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LE LIVRE DES MEDIUMS

OU

GUIDE DES MEDIUMS ET DES EVOCATEURS

CONTENANT

L’ENSEIGNEMENT SPECIAL DES ESPRITS SUR LA THEORIE DE TOUS LES

GENRES

DE MANIFESTATIONS, LES MOYENS DE COMMUNIQUER AVEC LE MONDE

INVISIBLE, LE DEVELOPPEMENT DE LA MEDIUMNITE, LES

DIFFICULTES ET LES ECUEILS QUE L’ON PEUT

RENCONTRER DANS LA PRATIQUE DU SPIRITISME

POUR FAIRE SUITE AU

Livre des Esprits

PAR

ALLAN KARDEC

_______

EDITION ELECTRONIQUE AVEC INDEX DYNAMIQUE

CONFORME A LA ONZIEME EDITION ORIGINALE DE 1869.

EAN 4064066447618

e-book: e-artnow, 2021

Table des Matières

INTRODUCTION

PREMIERE PARTIE - NOTIONS PRELIMINAIRES

CHAPITRE PREMIER Y A-T-IL DES ESPRITS ?

CHAPITRE II LE MERVEILLEUX ET LE SURNATUREL

CHAPITRE III METHODE

CHAPITRE IV SYSTEMES

SECONDE PARTIE - DES MANIFESTATIONS SPIRITES

CHAPITRE PREMIER ACTION DES ESPRITS SUR LA MATIERE

CHAPITRE II. MANIFESTATIONS PHYSIQUES TABLES TOURNANTES

CHAPITRE III MANIFESTATIONS INTELLIGENTES

CHAPITRE IV THEORIE DES MANIFESTATIONS PHYSIQUES

Mouvements et soulèvements. - Bruits.

Augmentation et diminution du poids des corps.

CHAPITRE V MANIFESTATIONS PHYSIQUES SPONTANEES

Bruits, tapages et perturbations.

Objets lancés.

Phénomène des apports.

Dissertation d’un esprit sur les apports.

CHAPITRE VI MANIFESTATIONS VISUELLES

Questions sur les apparitions.

Essai théorique sur les apparitions.

Esprits globules.

Théorie de l’hallucination.

CHAPITRE VII BI-CORPOREITE ET TRANSFIGURATION

Apparitions de l’Esprit des vivants.

Hommes doubles. - Saint Alphonse de Liguori et saint Antoine de Padoue.

Vespasien.

Transfiguration.

Invisibilité.

CHAPITRE VIII LABORATOIRE DU MONDE INVISIBLE

Vêtements des Esprits. - Formation spontanée d’objets tangibles.

Modification des propriétés de la matière.

Action magnétique curative.

CHAPITRE IX DES LIEUX HANTES

CHAPITRE X. NATURE DES COMMUNICATIONS.

Communications grossières.

Communications frivoles.

Communications sérieuses.

Communications instructives.

CHAPITRE XI SEMATOLOGIE ET TYPTOLOGIE

Langage des signes et des coups frappés. Typtologie alphabétique.

CHAPITRE XII PNEUMATOGRAPHIE OU ECRITURE DIRECTE PNEUMATOPHONIE

Ecriture directe.

Pneumatophonie.

CHAPITRE XIII PSYCHOGRAPHIE

Psychographie indirecte : corbeilles et planchettes.

Psychographie directe ou manuelle.

CHAPITRE XIV DES MEDIUMS

Médiums à effets physiques.

Personnes électriques.

Médiums sensitifs ou impressibles.

Médiums auditifs.

Médiums parlants.

Médiums voyants.

Médiums somnambules.

Médiums guérisseurs.

Médiums pneumatographes.

CHAPITRE XV MEDIUMS ECRIVAINS OU PSYCHOGRAPHES

Médiums mécaniques.

Médiums intuitifs.

Médiums semi-mécaniques.

Médiums inspirés.

Médiums à pressentiments.

CHAPITRE XVI MEDIUMS SPECIAUX

Aptitudes spéciales des médiums.

Tableau synoptique des différentes variétés de médiums.

Variétés des médiums écrivains.

CHAPITRE XVII FORMATION DES MEDIUMS

Développement de la médiumnité.

Changement d’écriture.

Perte et suspension de la médiumnité.

CHAPITRE XVIII INCONVENIENTS ET DANGERS DE LA MEDIUMNITE

Influence de l’exercice de la médiumnité sur la santé. - Id. sur le cerveau. - Id. sur les enfants.

CHAPITRE XIX ROLE DU MEDIUM DANS LES COMMUNICATIONS SPIRITES

Influence de l’Esprit personnel du médium.

Système des médiums inertes.

Aptitude de certains médiums pour les choses qu’ils ne connaissent pas : les langues, la musique, le dessin.

Dissertation d’un Esprit sur le rôle des médiums.

CHAPITRE XX INFLUENCE MORALE DU MEDIUM

Questions diverses.

Dissertation d’un Esprit sur l’influence morale.

CHAPITRE XXI INFLUENCE DU MILIEU

CHAPITRE XXII DE LA MEDIANIMITE CHEZ LES ANIMAUX

Dissertation d’un esprit sur cette question.

CHAPITRE XXIII DE L’OBSESSION

Obsession simple.

Fascination.

Subjugation.

Causes de l’obsession.

Moyens de la combattre.

CHAPITRE XXIV IDENTITE DES ESPRITS

Preuves possibles d’identité.

Distinction des bons et des mauvais Esprits.

Questions sur la nature et l’identité des Esprits.

CHAPITRE XXV DES EVOCATIONS

Considérations générales.

Esprits que l’on peut évoquer.

Langage à tenir avec les Esprits.

Utilité des évocations particulières.

Questions sur les évocations.

Evocation des animaux.

Evocation des personnes vivantes.

Télégraphie humaine.

CHAPITRE XXVI QUESTIONS QUE L’ON PEUT ADRESSER AUX ESPRITS

Observations préliminaires.

Questions sympathiques ou antipathiques aux Esprits.

Questions sur l’avenir.

Questions sur les existences passées et futures.

Questions sur les intérêts moraux et matériels.

Questions sur le sort des Esprits.

Questions sur la santé.

Questions sur les inventions et les découvertes.

Questions sur les trésors cachés.

Questions sur les autres mondes.

CHAPITRE XXVII DES CONTRADICTIONS ET DES MYSTIFICATIONS

Des contradictions.

Des mystifications.

CHAPITRE XXVIII CHARLATANISME ET JONGLERIE

Médiums intéressés.

Fraudes spirites.

CHAPITRE XXIX REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES

Des réunions en général.

Des sociétés proprement dites.

Sujets d’études.

Rivalité entre les sociétés.

CHAPITRE XXX REGLEMENT DE LA SOCIETE PARISIENNE DES ETUDES SPIRITES,

CHAPITRE PREMIER. - But et formation de la Société.

CHAPITRE II. - Administration.

CHAPITRE III. - Des séances.

CHAPITRE IV. - Dispositions diverses.

CHAPITRE XXXI DISSERTATIONS SPIRITES Sur le spiritisme.

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

Sur les médiums.

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

Sur les réunions spirites.

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

XXI

XXII

XXIII

XXIV

XXV

XXVI

XXVII

XXVIII

Communications apocryphes.

XXIX

XXX

XXXI

XXXII

XXXIII

XXXIV

CHAPITRE XXXII VOCABULAIRE SPIRITE

NOTES

INTRODUCTION

L’expérience nous confirme tous les jours dans cette opinion que les difficultés et les mécomptes que l’on rencontre dans la pratique du spiritisme, ont leur source dans l’ignorance des principes de cette science, et nous sommes heureux d’avoir été à même de constater que le travail que nous avons fait pour prémunir les adeptes contre les écueils d’un noviciat, a porté ses fruits, et que beaucoup ont dû à la lecture de cet ouvrage d’avoir pu les éviter.

Un désir bien naturel, chez les personnes qui s’occupent de spiritisme, c’est de pouvoir entrer elles-mêmes en communication avec les Esprits ; c’est à leur aplanir la route que cet ouvrage est destiné, en les faisant profiter du fruit de nos longues et laborieuses études, car on s’en ferait une idée très fausse si l’on pensait que, pour être expert en cette matière, il suffit de savoir poser les doigts sur une table pour la faire tourner, ou tenir un crayon pour écrire.

On se tromperait également si l’on croyait trouver dans cet ouvrage une recette universelle et infaillible pour former des médiums. Bien que chacun renferme en soi-même le germe des qualités nécessaires pour le devenir, ces qualités n’existent qu’à des degrés très différents, et leur développement tient à des causes qu’il ne dépend de personne de faire naître à volonté. Les règles de la poésie, de la peinture et de la musique ne font ni des poètes, ni des peintres, ni des musiciens de ceux qui n’en ont pas le génie : elles guident dans l’emploi des facultés naturelles. Il en est de même de notre travail ; son objet est d’indiquer les moyens de développer la faculté médianimique autant que le permettent les dispositions de chacun, et surtout d’en diriger l’emploi d’une manière utile lorsque la faculté existe. Mais là n’est point le but unique que nous nous sommes proposé.

A côté des médiums proprement dits, il y a la foule qui s’accroit tous les jours des personnes qui s’occupent des manifestations spirites ; les guider dans leurs observations, leur signaler les écueils qu’elles peuvent et doivent nécessairement rencontrer dans une chose nouvelle, les initier à la manière de s’entretenir avec les Esprits, leur indiquer les moyens d’avoir de bonnes communications, tel est le cercle que nous devons embrasser sous peine de faire une chose incomplète. On ne sera donc point surpris de trouver dans notre travail des renseignements qui, au premier abord, pourraient y paraître étrangers : l’expérience en montrera l’utilité. Après l’avoir étudié avec soin, on comprendra mieux les faits dont on sera témoin ; le langage de certains Esprits paraîtra moins étrange. Comme instruction pratique, il ne s’adresse donc pas exclusivement aux médiums, mais à tous ceux qui sont à même de voir et d’observer les phénomènes spirites.

Quelques personnes auraient désiré que nous publiassions un manuel pratique très succinct, contenant en peu de mots l’indication des procédés à suivre pour entrer en communication avec les Esprits ; elles pensent qu’un livre de cette nature pouvant, par la modicité de son prix, être répandu à profusion, serait un puissant moyen de propagande, en multipliant les médiums ; quant à nous, nous regarderions un tel ouvrage comme plus nuisible qu’utile, pour le moment du moins. La pratique du spiritisme est entourée de beaucoup de difficultés, et n’est pas toujours exempte d’inconvénients qu’une étude sérieuse et complète peut seule prévenir. Il serait donc à craindre qu’une indication trop succincte ne provoquât des expériences faites avec légèreté, et dont on pourrait avoir lieu de se repentir ; ce sont de ces choses avec lesquelles il n’est ni convenable, ni prudent de jouer, et nous croirions rendre un mauvais service en les mettant à la disposition du premier étourdi venu qui trouverait plaisant de causer avec les morts. Nous nous adressons aux personnes qui voient dans le spiritisme un but sérieux, qui en comprennent toute la gravité, et ne se font pas un jeu des communications avec le monde invisible.

Nous avons publié une Instruction pratique dans le but de guider les médiums ; cet ouvrage est aujourd’hui épuisé et, quoiqu’il fût dans un but éminemment grave et sérieux, nous ne le réimprimerons pas, parce que nous ne le trouvons pas encore assez complet pour éclairer sur toutes les difficultés que l’on peut rencontrer. Nous l’avons remplacé par celui-ci, dans lequel nous avons réuni toutes les données qu’une longue expérience et une étude consciencieuse nous ont mis à même d’acquérir. Il contribuera, nous l’espérons du moins, à donner au spiritisme le caractère sérieux qui est son essence, et à détourner d’y voir un sujet d’occupation frivole et d’amusement.

A ces considérations nous en ajouterons une très importante, c’est la mauvaise impression que produit sur les personnes novices ou mal disposées, la vue d’expériences faites légèrement et sans connaissance de cause ; elles ont pour inconvénient de donner du monde des Esprits une idée très fausse et de prêter le flan à la raillerie et à une critique souvent fondée ; c’est pourquoi les incrédules sortent de ces réunions rarement convertis, et peu disposés à voir un côté sérieux dans le spiritisme. L’ignorance et la légèreté de certains médiums ont fait plus de tort qu’on ne le croit dans l’opinion de beaucoup de gens.

Le spiritisme a fait de grands progrès depuis quelques années, mais il en a fait surtout d’immenses depuis qu’il est entré dans la voie philosophique, parce qu’il a été apprécié par les gens éclairés. Aujourd’hui ce n’est plus un spectacle : c’est une doctrine dont ne se rient plus ceux qui se moquaient des tables tournantes. En faisant nos efforts pour l’amener et le maintenir sur ce terrain, nous avons la conviction de lui conquérir plus de partisans utiles qu’en provoquant à tort et à travers des manifestations dont on pourrait abuser. Nous en avons tous les jours la preuve par le nombre d’adeptes qu’a faits la seule lecture du Livre des Esprits.

Après avoir exposé dans le Livre des Esprits la partie philosophique de la science spirite, nous donnons dans cet ouvrage la partie pratique à l’usage de ceux qui veulent s’occuper des manifestations, soit par eux-mêmes, soit pour se rendre compte des phénomènes qu’ils peuvent être appelés à voir. Ils y verront les écueils qu’on peut rencontrer, et auront ainsi un moyen de les éviter. Ces deux ouvrages, quoique faisant suite l’un à l’autre, sont jusqu’à un certain point indépendants l’un de l’autre ; mais à quiconque voudra s’occuper sérieusement de la chose, nous dirons de lire d’abord le Livre des Esprits, parce qu’il contient des principes fondamentaux, sans lesquels certaines parties de celui-ci seraient peut-être difficilement comprises.

Des améliorations importantes ont été apportées à la seconde édition, beaucoup plus complète que la première. Elle a été corrigée avec un soin tout particulier par les Esprits qui y ont ajouté un très grand nombre de remarques et d’instructions du plus haut intérêt. Comme ils ont tout revu, qu’ils ont approuvé ou modifié à leur gré, on peut dire qu’elle est en grande partie leur ouvrage, car leur intervention ne s’est pas bornée aux quelques articles signés ; nous n’avons indiqué les noms que lorsque cela nous a paru nécessaire pour caractériser certaines citations un peu étendues, comme émanant d’eux textuellement, autrement il nous eût fallu les citer presque à chaque page, notamment à toutes les réponses faites aux questions proposées, ce qui ne nous a pas semblé utile. Les noms, comme on le sait, importent peu en pareille matière ; l’essentiel est que l’ensemble du travail réponde au but que nous nous sommes proposé. L’accueil fait à la première édition, quoique imparfaite, nous fait espérer que celle-ci ne sera pas vue avec moins de faveur.

