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André Perrin
Histoire de la vallée et du prieuré de Chamonix
Du Xe au XVIIIe siècle

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066333461
Table des matières
INTRODUCTION
CHAPITRE I
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
ORGANISATION COMMUNALE, LIBERTÉS PERSONNELLES ET RÉELLES, LIMITATION DES DROITS DES PRIEURS
ORGANISATION COMMUNALE
LIBERTÉS PERSONNELLES
DES SUCCESSIONS
DES DOTATIONS, DONATIONS, ÉCHANGES, GAGERIES
DES NOTAIRES
LIBERTÉS RÉELLES SURETÉS ACCORDÉES AUX PROPRIÉTÉS
LIMITATION DES DROITS SEIGNEURIAUX ET DES PRÉROGATIVES DES PRIEURS
CHAPITRE VII
JOUISSANCE ET USAGE DES FORÊTS, DES PATURAGES, DES COURS D’EAU, DE LA CHASSE, DES ÉPAVES
FORÊTS. — ALPAGES.
PÊCHE. — CHASSE.
COURS D’EAU
DES ÉPAVES
CHAPITRE VIII
JUSTICE CRIMINELLE. — JUSTICE PÉNALE
JUSTICE CRIMINELLE
CHAPITRE IX
CHAPITRE X
AMENDES, COMPOSITIONS, POURSUITES ET JUGEMENTS
CAS PRÉVUS ET AMENDES PORTÉES DANS LES RÉGLEMENTS DE POLICE.
CHAPITRE XI
CONFLITS JUDICIAIRES ET DE JURIDICTION SUZERAINETÉ DES PRINCES DE SAVOIE EXERCICE DES DROITS RÉGALIENS
SUZERAINETÉ DES PRINCES DE SAVOIE SUR LA VALLÉE DE CHAMONIX
EXERCICE DES DROITS RÉGALIENS PAR LES PRIEURS
CHAPITRE XII
INFLUENCE QU’ILS ONT EUE SUR L’ORGANISATION DU PRIEURÉ LEUR GENRE DE VIE COMPTE-RENDU DES RECETTES ET DES DÉPENSES.
COMPTES-RENDUS DES RECETTES ET DES DÉPENSES DU PRIEURÉ de 1389 à 1399.
DÉPENSES.
CHAPITRE XIII
TRACTATIONS RELATIVES A L’UNION. PRISE DE POSSESSION. PROCÈS ET LUTTES INCESSANTES AVEC LES HABITANTS. — AFFRANCHISSEMENT DE LA TAILLABILITÉ. RACHAT DES RENTES FÉODALES.
AFFRANCHISSEMENT
CHAPITRE XIV
VISITES DES ÉVÊQUES DE GENÈVE. ÉGLISES. — CHAPELLES. — CONFRÉRIES
ÉGLISES. — CHAPELLES
CONFRÉRIES
CHAPITRE XV
LIMITES. — ROUTES ET PONTS. — POPULATION. PERCEPTION DES TAILLES. POIDS ET MESURES. — MONNAIES. — AUMÔNES. — ÉCOLES. MŒURS, USAGES ET COUTUMES.
ROUTES ET PONTS.
POPULATION
PERCEPTION DES TAILLES
POIDS ET MESURES. — MONNAIES
AUMONES
ÉCOLES
MŒURS, USAGES ET COUTUMES
PRIEURS DE CHAMONIX
CURÉS DE CHAMONIX
CURÉS DE VALLORSINE
CURÉS DU LAC
ADMINISTRATEURS DU CHAPITRE DE SALLANCHES

INTRODUCTION
Table des matières
L’histoire de Chamonix a été étudiée par la plupart des écrivains qui, depuis quelques années, se sont occupés de cette vallée, rendue célèbre par le Géant des Alpes. Ils ont indiqué l’origine de ses premiers habitants et retracé quelques-unes des phases de liberté et de dépendance par lesquelles sa population avait passé, au moyen-âge, sous la domination du prieuré établi par l’abbé de Saint-Michel de la Cluse. Mais leurs aperçus ne faisaient que pressentir les faits intéressants qu’il nous a été permis d’étudier d’une manière plus complète, grâce au riche recueil formé par M. Bonnefoy, qui avait bien voulu nous en confier la publication. C’est dans son analyse que nous avons puisé, en majeure partie, les éléments de ce livre. Il nous a paru que ce serait œuvre utile de faire connaître les précieux matériaux contenus dans ces documents. L’intérêt qu’ils présentent est en effet considérable non seulement pour l’histoire de la vallée de Chamonix et du prieuré dont elle dépendit pendant trois siècles, mais encore pour l’étude des libertés et des franchises, maintenues et développées en Savoie, plus particulièrement dans les hautes vallées des Alpes, pendant toute la durée du régime féodal. Il ressortira, croyons-nous, de cette étude une idée plus vraie de cette époque et de son influence sur notre pays. C’est pendant son cours que le servage s’est adouci et a disparu et que l’agriculture a pu revivre, s’améliorer et se répandre, sous la bienfaisante influence des ordres religieux. Malgré les luttes entre les seigneurs, terminées par la réunion du pays tout entier sous la puissance de la Maison de Savoie, la richesse et le bien-être se sont accrus peu à peu dans nos contrées. Leur état de misère et de dépopulation était tel, à la chute de l’empire romain, que l’invasion Burgonde put se produire sans amener de pertubation parmi les populations établies antérieurement sur le sol de l’Allobrogie.
Nous n’avons pas cru devoir analyser l’orographie du Mont-Blanc et de la vallée de Chamonix, traitée d’une manière si complète par Viollet-Le-Duc . Pour la cartographie de la vallée de Chamonix, nous n’aurions rien à ajouter à l’étude qui en a été faite par M. Durier. Nous signalerons seulement la première apparition du nom du Mont-Blanc sur une carte de Savoie, où il est dominé par celui des Glacières, placé en très gros caractères au nord-est de la vallée de Chamonix.
Ce nom que Bourrit avait, le premier, fait figurer sur une carte de la chaîne des Alpes gravée en 1787, fut ajouté, après la création du département du Mont-Blanc, sur une carte éditée par Jaillot en 1691. On en avait fait disparaître par le burin tous les emblèmes rappelant la royauté, en laïcisant le nom de l’auteur, frère Placide, religieux Augustin déchaussé, qui l’avait dédiée à Louis XIV. Il est placé sur une montagne à trois pointes, qui occupe à peu près la position vraie du Mont-Blanc. Nous avons reproduit la partie dans laquelle est comprise la vallée de Chamonix, en tête de la carte générale de la vallée de Chamonix et du Mont-Blanc, placée à la fin de cet ouvrage.
Le Mont-Blanc n’occupe qu’une place très restreinte dans cette histoire; il n’y est cité que comme limite, sous le nom de Roche-Blanche (rupes alba). Loin d’exciter l’admiration des habitants, il était pour eux un objet de terreur. A peine osaient-ils aborder les glaciers qui sont à sa base, et ils redoutaient ses terribles avalanches qui, trop souvent, leur apportaient la ruine en détruisant et recouvrant les forêts, les alpages, les chalets et les récoltes.
Jusqu’à de Saussure l’on n’osait même pas explorer les glaciers; aussi lors de la confection du cadastre on ne les figura point . Les géomètres s’arrêtèrent aux roches et aux crêtes qui les limitent sans les indiquer d’aucune façon. Aussi, dans la confection du nouveau cadastre se trouve-t-on fort embarassé pour établir une limite entre les communes de Chamonix et de Saint-Gervais relativement au Mont-Blanc. Sur le versant italien, le cadastre est purement descriptif et les propriétés communales ou privées, qui ont pour limites les glaciers ou les rochers, ont comme indication de confins: les sommités des monts.
Outre les documents recueillis par M. Bonnefoy, dont la majeure partie est comprise dans les deux volumes qui accompagnent cette publication, nous avons consulté une histoire manuscrite de Chamonix, écrite, en 1865, par M. l’abbé Gaydon, curé de cette paroisse, que M. l’abbé Buttaz son successeur, a bien voulu me communiquer. Je lui adresse mes remerciments, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont bien voulu me prêter leur concours. Particulièrement à MM. les abbés Orsat, curé de Servoz, et Lombard, curé des Houches, qui m’ont transmis des notes fort intéressantes sur les anciens usages et la géographie de la vallée.
Dans le cours de ce travail, nous avions cherché à résoudre le problème de la date à laquelle avait eu lieu la donation de Chamonix à l’abbé de Saint-Michel de la Cluse par le comte Aymon de Genevois. M. le chanoine Ducis, archiviste de la Haute-Savoie, lui avait consacré plusieurs articles dans la Revue savoisienne, avant de rencontrer aussi un document la fixant à l’année 1091. Elle n’est pas, en effet, indiquée d’une manière précise, mais déterminée seulement par la rencontre de la férie VII avec le 27e jour de la lune, durant le règne du pape Urbain II. Ce règne ayant duré du 2 mars 1088 au 29 juillet 1099, vingt-deux dates, réparties en douze années, pouvaient satisfaire aux données du problème. Mais comme plusieurs de ces années présentaient deux ou trois rencontres de la férié et de la lune, nous avions pensé à éliminer toutes les années présentant plusieurs solutions. L’écrivain n’aurait sûrement pas employé un mode d’indication pouvant donner lieu à une équivoque. Il ne restait plus, dès lors, à choisir qu’entre les années 1088, 1091, 1095 et 1099. Les dates extrêmes entre lesquelles était renfermé le problème ne se trouvaient pas rapprochées, il est vrai, mais la date de 1090, indiquée par Guichenon et par Besson, nous portait à la fixer à 1091, qui en était plus voisine. Nous avons trouvé la confirmation de cette solution dans trois actes de la fin du XVIIIe siècle ; l’un reproduit cette charte, et deux autres mentionnent l’acte de donation de Chamonix en indiquant la date de 1091. Mais la curiosité que présentent les recherches faites pour fixer cette date, nous a amené à résumer les données du problème et la discussion des résultats que présentait son étude.
