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Nicolas-Marc Desfontaines
L'illustre Olympie, ou Le St Alexis: Tragedie

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066086084
Table des matières
L'ILLUSTRE
À MADAME. DE TALMANT.
LES PERSONNAGES.
ARGUMENT. DU PREMIER ACTE.
ST ALEXIS.
SCENE II.
SCENE III.
SCENE IV.
SCENE V.
ARGUMENT. DU II. ACTE.
ACTE II.
SCENE II.
SCENE III.
SCENE IV.
SCENE V.
SCENE VI.
SCENE VII.
ARGUMENT. DU III. ACTE.
ACTE III.
SCENE II.
SCENE III.
SCENE IV.
ARGUMENT. DU IV. ACTE.
ACTE IIII.
SCENE III.
SCENE IV.
SCENE IV.
SCENE VI.
SCENE VII.
SCENE VIII.
ARGUMENT. DU V. ACTE.
ACTE V.
SCENE II.
SCENE III.
SCENE IV.
SCENE V.
SCENE VI.
SCENE VII.
SCENE DERNIERE.
L'ILLUSTRE
Table des matières
OLYMPIE
OU LE
ST ALEXIS.
TRAGEDIE.
Par le Sieur DESFONTAINES.
À PARIS,
Chez PIERRE LAMY, en la Grand'Salle
du Palais, au second Pillier.
M. DC. XXXXV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
À TRES
GENEREUSE,
TRES-NOBLE
ET TRES
VERTUEUSE DAME
MADAME DE TALMANT,
&c.
MADAME,
Je ne pretends pas vous faire un present quand je prends la liberté de vous offrir mon ALEXIS, & que je vous conjure de le recevoir & de l'agreer; Je vous demande une grace pour un Vagabond, mais qui cessera de l'estre, s'il est aujourd'huy assez heureux pour esprouver en vostre maison les effets de cette bonté qui vous est si naturelle, & que vous pratiquez si genereusement envers ceux-là mesmes qui ne l'ozeroient esperer: ou s'il se laisse encore une fois emporter au desir de s'esloigner; ce ne sera plus que pour apprendre à tout l'Univers tant de rares qualitez que vous possedez si advantageusement à la confusion de toutes celles de vostre sexe, & pour faire connoistre à tout le monde qu'il marche desormais à la faveur de la plus aimable & plus vertueuse personne qui fut jamais. C'est pour obtenir un si glorieux adveu qu'il se vient donner à vous avec toute la passion & le respect dont il peut estre capable; sa chere Olympie l'accompagne en cet hommage; vous la recevrez favorablement je m'asseure, puis qu'avec beaucoup de verité l'on peut dire que c'est la Vertu qui se veut mettre en la protection de la Vertu, car comme cette noble partie la rendit autresfois le prodige de son siecle, tant de genereuses inclinations qui vous sont communes avec cette illustre Romaine vous rendent aujourd'huy la merveille du nostre, & cette bien-heureuse immortalité qu'elle possede ne sera pas moins quelque jour le prix de vostre merite, qu'elle est à present sa recompence. Ce sont les souhaits de tous ceux qui ont l'honneur de vous connoistre, & ce sont les voeux les plus ardents & les plus passionnez de celuy qui borne son ambition en la qualité glorieuse,
MADAME,
De
Vostre tres-humble, tres-obeïssant & tres-affectionné serviteur,
DESFONTAINES.
Extraict du Privilege du Roy.
Par grace & Privilege du Roy donné à Paris le septiesme de May 1644. il est permis à Pierre Lamy Marchand Libraire à Paris, d'imprimer ou faire imprimer, vendre & distribuer pendant le temps & espace de dix ans un livre intitulé Sainct Alexis Tragedie saincte, composée par le sieur DESFONTAINES, Avec deffences à tous Libraires & Imprimeurs, & autres personnes de quelque qualité & condition qu'ils soient, d'imprimer ny faire imprimer ledit livre, de n'en vendre ny distribuer autres exemplaires que ceux qui seront imprimez par ledit Lamy, ou de son consentement, à peine de confiscation, & de cinq cens livres d'amende comme il est declaré plus amplement en l'original des lettres passées le jour & an que dessus, scellées du grand sceau, & signées. Par le Roy en son Conseil. MATHAREL.