Comme nous y avons ajouté beaucoup de choses, et plusieurs chapitres entiers, nous avons supprimé quelques articles qui faisaient double emploi, entre autres l’Echelle spirite qui se trouve déjà dans le Livre des Esprits. Nous avons également supprimé du Vocabulaire ce qui ne rentrait pas spécialement dans le cadre de cet ouvrage, et qui se trouve utilement remplacé par des choses plus pratiques. Ce vocabulaire, d’ailleurs, n’était point assez complet ; nous le publierons plus tard séparément sous la forme d’un petit dictionnaire de philosophie spirite ; nous n’en avons conservé ici que les mots nouveaux ou spéciaux relatifs à l’objet dont nous nous occupons.

LE LIVRE DES MEDIUMS

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PREMIERE PARTIE
-
NOTIONS PRELIMINAIRES

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CHAPITRE PREMIER
Y A-T-IL DES ESPRITS ?

1. Le doute concernant l’existence des Esprits a pour cause première l’ignorance de leur véritable nature. On se les figure généralement comme des êtres à part dans la création, et dont la nécessité n’est pas démontrée. Beaucoup ne les connaissent que par les contes fantastiques dont ils ont été bercés, à peu près comme on connaît l’histoire par les romans ; sans chercher si ces contes, dégagés des accessoires ridicules, reposent sur un fond de vérité, le côté absurde seul les frappe ; ne se donnant pas la peine d’enlever l’écorce amère pour découvrir l’amande, ils rejettent le tout, comme font, dans la religion, ceux qui, choqués de certains abus, confondent tout dans la même réprobation.

Quelle que soit l’idée que l’on se fasse des Esprits, cette croyance est nécessairement fondée sur l’existence d’un principe intelligent en dehors de la matière ; elle est incompatible avec la négation absolue de ce principe. Nous prenons donc notre point de départ dans l’existence, la survivance et l’individualité de l’âme, dont le spiritualisme est la démonstration théorique et dogmatique, et le spiritisme la démonstration patente. Faisons pour un instant abstraction des manifestations proprement dites, et, raisonnant par induction, voyons à quelles conséquences nous arriverons.

2. Du moment que l’on admet l’existence de l’âme et son individualité après la mort, il faut admettre aussi 1° qu’elle est d’une nature différente du corps, puisqu’une fois séparée elle n’en a plus les propriétés ; 2° qu’elle jouit de la conscience d’elle-même, puisqu’on lui attribue la joie ou la souffrance, autrement ce serait un être inerte, et autant vaudrait pour nous n’en pas avoir. Ceci admis, cette âme va quelque part ; que devient-elle et où va-t-elle ? Selon la croyance commune elle va au ciel ou en enfer ; mais où sont le ciel et l’enfer ? On disait autrefois que le ciel était en haut et l’enfer en bas ; mais qu’est-ce que le haut et le bas dans l’univers, depuis que l’on connaît la rondeur de la terre, le mouvement des astres qui fait que ce qui est le haut à un moment donné devient le bas dans douze heures, l’infini de l’espace dans lequel l’oeil plonge à des distances incommensurables ? Il est vrai que par lieux bas on entend aussi les profondeurs de la terre ; mais que sont devenues ces profondeurs depuis qu’elles ont été fouillées par la géologie ? Que sont également devenues ces sphères concentriques appelées ciel de feu, ciel des étoiles, depuis que l’on sait que la terre n’est pas le centre des mondes, que notre soleil lui-même n’est qu’un des millions de soleils qui brillent dans l’espace, et dont chacun est le centre d’un tourbillon planétaire ? Que devient l’importance de la terre perdue dans cette immensité ? Par quel privilège injustifiable ce grain de sable imperceptible qui ne se distingue ni par son volume, ni par sa position, ni par un rôle particulier, serait-il seul peuplé d’êtres raisonnables ? La raison se refuse à admettre cette inutilité de l’infini, et tout nous dit que ces mondes sont habités. S’ils sont peuplés, ils fournissent donc leur contingent au monde des âmes ; mais encore une fois que deviennent ces âmes, puisque l’astronomie et la géologie ont détruit les demeures qui leur étaient assignées, et surtout depuis que la théorie si rationnelle de la pluralité des mondes les a multipliées à l’infini ? La doctrine de la localisation des âmes ne pouvant s’accorder avec les données de la science, une autre doctrine plus logique leur assigne pour domaine, non un lieu déterminé et circonscrit, mais l’espace universel : c’est tout un monde invisible au milieu duquel nous vivons, qui nous environne et nous coudoie sans cesse. Y a-t-il à cela une impossibilité, quelque chose qui répugne à la raison ? Nullement ; tout nous dit, au contraire, qu’il n’en peut être autrement. Mais alors que deviennent les peines et les récompenses futures, si vous leur ôtez les lieux spéciaux ? Remarquez que l’incrédulité à l’endroit de ces peines et récompenses est généralement provoquée parce qu’on les présente dans des conditions inadmissibles ; mais dites, au lieu de cela, que les âmes puisent leur bonheur ou leur malheur en elles-mêmes ; que leur sort est subordonné à leur état moral ; que la réunion des âmes sympathiques et bonnes est une source de félicité ; que, selon leur degré d’épuration, elles pénètrent et entrevoient des choses qui s’effacent devant des âmes grossières, et tout le monde le comprendra sans peine ; dites encore que les âmes n’arrivent au degré suprême que par les efforts qu’elles font pour s’améliorer et après une série d’épreuves qui servent à leur épuration ; que les anges sont les âmes arrivées au dernier degré que toutes peuvent atteindre avec de la bonne volonté ; que les anges sont les messagers de Dieu, chargés de veiller à l’exécution de ses desseins dans tout l’univers, qu’ils sont heureux de ces missions glorieuses, et vous donnez à leur félicité un but plus utile et plus attrayant que celui d’une contemplation perpétuelle qui ne serait autre chose qu’une inutilité perpétuelle ; dites enfin que les démons ne sont autres que les âmes des méchants non encore épurées, mais qui peuvent arriver comme les autres, et cela paraîtra plus conforme à la justice et à la bonté de Dieu que la doctrine d’êtres créés pour le mal et perpétuellement voués au mal. Encore une fois, voilà ce que la raison la plus sévère, la logique la plus rigoureuse, le bon sens, en un mot, peuvent admettre.

Or, ces âmes qui peuplent l’espace sont précisément ce que l’on appelle Esprits ; les Esprits ne sont donc autre chose que les âmes des hommes dépouillées de leur enveloppe corporelle. Si les Esprits étaient des êtres à part, leur existence serait plus hypothétique ; mais si l’on admet qu’il y a des âmes, il faut bien aussi admettre les Esprits qui ne sont autres que les âmes ; si l’on admet que les âmes sont partout, il faut admettre également que les Esprits sont partout. On ne saurait donc nier l’existence des Esprits sans nier celle des âmes.

3. Ceci n’est, il est vrai, qu’une théorie plus rationnelle que l’autre ; mais c’est déjà beaucoup qu’une théorie que ne contredisent ni la raison, ni la science ; si, de plus, elle est corroborée par les faits, elle a pour elle la sanction du raisonnement et de l’expérience. Ces faits, nous les trouvons dans le phénomène des manifestations spirites, qui sont ainsi la preuve patente de l’existence et de la survivance de l’âme. Mais, chez beaucoup de gens, là s’arrête la croyance ; ils admettent bien l’existence des âmes et par conséquent celle des Esprits, mais ils nient la possibilité de communiquer avec eux, par la raison, disent-ils, que des êtres immatériels ne peuvent agir sur la matière. Ce doute est fondé sur l’ignorance de la véritable nature des Esprits dont on se fait généralement une idée très fausse, car on se les figure à tort comme des êtres abstraits, vagues et indéfinis, ce qui n’est pas.

Figurons-nous d’abord l’Esprit dans son union avec le corps ; l’Esprit est l’être principal, puisque c’est l’être pensant et survivant ; le corps n’est donc qu’un accessoire de l’Esprit, une enveloppe, un vêtement qu’il quitte quand il est usé. Outre cette enveloppe matérielle, l’Esprit en a une seconde, semi-matérielle, qui l’unit à la première ; à la mort, l’Esprit se dépouille de celle-ci, mais non de la seconde à laquelle nous donnons le nom de périsprit. Cette enveloppe semi-matérielle, qui affecte la forme humaine, constitue pour lui un corps fluidique, vaporeux, mais qui, pour être invisible pour nous dans son état normal, n’en possède pas moins quelques-unes des propriétés de la matière. L’Esprit n’est donc pas un point, une abstraction, mais un être limité et circonscrit, auquel il ne manque que d’être visible et palpable pour ressembler aux êtres humains. Pourquoi donc n’agirait-il pas sur la matière ? Est-ce parce que son corps est fluidique ? Mais n’est-ce pas parmi les fluides les plus raréfiés, ceux même que l’on regarde comme impondérables, l’électricité, par exemple, que l’homme trouve ses plus puissants moteurs ? Est-ce que la lumière impondérable n’exerce pas une action chimique sur la matière pondérable ? Nous ne connaissons pas la nature intime du périsprit ; mais supposons-le formé de matière électrique, ou toute autre aussi subtile, pourquoi n’aurait-il pas la même propriété étant dirigé par une volonté ?

4. L’existence de l’âme et celle de Dieu, qui sont la conséquence l’une de l’autre, étant la base de tout l’édifice, avant d’entamer aucune discussion spirite, il importe de s’assurer si l’interlocuteur admet cette base. Si à ces questions :

Croyez-vous en Dieu ?

Croyez-vous avoir une âme ?

Croyez-vous à la survivance de l’âme après la mort ?

il répond négativement, ou même s’il dit simplement : Je ne sais ; je voudrais qu’il en fût ainsi, mais je n’en suis pas sûr, ce qui, le plus souvent, équivaut à une négation polie, déguisée sous une forme moins tranchante pour éviter de heurter trop brusquement ce qu’il appelle des préjugés respectables, il serait tout aussi inutile d’aller au-delà que d’entreprendre de démontrer les propriétés de la lumière à l’aveugle qui n’admettrait pas la lumière ; car, en définitive, les manifestations spirites ne sont autre chose que les effets des propriétés de l’âme ; avec celui-là c’est un tout autre ordre d’idées à suivre, si l’on ne veut pas perdre son temps.

Si la base est admise, non à titre de probabilité, mais comme chose avérée, incontestable, l’existence des Esprits en découle tout naturellement.

5. Reste maintenant la question de savoir si l’Esprit peut se communiquer à l’homme, c’est-à-dire s’il peut faire avec lui échange de pensées. Et pourquoi non ? Qu’est-ce que l’homme, sinon un Esprit emprisonné dans un corps ? Pourquoi l’Esprit libre ne pourrait-il se communiquer avec l’Esprit captif, comme l’homme libre avec celui qui est enchaîné ? Dès lors que vous admettez la survivance de l’âme, est-il rationnel de ne pas admettre la survivance des affections ? Puisque les âmes sont partout, n’est-il pas naturel de penser que celle d’un être qui nous a aimés pendant sa vie vienne auprès de nous, qu’il désire se communiquer à nous, et qu’il se serve pour cela des moyens qui sont à sa disposition ? Pendant sa vie, n’agissait-il pas sur la matière de son corps ? N’est-ce pas lui qui en dirigeait les mouvements ? Pourquoi donc après sa mort, d’accord avec un autre Esprit lié à un corps, n’emprunterait-il pas ce corps vivant pour manifester sa pensée comme un muet peut se servir d’un parlant pour se faire comprendre ?

6. Faisons pour un instant abstraction des faits qui, pour nous, rendent la chose incontestable ; admettons-la à titre de simple hypothèse ; nous demandons que les incrédules nous prouvent, non par une simple négation, car leur avis personnel ne peut faire loi, mais par des raisons péremptoires, que cela ne se peut pas. Nous nous plaçons sur leur terrain, et puisqu’ils veulent apprécier les faits spirites à l’aide des lois de la matière, qu’ils puisent donc dans cet arsenal quelque démonstration mathématique, physique, chimique, mécanique, physiologique, et prouvent par a plus b, toujours en partant du principe de l’existence et de la survivance de l’âme :

1° Que l’être qui pense en nous pendant la vie ne doit plus penser après la mort ;

2° Que s’il pense, il ne doit plus penser à ceux qu’il a aimés ;

3° Que s’il pense à ceux qu’il a aimés, il ne doit plus vouloir se communiquer à eux ;

4° Que s’il peut être partout, il ne peut pas être à nos côtés ;

5° Que s’il est à nos côtés, il ne peut pas se communiquer à nous ;

6° Que par son enveloppe fluidique il ne peut pas agir sur la matière inerte ;

7° Que s’il peut agir sur la matière inerte, il ne peut pas agir sur un être animé ;

8° Que s’il peut agir sur un être animé, il ne peut pas diriger sa main pour le faire écrire ;

9° Que, pouvant le faire écrire, il ne peut pas répondre à ses questions et lui transmettre sa pensée.

Quand les adversaires du spiritisme nous auront démontré que cela ne se peut pas, par des raisons aussi patentes que celles par lesquelles Galilée démontra que ce n’est pas le soleil qui tourne autour de la terre, alors nous pourrons dire que leurs doutes sont fondés ; malheureusement jusqu’à ce jour toute leur argumentation se résume en ces mots : Je ne crois pas, donc cela est impossible. Ils nous diront sans doute que c’est à nous de prouver la réalité des manifestations ; nous la leur prouvons par les faits et par le raisonnement ; s’ils n’admettent ni l’un ni l’autre, s’ils nient même ce qu’ils voient, c’est à eux de prouver que notre raisonnement est faux et que les faits sont impossibles.

