilagéine de la vie fœtale ne se transforme pas en osséine. L’ostéomalacie ne diffère du rachitisme qu’en ce que la cause agit chez l’adulte et détruit la solidité déjà établie; tandis que, dans le rachitisme, le développement du squelette est empêché alors qu’il n’est pas encore terminé.

Le squelette a pour partie centrale, sur laquelle toutes les autres prennent directement ou indirectement leur appui, le rachis ou colonne vertébrale, dont la direction, verticale chez l’homme, est horizontale chez le cheval. Cette longue tige solide et flexible, articulée antérieurement avec la tête (1, 2), se termine postérieurement par les os de la queue ou coccyx (29), et est formée d’une suite d’os courts appelés vertèbres.

Les différences de configuration que ces os présentent dans les divers points du rachis ont permis de diviser celui-ci en cinq régions qui sont, en procédant d’avant en arrière: 1° la région cervicale (7 vertèbres, 2, 2); 2° la région dorsale (18 vertèbres, 25); 3° la région lombaire (6 vertèbres, 27); 4° la région sacrée ou du sacrum (5 vertèbres soudées, 28); 5° la région coccygienne (vertèbres en nombre variable, 29).

Les vertèbres sont articulées ensemble, de manière à pouvoir jouer plus ou moins facilement les unes sur les autres; celles de la région cervicale ou de l’encolure sont les plus mobiles.

Percées chacune d’un trou, d’avant en arrière, elles forment, par leur réunion, un long canal qui loge la moelle épinière, partie très importante des centres nerveux.

Chaque vertèbre est munie de trois éminences appelées apophyses: deux latérales (apophyses transverses), une supérieure, verticale (apophyse épineuse), surtout marquée dans les régions dorsale et lombaire.

Ces os présentent, en outre, deux extrémités: l’une antérieure, portant une surface arrondie en forme de tête plus ou moins détachée; l’autre postérieure, creusée d’une cavité destinée à recevoir la tête de la vertèbre suivante.

D’un côté et de l’autre de la tige rachidienne partent dix-huit grands arcs osseux appelés côtes (30), s’articulant supérieurement avec les vertèbres dorsales, inférieurement avec le sternum (31), et constituant une sorte de cage appelée thorax (3), ouverte en avant et en arrière.

Postérieurement, articulé avec le sacrum, se trouve un os pair, composé de plusieurs parties, le coxal (55), qui, accolé à celui du côté opposé, forme la cavité pelvienne ou du bassin.

Toutes ces pièces osseuses sont supportées par quatre colonnes appelées membres, dont deux antérieurs (4) et deux postérieurs (5), constitués chacun par un certain nombre d’os affectant généralement une direction oblique les uns par rapport aux autres.

Il est à remarquer que si cette disposition angulaire n’est pas aussi favorable à la solidité que la superposition verticale, elle a du moins l’avantage d’amortir les réactions du sol contre le corps. Il ne suffisait pas, en effet, que les colonnes des membres eussent la rigidité nécessaire pour supporter le poids de l’animal; il fallait encore que les secousses imprimées au corps, aux articulations, lors des allures rapides surtout, ne produisissent pas des ébranlements trop considérables. Sans cette brisure des rayons osseux, non seulement le cheval se fût usé rapidement, mais il eût été impossible de le monter.

Nous savons tous, par expérience personnelle, que lorsque nous faisons un saut, nous devons retomber sur la pointe des pieds sous peine d’un ébranlement douloureux et même d’accidents graves. Si ce sont, en effet, les talons qui portent les premiers, la réaction du sol est transmise intégralement au tronc par la ligne verticale des os de la jambe et de la cuisse superposés, et nous ressentons une secousse des plus pénibles. Cet exemple donne à lui seul la démonstration de l’utilité, de la nécessité même, des angles formés par les rayons des membres.

Les réactions ne sont pas les mêmes, d’ailleurs, dans les membres antérieurs et dans les membres postérieurs. Par suite de la disposition particulière des premiers, dont les rayons supérieurs ou scapulaires, non articulés avec le tronc, mais simplement réunis à cette région par des attaches musculaires solides, forment une espèce de soupente pour laçage thoracique, les réactions, chez eux, sont plus faibles que dans les membres postérieurs, articulés directement sur la partie postérieure du rachis par l’intermédiaire des os coxaux, qui en constituent anatomiquement les premiers rayons.

Cette dernière disposition était nécessaire pour que les membres postérieurs pussent intégralement transmettre l’impulsion à la colonne vertébrale et, par suite, aux membres antérieurs.

Chez le cheval adulte, on compte 189 os.

2° Articulations. — Les différentes pièces osseuses qui constituent la charpente solide du cheval sont unies entre elles de manière à pouvoir jouer les unes sur les autres. De cette réunion résultent les articulations ou jointures articulaires.

Toute articulation est donc essentiellement formée de deux surfaces osseuses opposées, moulées l’une sur l’autre. Celles-ci sont plus ou moins contiguës, plus ou moins mobiles, et les articulations qui en résultent ont reçu, par ce fait même, différentes dénominations. C’est ainsi qu’on distingue trois genres différents de jointures articulaires: les diarthroses ou articulations mobiles (Ex.: articulation coxo-fémorale); les synarthroses ou articulations immobiles (Ex.: articulation des os de la tête); les amphiarthroses ou articulations mixtes (Ex.: articulation des vertèbres entre elles).

Dans la plupart des articulations, les extrémités articulaires sont réunies par un certain nombre de ligaments, les uns funiculaires, les autres membraniformes ou capsulaires; ces derniers entourent souvent les articulations de toutes parts, à la manière d’un manchon. Leurs surfaces contiguës sont, en outre, revêtues de lames cartilagineuses dites cartilages d’encroûtement, dont la face libre se distingue par un brillant et un poli remarquables. La présence de ces cartilages dans les articulations mobiles est de la dernière nécessité ; ils favorisent, en effet, le jeu des pièces osseuses, s’opposent à leur usure, et amortissent les secousses violentes par leur élasticité.

Enfin, chaque articulation mobile est pourvue de capsules synoviales, membranes fort minces sécrétant la synovie, fluide visqueux dont le rôle, dans l’économie animale, est absolument identique à celui des corps gras employés pour graisser les rouages de nos machines.

Les mouvements dont les diarthroses peuvent être le siège sont: le glissement simple, la flexion, l’extension, l’adduction, l’abduction, la circumduction et la rotation.

Les articulations jouent un très grand rôle dans le fonctionnement général de la machine animale, surtout quand celle-ci est destinée au travail. Des jointures faibles ne permettraient ni l’étendue ni la puissance des mouvements qui déterminent l’effet utile chez le moteur en action. Aussi, le volume des articulations est-il toujours un indice de force.

L’inflammation des jointures articulaires, ou arthrite, est très grave. Elle peut être le résultat d’une irritation directe (coup de pied, chute, etc.) ou survenir comme complication d’une maladie viscérale grave (pneumonie, pleurésie, etc.). Enfin, on la voit souvent apparaître d’emblée chez les jeunes animaux.

3° Muscles. — Les muscles sont des organes fibreux jouissant de la propriété de se contracter sous l’action d’un stimulant. Chargés de mouvoir les leviers osseux et de faciliter la contraction des organes internes, ils donnent aussi au corps de l’animal sa forme générale, en remplissant les vides et en effaçant les parties trop saillantes du squelette. Enfin, établis dans certains cas en larges couches, ils forment aux cavités des parois actives (Ex.: muscle grand oblique ou oblique externe de l’abdomen).

On distingue des muscles lisses, intérieurs, ou muscles de la vie organique, et des muscles striés, extérieurs, ou muscles de la vie animale. Les premiers appartiennent aux organes de la vie végétative (plans musculaires de l’estomac, de l’intestin, etc.), et sont soustraits à l’influence de la volonté. Les seconds diffèrent des premiers en ce sens que leur pouvoir contractile — le tissu charnu du cœur excepté — est immédiatement placé sous l’influence de la volonté ; aussi, la section du nerf moteur qui se rend à un muscle strié, ou toute autre cause susceptible d’enrayer l’action de ce muscle, frappe-t-elle de paralysie la région musculaire ainsi soustraite à l’influence nerveuse.

Ce sont les muscles striés surtout qu’il importe pour nous de connaître, en ce sens qu’ils forment la plus grande partie de la masse du corps.

Muscles striés ou extérieurs (fig. 2 du texte). — Ces muscles, au nombre de 463 chez le cheval, d’après Rigot, ont reçu, comme les os, des noms particuliers rappelant, ou leurs usages, ou leur position, ou leur forme.

On les a, en outre, divisés en larges, longs et courts; en droits, obliques, transverses et circulaires; en pairs et impairs; suivant leur forme, leur direction, et leur situation par rapport au plan médian du corps.

Fig. 2. — Vue générale des muscles superficiels.


Chaque muscle a une attache fixe ou d’origine et une attache mobile; la première répond au point du muscle qui reste le plus habituellement fixe pendant les contractions; la seconde, au levier déplacé par celles-ci.

Ces attaches ont généralement lieu par l’intermédiaire de tendons ou d’aponévroses.

Les tendons sont des cordons fibreux d’un blanc nacré, arrondis ou aplatis, très résistants, fixés sur les extrémités des muscles longs.

Les aponévroses, au contraire, appartiennent aux muscles larges et sont plus larges, moins épaisses que les tendons.

Il entre dans la structure des muscles du tissu musculaire proprement dit, du tissu conjonctif sous la forme de lamelles délicates, d’aponévroses ou de tendons; enfin, des vaisseaux et des nerfs.

Contraction musculaire. — Les muscles, avons-nous dit, mettent en jeu la machine animale sous l’influence du système nerveux, qui les fait entrer en contraction. Il nous reste maintenant à analyser les phénomènes physiques qui accompagnent l’action musculaire.

Quand un muscle se contracte, il se raccourcit. Ses deux extrémités se rapprochent si elles sont libres, ou l’une d’elles seulement va à la rencontre de l’autre, si celle-ci est fixe; mais, dans tous les cas, il y a production d’un mouvement.

La contraction musculaire ne peut s’exécuter en permanence. Un muscle doit forcément avoir des intermittences de repos, sous peine d’être bien vite hors d’état de remplir ses fonctions. C’est pourquoi, d’ailleurs, dans les régions où l’action des muscles est incessante, la nature a placé des ligaments élastiques qui leur viennent en aide (ligament cervical, tunique abdominale, ligament suspenseur du boulet).

Les muscles, en somme, jouissent tous de la faculté de se contracter; mais la force et l’étendue de leurs contractions varient suivant qu’ils sont entièrement libres ou qu’ils ont une résistance à vaincre, suivant la longueur des fibres musculaires, etc. — «On fixe la limite moyenne de l’étendue du raccourcissement d’un muscle au quart environ de ses fibres musculaires, disent MM. Chauveau et Arloing(). D’après cela, on conçoit que le mouvement engendré par la contraction d’un muscle sera d’autant plus grand que ses fibres seront plus longues. Du reste, dans cette appréciation, il faut tenir compte de la densité et de l’énergie de la fibre, ainsi que de l’intensité du stimulant de la contractilité.»

Fig. 3. — Vue générale des appareils de la digestion et de la sécrétion urinaire.


b. — APPAREIL DE LA DIGESTION.

La digestion est la fonction à l’aide de laquelle les animaux extraient des aliments et des boissons introduits dans l’économie, les principes dont ils ont besoin pour l’entretien et la réparation de leurs organes.

L’appareil dans lequel s’opère ce travail de préparation et d’absorption des produits organisables est l’appareil digestif, long tube composé d’une suite de cavités renflées ou tubuliformes, qui se succèdent d’avant en arrière dans l’ordre suivant: la bouche, l’arrière-bouche, l’œsophage, l’estomac, et l’intestin (intestin grêle et gros intestin).

Chacune de ces divisions du tube digestif est pourvue, sur son trajet, d’organes annexes qui sont: les glandes salivaires, le foie, le pancréas et la rate.

La bouche, l’arrière-bouche et les glandes salivaires sont logées sous la mâchoire supérieure et la base du crâne; l’œsophage, sous la portion cervico-thoracique de la colonne vertébrale; l’estomac, l’intestin, le foie, le pancréas et la rate, dans la grande cavité abdominale (fig. 3 du texte).

(Voy. IIIe partie, Tronc et cavité abdominale.)

c. — APPAREIL DE LA RESPIRATION,

La respiration est la fonction par laquelle l’air introduit dans les voies respiratoires abandonne une partie de son oxygène au sang veineux, et en sort chargé d’un excès d’acide carbonique.

Cette absorption spéciale, qui a pour effet de transformer le sang veineux en sang artériel, s’effectue dans le poumon, organe spongieux creusé d’une foule de petites cavités dites vésicules pulmonaires, dont les minces parois, traversées par une multitude de vaisseaux capillaires, permettent à l’air atmosphérique de céder son oxygène au sang qui circule dans ces capillaires, et au fluide sanguin de se débarrasser de son excès d’acide carbonique.

Le poumon se trouve logé dans la cavité thoracique, dont il suit les mouvements alternatifs de dilatation et de resserrement, c’est-à-dire d’inspiration et d’expiration.

Il est en communication avec l’air extérieur par deux séries de canaux se faisant suite:

1° Un tube impair comprenant le larynx, qui le commence, la trachée, qui en forme le corps ou la partie moyenne, et les bronches, qui le terminent.

Fig. 4. — Vue générale de l’appareil de la respiration.


2° Les cavités nasales, fosses paires qui aboutissent dans le pharynx, ou arrière-bouche, et commencent par deux orifices, les naseaux, percés à l’extrémité antérieure de la tête.

A chaque mouvement d’inspiration, la poitrine s’agrandit, le vide se fait dans le poumon, et une certaine quantité d’air s’y introduit; immédiatement après, les côtes soulevées s’abaissent, compriment le poumon, et l’air en est expulsé (expiration).

Pendant ce temps, les phénomènes chimiques qui constituent l’essence même de la respiration, et dont nous avons dit un mot au début, ont eu le temps de s’accomplir (fig. 4 du texte).

(Voy. IIIe partie, Tronc et cavité thoracique.)

d. — APPAREIL DE LA CIRCULATION

L’économie animale est incessamment parcourue par des fluides, au nombre de deux: le sang et la lymphe. Ces fluides circulent dans des vaisseaux formés par des membranes élastiques et contractiles disposées en canaux. On distingue des vaisseaux veineux ou veines, des vaisseaux artériels ou artères, et des vaisseaux lymphatiques.

Les vaisseaux veineux et artériels charrient du sang noir ou rouge; les vaisseaux lymphatiques charrient de la lymphe ou sang blanc, qu’ils puisent au sein de la plupart des organes.

Dans les veines, le sang est noir et coule de la périphérie vers un organe central, le cœur; dans les artères, au contraire, le sang est rouge et coule du centre vers la périphérie.

Quand on sectionne un vaisseau sanguin, on reconnaît si l’on a affaire à une veine ou à une artère, non seulement par la couleur et la direction différentes du liquide sanguin; mais encore à cette particularité que le sang veineux coule lentement du vaisseau sectionné, tandis que le sang artériel s’en échappe avec force, formant un jet plus ou moins vigoureux.

Les artères se terminent dans l’épaisseur des tissus par des ramuscules fort ténus et très nombreux s’anastomosant entre eux pour se reconstituer de proche en proche en rameaux de plus en plus considérables et donner naissance aux veines. L’ensemble de ces vaisseaux microscopiques, intermédiaires aux veines et aux artères, constitue le système capillaire.

«L’appareil de la circulation comprend donc: 1° le cœur, organe central préposé à l’impulsion du sang; 2° un système de vaisseaux centrifuges, les artères, qui, du cœur, portent le sang dans les organes; 3° un système de vaisseaux centripètes, les veines, qui ramènent au cœur le fluide nourricier; 4° les lymphatiques, système centripète accessoire, chargé d’apporter la lymphe dans le cercle vasculaire sanguin (fig. 5 du texte).»

Fig. 5. — Vue générale de l’appareil de la circulation.


(Voy. IIIe partie, Tronc et cavité thoracique.)

e. — APPAREIL DE L’INNERVATION.

L’appareil de l’innervation comprend une partie centrale logée dans le canal rachidien (axe encéphalo-rachidien, constitué par l’encéphale et la moelle épinière), et une partie périphérique représentée par une double série de branches qui s’échappent latéralement de la tige centrale et vont se distribuer dans toutes les parties du corps. Ces branches constituent les nerfs.

Ce sont des cordons conducteurs qui, fonctionnant un peu à la manière des fils télégraphiques, transmettent des parties aux centres (racines supérieures, à conductibilité centripète) les sensations perçues, et du centre aux organes du mouvement (racines inférieures, à conductibilité centrifuge) les ordres d’agir. C’est ainsi que, dans la digestion, par exemple, l’excitation exercée par les aliments sur les fibres nerveuses du tube intestinal, à conductibilité centripète, est transmise par ces fibres à l’axe médullaire, puis réfléchie sur les fibres à conductibilité centrifuge, et ramenée par elles dans l’estomac, dont elle met en jeu les propriétés spéciales.

En résumé, tous les nerfs prennent leur origine sur l’axe encéphalo-rachidien par deux catégories de radicules: les unes, supérieures, constituent les racines sensitives; les autres, inférieures, constituent les racines motrices. Quelques nerfs seulement ne comprennent qu’une seule espèce de fibres, et ces nerfs appartiennent tous à l’encéphale.

A leur sortie du conduit osseux qui leur livre passage, les racines supérieures et les racines inférieures se réunissent généralement en un gros tronc commun qui conserve ses propriétés tant qu’il est en communication avec les centres; mais, si on le coupe dans un point de sa longueur, le bout communiquant avec l’axe spinal reste seul avec ses caractères; la partie périphérique dégénère et devient impropre à conduire les impressions sensitives ou à transmettre les excitations motrices volontaires. C’est sur cette particularité qu’est basée la névrotomie plantaire, opération consistant dans la section du cordon nerveux qui se rend au point douloureux du pied et cause sa sensibilité. Par suite de cette opération, la douleur disparaît et le cheval cesse de boiter.

Fig. 6. — Vue générale de l’appareil de l’innervation.


Il y a lieu de faire remarquer que le système nerveux n’agit pas directement dans les actes de la nutrition, bien qu’il ait une action importante sur les organes de la vie végétative. L’anéantissement des nerfs d’une région, par suite de la paralysie des vaisseaux qui en est la conséquence, réduit le mouvement nutritif, mais ne le supprime pas.

Les nerfs sont formés d’une série de tubes contenant une matière pulpeuse et placés les uns à côté des autres. Ces tubes sont enveloppés dans une gaîne appelée névrilème.

Au point de réunion des racines sensitives et des racines motrices se trouve un renflement grisâtre appartenant exclusivement aux fibres supérieures, appelé ganglion, à peu près de même nature que les nerfs.

Il existe également un grand nombre de ganglions sur tout le trajet des rameaux nerveux destinés aux organes de la vie de nutrition (poumon, estomac, intestin, etc.); d’où le nom de nerfs ganglionnaires, nerfs de la vie organique, donné à ces rameaux, pour les distinguer des autres, qui sont dits nerfs de la vie animale ou de relation (fig. 6 du texte).

L’harmonie la plus parfaite doit exister entre le système nerveux, qui commande, et les muscles, qui obéissent. Sans cette condition essentielle, il n’est pas de bon cheval, eût-il du sang d’Eclipse dans les veines.

Nous examinerons ultérieurement les propriétés de l’encéphale et de la moelle épinière.

(Voy. IIIe partie, Tête.)

f. — APPAREILS DES SÉCRÉTIONS.

Les sécrétions ont pour but d’éliminer du sang certains liquides qui jouent dans l’économie des rôles divers (lait, bile, urine, sperme, etc.).

Les glandes, où se forment ces produits variés, présentent des caractères très différents: les unes ont la forme de sacs clos de toutes parts (vésicules qui contiennent la graisse, ovaires, rate, membranes synoviales); d’autres sont en tubes (glandes de l’estomac et de l’intestin, glandes sébacées et sudoripares, reins, etc.). Enfin, il en est qui participent de la forme des deux variétés précédentes, en ce sens qu’elles sont constituées par des tubes annexés à des vésicules (glandes salivaires, foie, mamelles).

On les divise en glandes fermées (ovaire) et en glandes à conduit excréteur (rein, foie, glandes salivaires, etc.).

Bien que chacune de ces glandes tire du sang des produits ayant une action propre, déterminée, la plupart d’entre elles ne remplissent pas, à proprement parler, de fonctions physiologiques spéciales, indépendantes, en ce sens qu’elles concourent le plus souvent, de concert avec un certain nombre d’autres organes, à l’accomplissement des grandes fonctions de digestion (glandes salivaires, de l’estomac et de l’intestin, foie, rate), de génération (testicules, ovaires, mamelles), de locomotion (membranes synoviales), etc. Aussi, afin de ne pas nous répéter inutilement, passerons-nous exclusivement en revue ici ceux des organes glandulaires non compris dans l’un ou dans l’autre des différents appareils qui composent l’organisme; encore ne parlerons-nous même pas des glandes thyroïdes, du thymus et des capsules surrénales, dont le rôle est à la fois peu important et mal connu.

1° Sécrétion urinaire. — La sécrétion ou la dépuration urinaire, la plus importante de toutes les sécrétions, a pour objet d’éliminer du sang, avec l’eau excédante et d’autres substances accessoires, les résidus azotés qui proviennent du mouvement vital.

L’appareil à l’aide duquel s’exécute cette fonction comprend: 1° les reins, organes glanduleux situés à droite et à gauche de la région sous-lombaire qui, par une sorte de filtration du liquide sanguin, retiennent les éléments de l’urine; 2° les uretères, chargés de transporter ce dernier liquide dans la vessie, au fur et à mesure de sa formation; 3° la vessie, réservoir spécial logé à l’entrée de la cavité pelvienne, où l’urine s’accumule en plus ou moins grande quantité ; 4° le canal de l’urèthre, par lequel l’urine est expulsée au dehors à des intervalles inégaux (fig. 3 du texte).

(Voy. IIIe partie, Tronc et cavité abdominale.)

2° Sécrétion cutanée. — Eu outre d’autres propriétés importantes, la peau, grâce à la présence, dans son épaisseur, d’une multitude de glandes (glandes sudoripares et sébacées), jouit de la faculté de produire, soit une vapeur invisible (transpiration insensible), soit un liquide (transpiration sensible), soit enfin un corps gras, onctueux, la matière sébacée.

La sécrétion cutanée joue un grand rôle dans l’économie, en ce sens qu’elle en expulse certains produits nuisibles. Sa suppression et même sa diminution occasionnent des maladies graves.

3° Sécrétion de la graisse. — La graisse est sécrétée par de petites cellules arrondies, microscopiques, complètement closes, logées dans les mailles du tissu cellulaire (tissu adipeux). Les conditions qui en favorisent la formation dépendent, les unes du sujet, les autres des circonstances hygiéniques dans lesquelles il se trouve placé.

4° Sécrétion ou exhalation de la sérosité cellulaire. — Cette sécrétion a lieu au sein des lamelles et des fibrilles du tissu cellulaire(). Son rôle est de faciliter le déplacement des parties que ce tissu réunit.

L’exhalation de la sérosité cellulaire est surtout manifeste à la face interne de la peau, dans les enveloppes de l’axe encéphalo-rachidien, etc., et d’autant plus abondante que les chevaux sont plus mous, plus lymphatiques. C’est ainsi qu’on voit souvent la partie inférieure des membres s’engorger chez les animaux des pays humides; chez ceux mêmes qui séjournent longtemps dans l’écurie sans prendre d’exercice,

g. — APPAREILS DES SENS.

En parlant des nerfs sensibles, nous avons dit qu’ils avaient pour usage principal de transmettre à l’encéphale les excitations provenant de l’extérieur.

Il s’en suit que ces nerfs représentent les instruments essentiels des sensations, et les organes dans lesquels ils se rendent constituent les appareils des sens. Ceux-ci sont au nombre de cinq, savoir: l’appareil du toucher (peau, poils, sabots); l’appareil du goût (langue), l’appareil de l’odorat (cavités nasales), l’appareil de l’ouïe (oreilles), et l’appareil de la vue (yeux).

Il nous suffit pour le moment de les énumérer.

h. — APPAREILS DE LA GÉNÉRATION.

La génération est la fonction par laquelle les animaux se reproduisent et propagent les espèces.

«Les individus, dans le règne organique, disent MM. Chauveau et Arloing(), possèdent la faculté de se reproduire et de propager ainsi l’espèce à laquelle ils appartiennent. Dans les animaux mammifères, la génération d’un nouvel être exige le concours de deux individus, l’un mâle et l’autre femelle, qui s’accouplent dans certaines circonstances déterminées. Celle-ci fournit un germe, l’ovule, et le premier une liqueur fécondante, le sperme, qui anime le germe et le rend apte à se développer.»

L’appareil de la génération comprend, en somme, les organes génitaux ou générateurs du mâle et les organes génitaux de la femelle, que nous étudierons plus tard.

(Voir IIIe partie, Tronc et cavité abdominale.)

B. – MEMBRANES LIMITANTES OU TÉGUMENTAIRES.

(PEAU ET MUQUEUSES.)

Tous les organes des animaux sont déposés entre deux membranes nommées membranes limitantes ou tégumentaires. Ce sont la peau et les muqueuses, à la description générale desquelles nous allons consacrer ce paragraphe.

1° Peau. — La peau, comme un voile protecteur, enveloppe tout le corps de l’animal et se continue au pourtour des ouvertures naturelles avec le tégument interne ou les membranes muqueuses tapissant les différents organes situés à l’intérieur du corps (on a des exemples de cette continuité de tissus aux ouvertures nasales et à l’anus).

Elle se moule sur les diverses parties du corps et en accuse plus ou moins les saillies et les dépressions.

Chez les chevaux énergiques, à tempérament sanguin ou nerveux, la peau fine laisse parfaitement voir les muscles et les vaisseaux; sous la moindre tension musculaire, les reliefs s’accentuent, les dépressions se creusent; de sorte qu’il est presque possible de faire l’anatomie des régions superficielles du cheval sans recourir au dépècement. Au contraire, chez les chevaux mous, lymphatiques, la peau, plus ou moins épaisse, comble en grande partie les dépressions superficielles, et il est impossible de reconnaître extérieurement la séparation des muscles et des régions.

Il en résulte que la texture, l’aspect général du tégument externe, offrent des renseignements précieux qu’il ne faut point négliger, soit pour s’orienter à la surface du corps et le diviser en régions, soit pour figurer sur la toile les reliefs des muscles ou les plis imprimés à l’enveloppe externe du corps par la répétition constante des mêmes mouvements, soit enfin pour juger de la valeur, de l’énergie du cheval.

La peau se compose du derme et de l’épiderme.

Le derme, partie profonde et principale de la peau, contient dans son épaisseur des vaisseaux, des nerfs, et une multitude de glandes (glandes sudoripares et sébacées) dont nous connaissons les usages. Il adhère au corps d’autant plus intimement qu’on se rapproche plus de la ligne médiane.

Son épaisseur elle-même varie suivant les régions où on l’examine; le derme est beaucoup plus mince dans les points qui se trouvent naturellement protégés contre les violences extérieures, comme la face interne et le côté de la flexion des membres, l’entre-deux des cuisses, le dessous du ventre, les régions périnéale, inguinale et axillaire, les bourses, etc. Il est aussi fort peu épais au pourtour des ouvertures naturelles, pour établir une transition insensible entre le tégument interne et le tégument externe. Par contre, il présente son maximum d’épaisseur à la nuque, sur le dos et les lombes, à la face externe des membres et du côté de l’extension. Restent les faces, latérales du tronc et les parties inférieures de la tête, dont le revêtement cutané offre une épaisseur moyenne.

Jointes à la connaissance exacte de la situation des parties sous-jacentes (voy. IIIe partie, Structure et fonctions), ces données, nous le répétons, seront d’un utile secours, non seulement pour les chirurgiens, mais encore pour les peintres et les sculpteurs, auxquels elles permettront de reproduire fidèlement les reliefs et les dépressions de la surface du corps.

L’épiderme recouvre le derme à la façon d’un vernis protecteur; à sa face interne, on trouve le pigment, matière colorante dont l’absence constitue, à la peau, le ladre, et à l’iris, l’œil vairon.

La peau est recouverte sur toute sa surface, excepté aux ouvertures naturelles, de filaments plus ou moins longs, de nature cornée, appelés poils; leur finesse indique l’énergie du cheval; leur brillant et leur solide implantation, tous les signes d’une bonne santé.

Il y a lieu de distinguer, chez le cheval, les crins des poils proprement dits. Ceux-ci sont généralement fins, courts et répandus en une couche continue constituant la robe (voy. IIe partie, Robes). Ceux-là, longs et flottants, n’occupent que certaines parties déterminées de la surface du corps, telles que le sommet de la tête, le bord supérieur de l’encolure, l’appendice caudal, où ils forment le toupet, la crinière et la queue. D’autres poils, enfin, constituent les organes spéciaux connus sous les noms de cils et de tentacules des lèvres.

Chaque poil présente une partie libre ou tige, et une racine renfermée dans une cavité du derme dite follicule pileux; cette dernière est renflée à sa base et embrasse un petit prolongement conique, la papille ou germe du poil, qui apporte à celui-ci les éléments de son accroissement et de son entretien.

En arrivant à l’extrémité du doigt, l’enveloppe cutanée se modifie: son derme constitue l’enveloppe intérieure du pied (bourrelet, tissus feuilleté et velouté), et son épiderme forme l’enveloppe cornée connue sous le nom de sabot (voy. IIe partie, Pied).

La surface tégumentaire tout entière représente l’organe du toucher, ainsi que nous l’avons dit déjà ; mais cette surface offre, comme chez l’homme, certaines régions privilégiées qui jouent un rôle beaucoup plus actif que les autres dans l’exercice de ce sens: ce sont les quatre extrémités et les lèvres.

La peau joue, en outre, le rôle de surface absorbante. Elle peut absorber les gaz, les solutions salines, diverses matières organiques solubles, même les corps gras. L’absorption de l’oxygène, par exemple, est manifeste, quoiqu’elle ait lieu à un degré très restreint. Sa suppression peut, en effet, causer l’asphyxie, comme on le démontre en goudronnant des chevaux sur toute la surface du corps; car cette opération entraîne infailliblement la mort. C’est donc un adj uvant de l’appareil pulmonaire.

2° Muqueuses. — Les membranes muqueuses, ou tégument interne, ont une structure analogue à celle de la peau. Elles présentent des papilles, des villosités, des glandes, des vaisseaux, des nerfs, etc., et résultent de la superposition de deux couches: le derme et l’épithélium ou épiderme.

L’absorption y est très active, au moins dans la plupart des cas, ainsi que nous le verrons en étudiant les fonctions des organes tapissés par les muqueuses.

CHAPITRE IV

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CONFORMATIONS ANORMALES

Maintenant que nous connaissons l’organisation générale du cheval construit d’après le type spécifique ou normal, il nous reste à dire un mot des quelques cas de conformations anormales qu’on rencontre exceptionnellement chez certains sujets.

Nous entendons par conformation anormale toute dérogation aux conditions ordinaires de la structure du corps. Aussi, examinerons-nous sous ce titre les anomalies, les vices de conformation, les monstruosités, les mauvaises conformations, les déformations et les hermaphrodismes.

1° Anomalies. — Bien que, scientifiquement, le mot anomalie soit pris comme synonyme de vice de conformation, de monstruosité, on le réserve d’ordinaire pour désigner tout ce qui s’éloigne de la règle, qui est contraire à l’ordre naturel, sans toutefois modifier sensiblement la forme extérieure du corps, sans même apporter aucun trouble dans ses fonctions.

En physiologie, il y a anomalie quand les phénomènes ne suivent pas les lois connues. La digestion de la viande par le cheval, animal herbivore, constitue un exemple, non absolument rare, d’anomalie physiologique.

En anatomie, on donne le nom d’anomalie à tout ce qui s’éloigne du type commun à l’âge, à l’espèce, au sexe. Elle consiste généralement alors en un changement dans le nombre ou la position de certains organes. Telle l’augmentation ou la diminution du nombre des vertèbres et des côtes; la présence d’un muscle dans une région où on ne le rencontre pas d’ordinaire; la persistance de la cavité dentaire extérieure sur la surface de frottement, à une époque où elle aurait dû disparaître (voy. IIe partie, Age, Cheval bégu); la présence de cornes rudimentaires chez certains chevaux, etc., etc.

2° Vices de conformation. — L’anomalie prend plus particulièrement le nom de vice de conformation quand l’organisation est affectée d’une manière profonde. Nous signalerons comme exemples de vices de conformation: l’atrophie de la vessie; la non-perforation de l’anus, de la vulve; l’adhérence de la langue à la face interne de la joue, comme nous avons eu l’occasion d’en observer un cas tout récemment à l’autopsie d’un poulain de pur sang anglais qui, n’ayant pu téter sa mère par suite de ce vice de conformation, dont on n’avait pas soupçonné l’existence durant sa vie, était mort de faim peu de temps après sa naissance.