Achevé d'imprimer le 4. Decembre 1644.
À MADAME DE TALMANT.
Table des matières
Epigramme.
En vain pour chercher la vertu
ALEXIS a couru presque toute la Terre,
En vain il a tant combatu
Ses propres sentimens qui luy faisoient la guerre:
Sans voir tant de Climats divers
Qui composent cet Univers,
S'il cherchoit la vertu c'est chez vous qu'elle abonde;
Et s'il consulte bien vostre ame, & ses attraits,
Il advoura bien-tost qu'il en voit plus de traits
Qu'il n'en à veuz par tout le monde.
LES PERSONNAGES.
Table des matières
SAINCT ALEXIS Fils d'Euphemien Senateur Romain, mary d'Olympie.
EUPHEMIEN Pere de S. Alexis.
HONORIUS Empereur Romain.
POLIDARQUE} Generaux d'Armée d'Honorius
PHILOXENE }
SOSIMENE Conseiller d'Estat de l'Empereur.
ARISTANDRE Capitaine des Gardes.
CLITOPHON } Soldats revestus des habits de S. Alexis
ALCIPE }
MEGISTE }
LICAS } Valets d'Euphemien.
ARGAMOR }
ARASPE Suivant d'Euphemien.
OLYMPIE Femme de S. Alexis.
AGLES Mere de S. Alexis.
LUCELLE } Suivantes d'Olympie.
VIRGINIE }
Choeur des Anges.
La Scene est à Rome.
ARGUMENT DU PREMIER ACTE.
Table des matières
Euphemien Senateur Romain & grand Ministre d'Estat de l'Empereur Honorius, n'ayant qu'un fils nommé Alexis, le veut arrester aupres de soy par le lien du mariage, & pour cet effet, demande à l'Empereur pour recompence de ses services qu'il vueille accorder à son fils Olympie, fille du General d'armée Olympias, qui mourant en la guerre contre le Roy Attale l'avoit recommandée à Honorius, lequel du depuis l'avoit fait eslever en sa Cour avec tant de soins que luy-mesme en estoit amoureux, mais comme il vit que cette belle & prudente fille avoit de l'aversion pour les grandeurs excessives & disproportionnées à sa naissance, s'estant rendue sage par le malheur d'Athenaïs, fille du Philosophe Leonce, qui apres avoir espousé ce grand Theodose, pere d'Honorius, en avoit esté repudiée; il la donna aux prieres d'Euphemien à son Alexis, qui n'ozant desobeir à son pere, la reçeut pour espouse, & luy donna la foy, mais sans consommer le mariage, la quitta le soir mesme qu'il l'eust espousée pour obeïr au commandement du Ciel qui luy ordonna de la laisser; Incontinent que l'Empereur l'eust donnée à Alexis, Philoxene & Polidarque tous deux Generaux d'Armées d'Honorius envoyez l'un contre Alaric Roy des Gots: & l'autre contre Stilicon, Vassal revolté de l'Empire, retournent victorieux, & apportent en mesme temps aux pieds de l'Empereur, l'un le Sceptre & la Couronne d'Alaric; & l'autre la teste de Stilicon & tous deux amis, Amans & Rivaux, demandent pour prix de leurs victoires cette mesme Olympie qu'Honorius venoit d'accorder à Alexis, de sorte que ne pouvant satisfaire à leurs desirs, il veut ceder à Polidarque le Sceptre qu'il a conquis, & veut faire place à Philoxene dans son Trône; ce qu'ils refusent genereusement par une humilité que leur prescrivoit leur devoir qui porte Honorius à leur prometre toute sorte de faveurs aux occasions qui se pourront presenter.