CHAPITRE II
LE MERVEILLEUX ET LE SURNATUREL

7. Si la croyance aux Esprits et à leurs manifestations était une conception isolée, le produit d’un système, elle pourrait, avec quelque apparence de raison, être suspectée d’illusion ; mais qu’on nous dise encore pourquoi on la retrouve si vivace chez tous les peuples anciens et modernes, dans les livres saints de toutes les religions connues ? C’est, disent quelques critiques, parce que, de tout temps, l’homme a aimé le merveilleux. - Qu’est-ce donc que le merveilleux, selon vous ? - Ce qui est surnaturel. - Qu’entendez-vous par le surnaturel ? - Ce qui est contraire aux lois de la nature. - Vous connaissez donc tellement bien ces lois qu’il vous est possible d’assigner une limite à la puissance de Dieu ? Eh bien ! alors prouvez que l’existence des Esprits et leurs manifestations sont contraires aux lois de la nature ; que ce n’est pas, et ne peut être une de ces lois. Suivez la doctrine spirite, et voyez si cet enchaînement n’a pas tous les caractères d’une admirable loi, qui résout tout ce que les lois philosophiques n’ont pu résoudre jusqu’à ce jour. La pensée est un des attributs de l’Esprit ; la possibilité d’agir sur la matière, de faire impression sur nos sens, et par suite de transmettre sa pensée, résulte, si nous pouvons nous exprimer ainsi, de sa constitution physiologique : donc il n’y a dans le fait rien de surnaturel, rien de merveilleux. Qu’un homme mort, et bien mort, revive corporellement, que ses membres dispersés se réunissent pour reformer son corps, voilà du merveilleux, du surnaturel, du fantastique ; ce serait là une véritable dérogation que Dieu ne peut accomplir que par un miracle, mais il n’y a rien de semblable dans la doctrine spirite.

8. Pourtant, dira-t-on, vous admettez qu’un Esprit peut enlever une table, et la maintenir dans l’espace sans point d’appui ; n’est-ce pas une dérogation à la loi de gravité ? - Oui, à la loi connue ; mais la nature a-t-elle dit son dernier mot ? Avant qu’on eût expérimenté la force ascensionnelle de certains gaz, qui eût dit qu’une lourde machine portant plusieurs hommes peut triompher de la force d’attraction ? Aux yeux du vulgaire cela ne devait-il pas paraître merveilleux, diabolique ? Celui qui eût proposé, il y a un siècle, de transmettre une dépêche à 500 lieues, et d’en recevoir la réponse en quelques minutes, eût passé pour un fou ; s’il l’eût fait, on aurait cru qu’il avait le diable à ses ordres, car alors le diable seul était capable d’aller si vite. Pourquoi donc un fluide inconnu n’aurait-il pas la propriété, dans des circonstances données, de contrebalancer l’effet de la pesanteur, comme l’hydrogène contrebalance le poids du ballon ? Ceci, remarquons-le en passant, est une comparaison, mais non une assimilation, et uniquement pour montrer, par analogie, que le fait n’est pas physiquement impossible. Or, c’est précisément quand les savants, dans l’observation de ces sortes de phénomènes, ont voulu procéder par voie d’assimilation, qu’ils se sont fourvoyés. Au reste, le fait est là ; toutes les dénégations ne pourront faire qu’il ne soit pas, car nier n’est pas prouver ; pour nous, il n’a rien de surnaturel ; c’est tout ce que nous en pouvons dire pour le moment.

9. Si le fait est constaté, dira-t-on, nous l’acceptons, nous acceptons même la cause que vous venez d’assigner, celle d’un fluide inconnu ; mais qui prouve l’intervention des Esprits ? là est le merveilleux, le surnaturel.

Il faudrait ici toute une démonstration qui ne serait pas à sa place, et ferait d’ailleurs double emploi, car elle ressort de toutes les autres parties de l’enseignement. Toutefois, pour la résumer en quelques mots, nous dirons qu’elle est fondée, en théorie, sur ce principe : tout effet intelligent doit avoir une cause intelligente ; en pratique : sur cette observation que les phénomènes dits spirites, ayant donné des preuves d’intelligence, devaient avoir leur cause en dehors de la matière ; que cette intelligence n’étant pas celle des assistants, - ceci est un résultat d’expérience, - devait être en dehors d’eux ; puisqu’on ne voyait pas l’être agissant, c’était donc un être invisible. C’est alors que d’observation en observation on est arrivé à reconnaître que cet être invisible, auquel on a donné le nom d’Esprit, n’est autre que l’âme de ceux qui ont vécu corporellement, et que la mort a dépouillés de leur grossière enveloppe visible, ne leur laissant qu’une enveloppe éthérée, invisible dans son état normal. Voilà donc le merveilleux et le surnaturel réduits à leur plus simple expression. L’existence d’êtres invisibles une fois constatée, leur action sur la matière résulte de la nature de leur enveloppe fluidique ; cette action est intelligente, parce qu’en mourant ils n’ont perdu que leur corps, mais ont conservé l’intelligence qui est leur essence ; là est la clef de tous ces phénomènes réputés à tort surnaturels. L’existence des Esprits n’est donc point un système préconçu, une hypothèse imaginée pour expliquer les faits ; c’est un résultat d’observations, et la conséquence naturelle de l’existence de l’âme ; nier cette cause, c’est nier l’âme et ses attributs. Que ceux qui penseraient pouvoir donner de ces effets intelligents une solution plus rationnelle, pouvant surtout rendre raison de tous les faits, veuillent bien le faire, et alors on pourra discuter le mérite de chacune.

10. Aux yeux de ceux qui regardent la matière comme la seule puissance de la nature, tout ce qui ne peut être expliqué par les lois de la matière est merveilleux ou surnaturel ; et pour eux, merveilleux est synonyme de superstition. A ce titre la religion, fondée sur l’existence d’un principe immatériel, serait un tissu de superstitions ; ils n’osent le dire tout haut, mais ils le disent tout bas, et ils croient sauver les apparences en concédant qu’il faut une religion pour le peuple et pour faire que les enfants soient sages ; or, de deux choses l’une, ou le principe religieux est vrai, ou il est faux ; s’il est vrai, il l’est pour tout le monde ; s’il est faux, il n’est pas meilleur pour les ignorants que pour les gens éclairés.

11. Ceux qui attaquent le spiritisme au nom du merveilleux s’appuient donc généralement sur le principe matérialiste, puisqu’en déniant tout effet extra matériel, ils dénient, par cela même, l’existence de l’âme ; sondez le fond de leur pensée, scrutez bien le sens de leurs paroles, et vous verrez presque toujours ce principe, s’il est catégoriquement formulé, poindre sous les dehors d’une prétendue philosophie rationnelle dont ils le couvrent. En rejetant sur le compte du merveilleux tout ce qui découle de l’existence de l’âme, ils sont donc conséquents avec eux-mêmes ; n’admettant pas la cause, ils ne peuvent admettre les effets ; de là, chez eux, une opinion préconçue qui les rend impropres à juger sainement du spiritisme, parce qu’ils partent du principe de la négation de tout ce qui n’est pas matériel. Quant à nous, de ce que nous admettons les effets qui sont la conséquence de l’existence de l’âme, s’ensuit-il que nous acceptions tous les faits qualifiés de merveilleux ; que nous soyons les champions de tous les rêveurs, les adeptes de toutes les utopies, de toutes les excentricités systématiques ? Il faudrait bien peu connaître le spiritisme pour le penser ; mais nos adversaires n’y regardent pas de si près ; la nécessité de connaître ce dont ils parlent est le moindre de leurs soucis. Selon eux, le merveilleux est absurde ; or le spiritisme s’appuie sur des faits merveilleux, donc le spiritisme est absurde : c’est pour eux un jugement sans appel. Ils croient opposer un argument sans réplique quand, après avoir fait d’érudites recherches sur les convulsionnaires de Saint Médard, les camisards des Cévennes, ou les religieuses de Loudun, ils sont arrivés à y découvrir des faits patents de supercherie que personne ne conteste ; mais ces histoires sont-elles l’évangile du spiritisme ? Ses partisans ont-ils nié que le charlatanisme ait exploité certains faits à son profit ; que l’imagination en ait créé ; que le fanatisme en ait exagéré beaucoup ? Il n’est pas plus solidaire des extravagances qu’on peut commettre en son nom, que la vraie science ne l’est des abus de l’ignorance, ni la vraie religion des excès du fanatisme. Beaucoup de critiques ne jugent le spiritisme que sur les contes de fées et les légendes populaires qui en sont les fictions ; autant vaudrait juger l’histoire sur les romans historiques ou les tragédies.

12. En logique élémentaire, pour discuter une chose il faut la connaître, car l’opinion d’un critique n’a de valeur qu’autant qu’il parle en parfaite connaissance de cause ; alors seulement son opinion, fût-elle erronée, peut être prise en considération ; mais de quel poids est-elle sur une matière qu’il ne connaît pas ? Le vrai critique doit faire preuve, non seulement d’érudition, mais d’un savoir profond à l’endroit de l’objet qu’il traite, d’un jugement sain, et d’une impartialité à toute épreuve, autrement le premier ménétrier venu pourrait s’arroger le droit de juger Rossini, et un rapin celui de censurer Raphaël.

13. Le spiritisme n’accepte donc point tous les faits réputés merveilleux ou surnaturels ; loin de là, il démontre l’impossibilité d’un grand nombre et le ridicule de certaines croyances qui constituent, à proprement parler, la superstition. Il est vrai que dans ce qu’il admet, il y a des choses qui, pour les incrédules, sont du merveilleux tout pur, autrement dit de la superstition, soit ; mais au moins ne discutez que ces points, car sur les autres il n’a rien à dire, et vous prêchez des convertis. En vous attaquant à ce qu’il réfute lui-même vous prouvez votre ignorance de la chose, et vos arguments tombent à faux. Mais où s’arrête la croyance du spiritisme, dira-t-on ? Lisez, observez, et vous le saurez. Toute science ne s’acquiert qu’avec le temps et l’étude ; or, le spiritisme qui touche aux questions les plus graves de la philosophie, à toutes les branches de l’ordre social, qui embrasse à la fois l’homme physique et l’homme moral, est lui-même toute une science, toute une philosophie qui ne peut pas plus être apprise en quelques heures que toute autre science ; il y aurait autant de puérilité à voir tout le spiritisme dans une table tournante, qu’à voir toute la physique dans certains jouets d’enfant. Pour quiconque ne veut pas s’arrêter à la surface, ce ne sont pas des heures, mais des mois et des années qu’il faut pour en sonder tous les arcanes. Qu’on juge, par là, du degré de savoir et de la valeur de l’opinion de ceux qui s’arrogent le droit de juger, parce qu’ils ont vu une ou deux expériences, le plus souvent en manière de distraction et de passe-temps. Ils diront sans doute qu’ils n’ont pas le loisir de donner tout le temps nécessaire à cette étude, soit ; rien ne les y contraint ; mais alors, quand on n’a pas le temps d’apprendre une chose, on ne se mêle pas d’en parler, et encore moins de la juger, si l’on ne veut être accusé de légèreté ; or, plus on occupe une position élevée dans la science, moins on est excusable de traiter légèrement un sujet que l’on ne connaît pas.

14. Nous nous résumons dans les propositions suivantes :

1° Tous les phénomènes spirites ont pour principe l’existence de l’âme, sa survivance au corps et ses manifestations ;

2° Ces phénomènes étant fondés sur une loi de la nature n’ont rien de merveilleux ni de surnaturel dans le sens vulgaire de ces mots ;

3° Beaucoup de faits ne sont réputés surnaturels que parce qu’on n’en connaît pas la cause ; le spiritisme en leur assignant une cause les fait rentrer dans le domaine des phénomènes naturels ;

4° Parmi les faits qualifiés de surnaturels, il en est beaucoup dont le spiritisme démontre l’impossibilité, et qu’il range parmi les croyances superstitieuses ;

5° Bien que le spiritisme reconnaisse dans beaucoup de croyances populaires un fond de vérité, il n’accepte nullement la solidarité de toutes les histoires fantastiques créées par l’imagination ;

6° Juger le spiritisme sur les faits qu’il n’admet pas, c’est faire preuve d’ignorance, et ôter toute valeur à son opinion ;

7° L’explication des faits admis par le spiritisme, leurs causes et leurs conséquences morales, constituent toute une science et toute une philosophie, qui requiert une étude sérieuse, persévérante et approfondie ;

8° Le spiritisme ne peut regarder comme critique sérieux que celui qui aurait tout vu, tout étudié, tout approfondi, avec la patience et la persévérance d’un observateur consciencieux ; qui en saurait autant sur ce sujet que l’adepte le plus éclairé ; qui aurait, par conséquent, puisé ses connaissances ailleurs que dans les romans de la science ; à qui on ne pourrait opposer aucun fait dont il n’eût connaissance, aucun argument qu’il n’eût médité ; qu’il réfuterait, non par des négations, mais par d’autres arguments plus péremptoires ; qui pourrait enfin assigner une cause plus logique aux faits avérés. Ce critique est encore à trouver.

15. Nous avons tout à l’heure prononcé le mot miracle ; une courte observation à ce sujet ne sera pas déplacée dans ce chapitre sur le merveilleux.

Dans son acception primitive, et par son étymologie, le mot miracle signifie chose extraordinaire, chose admirable à voir ; mais ce mot, comme tant d’autres, s’est écarté du sens originaire, et aujourd’hui il se dit (selon l’Académie) d’un acte de la puissance divine contraire aux lois communes de la nature. Telle est, en effet, son acception usuelle, et ce n’est plus que par comparaison et par métaphore qu’on l’applique aux choses vulgaires qui nous surprennent et dont la cause est inconnue. Il n’entre nullement dans nos vues d’examiner si Dieu a pu juger utile, en certaines circonstances, de déroger aux lois établies par lui-même ; notre but est uniquement de démontrer que les phénomènes spirites, quelque extraordinaires qu’ils soient, ne dérogent nullement à ces lois, n’ont aucun caractère miraculeux, pas plus qu’ils ne sont merveilleux ou surnaturels. Le miracle ne s’explique pas ; les phénomènes spirites, au contraire, s’expliquent de la manière la plus rationnelle ; ce ne sont donc pas des miracles, mais de simples effets qui ont leur raison d’être dans les lois générales. Le miracle a encore un autre caractère, c’est d’être insolite et isolé. Or, du moment qu’un fait se reproduit, pour ainsi dire, à volonté, et par diverses personnes, ce ne peut être un miracle.

La science fait tous les jours des miracles aux yeux des ignorants : voilà pourquoi jadis ceux qui en savaient plus que le vulgaire passaient pour sorciers ; et comme on croyait que toute science surhumaine venait du diable, on les brûlait. Aujourd’hui qu’on est beaucoup plus civilisé, on se contente de les envoyer aux Petites-Maisons.

