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Charles Baudelaire

Les épaves de Charles Baudelaire


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066083755

Table des matières

LES EPAVES

EXPLICATION DU FRONTISPICE

AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR

LES EPAVES

I LE COUCHER DU SOLEIL ROMANTIQUE

PIÈCES CONDAMNÉES TIRÉES DES FLEURS DU MAL

II LESBOS

III FEMMES DAMNEES

IV LE LETHE

V A CELLE QUI EST TROP GAIE

VI LES BIJOUX

VII LES METAMORPHOSES DU VAMPIRE

GALANTERIES

VIII LE JET D'EAU

IX LES YEUX DE BERTHE

X HYMNE

XI LES PROMESSES D'UN VISAGE

XII LE MONSTRE OU LE PARANYMPHE D'UNE NYMPHE MACABRE

XIII FRANCISCÆ MEÆ LAUDES

EPIGRAPHES

XIV VERS POUR LE PORTRAIT DE M. HONORE DAUMIER

XV LOLA DE VALENCE

XVI SUR LE TASSE EN PRISON D'EUGENE DELACROIX

PIECES DIVERSES

XVII LA VOIX

XVIII L'IMPREVU

XIX LA RANÇON

XX A UNE MALABARAISE

BOUFFONNERIES

XXI SUR LES DEBUTS D'AMINA BOSCHETTI AU THEATRE DE LA MONNAIE, A BRUXELLES

XXII A M. EUGENE FROMENTIN A PROPOS D'UN IMPORTUN QUI SE DISAIT SON AMI

XXIII UN CABARET FOLATRE SUR LA ROUTE DE BRUXELLES A UCCLE

LES
EPAVES

Table des matières

DE

CHARLES BAUDELAIRE

AVEC UNE EAU-FORTE FRONTISPICE DE FÉLICIEN ROPS


AMSTERDAM

A L'ENSEIGNE DU COQ

MDCCCLXVI

Tirage avec eau-forte frontispice de F. Rops, à

10 ex. chine;

250 ex. grand papier vergé de Hollande; les uns et les autres numérotés.

EXPLICATION
DU FRONTISPICE

Table des matières

Sous le Pommier fatal, dont le tronc-squelette rappelle la déchéance de la race humaine, s'épanouissent les Sept Péchés Capitaux, figurés par des plantes aux formes et aux attitudes symboliques. Le Serpent, enroulé au bassin du squelette, rampe vers ces Fleurs du Mal, parmi lesquelles se vautre le Pégase macabre, qui ne doit se réveiller, avec ses chevaucheurs, que dans la vallée de Josaphat.

Cependant une Chimère noire enlève au delà des airs le médaillon du poëte, autour duquel des Anges et des Chérubins font retentir le Gloria in excelsis!

L'autruche en camée, qui avale un fer à cheval, au premier plan de la composition, est l'emblème de la Vertu, se faisant un devoir de se nourrir des aliments les plus révoltants:

VIRTUS DURISSIMA COQUIT.


AVERTISSEMENT
DE L'ÉDITEUR

Table des matières

Ce recueil est composé de morceaux poëtiques, pour la plupart condamnés ou inédits, auxquels M. Charles Baudelaire n'a pas cru devoir faire place dans l'édition définitive des Fleurs du Mal.

Cela explique son titre.

M. Charles Baudelaire a fait don, sans réserve, de ces poëmes, à un ami qui juge à propos de les publier, parce qu'il se flatte de les goûter, et qu'il est à un âge où l'on aime encore à faire partager ses sentiments à des amis auxquels on prête ses vertus.

L'auteur sera avisé de cette publication en même temps que les deux cents soixante lecteurs probables qui figurent—à peu près,—pour son éditeur bénévole, le public littéraire en France, depuis que les bêtes y ont décidément usurpé la parole sur les hommes.

LES EPAVES

Table des matières

I
LE COUCHER DU SOLEIL ROMANTIQUE

Table des matières

Que le Soleil est beau quand tout frais il se lève,

Comme une explosion nous lançant son bonjour!