ST ALEXIS.
Table des matières
TRAGEDIE.
ACTE Ier.
SCENE PREMIERE.
HONORIUS, EUPHEMIEN, ALEXIS, SOSIMENE, ARISTANDRE, OLYMPIE, & suitte.
HONORIUS dans le Trône.
Demande, Euphemien, ouy demande, & de plus
N'apprehende de nous, ny froideur, ny refus:
Je sçay ce que tes soins ont fait pour cet Empire,
Je sçay que c'est par toy que mon peuple respire,
Et que par tes conseils & ta fidelité,
Rome est au plus haut poinct qu'elle ait jamais esté.
Fay toy-mesme ton prix, regne dans ses Provinces,
Fay toy, si tu le veux, des sujets de mes Princes,
Partage mes Grandeurs, prens le tiltre de Roy,
Ayant tout fait pour nous, je feray tout pour toy.
EUPHEMIEN.
Seigneur, quand un sujet vertueux & fidele
Sert son Prince & l'Estat avec beaucoup de zele,
Quelques nobles effets que son coeur fasse voir
Il ne fait qu'obeir aux loix de son devoir,
Et sa fidelité rencontre son salaire
Dans l'honneur qu'il reçoit, ayant l'heur de vous plaire.
Aussi quand je demande à vostre Majesté,
Je n'attends rien de moy, mais tout de sa bonté.
Ouy j'espere, Seigneur de vos mains liberales
Un bon-heur sans pareil, & des faveurs royales;
Mais ne presumez pas en cette occasion
Qu'un Sceptre soit l'objet de mon ambition,
Je donne à mes desirs de plus justes limites,
Et j'ajuste mes voeux à mon peu de merites.
Je demande… ah grand Prince! ozeray-je parler?
HONORIUS.
Ouy parle, je le veux,
EUPHEMIEN.
Mes jours vont s'écouler
Des-jà l'âge à mon sang communique sa glace,
Et vous voyez icy tout l'espoir de ma race.
C'est ce cher Alexis que le Ciel m'a donné,
Et pour vostre service à l'instant destiné:
Je vous le viens offrir, recevez cet hommage,
Vous avez veû mes soins, vous verrez son courage
Mais s'il vous plaist, Seigneur, agreez qu'aujourd'huy
J'implore à vos genoux une grace pour luy.
Olympie… ah Seigneur, perdez un temeraire,
Je voy bien dans vos yeux que j'ay pû vous deplaire,
Et je connois assez que ma presomption
A produit d'un seul mot leur alteration.
HONORIUS.
Olympie… achevez…
EUPHEMIEN.
Ah ma faute est trop grande!
Un pardon maintenant est ce que je demande,
L'obtiendray-je Seigneur?
HONORIUS.
Quoy?
EUPHEMIEN.
Le bien que j'ay dit.
HONORIUS.
Olympie?
EUPHEMIEN.
Ah c'est trop!
HONORIUS.
Que je suis interdit!
Parle, ouy si je puis, je tiendray ma Promesse,
Mais Olympie est libre, Olympie est maistresse,
Et celuy dont tu viens implorer le secours
N'est rien que son Esclave.
OLYMPIE.
Ah changez de discours,
Magnanime Empereur, je me sçay mieux connoistre,
Je sçay qu'Honorius est mon Prince & mon maistre,
Et je tiendray tousjours à bon-heur de me voir
Soubsmise aux sainctes loix d'un si juste pouvoir.
HONORIUS.
Mais vous mesme cessez, belle & sage Olympie,
De tenir un discours contraire à mon envie;
Si le Sort en naissant vous soubsmit à mes loix,
Vostre rare beauté qui triomphe des Rois
Vous dispense aujourd'huy de cette obeïssance
Que toute autre que vous devroit à ma puissance,
Et par ces doux attraits qui sçavent tout ravir,
Inspire aux plus grands coeurs l'ardeur de vous servir.