Qu’un homme réellement mort, comme nous l’avons dit en commençant, soit rappelé à la vie par une intervention divine, c’est là un véritable miracle, parce que c’est contraire aux lois de la nature. Mais si cet homme n’a que les apparences de la mort, s’il y a encore en lui un reste de vitalité latente, et que la science, ou une action magnétique, parvienne à le ranimer, pour les gens éclairés c’est un phénomène naturel ; mais aux yeux du vulgaire ignorant, le fait passera pour miraculeux, et l’auteur sera pourchassé à coups de pierres ou vénéré selon le caractère des individus. Qu’au milieu de certaines campagnes, un physicien lance un cerf-volant électrique et fasse tomber la foudre sur un arbre, ce nouveau Prométhée sera certainement regardé comme armé d’une puissance diabolique ; et, soit dit en passant, Prométhée nous semble singulièrement avoir devancé Franklin ; mais Josué arrêtant le mouvement du soleil, ou plutôt de la terre, voilà le véritable miracle, car nous ne connaissons aucun magnétiseur doué d’une assez grande puissance pour opérer un tel prodige. De tous les phénomènes spirites, un des plus extraordinaires est, sans contredit, celui de l’écriture directe, et l’un de ceux qui démontrent de la manière la plus patente l’action des intelligences occultes ; mais de ce que le phénomène est produit par des êtres occultes, il n’est pas plus miraculeux que tous les autres phénomènes qui sont dus à des agents invisibles, parce que ces êtres occultes, qui peuplent les espaces, sont une des puissances de la nature, puissance dont l’action est incessante sur le monde matériel, aussi bien que sur le monde moral.

Le spiritisme, en nous éclairant sur cette puissance, nous donne la clef d’une foule de choses inexpliquées et inexplicables par tout autre moyen, et qui ont pu, dans des temps reculés, passer pour des prodiges ; il révèle, de même que le magnétisme, une loi, sinon inconnue, du moins mal comprise ; ou, pour mieux dire, on connaissait les effets, car ils se sont produits de tout temps, mais on ne connaissait pas la loi, et c’est l’ignorance de cette loi qui a engendré la superstition. Cette loi connue, le merveilleux disparaît, et les phénomènes rentrent dans l’ordre des choses naturelles. Voilà pourquoi les spirites ne font pas plus de miracles en faisant tourner une table ou écrire des trépassés, que le médecin en faisant revivre un moribond, ou le physicien en faisant tomber la foudre. Celui qui prétendrait, à l’aide de cette science, faire des miracles, serait ou un ignorant de la chose, ou un faiseur de dupes.

16. Les phénomènes spirites, de même que les phénomènes magnétiques, avant qu’on en connût la cause, ont dû passer pour des prodiges ; or, comme les sceptiques, les esprits forts, c’est-à-dire ceux qui ont le privilège exclusif de la raison et du bon sens, ne croient pas qu’une chose soit possible du moment qu’ils ne la comprennent pas, voilà pourquoi tous les faits réputés prodigieux sont l’objet de leurs railleries ; et comme la religion contient un grand nombre de faits de ce genre, ils ne croient pas à la religion, et de là à l’incrédulité absolue il n’y a qu’un pas. Le spiritisme, en expliquant la plupart de ces faits, leur donne une raison d’être. Il vient donc en aide à la religion en démontrant la possibilité de certains faits qui, pour n’avoir plus le caractère miraculeux, n’en sont pas moins extraordinaires, et Dieu n’en est ni moins grand, ni moins puissant, pour n’avoir pas dérogé à ses lois. De quels quolibets les enlèvements de saint Cupertin n’ont-ils pas été l’objet ! Or, la suspension éthéréenne des corps graves est un fait expliqué par la loi spirite ; nous en avons été personnellement témoin oculaire, et M. Home, ainsi que d’autres personnes de notre connaissance, ont renouvelé à plusieurs reprises le phénomène produit par saint Cupertin. Donc ce phénomène rentre dans l’ordre des choses naturelles.

17. Au nombre des faits de ce genre il faut placer en première ligne les apparitions, parce que ce sont les plus fréquents. Celle de la Salette, qui divise même le clergé, n’a pour nous rien d’insolite. Assurément nous ne pouvons affirmer que le fait a eu lieu, parce que nous n’en avons pas la preuve matérielle ; mais, pour nous, il est possible, attendu que des milliers de faits analogues récents nous sont connus ; nous y croyons, non seulement parce que leur réalité est avérée pour nous, mais surtout parce que nous nous rendons parfaitement compte de la manière dont ils se produisent. Qu’on veuille bien se reporter à la théorie que nous donnons plus loin des apparitions, et l’on verra que ce phénomène devient aussi simple et aussi plausible qu’une foule de phénomènes physiques qui ne sont prodigieux que faute d’en avoir la clef. Quant au personnage qui s’est présenté à la Salette, c’est une autre question ; son identité ne nous est nullement démontrée ; nous constatons simplement qu’une apparition peut avoir eu lieu, le reste n’est pas de notre compétence ; chacun peut à cet égard garder ses convictions, le spiritisme n’a pas à s’en occuper ; nous disons seulement que les faits produits par le spiritisme nous révèlent des lois nouvelles, et nous donnent la clef d’une foule de choses qui paraissaient surnaturelles ; si quelques-uns de ceux qui passaient pour miraculeux y trouvent une explication logique, c’est un motif pour ne pas se hâter de nier ce que l’on ne comprend pas.

Les phénomènes spirites sont contestés par certaines personnes, précisément parce qu’ils paraissent sortir de la loi commune et qu’on ne s’en rend pas compte. Donnez-leur une base rationnelle, et le doute cesse. L’explication, dans ce siècle où l’on ne se paye pas de mots, est donc un puissant motif de conviction ; aussi voyons-nous tous les jours des personnes qui n’ont été témoins d’aucun fait, qui n’ont vu ni une table tourner, ni un médium écrire, et qui sont aussi convaincues que nous, uniquement parce qu’elles ont lu et compris. Si l’on ne devait croire qu’à ce que l’on a vu de ses yeux, nos convictions se réduiraient à bien peu de chose.

CHAPITRE III
METHODE

18. Le désir très naturel et très louable de tout adepte, désir qu’on ne saurait trop encourager, est de faire des prosélytes. C’est en vue de faciliter leur tâche que nous nous proposons d’examiner ici la marche la plus sûre, selon nous, pour atteindre ce but, afin de leur épargner des efforts inutiles.

Nous avons dit que le spiritisme est toute une science, toute une philosophie ; celui qui veut sérieusement le connaître doit donc, comme première condition, s’astreindre à une étude sérieuse, et se persuader que, pas plus que toute autre science, il ne peut s’apprendre en jouant. Le spiritisme, nous l’avons dit, touche à toutes les questions qui intéressent l’humanité ; son champ est immense, et c’est surtout dans ses conséquences qu’il convient de l’envisager. La croyance aux Esprits en forme sans doute la base, mais elle ne suffit pas plus pour faire un spirite éclairé, que la croyance en Dieu ne suffit pour faire un théologien. Voyons donc de quelle manière il convient de procéder à cet enseignement pour amener plus sûrement la conviction.

Que les adeptes ne soient point effrayés par ce mot d’enseignement ; il n’y a pas que l’enseignement donné du haut de la chaire ou de la tribune ; il y a aussi celui de la simple conversation. Toute personne qui cherche à en persuader une autre, soit par la voie des explications, soit par celles des expériences, fait de l’enseignement ; ce que nous désirons, c’est que sa peine porte des fruits, et c’est pour cela que nous croyons devoir donner quelques conseils, dont pourront également profiter ceux qui veulent s’instruire par eux-mêmes ; ils y trouveront le moyen d’arriver plus sûrement et plus promptement au but.

19. On croit généralement que pour convaincre, il suffit de montrer des faits ; cela semble en effet la marche la plus logique, et pourtant l’expérience montre que ce n’est pas toujours la meilleure, car on voit souvent des personnes que les faits les plus patents ne convainquent nullement. A quoi cela tient-il ? C’est ce que nous allons essayer de démontrer.

Dans le spiritisme, la question des Esprits est secondaire et consécutive ; ce n’est pas le point de départ, et là précisément est l’erreur dans laquelle on tombe, et qui souvent fait échouer vis-à-vis de certaines personnes. Les Esprits n’étant autre chose que les âmes des hommes, le véritable point de départ est donc l’existence de l’âme. Or, comment le matérialiste peut-il admettre que des êtres vivent en dehors du monde matériel, alors qu’il croit que lui-même n’est que matière ? Comment peut-il croire à des Esprits en dehors de lui, quand il ne croit pas en avoir un en lui ? En vain accumulerait-on à ses yeux les preuves les plus palpables, il les contestera toutes, parce qu’il n’admet pas le principe. Tout enseignement méthodique doit procéder du connu à l’inconnu ; pour le matérialiste, le connu c’est la matière ; partez donc de la matière, et tâchez avant tout, en la lui faisant observer, de le convaincre qu’en lui il y a quelque chose qui échappe aux lois de la matière ; en un mot, avant de le rendre SPIRITE, tâchez de le rendre SPIRITUALISTE ; mais pour cela, c’est un tout autre ordre de faits, un enseignement tout spécial auquel il faut procéder par d’autres moyens ; lui parler des Esprits avant qu’il soit convaincu d’avoir une âme, c’est commencer par où il faudrait finir, car il ne peut admettre la conclusion s’il n’admet pas les prémisses. Avant donc d’entreprendre de convaincre un incrédule, même par les faits, il convient de s’assurer de son opinion par rapport à l’âme, c’est-à-dire s’il croit à son existence, à sa survivance au corps, à son individualité après la mort ; si sa réponse est négative, ce serait peine perdue que de lui parler des Esprits. Voilà la règle ; nous ne disons pas qu’elle soit sans exception, mais alors c’est qu’il y a probablement une autre cause qui le rend moins réfractaire.

20. Parmi les matérialistes, il faut distinguer deux classes : dans la première nous mettrons ceux qui le sont par système ; chez eux ce n’est point le doute, c’est la négation absolue, raisonnée à leur manière ; à leurs yeux l’homme n’est qu’une machine qui va tant qu’elle est montée, qui se détraque, et dont, après la mort, il ne reste que la carcasse. Leur nombre est heureusement fort restreint et ne constitue nulle part une école hautement avouée ; nous n’avons pas besoin d’insister sur les déplorables effets qui résulteraient pour l’ordre social de la vulgarisation d’une pareille doctrine ; nous nous sommes suffisamment étendu sur ce sujet dans le Livre des Esprits (n° 147 et conclusion § III).

Quand nous avons dit que le doute cesse chez les incrédules en présence d’une explication rationnelle, il faut en excepter les matérialistes quand même, ceux qui nient toute puissance et tout principe intelligent en dehors de la matière ; la plupart s’obstinent dans leur opinion par orgueil, et croient leur amour-propre engagé à y persister ; ils y persistent envers et contre toutes preuves contraires, parce qu’ils ne veulent pas avoir le dessous. Avec ces gens-là, il n’y a rien à faire ; il ne faut même pas se laisser prendre au faux-semblant de sincérité de ceux qui disent : faites-moi voir et je croirai. Il y en a qui sont plus francs et qui disent carrément : je verrais que je ne croirais pas.

21. La seconde classe de matérialistes, et de beaucoup la plus nombreuse, car le vrai matérialisme est un sentiment anti-naturel, comprend ceux qui le sont par indifférence, et l’on peut dire faute de mieux ; ils ne le sont pas de propos délibéré, et ne demandent pas mieux que de croire, car l’incertitude est pour eux un tourment. Il y a en eux une vague aspiration vers l’avenir ; mais cet avenir leur a été présenté sous des couleurs que leur raison ne peut accepter ; de là le doute, et, comme conséquence du doute, l’incrédulité. Chez eux l’incrédulité n’est donc point un système ; aussi présentez-leur quelque chose de rationnel, et ils l’acceptent avec empressement ; ceux-là peuvent donc nous comprendre, car ils sont plus près de nous qu’ils ne le croient sans doute eux-mêmes. Avec le premier, ne parlez ni de révélation, ni des anges, ni du paradis, il ne vous comprendrait pas ; mais en vous plaçant sur son terrain, prouvez-lui d’abord que les lois de la physiologie sont impuissantes pour rendre raison de tout ; le reste viendra ensuite. Il en est tout autrement quand l’incrédulité n’est pas préconçue, car alors la croyance n’est pas absolument nulle ; c’est un germe latent étouffé par de mauvaises herbes, mais qu’une étincelle peut ranimer ; c’est l’aveugle à qui on rend la vue, et qui est joyeux de revoir la lumière, c’est le naufragé à qui l’on tend une planche de salut.

22. A côté des matérialistes proprement dits, il y a une troisième classe d’incrédules qui, bien que spiritualistes, au moins de nom, n’en sont pas moins très réfractaires ; ce sont les incrédules de mauvaise volonté. Ceux-là seraient fâchés de croire, parce que cela troublerait leur quiétude dans les jouissances matérielles ; ils craignent d’y voir la condamnation de leur ambition, de leur égoïsme et des vanités humaines dont ils font leurs délices ; ils ferment les yeux pour ne pas voir et se bouchent les oreilles pour ne pas entendre. On ne peut que les plaindre.

23. Nous ne parlerons que pour mémoire d’une quatrième catégorie que nous appellerons celle des incrédules intéressés ou de mauvaise foi. Ceux-là savent très bien à quoi s’en tenir sur le spiritisme, mais ostensiblement ils le condamnent par des motifs d’intérêt personnel. D’eux, il n’y a rien à dire, comme il n’y a rien à faire avec eux. Si le matérialiste pur se trompe, il a au moins pour lui l’excuse de la bonne foi ; on peut le ramener en lui prouvant son erreur ; ici, c’est un parti-pris contre lequel tous les arguments viennent se briser ; le temps se chargera de leur ouvrir les yeux et de leur montrer, peut-être à leurs dépens, où étaient leurs véritables intérêts, car ne pouvant empêcher la vérité de se répandre, ils seront entraînés par le torrent, et avec eux les intérêts qu’ils croyaient sauvegarder.

