Read the book: «Les poèmes d'Edgar Poe»
Edgar Allan Poe, Stéphane Mallarmé
Les poèmes d'Edgar Poe

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066304065
Table des matières
Le Tombeau d’Edgar Poe
POEMES
Le Corbeau
Stances à Hélène
Le Palais Hanté
Eulalie
Le Ver Vainqueur
Ulalume
Un Rêve dans un Rêve
A quelqu’un du Paradis
Ballade de Noces
Lénore
Annabel Lee
La Dormeuse
Les Cloches
Israfel
Terre de Songe
A Hélène
Pour Annie
Silence
La Vallée de l’Inquiétude
La Cité en la Mer
ROMANCES & VERS D’ALBUM
LA ROMANCE
ELDORADO
UN RÊVE
STANCES
FÉERIE
LE LAC
A LA RIVIÈRE
CHANSON
A M.L.S.
A MA MÈRE
A M.L.S.
A F.-S.O.
A.F.
SONNET A LA SCIENCE
LE COLISÉE
A ZANTE
SCOLIES
SONNET
THE TOMB OF EDGAR POE
for the POE memorial
LE CORBEAU
STANCES A HÉLÈNE
LE PALAIS HANTÉ
EULALIE
LE VER VAINQUEUR
ULALUME
UN RÊVE DANS UN RÊVE
A QUELQU’UN AU PARADIS
BALLADE DE NOCES
LÉNORE
ANNA BEL LEE
LA DORMEUSE
LES CLOCHES
CHANSON
ISRAFEL
TERRE DE SONGE
A HÉLÈNE
LE FLAMBEAU VIVANT
FOR ANNIE
LA VALLÉE DE L’INQUIÉTUDE ET LA CITÉ EN LA MER
Romances&Vers d’Album
ROMANCE
Traduction de Stéphane MALLARMÉ, avec portrait et fleuron
par Edouard MANET

A Bruxelles, chez l’Editeur Edmond Deman
MDCCCLXXXVIII
A la Mémoire d’Edouard Manet
Ces feuillets que nous lûmes ensemble.
S.M.
Le Tombeau d’Edgar Poe
Table des matières
Tel qu’en Lui-même enfin l’éternité le change
Le Poète suscite avec un glaive nu
Son siècle épouvanté de n’avoir pas connu
Que la Mort triomphait dans cette voix étrange
Eux comme un vil sursaut d’hydre oyant jadis l’ange
Donner un sens plus pur aux mots de la tribu
Proclamèrent très-haut le sortilège bu
Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange
Du sol & de la nue hostiles ô grief
Si notre idée avec ne sculpte un bas-relief
Dont la to7nbe de Poe éblouissante s’orne
Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur
Que ce granit du moins montre à jamais sa borne
Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur
POEMES
Table des matières
Le Corbeau
Table des matières
Une fois, par un minuit lugubre, tandis que je m’appesantissais, faible et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié – tandis que je dodelinais la tête, somnolant presque : soudain se fit un heurt, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre – cela seul et rien de plus.
Ah ! distinctement je me souviens que c’était en le glacial Décembre : et chaque tison, mourant isolé, ouvrageait son spectre sur le sol. Ardemment je souhaitais le jour – vainement j’avais cherché d’emprunter à mes livres un sursis au chagrin – au chagrin de la Lénore perdue – de la rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore : – de nom pour elle ici, non, jamais plus !
Et de la soie l’incertain et triste bruissement en chaque rideau purpural me traversait – m’emplissait de fantastiques terreurs pas senties encore : si bien que, pour calmer le battement de mon cœur, je demeurais maintenant à répéter “ C’est quelque visiteur qui sollicite l’entrée, à la porte de ma chambre – quelque visiteur qui sollicite l’entrée, à la porte de ma chambre ; c’est cela et rien de plus. ”
Mon âme devint subitement plus forte et, n’hésitant davantage “ Monsieur, dis-je, ou Madame, j’implore véritablement votre pardon ; mais le fait est que je somnolais et vous vîntes si doucement frapper, et si faiblement vous vîntes heurter, heurter à la porte de ma chambre, que j’étais à peine sûr de vous avoir entendu. ”
Ici j’ouvris, grande, la porte : les ténèbres et rien de plus. ”
Loin dans l’ombre regardant, je me tins longtemps à douter, m’étonner et craindre, à rêver des rêves qu’aucun mortel n’avait osé rêver encore ; mais le silence ne se rompit point et la quiétude ne donna de signe : et le seul mot qui se dit, fut le mot chuchoté “ Lénore ! ” Je le chuchotai – et un écho murmura de retour le mot “ Lénore ! ” – purement cela et rien de plus.