Cette necessité qui n'espargne personne
Me fait mettre à vos pieds mon Sceptre & ma Couronne,
Et mes sens devenus vos plus chers partisans
Ont adjoûté mon coeur à ces nobles presens:
Recevez, Olympie, & Sceptre & Diadéme,
Recevez pour Espoux un Prince qui vous aime,
Et par un peu d'amour respondant à ses voeux,
Vous payrez ses bien-faits, & le rendrez heureux.
OLYMPIE.
Je pourrois écouter l'offre que vous me faites,
Si je pouvois, Seigneur, ignorer qui vous estes,
Mais cet auguste front qui se fait reverer
Me dit trop, grand Monarque, où je dois aspirer,
Et qu'un peu de beauté que je treuve imparfaite
Ne me dispense pas du devoir de sujette:
Dans cette connoissance étouffant mon orgueil,
Le Thrône est à mes yeux un dangereux écueil,
Où les ambitieux & superbes courages
Pensans trouver un port rencontrent leurs naufrages.
Ne me parlez donc plus de ces rares presens,
Ces illustres fardeaux sont pour moy trop pesans,
Et vous devez donner à ce coeur adorable
Un objet plus parfait & plus considerable:
Pour moy je ne veux rien de vostre Majesté,
Sinon que mon repos ne me soit pas osté;
Si j'obtiens ce bon-heur, mon ame est satisfaite,
Et mon esprit content à tout ce qu'il souhaite.
HONORIUS.
Par cette humilité vous me rendez confus,
Mais cet abaissement n'est qu'un adroit refus,
Et quand vous aurez mieux reconnû mon hommage
Vous changerez peut-estre un si triste langage.
Souvenez vous enfin qu'il est beau de regner.
OLYMPIE.
Le sort d'Athenaïs a pû me l'enseigner.
HONORIUS.
Je suis Honorius, & non pas Theodose.
OLYMPIE.
Vos desirs sont pareils, & pourroient mesme chose.
HONORIUS.
Athenaïs & vous differez en ce poinct
Qu'elle eût une Rivale, & vous n'en avez point.
OLYMPIE.
En un autre, Seigneur, nous differons encore,
Elle ayma les grandeurs, & moy je les abhorre.
HONORIUS.
Hé bien, puis que mon rang fait vostre aversion,
Je ne forceray point vostre inclination,
Mais je conjureray vostre rigueur extréme
De se rendre en faveur de cet autre moy-mesme,
De ce cher Alexis, de qui les qualitez
Ont beaucoup de raport avecque vos beautez:
Il est jeune; il est noble, adroit, & magnanime,
Et (si vous me croyez) digne de vostre estime.
Acceptez, Olympie, acceptez cet Espoux,
Vous l'aimez, je le sçais; pourquoy rougissez vous?
En un si juste choix vous n'estes point blâmable,
Alexis vous cherit, Alexis est aimable,
Et le ciel fait en vous des accords trop charmans
Pour separer jamais deux si parfaits Amans.
OLYMPIE.
Ouy, Seigneur, je l'advoue, Alexis a des charmes
Contre qui ma rigueur n'a que de foibles armes,
Mon coeur contre ses traits a long-temps combatu,
Mais enfin il se rend, & cede à sa vertu,
Et pour luy mon amour est tellement entiere
Qu'elle sera ma flâme, & premiere & derniere;
J'eus pour luy cet instinc presque dés le berceau,
Et je l'emporteray jusque dans le tombeau,
Où mesme le destin unissant nos deux ames
Souz nos cendres encor fera vivre nos flâmes.
ALEXIS.
Trop heureux Alexis! hé bien que feras-tu?
Coeur ingrat cede enfin, cede à tant de vertu.
Ouy, cedons… Mais helas! qu'est-ce que je vay faire?
Dois-je icy, grand Monarque, ou parler, ou me taire?