24. Outre ces diverses catégories d’opposants, il y a une infinité de nuances parmi lesquelles on peut compter les incrédules par pusillanimité : le courage leur viendra quand ils verront que les autres ne se brûlent pas ; les incrédules par scrupules religieux : une étude éclairée leur apprendra que le spiritisme s’appuie sur les bases fondamentales de la religion, et qu’il respecte toutes les croyances ; qu’un de ses effets est de donner des sentiments religieux à ceux qui n’en ont pas, de les fortifier chez ceux en qui ils sont chancelants ; puis viennent les incrédules par orgueil, par esprit de contradiction, par insouciance, par légèreté, etc..

25. Nous ne pouvons omettre une catégorie que nous appellerons celle des incrédules par déceptions. Elle comprend les personnes qui ont passé d’une confiance exagérée à l’incrédulité, parce qu’elles ont éprouvé des mécomptes ; alors, découragées, elles ont tout abandonné, tout rejeté. Elles sont dans le cas de celui qui nierait la bonne foi, parce qu’il aurait été trompé. C’est encore le résultat d’une étude incomplète du spiritisme et d’un défaut d’expérience. Celui qui est mystifié par les Esprits, c’est généralement parce qu’il leur demande ce qu’ils ne doivent pas ou ne peuvent pas dire, ou parce qu’il n’est pas assez éclairé sur la chose pour discerner la vérité de l’imposture. Beaucoup, d’ailleurs, ne voient dans le spiritisme qu’un nouveau moyen de divination, et s’imaginent que les Esprits sont faits pour dire la bonne aventure ; or, les Esprits légers et moqueurs ne se font pas faute de s’amuser à leurs dépens : c’est ainsi qu’ils annonceront des maris aux jeunes filles ; à l’ambitieux, des honneurs, des héritages, des trésors cachés, etc. ; de là souvent des déceptions désagréables, mais dont l’homme sérieux et prudent sait toujours se préserver.

26. Une classe très nombreuse, la plus nombreuse même de toutes, mais qui ne saurait être rangée parmi les opposants, est celle des incertains ; ils sont généralement spiritualistes par principe ; chez la plupart, il y a une vague intuition des idées spirites, une aspiration vers quelque chose qu’ils ne peuvent définir ; il ne manque à leurs pensées que d’être coordonnées et formulées ; le spiritisme est pour eux comme un trait de lumière : c’est la clarté qui dissipe le brouillard ; aussi l’accueillent-ils avec empressement, parce qu’il les délivre des angoisses de l’incertitude.

27. Si, de là, nous jetons un coup d’oeil sur les diverses catégories de croyants, nous trouverons d’abord les spirites sans le savoir ; c’est, à proprement parler, une variété ou une nuance de la classe précédente. Sans avoir jamais entendu parler de la doctrine spirite, ils ont le sentiment inné des grands principes qui en découlent, et ce sentiment se reflète dans certains passages de leurs écrits et de leurs discours, à tel point qu’en les entendant on les croirait complètement initiés. On en trouve de nombreux exemples dans les écrivains sacrés et profanes, dans les poètes, les orateurs, les moralistes, les philosophes anciens et modernes.

28. Parmi ceux qu’une étude directe a convaincus on peut distinguer :

1° Ceux qui croient purement et simplement aux manifestations. Le spiritisme est pour eux une simple science d’observation, une série de faits plus ou moins curieux ; nous les appellerons spirites expérimentateurs ;

2° Ceux qui voient dans le spiritisme autre chose que des faits ; ils en comprennent la partie philosophique ; ils admirent la morale qui en découle, mais ils ne la pratiquent pas. Son influence sur leur caractère est insignifiante ou nulle ; ils ne changent rien à leurs habitudes, et ne se priveraient pas d’une seule jouissance ; l’avare est toujours ladre, l’orgueilleux toujours plein de lui-même, l’envieux et le jaloux toujours hostiles ; pour eux la charité chrétienne n’est qu’une belle maxime ; ce sont les spirites imparfaits ;

3° Ceux qui ne se contentent pas d’admirer la morale spirite, mais qui la pratiquent et en acceptent toutes les conséquences. Convaincus que l’existence terrestre est une épreuve passagère, ils tâchent de mettre à profit ces courts instants pour marcher dans la voie du progrès qui seul peut les élever dans la hiérarchie du monde des Esprits, en s’efforçant de faire le bien et de réprimer leurs penchants mauvais ; leurs relations sont toujours sûres, car leur conviction les éloigne de toute pensée du mal. La charité est en toutes choses la règle de leur conduite ; ce sont là les vrais spirites ou mieux les spirites chrétiens.

4° Il y a enfin les spirites exaltés. L’espèce humaine serait parfaite si elle ne prenait jamais que le bon côté des choses. L’exagération en tout est nuisible ; en spiritisme elle donne une confiance trop aveugle et souvent puérile dans les choses du monde invisible, et fait accepter trop facilement et sans contrôle ce dont la réflexion et l’examen démontreraient l’absurdité ou l’impossibilité ; mais l’enthousiasme ne réfléchit pas ; il éblouit. Cette sorte d’adeptes est plus nuisible qu’utile à la cause du spiritisme ; ce sont les moins propres à convaincre, parce qu’on se défie avec raison de leur jugement ; ils sont de très bonne foi dupes, soit des Esprits mystificateurs, soit des hommes qui cherchent à exploiter leur crédulité. S’ils devaient en subir seuls les conséquences, il n’y aurait que demi-mal ; le pis, c’est qu’ils donnent sans le vouloir des armes aux incrédules qui cherchent bien plutôt les occasions de railler que de se convaincre, et ne manquent pas d’imputer à tous le ridicule de quelques-uns. Cela n’est sans doute ni juste ni rationnel ; mais, on le sait, les adversaires du spiritisme ne reconnaissent que leur raison comme étant de bon aloi, et connaître à fond ce dont ils parlent est le moindre de leurs soucis.

29. Les moyens de conviction varient extrêmement selon les individus ; ce qui persuade les uns ne produit rien sur d’autres ; tel est convaincu par certaines manifestations matérielles, tel autre par des communications intelligentes, le plus grand nombre par le raisonnement. Nous pouvons même dire que, pour la plupart de ceux qui ne sont pas préparés par le raisonnement, les phénomènes matériels sont de peu de poids ; plus ces phénomènes sont extraordinaires, et s’écartent davantage des lois connues, plus ils rencontrent d’opposition, et cela par une raison très simple, c’est qu’on est naturellement porté à douter d’une chose qui n’a pas une sanction rationnelle ; chacun l’envisage à son point de vue et se l’explique à sa manière : le matérialiste y voit une cause purement physique ou une supercherie ; l’ignorant et le superstitieux, une cause diabolique ou surnaturelle ; tandis qu’une explication préalable a pour effet de déduire les idées préconçues et de montrer, sinon la réalité, du moins la possibilité de la chose ; on la comprend avant de l’avoir vue ; or, du moment que la possibilité est reconnue, la conviction est aux trois quarts faite.

30. Est-il utile de chercher à convaincre un incrédule obstiné ? Nous avons dit que cela dépend des causes et de la nature de son incrédulité ; souvent l’insistance que l’on met à le persuader lui fait croire à son importance personnelle, et c’est une raison pour lui de s’obstiner davantage. Celui qui n’est convaincu ni par le raisonnement ni par les faits, c’est qu’il doit subir encore l’épreuve de l’incrédulité ; il faut laisser à la Providence le soin d’amener pour lui des circonstances plus favorables ; assez de gens ne demandent qu’à recevoir la lumière pour ne pas perdre son temps avec ceux qui la repoussent ; adressez-vous donc aux hommes de bonne volonté dont le nombre est plus grand qu’on ne le croit, et leur exemple, en se multipliant, vaincra plus de résistances que des paroles. Le vrai spirite ne manquera jamais de bien à faire ; des coeurs affligés à soulager, des consolations à donner, des désespoirs à calmer, des réformes morales à opérer, là est sa mission ; là aussi il trouvera sa véritable satisfaction. Le spiritisme est dans l’air ; il se répand par la force des choses, et parce qu’il rend heureux ceux qui le professent. Quand ses adversaires systématiques l’entendront retentir autour d’eux, chez leurs amis même, ils comprendront leur isolement, et seront forcés ou de se taire, ou de se rendre.

31. Pour procéder, dans l’enseignement du spiritisme, comme on le ferait pour les sciences ordinaires, il faudrait passer en revue toute la série des phénomènes qui peuvent se produire, en commençant par les plus simples, et arriver successivement aux plus compliqués ; or, c’est ce qui ne se peut pas, car il serait impossible de faire un cours de spiritisme expérimental comme on fait un cours de physique et de chimie. Dans les sciences naturelles on opère sur la matière brute qu’on manipule à volonté, et l’on est à peu près toujours certain de pouvoir en régler les effets ; dans le spiritisme on a affaire à des intelligences qui ont leur liberté, et nous prouvent à chaque instant qu’elles ne sont pas soumises à nos caprices ; il faut donc observer, attendre les résultats, les saisir au passage ; aussi disons-nous hautement que quiconque se flatterait de les obtenir à volonté ne peut être qu’un ignorant ou un imposteur ; c’est pourquoi le spiritisme VRAI ne se mettra jamais en spectacle et ne montera jamais sur les tréteaux. Il y a même quelque chose d’illogique à supposer que des Esprits viennent faire la parade et se soumettre à l’investigation comme des objets de curiosité. Les phénomènes peuvent donc, ou faire défaut lorsqu’on en aurait besoin, ou se présenter dans un tout autre ordre que celui qu’on désire. Ajoutons encore que, pour les obtenir, il faut des personnes douées de facultés spéciales, et que ces facultés varient à l’infini selon l’aptitude des individus ; or, comme il est extrêmement rare que la même personne ait toutes les aptitudes, c’est une difficulté de plus, car il faudrait toujours avoir sous la main une véritable collection de médiums, ce qui n’est guère possible.

Le moyen d’obvier à cet inconvénient est très simple, c’est de commencer par la théorie ; là tous les phénomènes sont passés en revue ; ils sont expliqués, on peut s’en rendre compte, en comprendre la possibilité, connaître les conditions dans lesquelles ils peuvent se produire et les obstacles qu’ils peuvent rencontrer ; quel que soit alors l’ordre dans lequel ils sont amenés par les circonstances, ils n’ont rien qui puisse surprendre. Cette marche offre encore un autre avantage, c’est d’épargner à celui qui veut opérer une foule de mécomptes ; prémuni contre les difficultés, il peut se tenir sur ses gardes, et éviter d’acquérir l’expérience à ses dépens.

Depuis que nous nous occupons de spiritisme, il nous serait difficile de dire le nombre des personnes qui sont venues auprès de nous, et parmi celles-ci combien nous en avons vu qui étaient restées indifférentes ou incrédules en présence des faits les plus patents, et qui n’ont été convaincues que plus tard par une explication raisonnée ; combien d’autres ont été prédisposées à la conviction par le raisonnement ; combien enfin ont été persuadées sans avoir rien vu, mais uniquement parce qu’elles avaient compris. C’est donc par expérience que nous parlons, et c’est aussi pourquoi nous disons que la meilleure méthode d’enseignement spirite est de s’adresser à la raison avant de s’adresser aux yeux. C’est celle que nous suivons dans nos leçons, et nous n’avons qu’à nous en applaudir[1].

32. L’étude préalable de la théorie a un autre avantage, c’est de montrer immédiatement la grandeur du but et la portée de cette science ; celui qui débute par voir une table tourner ou frapper est plus porté à la raillerie, parce qu’il se figure difficilement que d’une table puisse sortir une doctrine régénératrice de l’humanité. Nous avons toujours remarqué que ceux qui croient avant d’avoir vu, mais parce qu’ils ont lu et compris, loin d’être superficiels, sont au contraire ceux qui réfléchissent le plus ; s’attachant plus au fond qu’à la forme, pour eux la partie philosophique est le principal, les phénomènes proprement dits sont l’accessoire, et ils se disent qu’alors même que ces phénomènes n’existeraient pas, il n’en resterait pas moins une philosophie qui seule résout des problèmes insolubles jusqu’à ce jour ; qui seule donne du passé de l’homme et de son avenir la théorie la plus rationnelle ; or, ils préfèrent une doctrine qui explique à celles qui n’expliquent pas ou qui expliquent mal. Quiconque réfléchit comprend très bien qu’on pourrait faire abstraction des manifestations, et que la doctrine n’en subsisterait pas moins ; les manifestations viennent la corroborer, la confirmer, mais elles n’en sont pas la base essentielle ; l’observateur sérieux ne les repousse pas, au contraire, mais il attend les circonstances favorables qui lui permettront d’en être témoin. La preuve de ce que nous avançons, c’est qu’avant d’avoir entendu parler des manifestations, quantité de personnes avaient l’intuition de cette doctrine qui n’a fait que donner un corps, un ensemble à leurs idées.

33. Du reste, il ne serait pas exact de dire que ceux qui commencent par la théorie manquent de sujets d’observations pratiques ; ils en ont, au contraire, qui doivent avoir à leurs yeux un plus grand poids même que ceux que l’on pourrait produire devant eux, ce sont les faits nombreux de manifestations spontanées dont nous parlerons dans les chapitres suivants. Il est peu de personnes qui n’en aient connaissance au moins par ouï-dire ; beaucoup en ont eu elles-mêmes auxquels elles n’avaient prêté qu’une médiocre attention. La théorie a pour effet de leur en donner l’explication ; et nous disons que ces faits ont un grand poids, lorsqu’ils s’appuient sur des témoignages irrécusables, parce qu’on ne peut supposer ni préparations, ni connivence. Si les phénomènes provoqués n’existaient pas, les phénomènes spontanés n’en subsisteraient pas moins, et le spiritisme n’aurait-il pour résultat que d’en donner une solution rationnelle, ce serait déjà beaucoup. Aussi, la plupart de ceux qui lisent par avance reportent leurs souvenirs sur ces faits qui sont pour eux une confirmation de la théorie.