CHAPITRE I
Table des matières
Les premiers habitants de Chamonix
DOMINATION ROMAINE ET ÉTABLISSEMENT DES BURGONDES
Nos hautes vallées des Alpes, placées en dehors des grandes voies de communication de Gaule en Italie, furent moins directement soumises aux influences des envahisseurs et des conquérants qui sillonnèrent la Gaule à la chute de l’empire romain. Aussi leur histoire présente des caractères particuliers, jusqu’à l’époque du complet développement de la puissance de la Maison de Savoie, qui mit fin au régime féodal et restreignit les libertés communales. C’est au sein de ces montagnes que les Allobroges, les Ceutrons et les Nantuates, premiers habitants de la Savoie, dont l’existence soit mentionnée par les historiens, deux siècles avant Jésus-Christ, durent chercher un dernier refuge à la suite de leurs luttes contre les légions de Rome, terminées par leur soumission, 1200 avant Jésus-Christ. Peut-être devra-t-on rattacher aux derniers efforts de résistance de ces peuples, les camps retranchés du Châtelard, dont l’existence a été signalée par M. Ducis , mais dont la date ne pourra être fixée que lorsque des fouilles auront permi de l’établir d’une manière certaine.
Placée à la limite des Veragres (Valais) et de la vallée Pennine, jusqu’auxquelles s’étendaient les Allobroges, la vallée de Chamonix n’offrait qu’un passage difficile, de la vallée de l’Arve dans celle du haut Rhône. Elle dût être occupée, dès l’époque de leur établissement dans nos pays, par les Allobroges, peuple chasseur et guerrier, dont la rudesse et la vigueur ne le cédaient en rien à l’âpreté des montagnes et à la rigueur du climat. La partie la plus élevée, Vallorsine (Vallis ursina) ne fut habitée que plus tard par une tribu allemande, arrivée du Valais par le col de Balme.
Les plus anciens vestiges de l’existence de l’homme, dans la vallée de Chamonix, sont des pierres à bassin et à écuelles au nombre de trois, dont nous avons signalé l’existence sur la rive droite de l’Arve, en face de la commune des Houches, au lieu dit La Roche.
Bien que leur usage n’ait pas été nettement déterminé, elles ont été considérées par les archéologues, comme appartenant à une antiquité très reculée, peut-être même ayant précédé l’emploi du bronze. Sont-elles antérieures aux Allobroges ou sont-elles l’œuvre de ce peuple premier habitant que l’histoire mentionne en Savoie, avant l’invasion et la division de la Gaule par les Romains; il n’est pas possible de résoudre ce problème.
L’inscription romaine de la Forclaz du Prarion, lieu dit le Larioz, commune de Passy, indique deux peuples, les Viennois et les Ceutrons, entre lesquels elle établit une délimitation factice. Elle était placée à l’une des entrées de la vallée de Chamonix, au bord de la voie romaine qui, de Passy par le col de Forclaz, conduisait au col du Bonhomme, c’est le plus ancien monument écrit, découvert dans ce pays.
Son principal intérêt est de démontrer que, sous Vespasien, la vallée du Bonnant fut attribuée aux Ceutrons ou plutôt mise sous la dépendance des autorités de la province des Alpes graies et pennines, qui avaient un chevalier pour gouverneur. Auguste, sous le règne duquel se termina la conquête des Alpes, en fixant la limite de la province, ne voulut pas laisser entre des mains désarmées, un passage aussi important, et l’adjoignit au territoire des Ceutrons, afin qu’il fit partie d’une province romaine. Cette limitation, si peu en rapport avec la configuration du sol, amena des contestations entre les gouverneurs des Alpes graies et pennines et celui de la Narbonnaise. Pinarius Clemens, gouverneur de la Germanie supérieure, chargé de terminer leur différent fit placer cette inscription pour fixer, d’une manière définitive, la limite entre ces deux provinces.
La reproduction fidèle, par le moulage et par le dessin de cette curieuse inscription est due à Louis Revon qui en a donné, l’un des premiers, une lecture aujourd’hui généralement admise. De nombreuses publications, dont il a publié la bibliographie, ont été consacrées à la discuter; nous nous bornons à la reproduire d’après son dessin, en en donnant la traduction:
«Par l’autorité de l’empereur César Vespasien Auguste,
«souverain pontife élevé à la 5me puissance tributienne, «consul pour la 5me fois, désigné pour la sixième fois. «Cneius Pinarius Cornelius Clemens, son délégué, propré- «teur de la Germanie supérieure, a limité entre les «Viennois (Gaule narbonaise) et les Ceutrons», dont le territoire appartenait à la province dite Alpes graiæ et penninœ qui faisait alors partie de l’Italie.
La dixième ligne la plus importante au point de vue de la géographie de cette partie des Alpes, à dater du règne d’Auguste a donné lieu aux interprétations les plus opposées, sur les noms des deux peuples qui y sont mentionnés.
Le premier a été lu VERAGRENSES, VALLENSES, VIMNENSES, VEMNENSES et enfin VIENNENSES, interprétation à laquelle on s’est généralement arrêté, se basant sur des considérations concluantes. M. Rénier a signalé l’existence, dans la commune de Passy, d’une inscription sur laquelle est mentionné un triumvir locorum publicorum persequendorum, dignité qui ne s’est rencontrée jusqu’à ce jour, que chez les Viennois. M. Ducis a indiqué la mention de la tribu Voltinia, dans laquelle se faisaient inscrire les Allobroges, sur les inscriptions de Passy, aux oultars et l’existence de duumviri ærarii et juri dicundo qui figurent sur diverses inscriptions du territoire allobrogique. Elles font défaut sur celles de la Tarentaise aussi bien que la mention de la tribu Voltinia.
Le second de ces noms a été lu CENTRONES, CEUTRONES, puis CEUTRONAS; cette dernière leçon, qui est très nettement tracée, est reproduite avec la même orthographe sur plusieurs inscriptions de la Tarentaise. C’est donc bien aux Ceutrons que la vallée du Bonnant fut adjointe par Auguste et détachée du reste du pays des Allobroges réuni à la province Viennoise. Signalons encore deux P.P. placés à la fin de la cinquième ligne et dont l’existence a été contestée par M. Aimer.
Histoire de la Vallée et du Prieuré de Chamonix.
Inscription de la Forclaz de Prarion
au Larioz commune de Passy.

La voie romaine de la Forclaz sur le parcours de laquelle a été retrouvée cette inscription a été étudiée par M. de Mortillet dans une note publiée en 1858 . Des bords du lac de Genève, elle se dirigeait vers Passy, d’où elle suivait la vallée dans la direction de Chamonix, puis au-dessus de Servoz traversait l’Arve et de là remontait jusqu’au col de la Forclaz pour descendre dans le Val Montjoie par la vallée du Bonnant. Les étymologies des noms sur son parcours ayant presque tous une origine romaine, qu’on ne retrouve pas dans la vallée de Chamonix, lui ont fait admettre que les romains n’y avaient pas formé d’établissement. Après avoir assuré la communication entre le Chablais et le Grand-Saint-Bernard, ils auraient délaissé ce passage peut-être rendu impraticable ou trop difficile par suite d’une plus grande extension des glaciers.
Il paraît assez probable qu’une peuplade allobroge s’établit au centre de cette vallée qui a pris son nom de leur premier établissement. Campus munitus (camp fortifié) Chamonix. Ses appellations successives paraissent le justifier bien mieux que l’étymologie Chamo-nix, terre inculte et couverte de neige (Chamo, forte ager exilis et incultus; nix, nivis) . Les sénateurs et les grands propriétaires romains avaient leur résidence à Passy ou à Servoz, localités moins froides et moins désertes que Chamonix, encore entièrement inculte.
Nous retrouvons la trace de ces premiers établissements dans les fiefs nombreux qui existaient à Vaudagne et au Lac lors de l’établissement du prieuré. Les meilleurs terrains ou les premiers cultivés de la vallée se trouvaient aux Houches (ad Ochias), localité occupée par des colons dont la classe forma plus tard un intermédiaire entre les grands propriétaires et les serfs (mainmortables du moyen âge).
Par leurs colonies et leurs établissements dans l’Allobrogie, les Romains y introduisirent leur langue, leurs institutions, leurs mœurs et leur civilisation. Celles-ci s’imposèrent à la population indigène par leur supériorité et leur influence subsista au milieu des transformations successives par lesquelles nos pays passèrent dès lors. Le christianisme vint ensuite modifier profondément cet état de choses; il s’était développé et étendu dans la plus grande partie de la province Viennoise, lorsque les Burgondes y pénétrèrent.
Déjà, en 443, ils avaient obtenu une partie de la Sapaudia , dont les limites plus considérables au Ve siècle que de nos jours, comprenaient, en dehors de la Savoie, une partie de la province Viennoise, de la Séquanaise et même des Alpes-Maritimes.
A leur premier établissement dans la Sapaudia, les Burgondes vinrent s’établir sur les terres des indigènes, sans qu’une partie leur en fut attribuée. Puis lorsqu’ils pénétrèrent plus avant dans la Gaule, ils partagèrent le territoire avec les habitants, et contractèrent avec eux des rapports durables, qui amenèrent la fusion des deux races.