3° Monstruosités. — Nous appliquerons spécialement le mot monstruosité aux déformations les plus considérables qu’apporte l’animal en naissant, et qui lui donnent un aspect hideux ou bizarre (monstre).

Dans l’antiquité, l’apparition d’un monstre était regardée comme un signe de la colère des dieux, et les populations s’en affligeaient comme d’une calamité. A Athènes et à Rome, on faisait des prières publiques lorsqu’il naissait des enfants difformes. Il y a peu de temps encore, chez nous, la naissance d’un monstre était considérée comme un mauvais présage et attribuée à l’influence des astres, des sorciers, du démon, etc.

La plupart des médecins et des naturalistes ne voyaient eux-mêmes dans les monstres que des jeux de la nature, des êtres affranchis de toute règle et de toute loi. Ce n’est que vers la fin du dix-huitième siècle et au commencement de celui-ci que la vérité s’est fait jour sur la nature de ces êtres, qui sont généralement regardés aujourd’hui comme résultant d’un arrêt de développement, d’une altération quelconque que le nouvel animal éprouve dans le sein de sa mère par suite de chute, de coup, d’impression morale violente, de l’influence de la vue d’objets qui frappent l’imagination, de l’hérédité, de la grande différence de taille des reproducteurs, etc., etc.

Comme on constate, d’un autre côté, que les monstres n’échappent pas aux lois générales de l’organisation, que la plupart représentent, d’une manière plus ou moins parfaite, l’état normal des animaux des classes inférieures, les naturalistes, entre autres Buffon, Meckel, Martin Saint-Ange, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire et plus tard son fils Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, etc., en ont fait une classification à part.

C’est ainsi qu’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire divise les monstres en deux classes: les monstres simples ou unitaires, et les monstres composés, doubles ou triples.

Chaque classe comprend plusieurs ordres renfermant un certain nombre de familles.

Comme exemples de monstres simples, nous citerons ceux chez lesquels il y a avortement plus ou moins complet des membres (ectroméliens), réunion des membres (syméliens), etc.

Parmi les monstres doubles, on peut signaler les bicéphaliens, qui présentent deux têtes sur un ou sur deux corps; les monocéphaliens, dont les corps, tantôt séparés, tantôt réunis, sont surmontés d’une tête unique et simple; les polyméliens, où il y a tête et corps uniques avec membres surnuméraires: tel ce cheval didactyle sauvage que l’on faisait voir à Paris, il y a quelques années, et qui présentait, à chaque membre, un doigt supplémentaire parfaitement développé.

Certaines monstruosités, enfin, peuvent être dues à des maladies du fœtus (rachitisme, ankylose, hydrocéphalie, etc.).

Quoique l’on ne conserve généralement pas les chevaux présentant une des anomalies précédentes, il y a lieu de supposer que les monstruosités sont héréditaires chez ces animaux, comme elles le sont chez l’homme, le chien, etc.

La plupart du temps, surtout en vétérinaire, où il ne suffit pas de conserver la vie à l’individu, mais où il faut le rendre propre à un service, on n’a pas de bons résultats à espérer de l’opération, et il vaut mieux immédiatement faire le sacrifice du sujet.

4° Mauvaises conformations. — On doit entendre par mauvaise conformation, chez le cheval, toute conformation indiquant un manque de force, de vigueur, d’énergie (voy. IIe partie, Notions préliminaires, défectuosités).

5° Déformations. — La déformation est l’état d’une ou de plusieurs parties du corps dont la forme naturelle, primitive, a été altérée.

Les déformations sont toujours artificielles et reconnaissent pour causes, chez le cheval, le travail, la nourriture, le dressage, etc. C’est ainsi que les animaux de selle et de bât présentent souvent une déformation de la région dorsale (dos ensellé), et que les chevaux exclusivement nourris de foin et de paille ont le ventre tombant (ventre de vache).

6° Hermaphrodismes. — L’hermaphrodisme est un vice de conformation particulier consistant en la réunion, chez un même individu, des sexes ou de quelques-uns de leurs caractères.

L’hermaphrodisme vrai, avec présence des testicules et des ovaires bien développés sur le même sujet, n’existe que chez certains animaux inférieurs. On ne l’observe jamais chez les mammifères supérieurs, où l’hermaphrodisme, quand il existe par hasard, consiste tout simplement en la présence, sur le même individu, de quelques vestiges des attributs des deux sexes.

Si incomplets que soient les détails dans lesquels nous venons d’entrer relativement aux conformations anormales, ils permettront néanmoins au lecteur de se faire de celles-ci une idée suffisamment exacte pour les distinguer de la conformation ordinaire, en saisir les inconvénients, et souvent même les causes.

DEUXIÈME PARTIE

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EXTÉRIEUR

CHAPITRE PREMIER

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NOTIONS PRÉLIMINAIRES
A. — OBJET, BUT ET UTILITÉ DE L’EXTÉRIEUR.

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L’extérieur est la partie de l’hippologie qui permet de reconnaître, par l’examen de la conformation extérieure du cheval, sa beauté, ses bonnes ou ses mauvaises qualités, les maladies qui diminuent sa valeur, et les particularités de sa conformation qui le rendent plus ou moins apte à tel ou tel service. C’est donc une science essentiellement appliquée, nécessitant non-seulement la connaissance générale de la structure et des fonctions de la machine du cheval, mais encore quelques éléments de mécanique et de pathologie. L’avantage incontestable que donne la possession sérieuse de ces notions préliminaires n’empêche même pas l’étude de la conformation extérieure du cheval d’être un sujet hérissé de difficultés, qu’on ne peut réellement bien posséder qu’après une longue pratique. Si les données théoriques diminuent cet apprentissage par lequel doit passer tout homme de cheval, si elles permettent d’acquérir plus vite ce jugement, ce coup d’œil qui distingue le véritable connaisseur du routinier ou de l’ignorant, il n’en est pas moins vrai que, pour touchera la perfection, il faut, en outre, avoir vu beaucoup, avoir exercé ce sens qui permet de reconnaître immédiatement, dans un cheval, le point faible, la défectuosité, la tare de telle ou telle région, ce sens enfin qui fait l’artiste. Et il faut non seulement l’exercer souvent, toujours, mais encore intelligemment, sans idée fixe, sans parti pris. Il faut se garder, en somme, d’adopter un type, une race, en dehors desquels on ne trouve rien de bien. A ce propos, qu’on n’oublie jamais qu’il y a de bons chevaux dans tous les pays, dans toutes les races.

B. — BEAUTÉS, DÉFECTUOSITÉS, TARES, VICES ET DÉFAUTS.

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(DÉFINITIONS GÉNÉRALES)

Avant d’entreprendre l’étude des régions extérieures du cheval, nous devons nous arrêter un instant sur certaines expressions souvent employées et dont il est bon de connaître la signification exacte.

a. — BEAUTÉS.

On entend par beauté, en extérieur, non pas ce qui plaît à l’œil de l’observateur, mais ce qui indique la force et l’énergie, ce qui est qualifié de bon par le connaisseur. Beauté sera donc synonyme de bonté toutes les fois qu’une ou plusieurs régions prises isolément seront considérées comme belles par l’homme compétent, en même temps que l’ensemble de l’animal sera en proportion, que l’énergie vitale existera à un degré convenable.

Moins que tout autre, l’Arabe s’est laissé séduire par cette beauté qui flatte l’œil de l’ignorant. C’est ainsi qu’il dira, en voyant un bel étalon qui ne doit ses formes brillantes qu’à un excès de nourriture ou à l’inaction: «Ne nous pressons pas, voyons-le à l’œuvre; il n’y a peut-être là qu’une peau de lion sur le dos d’une vache.»

On distingue des beautés absolues et des beautés relatives.

Les beautés absolues conviennent à tous les genres de services: selle, trait léger, gros trait. Des articulations larges, des muscles denses, des aplombs réguliers, sont des beautés absolues.

Les beautés relatives, au contraire, conviennent plus spécialement à tel ou tel service. Une croupe et un rein doubles, un poitrail très large, des membres courts, sont des beautés de premier ordre pour le cheval de gros trait et des défauts pour le cheval de selle.

b. — DÉFECTUOSITÉS.

Les défectuosités consistent dans l’absence d’un ou de plusieurs des caractères qui constituent la beauté des régions. Elles sont dites absolues, relatives, congénitales ou acquises.

Les défectuosités absolues diminuent la valeur du cheval, quel que soit le service auquel on le destine; tels les membres grêles, la poitrine étroite.

Les défectuosités relatives ne sont des défauts que relativement à l’utilisation du cheval. Ainsi, un dos ensellé est une défectuosité grave pour un cheval de selle, tandis que cette conformation nuit peu ou pas au cheval de trait.

Les défectuosités congénitales sont apportées par le cheval en naissant. (Exemple: cheval brassicourt.)

Les défectuosités acquises, au contraire, proviennent de l’utilisation, de l’usure. (Exemple: cheval arqué.)

c. — TARES.

On entend par tare «toute trace apparente de dépréciation ayant son siège à la peau ou dans les parties sous-jacentes»(); telles les traces laissées par le feu, le tord-nez, les sétons, les vésicatoires, etc. Mais on comprend plus particulièrement sous cette dénomination des tumeurs dures ou molles placées le long des rayons osseux et autour des articulations. Celles-ci gênent plus ou moins les mouvements des membres et font très souvent boiter le cheval (voy. IIe partie, Tares des membres, et pl. V).

d. — VICES ET DÉFAUTS.

Le vice résulte du mauvais caractère de l’individu ou de la mauvaise éducation qu’il a reçue (le cheval qui mord, rue, se cabre, etc., est un cheval vicieux). C’est une imperfection morale grave.

Le défaut, au contraire, est une imperfection morale légère (voy. IIe partie, Des chevaux vicieux).

C. — PRINCIPES DE MÉCANIQUE.

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a. — CENTRE DE GRAVITÉ, SA SITUATION CHEZ LE CHEVAL.

La détermination du centre de gravité, chez les animaux, offre de nombreuses difficultés, grâce aux déplacements continuels des particules matérielles dues aux fonctions digestives, au jeu des organes, aux attitudes diverses du corps, etc., etc. Aussi, ce point, chez le cheval, n’a-t-il jamais été déterminé d’une façon absolument exacte.

Pour Borelli, il serait situé au milieu de la hauteur du tronc, et la ligne de gravitation viendrait tomber au centre du quadrilatère formé par les quatre membres.

D’après M. Colin, professeur à Alfort, le centre de gravité correspond à peu près, chez le cheval, à l’intersection de deux lignes, l’une verticale, tombant en arrière de l’appendice xiphoïde du sternum, l’autre horizontale, séparant le tiers moyen du tiers inférieur du corps. Le même auteur ajoute plus loin que la position du centre de gravité doit varier beaucoup chez les animaux, dont la tête, l’encolure, l’abdomen et la croupe offrent des proportions si diverses (fig. 7 du texte).

Fig. 7. — Centre de gravité chez le cheval.


Le général Morris et l’écuyer Baucher, d’une part, le général Morris et M. Bellanger, vétérinaire militaire, d’autre part, ont constaté expérimentalement, à l’aide de pesées, les déplacements du centre de gravité en changeant la situation de la tête et de l’encolure, ainsi que celle du cavalier. «On peut remarquer dans ces différentes pesées, conclut le général Morris: que le poids de l’avant-main l’emporte à peu près d’un neuvième du poids total sur celui de l’arrière-main; que le changement de position de la tête fait varier les poids de 10 kilogrammes de l’avant-main sur l’arrière-main; que les encolures longues donnent plus de poids à l’avant-main que les encolures courtes et fortes; que l’avant-main est plus pesant que l’arrière-main, de sorte que la progression a lieu naturellement sans que le cheval soit obligé d’employer d’autres forces que celles nécessaires au déplacement d’un neuvième de son poids.»

b. — BASE DE SUSTENTATION, ÉQUILIBRE.

On appelle base de sustentation l’espace occupé par un corps sur le sol, si ce corps présente une surface continue, ou encore l’espace compris entre les lignes joignant les points d’appui, quand le corps repose sur le sol par plusieurs points.

L’équilibre est le repos d’un corps produit par deux ou plusieurs forces qui se compensent en agissant dans des directions différentes et souvent opposées. Si une de ces forces vient à diminuer ou à cesser d’agir, l’équilibre est rompu et il y a mouvement dans le sens de la puissance prépondérante. Les solides sont en équilibre quand leur centre de gravité est soutenu, ou plutôt quand la verticale, passant par le centre de gravité, tombe dans l’intérieur de la base de sustentation.

L’équilibre est stable ou instable suivant que le centre de gravité est placé très bas ou très haut, ou suivant que la base de sustentation est large ou étroite relativement à la hauteur du corps.

Il est admis en principe qu’une allure est d’autant plus rapide que l’équilibre est plus instable. C’est grâce à la grande instabilité de l’équilibre du corps dans le galop que cette allure est la plus accélérée de toutes.

c. — LEVIERS.

En se contractant, les muscles mettent en jeu la machine animale par l’intermédiaire des os, qui jouent alors le rôle de leviers.

On appelle levier une tige inflexible pouvant se mouvoir sur un point fixe. Tout levier comprend un point d’appui (A) et deux forces opposées: la puissance (P) et la résistance (R).

On entend par bras de levier les perpendiculaires menées du point d’appui A sur la direction des forces P et R (fig. 8, 9 et 10 du texte).

La position du point d’appui variant, on a pu distinguer trois genres de leviers: le levier du premier genre ou inter-fixe (les extenseurs de la tête agissent sur un levier du premier genre; le point fixe est à l’articulation atloïdo-occipitale); le levier du deuxième genre ou inter-résistant (les fléchisseurs des phalanges agissent sur un levier du deuxième genre en empêchant l’angle du boulet de se fermer; la résistance est représentée par le poids du corps); le levier du troisième genre ou inter-puissant (les fléchisseurs de la tête agissent sur un levier du troisième genre; le point fixe est à l’articulation atloïdo-occipitale).

Fig. 8. — Levier du premier genre sollicité par des forces non parallèles.


Fig. 9. — Levier du deuxième genre.


Fig. 10. — Levier du troisième genre.


CHAPITRE II

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ÉTUDE DES RÉGIONS

Nous avons divisé le corps du cheval en trois parties principales: la tête, le corps, les membres, et en régions secondaires. Nous allons examiner dans ce chapitre celles de ces dernières régions comprises dans le tableau synoptique ci-dessous, et représentées dans la planche I, premier plan, et sur les figures 11, 12 et 13 du texte.

Tableau des régions.



I. — TÊTE

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Située en avant du tronc et à l’extrémité du bras de levier représenté par l’encolure, la tête a une très grande influence sur la position du centre de gravité et conséquemment sur la station et les mouvements de l’animal. Elle est, de plus, très importante à étudier, eu égard au grand nombre d’organes essentiels et de régions qu’elle renferme. On lui reconnaît quatre faces, une base et un sommet.

Fig. 11. — Les régions sur le cheval vu de profil.


Fig. 12 et 13. — Les régions sur le cheval vu de face et de derrière. (D’après Duhousset, Le cheval. Paris, Desfossés, 1881.)


Nous allons d’abord examiner en particulier chacune des régions qui la constituent; nous dirons ensuite un mot de l’ensemble de ces régions.

A. — FACE ANTÉRIEURE.

a. — FRONT.

Cette région, qui occupe la partie antérieure et supérieure de la tête, a pour base osseuse l’os frontal (voy. pl. VII). Elle est d’autant plus belle qu’elle est plus large et mieux musclée.

On a dit que le développement transversal du front était un indice certain de l’intelligence du cheval, que le front étroit, bombé, annonçait la rétivité. Si cela est souvent vrai, il n’en est pas moins certain que les exemples du contraire sont nombreux. Toutefois, les Arabes, dont les appréciations relativement au cheval ne doivent jamais être négligées, rangent le front dans les choses qui doivent être larges. Les anciens eux-mêmes recherchaient un front développé, comme semble le prouver le cheval de Marc-Aurèle, au Capitole, dont le front, très large, rappelle celui du bœuf().

b. — CHANFREIN.

Le chanfrein, qui a pour base principale les os sus-nasaux (voy. pl. VII), doit être aussi large que possible; car, de sa largeur dépend l’ampleur des cavités nasales, premières parties des voies respiratoires.

Le chanfrein a des formes, des directions variées, qui ont fait donner à la tête des noms différents.

c. — BOUT DU NEZ.

Située entre les deux naseaux, au-dessus de la lèvre supérieure, cette région, peu importante à étudier, doit être large et exempte de tares, celles-ci étant généralement la suite de chutes qu’a faites le cheval, par suite d’usure ou de faiblesse des membres.

B. — FACES LATÉRALES.

a. — OREILLES.

Placées en haut et de chaque côté de la tête, les oreilles constituent les ouvertures externes de l’appareil auditif. Elles doivent être en proportion avec le volume du corps; mais plutôt minces et courtes que longues: «Les oreilles minces et mobiles, ainsi que les yeux saillants, annoncent toujours, d’après les Arabes, que le cœur fonctionne bien, et que l’animal est énergique.» On les préfère aussi franchement dirigées en avant et assez écartées de la ligne médiane, ce qui permet d’apprécier, jusqu’à un certain point, la largeur du crâne.

Déjà, du temps de Xénophon, on recherchait les oreilles ainsi conformées; d’où la préférence accordée aux chevaux bucéphales, qu’on rencontrait surtout en Thessalie.

Courtes, bien placées, franchement dirigées en avant, les oreilles sont dites hardies ou de renard (fig. 14 du texte).

On exprime qu’elles sont larges, longues, lourdes, épaisses, dirigées horizontalement, en qualifiant le cheval de mal coiffé, d’oreillard.

Fig. 14. — Oreilles hardies ou de renard.


Fig. 15. — Oreilles pendantes ou de cochon.


Si elles tombent fortement eu dehors, on les appelle oreilles de cochon (fig. 15 du texte): «S’il marquoit chaque pas, dit de Solleysel, par un mouvement d’oreilles de haut en bas, il auroit cela de commun avec les cochons().»

Le cheval dont les oreilles sont continuellement en mouvement (oreilles inquiètes) a ordinairement la vue mauvaise; il tâche, en quelque sorte, de voir par les oreilles.

Celui qui les couche en arrière a l’intention de mordre ou de frapper.

Les tares des oreilles sont nombreuses et intéressantes à connaître:

On ne rencontre plus aujourd’hui de chevaux ayant les oreilles coupées; mais, au siècle dernier, on coupait fréquemment ces organes vers le milieu de leur hauteur, et l’on désignait le cheval qui avait subi cette mutilation sous les noms de moineau, bretaud ou bretaudé.

Il y a peu de temps encore, il était d’usage, dans l’armée, de fendre l’oreille gauche aux chevaux réformés avant l’âge de huit ans. Complètement abandonnée en France de nos jours, cette opération ne se pratique plus qu’en Algérie, en Tunisie, et dans la plupart des pays musulmans, sur les poulains dont la naissance coïncide avec celle d’un enfant, ou sur ceux nés un vendredi, jour que l’on sait être consacré à Mahomet. Dans ce cas, elle ne peut évidemment être une cause de dépréciation pour l’animal.

Si les tares précédentes sont rares, pour ne pas dire inconnues actuellement, celles représentées par des cicatrices circulaires résultant de l’application réitérée du tord-nez sur la région, sont assez fréquentes. Elles indiquent que l’animal est méchant ou a subi une opération grave, et méritent, par ce fait même, d’attirer toute l’attention de l’acheteur.

Maintenant que nous avons signalé les principales tares et défectuosités de l’oreille, il nous reste à dire un mot de quelques moyens frauduleux employés pour les dissimuler. Parmi ceux-ci, il y a lieu de signaler, en première ligne, cette partie de la toilette d’avant la vente, qui consiste à faire le poil des oreilles, c’est-à-dire à couper les longs poils qui existent normalement à l’entrée de la conque et dont le rôle est d’empêcher l’introduction de corps étrangers dans l’appareil auditif. Ces poils étant rares chez les chevaux fins, leur suppression a pour résultat de donner plus de distinction à l’animal.

«Un autre moyen très usité, disent MM. Goubaux et Barrier, est le capuchon ou bonnette, soi-disant destiné à mettre l’oreille à l’abri des insectes. Il faut le faire retirer, car il peut cacher autre chose qu’une défectuosité sans importance, un tord-nez très court, par exemple, si le cheval est difficile à harnacher, atteler ou ferrer, — ou encore une balle de plomb suspendue à une ficelle et placée à l’intérieur de l’oreille pour maîtriser les chevaux rétifs().»

La surdité n’est pas absolument rare chez le cheval; mais ce défaut étant difficile à reconnaître, il passe généralement inaperçu au moment de la vente et on ne le constate qu’après quelque temps de service. Toutefois, il est bon de dire que les chevaux sourds ont ordinairement les oreilles fixes et dirigées en avant.

b. — TEMPES.

Cette région correspond à l’articulation de la mâchoire inférieure avec la mâchoire supérieure, ou articulation temporo-maxillaire; elle doit tout simplement être sèche, nette et exempte de cicatrices, qui indiquent que l’animal a été atteint de vertige, de coliques violentes, ou qu’il est resté longtemps couché par suite de maladie grave.

C’est généralement aux tempes qu’apparaissent les premiers poils blancs.

C. — SALIÈRES.

Les salières sont des dépressions situées au-dessus de chaque œil. Elles répondent à la partie la plus superficielle des fosses temporales (voy. IIIe partie, Tête). Leur grande profondeur indique généralement la vieillesse; mais ce n’est pas là un indice certain, car nous avons souvent rencontré de jeunes chevaux à salières creuses.

Dans le but de donner plus d’apparence à leur marchandise, les maquignons ont imaginé d’insuffler de l’air dans le tissu cellulaire de la fosse temporale à l’aide d’une piqûre faite à la peau de la région des salières. On reconnaît cette fraude à la saillie que forme alors la région, à la petite ouverture qu’elle présente, et à la crépitation anormale que décèle la moindre pression des doigts.

d. — ŒIL.

L’œil forme une région paire située de chaque côté du front et excessivement importante à étudier. Nous ne dirons ici qu’un mot de son organisation, renvoyant, pour plus de détails, à la troisième partie de notre travail (voy. Tête).

La partie principale de l’œil est constituée par un globe membraneux, dit globe oculaire, logé en grande partie dans la cavité orbitaire et protégé en avant par deux voiles mobiles: les paupières.

Mis en mouvement par plusieurs muscles et lubrifié par les larmes, que sécrète une glande spéciale dite lacrymale, située sous l’apophyse orbitaire, le globe oculaire est formé d’une coque membraneuse close. Très bombée en avant, où elle constitue la cornée lucide ou vitre de l’œil, cette coque est remplie par des liquides de densité variable constituant les milieux de l’œil, et séparée en deux compartiments: l’un antérieur, l’autre postérieur, par le cristallin, lentille biconvexe apparaissant en arrière de l’iris.

Celui-ci représente un diaphragme contractile elliptique percé d’une ouverture de même forme, la pupille, et divise le compartiment antérieur lui-même en deux chambres communiquantes: une antérieure et une postérieure.

Le liquide qui remplit ces deux chambres, aussi limpide que l’eau, est connu sous la dénomination d’humeur aqueuse, tandis que l’espèce de gelée translucide qui occupe le compartiment postérieur prend le nom de corps vitré (fig. 16 du texte).

Les quelques descriptions sommaires que nous venons de consacrer à l’organisation de l’œil permettront au lecteur d’en comprendre les beautés, les défectuosités, les tares et les principales maladies, sans qu’il lui soit indispensable de recourir aux détails de la troisième partie, si ce n’est à titre de renseignements complémentaires.

Fig. 16. — Coupe théorique de l’œil.


Pour être beau, l’œil doit être grand, à fleur de tête, de couleur foncée, brillant et modérément convexe. De plus, les humeurs doivent être limpides et l’iris parfaitement mobile.

Ces caractères dévoilent l’énergie, l’intelligence, un bon naturel, et donnent à la tête une grande partie de son élégance.

L’œil du cheval, d’après les Arabes, doit s’incliner, paraissant regarder le nez, comme l’œil de l’homme qui louche: «Semblable à une belle coquette qui louche à travers son voile, son regard tourné vers le coin de l’œil perce à travers la crinière qui, comme un voile, lui couvre le front().»

«De plus, dit de Solleysel, l’oeil doit être résolu, effronté et fier;.... l’effronterie sied admirablement bien au cheval; dans l’œil se découvrent son inclination, sa colère, sa santé, sa malice, et sa maladie: profecto in oculis animus habitat().»

L’œil petit, gras, ou œil de cochon, de même que l’œil gros ou œil de bœuf, indiquent que le cheval est lymphatique, mou, et provient de pays froids et humides.

L’œil cerclé, qui laisse voir autour de la cornée transparente un large cercle blanc nacré formé par la sclérotique, est tout simplement disgracieux et n’indique pas la méchanceté, comme certains auteurs l’ont avancé.

L’œil trop convexe, ou myope, et l’œil trop plat, ou presbyte, rendent le cheval ombrageux et indécis.

L’œil vairon, chez lequel l’ouverture pupillaire est entourée d’une zone blanchâtre, ne nuit pas à la vision.

Les yeux inégaux sont généralement l’indice d’une maladie ancienne (fluxion périodique, par exemple).

Enfin, l’œil ne doit présenter aucune des affections désignées sous les noms de nuage (légère opalescence de la cornée), taie (opacité complète sur une étendue variable), de leucoma (cicatrice de la cornée), de cataracte (opacité complète ou partielle du cristallin; très grave), de glaucome (coloration verdâtre de l’humeur vitrée; grave), d’amaurose (paralysie de la rétine et de la pupille rendant le cheval borgne ou aveugle), d’hydropisie (hyperformation de l’humeur aqueuse), de fluxion périodique (inflammation périodique de l’œil; grave), d’ophthalmie simple (inflammation de la muqueuse conjonctive).

Manière d’examiner l’œil. — Dans un endroit un peu sombre, l’œil est beaucoup plus facile à examiner; on aperçoit mieux le fond de l’organe, dont la pupille est alors dilatée (à moins toutefois que l’œil soit atteint d’amaurose). Aussi, doit-on, autant que possible, examiner les yeux dans l’écurie ou sous un hangar, à quelque distance du jour.

Nous ne saurions mieux faire, à ce propos, que de reproduire les indications si claires et si précises de Bourgelat: «Si je veux examiner les yeux d’un cheval, dit-il, je le place à l’abri du grand jour, pour diminuer, jusqu’à un certain point, la quantité des rayons lumineux, et je le fais ranger de manière à m’opposer à la chute de ceux qui, tombant perpendiculairement, causeraient une confusion qui ne me permettrait plus de distinguer clairement les parties.

«Je fais attention encore à ce qu’aucun objet capable de changer la couleur naturelle de l’œil, en s’y peignant, ne soit voisin de l’abri que j’ai choisi; car il est bon de savoir que plusieurs maquignons, dans le dessein de déguiser les défauts des yeux des chevaux qu’ils vendent, ont le soin trompeur de faire blanchir le mur qui se trouve vis-à-vis la porte des écuries où il les font arrêter pour en soumettre les yeux à la critique des acheteurs().....»

e. — JOUES.

Les joues s’étendent des tempes à la commissure des lèvres; elles peuvent se diviser en deux parties séparées par un sillon: l’une supérieure, le plat de la joue; l’autre inférieure, la poche de la joue.

Cette région doit être bien musclée, mais sèche. A travers la peau fine, on doit voir nettement se dessiner les vaisseaux, les nerfs et les muscles de la face.

Quand la poche de la joue présente des bosselures, on dit que le cheval fait magasin, et il y a généralement alors accumulation de matières alimentaires en dehors des arcades malaires, matières qui, en fermentant, exhalent une odeur fétide et dégoûtent les animaux. Ce défaut est surtout fréquent chez les chevaux usés, à mauvaise dentition.

Si, d’autre part, les joues présentent des traces de séton ou de vésicatoire, on à l’indication que le cheval a été traité pour une affection des yeux ou des cavités nasales. L’application mal faite d’un séton dans cette région peut, d’ailleurs, léser le nerf facial et paralyser le mouvement de la lèvre supérieure d’un côté, ce que l’on reconnait au déplacement de celle-ci, qui se porte du côté opposé.

f. — NASEAUX.

Placés à l’extrémite inférieure de la tête, de chaque côté du bout du nez, au bas des joues et du chanfrein, les naseaux sont les ouvertures extérieures des cavités nasales et les seules voies par lesquelles l’air peut s’introduire dans les poumons. On ne doit pas oublier, en effet, que le cheval présente cette particularité qu’il ne respire pas par la bouche.

Ces orifices présentent chacun deux lèvres ou ailes: une interne, l’autre externe, et deux commissures: une inférieure, l’autre supérieure; celle-ci se prolonge en arrière par un cul-de-sac conique spécial aux solipèdes, la fausse narine, véritable repli cutané compris entre l’épine nasale et le biseau du petit sus-maxillaire (voy. pl. VII).

La première condition à rechercher dans les naseaux, c’est leur largeur et leur dilatation facile et régulière: «Chacune des narines du cheval, disent les Arabes, ressemble à l’antre du lion; le vent en sort quand il est haletant().»

Lorsque les naseaux sont étroits, la respiration est courte, gênée, et le cheval s’essouffle facilement; aussi, les Arabes disent-ils encore du cheval qui a les naseaux étroits qu’il laissera son cavalier dans la peine.

On croyait autrefois remédier à cet inconvénient en fendant la fausse narine; mais, aujourd’hui qu’on sait que l’incision de ce diverticulum ne peut en aucune façon agrandir les cavités nasales, on a renoncé à l’opération, que les Arabes seuls pratiquent souvent encore, surtout sur l’âne, dans le but de faciliter l’entrée de l’air dans les voies respiratoires et de diminuer le timbre de la voix.

Les mouvements précipités, la dilatation exagérée et irrégulière des naseaux, indiquent que l’animal est atteint d’une affection plus ou moins grave des voies respiratoires (emphysème pulmonaire, par exemple).

Le tégument qui revêt la face interne des naseaux doit avoir une belle teinte rosée, être à peine humecté par le liquide limpide provenant du canal lacrymal, dont l’ouverture extérieure se voit à la partie inférieure de chaque naseau, et ne présenter aucune plaie, aucune trace d’ulcération.

Si l’écoulement nasal devient plus abondant et change de nature, il indique un état maladif des voies respiratoires (angine, bronchite, emphysème pulmonaire, etc.).

En général, lorsque le jetage est consistant, coloré en jaune ou en vert, marqué de stries sanguines, adhérent aux ailes du nez, on doit craindre la morve, maladie contagieuse nécessitant l’abattage du cheval, et consulter l’état de la muqueuse nasale et de l’auge pour plus de sûreté.

La pituitaire est ordinairement pâle ou jaune cuivré dans la morve, et présente des ulcérations plus ou moins étendues, à bords irréguliers, désignées vulgairement sous le nom de chancres morveux.

Ces ulcérations, jointes aux caractères particuliers du jetage morveux et de la glande de l’auge, permettent de distinguer assez facilement la morve de la gourme, maladie à laquelle sont sujets presque tous les jeunes chevaux et qui présente quelque analogie avec la première.

On doit également tenir compte des caractères de l’air expiré. A l’état de santé, il est toujours inodore. Sa mauvaise odeur est l’indice d’une maladie du poumon, d’une carie dentaire ou d’une collection purulente, soit des sinus, soit des poches gutturales.

L’inégalité de la colonne d’air qui s’échappe des ouvertures nasales, jointe à un jetage particulier, indique, d’autre part, qu’elle rencontre sur son passage des obstacles de diverse nature (tumeurs, polypes, etc.).

Afin de rendre le jetage plus apparent et de mieux distinguer ses caractères, on fait tousser l’animal en lui comprimant la gorge; on provoque aussi l’ébrouement, en lui serrant les fausses narines sur la cloison médiane du nez.

C. — FACE POSTÉRIEURE.

a. — AUGE.

L’auge est le vide plus ou moins large, plus ou moins creux, qui existe à la face postérieure de la tête, entre les deux ganaches.

Cette région doit être profonde, large, bien nette, bien évidée, pour loger la gorge dans les mouvements de flexion de la tête. Le poing placé en travers doit y entrer facilement.

L’auge pleine ou empâtée indique un cheval mou, lymphatique, élevé dans des pays humides.

Les ganglions de l’auge sont quelquefois engorgés; alors, en passant la main dans cette région, on sent, immédiatement sous la peau, des tumeurs à caractères spéciaux, et le cheval est dit glandé. Il faut toujours attacher une grande importance à ce glandage; car il peut être le symptôme de la morve.

b. — GANACHES.

Les ganaches ont pour base le bord refoulé du maxillaire inférieur et circonscrivent l’auge. C’est à la face interne de cette région qu’on est dans l’habitude d’explorer le pouls du cheval (artère glosso-faciale).

Les ganaches doivent être sèches, peu épaisses, et suffisamment écartées. Leur épaisseur trop considérable charge inutilement la tête, indique un tempérament mou, et fait dire du cheval qu’il est chargé de ganaches.

c. — BARBE.