L'excez de mon bon-heur me dérobe la voix
Donne moy, juste Ciel, moins de biens à la fois.
Ah mon Prince! ah Madame! ô mon coeur! ô ma langue!
À qui s'adressera ma premiere harangue?
Quelle voix, quels discours, quels termes si charmans
Exprimeront mes voeux, & mes remercimens?
Pour de si grands bien-faits il n'est point d'eloquence
Qui ne dise bien moins que ne fait mon silence,
Et vous voyez assez dans ma confusion,
Et mes profonds respects, & mon affection.
Contentez vous, Seigneur, de ce muët langage,
Et vous, chere Olympie, agreez mon servage,
Puis que le Ciel le veut, mon amour, & mon Roy,
Avec mon coeur icy je vous donne ma foy.
HONORIUS.
Sus donc puis que le Ciel l'a pour vous destinée,
Celebrons aujourd'huy cet illustre Hymenée,
Allez vous preparer.
OLYMPIE.
Heureux commandement!
ALEXIS.
Allons, obeissons.
EUPHEMIEN.
Dans mon ravissement,
Je ne sçaurois, Seigneur, vous respondre autre chose,
Sinon que je connois le sang de Theodose,
Et qu'avecque son rang vous avez herité
De ce coeur si remply de generosité,
Qui pouvant par le fer dompter la terre et l'onde;
Par ses seules bontez s'acquerroit tout le monde.
HONORIUS.
Allez Euphemien, vous connoistrez encor
Que mon coeur vous cedent un si rare tresor,
Je n'ay pas fait pour vous tout ce que je medite:
Je veux joindre aujourd'huy la fortune au merite,
Et donner en faveur d'Olympie et de vous,
À mon heureux rival, un prix digne de nous.
SCENE II.
Table des matières
HONORIUS, SOSIMENE, ARISTANDRE.
SOSIMENE.
Certes une vertu si rare & si sublime
Montre combien, Seigneur, vous estes magnanime,
Et combien aux grands coeurs doit estre cher & doux
L'honneur & le bon-heur d'estre estimez de vous,
Aprez cette action, & cet effort extreme
Que vostre Esprit royal a fait contre soy-mesme,
Apres ce grand combat que vous avez rendu
Quel Empire, Seigneur, ne vous sera point deû?
Vaincre les nations c'est faire peu de chose,
De ces Evenemens la fortune dispose,
Et les plus valeureux succombent quelquefois
Par un trait de malheur soubz de honteuses loix:
Mais quiconque eslevé dans un degré suprême
Peut vaincre ses desirs & regner sur soy-mesme,
Triompher de l'amour & de ses passions
Il peut facilement dompter les nations,
Et quoy que la fortune ou projette, ou conspire,
De tout cet Univers ne faire qu'un Empire.
HONORIUS.
Quiconque songe moins à ses sujets qu'à soy,
Est indigne du Rang & du tiltre de Roy,
Comme ce nom sacré nous tire du vulgaire
Tout ce que nous faisons doit passer l'ordinaire,
Tout doit estre royal, tout illustre, tout grand,
Tout juste, & tout en fin digne de nostre sang.
Un Monarque qui veut signaler sa memoire
Doit estre seulement amoureux de sa gloire,
Et pour cet interest qu'il doit seul regarder
Aux services des siens prest de tout accorder:
J'estois (je le confesse) amoureux d'Olympie,
Ses aimables attraits m'avoient l'ame ravie,
Et ses hautes vertus qui peuvent tout charmer
Avoient porté mon coeur & mes yeux à l'aimer.
Mais quand j'ay sur ce poinct ma raison consultée,
Quand en d'autres liens je l'ay veue arrestée,
Quand j'ay consideré les soins d'Euphemien,
Le zele de son fils, mon amour, & le sien,
La mutuelle ardeur qui bruloit ces deux ames,
Ne nous opposons pas à de si belles flames,
Ay-je dit, & faisant un effort genereux,
Pour un coeur que je cede, acquerons nous en deux.