—Bienheureux celui-là qui peut avec amour

Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve!

Je me souviens!… J'ai vu tout, fleur, source, sillon,

Se pâmer sous son œil comme un cœur qui palpite…

—Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite,

Pour attraper au moins un oblique rayon!

Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire;

L'irrésistible Nuit établit son empire,

Noire, humide, funeste et pleine de frissons;

Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,

Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,

Des crapauds imprévus et de froids limaçons[1].

[1] Le mot: Genus irritabile votum, date de bien des siècles avant les querelles des Classiques, des Romantiques, des Réalistes, des Euphuistes, etc… Il est évident que par l'irrésistible Nuit M. Charles Baudelaire a voulu caractériser l'état actuel de la littérature, et que les crapauds imprévus et les froids limaçons sont les écrivains qui ne sont pas de son école.

Ce sonnet a été composé en 1862, pour servir d'épilogue à un livre de M. Charles Asselineau, qui n'a pas paru: Mélanges tirés d'une petite bibliothèque romantique; lequel devait avoir pour prologue un sonnet de M. Théodore de Banville: Le lever du soleil romantique.

(Note de l'éditeur.)

PIÈCES CONDAMNÉES
TIRÉES DES FLEURS DU MAL

Table des matières

II
LESBOS[2]

Table des matières

[2] Cette pièce et les cinq suivantes ont été condamnées en 1857, par le tribunal correctionnel, et ne peuvent pas être reproduites dans le recueil des Fleurs du Mal.

(Note de l'éditeur.)

Mère des jeux latins et des voluptés grecques,

Lesbos, où les baisers, languissants ou joyeux,

Chauds comme les soleils, frais comme les pastèques,

Font l'ornement des nuits et des jours glorieux;

Mère des jeux latins et des voluptés grecques,

Lesbos, où les baisers sont comme les cascades

Qui se jettent sans peur dans les gouffres sans fonds,

Et courent, sanglotant et gloussant par saccades,

Orageux et secrets, fourmillants et profonds;

Lesbos, où les baisers sont comme les cascades!

Lesbos, où les Phrynés l'une l'autre s'attirent,

Où jamais un soupir ne resta sans écho,

A l'égal de Paphos les étoiles t'admirent,

Et Vénus à bon droit peut jalouser Sapho!

Lesbos, où les Phrynés l'une l'autre s'attirent,

Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,

Qui font qu'à leurs miroirs, stérile volupté!

Les filles aux yeux creux, de leur corps amoureuses,

Caressent les fruits mûrs de leur nubilité;

Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,

Laisse du vieux Platon se froncer l'œil austère;

Tu tires ton pardon de l'excès des baisers,

Reine du doux empire, aimable et noble terre,

Et des raffinements toujours inépuisés.

Laisse du vieux Platon se froncer l'œil austère.

Tu tires ton pardon de l'éternel martyre,

Infligé sans relâche aux cœurs ambitieux,

Qu'attire loin de nous le radieux sourire

Entrevu vaguement au bord des autres cieux!

Tu tires ton pardon de l'éternel martyre!

Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge

Et condamner ton front pâli dans les travaux,

Si ses balances d'or n'ont pesé le déluge

De larmes qu'à la mer ont versé tes ruisseaux?

Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge?

Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste?

Vierges au cœur sublime, honneur de l'Archipel,

Votre religion comme une autre est auguste,

Et l'amour se rira de l'Enfer et du Ciel!

Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste?

Car Lesbos entre tous m'a choisi sur la terre

Pour chanter le secret de ses vierges en fleurs,

Et je fus dès l'enfance admis au noir mystère

Des rires effrénés mêlés aux sombres pleurs;

Car Lesbos entre tous m'a choisi sur la terre.

Et depuis lors je veille au sommet de Leucate,

Comme une sentinelle à l'œil perçant et sûr,

Qui guette nuit et jour brick, tartane ou frégate,

Dont les formes au loin frissonnent dans l'azur;

Et depuis lors je veille au sommet de Leucate

Pour savoir si la mer est indulgente et bonne,

Et parmi les sanglots dont le roc retentit

Un soir ramènera vers Lesbos, qui pardonne,

Le cadavre adoré de Sapho, qui partit

Pour savoir si la mer est indulgente et bonne!