Région peu importante située en arrière du menton et constituée par une dépression qui donne appui à la gourmette. Ne doit être ni trop tranchante ni trop arrondie.

D. — EXTRÉMITÉ INFÉRIEURE.

a. — BOUCHE.

La bouche, qui représente l’ouverture d’entrée de l’appareil digestif, est une région assez complexe offrant à étudier les parties suivantes: 1° lèvres; 2° dents et gencives; 3° barres; 4° langue; 5° canal; 6° palais.

De la bouche en général.

Au point de vue de l’extérieur, la bouche est surtout intéressante à étudier en ce sens qu’elle loge le mors. Aussi, a-t-elle reçu différentes dénominations suivant l’impression que produit cet instrument de conduite.

On dit le cheval bien embouché lorsque toutes les parties sont bien proportionnées et que le mors s’applique convenablement.

La bouche fraîche est celle qui se remplit d’écume lorsque le cheval est bridé.

La bouche tendre ou sensible est celle qui reçoit du mors une impression douloureuse un peu forte.

La bouche égarée présente le même défaut porté à l’extrême.

La bouche dure, au contraire, se montre très peu sensible à l’action du mors.

Il importait de bien connaître toutes ces expressions; mais nous pensons, avec M. Sanson, que «les difficultés du dressage dépendent bien plus des vices de conformation ou de l’insuffisance des organes destinés à accomplir les mouvements, ou encore de l’état obtus plus ou moins prononcé des facultés intellectuelles dans leur limite physiologique, que de prétendus défauts des parties constituantes de la bouche. Il serait plus exact, du reste, de dire que ceux-ci, quand ils existent réellement, sont presque toujours le résultat de l’ignorance ou de la brutalité des cavaliers, et souvent des deux à la fois().»

1° Lèvres. — Situées à l’entrée de la bouche, les lèvres sont au nombre de deux: une inférieure et une supérieure, réunies par deux commissures.

Organes de tact, servant de plus à la préhension des aliments, elles doivent être très mobiles, la supérieure surtout, d’une épaisseur moyenne, et bien fermer l’ouverture de la bouche, afin d’éviter toute déperdition de salive.

Leur face externe, recouverte d’une peau fine, présente quelques poils durs qui sont les véritables organes de leur grande sensibilité tactile.

Chez quelques chevaux, la lèvre supérieure présente, en outre, deux faisceaux de poils plus longs que les autres simulant de véritables moustaches. Nous ne pensons pas, comme certains auteurs l’ont avancé, que cette particularité soit l’apanage exclusif des chevaux communs. Nous croyons qu’elle est tout simplement le résultat de l’irritation continuelle des bulbes pileux par les plantes grossières composant la nourriture ordinaire des animaux.

Dans une tournée que nous faisions en Bretagne, il y a quelques années, nous avons pu nous convaincre, en effet, que les moustaches existaient exclusivement sur les chevaux qui recevaient dans leurs rations des ajoncs et des genets.

La lèvre inférieure porte une protubérance arrondie à laquelle on donne le nom de houppe du menton.

Les lèvres donnent à la physionomie de l’animal des expressions très diverses; ainsi, pendant les grandes souffrances, elles se contractrent d’une façon particulière et font dire que la face est grippée.

Chez les chevaux vieux et usés, plus rarement chez les jeunes, la lèvre inférieure est quelquefois pendante. Quoique cette défectuosité indique le plus souvent une débilitation profonde de l’organisme, il n’est pas absolument rare de la voir coïncider avec un tempérament énergique.

Enfin, certains animaux ont l’habitude d’agiter continuellement, par des mouvements saccadés et rapides, cette même lèvre inférieure. On dit alors qu’ils cassent la noisette. Ce vice est tout simplement disgracieux à l’œil.

Les tares les plus fréquentes des lèvres sont des excoriations circulaires résultant de l’application réitérée du tord-nez. Comme les tares semblables des oreilles, elles indiquent un animal difficile, ou ayant subi une opération grave.

2° Dents et gencives. — (Voy. IIe partie, Age, et pl. IV.)

3° Barres. — Les barres occupent, à la mâchoire inférieure, l’espace compris entre les crochets et les premières molaires (voy. pl. VII).

Servant de point d’appui au mors, elles doivent être modérément arrondies.

Les barres sont dites tranchantes quand la crête osseuse qui en forme la base est trop prononcée; elles sont alors très sensibles à l’appui du mors. On les dit arrondies ou basses dans le cas contraire, et on leur reproche d’être peu impressionnées par l’action du mors.

4° Langue. — La langue, organe principal du goût, sert encore à la mastication, à l’insalivation et à la déglutition.

Elle comprend une partie libre ou mobile, antérieure, et une partie fixe, postérieure.

Elle ne doit être ni trop épaisse, ni trop mince, pour remplir convenablement ses fonctions et participer dans une bonne mesure à l’appui du mors.

La langue qui reste toujours hors de la bouche est dite pendante; celle qui sort et rentre continuellement est appelée serpentine.

Ces défauts, outre qu’ils rendent le cheval disgracieux, indiquent un tempérament mou, et sont une cause d’amaigrissement par la perte de salive qui en est le résultat.

On dit qu’un cheval double sa langue quand il en recourbe la partie libre au-dessus ou au-dessous du mors. Dans ce dernier cas, celui-ci repose à peine sur les barres, et la bouche est généralement dure.

Enfin, par suite de causes diverses, la langue peut être coupée ou entaillée. Cet accident, fréquent surtout chez les chevaux qui tirent au renard, a l’inconvénient grave de rendre l’alimentation lente et difficile.

5° Canal. — Situé entre les deux branches du maxillaire inférieur, le canal loge la langue.

C’est une espèce de rigole présentant, en avant et de chaque côté du frein de la langue, un petit prolongement membraneux connu sous le nom de barbillon, destiné à protéger l’origine du canal de la glande maxillaire correspondante (Canal de Warton).

Par suite de l’introduction de parcelles alimentaires, d’épillets de brome stérile le plus souvent, dans la partie terminale du canal de Warton, celle-ci est quelquefois le siège d’un état maladif connu vulgairement sous le nom de grenouillette, qui disparaît généralement avec la cause qui l’a fait naître. On dit aussi, dans ce cas, que l’animal a un painvin.

C’est tout ce que présente de particulier la région qui nous occupe.

6° Palais. — Le palais forme la voûte de la bouche. Comme le canal, il ne présente ni beauté ni défectuosité.

L’excroissance de cette région connue sous le nom de fève ou de lampas, n’a jamais existé que dans l’imagination de ceux qui l’ont décrite. Sans doute les jeunes chevaux ont souvent le palais engorgé au moment de la dentition; mais cet engorgement se dissipe peu à peu à mesure que l’animal vieillit et ne constitue point une maladie. Aussi, doit-on absolument proscrire la cautérisation et la saignée au palais que pratiquent encore quelques empiriques, sous prétexte de combattre l’inappétence de certains chevaux dont la région leur paraît plus gonflée qu’à l’état normal.

E. — EXTRÉMITÉ POSTÉRIEURE.

a. — NUQUE.

La nuque occupe le sommet de la tête et a pour base l’articulation atloïdo-occipitale. C’est sur cette région que s’appuie la têtière de la bride et du licol. Par suite, la nuque peut être le siège d’excoriations, de cors, auxquels peut même succéder une plaie fistuleuse laissant écouler un pus liquide, verdâtre, plus ou moins odorant; on dit alors que le cheval a un mal de nuque ou de taupe, affection toujours très grave.

b. — TOUPET.

Le toupet est une touffe de crins d’autant plus fins que l’animal a plus d’énergie et de distinction, passant entre les oreilles et tombant sur le front et les yeux, qu’il préserve, disent quelques auteurs, de l’ardeur des rayons solaires. Les Arabes aiment le toupet fourni, peut-être pour cette dernière raison: «Au temps de la peur, disent-ils, monte une cavale légère dont le front est couvert par une crinière épaisse.»

c. — PAROTIDES.

Les parotides ont pour base les glandes salivaires de même nom.

Cette région doit se montrer légèrement déprimée; trop excavée, la tète est mal attachée; trop en saillie, la tête est plaquée.

d. — GORGE.

La gorge, qui a pour base la partie inférieure du larynx, doit être aussi large que possible.

C’est cette région, ou les premiers anneaux de la trachée, que l’on comprime pour provoquer la toux du cheval.

De la tête en général.

Jusqu’ici nous n’avons étudié que les parties constituantes de la tête; il nous reste maintenant à examiner l’ensemble de ces parties et à voir quelles inductions pratiques on peut tirer de la forme, de la configuration générale, de la longueur, du volume, de l’attache et de de la direction de la tête, pour l’appréciation du cheval.

La tête, dans son ensemble, est d’autant plus importante à étudier qu’elle est la partie du corps qui indique le mieux le degré de noblesse, d’intelligence et d’énergie des animaux. Elle présente, d’un autre côté, cette particularité très remarquable qu’il y a entre ses régions un rapport de conformation, une harmonie qui n’existe pas ailleurs. S’il est fréquent, par exemple, de rencontrer un beau jarret et une hanche défectueuse, une belle épaule avec une mauvaise croupe, il est rare de voir coïncider un front large avec un œil petit, mal situé, des naseaux étroits avec des ganaches écartées, etc.; d’où il résulte que l’étude d’une seule région de la tête peut permettre d’apprécier presque sûrement toutes les autres.

La forme générale de la tête varie beaucoup suivant les races et chez les individus de même race.

Elle est dite carrée (fig. 17 du texte) lorsque sa face antérieure est large et plane. Comme cette forme de la tête coïncide généralement avec un grand développement du crâne, qu’elle est, d’un autre côté, l’apanage des races anglaise et arabe de pur sang, on a dit qu’elle indiquait la noblesse, la pureté de la race, l’intelligence, la valeur, l’énergie, le fond et même la bonté du tempérament(). Si cela est vrai dans la majorité des cas, il y a toutefois lieu de faire remarquer qu’on rencontre assez fréquemment de bons chevaux avec une configuration de la tête toute différente.

Suivant que la tête, dans la région crânienne, est plus large que longue ou plus longue que large, le cheval est dit brachycéphale (crâne court), ou dolichocéphale (crâne allongé), et quelques auteurs ont fait de la brachycéphalie et de la dolichocéphalie la principale, la seule vraie caractéristique des races. Tout en reconnaissant les avantages de cette méthode, nous sommes d’avis qu’il faut être moins absolu aujourd’hui, et que dans les races les mieux caractérisées, les moins abâtardies, les plus faciles à reconnaître par l’ensemble de leurs caractères, on peut quelquefois rencontrer des individus dont la tête n’est plus celle du type ordinaire. Nous reviendrons sur ce sujet quand nous décrirons chaque race en particulier (voy. IVe partie, Races).

La tête conique (fig. 18 du texte) est celle qui va en se rétrécissant de la partie supérieure au bout du nez. Autrefois à la mode, elle est aujourd’hui regardée, avec raison, comme présentant généralement des caractères opposés à la précédente. Aussi, les amateurs d’occasion qui veulent faire admirer la tête d’un cheval en disant qu’il pourrait boire dans un verre, indiquent-ils sans le savoir le point faible qui prouve précisément le contraire de ce qu’ils veulent démontrer.

Bien que de Solleysel, en conseillant de choisir la tête «le plus menu qu’il se pourra»() à son extrémité inférieure, ait contribué à répandre l’expression ci-dessus, qui implique une erreur de jugement, on ne peut guère l’accuser d’avoir mis la tête conique à la mode; car il a eu soin d’expliquer que, par une tête menue inférieurement, il entendait une tête peu charnue, peu chargée et que, d’un autre côté, il demande des naseaux très ouverts permettant de voir «le vermeil qui est au dedans».

Fig. 17. — Tête carrée.


Fig. 18. — Tête conique.


La tête camuse (fig. 19 du texte) présente une dépression sur sa face antérieure; elle coïncide généralement avec un front large.

Si la dépression porte seulement sur la région du chanfrein, la tète est dite de rhinocéros (fig. 20 du texte).

Tandis que la tête camuse est un caractère de race (chevaux bretons, arabes, etc.), et donne d’ordinaire une physionomie mutine, intelligente, à l’animal, la tête de rhinocéros résulte tout simplement d’une compression exercée sur le chanfrein par la muserolle, le caveçon, etc., compression allant quelquefois jusqu’à perforer les os sus-nasaux.

La tête busquée (fig. 21 du texte) est convexe sur toute sa face antérieure. Quand la convexité est limitée au front, la tête est dite de lièvre. Si, au contraire, cette convexité porte exclusivement sur le chanfrein, on a la tête moutonnée.

La convexité de la tête, quels que soient son siège et son degré, est regardée comme une défectuosité. Très recherchée au siècle dernier, sous le règne de Louis XV surtout, la tête busquée est actuellement plus que démodée; on l’accuse de prédisposer au cornage et à d’autres maladies plus ou moins graves, la morve par exemple. Pour M. de Curnieu, le cheval à tête busquée serait l’idiot de l’espèce. Il y a là beaucoup de vrai mélangé à non moins d’exagération.

Si la tête convexe coïncide généralement avec des naseaux étroits, une poitrine resserrée, etc., il n’en est pas moins certain que beaucoup de chevaux à tête busquée sont de bons, agréables et même brillants serviteurs. La convexité du chanfrein n’implique pas toujours, en effet, un rétrécissement des cavités nasales, et il est nombre de cas où elle existe avec un bon développement de toutes les parties de l’appareil respiratoire.

Fig. 19. — Tête camuse.


Fig. 20. — Tête de rhinocéros.


D’un autre côté, nous ne croyons pas qu’elle prédispose plus que la tête la mieux conformée au cornage chronique, cette affection n’ayant généralement pas son siège dans les cavités nasales. Quant à son influence sur la morve, il est à peine utile, en l’état actuel de la science, de dire qu’elle ne peut être qu’imaginaire.

La tête longue (fig. 22 du texte) est celle qui présente un excès de longueur relativement aux autres parties du corps. On l’accuse surtout d’être lourde et de peser trop à la main du cavalier. Pour nous, elle n’est même pas toujours disgracieuse, et ne devient une réelle défectuosité que quand ses parties constituantes, prises isolément, ne sont pas dans de bonnes conditions de conformation. La nature, dit M. Richard, a donné à l’encolure assez de puissance pour supporter le poids de la tête, quelque lourde qu’elle soit, sans le soutien de la bride. Il y a là une autre cause qui tient, soit au dressage, soit à un vice de conformation de l’avant-main, soit à l’espèce du cheval. C’est entièrement notre avis, et nous sommes persuadé que la tête longue n’est souvent lourde que parce qu’on la rencontre généralement chez des individus mous, lymphatiques, ou encore parce qu’elle est fréquemment grosse et dans une mauvaise direction. La tête longue, bien portée, chez un cheval énergique, peut êt-re tout aussi légère que la plus belle tête carrée.

Fig. 21. — Tête busquée.


Fig. 22. — Tête longue.


La tête décharnée, ou de vieille, est longue, peu volumineuse, et d’une extrême sécheresse.

Les têtes grosses et grasses (fig. 23 du texte), sont disgracieuses et réellement trop pesantes. D’ailleurs, elles indiquent un animal grossier, mou, lymphatique, et ne conviennent que pour le service du gros trait.

Pour le trait léger et la selle, on doit rechercher une tête peu volumineuse et sèche, où les saillies osseuses, les reliefs musculaires, les vaisseaux et les nerfs sous-cutanés sont bien dessinés.

Relativement à sa direction, la tête doit être portée obliquement de haut en bas et d’arrière en avant, de manière à former avec le sol un angle d’environ 45 degrés (fig. 24 du texte).

Si elle est trop horizontale (fig. 25 du texte), le centre de gravité se trouve déplacé en haut et en avant, et le cheval porte au vent. Ce défaut nuit à la bonne action du mors, qui se rapproche des molaires et ne prend plus qu’une faible partie de son appui sur les barres. Le cheval se soustrait, de cette manière, à la volonté de celui qui le conduit et prend facilement, selon l’expression consacrée, le mors aux dents; de plus, il ne voit pas, en général, les obstacles près de lui, et se trouve d’autant plus exposé à butter ou à tomber que l’avant-main est toujours un peu surchargé.

Fig. 23. — Tète grosse et encolure épaisse.


Fig. 24. — Tête bien portée et encolure droite, bien dirigée.


Lorque, au contraire, le cheval porte la tête verticale (fig. 26 du texte), le centre de gravité se déplace en arrière et l’animal s’encapuchonne, c’est-à-dire qu’il rapproche le menton du poitrail. Il ne voit plus alors les obstacles que lorsqu’il lui est impossible de les éviter, et se soustrait bientôt à l’action de la main; mais, nous doutons fort qu’il prenne réellement un point d’appui sur le poitrail avec les branches du mors, comme la plupart des auteurs l’avancent.

Fig. 25. — Tête horizontale et encolure de cerf.


Fig. 26. — Tête verticale et encolure rouée.


Enfin, la tête peut être bien attachée, mal attachée ou plaquée.

On la dit bien attachée quand elle se trouve séparée du sommet de l’encolure par une légère dépression de la région parotidienne; mal attachée, quand cette dépression est trop accentuée; plaquée, lorsque le sillon parotidien est, au contraire, effacé.

Les mouvements de la tête bien attachée sont faciles et étendus; ceux de la tête plaquée sont très restreints. Il s’en suit que le cheval à tête mal attachée est non seulement disgracieux, mais encore peu propre au service de la selle.

II. — CORPS

Table des matières

A. — FACE SUPÉRIEURE.

a. — ENCOLURE.

Le long balancier représenté par l’encolure est situé en avant du tronc et supporte la tête; il a pour base osseuse les sept vertèbres cervicales.

On reconnaît à cette région deux faces latérales, un bord supérieur, un bord inférieur, une extrémité antéro-supérieure ou sommet, et une extrémité postéro-inférieure ou base.

Les faces latérales présentent inférieurement une dépression longitudinale (gouttière de la jugulaire) logeant une grosse veine superficielle, la jugulaire, où l’on pratique généralement la saignée.

Le bord supérieur est orné de la crinière, dont les crins sont d’autant plus fins que l’animal est plus distingué, plus énergique.

Le bord inférieur a pour base le tube trachéal; on doit, pour cette raison, le préférer large et arrondi.

La forme droite et la direction oblique (Voy. fig. 24 du texte) à 45 degrés environ sont deux conditions à rechercher dans l’encolure; elles donnent de la grâce à l’ensemble du corps et rendent le cheval apte à tous les services.

L’encolure verticale et l’encolure horizontale sont considérées comme des défectuosités chez le cheval de selle: la première donne du brillant à l’animal, mais elle le prédispose à porter au vent; la seconde le rend pesant à la main et le fait butter.

Relativement à son volume, l’encolure doit être fine, mais bien musclée. Trop grêle, elle ne convient à aucun service. Trop épaisse (Voy. fig. 23 du texte) ou charnue, elle n’est à rechercher que pour le cheval de gros trait.

L’encolure ne doit être, d’un autre côté, ni trop courte, ni trop longue.

L’encolure courte manque de flexibilité et ne couvre pas assez le cavalier; aussi ne convient-elle aucunement pour le service de la selle, surtout dans l’armée.

L’encolure longue n’est un inconvénient que dans le cas où elle est mal musclée et supporte une tête lourde. Les Arabes rangent cette région dans les choses qui doivent être longues: «En allongeant l’encolure et la tête pour boire dans un ruisseau qui coule à fleur de terre, si le cheval est bien d’aplomb, sans replier l’un de ses membres antérieurs, soyez assuré, disent-ils, qu’il a des qualités, et que toutes les parties de son corps sont en harmonie().»

Fig. 27. — Encolure de cygne.


Fig. 28. — Encolure chargée ou tombante.


L’encolure varie dans sa direction: souvent elle décrit une courbe (à convexité supérieure) plus ou moins prononcée du garrot à la nuque; elle est alors désignée sous le nom d’encolure rouée (Voy. fig. 26 du texte) (chevaux andalous et barbes).

Si la courbe existe à son sommet seulement, elle est dite encolure de cygne (fig. 27 du texte).

Ces deux directions, en rapprochant la tête de la verticale, ont l’inconvénient de permettre au cheval de s’encapuchonner.

L’encolure de cerf (Voy. fig. 25 du texte) est courbée dans le sens inverse de l’encolure rouée; eu favorisant l’horizontalité de la tête, elle prédispose le cheval à porter au vent.

L’encolure chargée ou tombante (fig. 28 du texte) est celle dont le bord supérieur, gros et empâté, se renverse plus ou moins d’un côté (gros chevaux).

Nous avons vu les attaches supérieures de l’encolure en parlant de la tête; nous n’y reviendrons pas. «Les attaches inférieures, dit M. H. Bouley, doivent être marquées, de chaque côté, par un léger relief que forme sous la peau le bord antérieur des épaules...().» Dans ces conditions, l’encolure est dite bien sortie.

On appelle coup de hache une dépression du bord supérieur de l’encolure, immédiatement en avant du garrot, et coup de lance, un creux situé sur les faces latérales, en avant de l’épaule. Cette dernière dépression, due en réalité à une atrophie du muscle angulaire de l’omoplate, a donné lieu à une légende d’après laquelle un magnifique cheval turc, ayant reçu un coup de lance dans la bataille que se livrèrent Constantin et Maxence sous les murs de Rome (an 312), fut ensuite employé à la reproduction et transmit à ses descendants cette marque que de Garsault appelle une «marque d’honneur».

b. — GARROT.

Situé en arrière de l’encolure et en avant du dos, le garrot a pour base les apophyses épineuses des cinq ou six vertèbres dorsales qui suivent la première, ainsi que la portion des ligaments surépineux cervical et dorso-lombaire qui recouvre leurs sommets renflés. Le bord supérieur du cartilage complémentaire de l’omoplate et des plans musculaires nombreux (voy. pl. VIII et IX) concourt aussi à former cette région.

Le beau garrot doit être élevé et reporté en arrière (fig. 29 du texte). Cette conformation facilite les mouvements de l’encolure et de l’épaule: d’abord, en permettant au ligament et aux muscles cervicaux d’agir plus perpendiculairement sur le bras de levier de la résistance représenté par l’encolure; en augmentant, ensuite, la longueur des muscles qui vont du garrot à l’épaule. Chez le cheval destiné à être monté, elle facilite, en outre, l’application de la selle, en empêchant celle-ci de fuir en avant.

Il y a lieu, toutefois, de faire observer que le garrot doit être modérément reporté en arrière, sous peine de devenir défectueux.

Nous avons eu l’occasion de rencontrer un certain nombre de chevaux, en Tunisie surtout, chez qui le garrot se prolongeait tellement en arrière qu’il n’y avait plus place pour la selle, et qu’on ne pouvait les monter une journée sans les blesser.

Le garrot doit non seulement être élevé, mais sec à son bord supérieur, c’est-à-dire peu chargé de parties molles. L’expérience prouve qu’un garrot gras, empâté, est plus facilement blessé par la selle que le garrot sec, et que les blessures y sont, en outre, plus graves et plus longues à guérir.

Fig. 29. — Garrot élevé et épaule longue et oblique.


Fig. 30. — Garrot bas et épaule courte et droite.


Il y a lieu de remarquer que la hauteur du garrot peut être absolue ou relative.

Pour nous, elle est absolue quand la saillie formée par la région est plus ou moins prononcée relativement aux parties environnantes.

Elle est, au contraire, relative si on la compare à celle de la croupe.

Quoi qu’il en soit, d’après les observations de MM. Goubaux et Barrier, consignées dans leur magnifique Traité de l’extérieur du cheval, la hauteur absolue du garrot ne tient pas seulement à la longueur des apophyses épineuses des vertèbres constitutives, comme on l’a cru jusque-là, mais encore au mode de suspension du tronc entre les membres antérieurs, à l’état d’embonpoint des sujets, à la longueur du scapulum et de son cartilage, à l’inclinaison de l’épaule.

Quant aux différences de hauteur portant sur l’avant et l’arrière-main, elles peuvent tenir aussi: au degré d’ouverture des angles articulaires du membre thoracique; à la longueur de ses divers rayons; enfin, au rapport de longueur existant entre les membres antérieurs et les membres postérieurs.

Outre l’inconvénient de rendre le cheval plus difficile à harnacher, inhérent à tout garrot bas (fig. 30 du texte), le peu d’élévation de cette région relativement à celle de la croupe a encore pour résultat de surcharger les membres antérieurs; d’où «actions insuffisantes de l’avant-main, trot raccourci avec manifestation ordinaire du défaut de forger, inaptitude à l’allure du galop, difficulté d’exécuter le saut et le cabrer().»

Nous devons cependant faire observer qu’il ne manque pas de chevaux de pur sang possédant une très grande vitesse chez qui le garrot est bas comparativement à la croupe. C’est qu’ici, avec un avant-main très léger, des épaules fortement obliques, un équilibre plus instable (le centre de gravité étant reporté en avant), coexistent un arrière-main puissant et long, une croupe généralement oblique et des membres postérieurs engagés sous le tronc, projetant le corps en haut. D’où, en somme, inconvénient racheté par une compensation au moins égale.

Nous reviendrons, d’ailleurs, sur ce sujet à propos de la croupe.

Terminons en disant que si le garrot élevé commande généralement une poitrine profonde et des épaules longues et obliques, cette règle souffre pas mal d’exceptions. Nous avons vu maints chevaux à garrot très élevé, à poitrine profonde même, chez qui les épaules étaient droites, courtes, mal musclées, et l’angle scapulo-huméral très remonté (Voy. Épaule).

Par suite de sa saillie, de sa complexité anatomique, des nombreux mouvements dont il est le centre, le garrot se trouve souvent blessé. Or, les blessures de cette région se compliquant fréquemment d’une affection très difficile et très longue à guérir, le mal de garrot (nécrose ou carie des ligaments et des os, avec fistule et pus liquide très odorant, de mauvaise nature), il y a lieu d’accorder une grande importance à la netteté du garrot.

c. — DOS.

Situé au-dessus des côtes, entre le garrot et les reins, le dos a pour base les onze ou douze dernières vertèbres dorsales.

Il doit être à peu près horizontal, large, c’est-à-dire bien musclé, et court (fig. 31 du texte).

Si le dos s’incline trop en avant, on le dit plongé (fig. 32 du texte). S’il est concave, le cheval est dit ensellé (fig. 33 du texte).

Fig. 31. — Dos bien conformé.


Ces deux conformations nuisent à la solidité et sont de graves défectuosités pour les chevaux de selle et de bât.

Si la ligne dorsale est convexe, le dos est dit de mulet (fig. 34 du texte), ou de carpe quand cette convexité est exagérée. Les chevaux qui présentent ces conformations ont le dos solide; mais leurs réactions sont très dures et ils ne conviennent guère qu’au service du trait ou du bât.

On admet en général et il semble logique d’admettre que le dos long donne plus de douceur aux réactions, surtout s’il existe avec des angles articulaires fermés, des paturons longs et obliques; mais la pratique prouve que cette conformation de la région dorsale coïncide souvent avec des réactions dures, même lorsque les rayons phalangiens sont longs et obliques. Le seul point qui paraisse bien démontré, c’est que la longueur de la tige dorsale diminue sa solidité et prédispose à l’ensellement si l’on fait porter des fardeaux un peu lourds au cheval.

On a dit que le dos long diminuait aussi la vitesse; cela, d’après M. H. Bouley, est absolument le contraire de la vérité : «Car, dit-il, la brièveté de la colonne rachidienne n’est pas compatible avec la rapidité des allures.» Il en résulte que si l’on considère le cheval au seul point de vue de son utilisation comme moteur à grande vitesse, on doit rechercher un dos long.

Fig. 32. — Dos plongé.


Fig. 33. — Dos ensellé.


Le dos court est plus solide et convient mieux pour la selle et la plupart des autres services.

En somme, bien qu’on rencontre des avantages dans le dos long et dans le dos court, il est bon de poser en principe général que le dos le mieux conformé sera celui qui présentera une longueur en harmonie avec l’ensemble des autres parties du corps.

Le dos peut encore être tranchant ou double. Cette dernière conformation n’est à rechercher que pour les chevaux de gros trait.

Fig. 34. — Dos de mulet.


Les blessures du dos par le harnachement sont fréquentes, mais beaucoup moins graves qu’au garrot.

d. — REINS.

Située entre le dos et la croupe, cette région a pour base les six vertèbres lombaires.

Pour être beaux, les reins doivent être courts, larges, dans une bonne direction, bien musclés et bien attachés.

Les reins longs sont toujours faibles, d’autant plus qu’ils sont en même temps souvent étroits.

Les reins convexes, voussés, indiquent la vieillesse, l’usure, une maladie grave (effort de reins), ou encore un défaut originel, non absolument rare chez les produits des juments précédemment livrées à la production mulassière. Dans ce dernier cas, la voussure des reins n’est pas un défaut bien grave, si ce n’est pour le cheval destiné à la selle, qui peut se blesser plus facilement.

Quand les reins sont plus bas que la croupe, mal liés à elle, on dit qu’ils sont bas, mal attachés, mal soudés. Cette défectuosilé, qui coexiste généralement avec des reins longs, étroits, nuit d’ordinaire à la rapidité des allures, à la solidité, rend l’arrière-main vacillant et le reculer difficile.

Il faut se garder de considérer comme bas, mal attachés, des reins ne paraissant en contre-bas que par suite de la saillie exagérée des angles internes de l’ilium ou du sommet de la croupe (bosse du saut).

Comme le dos, les reins peuvent être tranchants ou doubles.

Les blessures sont également les mêmes que dans cette dernière région.

e. — CROUPE.

La croupe forme réellement le premier rayon des membres postérieurs et correspond, anatomiquement, à l’épaule. Mais, sous le rapport de l’extérieur, cette région n’étant pas nettement distincte du tronc, auquel elle est unie, d’ailleurs, de la manière la plus intime, nous la comprenons dans les régions du corps.

La croupe fait suite aux reins et a pour base les deux coxaux, composés chacun, ainsi que nous l’avons vu, de trois parties: 1° l’ilium, qui s’appuie sur le sacrum; 2° le pubis, compris entre les deux autres; 3° l’ischium, qui, au lieu de suivre la direction oblique de haut en bas et d’avant en arrière de l’ilium, se relève et se porte en arrière (voy. IIIe partie, Bassin, et pl. XIV).

Ces trois parties, en se réunissant, forment inférieurement, et de chaque côté, une cavité dite cotyloïde, dans laquelle se trouve logée la tête du fémur correspondant.

De cette disposition résulte l’articulation coxo-fémorale, servant de point d’appui au levier représenté par chaque coxal.

La belle croupe doit être longue, légèrement inclinée, d’une largeur moyenne, et bien musclée.

La longueur est la première condition de beauté ; car le grand développement de la région, d’avant en arrière, est en rapport avec la longueur des muscles qui s’y attachent (muscles fessiers et ischio-tibiaux), et, par conséquent, avec l’étendue de leur contraction.

La longueur de la croupe se mesure de la hanche à la pointe de la fesse (tubérosité postérieure et externe de l’ischium). Cette longueur, indispensable à la rapidité des allures, a son effet d’autant plus marqué, pour le saut ou le galop surtout, qu’elle réside principalement dans les dimensions des ischiums, c’est-à-dire des bras de levier qui s’étendent de l’articulation coxo-fémorale à la pointe de la fesse, et sur lesquels agissent les muscles ischio-tibiaux chargés de faire basculer le coxal, et avec lui toute la partie antérieure du corps, sur la tête du fémur (fig. 35 du texte).

L’importance du grand développement de la croupe, d’avant en arrière, n’a pas échappé à l’esprit d’observation des Arabes: «Le cheval dont la croupe est aussi longue que le dos et les reins réunis, disent-ils, prends-le les yeux fermés: c’est une bénédiction.» Fitz-Émilius, par exemple, était dans ces conditions, et l’on sait quels grands moyens ce petit cheval a montrés en toute circonstance.

Fig. 35. — Croupe longue et croupe courte (fig. théorique).


Fig. 36. — Croupe horizontale et croupe oblique (fig. théorique).


La bonne direction de la croupe a été et est encore très discutée. Pour les uns, on doit la rechercher horizontale (fig. 37 du texte); pour les autres, l’obliquité est préférable (fig. 38 du texte). La vérité est que la croupe horizontale, entraînant de longs muscles ischio-tibiaux et ilio-trochantériens avec des attaches ischiatiques et trochantériennes plus perpendiculaires, des membres postérieurs plus reportés en arrière, un angle coxo-fémoral plus fermé, et, partant, une plus grande extension de la cuisse, favorise l’étendue des mouvements, l’impulsion en avant, la vitesse; tandis que la croupe oblique, comportant un angle coxo-fémoral plus ouvert(), des muscles plus courts, permet des mouvements moins étendus, une extension moins grande du fémur, et convient conséquemment moins bien pour les allures rapides que la conformation précédente (fig. 36 du texte).