Les Burgondes plutôt pasteurs qu’agriculteurs reçurent les deux tiers des terres et un tiers des esclaves; laissant aux indigènes les terres cultivées et les habitations groupées en grand nombre, et soumises à un régime de dépendance. Ils se retirèrent dans les lieux éloignés des centres d’habitation, établissant leurs cabanes éparses, au coin d’un bois ou au bord d’un cours d’eau, séparées entre elles par de vastes enclos qui servaient de parcs à leurs troupeaux. La condition des serfs qui formaient la majeure partie de la population ne fut pas changée par l’attribution aux chefs Burgondes des terres prises aux sénateurs Gallo-Romains, ils changèrent de maître non de condition. Les Burgondes étaient le plus doux et le plus humain des peuples de la Germanie, ils furent transformés par le christianisme qu’ils embrassèrent peu après leur établissement dans la Sabaudia. Bientôt la civilisation romaine s’imposa à eux et leurs habitudes se rapprochèrent de celles des Gallo-Romains. Les usages et les lois de Rome s’imprégnèrent des coutumes germaines qui se maintinrent longtemps parmi ces hommes exempts de toute espèce d’assujettissement politique, vivant et se gouvernant d’après les usages particuliers importés de la Germanie.
Le Burgonde ne s’adonna pas aux travaux pénibles des champs là où il eut en partage des terres cultivées, il en laissa le soin à ses prisonniers et à ses serfs. Mais dans les pays encore inoccupés et sauvages où il dut défricher pour s’y établir et y vivre; devenu peu à peu sédentaire il se livra à la culture des terres et à l’élève du bétail ne formant bientôt plus qu’une seule communauté avec les indigènes qui y avaient précédé. Les efforts qu’il eut à faire pour conquérir le sol, la lutte qu’il lui fallut soutenir pour se défendre contre les empiétements de la rude nature alpestre, firent naître en lui cet amour du sol et du pays qui fait le fond du caractère de l’habitant des contrées montagneuses.. Là aussi, il conserva entière sa liberté, son indépendance et les coutumes de son pays d’origine, greffées sur le droit municipal romain, qui ne furent presque pas modifiées pendant les six siècles que dura la domination Burgonde.
L’établissement des Burgondes dans les hautes vallées inhabitées avant leur venue est un fait qui s’est produit sur plusieurs points du pays de Vaud et de la Savoie, où jusqu’au Xe et au XIIe siècle, ils vécurent libres et isolés en quelque sorte des populations plus anciennement cantonnées dans les parties basses de ces pays.
Après l’invasion des Burgondes, l’ancienne distribution du territoire fit place à un système nouveau de cantons ou districts administrés par des comtes, subdivisés en d’autres districts gouvernés par des vicomtes ou vicaires. La contrée du Jura aux Alpes fut comprise entre trois grands pagi, districts, de Vallais, de Vaud et de Genevois. Les circonscriptions ecclésiastiques se raccordèrent naturellement avec les divisions civiles et les cités devinrent pour la plupart des sièges épiscopaux et les capitales des provinces sièges métropolitains. La vallée de Chamonix fut comprise dans le Pagus Genevensis, comté de Genevois, qui embrassait une grande partie du diocèse, de Genève, au sud-ouest du Léman et du Rhône. Ce diocèse était divisé en neuf décanats, Chamonix faisait partie de celui de Sallanches. Son territoire ne forma d’abord qu’une seule paroisse dont le centre était Chamonix; les églises de Vallorcine et des Houches ne datent que de 1277 et de 1734. Lors de l’établissement du prieuré, la féodalité avait déjà passé par ses premières phases, il y avait eu jonction entre les juridictions civile et criminelle que les comtes de Genevois concédèrent sans réserve à l’abbé de Saint-Michel de la Cluse. Le droit de propriété, le pouvoir civil et l’autorité ecclésiastique se trouvèrent donc réunis entre les mains du prieur. Bien qu’établie par l’acte de donation, une partie de cette autorité resta longtemps à l’état de lettre morte et ce ne fut qu’après de nombreux efforts que les prieurs parvinrent à l’assurer et à la faire reconnaître d’une manière un peu complète.
CHAPITRE II
Table des matières
Les comtes de Genevois et les sires de Faucigny.
LEURS RAPPORTS A L’OCCASION DU DON ET DE L’AVOUERIE DE LA VALLÉE DE CHAMONIX
L’histoire des comtes de Genevois et des sires de Faucigny à peine élucidée n’a pu être retracée en partie, qu’à l’aide des documents et des chartes recueillies et publiées en grand nombre depuis quelques années. Ces deux maisons, après avoir lutté l’une contre l’autre, malgré leurs alliances de famille et vu diminuer leur puissance au profit de celle de la maison de Savoie dont elles furent tour à tour alliées et ennemies, se sont éteintes sans garder dans l’histoire de nos pays la place qu’elles méritaient d’y tenir.
Les historiographes et les historiens les ont ou laissées complètement dans l’oubli ou abaissées au profit de la maison de Savoie, qui se développa en les absorbant toutes deux. Cependant les comtes de Genevois ont eu une large part d’influence dans le développement et l’organisation de leur province. Le fief de Genevois à l’origine fut peut-être plus considérable que celui des princes de Savoie, et finit par passer en entier sous leur domination au commencement du xve siècle (1401). Leur suzeraineté s’étendait, en effet, à toute l’ancienne province (district ou pagus) de Genevois dans laquelle une partie du Faucigny et l’Albanais étaient compris et au pays de Vaud jusqu’à la partie allemande de la terre de Gruyère . L’étendue de ces territoires permet de se faire une idée exacte de l’importance de la position occupée par les comtes de Genevois sous la monarchie Burgonde et sous celle des Francs.
Celle des sires de Faucigny paraît avoir été moins considérable bien qu’ils aient possédé plusieurs terres en Chablais et dans les pays de Vaud et du Valais. Leur principal apanage était la province à laquelle ils ont donné leur nom, à l’exception de quelques portions appartenant aux comtes de Genevois. Ils leur devaient un hommage à l’occasion de fiefs qu’ils tenaient d’eux, sans qu’il constituât un droit de suzeraineté.
Au plaid de 1124 tenu à Seyssel, où se réglèrent les différents entre l’évêque de Genève et Aymon de Genevois, ce dernier se présente cum comitatu suorum, Rodulphi de Fulciniaco, etc. Rodolphe de Faucigny figure au second rang de ses répondants. Le 24 mars 1229, à la suite d’un traité qui mit fin à une guerre entre Guillaume de Genevois et Aymon de Faucigny, ce dernier prête hommage au comte et se reconnaît son homme lige à raison de son château de Langin.
Les compétitions incessantes que devaient amener entre les comtes de Genevois et les sires de Faucigny, la position de leurs possessions enclavées les unes dans les autres, ont laissé des traces dans les chartes relatives à l’avouerie de Chamonix. Aussi avons-nous cru, en retraçant ce point d’histoire particulière, devoir en rapprocher les faits historiques contemporains qui en sont en quelque sorte le corollaire.
Le comte Aymon de Genevois et Gérold, son fils, interviennent seuls comme donateurs de la vallée de Chamonix comprise dans mon comté, dit le donateur (sicut ad comitatum meum pertinere videtur), au prieuré de Saint-Michel de la Cluse (1091). Willelme et Amédée de Faucigny, frères uterins du comte (ils étaient fils de Tétberge d’abord mariée à Louis de Faucigny et ensuite à Gérold de Genevois) et Turembert de Nangy y figurent à titre de témoins. Cette charte est une preuve qui vient à l’appui de ce que nous avons dit précédemment de l’extension du pagus de Genevois. Ajoutons que, tout près de la vallée de Chamonix, les comtes de Genevois possédaient le château-fort de Charosse et son mandement, dans lequel la commune de Passy était comprise. Les sires de Nangy, feudataires des comtes de Genevois avaient leur château en plein Faucigny, et possédaient sans doute quelques propriétés dans le voisinage ou dans les limites de la vallée de Chamonix. De là l’origine de leurs prétentions et leurs incursions sur les terres du prieuré, profitant des luttes des comtes de Genevois qui avaient amené la déchéance du comte Humbert battu en 1190 par le comte de Zœringen, et mis au ban de l’empire. Ces faits nous sont démontrés par la charte (1202) dans laquelle Willelme II de Faucigny déclare prendre sous sa protection et sa défense la vallée de Chamonix et ses dépendances dans les conditions indiquées par le donataire Aymon de Genevois, ainsi que son oncle le lui a demandé, et particulièrement contre les incursions des sires de Nangy. Cet acte fut passé à Mégève, en présence, et très probablement à la requête de Pierre, abbé de Saint-Michel de la Cluse. Deux années plus tard Guillaume II de Genevois, frère du comte Humbert, reconnaît la donation faite par ses prédécesseurs à Saint-Michel de la Cluse, approuvée par son père à son lit de mort, et promet de la maintenir et de la défendre plus particulièrement contre les sires de Nangy. Au milieu des contestations incessantes entre ces deux puissants voisins, les comtes de Genevois et les sires de Faucigny, les prieurs s’efforçaient de s’assurer les bonnes dispositions des uns et des autres, recherchant tour à tour leur appui.