Rentrant dans la chambre, toute mon âme en feu, j’entendis bientôt un heurt en quelque sorte plus fort qu’auparavant. “ Sûrement, dis-je, sûrement c’est quelque chose à la persienne de ma fenêtre. Voyons donc ce qu’il y a et explorons ce mystère – que mon cœur se calme un moment et explore ce mystère ; c’est le vent et rien de plus. ”
Au large je poussai le volet ; quand, avec maints enjouement et agitation d’ailes, entra un majestueux Corbeau des saints jours de jadis. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta ni n’hésita un instant : mais, avec une mine de lord ou de lady, se percha au-dessus de la porte de ma chambre – se percha sur un buste de Pallas juste au-dessus de la porte de ma chambre – se percha, siégea et rien de plus.
Alors cet oiseau d’ébène induisant ma triste imagination au sourire, par le grave et sévère décorum de la contenance qu’il eut : “ Quoique ta crête soit chue et rase, non ! dis-je, tu n’es pas pour sûr un poltron, spectral, lugubre et ancien Corbeau, errant loin du rivage de Nuit – dis-moi quel est ton nom seigneurial au rivage plutonien de Nuit. ” Le Corbeau dit : “ Jamais plus. ”
Je m’éverveillai fort d’entendre ce disgracieux volatile s’énoncer aussi clairement, quoique sa réponse n’eût que peu de sens et peu d’à-propos ; car on ne peut s’empêcher de convenir que nul homme vivant n’eut encore l’heur de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre – un oiseau ou toute autre bête sur le buste sculpté, au-dessus de la porte de sa chambre, avec un nom tel que : “ Jamais plus. ”
Mais le Corbeau, perché solitairement sur ce buste placide, parla ce seul mot comme si, son âme, en ce seul moment, il la répandait. Je ne proférai donc rien de plus : il n’agita donc pas de plume – jusqu’à ce que je fis à peine davantage que marmotter “ D’autres amis déjà ont pris leur vol – demain il me laissera comme mes Espérances déjà ont pris leur vol. ” Alors l’oiseau dit : “ Jamais plus. ”
Tressaillant au calme rompu par une réplique si bien parlée : “ Sans doute, dis-je, ce qu’il profère est tout son fonds et son bagage, pris à quelque malheureux maître que l’impitoyable Désastre suivit de près et de très-près suivit jusqu’à ce que ses chants comportassent un unique refrain ; jusqu’à ce que les chansons funèbres de son Espérance comportassent le mélancolique refrain de “ Jamais – jamais plus. ”
Le Corbeau induisant toute ma triste âme encore au sourire, je roulai soudain un siége à coussins en face de l’oiseau et du buste et de la porte ; et m’enfonçant dans le velours, je me pris à enchaîner songerie à songerie, pensant à ce que cet augurai oiseau de jadis – à ce que ce sombre, disgracieux, sinistre, maigre et augurai oiseau de jadis signifiait en croassant : “ Jamais plus. ”
Cela, je m’assis occupé à le conjecturer, mais n’adressant pas une syllabe à l’oiseau dont les yeux de feu brûlaient, maintenant, au feu de mon sein ; cela et plus encore, je m’assis pour le deviner, ma tête reposant à l’aise sur la housse de velours des coussins que dévorait la lumière de la lampe, housse violette de velours dévoré par la lumière de la lampe qu’Elle ne pressera plus, ah ! jamais plus.