D’un autre côté, la croupe oblique coïncidant le plus souvent avec des membres postérieurs fortement engagés sous le tronc, une partie de la détente de ceux-ci est employée en pure perte à soulever le corps jusqu’au moment où l’effort peut se transmettre intégralement au rachis dans le sens du mouvement. D’où, en somme, nouvel inconvénient de l’obliquité de la croupe pour la vitesse.

Fig. 37. — Croupe horizontale.


Fig. 38. — Croupe oblique.


Mais hâtons-nous de faire remarquer que «les conséquences de l’obliquité de la croupe sont subordonnées à la longueur, à la direction des ischiums, et aux rapports qui existent entre l’avant-main et l’arrière-main. Une croupe oblique, si elle est longue, puissamment musclée et élevée, et si l’avant-main est bas et léger, chassera fortement la masse en avant().» Par suite, en effet, d’un simple déplacement du centre de gravité en avant, tout se trouve changé dans l’individu, et la projection peut s’opérer horizontalement, même chez l’animal à croupe oblique, pourvu qu’il soit bas et léger du devant ou, tout simplement, que l’encolure se relève, que la tête se porte en arrière, qu’en un mot la plus grande partie du poids du corps soit répartie sur les extrémités postérieures.

Il y a donc lieu de faire entrer en ligne de compte, pour l’appréciation de telle ou telle direction de la croupe, la conformation de l’avant-main. C’est ainsi que, chez les chevaux anglais, généralement bas du devant, on ne fait aucune différence, pour la vitesse, entre un cheval à croupe horizontale et son concurrent à croupe oblique. «Si le premier a des avantages dans un sens, le second en a dans l’autre, dit M. Richard, et il en résulte une compensation qui peut niveler leurs conditions de vitesse comme structure, sinon comme sang().»

Fig. 39. — Croupe tranchante ou de mulet.


Avec la plupart des auteurs, nous admettons que la croupe oblique facilite d’ordinaire les allures enlevées(), non pas que nous croyions que cette direction soit favorable par elle-même à l’impulsion verticale; mais parce que, coexistant généralement, comme nous l’avons vu, avec des membres postérieurs plus ou moins engagés sous le centre de gravité, la détente de ceux-ci a d’abord pour résultat de projeter le tronc en haut avant que l’effort puisse se transmettre au rachis dans le sens du mouvement en avant.

L’obliquité de la croupe est, d’ailleurs, favorable aussi à la force: par suite de l’inclinaison des rayons et de la fermeture des angles articulaires du membre abdominal, que nous savons être très souvent la conséquence de l’abaissement de la croupe, les attaches musculaires sont plus perpendiculaires à leurs bras de levier et permettent à l’animal de leur faire produire des efforts d’une grande intensité.

Fig. 40. — Croupe double.


Donc, d’une façon générale, la direction de la croupe doit être horizontale pour les services rapides; oblique chez les chevaux destinés aux allures enlevées et chez ceux de gros trait lent; moyennement inclinée, enfin, pour tous les services mixtes.

Cette direction répond à peu près à une ligne qui unirait la hanche à la pointe de la fesse.

Si la croupe est trop oblique, on la dit avalée, en pupitre, ou coupée. Cette dernière expression indique que le défaut est porté à l’excès et que les ischiums sont en même temps courts.

Sous le rapport de ses dimensions, la croupe peut être non seulement longue ou courte, mais large ou étroite.

La croupe large est une beauté pour tous les services et doit être surtout recherchée pour les juments poulinières. Par contre, la croupe étroite est très défectueuse; elle indique que la région est mal musclée, sans force, et fait dire du cheval qu’il est pointu du derrière.

Relativement à la direction de sa ligne supérieure et à sa musculature, la croupe reçoit également différentes dénominations.

Lorsque l’épine sus-sacrée est très saillante et que les muscles fessiers s’abaissent de chaque côté, de manière à former un plan incliné, elle est dite tranchante ou de mulet (fig. 39 du texte). Cette conformation, commune chez les chevaux barbes, andalous, et du midi de la France, n’est défectueuse que si la région est en même temps étroite et mal musclée.

Quand, au contraire, l’épine sus-sacrée est figurée par un sillon limité de chaque côté par les muscles de la croupe trop fortement développés, on a la croupe double (fig. 40 du texte), qui ne convient que pour le service du gros trait.

Si, enfin, les éminences osseuses sont plus développées et plus saillantes que d’habitude, la croupe est dite anguleuse et dénote généralement des leviers d’une grande puissance. La saillie formée par les angles internes de l’ilium est quelquefois désignée sous la dénomination particulière de bosse du saut.

f. — HANCHE.

Située à la partie externe de la croupe, avec laquelle elle se confond, cette région paire a pour base l’angle externe de l’ilium. La hanche doit faire une légère saillie; alors elle est dite bien sortie. Trop proéminente, le cheval est appelé cornu (fig. 41 du texte). Cette conformation de la hanche, tout simplement disgracieuse, est surtout commune chez les chevaux allemands. On la remarque aussi chez les chevaux maigres. «Il y avait une plaisanterie, dit à ce propos de Curnieu, qui consistait à faire semblant d’accrocher son chapeau à la hanche d’un cheval qu’on trouvait trop maigre.»

Fig. 41. — Cheval cornu.


B. — EXTRÉMITÉ ANTÉRIEURE.

a. — POITRAIL.

Placé au-dessous de l’encolure, le poitrail a pour base le sternum et les muscles pectoraux qui s’y attachent. Il devra être très large pour les chevaux de gros trait, et d’une largeur moyenne pour les chevaux de luxe.

Fig. 42. — Poitrail large.


Fig. 43. — Poitrail étroit.


La grande largeur du poitrail fait dire du cheval qu’il est bien ouvert du devant (fig. 42 du texte); son étroitesse rend, au contraire, le cheval serré, étroit (fig. 43 du texte). Cette dernière conformation, favorable aux allures rapides, n’est un défaut que si la poitrine manque de hauteur et de profondeur, et si les côtes sont serrées en arrière des épaules.

Il est à remarquer que la largeur du poitrail n’entraîne pas nécessairement celle de la poitrine; car elle peut tenir exclusivement au grand développement des muscles pectoraux. D’ailleurs, les dimensions de la poitrine ne varient guère, chez les sujets de même taille, qu’en arrière des épaules. Si donc un large poitrail indique généralement une poitrine développée, c’est plutôt par suite de cette espèce de solidarité, mise en évidence par M. H. Bouley, qui existe entre le développement général de l’appareil respiratoire et celui du système musculaire.

Le poitrail qui laisse voir un creux entre les deux épaules est dit enfoncé ; c’est le glus grand défaut absolu de cette région. Aussi, les Arabes méprisent-ils profondément un cheval qui présente cette défectuosité (Voy. Épaule).

b, c. — ARS ET INTER-ARS.

L’ars répond au point de jonction de l’extrémité supérieure et interne de l’avant-bras avec le tronc, et se trouve limité, en avant, par le poitrail, en arrière, par le passage des sangles.

Cette région présente peu d’intérêt en extérieur; néanmoins, elle est quelquefois le siège d’excoriations qui font dire que le cheval est frayé aux ars.

L’inter-ars est l’espace situé entre les deux ars. Il n’offre à considérer que des traces de sétons, auxquelles on attache généralement peu d’importance.

C. — FACE INFÉRIEURE.

a. — PASSAGE DES SANGLES.

Située en arrière des ars et des coudes, en avant du ventre, cette région doit être bien descendue, arrondie d’un côté à l’autre et horizontale d’avant en arrière, de façon à ce que les sangles ne glissent pas continuellement en avant ou en arrière. Elle est souvent le siège de blessures dues au harnachement, surtout si elle forme un plan incliné.

b. — VENTRE.

Placé au-dessous des flancs et des côtes, le ventre a pour base les muscles des parois inférieures de l’abdomen. Son développement doit être médiocre.

Fig. 44. — Ventre avalé ou de vache.


S’il est trop volumineux, on le dit avalé ou ventre de vache (fig. 44 du texte); cette conformation nuit aux allures rapides et indique généralement un cheval mou, lymphatique, grand mangeur. Elle peut cependant se rencontrer chez des chevaux vigoureux, qui ont reçu pour toute nourriture, pendant un temps plus ou moins long, des aliments grossiers, peu nutritifs; dans ce cas, une alimentation bien entendue ramène d’autant plus facilement le ventre à un volume convenable que l’on a affaire à des animaux jeunes.

Fig. 45. — Ventre levrette.


On rencontre aussi le ventre avalé chez les poulinières qui ont mis bas plusieurs fois.

Si l’animal présente le défaut opposé, on le dit levretté (fig. 45 du texte) ou étroit de boyaux. Cela indique que le cheval se nourrit mal, qu’il a longtemps souffert, ou qu’on l’a entraîné pour les courses. Quand cette défectuosité n’est pas due à l’entraînement ou à une longue maladie, qu’elle est, pour ainsi dire, naturelle, les chevaux boudent sur leur nourriture après la moindre fatigue, lisent la gazette, comme disent les maquignons.

Sur les parois du ventre peuvent exister des tumeurs molles appelées hernies, produites par la sortie d’une anse intestinale, soit à travers l’anneau ombilical dont l’ouverture a persisté, soit à travers les muscles abdominaux déchirés. La portion herniée qui fait ainsi saillie sous la peau au niveau de l’ombilic est dite hernie ombilicale. Dans les autres points du ventre, les hernies sont dites ventrales, ou tout simplement éventrations, et résultent de coups ou d’efforts violents.

D. — FACES LATÉRALES.

a. — CÔTES.

Cette région forme latéralement la charpente osseuse de la cavité de la poitrine. Elle a pour base tous les arcs costaux situés en arrière de l’épaule.

Elle doit offrir une convexité assez prononcée et être longue.

Les côtes plates et courtes (fig. 46 du texte) indiquent une respiration et une circulation peu étendues, conséquemment un cheval sans fond.

Les côtes longues ou descendues (voy. fig. 45 du texte), rondes, très reportées en arrière, annoncent, au contraire, une poitrine large, haute, profonde, et la faculté de supporter un exercice violent et soutenu: «Choisis-le large et achète, disent les Arabes, l’orge le fera courir.»

S’il est évident que la grande longueur des côtes peut compenser en partie leur manque d’incurvation, il est théoriquement et pratiquement impossible d’admettre, avec certains auteurs, que l’énergie, la bonne conformation des autres régions du cheval, peuvent racheter le peu de capacité de sa cavité thoracique. Comme le dit avec raison M. Richard, le cheval à côtes courtes et plates «ne sera jamais capable de faire un bon service; il ne sera jamais un cheval de fond, quels que soient son sang et sa conformation; manquant par le foyer, par le principe qui préside à toutes les fonctions de la vie, il ne sera, d’un autre côté, qu’un mauvais reproducteur, malgré la noblesse de son origine()».

Fig. 46. — Côtes courtes.


La véritable hauteur de la poitrine se mesure verticalement du sternum à la colonne vertébrale, sous le garrot; sa profondeur, ou longueur, se prend horizontalement de la partie antérieure du sternum, sous l’encolure, au diaphragme; enfin, sa largeur est représentée par la distance qui existe d’un côté à l’autre, en arrière de l’épaule, au-dessus du passage des sangles.

b. — FLANC.

Limité en haut par les reins, en avant par les côtes, en arrière par la hanche, et en bas par le ventre, le flanc a pour base principale le muscle petit oblique de l’abdomen. Il présente trois parties à étudier: une supérieure, le creux; une moyenne, la corde; une inférieure, ou la partie fuyante.

Le flanc doit être plein et court.

Le flanc long, coïncidant généralement avec des côtes courtes, plates, et des reins longs, doit être considéré comme une grave défectuosité.

Le flanc est creux quand la partie supérieure forme un enfoncement prononcé ; cordé, si la partie moyenne est tendue et se dessine fortement en relief sous la peau. La première de ces conformations annonce un cheval mou, lymphatique, gros mangeur; la seconde indique une affection quelconque des organes digestifs, la maigreur, ou encore l’excès de travail.

Lorsque le flanc est à la fois creux et cordé, on dit que l’animal est efflanqué.

Enfin, le flanc est retroussé quand il simule celui du lévrier.

Les mouvements du flanc correspondent exactement à ceux de l’inspiration et de l’expiration. Comme ces derniers, ils sont lents et réguliers à l’état sain et au repos, et, comme eux aussi, ils augmentent par suite d’un exercice violent ou d’une maladie plus ou moins grave. De plus, dans certaines affections, l’emphysème pulmonaire, par exemple, ils deviennent irréguliers, et les mouvements d’abaissement ou d’élévation, ces derniers plus particulièrement, se font en deux temps séparés l’un de l’autre par un moment d’arrêt appelé soubresaut, coup de fouet, contre-temps de la pousse (voy. IIIe partie, Rhythme de la respiration).

Les flancs peuvent être le siège de hernies, comme le ventre.

E. — EXTRÉMITÉ POSTÉRIEURE.

a. — QUEUE.

La queue a pour base les os coccygiens et fait suite à la croupe. Les crins dont elle est garnie sont d’autant plus fins que le cheval a plus de distinction.

Lorsque les crins sont entiers et le tronçon intact, on dit le cheval à tous crins. Celui-ci est dit écourté, courte-queue, lorsqu’on a retranché une partie notable du tronçon et coupé les crins au niveau de la section. Si, au contraire, les crins ont été ménagés, la queue est dite en balai.

On appelle queue de rat celle qui se trouve en grande partie dépourvue de crins; elle a l’inconvénient de laisser le cheval sans arme contre les insectes qui viennent l’assaillir l’été. Pourtant les chevaux qui présentent cette particularité sont généralement estimés; tout le monde connaît, en effet, ce vieux dicton: Jamais cheval à queue de rat n’a laissé son maître dans l’embarras.

La queue est dite bien attachée quand le tronçon élevé se sépare bien des fesses; elle est, au contraire, mal attachée, collée, si, partant de bas, elle se détache peu.

Pour donner à certains chevaux la distinction qu’ils n’avaient pas dans le port de la queue, on pratiquait beaucoup autrefois l’opération de la queue à l’anglaise (section des muscles abaisseurs), et le cheval était dit anglaisé ou niqueté.

On juge assez sûrement de l’énergie d’un cheval par la résistance qu’offre sa queue quand on veut la soulever.

Les Arabes font, avec raison, grand cas de cet élément d’appréciation.

b. — ANUS.

Ouverture postérieure du tube digestif, l’anus doit être recouvert d’une peau fine, arrondi, peu volumineux, et toujours parfaitement clos.

L’anus béant, avec expulsion continuelle de gaz et de matières alimentaires mal liées, caractérise le cheval vidard, cheval mou, faible, vieux ou épuisé : «Méfie-toi, disent les Arabes, du cheval dont l’anus est béant ou venteux, ou dont les crottins ne sont pas égaux().»

c. — PÉRINÉE.

Le périnée est l’espace compris entre les fesses, de l’anus aux testicules chez le cheval, et de l’anus à la vulve chez la jument.

La peau qui recouvre cette région doit être lisse, fine et souple.

Raphé. — Le raphé est la ligne médiane qui sépare le périnée en deux parties égales.

F. — ORGANES GÉNITAUX.

1° — Organes génitaux du mâle.

a. — TESTICULES ET BOURSES.

Situés sous la région inguinale, dans l’entre-deux des cuisses, le gauche toujours plus bas et plus en arrière que le droit, les testicules représentent deux masses glanduleuses de forme ovoïde, enveloppées chacune dans une poche membraneuse appelée bourse.

Ils doivent être fermes, volumineux, roulants sous les doigts, sans inégalité, et non douloureux à la pression.

Le cheval pourvu de ses testicules est dit entier; il est hongre dans le cas contraire.

Le cheval monorchide n’a qu’un seul testicule descendu dans les bourses. Chez le cheval cryptorchide, les deux testicules sont restés dans la cavité abdominale. Cette dernière expression s’applique souvent aussi au cheval monorchide.

Les animaux monorchides ou cryptorchides étant généralement méchants, on doit les proscrire de certains services, de celui de l’armée par exemple.

Les cryptorchides doivent aussi être rejetés de la reproduction, l’expérience ayant démontré qu’ils sont inféconds.

Les maladies et les tares de la région testiculaire sont fréquentes et généralement graves.

Parmi celles-ci, il y a lieu de signaler:

L’orchite (inflammation de la substance propre du testicule); le sarcocèle (engorgement chronique de l’organe formant une tumeur considérable dure et peu sensible); l’hydrocèle (hydropisie aiguë ou chronique des bourses, qui sont alors augmentées de volume, tendues et luisantes); le champignon (tumeur indurée de l’extrémité du cordon qui supporte les testicules, survenant, d’un côté ou de l’autre, à la suite de la castration); enfin, la hernie inguinale aiguë ou chronique (due à l’irruption d’une anse intestinale dans les bourses; les douleurs qui accompagnent la forme aiguë empêchent toujours la mise en vente de l’animal; mais il n’en est plus de même pour la forme chronique, qu’on rencontre assez souvent, surtout à l’état intermittent).

D’une manière générale, on ne devra jamais faire l’acquisition d’un cheval atteint de l’une ou de l’autre des affections précédentes.

b. — FOURREAU ET VERGE.

Fourreau. — Repli de la peau dans lequel se trouve logé le pénis, le fourreau doit être ample et recouvrir complètement cette dernière partie, excepté pendant les émissions d’urine.

Sa cavité est enduite d’une humeur sébacée, de couleur gris noirâtre, que l’on désigne, à cause de son aspect, sous le nom de cambouis. Cette matière s’accumulant quelquefois en trop grande quantité donne lieu à une irritation qu’on évite en ayant soin d’éponger souvent la région.

Certains chevaux font entendre, pendant l’allure du trot ou du galop, un bruit particulier auquel on a donné le nom de bruit de grenouilles. D’après MM. Merche(), Goubaux et Barrier(), ce bruit est dû à l’aspiration et au refoulement successifs de l’air à l’intérieur du fourreau. C’est ainsi que M. Franconi a pu le faire disparaître en bourrant le fourreau avec des étoupes.

Souvent on trouve, de chaque côté du repli cutané qui nous occupe, un petit mamelon représentant le même organe chez la femelle.

Verge. — La verge ou pénis est l’organe de la copulation chez le mâle.

On doit s’assurer qu’elle est exempte de verrues, d’ulcérations, de tumeurs mélaniques, etc., qui nuisent à ses fonctions. Il est, en outre, indispensable qu’elle se meuve avec facilité dans le fourreau et en sorte partiellement lors de l’émission des urines, sans quoi l’animal urine dans son fourreau, défaut d’autant plus important que le séjour prolongé de l’urine dans l’enveloppe protectrice du pénis détermine là une irritation plus ou moins grave.

Quelquefois, la verge est frappée de paralysie et pend hors du fourreau; outre qu’elle est très désagréable à l’œil, la verge pendante gêne considérablement le cheval pendant les allures. «Dans les conditions habituelles, la tête de la verge n’est pas visible à l’entrée du fourreau; elle est masquée par les replis de la peau. Aussi, est-ce à tort que les peintres et les sculpteurs représentent cette partie à peu près avec la disposition qu’elle affecte chez l’homme. Il vaudrait beaucoup mieux qu’ils s’astreignissent, en cela, à copier la nature, de préférence aux modèles du Parthénon, d’ailleurs défectueux sous plus d’un autre rapport().»

2° — Organes génitaux de la femelle.

a. — VULVE.

Orifice extérieur des organes génito-urinaires de la jument, la vulve constitue une fente verticale située au-dessous de l’anus, dont la sépare le périnée.

Elle présente deux lèvres, qui doivent être fermes et exemptes de blessures, et deux commissures: l’une supérieure, aiguë, l’autre inférieure, arrondie. Celle-ci laisse voir, quand on écarte les lèvres, un gros tubercule impair, le clitoris, logé dans un repli muqueux.

Chez les juments en chaleur, la vulve se gonfle, devient plus chaude, plus sensible, plus rouge, et laisse écouler une petite quantité de liquide. En outre, «les bêtes se campent fréquemment, rejettent une petite quantité d’urine et font saillir leur clitoris à plusieurs reprises et d’une façon convulsive à la suite de ces efforts. Souvent alors elles se montrent chatouilleuses, difficiles à approcher, et détachent la ruade au moindre attouchement. On les dit pisseuses, lorsque cet état devient habituel().»

Les tares les plus fréquentes de la vulve sont des plaies, des déchirures, des morsures, des verrues, etc., qui ne nuisent généralement pas au service journalier. Toutefois, d’après M. Huzard, les verrues, étant héréditaires, doivent faire exclure la jument des haras.

b. — MAMELLES.

Les mamelles sont deux glandes préposées à la sécrétion du lait. Elles forment, dans la région inguinale, deux éminences arrondies surmontées chacune d’un petit prolongement nommé mamelon, qui donne passage au lait par deux orifices excréteurs aboutissant à l’intérieur de l’organe.

Les mamelles doivent être exemptes de maladies et bien dessinées chez les juments destinées à la reproduction.

III. — MEMBRES

Table des matières

Les membres, au nombre de quatre, deux antérieurs et deux postérieurs, sont les supports et les véritables moteurs du corps.

Nous ne reviendrons, ni sur la disposition angulaire de leurs rayons, ni sur leur mode d’attache avec le tronc, toutes particularités qui ont été suffisamment examinées dans nos généralités (voy. Divisions principales et Squelette). Nous nous contenterons ici de les étudier au point de vue de l’extérieur.

L’association de deux membres forme ce qu’on appelle un bipède, et l’on distingue les bipèdes en antérieur, postérieur, latéral, et diagonal.

Le bipède antérieur est constitué par les deux membres de devant; le bipède postérieur, par les deux membres de derrière; le bipède latéral droit, par les membres droits de devant et de derrière; le bipède latéral gauche, par les membres du côté opposé ; le bipède diagonal droit, par les membres antérieur droit et postérieur gauche; le bipède diagonal gauche, par les membres antérieur gauche et postérieur droit.

Chaque membre comprend plusieurs régions que nous étudierons successivement, en commençant par celles des membres antérieurs.

A. — MEMBRES ANTÉRIEURS.

Les régions comprises dans chaque membre antérieur sont, de haut en bas: l’épaule, le bras, l’avant-bras, le coude, le genou, le canon, le tendon, le boulet, le fanon, l’ergot, le paturon, la couronne et le pied.

a. — ÉPAULE.

Fixée de chaque côté de la poitrine, entre l’encolure et les côtes, le garrot et le bras, cette région paire a pour base le scapulum et son cartilage de prolongement. Elle est dirigée obliquement de haut en bas, d’arrière en avant, et s’articule à son extrémité antéro-inférieure avec l’humérus, formant ainsi une saillie connue sous le nom de pointe de l’épaule.

Pour le cheval de selle et de trait léger, l’épaule devra être longue, oblique, bien musclée (voy. fig. 29 du texte); elle devra avoir, de plus, des mouvements très faciles et très étendus.

La première condition de beauté est certainement la longueur, car elle indique un grand développement des muscles qui agissent sur le bras; or, comme de la longueur de ceux-ci dépend leur degré d’extension ou de contraction, il est facile de concevoir que le jeu du bras sur l’épaule sera d’autant plus étendu que les muscles qui le font mouvoir seront plus longs: «l’angle formé par l’épaule et le bras, dit M. Richard, se fermera et s’ouvrira davantage, condition sine qua non de grande liberté du membre antérieur().»

Fig. 47. — Épaule oblique et épaule droite (fig. théorique).


Fig. 48. — Épaule oblique et épaule droite (fig. théorique).


Une autre condition de beauté inhérente à l’épaule du cheval de vitesse réside dans son obliquité. Celle-ci donne une attache plus perpendiculaire aux muscles de la région (fig. 47 du texte), permet à la pointe de l’épaule de se porter plus en avant à chaque oscillation (fig. 48 du texte), à l’humérus de s’étendre davantage, et à l’avant-bras d’entamer une plus grande étendue de terrain (fig. 49 du texte).

Malgré ce qu’ont pu dire certains auteurs, la longueur de l’épaule est une beauté pour tous les services.

D’un autre côté, si les inconvénients résultant de l’épaule droite disparaissent en ce qui concerne le cheval de gros trait, il ne faut pas conclure de là qu’une épaule est défectueuse chez un boulonnais ou un percheron parce qu’elle est oblique: «Ceux qui voudront s’en assurer par des mensurations sérieuses reconnaîtront facilement que cette région est capable, sur les beaux modèles de ce genre, d’une très grande inclinaison().»

Fig. 49. — Épaule oblique et épaule droite (fig. théorique).


Quelles que soient, d’ailleurs, sa longueur et sa direction, l’épaule devra toujours être bien musclée. Chez le cheval de selle et de trait léger, on recherchera en même temps des muscles bien dessinés, en relief sous la peau.

L’épaule chargée, massive, charnue, épaisse, noyée, c’est-à-dire celle dont les masses musculaires énormes alourdissent la démarche en surchargeant l’avant-main, ne convient qu’au cheval de gros trait.

L’épaule maigre, décharnée, est une défectuosité pour tous les services.

Relativement aux mouvements qu’elles peuvent exécuter, les épaules sont dites froides quand leurs actions, bornées au départ, deviennent plus libres à mesure qu’on exerce l’animal; chevillées, lorsque cette difficulté des mouvements persiste toujours; plaquées, quand elles offrent à la fois peu de saillie et peu de mouvement.

A notre avis, on n’accorde généralement pas assez d’importance, dans l’appréciation du cheval, à la conformation de l’épaule. Pour beaucoup, c’est là un petit détail sur lequel il serait puéril de s’arrêter. Erreur profonde! Le cheval dont l’épaule est droite, courte, mal musclée (voy. fig. 30 du texte), est tout aussi sûrement un mauvais cheval que celui qui a la croupe courte et étroite: «Le cheval dont le poitrail est enfoncé et les épaules perpendiculaires, fuis-le comme la peste», disent les Arabes, et ils ont mille fois raison. «Si le cheval n’a point d’épaules, écrit d’autre part de Solleysel, et qu’il ne les puisse mouvoir, les ayant tout engourdies, cela est capable de faire rejeter un cheval de quelque beauté qu’il soit, hors que le prix en soit fort modique().»

Aussi, ne saurions-nous trop engager le lecteur à voir dans l’épaule l’un des plus précieux éléments d’appréciation du cheval. Nous lui conseillons surtout de se défier des animaux chez lesquels cette région, en outre des défauts ci-dessus, se confond insensiblement avec l’encolure, le garrot et les côtes, et dont le rayon scapulaire s’amincit tellement à son extrémité supérieure qu’il semble s’accoler là à celui du côté opposé.

D’ailleurs, les épaules droites, courtes, mal musclées, présentent un autre inconvénient très grave pour les allures rapides, celui d’exposer le cheval à butter, surtout s’il est en même temps bas du devant. Les membres antérieurs, en effet, ne peuvent alors entamer une étendue de terrain commandée par l’impulsion des membres postérieurs, et l’animal se heurte aux moindres inégalités du sol dès qu’on force un peu son allure. Cet inconvénient est surtout sensible chez les chevaux à croupe bien musclée, horizontale, dont le corps est vigoureusement projeté en avant (voy. Croupe).

Maintenant, nous ferons observer que l’épaule n’est pas nécessairement bien conformée, comme on le croit souvent, par le seul fait que le garrot est sec et élevé. S’il est vrai que la beauté d’une de ces régions commande généralement celle de l’autre, il est non moins certain que souvent cette harmonie de conformation fait défaut. La longueur de l’épaule, en effet, dépend d’abord de celle de son rayon osseux et, secondairement, de la saillie des premières apophyses dorsales au-dessus des cartilages scapulaires; or, il est évident que cette saillie, pour si accusée qu’elle soit, ne peut, en s’ajoutant à une omoplate courte, former une épaule longue, et, réciproquement, son effacement ne peut empêcher un scapulum très développé de constituer une épaule longue, descendue. Quant au raccourcissement des muscles qui, de cette région, vont au garrot, raccourcissement résultant du peu d’élévation de celui-ci, c’est là un inconvénient assez peu important, le rôle de ces muscles étant relativement effacé dans la locomotion de l’épaule.

Dans notre travail sur les chevaux tunisiens, nous signalions déjà timidement cette particularité : «Chose digne de remarque, écrivions-nous, «avec un garrot sec, élevé, tranchant, se prolongeant jusque vers le «milieu du dos, coexistent souvent des épaules mal conformées().»

Aujourd’hui, grâce à de nouvelles et nombreuses observations sur les chevaux français, qui ont corroboré de tous points celles recueillies sur les chevaux tunisiens, nous ne craignons pas d’être plus affirmatif et d’appeler de nouveau l’attention du lecteur sur ce sujet.

Les régions de l’encolure et des côtes nous paraissent devoir être prises en plus sérieuse considération que celle du garrot pour l’appréciation de l’épaule. Donnant, en effet, attache à la plupart des muscles extrinsèques de cette dernière région, l’encolure et les côtes faciliteront d’autant plus les mouvements de l’épaule qu’elles seront plus longues, mieux musclées et dans une meilleure direction. La grande dimension de la région scapulaire n’est guère compatible, d’un autre côté, qu’avec une poitrine très haute.

L’épaule est l’une des régions de l’extérieur qui s’améliore le plus facilement par l’exercice.

M. de Sourdeval, si nous avons bonne mémoire, conseille aussi, pour développer l’obliquité des épaules, de ne jamais laisser le cheval prendre ses repas à terre, de lui donner, au contraire, ses aliments dans des rateliers et des crèches placés très haut.

b. — BRAS.

Le bras, que l’on confond souvent avec l’épaule dans les traités d’extérieur, s’articule avec cette dernière région en formant l’angle scapulo-huméral. Il a pour base l’humérus et affecte une direction opposée à celle du rayon scapulaire.

Il devra être assez oblique pour fermer convenablement l’angle scapulo-huméral, disposition qui permet aux rayons osseux de s’écarter davantage au moment des allures.

c. — COUDE.

Situé en haut et en arrière de l’avant-bras, le coude a pour base le sommet du cubitus (olécrâne).

Il doit être long, ni trop écarté ni trop rentré sous la poitrine.

On appelle éponge une tumeur de la pointe du coude produite par la branche interne du fer des pieds antérieurs, quand le cheval se couche en vache.

d. — AVANT-BRAS.

L’avant-bras fait suite au bras et a pour base le radius et le cubitus.

Fig. 50. — Avant-bras long et bien musclé.


Fig. 51. — Avant-bras court et grêle.


Il est d’autant mieux disposé pour la vitesse qu’il est plus long et plus vertical (fig. 50 du texte).

Les muscles recouvrant les rayons osseux doivent être volumineux, bien dessinés, fermes, et affecter la disposition de cônes renversés; alors l’avant-bras est musculeux; sinon il est grêle.

La longueur de l’avant-bras est moins à rechercher pour les chevaux de gros trait; cependant, là encore, on pourrait la considérer comme une beauté, puisque les beaux chevaux de trait, ceux de la Compagnie générale des omnibus de Paris, par exemple, ont en général les avant-bras longs.

Pour certains services, celui du manège surtout, l’avant-bras court est préférable, en ce sens qu’il donne beaucoup de brillant au cheval: tels les chevaux andalous.

Châtaigne. — Production cornée peu intéressante située vers le tiers de la face interne de l’avant-bras.

Elle est d’autant moins développée que les chevaux sont plus fins.

e. — GENOU.

Le genou a pour base les deux rangées des os carpiens (voy. pl. XI). Il présente à considérer deux faces: une antérieure à peu près plane, l’autre postérieure, ou le pli du genou.

Fig. 52. — Genou large et épais.


Fig. 53. — Genou étroit.


Comme toutes les articulations, il doit être large (fig. 52 du texte) d’avant en arrière et épais d’un côté à l’autre, pour fournir une bonne surface d’appui à la partie antérieure du corps qui repose sur lui: «Le genoüil, «dit de Solleysel, doit être plat et «large, sans aucune grosseur ni «rondeur au-dessus().» De plus. il doit se trouver dans la même direction verticale que le canon et l’avant-bras.

Ainsi conformé, il convient à tous les services.

Nous examinerons dans des chapitres spéciaux les défauts d’aplomb et les tares de cette région.

B. — MEMBRES POSTÉRIEURS.

a. — CUISSE.

Cette région a pour base le fémur et offre à étudier deux faces: une externe; l’autre interne, dite plat de la cuisse, sur laquelle rampe une veine superficielle, la saphène, où l’on pratique quelquefois la saignée.

La face externe doit être arrondie et séparée des régions voisines par des interstices musculaires, qu’il ne faut pas confondre avec les raies de misère résultant de l’amaigrissement. Si, avec cela, les muscles sont fermes, vigoureux, non empâtés, le cheval est dit bien gigoté. On dit qu’il a la cuisse plate, de grenouille, quand, au contraire, les muscles de cette région sont peu développés.

Fig. 54. — Fesse et cuisse longues.


Fig. 55. — Fesse et cuisse courtes.