De la mâle Sapho, l'amante et le poëte,

Plus belle que Vénus par ses mornes pâleurs!

—L'œil d'azur est vaincu par l'œil noir que tachète

Le cercle ténébreux tracé par les douleurs

De la mâle Sapho, l'amante et le poëte!

—Plus belle que Vénus se dressant sur le monde

Et versant les trésors de sa sérénité

Et le rayonnement de sa jeunesse blonde

Sur le vieil Océan de sa fille enchanté;

Plus belle que Vénus se dressant sur le monde!

—De Sapho qui mourut le jour de son blasphème,

Quand, insultant le rite et le culte inventé,

Elle fit son beau corps la pâture suprême

D'un brutal dont l'orgueil punit l'impiété

De celle qui mourut le jour de son blasphème.

Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente,

Et, malgré les honneurs que lui rend l'univers,

S'enivre chaque nuit du cri de la tourmente

Que poussent vers les cieux ses rivages déserts!

Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente!

III
FEMMES DAMNEES

Table des matières

DELPHINE ET HIPPOLYTE

A la pâle clarté des lampes languissantes,

Sur de profonds coussins tout imprégnés d'odeur,

Hippolyte rêvait aux caresses puissantes

Qui levaient le rideau de sa jeune candeur.

Elle cherchait, d'un œil troublé par la tempête,

De sa naïveté le ciel déjà lointain,

Ainsi qu'un voyageur qui retourne la tête

Vers les horizons bleus dépassés le matin.

De ses yeux amortis les paresseuses larmes,

L'air brisé, la stupeur, la morne volupté,

Ses bras vaincus, jetés comme de vaines armes,

Tout servait, tout parait sa fragile beauté.

Etendue à ses pieds, calme et pleine de joie,

Delphine la couvait avec des yeux ardents,

Comme un animal fort qui surveille une proie,

Après l'avoir d'abord marquée avec les dents.

Beauté forte à genoux devant la beauté frêle,

Superbe, elle humait voluptueusement

Le vin de son triomphe, et s'allongeait vers elle,

Comme pour recueillir un doux remercîment.

Elle cherchait dans l'œil de sa pâle victime

Le cantique muet que chante le plaisir,

Et cette gratitude infinie et sublime

Qui sort de la paupière ainsi qu'un long soupir.

—«Hippolyte, cher cœur, que dis-tu de ces choses?

Comprends-tu maintenant qu'il ne faut pas offrir

L'holocauste sacré de tes premières roses

Aux souffles violents qui pourraient les flétrir?

Mes baisers sont légers comme ces éphémères

Qui caressent le soir les grands lacs transparents,

Et ceux de ton amant creuseront leurs ornières

Comme des chariots ou des socs déchirants;

Ils passeront sur toi comme un lourd attelage

De chevaux et de bœufs aux sabots sans pitié…

Hippolyte, ô ma sœur! tourne donc ton visage,

Toi, mon âme et mon cœur, mon tout et ma moitié,

Tourne vers moi tes yeux pleins d'azur et d'étoiles!

Pour un de ces regards charmants, baume divin,

Des plaisirs plus obscurs je lèverai les voiles,

Et je t'endormirai dans un rêve sans fin!»

Mais Hippolyte alors, levant sa jeune tête:

—«Je ne suis point ingrate et ne me repens pas,

Ma Delphine, je souffre et je suis inquiète,

Comme après un nocturne et terrible repas.

Je sens fondre sur moi de lourdes épouvantes

Et de noirs bataillons de fantômes épars,

Qui veulent me conduire en des routes mouvantes

Qu'un horizon sanglant ferme de toutes parts.

Avons-nous donc commis une action étrange?

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Age restriction:
0+
Release date on Litres:
15 January 2025
Volume:
25 p. 3 illustrations
ISBN:
4064066083755
Publishers:
Copyright Holder::
Bookwire
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