L’air, me sembla-t-il, devint alors plus dense, parfumé selon un encensoir invisible balancé par les Séraphins dont le pied, dans sa chute, tintait sur l’étoffe du parquet. “ Misérable, m’écriai-je, ton Dieu t’a prêté – il t’a envoyé, par ces anges, le répit – le répit et le népenthès dans ta mémoire de Lénore ! Bois ! oh ! bois ce bon népenthès et oublie cette Lénore perdue ! “ Le Corbeau dit : “ Jamais plus. ”
“ Prophète, dis-je, être de malheur ! prophète, oui, oiseau ou démon ! Que si le Tentateur t’envoya ou la tempête t’échoua vers ces bords, désolé et encore tout indompté, vers cette déserte terre enchantée – vers ce logis par l’horreur hanté : dis-mois véritablement, je t’implore. “ y a-t-il du baume en Judée ? – dis-moi, je t’implore ! ” Le Corbeau dit : “ Jamais plus ! ”
“ Prophète, dis-je, être de malheur ! prophète, oui, oiseau ou démon ! Par les Cieux sur nous épars – et le Dieu que nous adorons tous deux – dis à cette âme de chagrin chargée si, dans le distant Eden, elle doit embrasser une jeune fille sanctifiée que les anges nomment Lénore – embrasser une rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore. ” Le Corbeau dit : “ Jamais plus ! ”
“ Que ce mot soit le signal de notre séparation, oiseau ou malin esprit, ” hurlai-je, en me dressant. “ Recule en la tempête et le rivage plutonien de Nuit ! Ne laisse pas une plume noire ici comme un gage du mensonge qu’a proféré ton âme. Laisse inviolé mon abandon ! quitte le buste au-dessus de ma porte ! ôte ton bec de mon cœur et jette ta forme loin de ma porte ! ” Le Corbeau dit : “ Jamais plus ! “
Et le Corbeau, sans voleter, siége encore – siége encore sur le buste pallide de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre, et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve, et la lumière de la lampe, ruisselant sur lui, projette son ombre à terre : et mon âme, de cette ombre qui gît flottante à terre, ne s’élèvera – jamais plus !
Stances à Hélène
Table des matières
Hélène, ta beauté est pour moi comme ces barques nicéennes d’autrefois qui, sur une mer parfumée, portaient doucement le défait et le las voyageur à son rivage natal.
Par des mers désespérées longtemps coutumier d’errer, ta chevelure hyacinthe, ton classique visage, tes airs de Naïade m’ont ramené ainsi que chez moi à la gloire qui fut la Grèce, à la grandeur qui fut Rome.
Là! dans cette niche splendide d’une croisée, c’est bien comme une statue que je te vois apparaître, la lampe d’agate en la main, ah! Psyché! de ces régions issue qui sont terre sainte.
Le Palais Hanté
Table des matières
Dans la plus verte de nos vallées par de bons anges occupée, jadis un beau palais majestueux, rayonnant palais! dressait le front.–Dans les domaines du monarque Pensée–c’était là, son site: jamais Séraphin ne déploya de plumes sur une construction à moitié aussi belle.
Les bannières, claires, glorieuses, d’or, sur son toit, se versaient et flottaient (ceci–tout ceci–dans un vieux temps d’autrefois); et, tout vent aimable qui badinait dans la douce journée le long des remparts empanachés et blanchissants: ailée, une odeur s’en venait.
Les étrangers à cette heureuse vallée, à travers deux fenêtres lumineuses, regardaient des esprits musicalement se mouvoir, aux lois d’un luth bien accordé, tout autour d’un trône: où siégeant (Porphyrogénète!) dans un apparat à sa gloire adapté, le maître du royaume se voyait.
Et tout de perle et de rubis éclatante était la porte du beau palais, à travers laquelle venait par flots, par flots, par flots et étincelant toujours, une troupe d’Echos dont le doux devoir n’était que de chanter, avec des voix d’une beauté insurpassable, l’esprit et la sagesse de leur roi.
Mais des êtres de malheur aux robes chagrines assaillirent la haute condition du monarque (ah! notre deuil: car jamais lendemain ne fera luire d’aube sur ce désolé!) et, tout autour de sa maison, la gloire qui s’empourprait et fleurissait n’est qu’une histoire obscurément rappelée des vieux temps ensevelis.
Et les voyageurs, maintenant, dans la vallée, voient par les rougeâtres fenêtres de vastes formes qui s’agitent, fantastiquement, sur une mélodie discordante, tandis qu’à travers la porte, pâle, une hideuse foule se rue à tout jamais, qui rit–mais ne sourit plus.