La longueur (fig. 54 du texte) et l’obliquité de la cuisse sont des beautés relatives à rechercher pour les allures rapides... «Et lorsque je dis: Reposons-nous, le cavalier s’arrête comme par enchantement et se met à chanter, restant en selle sur le cheval vigoureux dont les muscles des cuisses sont allongés et les tendons secs et bien séparés().»

b. — FESSE.

Située en arrière de la cuisse, la fesse s’étend de la naissance de la queue à la corde du jarret. Cette région a pour base les muscles ischio-tibiaux, chargés de faire basculer le coxal, et avec lui tout l’avant-main sur le fémur. Sa partie supérieure offre une espèce de saillie correspondant à l’angle postérieur de l’ischium; c’est la pointe de la fesse.

Cette région doit être longue, large, et constituée par des muscles énergiques.

La fesse bien descendue (fig. 54 du texte) sur la jambe indique beaucoup de force dans le train postérieur et est à rechercher, surtout pour les chevaux destinés aux allures rapides.

c. — GRASSET.

Cette région, peu importante en extérieur, correspond à l’articulation fémoro-rotulienne et a pour base la rotule. Elle est reliée à la partie postérieure de l’abdomen par un repli de la peau appelé pli du grasset.

d. — JAMBE.

La jambe, qui s’étend de la cuisse au jarret, a pour base le tibia. Elle doit être large, bien musclée, suffisamment longue et inclinée. Quand la jambe est ainsi conformée, le cheval est dit avoir du mollet.

Fig. 56. — Jambe courte.


Fig. 57. — Jambe longue.


La longueur de cette région (fig. 57 du texte), jointe à son peu d’inclinaison et à un grand développement des muscles, favorise les allures rapides.

Sa brièveté (fig. 56 du texte) et son obliquité, au contraire, si elle est en même temps bien musclée, doivent être préférées pour les chevaux dont on exige beaucoup de force et de fond. «Les animaux des montagnes, dit M. Richard dans son excellente Etude du cheval de service et de guerre, comme les hommes de ces pays, ont les membres courts et forts, pour gravir les mauvais chemins et les pics escarpés; ceux des plaines les ont allongés, mais quelle différence dans le fond! Les chasseurs des plaines reconnaissent les lièvres descendus des montagnes au peu de longueur de leurs jambes, en comparaison des indigènes, et à leur résistance au courre: les chiens forceront deux lièvres de la plaine avant de fatiguer un seul montagnard. Un grand échassier de cheval, quelle que soit sa vitesse à accomplir un tour d’hippodrome, sera toujours forcé par un concurrent près de terre, en augmentant le poids de charge et en allongeant la carrière pour une épreuve sérieuse().»

e. — JARRET.

Le jarret a pour base les os du tarse, l’extrémité inférieure du tibia, et l’extrémité supérieure des métatarsiens (Voy. pl. XIII). Son mouvement de détente est l’agent essentiel de la progression. On distingue dans cette région: 1° le pli, ou partie antérieure; 2° la pointe, ou partie postérieure, qui a pour base la tête du calcanéum; 3° la corde, constituée par de forts tendons; 4° le creux, situé entre la corde et l’extrémité inférieure du tibia.

Comme le genou, le jarret doit être large, épais (fig. 58 du texte), net, et bien évidé ; c’est-à-dire que les saillies osseuses et tendineuses doivent être parfaitement apparentes sous la peau fine.

Si, présentant une étroitesse anormale, il se confond insensiblement avec les régions voisines, surtout à sa base, on le dit étroit ou étranglé (fig. 59 du texte).

Il est dit gras, plein ou empâté, quand les reliefs osseux sont plus ou moins effacés par l’abondance du tissu conjonctif sous-cutané et l’épaisseur de la peau et des poils.

L’angle que forme le jarret peut être plus ou moins ouvert; dans le premier cas, le jarret est droit; il est coudé dans le second.

Le jarret droit (fig. 61 du texte) est favorable à la vitesse.

Le jarret coudé (fig. 60 du texte), au contraire, favorise plutôt les mouvements enlevés, surtout avec la croupe longue et oblique; aussi, tous les animaux sauteurs ont-ils les jarrets plus ou moins coudés; tel le Kanguroo, qui fait des bonds énormes. Par suite de l’insertion perpendiculaire sur le calcanéum de la corde de la puissance (tendon d’Achille chez l’homme), cette conformation du jarret est aussi plus favorable à la force.

Fig. 58. — Jarret large et épais.


Fig. 59. — Jarret étroit ou étranglé.


Fig. 60. — Jarret coudé.


Fig. 61. — Jarret droit.


Dans tous les cas, les jarrets droits et coudés à l’excès se fatiguent vite, soit par suite des réactions, soit par suite des tiraillements, toujours plus prononcés que sur les jarrets moyennement coudés. Aussi, les tumeurs molles ou dures sont-elles surtout fréquentes sur ces jarrets.

Nous étudierons ultérieurement les tares et les défauts d’aplomb de cette région.

f. — CANON ET TENDONS.

Canon. — Le Canon a pour base le métacarpien ou le métatarsien principal et les deux métacarpiens ou métatarsiens rudimentaires (encore appelés péronés).

Que l’on considère cette région dans le membre antérieur ou dans le membre postérieur, elle est la même, ainsi, d’ailleurs, que toutes celles qu’il nous reste à étudier maintenant. Toutefois, il y a lieu de faire remarquer que le canon antérieur est toujours plus long que le canon postérieur.

Le canon doit être large, bien musclé et aussi court que possible pour les chevaux destinés aux allures rapides: «Les rayons supérieurs des membres doivent être longs, disent les Arabes; les rayons inférieurs courts.»

Nous examinerons les tares du canon en même temps que celles des autres régions.

Tendons. — Situés en arrière du canon, les tendons, au nombre de deux (fléchisseur profond et fléchisseur superficiel des phalanges), sont les agents essentiels des mouvements du pied et méritent, à ce titre, d’être examinés avec la plus grande attention. Ils doivent être forts, secs, fermes, nets, convenablement détachés (fig. 62 du texte) du canon, de manière à laisser entre eux et cette dernière région un creux, un évidement bien marqué, dans lequel on doit apercevoir, à travers la peau fine, le ligament suspenseur du boulet. «C’est une des parties les plus considérables d’un cheval que le nerf de la jambe, dit de Solleysel; les plus gros, sans estre enflez, sont les meilleurs; toutes les jambes qui ont le nerf menu seront bien tost ruinées().»

Fig. 62. — Tendons nets, bien détachés.


Fig. 63. — Tendons faillis.


Chez les chevaux communs ou de gros trait, les tendons sont empâtés, mal détachés, et cela sans grand inconvénient.

Si, au-dessous du pli du genou, à l’endroit où ils semblent se détacher de l’os sus-carpien, les tendons offrent moins de saillie, semblent collés au canon, on les dit faillis (fig. 63 du texte); au lieu de suivre une direction verticale, ils deviennent alors obliques de haut en bas et d’avant en arrière. C’est l’une des plus graves défectuosités que nous connaissions, surtout pour le cheval de selle et de luxe.

Quand, au contraire, la région des tendons est plus grosse en bas, engorgée, dure, noueuse, on se trouve en présence d’un effort de tendon ou nerf-ferrure. Dans ce cas, il y a généralement, en même temps, douleur et boiterie.

La bride fibreuse qui descend de l’articulation carpienne ou tarsienne pour rejoindre le tendon perforant peut seule être malade; alors l’engorgement et la sensibilité ont leur siège entre le canon et les tendons, qui restent ordinairement sains. On désigne quelquefois cette affection sous le nom de ganglion.

On dit ordinairement du cheval qui contracte une nerf-ferrure pendant un exercice violent qu’il s’est claqué les tendons, qu’il a les tendons claqués.

g. — BOULET.

Cette région est formée par l’articulation du métacarpe ou du métatarse avec la première phalange et les os sésamoïdes (Voyez pl. XI et XII).

A partir du boulet, la direction des rayons de chaque membre cesse d’être verticale pour devenir oblique de haut en bas et d’arrière en avant; de cette disposition particulière résulte un amortissement du choc sur le sol et une décomposition des forces, dont toute l’action perdue porte sur le boulet. Cette jointure supportant ainsi de violents efforts et pendant la station, pour maintenir le boulet dans la position la plus convenable au support de la masse, et pendant l’impulsion dans les mouvements, doit présenter un grand développement d’un côté à l’autre et d’avant en arrière. La longueur du diamètre antéro-postérieur surtout est à rechercher, car elle indique que la poulie des tendons (sésamoïdes) est convenablement développée, que les cordes tendineuses et le ligament suspenseur du boulet se rapprochent de la perpendiculaire et sont, par conséquent, dans les meilleures conditions pour fonctionner énergiquement.

Chez les chevaux fins, destinés aux allures vives, le boulet devra également présenter des contours nets et des tendons saillants.

On dit d’un cheval dont les boulets sont minces qu’il manque de poignets: «Le cheval de demi-sang, disent MM. Moll et Gayot, faible dans cette région, ne promet qu’un pauvre serviteur, et il tient cette promesse avec une certitude et une promptitude désespérantes().»

Quand le boulet est porté en avant, le cheval est dit droit sur ses boulets ou bouleté, suivant les différents degrés du redressement. Cette déviation est un signe certain d’usure ou de douleur vive dans les tendons.

Les chevaux s’atteignent souvent au boulet avec le pied opposé, soit par suite de fatigue, de faiblesse (jeunes chevaux), ou d’usure, soit par suite d’une ferrure mal entendue.

Fig. 64. — Cheval bouleté.


h. — FANON ET ERGOT.

En arrière du boulet se trouve une petite production cornée nommée ergot, autour de laquelle se groupe un paquet de poils qu’on appelle le fanon. Ces deux régions sont d’autant plus développées que les chevaux sont plus communs.

i. — PATURON.

Situé obliquement d’arrière en avant, le paturon a pour base la première phalange. Il doit être arrondi et présenter une certaine force; mais c’est surtout sa direction et son plus ou moins de longueur qu’il importe de considérer dans le choix d’un cheval.

La direction du paturon ne doit pas tenir tout à fait le milieu entre la ligne verticale et la ligne horizontale, mais faire osciller le rayon phalangien entre 55 et 60 degrés sur l’horizon pour les membres antérieurs, et entre 60 et 65 degrés pour les membres postérieurs.

Suivant que le paturon est trop vertical ou trop horizontal, le cheval est dit droit-jointé ou bas-jointé.

Relativement à la longueur de cette région, le cheval peut encore être court-jointé ou long-jointé.

En général, le cheval court-jointé est en même temps droit-jointé, de même que le cheval long-jointé est ordinairement bas-jointé ; mais il faut bien se garder de considérer comme synonymes les expressions court et droit-jointé, long et bas-jointé, car cette règle, qui associe souvent deux à deux les défectuosités de direction et de longueur du paturon, souffre d’assez nombreuses exceptions.

Quoi qu’il en soit, les inconvénients résultant de l’excès ou du défaut d’obliquité sont à peu près de même nature que ceux qui découlent de l’excès ou du défaut de longueur. Le paturon court et droit n’amortit pas assez les réactions et occasionne l’usure précoce des membres. Le paturon long et horizontal, d’un autre côté, rend généralement les réactions plus douces, mais il rejette la plus grande partie du poids du corps sur les tendons, qui se fatiguent alors très vite, surtout chez les chevaux dont le service exige de violents efforts.

Le paturon du membre postérieur est toujours plus rapproché de la verticale et plus court que celui du membre antérieur.

Les paturons sont très sujets aux crevasses, petites plaies allongées, peu graves, mais longues à guérir, situées dans le pli du paturon. De chaque côté de cette même région on rencontre quelquefois aussi des cicatrices linéaires indiquant qne l’animal a été opéré de la névrotomie pour une affection chronique du pied; il est bon, dans ce cas, de s’assurer avec soin si cette dernière affection existe encore.

j. — COURONNE.

Située à l’extrémité inférieure du paturon, la couronne n’est pour ainsi dire que le prolongement de cette dernière région. Elle surmonte le bord supérieur du sabot et se trouve constituée par la deuxième phalange et la partie supérieure des cartilages complémentaires de l’os du pied.

«Sa beauté réside dans l’étendue de ses dimensions en longueur, en épaisseur, et dans la netteté de ses contours. Il ne doit y avoir sur elle ni dépilation ni poil hérissé().»

En dehors des tares osseuses (formes), dont nous dirons un mot dans un chapitre spécial, cette région est souvent le siège de plaies contuses ou atteintes, que l’animal se donne lui-même ou qu’il reçoit de ses voisins. Ces blessures, généralement bénignes, peuvent devenir très graves lorsqu’on les néglige, et dégénérer en javart cartilagineux, ou carie du fibro-cartilage de l’os du pied. Cette complication se reconnaît à la forme fistuleuse de la plaie, à la couleur verdâtre et à l’odeur infecte du pus qui s’en écoule; elle nécessite ordinairement une opération grave.

A la partie antérieure de la couronne se développe quelquefois une affection appelée crapaudine, se caractérisant par une modification particulière de la fonction sécrétoire du bourrelet kératogène et dont la persistance nuit à la régularité du développement du sabot.

DU PIED

Table des matières

Pl. II.

En anatomie comparée, le pied embrasse toute la partie des membres antérieurs ou postérieurs qui fait immédiatement suite à l’avant-bras et à la jambe. Mais, en extérieur, cette région est bien plus bornée, et le pied ne comprend que l’extrémité des membres qui repose sur le sol, c’est à-dire la boîte cornée connue vulgairement sous le nom de sabot, laquelle contient et protège des tissus vivants très sensibles, de texture et de propriétés variables.

L’examen du pied est de la plus haute importance, puisque de la bonne conformation de cette partie résulte la véritable aptitude au service:

«Pas de pied, pas de cheval!» disait Lafosse.

«No foot, no horse!» répètent les Anglais.

Les pieds, au nombre de quatre, sont distingués en pieds de devant et en pieds de derrière.

A. — ORGANISATION DU PIED

Le pied est constitué par un certain nombre de parties intérieures recouvertes par la peau modifiée et par une enveloppe cornée connue sous le nom de sabot. Nous allons rapidement examiner chacune de ces parties en nous aidant des figures 1 et 2.

a. — ENVELOPPE CORNÉE OU SABOT.

(Fig. 1, I, et fig. 2, II.)

Le sabot est l’enveloppe de corne qui entoure toute l’extrémité inférieure du membre. Sa forme est celle d’un tronc de cône à base inférieure et à sommet coupé obliquement de haut en bas et d’avant en arrière. Concave en dessous, fendu en arrière, il est composé de quatre pièces: la paroi, la sole, la fourchette, et le périople.

Vu sa soudure intime avec la fourchette, le périople est souvent décrit en même temps que cette dernière partie.

1° Paroi (fig. 1,1, et fig. 2, II). — La paroi ou muraille (fig. 1, I) forme le pourtour du sabot, c’est-à-dire toute la portion de la boîte cornée qui est visible quand le pied appuie sur le sol. C’est une bande de corne en forme de croissant, dont la largeur diminue progressivement d’avant en arrière, et dont les extrémités, terminées en pointe, convergent l’une vers l’autre en encadrant la fourchette.

On divise la paroi en plusieurs régions:

1° La pince (fig. 1, 1, 1), située à la partie la plus antérieure du pied;

2° Les mamelles (fig. 1, 1, 2), au nombre de deux, une de chaque côté de la pince;

3° Les quartiers (fig. 1, 1, 3), immédiatement après les mamelles;

4° Les talons (fig. 1, I, 4), tout à fait en arrière;

5° Les arcs-boutants ou barres (fig. 2, II, 5. 5), placés de champ sous le pied, et formés par les extrémités repliées de la paroi().

Outre ces régions, la paroi offre encore à considérer deux faces: une externe, une interne, et deux bords: un inférieur, un supérieur.

La face externe (fig. 1, I), lisse, polie, luisante, doit son aspect à la lame épidermique, ou périople, qui la recouvre.

La face interne (fig. 1, I, verso), concave, présente dans toute son étendue, ses bords exceptés, une série de feuillets de corne blanche, placés de champ suivant sa hauteur. Ces feuillets, désignés sous le nom de tissu kéraphylleux (fig. 1, I, verso, 3), s’engrènent solidement avec les feuillets correspondants de l’enveloppe cutanée ou de chair.

Le bord supérieur, en rapport avec la couronne, est creusé à sa face interne d’une espèce de gouttière où se loge le renflement que forme la terminaison apparente de la peau et que l’on appelle le bourrelet ou cutidure. Cette gouttière porte le nom de biseau ou de cavité cutigérale (2) (fig. 1, I, verso, 1).

Le bord inférieur (fig, 2, II, 1), plus étendu que le précédent, se trouve en rapport avec le sol à l’état de nature et avec la face supérieure du fer chez le cheval ferré. Par sa partie interne, il s’unit d’une manière intime avec la sole.

La corne de la paroi est assez molle à sa face interne, mais très dure extérieurement. Son épaisseur est plus grande en pince, mamelles et talons qu’en quartiers; plus grande aussi au quartier externe qu’au quartier interne.

La paroi a une direction générale oblique, mais cette obliquité est plus prononcée en pince qu’en talons.

De l’épaisseur, de la qualité, de la direction de la muraille dépendent en grande partie la bonté du pied et la solidité de la ferrure.

2° Sole (fig. 2, II, 10). — La sole, ou plancher du sabot, forme, avec la fourchette, les barres et le bord inférieur de la paroi, le dessous du sabot. C’est une large plaque cornée emprisonnée dans l’arc de la paroi et échancrée en arrière pour loger la fourchette.

La face inférieure (10), excavée en voûte, dure, écailleuse, est en rapport avec le sol.

La face supérieure (verso, 4), bombée, est criblée de porosités qui logent les innombrables villosités du tissu réticulaire de la face inférieure de la troisième phalange.

Le bord externe forme une demi circonférence qui s’unit intimement avec le bord inférieur de la paroi. Il est parfaitement figuré par le cordon circulaire blanc jaunâtre qu’on voit sur le deuxième plan de la figure 2.

L’interne, moins étendu et en forme de V, adhère aux barres, qui le séparent de la fourchette.

3° Fourchette (fig. 2, II, 6, 7, 8, 9). — La fourchette représente() un coin de corne molle placé horizontalement à la face inférieure du pied, dans l’espace triangulaire que circonscrivent les barres. On lui reconnaît deux faces: une inférieure, une supérieure.

La face inférieure se divise en pointe, corps et branches.

La pointe (6’) est l’extrémité qui s’enfonce dans la sole.

Le corps (6) se trouve entre la pointe et les branches.

Les branches (6”) occupent, en arrière, l’espace compris entre les barres. Cette même face inférieure est creusée, dans son milieu, d’une cavité dite lacune médiane (7), séparant les deux branches. Entre chaque branche et la barre correspondante, se trouvent les lacunes latérales (8. 8).

La face supérieure présente une disposition inverse de celle de la face inférieure. C’est ainsi qu’à l’opposé de la lacune médiane s’élève une éminence assez prononcée connue sous le nom d’arrête-fourchette (verso, 5).

Son extrémité postérieure est bifurquée et se termine par deux renflements arrondis, mous, élastiques, appelés glômes de la fourchette (9. 9), qui se continuent le long du bord supérieur de la paroi par une mince bande de corne que nous allons décrire en particulier sous le nom de périople.

Fig. 65. — Fourchette et périople.


4° Périople. — «C’est une bande mince de corne molle, qui forme comme une espèce de couronne au sabot et se soude en arrière avec la fourchette (fig. 65 du texte). Le périople s’étend sur toute la paroi, sous forme d’un vernis brillant, mince, peu perméable à l’eau. Il protège la paroi contre la sécheresse et l’humidité().»

b. — ENVELOPPE CUTANÉE.

(Fig. 1, II, et fig. 2, III.)

Connu vulgairement sous le nom d’enveloppe de chair ou de chair du pied, le revêtement cutané du pied n’est autre chose que la continuité de la peau du membre, laquelle est modifiée dans son aspect extérieur et dans ses propriétés. Ce revêtement est très riche en vaisseaux sanguins et en filets nerveux; aussi est-il excessivement sensible et prompt à se congestionner, à s’enflammer, dès que la boîte cornée qui l’entoure a perdu, pour une raison ou pour une autre, ses propriétés physiologiques.

On distingue, dans l’enveloppe de chair, trois parties: le bourrelet, le tissu podophylleux, et le tissu velouté.

1° Bourrelet ou Cutidure (fig. 1, II, 1). — Le bourrelet, encore appelé bourrelet principal, couronne supérieurement les parties vives et se trouve logé dans la gouttière circulaire du bord supérieur du sabot, auquel il est étroitement uni, grâce à une multitude de prolongements filamenteux appelés villosités, qui partent de sa surface et pénètrent, par autant d’ouvertures, dans l’épaisseur de la corne.

Préposé à la sécrétion de la paroi, le bourrelet constitue encore, grâce à ses villosités très riches en nerfs, un véritable organe de tact pour le cheval, qui peut ainsi percevoir les sensations à travers l’épaisseur de la corne.

Un autre petit bourrelet, le bourrelet périoplique (fig. 1, II, 2), se trouve situé au-dessus du bourrelet principal. Il sécrète le périople.

2° Tissu podophylleux, chair cannelée ou feuilletée (fig. 1, II, 3). — Le tissu podophylleux recouvre tont le pourtour du pied et se présente sous forme d’une membrane à plis parallèles et longitudinaux, comme les feuillets d’un livre, s’engrenant solidement avec les feuillets de corne (tissu kéraphylleux). Ils sécrètent ces mêmes feuillets de corne et se replient en arrière pour se mettre en rapport avec le tissu kéraphylleux des barres (Voy. fig. 2, III, 2).

3° Tissu velouté (fig. 2, III). — La chair veloutée recouvre tout le dessous du pied et présente l’aspect d’un fin gazon, par suite des nombreuses villosités qui se détachent de sa surface pour pénétrer dans la corne. Elle sécrète la sole et la fourchette.

c. — PARTIES INTÉRIEURES.

(Fig. 1, III, IV, V, VI.)

Les parties intérieures du pied sont nombreuses; elles comprennent trois os, deux plaques fibro-cartilagineuses, des ligaments, deux forts tendons, un coussinet élastique dit coussinet plantaire; enfin, des synoviales, des vaisseaux et des nerfs.

Nous dirons successivement un mot de chacune de ces parties, en procédant de dehors en dedans.

1° Fibro-cartilages de l’os du pied (fig. 1, III). — Immédiatement au-dessous des deux premiers plans de la figure 1, c’est-à-dire en dedans du sabot et de l’enveloppe cutanée, nous trouvons les fibro-cartilages ou cartilages complémentaires de l’os du pied, grandes plaques élastiques aplaties d’un côté à l’autre, convexes en dehors et concaves en dedans, placées de chaque côté et en haut du troisième phalangien, pour l’empêcher de descendre trop brusquement dans le sabot et amortir les chocs, au moment où le pied vient rencontrer le sol.

2° Ligaments et tendons (fig. 1, IV et VI). — Les tendons sont situés en avant et en arrière des os. Le premier que nous rencontrons est celui de l’extenseur antérieur des phalanges (IV, 1); ce tendon longe la face antérieure du métacarpien ou du métatarsien principal et de l’articulation du boulet, arrive en avant du doigt, et se termine à l’os du pied (éminence pyramidale), après s’être élargi d’une manière remarquable et avoir reçu, par côté, une bride de renforcement (IV, 7), qui semble provenir de l’extrémité inférieure du ligament suspenseur du boulet. (Voy. pl. 11, fig. 2, e.)

En arrière se détachent les deux tendons des fléchisseurs des phalanges:

Le premier, tendon du fléchisseur superficiel ou perforé (IV, 2), après avoir traversé la gaine carpienne (Voy. pl. XI et XII), arrive en arrière du boulet où il forme un anneau parfaitement visible sur la figure 1, dans lequel s’engage la corde du fléchisseur profond. Il s’infléchit ensuite en avant, sur la coulisse formée par les os sésamoïdes, et se termine par deux branches, en arrière de l’extrémité supérieure de la deuxième phalange.

Le second, tendon du fléchisseur profond ou perforant (IV, 3), après avoir traversé l’anneau sésamoïdien du tendon perforé, passe entre les deux branches terminales de ce tendon et s’épanouit ensuite en formant une large expansion, dite aponévrose plantaire. Celle-ci glisse sur la face inférieure du petit sésamoïde (VI, 7), à l’aide d’une synoviale particulière, la petite gaine sésamoïdienne (VI, 17)(), et s’insère enfin à la crête semi-lunaire de l’os du pied (VI, 6,12).

Il résulte de cette description que deux tendons seulement: celui de l’extenseur antérieur et celui du fléchisseur profond des phalanges, se trouvent compris dans les parties intérieures du pied.

De tous les ligaments représentés sur le quatrième plan de la figure 1, ceux de l’articulation de la seconde phalange avec la troisième (ligaments latéraux postérieurs et antérieurs) (11, 12) sont seuls renfermés dans les enveloppes du pied.

Le premier (11) est formé des fibres les plus inférieures du ligament latéral de la première articulation interphalangienne (10), lesquelles fibres, après s’être attachées sur la seconde phalange, se réunissent en un cordon fibreux qui se fixe principalement sur l’extrémité et le bord supérieur du sésamoïde.

Le second (12) constitue un large faisceau attaché par son extrémité supérieure sur les empreintes latérales de la deuxième phalange, et par son extrémité inférieure dans les deux cavités creusées à la base de l’éminence pyramidale de l’os du pied (Voy. fig. 1, V, 6).

3° Os (fig. 1, V et VI). — Trois os forment la base résistante du pied et en permettent les mouvements; ce sont:

1° L’os du pied ou troisième phalange (V, 5), qui donne au sabot la forme que nous lui connaissons.

Cet os présente à étudier trois faces, trois bords hideux angles latéraux.

La face antérieure, convexe d’un côté à l’autre, criblée de porosités et de trous vasculaires, présente de chaque côté : 1° Un sillon horizontal ou scissure préplantaire (V, 9); 2° l’éminence patilobe (V, 10), surface rugueuse et en relief, située entre la scissure précédente et le bord inférieur de l’os.

La face supérieure est occupée par la surface articulaire qui répond à la face inférieure de la deuxième phalange et au petit sésamoïde. On y remarque deux cavités glénoïdes et un léger relief médian.

La face inférieure (V, verso, 1), excavée en voûte, est divisée en deux régions: une antérieure, une postérieure, par la crête semi-lunaire (VI, 6), ligne saillante qui décrit une courbe à concavité tournée en arrière. La région postérieure présente, en outre, une empreinte médiane et deux scissures latérales ou scissures plantaires (V, verso 2).

Fig. 66. — Artères du pied (membre antérieur).


Le bord supérieur décrit une courbe à convexité antérieure, et présente, dans son milieu, l’éminence pyramidale (V, 6), apophyse impaire aplatie d’avant en arrière, sur laquelle s’insère le tendon de l’extenseur antérieur des phalanges.

Le bord inférieur, mince, convexe, dentelé, se trouve disposé en demi-cercle.

Le bord postérieur, légèrement concave, concourt à former la surface articulaire.

Chaque angle latéral se trouve divisé en deux éminences particulières: l’une, supérieure, nommée par M. H. Bouley apophyse basilaire (V, 7); l’autre, inférieure, appelée par Bracy-Clark apophyse rétrossale (V, 8).

2° L’os de la couronne ou deuxième phalange (V, 4), dont la forme générale est celle d’un cuboïde aplati d’avant en arrière s’articulant supérieurement avec la première phalange, inférieurement avec l’os du pied.

3° L’os naviculaire ou petit sésamoïde (VI, 7), situé en arrière des précédents et complétant la jointure articulaire que ceux-ci constituent. Ce petit os, allongé transversalement, aplati de dessus en dessous, rétréci à ses extrémités, présente deux faces: une supérieure, qui répond à la seconde phalange, une inférieure, sur laquelle glisse le tendon du perforant; deux bords: un antérieur, qui met le petit sésamoïde en contact avec la troisième phalange, et un postérieur.

4° Coussinet plantaire (fig. 1, VI, 20). — Le coussinet plantaire est un volumineux coussin fibro-élastique situé sous le pied, au-dessous. du tendon fléchisseur, au-dessus de la sole et entre les cartilages. Il est pointu en avant et bifurqué en arrière. Toutes les pressions subies par le sabot de haut en bas et de bas en haut, ont pour résultat de l’aplatir et de le chasser vers les parties latérales, où il fait effort sur les deux fibre-cartilages décrits plus haut (Voy. élasticité du pied).

5° Vaisseaux et nerfs. — Le pied est très riche en vaisseaux et en nerfs.

Fig. 67. — Appareil nerveux du pied.


Les artères et les veines sont la continuation de celles du canon et enveloppent la troisième phalange dans un réseau très remarquable (fig. 66 du texte).

Les nerfs fournissent également de nombreuses ramifications dans toutes les parties vivantes du pied (fig. 67 du texte).

Connus sous la dénomination générale de nerfs plantaires et distingués en interne si en externe, les nerfs de la région digitée se divisent, en arrivant sur le boulet, chacun en trois branches: une antérieure, une moyenne et une postérieure. La section du nerf plantaire au-dessus du boulet ou de l’une de ses branches au-dessous de cette région (névrotomie plantaire), se pratique quelquefois comme moyen curatif de certaines maladies du pied.

Différences entre les pieds de devant et ceux de derrière, entre les pieds gauches et les pieds droits.

Les pieds de devant sont plus arrondis, plus évasés, moins concaves que ceux de derrière; leurs talons sont moins écartés, et leur paroi, vue de profil, est plus oblique.

Les pieds de derrière, au contraire, sont ovales, creux, ont les talons plus écartés, plus élevés, et la paroi plus verticale.

Le pied droit se distingue assez bien du pied gauche, par ce fait que la partie externe du sabot est toujours plus évasée et plus oblique que celle du dedans.

On se rendra facilement compte de ces différences en comparant les figures 1 et 2 aux figures 3 et 4 de la planche II.

B. — PROPRIÉTÉS ET MÉCANISME DU PIED

a. — PROPRIÉTÉS DU SABOT.

Le sabot est constitué par une matière élastique et résistante connue sous le nom de corne, jouissant de la propriété de se ramollir au contact de l’eau et de durcir eu se desséchant.

La couleur de l’enveloppe cornée du pied est noire ou blanche, souvent noire et blanche à la fois sur le même pied. Cela dépend de la nuance des parties dont le sabot émane. Quand la peau du bourrelet est rose, non pigmentée, la corne pariétale est blanche dans une égale étendue; dans le cas opposé, elle reste noire.

La corne de la paroi est toujours blanche à l’intérieur; celle de la sole, au contraire, a une teinte uniforme dans toute son épaisseur.

La consistance du sabot diminue de dehors en dedans; on le reconnaît facilement en parant le pied.

b. — POUSSE ET USURE DU SABOT.

La pousse du sabot, ou avalure, est continuelle, mais lente; la boîte cornée met environ huit ou neuf mois pour se renouveler complètement.

L’usure est en proportion de la croissance chez le cheval à l’état de nature; mais, chez l’animal ferré, la paroi peut acquérir une longueur démesurée, si le maréchal n’y met ordre en la raccourcissant de temps en temps dans les limites que comporterait l’usure naturelle.

La sole et la fourchette n’acquièrent ordinairement pas une bien grande épaisseur; elles se dessèchent et tombent par écailles.

La pousse de la corne est beaucoup plus marquée dans les pays chauds que dans les pays froids, en été qu’en hiver, sur l’animal sain, abondamment nourri, bien entretenu, que sur l’animal malade, soumis à une mauvaise hygiène, à une alimentation insuffisante.

c. — ÉLASTICITÉ DU PIED.

Par suite de la brisure des rayons osseux des membres, la quantité de mouvement dont la masse est animée arrive au sabot déjà considérablement atténuée; elle ne tarderait pourtant pas à amener la ruine complète de cette admirable machine du pied si, là encore, la nature n’avait pris soin de placer certains appareils élastiques dont la mission est de continuer, d’augmenter même la décomposition des forces commencée plus haut. Ces appareils sont: le tendon perforant, les cartilages latéraux, le coussinet plantaire, et les diverses parties de l’ongle (la paroi, la sole et la fourchette).

Aussitôt que le sabot touche le sol, les os, recouverts de leur enveloppe de chair, tendent à descendre dans l’intérieur de la boîte cornée; mais ce mouvement de descente se trouve empêché, au moins en partie, par la disposition du tissu feuilleté, qui ne permet qu’un très léger glissement de ses feuillets sur ceux de la paroi.

De plus, le pied, ainsi sollicité à descendre en totalité dans le sabot, rencontre inférieurement un autre obstacle, le coussinet plantaire qui, fortement comprimé en haut par le poids du corps, en bas par la fourchette et la sole, tend à aplatir la voute solaire en même temps qu’à fuir sur les côtés, où nous l’avons vu maintenu par les deux cartilages latéraux qui surplombent en arrière le bord supérieur de la paroi.

Or, ceux-ci, grâce à leur élasticité, s’écartent sensiblement l’un de l’autre sous l’influence des pressions excentriques qu’ils reçoivent du coussinet, lorsque le membre arrive à terre, et opposent, par ce fait même, un nouvel obstacle à la descente du pied dans le sabot, que nous savons légèrement conique en haut.