Malgré leurs liens de famille, les sires de Faucigny ne craignaient pas de faire cause commune avec les adversaires des comtes de Genevois, les évêques de Genève, de Lausanne et les princes de Savoie. L’accord qui, en 1219, mit un terme aux longues querelles entre les évêques de Genève et les comtes de Genevois par une reconnaissance de vassalité de ces derniers consentie par Guillaume II de Genevois à l’évêque Aymon, fut suivi six ans après d’un arbitrage réglant les différents entre les comtes de Genevois et les sires de Faucigny.
Les amis communs décident que, si le sire Aymon de Faucigny peut prouver que le comte de Genevois donateur ordonna à Willelme (son neveu) de garder cette vallée contre lui et contre les autres, il en ait la garde telle qu’elle lui a été confiée et que, s’il s’est emparé de quelques droits ou de biens, il ait à les restituer à ceux à qui il les a enlevés. De nombreuses difficultés amenèrent peu après la rupture de ces arrangements, la guerre se ralluma de nouveau, pour se terminer par un nouvel accord en 1229. Aymon reconnaît que son château de Langin et tout le territoire qui en dépend sont liges du comte de Genevois auquel il prête hommage de fidélité. Relativement à l’avouerie de Chamonix pour laquelle il s’était réservé de fournir des preuves, il cède à Guillaume II tous les droits qu’il pouvait avoir sur cette vallée à raison de la garde dudit lieu accordée à feu son frère Wuillelme, soit de toute autre part.
Mais de plus graves motifs de crainte vinrent bientôt menacer les comtes de Genevois. Pierre de Savoie ayant renoncé à l’église (en 1233) épouse Agnès, héritière universelle des droits d’Aymon de Faucigny, obtient l’hommage du sire de Gex feudataire du comte de Genevois (1234), à qui il cède des terres en Faucigny, et s’efforce d’agrandir sa maison par l’abaissement de celle de Genevois.
Le prieur de Chamonix se hâte de se mettre de nouveau sous la protection des sires de Faucigny (1236). Aymon reçoit la maison de Chamonix, ses hommes et tous leurs biens en sa garde et protection et plus spécialement dans la présente guerre. Peu après il fit don à l’église de Chamonix d’un muid de froment à percevoir sur sa terre de Servoz, en outre du demi-muid qu’il lui devait déjà, en réparation des torts qu’il avait eus à l’égard du prieuré.
La lutte entre Pierre de Savoie et le comte de Genevois se termine en 1237, d’une manière onéreuse pour les comtes de Genevois, condamnés à 20,000 marcs d’argent de dommages garantis par la saisie du château d’Arloz. Cette sentence, rendue par le comte de Savoie Amédée VI, fut motivée sur ce que Rodolphe et Henri, fils du comte Guillaume de Genevois, rompant une trêve, avaient saisi et incarcéré Pierre de Savoie.
Des contestations au sujet de cette amende furent réglées en suite d’un compromis par lequel les deux parties nomment, pour seul arbitre entre eux, Philippe de Savoie, élu à l’archevêché de Lyon et jurent de s’en tenir à sa sentence et à ce qu’il décidera quand aux gages qu’ils remettent entre ses mains.
L’arbitrage de Philippe de Savoie (1250) parut réduire l’amende fixée dans l’acte de 1237; Guillaume et ses fils ne sont plus condamnés qu’à 10,000 marcs de dommages en faveur de Pierre, somme qu’il leur eut été aussi impossible de se procurer que la première. Mais il les lie davantage en adjugeant au prince de Savoie en gagerie la plupart de leurs châteaux et possessions du Genevois et en obligeant leurs tenants à prêter hommage au comte Pierre. Celui-ci par son testament (1268) accorda aux enfants du comte de Genevois une remise de 2,000 marcs sur les 10,000 qu’ils lui devaient.
Dès lors les comtes de Genevois prêtent hommage aux princes de Savoie pour divers châteaux et pour le péage de Saint-Maurice, en 1262 au comte Boniface, en 1263 au comte Pierre, et en 1273 à sa fille Béatrix dame de Faucigny. Agnès, femme de Pierre de Savoie, lui légua en mourant (1262) les deux tiers de sa succession, laissant le reste à sa fille Béatrix, femme de Guigue VII, dauphin, que son père institua à son tour (1268) héritière de tout le territoire qu’il possédait en Genevois, dans le pays de Vaud et des fiefs de la gagerie des comtes de Genevois.
Béatrix (1273) comtesse de Viennois et d’Albon et dame de Faucigny accorda de nouvelles lettres de garde et de protection au prieuré et à la vallée de Chamonix, sous le servis de deux oboles ou d’un denier d’or, valant 10 sous viennois. Elle continua à faire servir les muids de froment donnés par Aymon, son grand-père, comme nous le montre l’ordre donné par elle en 1283 au châtelain de Montjoie, de les faire délivrer chaque année. La même année, elle ordonne à Vauteret de Mont-Vautier son homme lige de faire rendre hommage par un de ses fils au prieur de Chamonix pour l’albergement qu’il tient de celui-ci, du chef de sa femme. En attendant que son fils ait atteint l’âge légal, elle l’autorise à accomplir lui-même les services du s pour ce ténement, en réservant l’hommage et le droit de Faucigny.
Amédée de Genevois à qui l’héritage paternel était parvenu abaissé et réduit au profit de la maison de Savoie, trouva un allié contre elle en Béatrix de Faucigny, son fils Jean Dauphin de Viennois et son second mari, Gaston de Béarn. Ceux-ci non seulement s’unirent à lui, pour combattre les agrandissements de la maison de Savoie, mais encore lui rendirent (1282) tout ce qui avait été livré au comte Pierre à titre de gagerie par les comtes de Genevois, Guillaume et Rodolphe. Malgré les concessions faites par la maison de Faucigny et la paix conclue à la fin de l’année 1287, Amédée de Genevois chercha à ressaisir les droits qu’il prétendait avoir sur Chamonix en faisant naître ou en s’associant à une révolte des habitants contre le prieur et en les prenant sous sa protection. La majorité de la population ne s’y étant pas associée, elle ne put aboutir. Neuf des fauteurs, les plus compromis, s’étaient retirés au château de Charosse, près de Passy, une partie des habitants leur adresse une protestation contre leur conduite, les engageant à faire leur paix avec le prieur (1289, 19 mai). Les signataires déclarent ne vouloir point prendre part à leur acte de révolte et les prient de revenir à Chamonix pour concourir à régler le différend, qu’ils ont avec le prieur, mais pour lequel ils ne veulent recourir qu’à Dieu, à l’abbé de Saint-Michel et au prieur lui-même. Ils les invitent surtout à ne point faire de traité et à ne pas s’allier avec le comte de Genevois ou ses adhérents, ce qui serait de nature à faire naître des difficultés et à leur porter de graves préjudices, les prévenant qu’au cas contraire, ils ne leur prêteraient pas de concours et ne les aideraient point à payer les frais du traité qu’ils pourraient faire. Ils déclarent de plus, qu’ils ne leur donneront point d’aide et de conseil, tant qu’ils ne se seront pas accordés avec leur prieur et qu’ils révoquent le serment et les promesses de communauté qu’ils ont pu faire avec eux à cause des dommages et des périls qui pourraient en résulter pour eux. Trente-deux signataires vinrent successivement approuver cet acte dans l’intervalle du 19 mai au 4 juin, poussés par la crainte ou par l’espoir de concessions. Le 21 octobre suivant, un compromis fut passé entre Béatrix de Faucigny, Amédée de Genevois et le prieur de Chamonix à l’occasion de leurs prétentions respectives sur les hommes et les terres de Chamonix et pour mettre fin au différend né des encouragements et de la protection que le comte avait accordés aux sujets révoltés du prieur. Le Dauphin de Viennois et l’évêque de Valence sont choisis pour arbitres par chacune des parties et l’évêque de Vienne pour surarbitre par tous les intéressés. En ce qui concerne les plaintes des hommes de Chamonix, le comte et le prieur désignent des arbitres spéciaux. Les habitants révoltés sont sauvegardés pendant la durée du compromis, il est convenu relativement aux neuf habitants retirés à Passy, qu’ils resteront dans l’état où ils se trouvent. Le comte fera rendre les animaux pris dans les granges du prieur ou de ses hommes. Par un acte du même jour le comte révoque tous les traités existant entre lui et les hommes du prieur, les considérant comme nuls et non avenus, il renonce aux engagements qu’ils ont pris envers lui et les en décharge. Il promet de ne plus les aider à l’avenir contre leur prieur et rétablit celui-ci dans son droit antérieur sous réserve de ses prétentions sur les terres de Chamonix, auxquelles il déclare ne vouloir pas préjudicier par cet acte. Quelques jours après à la requête du prieur, la princesse Béatrix limite et assure son droit de garde, elle reconnaît que toute la vallée de Chamonix et les gens qui y demeurent sont liges du prieur et lui appartiennent avec plénitude de domaine et de juridiction et que le prieuré est sous la garde du sire de Faucigny moyennant la redevance d’un denier d’or annuel. Par le même acte, le prieur lui concède un mollard près du pont de l’Arve dans le territoire du lac, ainsi que les édifices bâtis ou à bâtir. Béatrix reconnaît les tenir en fief du prieuré de Chamonix, soit de l’abbaye de Saint-Michel de la Cluse et pour cette concession donne quittance au prieur du denier d’or annuel, correspectif de son obligation de garder et de protéger le prieuré et ses hommes. Elle ajoute, qu’au cas où elle viendrait à rendre ce mollard au prieur, elle continuerait le service de garde moyennant le rétablissement du payement annuel d’un denier d’or. Elle s’engage en outre à faire confirmer ces promesses par son gendre Humbert Ier et par sa fille Anne, dauphins et comtes de Viennois.