Eulalie
Table des matières
J’habitais seul un monde de plaintes, et mon âme était une onde stagnante, avant que la claire et gentille Eulalie devînt ma rougissante épousée–avant qu’avec les cheveux dorés la jeune Eulalie devînt ma souriante épousée.
Ah! non–moins brillantes, les étoiles de la nuit que les yeux de la radieuse fille! et jamais flocon que la vapeur peut faire avec les teintes pourpre et de nacre de la lune, ne peut valoir en la modeste Eulalie la plus négligée de ses tresses–ne peut se comparer en Eulalie les yeux brillants à la plus humble et la plus insoucieuse de ses tresses.
Maintenant le Doute–maintenant la Peine, ne reviennent pas, car mon âme me donne soupir pour soupir; et, tout le long du jour, luit, brillante et forte, Astarté dans le ciel, pendant que toujours sur elle la chère Eulalie lève son œil de jeune femme–pendant que toujours sur elle la jeune Eulalie lève les violettes de son œil.
Le Ver Vainqueur
Table des matières
Voyez! c’est nuit de gala dans ces derniers ans solitaires! Une multitude d’anges en ailes, parée du voile et noyée de pleurs, siége dans un théâtre, pour voir un spectacle d’espoir et de craintes, tandis que l’orchestre soupire par intervalles la musique des sphères.
Des mimes avec la forme du Dieu d’en haut chuchotent et marmottent bas, et se jettent ici ou là– pures marionnettes qui vont et viennent au commandement de vastes choses informes lesquelles transportent la scène de côté et d’autre, secouant de leurs ailes de Condor l’invisible Malheur.
Ce drame bigarré – oh ! pour sûr, on ne l’oubliera ! avec son Fantôme à jamais pourchassé par une foule qui ne le saisit pas, à travers un cercle qui revient toujours à une seule et même place ; et beaucoup de Folie et plus de Péché et d’Horreur font l’âme de l’intrigue.
Eteintes ! – éteintes sont les lumières – toutes éteintes ! et, par-dessus chaque forme frissonnante, le rideau, mortuaire drap, descend avec un fracas de tempête, et les anges, pallides tous et blêmes, se levant se dévoilant, affirment que la pièce est la tragédie l’Homme et son héros le Ver Vainqueur.
Mais voyez, parmi la cohue des mimes, faire intrusion une forme rampante ! Quelque chose de rouge sang qui sort en se tordant, de la solitude scénique ! se tordant – se tordant : avec de mortelles angoisses les mimes deviennent sa proie et les séraphins sanglotent de ces dents d’un ver imbues de la pourpre humaine.
Ulalume
Table des matières
Les cieux, ils étaient de cendre et graves ; les feuilles, elles étaient crispées et mornes – les feuilles, elles étaient périssables et mornes. C’était nuit en le solitaire Octobre de ma plus immémoriale année. C’était fort près de l’obscur lac d’Auber, dans la brumeuse moyenne région de Weir – c’était là près de l’humide marais d’Auber, dans le bois hanté par les goules de Weir.
Ici, une fois, à travers une allée titanique de cyprès, j’errais avec mon âme ; – une allée de cyprès avec Psyché, mon âme. C’était aux jours où mon cœur était volcanique comme les rivières scoriaques qui roulent – comme les laves qui roulent instablement leurs sulfureux courants en bas de l’Yanek, dans les climats extrêmes du pôle – qui gémissent tandis qu’elles roulent en bas du mont Yanek dans les régions du pôle boréal.
Notre entretien avait été sérieux et grave : mais, nos pensées, elles étaient paralysées et mornes, nos souvenirs étaient traîtres et mornes – car nous ne savions pas que le mois était Octobre et nous ne remarquions pas la nuit de l’année (ah ! nuit de toutes les nuits de l’année !) ; nous n’observions pas l’obscur lac d’Auber, – bien qu’une fois nous ayons voyagé par là, – nous ne nous rappelions pas l’humide marais d’Auber, ni le pays de bois hanté par les goules de Weir.