Quant à la sole, après avoir opposé une certaine résistance à la chute des parties intérieures du pied, elle cède sensiblement au poids de la masse, s’abaisse vers le point d’appui, devient moins concave en dessous, s’évase par son bord périphérique et refoule en dehors la paroi, dont les extrémités s’écartent l’une de l’autre.

La fourchette se déprime dans la même mesure; elle agit comme un coin placé entre les deux branches de la sole et comme un tampon élastique interposé entre la masse du corps et le sol. Son rôle dans l’élasticité du pied est tellement important, qu’on peut presque poser en principe qu’il n’y a pas de bon pied sans bonne fourchette.

«C’est seulement lorsqu’elle participe à l’appui que se manifeste un notable écartement des talons, dit M. Goyau; quand elle n’appuie pas, son mouvement de descente est très accusé et remplace ainsi l’écartement des talons qui, alors, fait plus ou moins défaut().»

Enfin «la voûte de la sole, en cédant momentanément au mouvement d’abaissement, l’arc de la paroi, en obéissant à celui d’écartement, réagissent bientôt par leur élasticité propre, et arrêtent insensiblement l’impulsion à laquelle ils impriment à leur tour une direction en sens inverse()» ; puis, les phénomènes ci-dessus se reproduisent lors d’un nouvel appui du pied, et ainsi de suite. De sorte que l’élasticité du pied consiste, en définitive, dans un léger mouvement d’écartement et de rapprochement des talons. Cette élasticité joue un très grand rôle au point de vue de la conservation des sabots et de la locomotion; si l’on y met obstacle, le pied ne tarde pas à s’altérer.

«Le maréchal doit, en parant le pied, imiter l’usure naturelle, respecter ce qu’elle épargne. Elle arrondit et écourte fortement la pince et un peu moins les mamelles; intéresse la sole seulement à son pourtour antérieur, sans trop affaiblir sa soudure avec la paroi; arrondit davantage en dehors qu’en dedans le bord tranchant de cette dernière; n’enlève de la sole, de la fouchette et des barres que ce qui se détache naturellement().»

C. — BEAUTÉS DU PIED

«Le pied vierge de ferrure d’un cheval élevé sur un bon sol et suffisamment exercé est un type de beauté et de perfection. Comparé au pied ferré, le pied vierge est grand et fort, aussi large que long, bien d’aplomb; il constitue un solide support.

«Vu de face, il est moins large en haut qu’en bas, plus évasé en dehors qu’en dedans, d’une égale hauteur sur chacun de ses côtés (fig. 68 du texte).

Fig. 68. — Le pied, vu de face.


Fig. 69. — Le pied, vu de profil.


Fig. 70. — Le pied, vu en dessous.


«Vu de profil, la ligne de pince est moyennement inclinée; la hauteur des talons est égale à la moitié au moins de la hauteur de la pince; le bourrelet est régulièrement incliné, en ligne droite, de la pince aux talons (fig. 69 du texte).

«Vu par derrière, le beau pied a des talons largements écartés, égaux et également élevés, qui tombent verticalement sur le sol, surtout le talon du dedans, sensiblement plus vertical que l’autre.

«Vu en dessous, il a la sole creuse et épaisse, la fourchette forte, saine et assez dure, les barres ou arcs-boutants ni trop droits ni trop couchés; la pince et les mamelles de la paroi et de la sole sont fortement attaquées par l’usure (fig. 70 du texte).

«La corne du beau pied est noire ou gris foncé ; la paroi, lisse et luisante, laisse voir sa structure fibreuse().»

D. — DÉFECTUOSITÉS DU PIED

Le pied présente souvent des défauts qui l’altèrent et nuisent plus ou moins au service de l’animal. Nous allons successivement passer en revue les plus fréquents de ces défauts:

Pied trop grand. — Le pied trop grand présente un volume exagéré par rapport au corps du cheval. Il rend l’animal maladroit.

Pied trop petit. — Ce défaut, contraire au précédent, coïncide généralement avec un pied très impressionnable.

Pieds inégaux. — L’inégalité des pieds indique que le cheval a boité, boite ou boitera, généralement du pied le plus petit.

Fig. 71. — Pied panard.


Fig. 72. — Pied cagneux.


Pied plat. — Le pied plat a la paroi très oblique, très évasée, les talons bas et largement écartés, la sole plate, et la fourchette forte. Il est très difficile à ferrer et prédispose à la bleime et à la foulure de la sole.

Pied comble. — C’est le défaut précédent exagéré : la sole est bombée au lieu d’être plane.

Pieds à talons hauts. — Ce défaut n’est pas surtout dû à une hauteur exagérée de la paroi en talons, mais principalement à ce que la sole est creuse et la fourchette très élevée. Il prédispose à l’encastelure.

Pieds à talons bas. — Dans le pied à talons bas, le poids du corps se reporte dans la région des talons, qui est ordinairement faible, l’écrase et la contusionne.

Pieds à talons fuyants. — Là, les talons sont à la fois très inclinés en avant et très longs, et le poids du corps se trouve reporté en arrière; aussi, le cheval se fatigue-t-il au repos et en marche.

Pied panard. — Le pied est dit panard quand la pince est tournée en dehors (fig. 71 du texte et fig. 8, pl. III). Le quartier externe est fort et évasé ; celui du dedans est généralement faible, resserré et droit. De plus, le talon interne a de la tendance à chevaucher l’externe, et l’animal se coupe souvent avec la branche de dedans du fer.

Dans la plupart des cas, la ferrure ne peut que s’opposer à l’aggravation de ce défaut; car, celui-ci coexistant généralement avec un membre panard et entraînant, en outre, très souvent une déformation de la troisième phalange, ainsi que nous l’avons observé chez les chevaux tunisiens, où la panardise est la règle générale, on n’a guère à espérer le rétablissement complet de l’aplomb. Il n’y a qu’un cas où l’on puisse tenter de remédier au mal; c’est quand la panardise du pied existe à l’extrémité d’un membre bien d’aplomb ou même cagneux, et qu’alors le vice d’aplomb est de fabrication humaine. (Voy. Aplombs.)

Pied cagneux. — Le pied cagneux a la pince tournée en dedans (fig. 72 du texte et fig. 7, pl. III). Le quartier interne est fort et évasé ; celui du dehors, au contraire, est faible et resserré. (Voy. Aplombs.)

Fig. 73. — Pied pinçard.


Pied pinçard ou rampin. — Le pied pinçard appuie en pince seulement; celle-ci est courte, verticale, et les talons, généralement très hauts, ne posent pas sur le sol. Ce défaut, propre aux membres postérieurs, expose le cheval aux fissures de la paroi, dites seimes en pince (fig. 73 du texte et A, fig. 4, pl. V).

Pied gras. — On appelle ainsi le pied dont la corne est molle, sans consistance, tendre à couper. La paroi et la sole étant, en outre, très minces, l’ouvrier est exposé à attaquer les parties internes par le boutoir et les clous.

Pied sec ou maigre. — Ce pied est formé de corne mince, sèche et cassante. Il est exposé aux mêmes accidents que le pied gras.

Pied dérobé. — Le pied dérobé a le bord inférieur de la paroi irrégulier, déchiqueté, éclaté par places. Il ne peut donner attache aux clous à tout son pourtour.

E. — ACCIDENTS OCCASIONNÉS PAR LA FERRURE

Piqûre. — La piqûre est le fait du maréchal qui enfonce un clou dans le vif, mais qui a eu soin de le retirer de suite. Cet accident est ordinairement sans gravité et il suffit presque toujours de supprimer le clou pour voir disparaître toute crainte de complication.

Enclouure. — L’enclouure diffère de la piqûre en ce que l’ouvrier a laissé le clou dans le pied. Il faut amincir à fond la corne autour de la piqûre, et recourir à l’application de cataplasmes, de bains.

Retraite. — La retraite est une piqûre faite par un clou pailleux dont l’un des segments a pénétré dans la corne, tandis que l’autre est sorti au dehors. Même traitement que pour l’enclouure.

Pied serré par les clous. — Ce pied est celui dans lequel les clous ont été brochés trop près de la chair, qu’ils compriment et blessent. Il n’y a, en général, qu’à enlever les clous pour faire disparaître toute trace de l’accident.

Pied comprimé par le fer. — Le pied se trouve comprimé par le fer quand celui-ci, mal ajusté, porte sur la sole faible ou amincie. Cet accident est surtout fréquent sur les pieds plats ou combles.

Sole chauffée ou brûlée. — Cet accident est produit par le fer chaud maintenu trop longtemps sous le pied. Il n’est pas grave, mais assez long à guérir, par suite des décollements de la sole qui le compliquent assez souvent.

F. — MALADIES DU PIED

Seime. — La seime est une fente de la paroi procédant du bourrelet et suivant la direction des fibres de la corne.

Elle siège en pince (seime en pince), ou en quartier (seime quarte). La seime en pince (B, fig. 4, pl. V) est beaucoup plus fréquente aux pieds de derrière qu’aux pieds de devant. La seime quarte (fig. 74 du texte), au contraire, est surtout l’apanage des pieds de devant (quartier interne principalement).

Cette affection est facile à guérir; mais, sur les pieds qui y sont prédisposés, c’est-à-dire sur les pieds faibles, à corne sèche et cassante, elle se montre très souvent sujette à récidive.

La seime fait généralement boiter le cheval.

Bleime. — La bleime est une contusion de la sole en talon. Elle est le propre des pieds de devant à talons bas, faibles ou resserrés, et se déclare particulièrement aux talons internes (fig. 75 du texte).

On dit la bleime sèche quand la corne est simplement teinte en jaune et pointillée de sang.

Elle est humide quand la corne est molle, imprégnée de sang ou de sérosité, et légèrement décollée.

Enfin, on la dit suppurée lorsqu’il y a du pus dans le sabot. Celle-ci est la plus longue à guérir.

Etonnement de sabot. — Résulte d’un coup violent porté sur la paroi ayant contusionné la chair feuilletée au point correspondant.

Fourmilière. — On appelle ainsi une cavité noire contenaut du sang ou de la sérosité desséchés, creusée entre la chair et la corne, sous la sole ou la paroi. Elle résulte d’une forte foulure de la sole, d’une fourbure aiguë, ou d’un étonnement de sabot.

Fig. 74. — Seime.


Fig. 75. — Bleime.


Sole foulée. — C’est une contusion de la sole en quartier ou en pince; elle ne diffère donc de la bleime que par sa situation.

Fourbure. — La fourbure est, primitivement, une congestion du tissu feuilleté en pince et en mamelles. Sous l’influence de l’exsudation séreuse ou sanguine qui en résulte, la chair du pied se gonfle et se trouve ainsi violemment comprimée entre l’os du pied et la paroi, ce qui oblige le cheval à marcher sur les talons. Dans ce cas, la fourbure est dite aiguë et s’accompagne de phénomènes généraux intenses.

Si, l’inflammation ayant succédé à la congestion, des déformations graves du pied et un notable changement de rapport de ses parties osseuses surviennent, on a la fourbure chronique.

Le pied, dans ce cas, est fortement cerclé ; sa pince acquiert une épaisseur énorme, se relève, et le fait ressembler à un sabot chinois; ses talons grandissent; enfin, la sole s’amincit, se bombe, et présente bientôt, au voisinage de la pince, un refoulement en forme de croissant (fig. 76 du texte).

Quelquefois, au lieu de cet épaississement en pince que nous venons de signaler, il se forme, entre la paroi et la chair feuilletée, une cavité contenant du sang ou de la sérosité desséchés; on a alors la fourmilière.

Kéraphyllocèle. — C’est une tumeur cornée, de forme cylindrique ou conique, qui existe à la face interne de la muraille dont elle suit la direction de haut en bas, comprime et atrophie les tissus vivants.

Fig. 76. — Fourbure chronique (pied vu latéralement).


Fig. 77. — Pied encastelé.


Pied cerclé. — Le pied cerclé se reconnaît aux saillies circulaires étagées à la surface de la paroi. Ce défaut indique ordinairement que le pied a souffert ou souffre encore (A, fig. 5, pl. V).

Javarts. — On désigne sous ce nom la mortification partielle de quelques tissus qui entrent dans la constitution de la partie inférieure des membres. Ils sont divisés en javart cutané, encorné, ou du bourrelet; javart tendineux; javart de la fourchette; enfin, en javart cartilagineux. Ce dernier, de beaucoup le plus grave, n’est autre chose que la nécrose des cartilages complémentaires de l’os du pied.

Crapaudine ou mal d’âne. — Le mal d’âne, ainsi nommé parce qu’il est surtout fréquent chez l’âne, consiste en une espèce de dartre des bourrelets kératogènes et constitue, dans le point malade, en pince généralement, une surface rugueuse, fendillée en long et en travers, comme tourmentée et plus ou moins étendue suivant son ancienneté.

Fourchette échauffée, pourrie. — Ce sont deux états inflammatoires qui consistent dans un décollement de la corne avec suintement purulent, noirâtre, d’odeur forte et désagréable.

Crapaud. — Le crapaud consiste en un ramollissement de la fourchette d’abord; puis de la sole et des talons, avec décollement de la corne. Les parties vives, mises à nu, suppurent, exhalent une odeur infecte et se couvrent de végétations d’un aspect repoussant.

C’est une affection longue et difficile à guérir.

Clou de rue. — C’est une blessure de la face inférieure du pied produite par des corps pointus, le plus ordinairement par des clous, qui traversent la corne de la sole ou de la fourchette, et attaquent plus ou moins gravement les parties vives.

Encastelure. — L’encastelure consiste en un resserrement plus ou moins prononcé du pied dans sa partie postérieure. On la divise en vraie et en fausse.

Dans l’encastelure vraie, le resserrement porte à la fois sur les quartiers et sur les talons. Alors le pied, haut, vertical et resserré par côté, a les talons forts et rentrés, la sole creuse, la fourchette maigre et remontée, les barres verticales, la corne dure et sèche (fig. 77 du texte).

Dans l’encastelure fausse, ou resserrement des talons (pieds serrés, à talons serrés par en haut ou par en bas, étroits, chevauchés, etc.), le pied a les talons plus ou moins rapprochés l’un de l’autre, la fourchette atrophiée, la corne de la région sèche, mince et cerclée; mais il a conservé sa forme générale ordinaire.

L’encastelure est surtout fréquente chez les chevaux du Midi et d’Afrique.

Elle rend souvent le pied sensible, douloureux même, et le cheval, au départ surtout, semble marcher sur des épines.

D’après M. le vétérinaire militaire Chénier(), cette maladie serait la conséquence nécessaire et forcée de l’atrophie primordiale du coussinet plantaire.

Fer à cheval.

(Fig. 2, I.)

Le fer est une lame métallique contournée sur elle-même, destinée à protéger la face inférieure du pied du cheval. Sa forme est celle du bord inférieur de la paroi.

On lui reconnaît plusieurs régions:

La pince (1), partie la plus antérieure du fer, qui correspond à la pince de la paroi;

Les mamelles (2), situées de chaque côté de la pince;

Les branches (3, 3), qui s’étendent des mamelles à l’extrémité du fer;

Les éponges (4,4), parties postérieures des branches correspondant aux talons.

«Le fer à cheval présente à considérer, d’un autre côté :

«La face supérieure (I, verso), en contact avec le sabot;

«La face inférieure (I), qui frotte sur le sol;

«La rive externe (6), ou contour extérieur;

«La rive interne (5), ou contour intérieur;

«L’épaisseur, comprise entre les deux faces;

«La couverture, largeur du fer comprise entre les deux rives; le fer est dit dégagé ou couvert, suivant qu’il est étroit ou large;

«La tournure, forme donnée au fer pour lui faire prendre le contour du pied;

«L’ajusture, incurvation régulière et calculée de la face supérieure du fer;

«La garniture, partie du fer débordant la paroi et élargissant la surface d’appui.

a Les étampures (7,7), trous carrés creusés à la face inférieure du fer et destinés à loger les clous.

«Le fer est dit: étampé à gras, quand les étampures sont éloignées de la rive externe; étampé à maigre, dans le cas contraire.

«Les contre-perçures (verso, 1,1), petites ouvertures pratiquées au fond des étampures et livrant passage à la lame des clous;

«Les crampons, replis du fer quelquefois levés en éponges;

a La mouche, petit crampon de forme carrée, levée à l’éponge du dedans;

«Le pinçon, petite languette de fer levée en pince et quelquefois en mamelles. Le pinçon donne de la fixité au fer().»

Les détails dans lesquels nous venons d’entrer relativement au pied paraîtront peut-être un peu longs; mais, eu égard à l’importance capitale de cet appareil, véritable assise de l’édifice animal, nous estimons qu’il n’était guère possible de les passer sous silence, à moins d’être absolument incomplet.

RÉGIONS CORRESPONDANTES DE L’HOMME ET DU CHEVAL

Table des matières

Avant de terminer ce qui a trait aux régions du cheval, nous allons reproduire une figure que nous empruntons à M. le colonel Duhousset(). C’est la représentation des régions correspondantes de l’homme et du cheval, dont on trouve la première idée dans le Nouveau Parfait Maréchal de de Garsault (1769) (fig. 78 du texte).

Fig. 78. — Régions correspondantes de l’homme et du cheval.


Les lettres de cette figure doivent être ainsi interprétées:

S,s, scapulum ou omoplate (épaule chez l’homme et chez le cheval); H, h, humérus (bras chez l’homme et chez le cheval); A,a, olécrâne (coude chez l’homme et chez le cheval); C,c, carpe (poignet chez l’homme, genou chez le cheval); M, m, enveloppe cornée de l’extrémité inférieure du doigt (ongle chez l’homme, sabot chez le cheval); l, i, iléons ou coxaux (régions pubienne, sacro-coccygienne, latérales (hanches) et périnéale du bassin chez l’homme; croupe et hanches chez le cheval); F, f, fémur (cuisse chez l’homme et chez le cheval); R, r, rotule (genou chez l’homme, grasset chez le cheval); T,t, calcanéum (talon chez l’homme, pointe du jarret chez le cheval); P, p, pied (le pied du cheval, en extérieur, ne comprend que la boîte cornée connue sous le nom de sabot; au contraire, le pied et la main de l’homme, comme le pied du cheval en anatomie comparée, embrassent toute la partie des membres qui fait suite à l’avant-bras et à la jambe); OC, oc, radius et cubitus (avant-bras chez l’homme et chez le cheval); RT, rt, tibia et péroné (jambe chez l’homme et chez le cheval).

Ce paragraphe n’a qu’un seul but, une seule prétention: contribuer à rendre l’étude du cheval plus agréable et plus facile, tout en évitant au lecteur quelques-unes de ces erreurs de comparaison que, seules, les personnes absolument étrangères au cheval ont le droit de commettre.

CHAPITRE III

Table des matières

DES PROPORTIONS

On entend par proportions les rapports de dimensions que les régions doivent avoir entre elles et avec l’ensemble pour que de leur action résultent des mouvements faciles et sûrs.

C’est à tort qu’on attribue à un hippiâtre italien du XVIe siècle, Grisone(), la première idée des proportions du cheval; il suffit, en effet, de jeter un coup d’œil sur les écrits de cet auteur pour reconnaître qu’il s’est tout simplement occupé de déterminer les caractères propres à telle ou telle région, sans établir de rapport entre les dimensions de l’une et celles de l’autre.

Avant lui, d’ailleurs, un vétérinaire arabe du XVIe siècle, Abou-Bekr ben Bedr, donnait déjà, dans son livre le Nâcerî(), quelques indications relativement aux mesures que doit avoir, chez le cheval, telle région comparée à telle autre.

Mais, malgré leur originalité, ces indications elles-mêmes sont tellement vagues et incomplètes, que c’est bien à Bourgelat que revient tout le mérite des proportions; le premier, en effet, il les a établies d’une façon rationnelle, en prenant pour unité de mensuration la tête même de l’animal qu’il examinait. Il a ensuite subdivisé la tête en trois parties, ou primes, chaque prime en trois secondes, et chaque seconde en vingt-quatre points, de façon à pouvoir apprécier les plus petites dimensions.

Disons tout d’abord que, sans contester d’une façon absolue l’exactitude et l’utilité des proportions de Bourgelat, la plupart des auteurs ont critiqué les minuties dans lesquelles il est entré et n’ont accepté de son système que les règles principales.

M. Richard a même été plus loin: il a entièrement condamné ce système, comme étant «sans base raisonnée, sans motif fondé().»

La question en était là lorsque M. le colonel Duhousset, puis MM. Goubaux et Barrier, vinrent appuyer de leur autorité la méthode de Bourgelat. Se rangeant néanmoins à l’avis de la majorité des hippologues, ces auteurs considèrent comme superflus les détails infinis dans lesquels est entré le fondateur des écoles vétérinaires; MM. Goubaux et Barrier lui reprochent même:

«1° D’avoir cru à la valeur absolue de ses règles, alors qu’elles sont essentiellement relatives à chaque genre de service en particulier;

«2° D’avoir méconnu les compensations qui règnent entre les régions;

«3° D’avoir laissé pour ainsi dire absolument de côté les rapports angulaires entretenus par les rayons osseux des membres;

«4° Enfin, d’avoir omis de parler des rapports de l’ensemble avec le système nerveux().»

Mais, selon eux, ces exagérations, ces inexactitudes et ces omissions ne condamnent en aucune façon ce que le système a de vrai: «Bourgelat, disent-ils, a tenté de déterminer les rapports des parties entre elles et avec l’ensemble, c’est là son idée directrice; il a vu, il a senti ces rapports, c’est là son mérite; enfin, il en a trouvé quelques-uns qui resteront impérissables et qui témoignent des résultats auxquels peut conduire une idée juste secondée par un jugement sûr et un talent exceptionnel.»

Plus loin, d’ailleurs, ils proclament hautement que l’étude des proportions est des plus fructueuses, non seulement pour celui qui veut arriver vite à se former le coup d’œil et le jugement, mais encore pour l’artiste soucieux d’imprimer à ses œuvres l’exactitude de limitation.

A ce double point de vue, nous sommes absolument d’accord avec les auteurs précités; mais, quant à l’utilité pratique des proportions, nous avouons ne pas y croire beaucoup; nous sommes même bien près de partager la manière de voir de M. Richard relativement aux détails du système de Bourgelat; comme lui, nous pensons qu’on ne peut pas limiter, en extérieur, le développement du garrot, la hauteur de la poitrine, celle des épaules, etc.; comme lui, enfin, nous croyons qu’ «on ne trouvera jamais un boulet ou un avant-bras trop larges, ce dernier trop long, un genou trop développé, un tendon trop détaché, etc., etc.().» Si, d’un autre côté, nous pensons avec Lecoq que «l’opinion de M. Richard laisse intact le principe relatif aux proportions d’ensemble, d’après lequel la longueur et la hauteur du corps doivent être égales dans un cheval bien conformé()», nous n’en restons pas moins convaincu que, d’une manière générale, les proportions ne peuvent avoir qu’une importance secondaire au point de vue purement pratique, seraient-elles exactes dans tous leurs détails et applicables à tous les chevaux.

Et ceci est tellement vrai qu’il n’est pas un seul connaisseur réellement digne de ce titre qui se trouverait embarrassé en présence d’un cheval acéphale, dont il aurait à apprécier, sous le rappport des proportions, les autres parties du corps.

Toutefois, le système de Bourgelat a été tellement élargi depuis la mort de son auteur qu’il est vrai de dire que l’étude des proportions telles que nous les trouvons exposées dans le Traité de l’extérieur du cheval de MM. Goubaux et Barrier, offre, dans certains cas, une incontestable utilité pratique. Mais, nous le répétons, c’est surtout pour l’artiste et le débutant que cette étude sera fructueuse.

A l’exemple des auteurs ci-dessus, auxquels nous empruntons, d’ailleurs, une bonne partie des détails qui suivent, nous comprendrons dans les proportions: 1° les relations de dimensions des parties constituantes du corps; 2° les rapports de direction que peuvent affecter les rayons osseux les uns avec les autres; 3° les rapports généraux de l’ensemble; 4° enfin, les rapports de l’ensemble avec le système nerveux.

A. — RAPPORTS DE DIMENSIONS DES PARTIES ENTRE ELLES

Table des matières

Comme il nous est impossible de relater ici les différents résultats auxquels sont arrivés les hippologues qui, avec Bourgelat, se sont occupés de la question des proportions, nous nous contenterons de résumer dans ce paragraphe les conclusions de M. le colonel Duhousset, l’homme qui, en France, s’est le plus attaché, depuis une vingtaine d’années, aux mensurations de toutes les régions du cheval.

De même que Bourgelat, M. Duhousset() a choisi la tête pour unité de mesure. Aussi, ses dimensions se rapprochent-elles beaucoup de celles du fondateur des écoles vétérinaires (fig. 79 du texte):

«La longueur de la tête se retrouve à peu près exactement:

1° Du dos au ventre, NO;

2° Du sommet du garrot à la pointe du bras, HE;

3° Du pli supérieur du grasset à la pointe du jarret, J’J;

4° De la pointe du jarret à terre, JK;

5° De l’angle dorsal du scapulum à la pointe de la hanche D’D;

6° Du passage des sangles au boulet, MI; au-dessus de celui-ci pour les grands chevaux et ceux de course; au milieu et au bas pour les petits et ceux de taille moyenne;

7° Du pli supérieur du grasset au sommet de la croupe.

«Deux fois et demie la tête donnent:

1° La hauteur du garrot H, au-dessus du sol;

2° La bailleur du sommet de la croupe au-dessus du sol;

3° Très fréquemment la longueur du corps, depuis la pointe du bras jusqu’à celle de la fesse.

«La longueur de la croupe, de la pointe de la hanche à celle de la fesse, DF, est toujours inférieure à celle de la tête: cela varie de 5 à 10 cent.

«Quant à sa largeur d’une hanche à l’autre, elle ne dépasse que très peu sa longueur (souvent elle lui est égale).

«La croupe DF se rencontre assez exactement, comme longueur, quatre fois sur le même cheval:

Fig. 79. — Los proportions sur le cheval vu de profil.


«1° De la pointe de la fesse à la partie inférieure du grasset, FP;

«2° Comme largeur de l’encolure à son attache inférieure, de sou insertion dans le poitrail à l’origine du garrot, SX;

«3° De l’insertion de l’encolure dans le poitrail au-dessous de la ganache, XQ, lorsque la tête est placée parallèlement à l’épaule;

«4° Enfin, de la nuque au naseau, nn’, ou à la commissure des lèvres.

«La mesure de la moitié de la tête guidera aussi beaucoup pour la construction du cheval, lorsqu’on saura qu’elle s’applique fréquemment à plusieurs de ses parties, savoir:

«1° Du point le plus saillant de la ganache au profil antérieur du front, au-dessus de l’œil, PQ (épaisseur de la tête);

«2° De la gorge au bord supérieur de l’encolure, en arrière de la nuque, QL (attache de la tête);

«3° De la partie inférieure du genou à la couronne, TT’ ;

«4° De la base du jarret au boulet, VU;

«5° Enfin, de la pointe du bras à l’articulation du coude.»

Dans le coin de la figure 79, AB représente la longueur de la tête; B, 2, la moitié ; B, 4, le quart; BG est une verticale égale à celle du garrot H, au sol.

Proportions de la tête.

La tête étant prise comme unité de mesure, il est évident que ses proportions offrent une grande importance. Dans le but de nous rapprocher le plus possible de la vérité, nous les prendrons sur un cheval intermédiaire entre le cheval fin et celui de trait.

C’est, d’ailleurs, ainsi qu’a procédé M. le colonel Duhousset, auquel nous empruntons encore les mesures suivantes:

«Longueur, de la nuque au bout des lèvres, 0m,60.

«Épaisseur, du bord refoulé de la ganache à la face antérieure, 0m,30.

«Largeur, d’une arcade orbitaire (point extrême, la tête vue de face) à l’autre, 0m,22.»

B. — RAPPORTS ANGULAIRES DES RAYONS OSSEUX

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Des rapports de direction ou du mode de superposition des rayons locomoteurs résultent, sur le trajet de ceux-ci, des angles dont le sommet correspond toujours au centre de mouvement d’une articulation, et dont le sinus regarde constamment, soit en avant, soit en arrière de l’animal.

Ce sont ces rapports de direction, ces inclinaisons des rayons osseux et les angles qu’ils forment, que nous allons essayer de passer en revue dans ce paragraphe.

En outre de la Théorie de la similitude des angles et du parallélisme des rayons que faisait paraître, en 1835, le capitaine Morris() et que M. le professeur Neumann(), de l’école vétérinaire de Toulouse, a, depuis, victorieusement réfutée, plusieurs tentatives ont été faites par MM. Vallon, Daudet, et le professeur Lemoigne, de Milan, dans le but d’arriver à la connaissance des angles articulaires du cheval. Mais, de tous ces expérimentateurs, le dernier seul est arrivé à des résultats précis(), ainsi qu’ont pu le vérifier tout récemment MM. Goubaux et Barrier(), dont les observations, que nous reproduisons dans le tableau ci-dessous, se rapprochent, en effet, beaucoup de celles du professeur italien. Recueillies avec soin et à l’aide d’instruments spéciaux, ces observations portent sur un grand nombre de sujets de services divers, mais de conformation irréprochable dans leur genre, et présentent, par ce fait même, un intérêt tout particulier.

Inclinaisons des rayons locomoteurs sur l’horizon et valeur des angles articulaires chez les chevaux de vitesse.


«Le degré d’ouverture des angles locomoteurs du cheval, d’après MM. Goubaux et Barrier, a une influence capitale sur le déploiement de la vitesse; ils rappellent, d’ailleurs, en terminant:

«1° Que la fermeture des angles supérieurs (scapulo-huméral et coxo-fémoral) est une des premières beautés à rechercher pour les chevaux rapides;

«2° Que les angles huméro-radial et fémoro-tibial exigent une ouverture suffisante...;

«3° Que la fermeture des angles supérieurs doit tenir surtout à l’inclinaison de leurs rayons supérieurs, scapulum ou coxal...;

«4° Enfin, que le jeu complet et aisé des angles locomoteurs implique de toute nécessité telles inclinaisons de leurs branches qui leur permettent de s’écarter ou de se rapprocher dans le sens du mouvement en avant, et non en hauteur, ce qui occasionnerait une perte de force et de temps essentiellement préjudiciable à la vélocité de l’allure().»

C. — RAPPORTS GÉNÉRAUX DE L’ENSEMBLE

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Hauteur. — La hauteur moyenne du cheval bien conformé est de deux têtes et demie, d’après la judicieuse observation de Bourgelat. Les animaux qui dépassent ce chiffre d’une façon sensible, de même que ceux qui ne l’atteignent pas, sont disproportionnés, décousus.

Longueur. — La longueur du corps se mesure de la pointe de l’épaule à celle de la fesse. Bourgelat lui assigne également, et avec raison, deux têtes et demie sur les chevaux bien conformés. MM. Goubaux et Barrier recommandent de se renseigner très exactement sur la valeur des divers éléments qui composent la longueur du corps, et de ne pas se contenter d’évaluer superficiellement cette dimension, même lorsqu’elle semble dans les conditions indiquées plus haut... «En assignant deux têtes et demie à la longueur, disent-ils, nous avons entendu parler en même temps d’une distance scapuloiliale convenable, d’une épaule et d’une croupe bien faites()...»

Rapports entre la hauteur et la longueur. — Pour les services rapides, Bourgelat a considéré, avec raison, l’égalité entre la hauteur et la longueur comme le juste milieu à atteindre; à fortiori, ce juste milieu doit-il être le même pour les services lents.

Ampleur. — L’ampleur, ou développement transversal du corps, au niveau du poitrail, de la poitrine, et de la croupe, doit être considérable chez le cheval de gros trait, auquel elle donne à la fois de la masse et de la puissance. On la recherche moyenne chez les chevaux de l’armée et chez ceux de luxe. Pour les services rapides, au contraire, on préfère un tronc plus osseux, une poitrine plus profonde, des muscles plus denses; une ampleur accusée serait même tout à fait préjudiciable.

Mais, quels que soient les services, le défaut absolu d’ampleur est un vice capital.

Rapports entre le corps et les membres. — Il ne suffit pas que le cheval soit bien conformé sous le rapport de la hauteur, de la longueur et de l’ampleur, il faut encore que le corps et les membres, c’est-à-dire le dessus et le dessous, entretiennent des relations convenables.

Les parties constituantes du corps ne pouvant guère pécher par excès de développement, ainsi que nous l’avons démontré précédemment, il s’ensuit que si la disproportion semble résulter du dessus comparé au dessous, c’est, le plus souvent, que celui-ci ne se trouve pas suffisamment charpenté pour supporter le premier.

De même, si la disproportion paraît tenir du dessous comparé au dessus, cela tient certainement à ce que le corps est grêle; car si des membres solides, bien musclés, peuvent quelquefois être inutiles, ils ne sont jamais défectueux.