Cet acte fut confirmé par l’abbé de Saint-Michel de la Cluse (16 mars 1290). Le 12 janvier de la même année, le prieur Richard avait déclaré que le prieuré, comme cela résultait de documents authentiques, était depuis 55 ans sous la garde et protection des seigneurs de Faucigny. La comtesse Béatrix le reconnait et, sur sa demande expresse, promet en son nom et en celui de ses successeurs de les maintenir.
Malgré ces engagements et sans doute ensuite des réserves qu’il avait faites des droits pouvant lui appartenir sur la vallée de Chamonix ou sur ses limites, le comte Amédée de Genevois et ses gens s’étaient livrés à de nouvelles incursions sur les terres du prieuré. Deux arbitres, le Dauphin de Viennois et Jean de Chalon furent choisis pour régler ce nouveau différend et notamment les limites de la terre de Chamonix (1290, 4 septembre). Les arbitres fixèrent un délai avant l’expiration duquel les deux parties devaient produire leurs titres et décidèrent que cinq semaines après la Toussaint chacun d’eux enverrait en un lieu appelé la Bornéte, un homme sage pour entendre les témoignages, les dires et les propositions des parties, les assignant à se trouver au même lieu. Pierre de Compeys et Guillaume de Prissey, chevaliers sont chargés de surveiller la pose des bornes aux limites désignées par les arbitres et de maintenir la paix jusqu’à la sentence définitive. Le comte de Genevois s’engagea à suspendre toute hostilité sur les terres de Chamonix.
Nous ne possédons pas le document relatif à la pose des limites d’ailleurs parfaitement définies dans l’acte de donation du prieuré et reconnues dans les actes qui vont suivre.
Le premier est le règlement des arbitres nommés dans le compromis de 1290; après enquête et examen en fait et endroit des dires des intéressés, ils ont pris les décisions suivantes acceptées par les parties. Amédée se désistera de l’avouerie, du mixte empire et de tous les droits de souveraineté qu’il pouvait avoir ou auxquels il prétendait, sans rien conserver sauf les prières de l’église, en faveur de Béatrix de Faucigny moyennant le payement de 500 livres viennoises (fr. 19,272). Les obligations auxquelles son aïeul était tenu vis-à-vis des hommes de Chamonix quant à la garde des usages et des libertés de ces vallées, seront remplies par Béatrix. Le comte renonce à toute inimitié contre le prieur, ses hommes et ceux de la dame de Faucigny. Le prieur et Béatrix abandonnent, de leur côté, toutes récriminations contre les hommes du prieuré qui ont prêté serment au comte de Genève. Le 26 avril suivant, la princesse déclare que son neveu Amédée ayant fait les renonciations précédemment énoncées, elle lui paye 500 livres viennoises par amour de la paix, et quoique bien convaincue, par les titres, qu’il ne possédait aucun droit sur le prieuré. Elle reconnaît ensuite avoir reçu la somme de 500 livres du prieur Richard, et s’engage à lui transmettre tous les droits compris dans cette cession, à la réserve de la garde du prieuré tel qu’il avait été concédé par Willelme à de Faucigny par la convention de 1289, dont elle maintient les stipulations.
Humbert, Dauphin et Anne, sa femme, interviennent pour approuver la cession faite au prieur de Chamonix par la Dauphine, leur mère et belle-mère.
La quittance des 500 livres viennoises fut faite le 29 juillet 1291 par le comte de Genevois, et le 30, la dame de Faucigny passe au prieur une quittance de 700 livres. L’acte est muet sur l’augmentation de 200 livres, peut-être payées par les hommes de Chamonix pour la promesse de concession ou la reconnaissance des franchises obtenues par son intermédiaire.
Le 20 septembre de la même année, comme reconnaissance de l’arbitrage du 7 février précédent, Amédée comte de Genevois, à la requête du prieur Richard, reconnait que les vallées de Chamonix et de Vallorsine, au diocèse de Genève, appartiennent de temps immémorial au prieuré et que leurs habitants avec tout ce qu’ils possèdent sont les hommes liges du prieur qui a sur eux toute seigneurie et juridiction. Le comte ajoute qu’il ne réclame aucun droit sur les terres et les hommes de ces vallées, soit à raison du comté de Genevois, soit de son château de Charosse. Il promet de ne leur causer aucun dommage et de faire tous ses efforts pour empêcher que des torts soient causés au prieur, à ses biens, à ses sujets, de défendre ceux-ci, et de ne retirer, ni leur fournir aide, que de son consentement.
Pour les habitants, la reconnaissance des points contestés de leurs franchises et de la déclaration d’oubli des fédérations faites contre leur prieur n’eurent lieu qu’en 1292 (voir le chapitre VII, franchises de Chamonix).
En 1319, Hugues, Dauphin de Viennois, sire de Faucigny reconnaît à son tour que le prieur de Chamonix a sur la vallée-mère, mixte empire et omninode juridiction et déclare vouloir tenir en fief de l’abbaye de Saint-Michel de la Cluse et spécialement du prieuré de Chamonix, le mollard et le château du Lac. Il promet de défendre et garder la vallée, de ne pas recevoir en garde ou défendre les hommes du prieuré et se soumet lui et ses successeurs à la juridiction de l’évêque de Genève. Son châtelain du mollard prête serment de soutenir et de défendre le prieuré de Chamonix.
Les hommes habitant le village du Lac dépendaient de la juridiction de Faucigny, étaient jugés par le bailli de Faucigny et le châtelain de Montjoie (vallée de Saint-Gervais) dont Servoz faisait partie (1297). Les frères Jacques et Wuillelme Gravez et d’autres personnes de la paroisse du Lac furent admis à composition pour avoir porté des coups avec une pelle de bois à Vuillelme, sergent de la châtellenie de Montjoie et proféré des injures contre la dame de Faucigny, moyennant payement de 4 livres genevoises. Ces hommes revinrent sous la juridiction du prieur en 1435, avec le territoire du Lac et le château de Saint-Michel, ainsi que nous le verrons plus loin.
Les Dauphins de Viennois, sires de Faucigny ou leur châtelain de Montjoie continuèrent à servir au prieur la redevance annuelle d’un muid 1/2 de froment à percevoir sur le territoire de Servoz en conformité de l’acte de donation d’Aymon de Faucigny (1236).
Histoire de la Vallée et du Prieuré de Chamonix.
Fac-simile de l’Acte de Donation du Prieuré de Chamonix.
d’après une photographie.

CHAPITRE III
Table des matières
État de la vallée de Chamonix
au XIe siècle.
CONDITION DES PERSONNES. DÉVELOPPEMEMT DE LA FÉODALITÉ
L’acte de donation de la vallée de Chamonix à Saint-Michel de la Cluse assurait à l’abbé et, après l’établissement du prieuré, au prieur, la possession du sol, soit la directe seigneurie sur tout le territoire. Celui-ci était partiellement tenu à titre de fief, sous une redevance annuelle par des possesseurs résidant pour la plupart hors du territoire et par les hommes libres, ou à titre de colonat ou de servage pour les hommes taillables et les serfs attachés à la terre. Par l’acte de donation, le prieur de Saint-Michel de la Cluse étant devenu propriétaire du sol grevé de charges variables, il ne resta que fort peu d’hommes jouissant de leur héritage avec une liberté complète. Il n’y eut que quelques propriétaires de fiefs qui reconnaissant seulement la justice du seigneur du territoire, n’avaient aucune redevance, cens ou charges de fiefs à payer. Quelques familles propriétaires à Vaudagne et au Lac se trouvaient dans ce cas, nous étudierons leurs droits et les rapports qu’ils eurent avec le prieur au chapitre Y relatif à cette partie de la vallée.
Les bons hommes (boni, probi, homines) qui avaient été auparavant de véritables hommes libres (Arimani) se trouvèrent, par suite de la donation, détenteurs de terres grevées d’un cens et de prestations particulières qui leur enlevaient le caractère de franc-alleu. Leur condition d’hommes libres était comme entachée de dépendance par les servis attachés aux biens et non aux personnes, mais ils pouvaient toujours s’en libérer par la vente ou l’abandon du fonds qu’ils cultivaient, gardant entière la liberté personnelle.
Quoique devenu patrimonial, le fief ou la possession du sol ne comprenait que le domaine utile, le domaine éminent appartenait au prieur. C’est pour cela qu’à la mort du vassal et du père de famille, la concession était censée lui faire retour, mais il était tenu d’en investir l’héritier naturel. Celui-ci devait foi et hommage au prieur qui pouvait réduire le domaine en sa main lorsqu’il ne les avait pas prêtés dans un délai déterminé, sauf dans le cas de minorité, les tuteurs n’y étant point tenus pour leurs pupilles.
Le territoire de Vaudagne et du Lac, où la plus grande partie du sol était possédée par des étrangers, nous fournira de nombreuses discussions et transactions relatives au droit d’investiture du fief. Relatons seulement ici un cas particulier: Falconet de Darbelet et Belone, son épouse, prétendaient avoir le droit de succéder aux biens immobiliers de Pierre Bezer, frère de Belone, son héritière directe; ce droit fut contesté par le prieur (1297), se déclarant propriétaire ensuite d’une donation. Une transaction intervint entre eux, et le prieur consentit à les investir comme héritiers pour le prix de 6 livres genevoises, sous réserve de ses droits. Falconet et Belone déclarent tenir ces immeubles en fief et au nom de fief sous les charges et servis dus au prieur. Cette clause spéciale s’explique par ce fait que cette famille était taillable de la famille Botollier qui la vendit au prieur avec son tènement en 1300.