ARISTANDRE.
Quoy qu'ayent fait pour l'Estat, & le Fils, & le Pere,
Olympie est pour eux un assez grand salaire,
Sans que vous adjoûtiez en cette occasion
À vos rares bontez tant de profusion:
Songez que vostre espargne est tantost espuisée
Par les guerres sans fin où Rome est exposée,
Et qu'un Prince prudent ne doit pas oublier
Tous ses autres sujets pour un particulier.
HONORIUS.
Quoy que vous me disiez, vous n'avez rien à craindre,
Et mon peuple aura peu de sujet de se plaindre,
Si le noble mespris que je faits des tresors
Me fait mesme aux vivans recompenser les morts.
Il me souvient amis, quel estoit ce grand homme,
Qui prodigua son sang pour le salut de Rome,
Quand le superbe Attale eut dessein de m'oster
Du Trône où son orgueil l'invitoit de monter:
C'estoit, vous le sçavez, le pere d'Olympie,
Il m'en laissa le soing quand il laissa la vie,
Et je l'ay du depuis eslevée en ma Cour
Avec beaucoup de zele & beaucoup plus d'amour,
Luy donnant un Espoux je luy tiens lieu de pere,
Et par cette raison un illustre douaire
Me doit envers la fille acquitter aujourd'huy
Du service important que j'ay receu de luy.
ARISTANDRE.
Seigneur.
HONORIUS.
C'est assez dit, il suffit Aristandre?
Qu'on ne m'en parle plus. Mais que viens-je d'entendre?
D'où procede ce bruit? Dieu? qu'est-ce que je vois?
SCENE III.
Table des matières
POLIDARQUE, HONORIUS, PHILOXENE, ARISTANDRE, SOSIMENE, & suitte.
POLIDARQUE.
Deux Rivaux, mais Subjets du plus juste des Rois,
Ouy vous voyez Seigneur, vous voyez, grand Monarque,
Philoxene à vos pieds, avecque Polidarque,
Tous deux plains de respect, tous deux victorieux,
Mais tous deux aujourd'huy l'un de l'autre envieux,
Nostre rang est égal, nos charges sont pareilles,
Et mes exploits, Seigneur, égalent ses merveilles:
Car si pour cet Estat il a bien combatu,
J'ay pour vous l'agrandir signalé ma vertu,
D'une pareille ardeur nous avons fait la guerre,
Son bras est une foudre, & le mien un tonnerre:
Un semblable succez a suivy nos combats,
Alaric est vaincu, Stilicon est à bas,
Et nous avons tous deux en cette concurrence,
Et les mesmes desirs, & la mesme esperance.
Tous deux sommes amis, & tous les deux Amans
Tous deux ont mesme coeur & mesmes sentimens,
Et tous deux, grand Monarque, attendent d'Olympie,
Et de vostre faveur, ou la mort, ou la vie.
HONORIUS.
Ce que vous demandez n'est plus en mon pouvoir.
PHILOXENE.
Ah Seigneur, regardez le prix de nostre espoir:
Voyez de ce costé le Sceptre & la Couronne,
Que portoit Alaric, que mon Rival vous donne:
Et si malgré l'éclat d'un don si precieux
Vous daignez devers moy tourner un peu les yeux,
Vous verrez un objet peut-estre moins aimable,
Mais bien plus important & plus considerable,
Puis qu'avecque le sang de ce grand ennemy,
J'ay rendu desormais vostre Trône affermy.
Ouy voilà Stilicon, ce superbe, ce traistre,
Qui vouloit envahir l'Empire de son Maistre,
Et qui par ma valeur justement abatu
Est contraint de baiser les pas de la vertu:
Voyez ces deux presens, regardez l'un & l'autre,
Il vous donne un Empire, & je sauve le vostre,
Et nous ne demandons pour prix de nos travaux
Que l'amour d'Olympie.
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