Le défaut de proportion entre le dessus et le dessous ne peut guère se reconnaître que par l’habitude jointe à la connaissance parfaite des beautés et des défectuosités de chaque région; car là, plus que dans toute autre circonstance, les mensurations nous paraissent être d’une très faible utilité pratique.

C’est, dans tous les cas, un défaut capital que rien ne peut racheter et sur lequel nous ne saurions trop appeler l’attention du lecteur.

Comme le manque d’harmonie chez le cheval est généralement dû à la faiblesse des supports, on reconnaîtra les animaux présentant ce défaut à la grande longueur de leurs membres, au petit volume de leurs muscles, à l’étroitesse de leurs articulations, etc.; ce sont ces chevaux qu’on qualifie généralement de manques, de ficelles, de haut perchés, d’échassiers, etc.

D. — RAPPORTS DE L’ENSEMBLE AVEC LE SYSTÈME NERVEUX

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Il est indispensable, en dernier lieu, qu’il y ait harmonie, équilibre parfait, entre le système nerveux qui préside au fonctionnement des organes, qui dirige la machine, et les rouages de cette même machine: «Sans le système nerveux, disent MM. Goubaux et Barrier, les instruments locomoteurs ne sont rien; sans eux, il est réduit à la plus stérile impuissance; avec eux, il est tout().»

Il s’ensuit que si la grande excitabilité nerveuse est à rechercher comme complément des qualités de solidité et de bon agencement de toutes les parties de l’animal, elle devient, par contre, nuisible chez les animaux dépourvus de ces dernières qualités physiques. Aucun doute ne peut subsister à cet égard.

Là se place naturellement une des questions les plus fréquemment discutées et les plus mal définies par les hippologues; nous voulons parler du sang.

DU SANG.

Le cheval qui «a du sang». — Pour beaucoup, un cheval «a du sang» lorsqu’il se montre doué à un haut degré de cette excitabilité dont nous venons de parler.

Pour d’autres, Gayot en particulier, «la désignation du sang a prévalu dans le langage hippique; elle a remplacé le mot noblesse... Physiologiquement parlant, le sang est la source génératrice de toute trame organique; il en contient le germe; il est la cause de toutes les qualités physiques et morales; il est le véhicule de tous les éléments de l’organisme...»(). C’est, en quelque sorte, l’expression d’une essence immatérielle, isolée et indépendante du corps qu’elle gouverne.

Suivant M. Magne, quand on dit d’un cheval qu’il a du sang, on entend simplement indiquer qu’il offre certains caractères extérieurs().

Enfin, d’après MM. Goubaux et Barrier, lorsqu’on dit qu’un cheval a du sang, «on veut simplement exprimer que sa famille, sa race, ont subi le métissage de la noblesse à une époque plus ou moins reculée et dans une proportion plus ou moins accusée. On qualifiera, par suite, ajoutent-ils, de pur sang, l’animal de haute lignée, issu de race noble et absolument pur de toute souillure en ce qui concerne les alliances de ses propres ascendants...»

Pourtant, d’après les mêmes auteurs, si le sang est héréditaire, «il est aussi inné chez certains sujets appartenant à des races qui n’en possèdent pas habituellement», et même «il est un fait également démontré, c’est que le sang s’acquiert»().

Il faut bien l’avouer, ces différentes définitions du sang ne sont guère plus claires les unes que les autres, et il en sera toujours ainsi tant que l’on conservera une expression née des idées fausses qu’on se faisait autrefois de la fécondation, conséquemment inexacte en elle-même et sujette aux mille acceptions diverses d’une chose exclusivement conventionnelle. Cependant, la définition qui fait du sang le presque synonyme de grande excitabilité nerveuse nous paraît devoir être préférée, non comme plus juste, mais comme exprimant mieux, à notre avis, l’idée qu’on se fait généralement d’un cheval dont on dit: Il a peu ou beaucoup de sang, il manque de sang, etc.

Si le sang peut être inné, s’il s’acquiert (et, pour nous, cela ne fait aucun doute), il est évident qu’il n’est pas l’apanage exclusif des chevaux qui «ont subi le métissage de la noblesse». Il y a lieu d’admettre, au contraire, qu’un cheval, quels que soient ses ancêtres, quelle que soit sa provenance, peut être considéré comme ayant du sang, s’il a beaucoup d’énergie, de vigueur, etc.

Pour nous, enfin, si certaines races sont particulièrement favorisées sous le rapport de l’énergie, de l’excitabilité nerveuse, dans toutes on peut rencontrer des sujets ayant du sang; il suffit souvent, en effet, de mettre les animaux dans des conditions de milieux convenables pour faire naître et fixer chez eux les aptitudes les plus élevées de l’espèce: «Dans les aliments de force, dit M. Sanson, est le secret ou la source de la véritable noblesse, de ce que les hippophiles les moins fantaisistes expriment en le nommant «le sang»().

Quoi qu’il en soit et de quelque côté que se trouve la vérité, nous ne saurions trop critiquer cette absurde opinion d’après laquelle «le sang rachète tout». Il faut être dépourvu de tout bon sens ou ne pas se faire la moindre idée de la machine du cheval pour soutenir sérieusement une pareille hérésie.

Le cheval «de pur sang». — Quant au cheval «de pur sang ou tout simplement «de sang», nous le qualifierons un animal de race fine, possédant au plus haut degré cette excitabilité nerveuse qui dénote «le sang», et pur de toute souillure en ce qui concerne les alliances de ses propres ascendants, au moins depuis une époque plus ou moins reculée; car, pour le cheval anglais de course, par exemple, «quoiqu’il passe pour être uniquement du sang oriental, dit M. de la Gondie, le fait n’est point exact si l’on remonte au temps où l’on a commencé à enregistrer les faits»().

Quelque bizarre que soit cette expression de pur sang, il nous appartient d’autant moins de la changer que, sur ce point, tout le monde se trouve à peu près d’accord. D’ailleurs, le cadre restreint de notre livre ne nous permet pas d’aller plus au fond de la question.

Différence entre le cheval qui «a du sang» et le cheval «de pur sang». — En somme, le cheval «de pur sang» est un animal de race pure, fin, élégant, rapide, tandis que le cheval qui «a du sang» possède tout simplement une grande excitabilité nerveuse qui le rapproche plus ou moins du premier; c’est du moins l’acception que l’usage semble avoir donnée aujourd’hui du mot sang.

On reconnaît l’animal qui a du sang à son regard vif, hardi; à son œil bien ouvert; à ses oreilles toujours dressées et très mobiles; à une grande impressionnabilité nerveuse; à la finesse et à la sensibilité de la peau; au peu d’abondance de toutes les productions pileuses, etc.

RÉSULTAT DES BELLES PROPORTIONS SUR LA RÉSISTANCE DU CHEVAL A LA FATIGUE

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DU FOND.

Maintenant, qu’entend-on par fond? «Dans le langage ordinaire, disent MM. Goubaux et Barrier(), le fond est cette faculté en quelque manière mystérieuse, cachée, secrète, que l’animal paraît avoir en réserve et à l’aide de laquelle il résiste mieux qu’un autre à la fatigue...»

«C’est un mot, ajoutent-ils plus loin, dans lequel on a tout résumé : Vérité, préjugés, erreurs!»

Pour nous, si l’on pénètre plus loin dans l’essence même des choses, on arrive à reconnaître que le fond est tout simplement l’expression, le résultat d’une bonne conformation des régions, d’un parfait rapport de dimensions de ces régions entre elles et avec l’ensemble, d’une heureuse harmonie entre celui-ci et le système nerveux, d’une nourriture et d’un entraînement rationnels. Cependant, nous devons avouer avec MM. Goubaux et Barrier que, si l’étude de la conformation peut le faire préjuger, l’épreuve seule est capable de le mettre en évidence.

Il existe aussi bien chez les chevaux lents que chez ceux de vitesse, et s’il offre moins d’intérêt chez les premiers que chez les seconds, il ne s’ensuit pas qu’on doive qualifier de niaiserie() la croyance au fond des chevaux qui n’ont pas de vitesse.

La niaiserie est bien plutôt le fait de ceux qui nient l’extraordinaire force de résistance de la plupart des chevaux de trait. S’ils avaient jamais vu un charretier embourbé ; s’ils s’étaient mieux rendu compte des énormes difficultés que ces animaux ont sans cesse à surmonter, surtout lorsque le terrain est gras, couvert de neige ou de verglas, ils ne porteraient pas sur les chevaux de camion, d’omnibus, d’artillerie, etc., une appréciation à la fois si légère et si injuste!

A notre avis, tout cela vient de ce que l’on a confondu résistance à la fatigue avec énergie et excitabilité nerveuse, fond avec sang; de ce que l’on n’a pas bien compris que le sang est une qualité subordonnée à la forme, tandis que le fond est le résultat heureux d’une parfaite harmonie entre la conformation de l’animal et son système nerveux.

Toutefois, nous le répétons, le fond est beaucoup plus important à considérer chez les chevaux de vitesse; car le travail est plus «considérable, la dépense plus forte et, conséquemment, la fatigue plus grande...

«It is the pace that kill, c’est le train qui tue!...» disent les Anglais, exprimant ainsi les pertes énormes que cause une course précipitée().

Au point de vue qui nous occupe, de véritables tours de force (performances) ont été accomplis par certains chevaux exceptionnels. Citons-en quelques-uns: Le Stud Book anglais rapporte (tome III, p. 151) que Sharper, cheval de pur sang, parcourut, le 4 août 1825. à Saint-Pétersbourg, 80,100 mètres, soit un peu plus de 20 lieues, en 2 heures 48 minutes.

Youatt, de son côté, raconte qu’un cheval hackney fit l’énorme trajet de Londres à York (plus de 315 kilomètres) en 40 heures 35 minutes.

Enfin, le 3 avril 1882, un officier français, M. Prieur de la Comble, partait de Lunéville sur une jument hongroise, La Mascotte, et arrivait à Paris trois jours après, ayant parcouru en 72 heures les 388 kilomètres qui séparent les deux villes.

Ces exemples, pris au hasard parmi cent autres qu’il nous serait facile de signaler, montrent suffisamment de quel fond extraordinaire certains chevaux sont doués.

Il y a lieu de noter en passant que le fond du cheval est en partie subordonné à la manière dont on le conduit.

M. le général Bonie(), qui a spécialement étudié la meilleure combinaison des allures «pour marcher avec le moins de fatigue et le plus de vitesse possibles», estime qu’une troupe en marche() doit faire 2 kilomètres au trot (le kilomètre en 4 minutes 15 secondes environ) et 1 au pas (le kilomètre en 10 minutes). Toutefois, c’est là une vitesse moyenne qu’il est souvent nécessaire d’augmenter, en campagne par exemple. Or, dit l’auteur précité, «deux moyens se présentent pour obtenir une rapidité plus grande. L’un consiste à prolonger la durée des temps de trot, l’autre, au contraire, à la diminuer, en abrégeant également la durée des temps de pas».

Discutant successivement ces deux moyens, M. le général Bonie démontre que le second seul est acceptable. «Pour le cheval qui a peu de sang, dit-il, il importe d’alterner souvent les allures. On donne ainsi de fréquentes relâches au travail des poumons et des muscles, et l’animal chemine toujours calme et presque sans transpirer.

«Il ne faudrait pas cependant tomber dans l’exagération, et couper à chaque instant les allures. Un passage trop fréquent du pas au trot et du trot au pas énerverait hommes et chevaux. Il y a, entre les deux excès, un juste et sage milieu que l’expérience nous a permis de déterminer:

«Aucun cheval ne forge jusqu’à 1500 mètres. C’est une preuve que, sur cette distance, les muscles ont toujours le même ressort; l’allure y est très franche, a de l’entrain, et se soutient d’elle-même sans fatigue. Passé ce point, le nombre de chevaux qui forgent va toujours en augmentant. Par contre, la vitesse diminue. Sous le rapport de la rapidité, la distance de 1500 mètres au trot est donc la plus avantageuse. Elle est aussi parfaitement ajustée à la puissance musculaire de nos chevaux, puisqu’il n’est pas besoin de stimuler leur ardeur, ni de réveiller leur énergie pour un effort aussi limité.

«Pour déterminer la durée du temps de pas qui se combinera avec les 1500 mètres de trot, nous interrogerons les poumons(): Après 1500 mètres de trot, il faut cinq minutes de pas, ou 500 mètres, pour que la respiration du cheval redevienne calme et normale. Après 500 mètres de pas, on pourra donc reprendre le trot, et l’animal s’avancera ainsi dans les meilleures conditions.»

Le nombre des haltes est encore à considérer. M. le général Bonie admet qu’en temps ordinaire (paix), si l’étape ne dépasse pas 28 kilomètres, deux haltes sont suffisantes: l’une à 5 ou 6 kilomètres du départ; l’autre à 10 kilomètres de l’arrivée. Au-dessus de 28 kilomètres et jusqu’à 40, entre la première halte, qui est de cinq minutes, et la dernière, on arrêtera à moitié distance et on mettra pied à terre pendant un quart d’heure.

En temps de guerre, le nombre des haltes doit se calculer d’après la vitesse adoptée pour la route, en raison de la longueur du trajet; or, pour un parcours de 120 kilomètres, la vitesse doit être la suivante, et les haltes ainsi réparties:


( )


En tout, une heure vingt minutes de repos, distribuée en six haltes.

On fera ensuite un repos de quatre ou cinq heures; puis, on pourra refranchir 60 autres kilomètres en dix heures, avec cinq haltes de dix minutes chacune, de 12 en 12 kilomètres.

Jusque-là, nous nous sommes exclusivement occupé du fond du cheval examiné au pas et au trot. Il nous reste à déterminer la limite de ses moyens au galop, comme fond et comme vitesse. «Cette puissance, dit M. le général Bonie, dépasse de beaucoup l’idée générale que nous avons à ce sujet. Elle peut s’étendre jusqu’à la distance énorme de 5000 mètres. Seulement, il est de toute importance de connaître les principes indiquant la manière de ménager le train selon la distance, car si les chevaux sont malmenés, ils s’épuisent vite, surtout si le départ est trop rapide...

«Le tableau suivant indique les points où on peut changer de vitesse:

(La troupe court sur un terrain uni et ferme, et est supposée ne pas avoir encore travaillé de la journée.)

«Pour 1000 mètres et au-dessous, on peut se lancer très vite dès le départ.

«Pour:


«De 2000 à 3500 mètres, galop de 500 mètres par minute. Le train ne peut pas augmenter à l’arrivée.

«Pour 5000 mètres, galop ralenti sur tout le parcours. Pas de charge possible à l’arrivée.

«Après 1000 mètres de charge, il faut arrêter ou prendre le pas, parce que les poumons sont gorgés; mais les muscles ont encore assez de vigueur pour agir. Il faudrait vingt à vingt-cinq minutes pour que la respiration revînt à l’état normal; mais, après dix minutes de repos, on peut repartir et avoir encore assez de liberté de respiration pour parcourir 4 à 500 mètres à toute vitesse ou, si le galop ordinaire est suffisant, 12 à 1500 mètres, puisque la charge exige une triple dépense de force...»

Quant à l’influence du poids porté par le cheval, elle est considérable:

Lorsque le cheval n’est pas trop poussé dans ses allures, la charge n’agit pas sensiblement sur sa vitesse; mais elle augmente considérablement la fatigue et, par conséquent, épuise le fond. En voici la preuve: Après un certain nombre de kilomètres au trot, les respirations s’élèvent, pour les chevaux non chargés, à 60 par minute en moyenne; pour les mêmes animaux chargés, elles montent à 74. Il s’ensuit que les kilomètres de trot ont autant essoufflé les chevaux chargés qu’un parcours au galop.

«En présence d’une pareille diminution de fond, conclut M. le général Bonie, l’hésitation n’est plus permise, et il faut débarrasser à tout prix nos chevaux de leur attirail en campagne..... L’augmentation de puissance qui en résulterait est vraiment prodigieuse. Avec la charge de campagne, un cheval au trot dépense autant de force qu’un cheval au galop non chargé. En le soulageant de cette différence de poids, on triple donc sa puissance().»

CHAPITRE IV

Table des matières

DE LA LOCOMOTION

Les actions produites par l’appareil locomoteur peuvent être divisées en trois groupes principaux: 1° les attitudes; 2° les mouvements sur place; 3° les allures.

I. — ATTITUDES

Table des matières

On entend par attitudes, en extérieur, les diverses positions du cheval au repos, soit debout, soit couché. Elles comprennent la station et le décubitus ou coucher.

A. — STATION

La station est l’attitude du cheval debout, immobile et supporté par ses quatre membres ou par trois d’entre eux seulement. Elle peut être libre ou forcée.

Fig. 80. — Station libre.


La station libre est celle du cheval abandonné à lui-même; généralement alors, le corps ne repose que sur trois pieds. Le quatrième, qui est toujours un postérieur, reste au repos et à demi fléchi (fig. 80 du texte).

Fig. 81. — Le rassembler.


La station forcée est l’attitude dans laquelle les quatre extrémités sont placées sur le terrain de façon à former les quatre angles d’un rectangle On la subdivise en rassembler, placer et camper.

Dans le rassembler, les quatre membres sont ramenés plus ou moins vers le centre de la base de sustentation. Ainsi placé, le cheval est prêt à exécuter facilement les principaux mouvements (fig. 81 du texte).

Fig. 82. — Le camper.


Fig. 83. — Le placer().


Dans le camper, les quatre membres sont éloignés du centre de gravité et en dehors de la ligne d’aplomb (fig. 82 du texte).

Le placer est la station dans laquelle le cheval pose d’aplomb sur ses membres, la tête et l’encolure soutenues. Dans cette situation, les membres doivent suivre certaines directions, que nous allons examiner sous le titre d’aplombs (fig. 83 du texte).

APLOMBS

(Pl. III).

On entend par aplombs la répartition régulière du poids du corps sur les extrémités, ou, plus exactement, la direction que doivent suivre les membres du cheval, considérés dans leur ensemble ou dans leurs différentes régions en particulier, pour que le corps soit supporté de la manière la plus solide et en même temps la plus favorable à l’exécution des mouvements.

Les aplombs sont dits réguliers «quand les axes directeurs des membres tombent perpendiculairement et oscillent dans des plans parallèles au plan médian». Ils sont, au contraire, irréguliers «lorsque les axes directeurs des membres s’écartent de la verticale et effectuent leurs déplacements dans des plans autres que ceux dont nous venons de parler»(). Alors, le poids de la masse n’est plus réparti régulièrement sur les quatre extrémités, les rayons osseux ne portent plus exactement l’un sur l’autre, et une partie du membre ou tout au moins d’une région se trouve surchargée; d’où prompte usure.

Pour examiner les aplombs d’un cheval, il faut tout d’abord le placer, c’est-à-dire le maintenir en repos, les quatre pieds occupant les quatre coins d’un rectangle qui représente la base de sustentation. On abaisse ensuite certaines lignes verticales partant de différents points du corps et tombant jusqu’à terre. Suivant la direction des rayons osseux par rapport à ces lignes, on juge de la régularité ou de l’irrégularité des aplombs.

Il est évident que, dans la pratique, on ne peut pas se servir du fil à plomb et qu’il faut de toute nécessité se faire suffisamment l’œil pour pouvoir remplacer par la pensée les lignes qu’il marquerait réellement.

a. — APLOMBS DES MEMBRES ANTÉRIEURS

1° Aplombs vus de profil (fig. 1, 2, 3, 4). — 1° Une verticale CD (fig. 1), abaissée de la pointe de l’épaule jusqu’au sol, doit rencontrer ce dernier un peu en avant de l’extrémité de la pince.

Si cette ligue touche le sol à une distance plus grande de la pince, ou si la verticale EF (fig. 1), abaissée de la pointe du coude, rencontre les talons, le cheval est dit sous lui du devant (fig. 1, 3).

Cette direction surcharge les membres, fatigue les os, les muscles, les tendons, et expose le cheval à raser le tapis, butter et forger; aussi, est-elle incompatible avec le service de la selle.

Si, au contraire, la ligne CD tombe sur le sabot avant de rencontrer le sol, le cheval est campé du devant (fig. 1, 2). Ce défaut l’expose à la foulure des talons, au tiraillement des tendons, et surcharge l’arrière-main; de plus, il ralentit l’allure, puisque le membre, en se portant en avant, part d’un point plus rapproché de celui où doit s’opérer son appui. Il est à remarquer, enfin, que, le plus souvent, on observe le défaut qui nous occupe chez les chevaux à talons serrés et chez ceux qui ont été fourbus ou qui présentent une déformation quelconque du sabot.

2° Une verticale AB (fig. 1), abaissée de l’articulation du coude (tiers postérieur de la partie supérieure et externe de l’avant-bras), doit partager également le genou, le canon et le boulet, et tomber un peu en arrière des talons.

Si le genou fait saillie en avant de cette verticale et si cette déviation est naturelle, congénitale, le cheval est dit brassicourt (fig. 2,1); on le dit arqué, lorsqu’elle résulte de l’usure (fig. 2, 1).

Si, au contraire, le genou se trouve trop en arrière, il est qualifié de creux, d’effacé ou de mouton (fig. 2, 2).

Quand la ligne tombe trop loin des talons, le sujet est long et généralement bas-jointé (fig. 3). «Cette sorte de parenté qui associe étroitement la longue-jointure et la basse-jointure est facile à comprendre, le paturon devenant de moins en moins colonne de soutien et de plus en plus ressort élastique à mesure que sa longueur augmente().» Cependant, nous avons vu (IIe partie, chap. 11, paturon) que ces deux défectuosités ne sont pas toujours inséparables l’une de l’autre.

Quoi qu’il en soit, les réactions du cheval long et bas-jointé sont plus douces; mais ses tendons se trouvent sans cesse tiraillés et l’usure de ses extrémités est rapide.

Si, enfin, la verticale tombe trop près des talons, le membre est court et ordinairement droit-jointé (fig. 4). Le cheval a alors les réactions dures et est très prédisposé à se bouleter.

2° Aplombs vus de face (fig. 5, 6, 7, 8). — Une verticale CD (fig. 5), abaissée de la pointe de l’épaule, doit partager le genou, le canon, le boulet et le pied en deux parties égales (fig. 5, 1.1).

Quand le membre, dans son ensemble, se trouve en dehors de la verticale, on dit le cheval trop ouvert du devant (fig. 5, 2. 2); son allure devient alors plus lourde, s’accompagne d’un bercement nécessité par le déplacement horizontal du centre de gravité, et il n’est plus propre qu’au service du gros trait lent.

S’il s’agit de la région du genou seulement, celle-ci est qualifiée de cambrée (fig. 6, 1.1). Ce défaut d’aplomb nuit à la solidité de l’appui et à la rapidité des allures.

Si c’est la pince qui se trouve tournée en dehors, le sujet est panard du devant (fig. 8); ce défaut, qui peut tenir à une simple déviation du pied, accompagne le plus ordinairement une déformation du genou et du coude en dedans de la verticale. Dans tous les cas, le talon interne, surchargé, a de la tendance à chevaucher l’externe et à s’écraser; de plus, l’animal se coupe souvent avec la branche interne du fer.

Lorsque, au contraire, le membre, dans son ensemble, est situé en dedans de la verticale, l’animal est dit serré du devant (fig. 5, 3. 3). Ce défaut, généralement dû au resserrement du thorax, expose l’animal à se couper, à s’atteindre, et le rend assez souvent impropre à tout service un peu pénible.

Il est bon de noter, toutefois, que l’étroitesse du devant peut résulter d’un trop grand développement du poitrail entraînant le rapprochement de l’extrémité inférieure des membres, de même que sa trop grande ouverture peut provenir d’un défaut de largeur de la poitrine ou des muscles pectoraux, rendant les membres convergents vers leur partie supérienre, l’extrémité opposée étant en réalité bien placée ou un peu divergente.

Si c’est la région du genou seulement qui se trouve déviée en dedans, on a affaire au genou de bœuf (fig. 6, 2. 2): mêmes inconvénients que le genou cambré.

Enfin, si c’est celle de la pince, le cheval devient cagneux du devant (fig. 7), et l’appui se fait surtout en quartier externe. Considérée comme moins grave que le défaut opposé (panardise), cette déviation du pied expose le cheval à se couper avec la mamelle interne du fer. Le cheval peut également être cagneux du membre ou du pied seulement.

A propos des déviations de la pince en dehors ou en dedans, nous trouvons dans William Day() cette opinion assez nouvelle: «Les pieds doivent être droits; mais, s’ils sont tournés, il est préférable de les prendre tournés en dehors, c’est-à-dire panards, ce qui est un signe de vitesse, que tournés en dedans, ou cagneux, ce qui indique la lenteur.» Sans admettre avec l’auteur précité que la panardise favorise la vitesse, cette assertion nous paraissant être une pure hérésie physiologique, nous devons cependant avouer qu’il n’est pas rare de rencontrer des chevaux panards possédant des allures très vites. Tels la plupart des chevaux arabes.

b. — APLOMBS DES MEMBRES POSTÉRIEURS

1° Aplombs vus de profil (fig. 9). — Une verticale GH, abaissée de l’articulation coxo-fémorale, doit passer par le milieu de la jambe, couper en bas le milieu du sabot, et se trouver équidistante des verticales JK et LM, partant de la rotule et de la pointe de la fesse, la dernière tangente à la pointe du jarret et au boulet.

Si le membre, dans son ensemble, est placé en avant de cette ligne, le cheval est dit sous lui du derrière (3). Cette déviation, ordinairement liée à des jarrets coudés, est une cause de surcharge pour les membres postérieurs; de plus, elle raccourcit les allures et expose les chevaux à forger.

Si, au contraire, il se porte en arrière, on qualifie l’animal de campé du derrière (2). Ce dernier défaut surcharge l’avant-train et coïncide le plus souvent avec des jarrets droits.

Enfin, le cheval peut aussi être long et bas-jointé, ou court et droit-jointé du derrière, lorsque le milieu du pied H (fig. 9) se rapproche de la verticale JK ou de la verticale LM.

2° Aplombs vus de derrière (fig. 10 et 11). — Une verticale LM (fig. 10), abaissée de la pointe de la fesse, doit diviser également la partie inférieure du membre, à compter de la pointe du jarret (fig. 10, 1, 1).

Si le membre, dans son ensemble, se porte en dehors de cette ligne, le cheval est dit trop ouvert du derrière (fig. 10, 2. 2); dans ce cas, le pied est souvent cagneux.

S’il s’agit de la région du jarret seulement, celle-ci est qualifiée de cambrée (fig. 11, 1. 1), et le cheval est presque toujours cagneux, soit du pied seulement, soit en même temps de tout le membre.

Quand, au contraire, le membre, dans son ensemble, est situé en dedans de la verticale, l’animal est dit serré du derrière (fig. 10, 3. 3). Ce défaut s’observe habituellement sur les sujets étroits de poitrine, de reins et de croupe, sans allures, sans vigueur et sans énergie.

S’il s’agit du jarret seulement, celui-ci est qualifié de clos ou crochu (fig. 11, 2.2). Cette conformation, très désagréable à l’œil, coïncide ordinairement avec des pieds panards et ralentit aussi les allures. Comme le fait remarquer M. Vallon(), elle est cependant fréquente chez beaucoup de sujets des pays montagneux, remarquables, d’ailleurs, par leur aptitude à supporter les fatigues et les privations. Nous l’avons nous-même notée chez les chevaux tunisiens, dont l’énergie et la force de résistance sont au-dessus de tout éloge().

B. — COUCHER OU DÉCUBITUS.

Le décubitus ou coucher est l’attitude que prend l’animal qui se repose et dont le corps se met directement en contact avec le sol, soit par le poitrail et le ventre, la tête plus ou moins relevée (décubitus sterno-costal), soit par l’un des côtés du tronc, la tête et les membres étendus ou fléchis (décubitus latéral).

Il est bon, dit M. Vallon, que le cheval se couche quand il est fatigué ; mais il faut se méfier de celui qui prend trop souvent cette attitude: il est mou et peu énergique.

II. — MOUVEMENTS SUR PLACE

Table des matières

Les mouvements sur place comprennent la ruade et le cabrer, que M. Cuyer a décrits dans un des chapitres suivants, p. 181; nous nous dispenserons, pour cette raison, d’en parler ici.

III. — ALLURES

Table des matières

Les allures, ou modes divers de la progression chez les différents animaux quadrupèdes, ont été divisées en naturelles, irrégulières et artificielles.

Pour l’étude des allures naturelles (amble, pas, trot, galop, saut, reculer), comme pour celle des mouvements sur place, nous renvoyons le lecteur au texte de M. Cuyer (Chap. V, VI, VII et VIII)().

Nous nous contenterons de dire un mot des allures irrégulières et des défectuosités des allures (chap. IX).

Quant aux allures artificielles (passage, piaffer, ballotade, cour-bette, etc.), nous les laisserons de côté, comme étant du ressort exclusif de l’équitation.

CHAPITRE V

Table des matières

LES ALLURES ÉTUDIÉES PAR LA MÉTHODE GRAPHIQUE

Difficulté de l’étude des allures du cheval par l’observation. — Importance d’une méthode expérimentale et d’une représentation graphique de ces allures. — Travaux de M. le professeur Marey. — Notations des allures de l’homme et des animaux. — But de notre planche des allures et des attitudes du cheval. — Représentation des allures, au moyen du zootrope par M. le professeur Mathias Duval. — Photographies instantanées.

Soit qu’il examine les changements de forme produits dans l’ensemble du cheval par les déplacements des membres, soit qu’il écoute les bruits successifs causés par les battues de ces membres, l’observateur qui cherche à représenter les allures est exposé à des erreurs nombreuses, dues à l’imperfection de ses moyens d’investigation.

Que de difficultés n’éprouvera-t-il pas, lorsqu’il voudra examiner la succession des différentes phases du pas ou du galop?

Des appareils enregistrant ces allures sont un contrôle sûr des phénomènes de la locomotion, car ils permettent de les noter, comme sur une portée musicale, par des lignes plus ou moins longues et des intervalles ou silences représentant, les unes, les appuis et leur durée, les autres, les instants pendant lesquels le corps est soulevé de terre.

M. le professeur Marey, au moyen d’appareils très ingénieux, a réalisé cette notation qui a gardé son nom.

Une pelote creuse, de substance compressible, placée sous chaque pied du cheval (fig. 84), se déprime toutes les fois qu’un de ces pieds appuie sur le sol; l’air qui y est contenu en est chassé, et passe, par des tubes de transmission, dans les appareils enregistreurs portés par le cavalier; quand le pied se relève, la pelote reprend sa forme primitive, et l’air, qui en avait été expulsé, la remplit de nouveau.

Fig.84. — Appareil explorateur de la pression du sabot du cheval sur le sol.


Un stylet, oscillant sous l’influence de ces déplacements de l’air renfermé dans l’appareil, trace sur un cylindre noirci, animé d’un mouvement de rotation régulier, des lignes ascendantes pour les appuis des pieds, descendantes lorsque ces pieds sont soulevés et qu’ils ne pressent plus le sol.

Fig. 85 — Tracé des appuis et soutiens des deux pieds dans la marche ordinaire. La ligne pleine indique le pied droit (D) et la ligne ponctuée le pied gauche (G).


Nous empruntons à l’ouvrage de M. le professeur Marey un des tracés qu’il contient (fig. 85; mais, pour rendre la démonstration plus simple, nous prenons celui d’une des allures de l’homme().

Les tracés des allures de l’homme et du cheval sont obtenus par des instruments dont le principe est le même. Le marcheur porte des chaussures (fig. 86), sous lesquelles se trouve une pelote creuse, qui se déprime sous l’influence de la pression des pieds.

Fig.86. — Chaussure exploratrice destinée à signaler la pression du pied sur le sol.


Fig. 87. — Coureur muni des appareils explorateurs et enregistreurs des diverses allures.


La figure 87 représente un coureur muni des appareils dont nous parlons plus haut; il tient de la main droite l’appareil enregistreur, et de la main gauche une boule de caoutchouc, destinée, lorsqu’on la presse, à rapprocher le stylet du cylindre; il s’en éloigne au contraire lorsque la pression cesse.

Voici un autre tracé se rapportant à la course de l’homme; momentanément ne tenons pas compte de la ligne onduleuse 0, nous verrous bientôt à quoi elle correspond.

Fig. 88. — Tracé de la course de l’homme. D, appuis et levés du pied droit; G, appuis et levés du pied gauche.


Au-dessous de la figure précédente tirons deux lignes horizontales 1, 2, fig. 89. Du commencement de la courbe ascendante d’une foulée du pied droit, abaissons jusque sur ces deux horizontales, une perpendiculaire a; cette ligne déterminera le début de l’appui du pied droit. Une perpendiculaire b, descendant de la fin de la courbe, déterminera la fin de l’appui de ce pied. Entre ces deux points, traçons une forte ligne blanche; elle exprimera, par sa longueur, la durée de la période d’appui du pied droit.

Fig. 89. — Notation d’un tracé de la course de l’homme.


Une construction semblable faite sur la ligne n° 1, donnera la notation de l’appui du pied gauche. On a teinté par des hachures les notations du pied gauche, afin d’éviter toute confusion.