Les habitants de Vallorsine jouissaient d’une liberté complète à l’époque de la donation; les prieurs n’exigèrent d’eux que des censes pour les terres qu’ils avaient défrichées et dont la propriété leur fut reconnue à titre d’albergement. Ils pouvaient librement disposer de leurs biens mobiliers et ne furent soumis à aucune charge spéciale; meynaides, tailles, corvées, etc. Ce ne fut que très longtemps après que l’hommage fut étendu aux personnes comme pour Chamonix. Dans les reconnaissances d’hommage et de fidélité passées par les habitants de Chamonix, les hommes de Vallorsine ne figurent pas. Ce n’est que dans une injonction adressée, en 1489, par Guillaume de la Ravoire, ancien prieur, aux syndics et procureurs de la vallée de faire hommage et fidélité à Jacques de la Ravoire, prieur moderne et seigneur temporel, que figure Jean du Nant de Vallorsine. Cette transition d’un état de libre possession du sol à un emphythéore grevé de charges diverses, se fit lentement et par suite de transactions et de concessions que nous analyserons dans le chapitre spécial relatif à cette vallée.
A Chamonix, les bons hommes devaient au prieur reconnaissance pour leurs personnes et pour leurs biens qu’ils déclaraient avoir reçu et tenir du prieur et de ses successeurs en fief lige et censat dans les limites de la vallée, à quel titre qu’ils leur appartinssent
Les diverses formes d’hommage suivant le mode de possession sont les suivantes: en 1278, Rodolphe et Amédée Métrai de Passy passent reconnaissance et déclarent tenir en fief du prieuré tout ce qu’ils possèdent en hommes, terres, dîmes, etc., à Vaudagne, sans préjudicier à la fidélité qu’ils doivent au seigneur de Charosse, s’obligeant à prêter l’hommage quand l’occurence l’exigera. En 1366, Humbert Marchiant, de Chamonix, prête hommage lige et censat, et fidélité manuelle pour sa personne et ses biens, les genoux fléchis, la tête nue, les mains placées entre les mains du prieur qui l’embrasse sur la bouche en signe de perpétuelle fidélité et d’amour. Il lui promet de faire et d’observer ce à quoi sont tenus les autres hommes de même condition, d’après les chapitres des coutumes et les déclarations. Aimon Métral de Chamonix prêtant hommage à la même date, promet de faire et d’observer tout ce qui est contenu dans les chapitres ou franchises d’abord gardées dans la mémoire des bons hommes et écrites ensuite dans les actes de reconnaissance accordés par le prieur. Celui-ci jure sous le serment religieux (more religiosorum) d’être bon seigneur, de défendre et de conserver ses droits comme doit le faire un seigneur pour son homme.
La condition d’homme lige et censat du prieuré était relativement plus douce que celle des hommes soumis à des seigneurs laïcs, ainsi que nous le montre le progrès et le développement rapide des villages placés sous la juridiction des couvents. Une preuve particulière pour Chamonix nous est fournie par les reconnaissances passées au prieur par des habitants établis hors de la vallée pour se soustraire à d’autres juridictions. En 1434, Hugues, fils de Guillaume Gaudin Oncey d’Argentière établi à Fully en Valais, déclare, pour lui et ses enfants qu’ils sont hommes liges et censats du prieur de Chamonix, leur seigneur temporel et de ses successeurs, soit qu’ils résident en ville franche ou non, dans un château ou dans un bourg. Il lui reconnaît sur ses biens tous droits de successsion et d’écheute comme sur ceux des habitants de Chamonix; il prête hommage en plaçant ses deux mains sur les évangiles. Une semblable reconnaissance fut passée, en 1462, par Pierre fils de feu Vuillelme Gay dit Pontinier de Servoz, habitant à Mondon (Suisse).
Dans le cas où ils quittaient la vallée, les bons hommes ne pouvaient prêter hommage au seigneur du lieu de leur nouvelle résidence sans avoir d’abord été affranchis par le prieur. Aynard de Montbel dans un acte de 1345, muni de son sceau, déclare accorder à Aymon Berthod, licence et autorité pour lui et les siens de prêter, s’il le veut, hommage et fidélité à un autre seigneur, l’absolvant et le quittant de ceux qu’il lui doit ainsi qu’à ses successeurs comme son homme.
Dans tous les actes de vente et de transmission, le cédant reconnaît tenir en fief du prieur, les biens, objets de la vente ou donation, et indique les redevances incombant au bénéficiaire. Des habitants de Passy vendent (1296) à Vuillelme Métrai, de Chamonix, deux hommes leur appartenant à chacun pour un tiers, plus la huitième partie du quart et le quart du quart de la montage d’Arlevé. Le prix est de 16 sols 6 deniers pour le premier lot, et 30 sols pour le second; ils reconnaissent tenir le tout en fief du prieur pour 46 sols 6 deniers genevois. Précédemment, tous les possesseurs de cette montagne avaient à la réquisition du prieur reconnu tenir de lui toute cette montagne en fief, sous le servis annuel de 12 deniers, déclarant qu’il y avait ban et juridiction et droit sur les ours et les chamois que l’on y pouvait prendre. Le prieur reconnaît la leur avoir accordée en fief pour inalper, pâturer, faire le foin et user du bois.
C’est par le payement du cens que fut diminuée la liberté des possesseurs du sol, devenant par là attachés en quelque sorte, au domaine. Mais l’assimilation de l’homme libre au colon, funeste au premier, releva la position du second; il se fit une moyenne entre la franchise et le colonat, aussi ne trouvons-nous pas à Chamonix de distinction marquée entre les colons et les bons hommes. Les chartes ne mentionnent que des censitaires avec des charges variables, la possession du sol donna de la stabilité au colonat, la censive fut pour lui la transition du servage à la condition d’homme libre par la transformation des coutumes en franchises qui protégèrent la possession de la terre.
Vallorsine et le Lac ne figurent point dans les premières franchises de Chamonix (1292), résultant d’une sentence arbitrale rendue entre le prieur et les syndics sur des points controversés. Il semble en résulter que la vallée proprement dite se trouvait soumise à un régime plus dur qu’à Vallorsine, mais moins qu’au Lac où la taillabilité était l’état presque général de la population bien que quelques actes nous démontrent l’existence d’hommes taillables à Chamonix. Dans les préliminaires de cet acte, les syndics, pour eux et leurs commettants s’engagent à être bons hommes et fidèles au prieur. Dès lors, à chaque changement de prieur, les chefs de famille lui rendent hommage et se reconnaissent hommes liges tant pour les personnes que pour les choses et déclarent lui devoir fidélité lige en imposant leurs mains entre les mains du prieur et l’embrassant sur la bouche les genoux fléchis. La reconnaissance de 1326 mentionne 76 chefs de famille; celle de 1361, 134, dans lesquels sont compris un certain nombre d’hommes de Mont-Vauthier et du Lac, mais point encore de Vallorsine.
Les serfs ou hommes de glèbe, placés au dernier rang de la hiérarchie sociale, étaient attachés à certaines terres à la condition de les cultiver et avec le droit de jouir des fruits en provenant moyennant le cens convenu. Ils étaient vendus comme faisant partie inhérente de la terre avec la terre elle-même et même séparément. Jacques Botollier (1283) donne en aumône au prieuré, Nicolas de Chamonix dit de la Bezery et ses descendants, ordonnant à lui et à ses fils d’être hommes du prieur et du prieuré et de lui rendre fidélité. Léonarde, veuve de Jacques Botollier et ses enfants (1385) vendent, pour 55 sous genevois, trois fils de Guillaume Bezer qui étaient leurs hommes liges et qu’ils tenaient en fief du prieuré.
Ils ne pouvaient se marier qu’avec des taillables ou sujets du même maître et avec son autorisation. Jacquemete fille de feu Michaël, s’étant mariée (1334) avec un étranger non sujet du prieur sans demander son consentement, de son aveu et en conformité de l’usage de la vallée, toutes les choses immobilières qu’elle avait, tenait et possédait furent commises au prieur qui les vendit de son consentement et en sa présence à Micholod de Lorney. Les fils, il est vrai, succédaient à leur père dans la tenue des terres qu’ils cultivaient, mais tous les autres parents étaient exclus de la succession et pouvaient être renvoyés.
Le taillable ne pouvait abandonner la terre à laquelle il était attaché. Dans un acte de 1288, Béatrix de Faucigny ordonne à Monteret, de Mont-Vauthier, son homme lige et taillable, de remettre un de ses fils comme homme lige au prieur de Chamonix, pour le ténement qu’il possède du chef de Géraude, sa femme, relevant du prieuré. De plus elle l’autorise à répondre pour son fils jusqu’à ce qu’il ait atteint sa majorité, sous la réserve de la fidélité et de l’hommage qu’il lui doit.
La succession des taillables dépendait du droit de mainmorte par lequel le prieur succédait à leurs biens, meubles et immeubles ainsi qu’aux immeubles de l’homme lige qui ne laissait pas de descendants directs. Ce droit de succession le suivait hors du territoire; l’un deux étant mort sur les terres de Faucigny (1300) sans laisser de postérité, le juge de Montjoie s’était emparé de ses biens. Des arbitres reconnurent que la commise devait revenir au prieur de Chamonix, la succession de ses hommes mourant sans postérité lui appartenant, dès qu’il était notoire que le défunt était fils naturel d’une bonne femme du prieuré. Le prieur était tenu en cas d’écheute aux obligations des héritiers, c’est-à-dire de payer les dettes du défunt et de régler les contrats entre vifs ne présentant aucun caractère de fraude.