Et maintenant, comme la nuit vieillissait et que le cadran des étoiles indiquait le matin, – à la fin de notre sentier un liquide et nébuleux éclat vint à naître, hors duquel un miraculeux croissant se leva avec une double corne – le croissant diamanté d’Astarté distinct avec sa double corne.
Et je dis : “ Elle est plus tiède que Diane ; elle roule à travers un éther de soupirs : elle jubile dans une région de soupirs, – elle a vu que les larmes ne sont pas sèches sur ces joues où le ver ne meurt jamais et elle est venue passé les étoiles du Lion pour nous désigner le sentier vers les cieux – vers la léthéenne paix des cieux ; – jusque-là venue en dépit du Lion, pour resplendir sur nous de ses yeux brillants – jusque-là venue à travers l’antre du Lion, avec l’amour dans ses yeux lumineux.
Mais Psyché, élevant son doigt, dit : “ Tristement, de cette étoile je me défie, – de sa pâleur, étrangement, je me défie. Oh ! hâte-toi ! Oh ! ne nous attardons pas ! Oh ! fuis – et fuyons, il le faut. ” Elle parla dans la terreur, laissant s’abattre ses plumes jusqu’à ce que ses ailes traînassent en la poussière – jusqu’à ce qu’elles traînèrent tristement dans la poussière.
Je répliquai : “ Ce n’est rien que songe : continuons par cette vacillante lumière ! baignons-nous dans cette cristalline lumière ! Sa splendeur sibylline rayonne d’espoir et de beauté, cette nuit : – vois, elle va, vibrante, au haut du ciel à travers la nuit ! Ah ! nous pouvons, saufs, nous fier à sa lueur et être sûrs qu’elle nous conduira bien, – nous pouvons, saufs, nous fier à une lueur qui ne sait que nous guider à bien, puisqu’elle va, vibrante, au haut des cieux à travers la nuit. ”
Ainsi je pacifiai Psyché et la baisai, et tentai de la ravir à cet assombrissement, et vainquis ses scrupules et son assombrissement ; et nous allâmes à la fin de l’allée, où nous fûmes arrêtés par la porte d’une tombe ; par la porte, avec sa légende, d’une tombe, et je dis : “ Qu’y a-t-il d’écrit, douce sœur, sur la porte, avec une légende, de cette tombe ? ” Elle répliqua : “ Ulalume ! Ulalume ! C’est le caveau de ta morte Ulalume ! ”
Alors mon cœur devint de cendre et grave, comme les feuilles qui étaient crispées et mornes, – comme les feuilles qui étaient périssables et mornes, et je m’écriai : “ Ce fut sûrement en Octobre, dans cette même nuit de l’année dernière, que je voyageai – je voyageai par ici, – que j’apportai un fardeau redoutable jusqu’ici : – dans cette nuit entre toutes les nuits de l’année, ah ! quel démon m’a tenté vers ces lieux ? Je connais bien, maintenant, cet obscur lac d’Auber – cette brumeuse moyenne région de Weir : je connais bien, maintenant, cet obscur lac d’Auber – cette brumeuse moyenne région de Weir : je connais bien, maintenant, cet humide marais d’Auber, et ces pays de bois hantés par les goules de Weir ! ”
Un Rêve dans un Rêve
Table des matières
Tiens ! ce baiser sur ton front ! et, à l’heure où je te quitte, oui, bien haut, que je te l’avoue : tu n’as pas tort, toi qui juges que mes jours ont été un rêve ; et si l’espoir s’est enfui en une nuit ou en un jour – dans une vision ou aucune, n’en est-il pour cela pas moins PASSÉ ? Tout ce que nous voyons ou paraissons, n’est qu’un rêve dans un rêve.
Je reste en la rumeur d’un rivage par le flot tourmenté et tiens dans la main des grains du sable d’or – bien peu ! encore comme ils glissent à travers mes doigts à l’abîme, pendant que je pleure – pendant que pleure ! O Dieu ! ne puis-je les serrer d’une étreinte plus sûre ? O Dieu ! ne puis-je en sauver un de la vague impitoyable ? TOUT ce que nous voyons ou paraissons, n’est-il qu’un rêve dans un rêve ?