S’il existe un intervalle entre deux courbes ascendantes, cet intervalle correspond au temps où il n’y a pas d’appui, où le corps est soulevé.

On peut comparer ceci à une véritable notation musicale; sur les horizontales 1 et 2 figurant la portée, les appuis sont indiqués par des lignes (notes) dont la longueur représente leur durée (rondes, blanches, noires, etc.); les silences sont les instants pendant lesquels les pieds, ne touchant pas le sol, ne font entendre aucune battue

Les détails que nous venons de donner s’appliquent à l’homme, et, dans l’étude de ses différentes allures, on trouve l’explication simplifiée de la marche du cheval; c’est pourquoi nous étudierons plus loin, rapidement, les allures bipèdes.

C’est en examinant ces notations de M. le professeur Marey que l’idée nous est venue de représenter les allures, au moyen d’un cheval dont les membres sont articulés.

Ces articulations permettent de placer les pieds sur des traces correspondantes et fixes.

Il nous a semblé que ces notations graphiques exigeaient, pour être utiles aux artistes en particulier, une étude préalable, une sorte d’initiation, et nous avons pensé la faciliter en imaginant une disposition figurative qui, étant donnée la position d’un membre à une période quelconque d’une allure, permît de retrouver instantanément la position des trois autres membres pour cette même période; c’est, on le voit, une sorte de barême ou compte-fait de la concordance des membres pour n’importe quelle phase des allures.

Notre maître, M. le professeur Mathias Duval, a entrepris déjà de faire, pour la marche de l’homme et du cheval, une série de tableaux d’un autre genre qui, vus au zootrope, produisent une illusion des plus frappantes. Voici la disposition qu’il a employée pour le cheval.

Ayant dessiné d’abord une série de figures du cheval prises aux divers instants d’un pas de l’amble, et ces figures correspondant à seize instants de cette allure, il place dans l’instrument la bande de papier qui porte cette série d’images et obtient l’apparence d’un cheval qui marche l’amble.

Or, nous verrons plus tard que les autres allures (pas, trot) peuvent être considérées comme dérivant de l’amble avec une anticipation plus ou moins grande de l’action des membres postérieurs.

Cette anticipation est réalisée par M. Mathias Duval, de la manière suivante:

Chaque planche sur laquelle est dessinée la série des images du cheval à l’amble est formée de deux feuilles superposées. Celle du dessus est fenêtrée de façon que chacun des chevaux se trouve dessiné à moitié sur cette feuille et à moitié sur celle qui est placée au-dessous.

L’arrière-main (partie postérieure du corps et membres postérieurs), par exemple, étant dessinée sur la feuille du dessus, l’avant-main (partie antérieure du corps et membres antérieurs) est dessinée sur la feuille du dessous et est visible par la fenêtre taillée dans la feuille supérieure.

En faisant glisser la feuille supérieure de l’intervalle qui sépare deux figures du cheval, on aura une série d’images dans lesquelles l’avant-main sera en retard d’un temps sur l’arrière-main. On reproduira ainsi, sous forme de figures, la série des positions successives d’un pas de l’amble rompu. Si ce glissement est d’un plus grand nombre de degrés on aura la série des attitudes du cheval dans la marche au pas. Un glissement plus grand encore donnera la série des attitudes dans le trot.

Cette représentation a l’avantage de faire dériver d’une allure simple les allures plus compliquées. Nous souhaitons que M. Mathias Duval, donnant suite à son idée, publie ses planches qui seront d’un grand intérêt pour les artistes s’occupant de la représentation du cheval.

Parmi les moyens employés pour la reproduction des allures de l’homme et des animaux, la photographie instantanée est un de ceux qui donnent aussi des résultats indiscutables comme exactitude.M. Muybridge en a publié qui ont rendu aux artistes de réels services pour la représentation de ces allures.

M. le colonel Duhousset, dont le nom fait autorité pour toutes les questions se rapportant au cheval, a utilisé ces photographies de M. Muybridge en les espaçant convenablement et les soumettant à l’épreuve du zootrope.

M. le professeur Marey vient de présenter à l’Académie des Sciences une note sur une nouvelle application de la photographie à ces éludes; il a bien voulu nous autoriser à reproduire quelques unes des épreuves qu’il a obtenues. Nous ne pouvons mieux faire que d’accompagner ces reproductions (fig. 90 et 91) de la communication à laquelle elles ont donné lieu().

«L’admirable méthode inaugurée par M. Muybridge, et qui consiste à employer la photographie instantanée pour l’analyse des mouvements de l’homme ou des animaux, laissait encore au physiologiste une tâche difficile: il fallait comparer les unes aux autres des images successives dont chacune représente une attitude différente, et classer ces images en série d’après la position dans le temps et dans l’espace qui correspond à chacune d’elles.

«Admettons que rien n’ait été négligé dans l’expérience: que, d’une part, des points de repère que la photographie devra reproduire aient été disposés sur le chemin parcouru par l’animal, de manière à permettre d’estimer à tout instant la position qu’il occupe dans l’espace et que, d’autre part, l’instant auquel chaque image a été prise soit déterminé, comme il arrive pour des photographies faites à des intervalles égaux. Toutes ces précautions prises, il faut encore, pour tirer des figures le sens qu’elles renferment, les superposer, par la pensée ou effectivement, les unes aux autres, de manière à couvrir une bande de papier correspondant au chemin parcouru, par une série d’images imbriquées dont chacune exprime la position que le corps et les membres occupaient dans l’espace à chacun des instants considérés.

» De telles représentations donnent naissance à des figures semblables à celles dont les frères Weber ont introduit l’usage pour expliquer théoriquement la marche de l’homme(). On voit dans leurs ouvrages une série de silhouettes d’hommes, teintées de hachures d’intensités décroissantes et imbriquées de manière à représenter les déplacements successifs des jambes, des bras, du tronc et de la tête aux différentes phases d’un pas.

» Ce mode de représentation est le plus saisissant qu’on ait encore trouvé jusqu’ici; il a été adopté dans la plupart des traités classiques. Or il m’a paru, et l’expérience vient de confirmer cette prévision, qu’on pouvait demander à la photographie des figures de ce genre, c’est-à-dire réunir sur une même plaque une série d’images successives repré sentant les différentes positions qu’un être vivant, cheminant à une allure quelconque, a occupées dans l’espace à une série d’instants connus.

Fig. 90. — Calque d’une photographie de la marche de l’homme.


Fig. 91. — Calque d’une photographie de la course de l’homme.

Nous avons teinté les membres gauches, dans ces deux figures, afin de bien détacher leurs oscillations de celles des membres du côté droit.


» Supposons, en effet, qu’un appareil photographique soit braqué sur le chemin que parcourt un marcheur et que nous prenions une première image en un temps très court. Si la plaque conservait sa sensibilité, nous pourrions, au bout d’un instant, prendre une autre image qui montrerait le marcheur dans une autre attitude et dans un autre lieu de l’espace; cette deuxième image, comparée à la première, indiquerait exactement tous les déplacements qui s’étaient effectués à ce second instant. En multipliant ainsi les images à des intervalles très courts, on obtiendrait, avec une authenticité parfaite, la succession des phases de la locomotion.

» Or, pour conserver à la glace photographique la sensibilité nécessaire pour des impressions successives, il faut qu’au devant de l’appareil règne une obscurité absolue et que l’homme ou l’animal qui passe se détache en blanc sur un fond noir.

» Mais les corps les plus noirs, quand ils sont fortement éclairés, réfléchissent encore beaucoup de rayons actiniques; j’ai recouru, pour avoir un champ d’un noir absolu, au moyen indiqué par M. Chevreul; mon écran est une cavité dont les parois sont noires. Un homme, entièrement vêtu de blanc et vivement éclairé par le soleil, marche, court ou saute pendant que l’appareil photographique, muni d’un obturateur à rotation plus ou moins rapide, prend son image à des intervalles plus ou moins rapprochés.

» Cette même méthode peut s’appliquer à l’étude des différents types de locomotion: un cheval blanc, un oiseau blanc, donneront de la même façon la série de leurs attitudes.

» La fenêtre dont est percé le disque de mon obturateur tournant peut être à volonté élargie ou resserrée, de manière à régler la durée de la pose suivant l’intensité de la lumière ou suivant la vitesse de rotation du disque. Avec une fenêtre resserrée et une rotation lente, on a des images très espacées les unes des autres. Une rotation rapide donne des images plus rapprochées, mais dont le temps de pose pourrait être insuffisant si la fenêtre n’était pas élargie.

» Enfin, un obturateur à volet, placé en avant de l’autre, sert à régler le commencement et la fin de l’expérience().»

Il est parlé dans cette communication de M. le professeur Marey des figures des frères Weber destinées à représenter les différentes phases de la marche de l’homme; il nous semble intéressant d’en reproduire une (fig. 92), elle est réduite d’après la planche originale().

Le premier groupe (4 à 7) représente les diverses situations que les deux jambes prennent simultanément, tandis qu’elles posent toutes deux sur le sol; le deuxième (8 à 11), les diverses situations que les deux jambes acquièrent pendant que celle qui est soulevée se trouve le plus souvent en arrière de la jambe appuyée; le troisième (12 à 14), les diverses situations que les deux jambes prennent pendant le temps que la jambe oscillante passe au devant de la jambe appuyée; le quatrième (1 à 3), les diverses situations que les deux jambes acquièrent pendant le temps que la jambe oscillante s’est portée fort en avant de l’autre.

Fig. 92. — Représentant la situation simultanée des deux jambes pour la durée d’un pas().


CHAPITRE VI

Table des matières

LES ALLURES DE L’HOMME

Marche. — Course — Réactions verticales. — Galop. — Saut.

La marche.

Table des matières

L’allure la plus simple et la plus usitée est la marche qui, lorsqu’elle a lieu sur un plan horizontal, est caractérisée par ce fait que le corps ne quitte jamais le sol. Le poids du corps passe d’un membre sur l’autre (Voir la notation de la marche de l’homme, fig. 85, page 151). Les courbes se succèdent sans interruption, la courbe ascendante correspondant à l’appui d’un pied se termine au moment où le pied opposé effectue le sien.

Chacun des membres se place en avant pendant que l’autre appuie encore sur le sol et est en arrière, puis, celui-ci se soulève et vient se placer en avant du premier, le corps est alors transporté en avant et il progresse.

Il en résulte que chaque membre se trouve à une phase d’appui lorsqu’il presse le sol; lorsqu’il se soulève pour venir en avant il est à une phase de soutien, c’est-à-dire qu’il est soutenu en l’air par la contraction musculaire.

Nous retrouverons un phénomène analogue dans les allures du cheval.

Dans la montée d’un escalier, le pied qui est sur la marche inférieure ne la quitte que lorsque le pied opposé a déjà appuyé un instant sur la marche supérieure; il y a donc chevauchement des appuis.

La course.

Table des matières

Une allure plus rapide que la marche, la course, présente aussi des appuis alternatifs des deux pieds; mais elle est différente en ce sens que ces appuis sont séparés par un temps de suspension, pendant lequel le corps reste en l’air un instant (fig. 88 et 89). La durée de ce temps de suspension semble peu varier; cependant si on l’apprécie par rapport à la durée d’un pas de course, on voit la valeur relative de cette suspension croître avec la vitesse de l’allure, car avec cette vitesse diminue la durée de chacun des appuis.

Cette suspension du corps n’est pas, comme on pourrait le croire, une sorte de saut, pendant lequel le corps serait projeté en haut en décrivant une courbe dont le maximum d’élévation correspondrait à cette suspension. Il n’en est rien; le temps de suspension correspond au moment où le corps est à son minimum d’élévation; ce temps de suspension ne tient donc pas à ce que le corps est projeté en l’air, mais à ce que les jambes se sont retirées du sol par l’effet de leur flexion (Marey).

Un appareil fixé sur la tête du coureur (fig.87, page 152) est destiné à enregistrer les réactions verticales ou élévations du corps et ses moments d’abaissement.

Il consiste en un tambour dont la membrane supporte un levier à l’extrémité duquel est placée une masse de plomb qui agit par son inertie, de sorte que, lorsque le corps oscille verticalement (réactions verticales) elle résiste à ces mouvements et force la membrane du tambour à s’abaisser quand le corps s’élève; elle s’élève, au contraire, lorsque le corps descend (fig. 93).

Fig. 93. — Appareil explorateur des réactions verticales pendant les différentes allures.


L’air est ainsi comprimé alternativement et chassé dans un tube qui aboutit à l’appareil enregistreur.

De cette disposition il résulte que les réactions sont reproduites par des lignes, dont les courbes ascendantes indiquent l’instant où le corps est le plus élevé ; pour les comparer avec les appuis des pieds, il faut se souvenir que ces appuis sont inscrits par une ligne ascendante.

En comparant le niveau des têtes des figures 90 et 91, on peut voir à quels moments correspondent ces réactions.

Sur la notation que nous donnons de la course de l’homme (fig.89), la ligne 0 indique ces réactions verticales. On voit en effet que les points les plus élevés correspondent avec les appuis des pieds représentés par les portions ascendantes des lignes D. G.

Le galop et le saut.

Table des matières

Dans les allures qui précèdent, le mouvement des membres est alternatif et régulier; les battues de chaque pied alternent et ont une durée égale. Le galop est une allure à cadences irrégulières que l’homme peut imiter jusqu’à un certain point, et dans laquelle un pied porte plus longtemps que l’autre.

Dans le galop, que les enfants imitent lorsqu’ils jouent au cheval, le pied placé en arrière appuie le premier sur le sol; il exerce une pression énergique et prolongée vers la fin de laquelle le pied placé en avant louche terre à son tour, mais pour un temps moins long; à ces deux battues succède un temps de suspension.

Dans cette allure, comme dans les précédentes, les oscillations verticales du corps sont à leur maximum d’élévation au moment où les pieds appuient sur le sol.

Le galop est dit à droite, lorsque le pied droit, étant toujours en avant, retombe après le pied gauche qui appuie le premier sur le sol et est placé en arrière.

Le galop à gauche est l’inverse. Dans cette allure, le corps est donc d’abord sur un pied, puis sur deux, puis sur un, et enfin soulevé de terre (temps de suspension).

Dans le saut sur deux pieds, les appuis ont lieu en même temps, puis le corps est soulevé pour retomber de nouveau.

RÉSUMÉ. — Dans la marche ordinaire ou pas, les appuis se succèdent sans interruption.

Dans l’ascension d’un escalier, les appuis empiètent l’un sur l’autre, le corps repose un instant sur les deux pieds.

Dans la course, les appuis sont plus brefs que dans le pas et désunis par une suspension du corps.

Dans le galop, le corps appuie sur un pied, puis sur deux, puis sur un et est enfin soulevé.

Dans le saut, les deux appuis sont unis, puis le corps est soulevé.

Il peut sembler qu’à propos des allures du cheval nous nous soyons étendus un peu longuement sur celles de l’homme; nous verrons plus loin l’utilité des pages précédentes, car nous pourrons considérer le quadrupède comme formé de deux bipèdes marchant à la suite l’un de l’autre; il était donc indispensable de déterminer d’abord comment chacun de ces bipèdes se comportait isolément.

CHAPITRE VII

Table des matières

LES ALLURES DU CHEVAL

Oscillations des membres du cheval. — Bipèdes latéraux et diagonaux. — Explication et maniement de notre planche.

Oscillations des membres du cheval.

Table des matières

Avant d’entrer dans le détail des allures, il est nécessaire de voir comment les membres du cheval oscillent pendant la durée d’un pas complet, c’est-à-dire quelle est la série de mouvements qui s’exécute entre deux positions semblables d’un même pied.

Examinons un membre pendant la progression en avant. Il passe par quatre positions: lever, soutien, poser, appui; dans le lever, le pied quitte le terrain; dans le soutien, il est en l’air et se porte en avant; au poser, il se repose sur le sol; et enfin à l’appui, il supporte sa part du poids du corps.

Étudions ces différentes phases dans un membre antérieur.

Lorsque ce membre se lève il est d’abord dirigé obliquement de haut en bas et d’avant en arrière (C, fig. 94),le sabot vient de se détacher du sol, c’est le lever. Il se porte alors en avant, en se fléchissant, et comme ce membre est soutenu par l’action de ses fléchisseurs, il est au temps nommé soutien; le sabot est vertical (B, fig. 94).Puis il se porte encore plus en avant, en s’étendant, le talon s’abaisse, le pied va obliquement à la rencontre du sol, c’est le poser (A, fig. 94).

A ce moment commence l’appui, le pied vient de se poser sur le sol: le membre est d’abord oblique de haut en bas et d’arrière en avant, commencement de l’appui (A, fig. 95); puis il est vertical, car le corps progressant en avant, le membre décrit un arc de cercle autour de son extrémité digitale D, fixée au sol, milieu de l’appui (B, fig. 95);et enfin, il devient oblique de haut en bas et d’avant en arrière, il est arrivé à la fin de l’appui (C, fig. 95),il va se lever de nouveau pour effectuer un autre pas.

Fig. 94. — Oscillation d’un membre levé().


Ainsi l’extrémité inférieure du membre, du lever au poser, décrit un arc de cercle autour de son extrémité supérieure (fig. 94), tandis qu’à l’appui, c’est son extrémité supérieure qui en décrit un autour de son extrémité inférieure fixée au sol (fig. 95).

Fig. 95. — Oscillation d’un membre à l’appui. (Colin.)


Si maintenant nous considérons les deux membres antérieurs, nous remarquerons que lorsque l’un commence son appui, l’autre le termine, et réciproquement; c’est ce que nous avons observé chez l’homme.

Pour les membres postérieurs, les oscillations sont les mêmes que pour les antérieurs; ce sont eux qui donnent l’impulsion à la masse; ils la donnent à tour de rôle et dans la seconde moitié de l’appui, en passant de la direction verticale (B, fig. 96) à l’extrême obliquité en arrière (C, fig. 96). Les membres antérieurs et postérieurs font le même nombre de pas, et ces pas ont la même étendue.

Fig. 96. — Membre postérieur donnant l’impulsion. (Colin.)


Les pieds, en appuyant sur un sol capable d’en garder les empreintes, y laissent ce qu’on nomme les foulées; ils produisent, en frappant ce sol, des bruits que l’on désigne sous le nom de battues.

Pour reproduire les allures du cheval, on peut, selon une comparaison attribuée à Dugès, considérer ce quadrupède comme formé de deux hommes marchant l’un derrière l’autre. Ces deux hommes doivent faire le même nombre de pas, et s’ils meuvent leurs jambes du même côté, en même temps, en emboitant le pas, ou s’ils marchent à contre-temps, ils pourront reproduire tous les rythmes des mouvements qui caractérisent les différentes allures du cheval.

Car ces différentes allures sont produites par une anticipation des membres postérieurs (représentés par le marcheur d’arrière) sur les antérieurs (représentés par le marcheur d’avant). Si les deux marcheurs marchent au pas, c’est-à-dire les jambes du même côté agissant simultanément, on obtient l’amble. Si, au contraire, pendant que le marcheur d’avant porte sa jambe droite en avant, le marcheur d’arrière avance sa jambe gauche, ils simulent le trot. Ce dernier est, en effet, en avance d’un demi-pas.

Du reste, les notations des allures du cheval ressemblent à deux notations de la marche de l’homme qui seraient superposées.

Bipèdes latéraux et diagonaux.

Table des matières

Les membres du cheval sont divisés en bipéde antérieur (les deux membres antérieurs) et bipède postérieur (les deux membres postérieurs).

On donne le nom de bipède latéral aux deux membres du même côté (les deux membres droits ou les deux membres gauches).

Un membre antérieur associé à un membre postérieur du côté opposé forme un bipède diagonal (le membre antérieur droit avec le postérieur gauche ou inversement).

Le bipède, soit latéral, soit diagonal, prend le nom du membre antérieur qui en fait partie.

Ainsi le bipède latéral droit, ce sont les deux membres droits. Le bipède diagonal droit, c’est le membre antérieur droit avec le membre postérieur gauche.

Nous retrouverons ces termes dans la description de chaque allure; ainsi nous verrons des appuis latéraux se succéder dans l’amble, des appuis diagonaux, au contraire, caractériser le trot.

Explication et maniement de la planche VI.

Table des matières

Nous devons, maintenant, avant d’utiliser la planche VI pour la description de ces allures, donner quelques explications sur son maniement. Les oscillations des membres, dont nous parlons plus haut, pourront être reproduites par un cheval découpé et articulé ; ce cheval est fixé sur un carton, par son centre autour duquel il peut tourner; chacun de ses pieds est peint d’une couleur différente, rouge et jaune pour les pieds droits, bleu et vert pour les pieds gauches. D’autre part, des feuilles de carton correspondant à chaque allure sont destinées à être glissées entre les deux surfaces, planche de fond et cheval articulé ; elles doivent être placées de telle sorte que leurs angles supérieurs coïncident avec des lignes de repère portant le nom de l’allure que chaque planche représente. Sur ces cartons sont des traces coloriées de la teinte des sabots et numérotées; on place alors les sabots sur les couleurs correspondantes et sur les mêmes numéros: par exemple, rouge 1, jaune 1, vert 1, bleu 1, puis, passant aux numéros suivants, on obtient les périodes successives d’une allure. Pour certaines allures, des traces portant des numéros qui correspondent à ceux des sabots, donnent la position de la tête, de l’encolure, du corps et de la queue, parties du corps qui sont aussi articulées.

Nous donnerons plus loin des explications plus détaillées en parlant de chaque planche en particulier. Nous n’avons reproduit que quelques temps de chaque allure; nous aurions pu en indiquer beaucoup plus, si nous n’avions eu la crainte de trop compliquer les figures; il est facile du reste de prendre des points intermédiaires.

Celte planche a été le sujet d’une note communiquée à l’Académie des Sciences par M. le professeur Marey(), le 26 juin 1882; d’autre part elle a été l’objet d’une présentation que nous avons eu l’honneur d’être admis à faire à l’Académie des Beaux-Arts, dans la séance du 4 novembre 1882.

CHAPITRE VIII

Table des matières

LES ALLURES DU CHEVAL

(Pl. VI).

Amble. — Pas. — Trot. — Galop. — Réactions du garrot et de la croupe. — Saut.

— Reculer. — Cabrer. — Ruade.

L’amble.

Table des matières

Dans cette allure, les membres du même côté exécutent les mêmes mouvements en même temps: le cheval passe de l’appui latéral droit à l’appui latéral gauche.

Supposons que deux hommes marchent en se suivant pour représenter les allures du cheval; s’ils marchent au pas en faisant mouvoir en même temps les jambes du même côté, ils simuleront l’amble.

Pendant que les membres du côté droit de l’animal exécutent leur appui, les membres gauches sont au lever. Le poids du corps n’est donc plus en équilibre, et alors les membres levés reviennent vivement à l’appui pour le rétablir.

C’est donc pour cette raison une allure plus vive que le pas, et, si nous l’éludions avant ce dernier, c’est qu’elle est très simple et nous servira de point de départ pour étudier, dans les autres allures, le manque de concordance des mouvements des bipèdes latéraux.

L’amble se compose donc de deux temps égaux pendant lesquels un bipède latéral est en l’air, tandis que l’autre est à l’appui; puis celui-ci se lève à son tour pendant que le premier revient à l’appui.

Les mouvements de chaque bipède ayant lieu simultanément, l’oreille perçoit deux bruits, c’est-à-dire deux battues pendant la durée d’un pas de cette allure.

Prenons maintenant le cheval articulé que représente la planche VI, et, glissant entre lui et le carton sur lequel il est fixé, la feuille correspondant à l’amble, arrêtons-en les angles supérieurs sur les repères désignés par le mot AMBLE.

Plaçons alors le sabot rouge sur la marque de même couleur portant le n° 1, et faisons de même pour les autres pieds: nous voyons le corps supporté par le bipède latéral droit, tandis que le bipède latéral gauche est levé ; nous sommes donc au milieu de l’appui pour un bipède et au milieu du lever, c’est-à-dire au soutien, pour l’autre. Les membres antérieurs exécutent les mêmes oscillations que les membres postérieurs, et en même temps.

Plaçant ensuite de la même manière les sabots sur les nos 2, nous voyons que, le corps ayant progressé en avant, les membres droits à l’appui sont devenus obliques en bas et en arrière, et que les membres gauches vont bientôt se poser sur le sol, leurs talons s’abaissent et ils vont commencer leur appui au n° 3. Sur ces nouvelles traces, le corps est supporté par le bipède latéral gauche, qui, à cet instant, est au commencement de son appui (les membres obliques en bas et en avant), tandis que le bipède latéral droit vient de se lever et va passer au soutien; les sabots de ce bipède sont alors verticaux.

Les mouvements que nous venons d’étudier se répéteront maintenant, mais inversement, c’est-à-dire que le bipède droit va être remplacé par le gauche; les premières traces peuvent donc donner les empreintes des pieds opposés; dans celles qui étaient affectées tout-à-l’heure à un bipède, nous placerons l’autre, c’est pour cela qu’au-dessous de la trace rouge n° 1 par exemple, qui contenait précédemment le pied antérieur droit, nous avons ajouté un petit cercle bleu portant le n° 4, indiquant que pour le quatrième temps de cette allure, c’est le pied antérieur gauche (bleu) qui doit être placé sur cette trace.

Pour les autres pieds, nous avons fait de même. Dans la trace bleue n° 1, au-dessous de laquelle se trouve un cercle rouge portant un n° 4, se placera le pied antérieur droit au quatrième temps de cette allure.

Mettant alors les pieds sur les nos 4, nous obtenons l’appui sur le bipède latéral gauche, le bipède opposé étant au lever.

Sur les nos 5, le bipède latéral droit va se poser, et le latéral gauche est à la fin de l’appui, et, enfin sur les nos 6, les membres droits s’étant posés à terre, les membres gauches se lèvent pour repasser par les mêmes phases, si on les replace sur les nos 1. On voit donc qu’il y a bien concordance entre les membres d’un bipède latéral, et jeu alternatif de chacun de ces bipèdes.

Si cependant un pied postérieur venait effectuer sa battue, un peu avant le membre antérieur du même côté, ce serait alors l’amble rompu, dans lequel les battues, au lieu d’être synchrones comme dans l’amble régulier, sont désunies par l’anticipation très légère de celles des membres postérieurs.

Cet amble rompu est intermédiaire entre l’amble et le pas qui, nous le verrons bientôt, est produit par l’anticipation d’un quart de pas des membres postérieurs sur les antérieurs.

Cet amble rompu a lieu lorsque l’allure est lente, et s’observe souvent chez les animaux jeunes ou chez les sujets affaiblis ou fatigués.

On remarque chez la girafe cette modification de l’amble; chez elle «le pied postérieur entame l’allure, et, à chaque temps, il continue à se lever avant l’antérieur du même côté ; aussi y a-t-il quatre temps distincts, dont deux très courts et deux autres beaucoup plus longs.

«Enfin dès que l’amble a acquis une certaine vitesse, il ressemble tout à fait à celui des solipèdes. Chez le dromadaire, les mêmes caractères se présentent, l’amble se substitue au pas dès que la progression devient un peu rapide.» (Colin.)

L’amble est une allure assez douce, dont les réactions sont moins pénibles que celles du trot.

Le pas.

Table des matières

Nous avons vu précédemment que pour représenter l’amble, les marcheurs d’avant et d’arrière exécutaient des pas qui s’emboitaient, les mouvements des jambes du même côté étaient simultanés. Supposons maintenant que le marcheur d’arrière anticipe d’un quart de pas sur le marcheur d’avant, et nous obtiendrons l’allure du pas chez le cheval.

Dans l’amble, les battues étaient au nombre de deux, on entendait deux bruits (battue du bipède latéral droit à laquelle succédait celle du bipède latéral opposé); dans le pas, nous en entendrons quatre, car les appuis se sont dissociés.

La succession des battues se produit dans l’ordre suivant et d’une façon égale; si le pied antérieur droit est considéré comme agissant le premier: pied antérieur droit, postérieur gauche, antérieur gauche, et enfin postérieur droit.

Le pas est une allure lente que l’on retrouve dans la marche de la plupart des quadrupèdes. Son observation est très difficile et son étude assez compliquée.

Nous allons avoir recours à la planche VI pour en suivre la description:

Plaçons la planche du pas sous le cheval, et arrêtons ses angles supérieurs sur les repères portant le nom de cette allure; mettons ensuite, comme précédemment, les sabots sur leurs couleurs correspondantes et aux nos 1. Nous sommes ici à la fin d’un pas, si nous convenons de le faire débuter à l’appui du pied antérieur droit, ce qui va avoir lieu au n° 2.

Comme le cheval est placé au n° 1, le pied antérieur droit vase poser, l’antérieur gauche est à la fin, de son appni le postérieur droit est presque au milieu du sien et le postérieur gauche venant de se lever va passer au soutien. L’appui a lieu sur le bipède diagonal gauche.

Fixons maintenant les extrémités sur les nos 2, nous obtenons le commencement de l’appui du membre antérieur droit, qui a lieu au milieu de celui du postérieur droit; nous voyons donc bien que le membre postérieur a précédé de la moitié d’un appui, ou du quart d’une oscillation complète, l’appui du membre antérieur du même côté.

Si nous ne considérons que les membres antérieurs, nous les verrons, comme dans l’amble, exécuter des oscillations régulières, en ce sens que l’un de ces membres se posant, l’autre se lèvera.

Pour les membres postérieurs, qui sont en avance sur les précédents: le droit étant au milieu de l’appui, l’antérieur droit n’est encore qu’au commencement du sien, le gauche se porte en avant et il sera bientôt à la fin de son soutien, l’antérieur gauche n’est encore qu’à son lever.

L’appui du corps est en ce moment sur le bipède latéral droit.

«Le pas complet est l’écartement des deux pinces de droite» (on nomme pince, la partie antérieure et médiane du sabot), «la foulée du pied postérieur gauche partagera en deux parties égales l’espace limité par les pieds latéraux à l’appui, dont la distance entre les pinces excède souvent, de quelques centimètres, la longueur du corps du cheval. L’empreinte ou foulée des deux pieds d’un même côté, répond précisément au milieu de l’espace qui sépare les empreintes successives des deux autres.»

«La pince, dans la courbe qu’elle décrit, s’élève rarement au-dessus du boulet du pied opposé fixé à terre().»

Au n° 3 le pied antérieur droit passe au milieu de son appui, l’antérieur gauche est au soutien, le postérieur droit est à la fin de l’appui et le postérieur gauche va se poser (on peut constater que les membres postérieurs sont toujours en avance sur les antérieurs).

L’appui est encore latéral droit.

Au n° 4, l’animal passe à l’appui diagonal droit; le membre antérieur droit approche de la fin de son appui qu’il atteindra au n° 5; l’antérieur gauche est encore au soutien; le postérieur droit vient de se lever et le postérieur gauche vient de se poser. L’appui est diagonal droit. L’écartement entre les pieds de ce bipède diagonal est égal à un demi-pas ou à une demi-longueur de l’animal.

En résumé : lorsque l’appui est latéral, les pieds qui le constituent sont au maximum d’écartement (longueur d’un pas complet); si c’est un bipède diagonal que l’on observe les pieds qui le forment, ne sont plus qu’à une demi-longueur de pas.

Au n° 5, fin de l’appui du pied antérieur droit; le poser de l’antérieur gauche va s’effectuer (le talon s’abaisse); le postérieur droit avance dans son soutien et le postérieur gauche est presque au milieu de l’appui.

Ici nous retrouvons les phases parcourues précédemment, mais par les pieds opposés; ceci est indiqué, comme nous l’avons dit pour l’amble, par des cercles coloriés, montrant, par exemple, que dans la trace rouge n° 1, qui a été occupée précédemment par le pied antérieur droit, viendra se placer le pied antérieur gauche (bleu) au 5me temps de l’allure, car le n° 5 est marqué dans un cercle bleu.

Nous arrivons alors à l’appui latéral gauche (n° 6) qui se continue au n° 7, et de là, replaçant les membres sur les nos 8, nous retrouvons l’appui diagonal gauche dont nous avons étudié la fin au n° 1.

Dans cette allure nous avons observé :

Quatre battues se suivant à intervalles égaux; un pied postérieur ayant accompli la moitié de son appui lorsque le membre antérieur du même côté vient à son tour commencer le sien.

Dans l’amble, nous avions vu l’animal supporté par une succession d’appuis des bipèdes latéraux; dans le pas, nous le voyons d’abord au n° 1, reposant sur l’appui diagonal gauche (c’est-à-dire celui dans lequel le pied d’avant est le gauche); ensuite, au n° 2, sur l’appui latéral droit; au n° 4, sur l’appui diagonal droit; et enfin, au n° 6, sur l’appui latéral gauche.

Les pieds postérieurs viennent recouvrir les empreintes des pieds antérieurs; cependant ils les dépasseront dans une descente; ou lorsque l’animal étant tiré par la bride sera forcé d’accélérer sa marche. Au contraire, s’il traîne un fardeau ou monte une côte, les pieds postérieurs n’atteignent pas les pistes antérieures, leurs empreintes sont placées en arrière.

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16 January 2025
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959 p. 182 illustrations
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4064066336325
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