CHAPITRE IV
Table des matières
Territoires du Lac, de Vaudagne
et des Houches.
FIEFS POSSÉDÉS PAR DES FAMILLES NOBLES
Lorsque (1330) les franchises de Chamonix ne furent plus spéciales au Bourg seul, mais étendues à la vallée toute entière, un changement dans un sens opposé, presqu’aussi considérable que pour Vallorsine, s’était produit dans les parties inférieures de cette contrée. Les différences que nous avons constatées dans la condition des personnes, lors de l’acte de donation entre les trois parties de la vallée se sont effacées; une égalité presque complète existe à ce point de vue entre les hommes de Vallorsine, de Chamonix et du Lac. Le régime féodal s’était plus fortement implanté dans ce dernier territoire dont une grande partie dépendait de puissantes et riches familles de Passy et de Servoz. Celle-ci tout en reconnaissant tenir leurs propriétés en fief du prieuré de Chamonix, conservaient une indépendance d’autant plus grande qu’ils habitaient en dehors de sa juridiction et sous la protection intéressée des comtes de Genevois et des sires de Faucigny. Le nombre des hommes libres et des colons était plus restreint, aussi ce territoire gagna plus que les autres en bien-être et en indépendance par suite des efforts des prieurs pour devenir seuls maitres du sol et des habitants, qui se trouvaient à l’origine sous le poids d’une double servitude. Les prieurs ne possédèrent d’abord que le domaine direct, très contesté, qu’ils eurent grand soin de faire reconnaître à chaque changement de chefs de famille dont ils diminuèrent ou acquirent les droits lorsque les circonstances leur furent favorables.
Nous avons suivi pour chacune de ces familles, les vicissitudes par lesquelles elles arrivèrent à voir restreindre ou à céder leurs droits au bénéfice du prieuré et par suite à l’avantage de leurs hommes.
La famille Bouteiller possédait le fief du lac dépendant du prieuré avec lequel elle eut de continuelles contestations. De 1224 à 1238 environ, une sentence rendue par l’abbé de Tamié et le prieur de l’église de Tarentaise, juges délégués par le Souverain Pontife, entre le prieuré et les fils de Guillaume Boteler régla leurs différents. Le prieur et les Bouteiller: Jacques l’aîné et les autres fils avec leur mère tutrice durent d’abord jurer de se soumettre à l’arbitrage. Il fut décidé que le prieur accorderait à l’aîné seul l’investiture de ce fief à la condition que le possesseur en titre lui en ferait hommage et lui donnerait chaque année, sur l’autel de l’église de Chamonix, quatre livres genevoises de servis. Le droit d’inalpage sur la montagne de Chailloux fut reconnu la propriété exclusive du prieuré, les Bouteillers et leurs hommes ne pouvaient y conduire leurs bestiaux. Ils ne pouvaient percevoir à l’occasion de ce fief, aucuns droits dans la ville et le territoire du lac et devaient laisser aux mains du prieur les terres qu’ils y possédaient; tout l’utile du fief, droit de ban, de vente et de chasse lui était réservé comme dans le reste de la vallée. Au cas où ils viendraient à manquer à leurs engagements ils remettent et délaissent tout le fief désigné sans qu’il soit besoin de réquisition ou de réclamation. Leur mère et trois autres personnes sont leurs fidéjusseurs. Cette première cession fut modifiée à diverses époques par des dons, des ventes et des transactions intervenues entre les parties.
En 1283, Jacques Bouteiller de Servoz, autrefois de la paroisse du lac, donne et cède en aumône, pour le repos de son âme, à Richard de Villette acceptant pour le prieuré, Nicolas de Chamonix, dit de la Besery et ses descendants qu’il reconnaît tenir en fief du prieuré et à qui il ordonne ainsi qu’à ses fils de se reconnaître hommes liges du prieur et du prieuré de Chamonix. Deux ans plus tard, Léonarde, sa veuve, comme tutrice des fils de son mari et de ses quatre filles vend au même prieur Richard de Villette, pour 50 sous genevois, trois fils de Guillaume Bezer (Jean, Aimon et Melioret) de la paroisse de Chamonix et leurs héritiers, leurs hommes liges qu’ils reconnaissent tenir en fief du prieuré. Leur état de dépendance vis-à-vis du prieur les oblige à recourir à lui pour se défendre contre les habitants de Chamonix. Nous voyons (1296) Aymon de Bellegarde, lieutenant de Richard de Villette, défendre à Jacques fils de Guillaume Bonarent de Vaudagne, homme lige du prieuré de poursuivre en arme dans tout le district, Jacques Bouteiller, ni tout autre de ses hommes à sa place pour lui porter dommage.
Le prieur avait inféodé à Falconnet Darbelet et à Belone Bezer sa femme, les biens que Pierre Bezer, frère de cette dernière, avait donné au prieuré. Comme ses hommes dépendaient du fief de Jacques Bouteiller celui-ci contesta les droits du prieur et une transaction (1300) mit fin aux injures et aux pénalités, bans et dommages échangés et réclamés de part et d’autre. Les deux parties se soumettent à la décision d’arbitres sous peine de vingt livres genevoises pour le contrevenant, à partager par moitié entre celui qui obéira et les arbitres. Ceux-ci arrêtent que remise sera faite de toutes querelles et injures, et Jacques Bouteiller en son nom et au nom de ses frères Rodolphe et Jean et de leurs frères, vend au prieur Falconnet de Darbelet et Belone son épouse, ses taillables, leurs héritiers et leur ténement provenant de Melioret Bezer, père de Belone et Pierre Bezer son frère. Il remet tous les droits qu’eux et leurs hommes possédaient sur la montagne de Bochard, moyennant 22 livres genevoises payables 15 jours après la confection de l’acte, 60 sous et un solde aux prochaines foires de Cluse, l’acte est approuvé par Jean et Rodolphe ses frères.
Un siècle plus tard (1405) le prieur Antoine de Saint-Amour exigeait d’Hugon Bouteiller de Servoz et de Françoise son épouse, tout ce qu’ils possédaient dans le mandement et seigneurie de Chamonix comme étant tombé en écheute et commise pour n’avoir pas prêté l’hommage lige ni payé les tributs annuels. Hommage qu’ils n’ont pas rendu dans le délai fixé, bien qu’en ayant été plusieurs fois requis, prétendant ne pouvoir rendre cet hommage, étant liges du comte de Savoie. Se rendant à leurs supplications, il les leur livre et remet pour eux et leurs descendants, réduisant l’hommage dû en sufferte d’hommage, moyennant 60 florins bon or de petit poids, dont il passe quittance dans l’acte.
De nouvelles contestations s’élevèrent avec leurs descendants au sujet de leurs droits respectifs sur les montagnes de Challiou et d’Arlever, principalement pour l’inalpage. Elles dégénérèrent en rixes entre les agriculteurs du village du Lac et ceux des autres parties de Chamonix sous l’impulsion de François Bouteiller et de ses associés. Pour échapper à la juridiction du prieuré ces derniers obtinrent du châtelain de Montjoie de prendre en main, au nom du duc de Savoie Amédée VIII, les différends survenus en affirmant que dès longtemps ils étaient en possession de ces montagnes. Le prieur fit conster de la légitimité de ses droits et se plaignit au duc de cette intrusion dans sa juridiction. Il lui demanda l’annulation des mandements dominicaux qui avaient été accordés à ses sujets sur l’instance de noble François Bouteiller, qui l’avaient obligé à réduire, sous sa main, lesdites montagnes. Le prince obtempère à sa requête, à laquelle le vice-châtelain de Montjoie, acquis aux Bouteiller, ne se hâte point d’obéir, trouvant divers prétextes Pour retarder la mise à exécution des lettres ducales. Il ne cède, après plusieurs attermoiements et subterfuges, Par lesquels il sut entraver pendant plus de dix mois le cours de la justice prieurale, qu’après avoir reçu des lettres de jussion, le menaçant d’une amende de 50 francs.
Le règlement intervenu ne nous est pas connu, mais il ne dut pas plus mettre fin aux contestations que la cession de la montagne des Bochards en 1300, n’avait assuré sa paisible possession au prieuré. Car, en 1443, Jean, Aimon et Guillaume fils de François Bouteiller affirmaient qu’eux et leurs prédécesseurs avaient possédé et possédaient dans ces montagnes et paccages un chalet dit des Bochards et un autre dit des Botolliers. Qu’ils avaient le droit de percevoir l’aussiège et les fruits d’un jour, soit trois pièces, deux fromages et un sérac, dans chaque chalet, comme domaine direct sans que le prieur eut rien à y prélever, et que les pâturages appartenaient à eux, à leurs consorts et aux seuls hommes du prieur faisant feu dans la paroisse du Lac. Le prieur répliquait que la cabane, l’aussiège et le pâturage lui appartenaient, par la vente que lui en avait faite Nycod Bochard, aussi bien que le libre inalpage par ses hommes du Lac et de Chamonix. Jean de Chissé, juge de Chamonix et de Servoz et le noble écuyer François de Montfort de Passy, furent choisis par les deux parties comme amis et arbitres. Ils déclarèrent que la paix et la concorde devaient éternellement exister entre les parties, que le prieur resterait possesseur de la cabane de Challiou, appelée chalet des Bochards avec les paturages et droits de pature qui en dépendent. Qu’il ne pourra faire inalper dans les montagnes du Challiou et d’Arlever que des animaux, des hommes du prieuré habitant et faisant feu dans la paroisse de Sainte-Marie du Lac, savoir: des hameaux du Lac, de Vaudagne, de Mont-Vautier et du Sougier et aucuns autres du mandement de Chamonix. Les parties seront tenues chaque année de fournir également de bétail les deux chalets, s’il y avait 12 ou 15 vaches dans l’un deux, le nombre serait compensé dans l’autre cabane. Les frères Botollier et leurs successeurs percevront trois des pièces que le prieur recevait dans leur cabane, pour le domaine direct, et les trois autres pièces, deux fromages et un sérac resteront au prieur, les frais sont compensés. Toutes les parties adhérent à cette solution.