34. On se méprendrait étrangement sur notre manière de voir si l’on supposait que nous conseillons de négliger les faits ; c’est par les faits que nous sommes arrivés à la théorie ; il est vrai qu’il nous a fallu pour cela un travail assidu de plusieurs années et des milliers d’observations ; mais puisque les faits nous ont servi et nous servent tous les jours, nous serions inconséquent avec nous-même d’en contester l’importance, alors surtout que nous faisons un livre destiné à les faire connaître. Nous disons seulement que, sans le raisonnement, ils ne suffisent pas pour déterminer la conviction ; qu’une explication préalable, en détruisant les préventions, et en montrant qu’ils n’ont rien de contraire à la raison, dispose à les accepter. Cela est si vrai, que sur dix personnes complètement novices qui assisteront à une séance d’expérimentation, fût-elle des plus satisfaisantes au point de vue des adeptes, il y en a neuf qui sortiront sans être convaincues, et quelques-unes plus incrédules qu’avant, parce que les expériences n’auront pas répondu à leur attente. Il en sera tout autrement de celles qui pourront s’en rendre compte par une connaissance théorique anticipée ; pour elles, c’est un moyen de contrôle, mais rien ne les surprend, pas même l’insuccès, parce qu’elles savent dans quelles conditions les faits se produisent, et qu’il ne faut leur demander que ce qu’ils peuvent donner. L’intelligence préalable des faits les met donc à même de se rendre compte de toutes les anomalies, mais en outre elle leur permet d’y saisir une foule de détails, de nuances souvent très délicates, qui sont pour elles des moyens de conviction, et qui échappent à l’observateur ignorant. Tels sont les motifs qui nous engagent à n’admettre à nos séances expérimentales que les personnes possédant des notions préparatoires suffisantes pour comprendre ce qu’on y fait, persuadé que les autres y perdraient leur temps ou nous feraient perdre le nôtre.

35. Ceux qui voudront acquérir ces connaissances préliminaires par la lecture de nos ouvrages, voici l’ordre que nous leur conseillons :

1° Qu’est-ce que le spiritisme ? Cette brochure, d’une centaine de pages seulement, est un exposé sommaire des principes de la doctrine spirite, un coup d’oeil général qui permet d’embrasser l’ensemble sous un cadre restreint. En peu de mots on voit le but, et l’on peut juger de sa portée. On y trouve en outre la réponse aux principales questions ou objections que sont naturellement disposées à faire les personnes novices. Cette première lecture, qui ne demande que peu de temps, est une introduction qui facilite une étude plus approfondie.

2° Le Livre des Esprits ; il contient la doctrine complète dictée par les Esprits eux-mêmes avec toute sa philosophie et toutes ses conséquences morales ; c’est la destinée de l’homme dévoilée, l’initiation à la nature des Esprits et aux mystères de la vie d’outre-tombe. En le lisant, on comprend que le spiritisme a un but sérieux, et n’est pas un passe-temps frivole.

3° Le Livre des médiums ; il est destiné à diriger dans la pratique des manifestations, par la connaissance des moyens les plus propres pour communiquer avec les Esprits ; c’est un guide soit pour les médiums, soit pour les évocateurs, et le complément du Livre des Esprits.

4° La Revue spirite ; c’est un recueil varié de faits, d’explications théoriques et de morceaux détachés qui complètent ce qui est dit dans les deux précédents ouvrages, et qui en est en quelque sorte l’application. La lecture peut en être faite en même temps, mais elle sera plus profitable et plus intelligible surtout après celle du Livre des Esprits.

Voilà pour ce qui nous concerne. Ceux qui veulent tout connaître dans une science doivent nécessairement lire tout ce qui est écrit sur la matière, ou tout au moins les choses principales, et ne pas se borner à un seul auteur ; ils doivent même lire le pour et le contre, les critiques aussi bien que les apologies, s’initier aux différents systèmes afin de pouvoir juger par la comparaison. Sous ce rapport, nous ne préconisons ni ne critiquons aucun ouvrage, ne voulant influer en rien sur l’opinion qu’on peut s’en former ; apportant notre pierre à l’édifice, nous nous mettons sur les rangs : il ne nous appartient pas d’être juge et partie, et nous n’avons pas la ridicule prétention d’être seul dispensateur de la lumière ; c’est au lecteur à faire la part du bon et du mauvais, du vrai et du faux.

CHAPITRE IV
SYSTEMES

36. Quand les phénomènes étranges du spiritisme ont commencé à se produire, ou pour mieux dire se sont renouvelés dans ces derniers temps, le premier sentiment qu’ils ont excité a été celui du doute sur leur réalité même, et encore plus sur leur cause. Lorsqu’ils ont été avérés par des témoignages irrécusables et par les expériences que chacun a pu faire, il est arrivé que chacun les a interprétés à sa manière, selon ses idées personnelles, ses croyances ou ses préventions ; de là, plusieurs systèmes qu’une observation plus attentive devait réduire à leur juste valeur.

Les adversaires du spiritisme ont cru trouver un argument dans cette divergence d’opinions en disant que les spirites eux-mêmes ne sont pas d’accord entre eux. C’était une bien pauvre raison, si l’on réfléchit que les pas de toute science naissante sont nécessairement incertains, jusqu’à ce que le temps ait permis de rassembler et de coordonner les faits qui peuvent asseoir l’opinion ; à mesure que les faits se complètent et sont mieux observés, les idées prématurées s’effacent et l’unité s’établit, du moins sur les points fondamentaux, si ce n’est dans tous les détails. C’est ce qui a eu lieu pour le spiritisme ; il ne pouvait échapper à la loi commune, et devait même, par sa nature, se prêter plus que toute autre chose à la diversité des interprétations. On peut même dire qu’à cet égard il a été plus vite que d’autres sciences ses aînées, la médecine, par exemple, qui divise encore les plus grands savants.

37. Dans l’ordre méthodique, pour suivre la marche progressive des idées, il convient de placer en tête ceux qu’on peut appeler systèmes de la négation, c’est-à-dire ceux des adversaires du spiritisme. Nous avons réfuté leurs objections dans l’introduction et dans la conclusion du Livre des Esprits, ainsi que dans le petit ouvrage intitulé : Qu’est-ce que le spiritisme ? Il serait superflu d’y revenir ici ; nous nous bornerons à rappeler en deux mots les motifs sur lesquels ils se fondent.

Les phénomènes spirites sont de deux sortes : les effets physiques et les effets intelligents. N’admettant pas l’existence des Esprits, par la raison qu’ils n’admettent rien en dehors de la matière, on conçoit qu’ils nient les effets intelligents. Quant aux effets physiques, ils les commentent à leur point de vue, et leurs arguments peuvent se résumer dans les quatre systèmes suivants.

38. Système de charlatanisme. Parmi les antagonistes, beaucoup attribuent ces effets à la supercherie, par la raison que quelques-uns ont pu être imités. Cette supposition transformerait tous les spirites en dupes, et tous les médiums en faiseurs de dupes, sans égard pour la position, le caractère, le savoir et l’honorabilité des personnes. Si elle méritait une réponse, nous dirions que certains phénomènes de la physique sont aussi imités par les prestidigitateurs, et que cela ne prouve rien contre la véritable science. Il est d’ailleurs des personnes dont le caractère écarte tout soupçon de fraude, et il faut être dépourvu de tout savoir-vivre et de toute urbanité pour oser venir leur dire en face qu’elles sont complices de charlatanisme. Dans un salon très respectable, un monsieur, soi-disant bien élevé, s’étant permis une réflexion de cette nature, la dame de la maison lui dit : «Monsieur, puisque vous n’êtes pas content, on vous rendra votre argent à la porte ;» et d’un geste lui fit comprendre ce qu’il avait de mieux à faire. Est-ce à dire pour cela que jamais il n’y a eu d’abus ? Il faudrait, pour le croire, admettre que les hommes sont parfaits. On abuse de tout, même des choses les plus saintes ; pourquoi n’abuserait-on pas du spiritisme ? Mais le mauvais usage qu’on peut faire d’une chose ne peut rien faire préjuger contre la chose elle-même ; le contrôle qu’on peut avoir touchant la bonne foi des gens est dans les motifs qui les font agir. Où il n’y a pas spéculation, le charlatanisme n’a rien à faire.

39. Système de la folie. Quelques-uns, par condescendance, veulent bien écarter le soupçon de supercherie, et prétendent que ceux qui ne font pas des dupes sont dupes eux-mêmes : ce qui revient à dire qu’ils sont des imbéciles. Quand les incrédules y mettent moins de formes, ils disent tout simplement qu’on est fou, s’attribuant ainsi sans façon le privilège du bon sens. C’est là le grand argument de ceux qui n’ont point de bonne raison à opposer. Du reste, ce mode d’attaque est devenu ridicule à force de banalité, et ne mérite pas qu’on perde son temps à le réfuter. Les spirites, d’ailleurs, ne s’en émeuvent guère ; ils prennent bravement leur parti, et se consolent en songeant qu’ils ont pour compagnons d’infortune assez de gens dont le mérite ne saurait être contesté. Il faut en effet convenir que cette folie, si folie il y a, a un bien singulier caractère, c’est qu’elle atteint de préférence la classe éclairée, parmi laquelle le spiritisme compte jusqu’à présent l’immense majorité de ses adeptes. Si, dans le nombre, on rencontre quelques excentricités, elles ne prouvent pas plus contre cette doctrine que les fous religieux ne prouvent contre la religion ; les fous mélomanes, contre la musique ; les fous mathématiciens, contre les mathématiques. Toutes les idées ont trouvé des fanatiques exagérés, et il faudrait être doué d’un jugement bien obtus pour confondre l’exagération d’une chose avec la chose elle-même. Nous renvoyons, pour plus amples explications sur ce sujet, à notre brochure : Qu’est-ce que le spiritisme ? au Livre des Esprits (Introduction, § 15).

40. Système de l’hallucination. Une autre opinion, moins offensante en ce qu’elle a une petite couleur scientifique, consiste à mettre les phénomènes sur le compte de l’illusion des sens ; ainsi, l’observateur serait de très bonne foi ; seulement, il croirait voir ce qu’il ne voit pas. Quand il voit une table se soulever et se maintenir dans l’espace sans point d’appui, la table n’aurait pas bougé de place ; il la voit en l’air par une sorte de mirage ou un effet de réfraction comme celui qui fait voir un astre, ou un objet dans l’eau, hors de sa position réelle. Cela serait possible à la rigueur ; mais ceux qui ont été témoins de ce phénomène ont pu constater l’isolement en passant sous la table suspendue, ce qui paraît difficile si elle n’a pas quitté le sol. D’un autre côté, il est arrivé maintes fois que la table s’est brisée en tombant : dira-t-on aussi que ce n’est là qu’un effet d’optique ?

Une cause physiologique bien connue peut, sans doute, faire qu’on croie voir tourner une chose qui ne bouge pas, ou qu’on croie tourner soi-même quand on est immobile ; mais quand plusieurs personnes autour d’une table sont entraînées par un mouvement si rapide qu’elles ont de la peine à le suivre, que quelques-unes sont parfois jetées par terre, dira-t-on que toutes sont prises de vertige, comme l’ivrogne qui croit voir passer sa maison devant lui ?

41. Système du muscle craqueur. S’il en était ainsi pour la vue, il ne saurait en être de même pour l’ouïe, et quand des coups frappés sont entendus par toute une assemblée, on ne peut raisonnablement les attribuer à une illusion. Nous écartons, bien entendu, toute idée de fraude, et nous supposons qu’une observation attentive a constaté qu’ils ne sont dus à aucune cause fortuite ou matérielle.

Il est vrai qu’un savant médecin en a donné une explication péremptoire, selon lui[2]. «La cause en est, dit-il, dans les contractions volontaires ou involontaires du tendon du muscle court-péronier». Il entre à ce sujet dans les détails anatomiques les plus complets pour démontrer par quel mécanisme ce tendon peut produire ces bruits, imiter les batteries du tambour et même exécuter des airs rythmés ; d’où il conclut que ceux qui croient entendre frapper des coups dans une table sont dupes ou d’une mystification, ou d’une illusion. Le fait n’est pas nouveau en lui-même ; malheureusement pour l’auteur de cette prétendue découverte, sa théorie ne peut rendre raison de tous les cas. Disons d’abord que ceux qui jouissent de la singulière faculté de faire craquer à volonté leur muscle court-péronier, ou tout autre, et de jouer des airs par ce moyen, sont des sujets exceptionnels ; tandis que celle de faire frapper les tables est très commune, et que ceux qui possèdent celle-ci ne jouissent pas tous, à beaucoup près, de la première. En second lieu, le savant docteur a oublié d’expliquer comment le craquement musculaire d’une personne immobile et isolée de la table peut y produire des vibrations sensibles au toucher ; comment ce bruit peut se répercuter à la volonté des assistants dans les différentes parties de la table, dans les autres meubles, contre les murs, au plafond, etc. ; comment, enfin, l’action de ce muscle peut s’étendre à une table qu’on ne touche pas, et la faire mouvoir. Cette explication, du reste, si c’en était une, n’infirmerait que le phénomène des coups frappés, mais ne peut concerner tous les autres modes de communications. Concluons-en qu’il a jugé sans avoir vu, ou sans avoir tout vu et bien vu. Il est toujours regrettable que des hommes de science se hâtent de donner sur ce qu’ils ne connaissent pas des explications que les faits peuvent démentir. Leur savoir même devrait les rendre d’autant plus circonspects dans leurs jugements, qu’il recule pour eux les bornes de l’inconnu.

42. Système des causes physiques. Ici nous sortons du système de la négation absolue. La réalité des phénomènes étant avérée, la première pensée qui est naturellement venue à l’esprit de ceux qui les ont reconnus a été d’attribuer les mouvements au magnétisme, à l’électricité, ou à l’action d’un fluide quelconque, en un mot, à une cause toute physique et matérielle. Cette opinion n’avait rien d’irrationnel et elle aurait prévalu si le phénomène se fût borné à des effets purement mécaniques. Une circonstance même semblait la corroborer : c’était, dans certains cas, l’accroissement de la puissance en raison du nombre des personnes ; chacune d’elles pouvait ainsi être considérée comme un des éléments d’une pile électrique humaine. Ce qui caractérise une théorie vraie, nous l’avons dit, c’est de pouvoir rendre raison de tout ; mais si un seul fait vient la contredire, c’est qu’elle est fausse, incomplète ou trop absolue. Or, c’est ce qui n’a pas tardé d’arriver ici. Ces mouvements et ces coups ont donné des signes intelligents, en obéissant à la volonté et en répondant à la pensée ; ils devaient donc avoir une cause intelligente. Dès lors que l’effet cessait d’être purement physique, la cause, par cela même, devait avoir une autre source ; aussi le système de l’action exclusive d’un agent matériel a-t-il été abandonné et ne se retrouve que chez ceux qui jugent a priori et sans avoir vu. Le point capital est donc de constater l’action intelligente, et c’est ce dont peut se convaincre quiconque veut se donner la peine d’observer.