A quelqu’un du Paradis
Table des matières
Tu étais pour moi, amour, tout ce vers quoi mon âme languissait – une île verte en mer, amour, une fontaine et un autel, enguirlandés tout de féeriques fruits et de fleurs, et toutes les fleurs à moi.
Ah ! rêve trop brillant pour durer : ah ! espoir comme une étoile, qui ne te levas que pour te voiler. Une voix, du fond du Futur crie : “ Va ! – va ! ” – mais sur le Passé (obscur gouffre) mon esprit, planant, est muet, consterné, immobile !
Hélas ! hélas ! car pour moi la lumière de la vie est eteinte. “ non ! plus ! – plus ! – plus ! ” (ce langage que tient la solennelle mer aux sables sur le rivage) ne fleurira l’arbre dévasté de la foudre, et l’aigle frappé ne surgira.
Et tous mes jours sont des extases, et tous mes songes de la nuit sont où ton œil d’ombre s’allume et luit ton pas – dans quelles danses éthérées – par quels ruissellements éternels !
Ballade de Noces
Table des matières
L’anneau est à mon doigt, et la couronne à mon front ; une profusion de satins et de joyaux est à mes ordres – et je suis heureuse maintenant.
Et, mon Seigneur, il m’aime bien ; – mais quand il exhala son vœu, je sentis mon cœur se gonfler – car les mots sonnèrent comme un glas et la voix semblait la sienne, à celui qui tomba – dans la bataille au fond de la vallée, et qui est heureux maintenant.
Mais il parla de façon à me rassurer, et il baisa mon front pâle ; lorsqu’une rêverie survint et me porta au cimetière, et je soupirai, devant moi le voyant mort, d’Elormie : “ Oh ! je suis heureuse maintenant ! ”
Comme cela, furent prononcées les paroles, comme cela fut proféré le vœu ; et, quoique je manque à ma foi et quoique le cœur me manque, regardez le gage d’or qui prouve que je suis heureuse maintenant.
Plaise à Dieu que je m’éveille ! car je ne sais pas ce que je rêve, et mon âme est douloureusement ébranlée – de la crainte qu’il y ait un mauvais pas de fait, de peur que le mort qui est délaissé ne soit pas heureux maintenant.
Lénore
Table des matières
Ah ! brisée est la coupe d’or ! l’esprit à jamais envolé ! Que sonne le glas ! – une âme sanctifiée flotte sur le fleuve Stygien ; et toi, Guy de Vere, n’as-tu de larmes ? pleure maintenant ou jamais plus ! Vois ! sur cette morne et rigide bière, gît ton amour, Lénore ! Allons ! que l’office mortuaire se lise, le chant funèbre se chante ! Une antienne pour la morte la plus royale qui jamais soit morte si jeune – une psalmodie pour elle, deux fois morte parce qu’elle est morte si jeune !
Misérables ! vous l’aimiez pour sa richesse et la haïssiez pour son orgueil, et quand sa santé chancela, vous la bénissiez – parce qu’elle mourait. Comment donc le rituel sera-t-il lu ? – le requiem, chanté – par vous – par toi, l’œil mauvais : par toi, la langue infamante, qui avez causé la mort de l’innocence qui est morte si jeune ? ”
“ Peccavimus ; mais ne délire pas de la sorte ! et qu’un chant du sabbat monte à Dieu si solennellement que la morte ne sente de mal ! La suave Lénore a “ pris les devants ” avec l’espoir qui volait à côté, te laissant dans l’égarement à cause de cette chère enfant qui aurait été ton épousée – elle la belle et de grand air qui maintenant gît si profondément, la vie sur sa blonde chevelure, mais pas dans les yeux – la vie là encore, sur la chevelure – la mort aux yeux.
“ Arrière ! ce soir j’ai le cœur léger. Je n’entonnerai de chant mortuaire, mais soutiendrai, dans son vol, l’ange par un Péan des vieux jours ! Que ne tinte de glas ! – de peur que son âme suave, parmi sa religieuse allégresse, n’en saisisse la note, comme Elle plane sur la Terre maudite. Vers les amis d’en haut, aux démons d’en bas le fantôme indigné s’arrache – à l’Enfer, vers une haute condition au loin dans les Cieux – aux pleurs et aux plaintes, vers un trône d’or à côté du Roi des Cieux.
The free sample has ended.