Une branche de cette famille s’éloigna plus tard du pays et se désintéressa des anciennes possessions de la famille en cédant ses droits féodaux. Par acte de 1458 Louis fils de noble Louis Botollier de Nyon vendit à dom Jean et à noble Aymon Botollier frères, les rentes féodales lui appartenant dans le mandement de Chamonix. Le prix fut de 200 florins p. p. bon poids, plus un cheval au poil gris, un livre appelé Cadiouz (est-ce cap de diouz en gascon?) et tous les autres livres qu’il possédait à Turin, sous l’obligation d’une vigne dont il était propriétaire à Nyon, lieu dit au Trembley. Cette vente fut confirmée par le prieur Guillaume de la Ravoire.
La richesse de ce pays aux longs hivers et aux cultures restreintes consistait principalement alors dans les Alpes, en prairies des montagnes, où le bétail séjourne pendant la belle saison; les plus importantes sont situées sur le territoire des Houches, de Vallorsine et du Lac. Nous venons de voir les prieurs prendre possession des Alpes de Challiou et d’Arlever, ils parvinrent successivement à en acquérir la plus grande partie.
La famille Raymond de Chedde (Passy) possédait la majeure partie des Alpes de Challiou et de la Rozière, en outre d’un certain nombre d’hommes et d’un tènement au lac, ainsi que les droits de pèche dans le lac et de chasse dans les bois de la vallée. Dès 1283, Mathieu et Marie, enfants de Raymond de Chedde, et Pierre, fils de Raymond de Boen, époux de Marie, vendent au prieur toute la partie d’Alpage, soit des Alpes qu’ils possédaien du chef de Raymond de Chedde. La cession comprend encore les droits qu’ils percevaient sur les Alpes de Chaillou et de la Rozière par droit d’héritage ou autrement; les alpages, cabanes, pâturages de la Diosaz au-dessus, le prix est de 100 sols bons genevois et un setier d’orge. Ils reconnaissent en outre qu’eux et leurs auteurs ont possédé ces biens en don et bénéfice fait ou concédé par les prieurs.
Un Pierre de Chedde fils de Rodolphe (1298) vend au prieur Guillaume de Villette des hommes et leur tènement avec les tailles des dîmes, des blés, les servis et usages qu’il percevait sur ces hommes et leurs biens meubles et immeubles. Le prix est de 12 livres et 5 sols bons genevois, l’investiture a lieu par la tradiction d’un bâton. Il reconnait tenir de plus en fief Guillaume et Berthod Forner et Isabelle, femme de Pierre Forner, leur frère défunt, de Vaudagne, hommes taillables, qu’il a acquis de la famille de Chissé.
L’année suivante, à réquisition de Guillaume de Villette, il donne, cède et transporte par donation tout ce qu’il pouvait et devait avoir de droit, action, propriété et possession sur le lac, soit l’eau qui est auprès de la ville du Lac et la pêche de la dite eau, soit le lac et sur la terre dans laquelle il se trouve. Il lui remet encore tous ses droits sur la montagne de Challiou et sur la chasse aux oiseaux pris au piège dans les bois de la vallée.
En 1285 Paviot de Chamonix, frère de Girod-Plat pour lui et ses héritiers vend l’Alpe ou montagne appelée l’Alpe arse (brûlée) ce qu’il possédait au plan de la Tueille (Plan-Praz) avec les édifices et les droits qui en dépendent, qu’il reconnaît avoir reçu à titre d’albergement du prieur, pour le prix de 14 livres et 10 sous bons genevois. Deux ans plus tard, le prieur alberge à Orytinus de Costa, Marie et Durance, des Plans, sœurs, un pré de cette montagne en emphitéose perpétuelle pour deux deniers genevois de servis annuel. Les limites s’étendent de la pierre Vibert au sommet de la Chenaz-Bovard et par travers, du pré des Avioz à la roche de Rodolphe, le plan de la Tueille excepté. Il est convenu que lorsque le prieur inalpera du bétail tout le pré pourra être pâturé et, dans ce cas, le servis ne sera pas dû, à moins qu’après le départ du troupeau ils récoltent du foin ou du regain; ils le devraient, même sans rien retirer, si le prieur n’inalpait pas.
C’est Aymon, dit Paviot (Payot) fils d’Emeric de Chamonix, qui vend à Guillaume de Villette (1298) deux parts d’une pièce de terre dite des Sougers et des Lavancherot, s’étendant de l’Arveyron aux pâturages de Blettière et des Planards, limitée par les terres dépendant de la Mestralie, le lavanchier d’Ortaz et vers le bas par la terre de Falconier Darbelet et de Belone son épouse. Le prix est de 4 livres et 10 sous bons genevois; le prieur les quitte des 2 deniers de servis annuel qu’ils lui devaient sur cette Propriété. Le sceau de Michel, curé de Chamonix, est apposé au bas de l’acte à la demande du vendeur.
Plusieurs familles de Charosse et de Passy avaient des Possessions sur la montagne d’Arlever; en 1296, ils en Passent reconnaissance, déclarant la tenir en fief pour 12 deniers de servis annuel. Ils ont le droit de faire pâturer, de foiner et d’user des bois, le mère mixte empire réservé au prieur comme sur les autres terres de Chamonix. Les limites sont du Chatellar Bochereys, touchant au lac, d’un côté vers la Dioza et de l’autre au pâturage de Challiou; et de la Dioza au sommet du Brévant. Deux de ces propriétaires vendirent leur part de cette montagne à des habitants de Chamonix, se réservant le feuillerin, pour 46 sous 6 deniers. Trois ans après Jacquette de Châteauvieux, de Passy, fille de Girod Gavex, déclare pour elle, ses quatre fils et leurs héritiers et successeurs tenir en fief du prieur deux parties d’un quartier de la montagne d’Arlever et tous les droits qu’elle avait ou prétendait avoir sur cette montagne. Les limites de ce mas s’étendaient de la Dioza au mont Birivine (Barberine) et jusqu’aux pâturages de la Balme. Dans le même acte, elle cède tous ses droits au prieur avec la troisième partie d’un chalet construit par elle et ses consorts moyennant 4 livres genevoises et un setier d’orge. Elle concède enfin qu’ils ne pouront et ne devront inalper ni conduire paître leurs troupeaux sur cette montagne sans la permission et la volonté du prieur; trois fidéjusseurs s’engagent pour elle. La troisième partie de cette montagne appartenait à Jordan fils du même Girod Gavex qui la tenait en fief du prieur à qui il la vendit en 1300, pour 40 livres genevoises et une coupe d’orge. La troisième partie du chalet, le tiers des fruits de l’alpage, ainsi que les prés, pâturages, bois et rochers existant à la limite de la montagne étaient compris dans la vente. Il s’engage en outre à défendre le prieur contre Jacquette sa sœur, ses enfants et ses ayants droit ou fidéjusseurs, à l’occasion de la vente qu’ils lui ont faite précédemment.
Une famille Métrai, de Passy, avait des biens d’une certaine importance situés sur les territoires de Vaudagne et du Lac. En 1279, un Rodolphe et Amédée, son neveu, à réquisition de Richard de Villette, reconnaissent tenir en fief, tout ce qu’ils possèdent en hommes, terres, dîmes et autres choses dans le territoire de Vaudagne, à l’exception de Vuillelme Borra. Ils confessent, en outre, tenir du prieuré, Jean du Lac avec sa demeure et son albergement. Pour ce fief, ils déclarent devoir un hommage au prieur de Chamonix, sauf la fidélité qu’ils doivent au seigneur de Charosse, hommage que l’un des héritiers de la maison Métral doit rendre, ainsi qu’Amédée reconnait l’avoir fait au prieur Richard de Villette. Lesdits Rodolphe et Amédée promettent, en outre, que si de feudo et usagio plus invenirent, ils l’avoueraient sans retard. Dans son testament (1279) Rodolphe institua héritier son fils Péronet, à l’exception de dispositions en faveur d’autres personnes. Il choisit sa sépulture dans le cimetière de Chamonix et légua trois barils de vin, de ses vignes de Marlio à Passy, à livrer chaque année aux vendanges, en outre d’un baril qu’il devait auparavant au prieuré, ce qui faisait en tout deux chevallées. Il institue son fils Gérald, héritier de la douzième partie de ses biens et fait un legs à chacune de ses deux filles pour tous leurs droits dans sa succession. Il lègue au chapelain de Passy 20 sous genevois et 3 à son vicaire, à la maladrerie du pont Saint-Martin (près Sallanches) un repas, à celle de Cluse 2 sous; à chaque prêtre ayant charge d’âmes de Cluses en bas, 3 sous; à chaque moine de Mégève et de Chamonix, 5 sous; à la confrérie de Passy, 15 sous. Il laisse la maîtrise et l’usufruit de sa succession à Jacquette, sa femme, et si elle veut s’en désister, il lui sera payé 35 livres genevoises, montant de la dot qu’elle lui a apportée.
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