43. Système du reflet. L’action intelligente une fois reconnue, il restait à savoir quelle était la source de cette intelligence. On a pensé que ce pouvait être celle du médium ou des assistants, qui se réfléchissait comme la lumière ou les rayons sonores. Cela était possible : l’expérience seule pouvait dire son dernier mot. Mais d’abord, remarquons que ce système s’écarte déjà complètement de l’idée purement matérialiste ; pour que l’intelligence des assistants pût se reproduire par voie indirecte, il fallait admettre en l’homme un principe en dehors de l’organisme.

Si la pensée exprimée avait toujours été celle des assistants, la théorie de la réflexion eût été confirmée ; or, le phénomène, même réduit à cette proportion, n’était-il pas du plus haut intérêt ? La pensée se répercutant dans un corps inerte et se traduisant par le mouvement et le bruit, n’était-ce pas une chose bien remarquable ? N’y avait-il pas là de quoi piquer la curiosité des savants ? Pourquoi donc l’ont-ils dédaignée, eux qui s’épuisent à la recherche d’une fibre nerveuse ?

L’expérience seule, disons-nous, pouvait donner tort ou raison à cette théorie, et l’expérience lui a donné tort, car elle démontre à chaque instant, et par les faits les plus positifs, que la pensée exprimée peut être, non seulement étrangère à celle des assistants, mais que souvent elle y est entièrement contraire ; qu’elle vient contredire toutes les idées préconçues, déjouer toutes les prévisions ; en effet, quand je pense blanc et qu’il m’est répondu noir, il m’est difficile de croire que la réponse vienne de moi. On s’appuie sur quelques cas d’identité entre la pensée exprimée et celle des assistants ; mais qu’est-ce que cela prouve, sinon que les assistants peuvent penser comme l’intelligence qui se communique ? Il n’est pas dit qu’ils doivent toujours être d’opinion opposée. Lorsque, dans la conversation, l’interlocuteur émet une pensée analogue à la vôtre, direz-vous pour cela qu’elle vient de vous ? Il suffit de quelques exemples contraires bien constatés pour prouver que cette théorie ne peut être absolue. Comment, d’ailleurs, expliquer par la réflexion de la pensée, l’écriture produite par des personnes qui ne savent pas écrire, les réponses de la plus haute portée philosophique obtenues par des personnes illettrées, celles qui sont données à des questions mentales ou dans une langue inconnue du médium, et mille autres faits qui ne peuvent laisser de doute sur l’indépendance de l’intelligence qui se manifeste ? L’opinion contraire ne peut être que le résultat d’un défaut d’observation.

Si la présence d’une intelligence étrangère est prouvée moralement par la nature des réponses, elle l’est matériellement par le fait de l’écriture directe, c’est-à-dire de l’écriture obtenue spontanément, sans plume ni crayon, sans contact, et nonobstant toutes les précautions prises pour se garantir de tout subterfuge. Le caractère intelligent du phénomène ne saurait être révoqué en doute ; donc il y a autre chose qu’une action fluidique. Ensuite, la spontanéité de la pensée exprimée en dehors de toute attente, de toute question proposée, ne permet pas d’y voir un reflet de celle des assistants.

Le système du reflet est assez désobligeant dans certains cas ; quand, dans une réunion de personnes honnêtes, survient inopinément une de ces communications révoltantes de grossièreté, ce serait faire un fort mauvais compliment aux assistants de prétendre qu’elle provient de l’un d’eux, et il est probable que chacun s’empresserait de la répudier (Voyez Livre des Esprits, Introduction, § 16).

44. Système de l’âme collective. C’est une variante du précédent. Selon ce système, l’âme seule du médium se manifeste, mais elle s’identifie avec celle de plusieurs autres vivants présents ou absents, et forme un tout collectif réunissant les aptitudes, l’intelligence et les connaissances de chacun. Quoique la brochure où cette théorie est exposée soit intitulée la lumière[3], elle nous a semblé d’un style très obscur ; nous avouons l’avoir peu comprise, et nous n’en parlons que pour mémoire. C’est, d’ailleurs, comme beaucoup d’autres, une opinion individuelle qui a fait peu de prosélytes. Le nom d’Emah Tirpsé est celui que prend l’auteur pour désigner l’être collectif qu’il représente. Il prend pour épigraphe : Il n’est rien de caché qui ne doive être connu. Cette proposition est évidemment fausse, car il est une foule de choses que l’homme ne peut pas et ne doit pas savoir ; bien présomptueux serait celui qui prétendrait pénétrer tous les secrets de Dieu.

45. Système somnambulique. Celui-ci a eu plus de partisans et en compte même encore quelques-uns. Comme le précédent, il admet que toutes les communications intelligentes ont leur source dans l’âme ou Esprit du médium ; mais, pour expliquer son aptitude à traiter des sujets en dehors de ses connaissances, au lieu de supposer en lui une âme multiple, il attribue cette aptitude à une surexcitation momentanée, des facultés mentales, à une sorte d’état somnambulique ou extatique qui exalte et développe son intelligence. On ne peut nier, dans certains cas, l’influence de cette cause ; mais il suffit d’avoir vu opérer la plupart des médiums pour se convaincre qu’elle ne peut résoudre tous les faits, et qu’elle forme l’exception et non la règle. On pourrait croire qu’il en est ainsi si le médium avait toujours l’air d’un inspiré ou d’un extatique, apparence qu’il pourrait d’ailleurs parfaitement simuler s’il voulait jouer la comédie ; mais comment croire à l’inspiration, quand le médium écrit comme une machine, sans avoir la moindre conscience de ce qu’il obtient, sans la moindre émotion, sans s’occuper de ce qu’il fait, et tout en regardant ailleurs, riant et causant de choses et d’autres ? On conçoit la surexcitation des idées, mais on ne comprend pas qu’elle puisse faire écrire celui qui ne sait pas écrire, et encore moins quand les communications sont transmises par des coups frappés, ou à l’aide d’une planchette ou d’une corbeille. Nous verrons, dans la suite de cet ouvrage, la part qu’il faut faire à l’influence des idées du médium ; mais les faits où l’intelligence étrangère se révèle par des signes incontestables sont si nombreux et si évidents, qu’ils ne peuvent laisser de doute à cet égard. Le tort de la plupart des systèmes éclos à l’origine du spiritisme est d’avoir tiré des conclusions générales de quelques faits isolés.

46. Système pessimiste, diabolique ou démoniaque. Ici nous entrons dans un autre ordre d’idées. L’intervention d’une intelligence étrangère étant constatée, il s’agissait de savoir quelle était la nature de cette intelligence. Le moyen le plus simple était sans doute de le lui demander ; mais certaines personnes n’ont pas trouvé là une garantie suffisante, et n’ont voulu voir dans toutes les manifestations qu’une oeuvre diabolique ; selon elles, le diable ou les démons peuvent seuls se communiquer. Quoique ce système trouve peu d’échos aujourd’hui, il n’en a pas moins joui un instant de quelque crédit par le caractère même de ceux qui ont cherché à le faire prévaloir. Nous ferons toutefois remarquer que les partisans du système démoniaque ne doivent point être rangés parmi les adversaires du spiritisme, bien au contraire. Que les êtres qui se communiquent soient des démons ou des anges, ce sont toujours des êtres incorporels ; or, admettre la manifestation des démons, c’est toujours admettre la possibilité de communiquer avec le monde invisible, ou tout au moins avec une partie de ce monde.

La croyance à la communication exclusive des démons, quelque irrationnelle qu’elle soit, pouvait ne pas sembler impossible alors que l’on regardait les Esprits comme des êtres créés en dehors de l’humanité ; mais depuis que l’on sait que les Esprits ne sont autre chose que les âmes de ceux qui ont vécu, elle a perdu tout son prestige, et l’on peut dire toute vraisemblance ; car il s’ensuivrait que toutes ces âmes sont des démons, fussent-elles celles d’un père, d’un fils ou d’un ami, et que nous-mêmes, en mourant, nous devenons des démons, doctrine peu flatteuse et peu consolante pour beaucoup de gens. Il sera bien difficile de persuader à une mère que l’enfant chéri qu’elle a perdu, et qui vient lui donner après sa mort des preuves de son affection et de son identité, soit un suppôt de Satan. Il est vrai que, parmi les Esprits, il y en a de très mauvais et qui ne valent pas mieux que ceux que l’on appelle démons, par une raison bien simple, c’est qu’il y a des hommes très mauvais et que la mort ne rend pas immédiatement meilleurs ; la question est de savoir si ce sont les seuls qui puissent se communiquer. A ceux qui le pensent, nous adresserons les questions suivantes :

1° Y a-t-il de bons et de mauvais Esprits ?

2° Dieu est-il plus puissant que les mauvais Esprits, ou que les démons, si vous voulez les appeler ainsi ?

3° Affirmer que les mauvais seuls se communiquent, c’est dire que les bons ne le peuvent pas ; s’il en est ainsi, de deux choses l’une : cela a lieu par la volonté ou contre la volonté de Dieu. Si c’est contre sa volonté, c’est que les mauvais Esprits sont plus puissants que lui ; si c’est par sa volonté, pourquoi, dans sa bonté, ne le permettrait-il pas aux bons pour contrebalancer l’influence des autres ?

4° Quelle preuve pouvez-vous donner de l’impuissance des bons Esprits à se communiquer ?

5° Lorsqu’on vous oppose la sagesse de certaines communications, vous répondez que le démon prend tous les masques pour mieux séduire. Nous savons, en effet, qu’il y a des Esprits hypocrites qui donnent à leur langage un faux vernis de sagesse ; mais admettez-vous que l’ignorance puisse contrefaire le vrai savoir, et une mauvaise nature contrefaire la vraie vertu, sans laisser rien percer qui puisse déceler la fraude ?

6° Si le démon seul se communique, puisqu’il est l’ennemi de Dieu et des hommes, pourquoi recommande-t-il de prier Dieu, de se soumettre à sa volonté, de subir sans murmure les tribulations de la vie, de n’ambitionner ni les honneurs ni les richesses, de pratiquer la charité et toutes les maximes du Christ ; en un mot, de faire tout ce qui est nécessaire pour détruire son empire ? Si c’est le démon qui donne de tels conseils, il faut convenir que, tout rusé qu’il est, il est bien maladroit de fournir des armes contre lui-même[4].

7° Puisque les Esprits se communiquent, c’est que Dieu le permet ; en voyant les bonnes et les mauvaises communications, n’est-il pas plus logique de penser que Dieu permet les unes pour nous éprouver, et les autres pour nous conseiller le bien ?

8° Que penseriez-vous d’un père qui laisserait son enfant à la merci des exemples et des conseils pernicieux, et qui écarterait de lui, qui lui interdirait de voir les personnes qui pourraient le détourner du mal ? Ce qu’un bon père ne ferait pas, doit-on penser que Dieu, qui est la bonté par excellence, fasse moins que ne ferait un homme ?

9° L’Eglise reconnaît comme authentiques certaines manifestations de la Vierge et autres saints, dans des apparitions, visions, communications orales, etc. ; cette croyance n’est-elle pas contradictoire avec la doctrine de la communication exclusive des démons ?

Nous croyons que certaines personnes ont professé cette théorie de bonne foi ; mais nous croyons aussi que plusieurs l’ont fait uniquement en vue de détourner de s’occuper de ces choses, à cause des mauvaises communications que l’on est exposé à recevoir ; en disant que le diable seul se manifeste, elles ont voulu effrayer, à peu près comme lorsqu’on dit à un enfant : Ne touche pas à cela, parce que cela brûle. L’intention peut être louable, mais le but est manqué ; car la défense seule excite la curiosité, et la peur du diable retient bien peu de gens : on veut le voir, ne serait-ce que pour voir comment il est fait, et l’on est tout étonné de ne pas le trouver aussi noir qu’on l’avait cru.

Ne pourrait-on pas aussi voir un autre motif à cette théorie exclusive du diable ? Il y a des gens qui trouvent que tous ceux qui ne sont pas de leur avis ont tort ; or, ceux qui prétendent que toutes les communications sont l’oeuvre du démon, ne seraient-ils pas mus par la crainte de ne pas trouver les Esprits d’accord avec eux sur tous les points, plus encore sur ceux qui touchent aux intérêts de ce monde qu’à ceux de l’autre ? Ne pouvant nier les faits, ils ont voulu les présenter d’une manière effrayante ; mais ce moyen n’a pas plus arrêté que les autres. Où la crainte du ridicule est impuissante, il faut se résigner à laisser passer les choses.

Le musulman qui entendrait un Esprit parler contre certaines lois du Coran penserait assurément que c’est un mauvais Esprit ; il en serait de même d’un juif pour ce qui regarde certaines pratiques de la loi de Moïse. Quant aux catholiques, nous en avons entendu un affirmer que l’Esprit qui se communiquait ne pouvait être que le diable, parce qu’il s’était permis de penser autrement que lui sur le pouvoir temporel, bien qu’il n’eût, du reste, prêché que la charité, la tolérance, l’amour du prochain, et l’abnégation des choses de ce monde, toutes maximes enseignées par le Christ.

Les Esprits n’étant autres que les âmes des hommes, et les hommes n’étant pas parfaits, il en résulte qu’il y a des Esprits également imparfaits, et dont le caractère se reflète dans leurs communications. C’est un fait incontestable qu’il y en a de mauvais, d’astucieux, de profondément hypocrites, et contre lesquels il faut se tenir en garde ; mais, parce qu’on rencontre dans le monde des hommes pervers, est-ce une raison pour fuir toute société. Dieu nous a donné la raison et le jugement pour apprécier les Esprits aussi bien que les hommes. Le meilleur moyen de se prémunir contre les inconvénients que peut présenter la pratique du spiritisme, ce n’est pas de l’interdire, mais de le faire comprendre. Une crainte imaginaire n’impressionne qu’un instant et n’affecte pas tout le monde ; la réalité clairement démontrée est comprise de tous.

47. Système optimiste. A côté de ceux qui ne voient dans ces phénomènes que l’action des démons, il en est d’autres qui n’ont vu que celle des bons Esprits ; ils ont supposé que l’âme étant dégagée de la matière, aucun voile n’existait plus pour elle, et qu’elle devait avoir la souveraine science et la souveraine sagesse. Leur confiance aveugle dans cette supériorité absolue des êtres du monde invisible a été pour beaucoup la source de bien des déceptions ; ils ont appris à leurs dépens à se défier de certains Esprits, tout aussi bien que de certains hommes.

48. Système unispirite ou monospirite. Une variété du système optimiste consiste dans la croyance qu’un seul Esprit se communique aux hommes, et que cet Esprit est le Christ, qui est le protecteur de la terre. Quand on voit des communications de la plus basse trivialité, d’une grossièreté révoltante, empreintes de malveillance et de méchanceté, il y aurait profanation et impiété à supposer qu’elles pussent émaner de l’Esprit du bien par excellence. Encore si ceux qui le croient n’avaient jamais eu que des communications irréprochables, on concevrait leur illusion ; mais la plupart conviennent en avoir eu de très mauvaises, ce qu’ils expliquent en disant que c’est une épreuve que le bon Esprit leur fait subir en leur dictant des choses absurdes : ainsi, tandis que les uns attribuent toutes les communications au diable, qui peut dire de bonnes choses pour tenter, d’autres pensent que Jésus seul se manifeste et qu’il peut dire de mauvaises choses pour éprouver. Entre ces deux opinions si inverses, qui prononcera ? Le bon sens et l’expérience. Nous disons l’expérience, parce qu’il est impossible que ceux qui professent des idées aussi exclusives aient tout vu et tout bien vu.

Quand on leur objecte les faits d’identité qui attestent la présence de parents, amis ou connaissances par les manifestations écrites, visuelles ou autres, ils répondent que c’est toujours le même Esprit, le diable selon les uns, le Christ selon les autres, qui prend toutes les formes ; mais ils ne nous disent pas pourquoi les autres Esprits ne peuvent pas se communiquer, dans quel but l’Esprit de vérité viendrait nous tromper en se présentant sous de fausses apparences, abuser une pauvre mère en lui faisant croire mensongèrement qu’il est l’enfant qu’elle pleure. La raison se refuse à admettre que l’Esprit-Saint entre tous s’abaisse à jouer une pareille comédie. D’ailleurs, nier la possibilité de toute autre communication, n’est-ce pas ôter au spiritisme ce qu’il a de plus suave : la consolation des affligés ? Disons tout simplement qu’un pareil système est irrationnel et ne peut soutenir un examen sérieux.

49. Système multispirite ou polyspirite. Tous les systèmes que nous avons passés en revue, sans en excepter ceux qui sont dans le sens négatif, reposent sur quelques observations, mais incomplètes ou mal interprétées. Si une maison est rouge d’un côté et blanche de l’autre, celui qui ne l’aura vue que d’un seul côté affirmera qu’elle est rouge, un autre qu’elle est blanche : ils auront tous les deux tort et raison ; mais celui qui aura vu la maison de tous les côtés dira qu’elle est rouge et blanche, et il sera seul dans le vrai. Il en est de même à l’égard de l’opinion que l’on se fait du spiritisme : elle peut être vraie à certains égards et fausse si l’on généralise ce qui n’est que partiel, si l’on prend pour la règle ce qui n’est que l’exception, pour le tout ce qui n’est que la partie. C’est pourquoi nous disons que quiconque veut étudier sérieusement cette science doit voir beaucoup et longtemps ; le temps seul lui permettra de saisir les détails, de remarquer les nuances délicates, d’observer une multitude de faits caractéristiques qui seront pour lui des traits de lumière ; mais s’il s’arrête à la surface, il s’expose à porter un jugement prématuré, et par conséquent erroné. Voici les conséquences générales qui ont été déduites d’une observation complète et qui forment maintenant la croyance, on peut le dire, de l’universalité des spirites, car les systèmes restrictifs ne sont plus que des opinions isolées.

1° Les phénomènes spirites sont produits par des intelligences extra corporelles, autrement dit par des Esprits.

2° Les Esprits constituent le monde invisible ; ils sont partout ; les espaces en sont peuplés à l’infini ; il y en a sans cesse autour de nous avec lesquels nous sommes en contact.

3° Les Esprits réagissent incessamment sur le monde physique et sur le monde moral, et sont une des puissances de la nature.

4° Les Esprits ne sont pas des êtres à part dans la création ; ce sont les âmes de ceux qui ont vécu sur la terre ou dans d’autres mondes, et qui ont dépouillé leur enveloppe corporelle ; d’où il suit que les âmes des hommes sont des Esprits incarnés, et qu’en mourant nous devenons Esprits.

5° Il y a des Esprits de tous les degrés de bonté et de malice, de savoir et d’ignorance.

6° Ils sont tous soumis à la loi du progrès et peuvent tous arriver à la perfection ; mais comme ils ont leur libre arbitre, ils y arrivent dans un temps plus ou moins long, selon leurs efforts et leur volonté.

7° Ils sont heureux ou malheureux, selon le bien ou le mal qu’ils ont fait pendant leur vie et le degré d’avancement auquel ils sont parvenus. Le bonheur parfait et sans mélange n’est le partage que des Esprits arrivés au suprême degré de perfection.

8° Tous les Esprits, dans des circonstances données, peuvent se manifester aux hommes ; le nombre de ceux qui peuvent se communiquer est indéfini.

9° Les Esprits se communiquent par l’intermédiaire des médiums, qui leur servent d’instruments et d’interprètes.

10° On reconnaît la supériorité ou l’infériorité des Esprits à leur langage ; les bons ne conseillent que le bien et ne disent que de bonnes choses : tout en eux atteste l’élévation ; les mauvais trompent, et toutes leurs paroles portent le cachet de l’imperfection et de l’ignorance.

Les différents degrés que parcourent les Esprits sont indiqués dans l’Echelle spirite (Livre des Esprits, livre II, chapitre I, n° 100). L’étude de cette classification est indispensable pour apprécier la nature des Esprits qui se manifestent, leurs bonnes et mauvaises qualités.

50. Système de l’âme matérielle ; il consiste uniquement dans une opinion particulière sur la nature intime de l’âme. Selon cette opinion, l’âme et le périsprit ne seraient donc point deux choses distinctes, ou, pour mieux dire, le périsprit ne serait autre que l’âme elle-même, s’épurant graduellement par les diverses transmigrations, comme l’alcool s’épure par les diverses distillations, tandis que la doctrine spirite ne considère le périsprit que comme l’enveloppe fluidique de l’âme ou de l’Esprit. Le périsprit étant une matière, quoique très éthérée, l’âme serait ainsi d’une nature matérielle plus ou moins essentielle selon le degré de son épuration.

Ce système n’infirme aucun des principes fondamentaux de la doctrine spirite, car il ne change rien à la destinée de l’âme ; les conditions de son bonheur futur sont toujours les mêmes ; l’âme et le périsprit formant un tout, sous le nom d’Esprit, comme le germe et le périsperme en forment un sous le nom de fruit, toute la question se réduit à considérer le tout comme homogène au lieu d’être formé de deux parties distinctes.

Comme on le voit, cela ne tire à aucune conséquence, et nous n’en aurions pas parlé si nous n’avions rencontré des personnes portées à voir une nouvelle école dans ce qui n’est, en définitive, qu’une simple interprétation de mots. Cette opinion, très restreinte du reste, fût-elle même plus générale, n’en constituerait pas plus une scission entre les spirites que les deux théories de l’émission ou des ondulations de la lumière n’en font une entre les physiciens. Ceux qui voudraient faire bande à part pour une question aussi puérile prouveraient par cela seul qu’ils attachent plus d’importance à l’accessoire qu’à la chose principale, et qu’ils sont poussés à la désunion par des Esprits qui ne peuvent pas être bons, car les bons Esprits ne soufflent jamais l’aigreur et la zizanie ; c’est pourquoi nous engageons tous les vrais spirites à se tenir en garde contre de pareilles suggestions, et à ne pas attacher à certains détails plus d’importance qu’ils n’en méritent ; l’essentiel c’est le fond.

Nous croyons néanmoins devoir dire en quelques mots sur quoi s’appuie l’opinion de ceux qui considèrent l’âme et le périsprit comme deux choses distinctes. Elle est fondée sur l’enseignement des Esprits qui n’ont jamais varié à cet égard ; nous parlons des Esprits éclairés, car parmi eux il en est qui n’en savent pas plus et même moins que les hommes, tandis que la théorie contraire est une conception humaine. Nous n’avons ni inventé, ni supposé le périsprit pour expliquer les phénomènes ; son existence nous a été révélée par les Esprits, et l’observation nous l’a confirmée (Livre des Esprits, n° 93). Elle s’appuie encore sur l’étude des sensations chez les Esprits (Livre des Esprits, n° 257) et surtout sur le phénomène des apparitions tangibles qui impliquerait, selon l’autre opinion, la solidification et la désagrégation des parties constituantes de l’âme, et par conséquent sa désorganisation. Il faudrait en outre admettre que cette matière, qui peut tomber sous les sens, est elle-même le principe intelligent, ce qui n’est pas plus rationnel que de confondre le corps avec l’âme, ou l’habit avec le corps. Quant à la nature intime de l’âme, elle nous est inconnue. Quand on dit qu’elle est immatérielle, il faut l’entendre dans le sens relatif et non absolu, car l’immatérialité absolue serait le néant ; or, l’âme ou l’Esprit, c’est quelque chose ; on veut dire que son essence est tellement supérieure qu’elle n’a aucune analogie avec ce que nous appelons matière, et qu’ainsi, pour nous, elle est immatérielle (Livre des Esprits, n° 23 et 82).

51. Voici la réponse donnée à ce sujet par un Esprit :

«Ce que les uns nomment périsprit n’est pas autre chose que ce que les autres appellent enveloppe matérielle fluidique. Je dirai, pour me faire comprendre d’une manière plus logique, que ce fluide est la perfectibilité des sens, l’extension de la vue et des idées ; je parle ici des Esprits élevés. Quant aux Esprits inférieurs, les fluides terrestres sont encore complètement inhérents à eux ; donc c’est matière, comme vous voyez ; de là les souffrances de la faim, du froid, etc., souffrances que ne peuvent endurer les Esprits supérieurs, attendu que les fluides terrestres sont épurés autour de la pensée, c’est-à-dire de l’âme. L’âme, pour son progrès, a toujours besoin d’un agent ; l’âme, sans agent, n’est rien pour vous, ou, pour mieux dire, ne peut être conçue par vous. Le périsprit, pour nous autres Esprits errants, est l’agent par lequel nous communiquons avec vous, soit indirectement par votre corps ou votre périsprit, soit directement à votre âme ; de là des infinies nuances de médiums et de communications. Maintenant reste le point de vue scientifique, c’est-à-dire l’essence même du périsprit ; ceci est une autre affaire. Comprenez d’abord moralement ; il ne reste plus qu’une discussion sur la nature des fluides, ce qui est inexplicable pour le moment ; la science ne connaît pas assez, mais on y arrivera si la science veut marcher avec le spiritisme. Le périsprit peut varier et changer à l’infini ; l’âme est la pensée : elle ne change pas de nature ; sous ce rapport n’allez pas plus loin, c’est un point qui ne peut être expliqué. Croyez-vous que je ne cherche pas comme vous ? Vous, vous cherchez le périsprit ; nous autres maintenant, nous cherchons l’âme. Attendez donc.» LAMENNAIS.

Ainsi, des Esprits que l’on peut considérer comme avancés n’ont pu encore sonder la nature de l’âme, comment pourrions-nous le faire nous-mêmes ? C’est donc perdre son temps que de vouloir scruter le principe des choses qui, ainsi qu’il est dit dans le Livre des Esprits (n° 17, 49), est dans les secrets de Dieu. Prétendre fouiller, à l’aide du spiritisme, ce qui n’est pas encore du ressort de l’humanité, c’est le détourner de son véritable but ; c’est faire comme l’enfant qui voudrait en savoir autant que le vieillard. Que l’homme fasse tourner le spiritisme à son amélioration morale, c’est l’essentiel ; le surplus n’est qu’une curiosité stérile et souvent orgueilleuse, dont la satisfaction ne lui fera faire aucun pas en avant ; le seul moyen d’avancer, c’est de devenir meilleur. Les Esprits qui ont dicté le livre qui porte leur nom ont prouvé leur sagesse en se renfermant, pour ce qui concerne le principe des choses, dans les limites que Dieu ne permet pas de franchir, laissant aux Esprits systématiques et présomptueux la responsabilité des théories anticipées et erronées, plus séduisantes que solides, et qui tomberont un jour devant la raison comme tant d’autres sorties des cerveaux humains. Ils n’ont dit que juste ce qui était nécessaire pour faire comprendre à l’homme l’avenir qui l’attend, et par cela même l’encourager au bien. (Voir ci-après, 2° partie, chapitre l°, Action des Esprits sur la matière.)

SECONDE PARTIE
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DES MANIFESTATIONS SPIRITES

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CHAPITRE PREMIER
ACTION DES ESPRITS SUR LA MATIERE

52. L’opinion matérialiste étant écartée, comme condamnée à la fois par la raison et par les faits, tout se résume à savoir si l’âme, après la mort, peut se manifester aux vivants. La question, ainsi réduite à sa plus simple expression, se trouve singulièrement dégagée. On pourrait d’abord demander pourquoi des êtres intelligents, qui vivent en quelque sorte dans notre milieu, quoique invisibles par leur nature, ne pourraient pas attester leur présence d’une manière quelconque. La simple raison dit qu’à cela il n’y a rien d’absolument impossible, et c’est déjà quelque chose. Cette croyance a d’ailleurs pour elle l’assentiment de tous les peuples, car on la retrouve partout et à toutes les époques ; or, une intuition ne saurait être aussi générale, ni survivre aux temps, sans reposer sur quelque chose. Elle est de plus sanctionnée par le témoignage des livres sacrés et des Pères de l’Eglise, et il a fallu le scepticisme et le matérialisme de notre siècle pour la reléguer parmi les idées superstitieuses ; si nous sommes dans l’erreur, ces autorités le sont également.

Mais ce ne sont là que des considérations morales. Une cause a surtout contribué à fortifier le doute, à une époque aussi positive que la nôtre, où l’on tient à se rendre compte de tout, où l’on veut savoir le pourquoi et le comment de chaque chose, c’est l’ignorance de la nature des Esprits et des moyens par lesquels ils peuvent se manifester. Cette connaissance acquise, le fait des manifestations n’a plus rien de surprenant et rentre dans l’ordre des faits naturels.

53. L’idée que l’on se forme des Esprits rend au premier abord le phénomène des manifestations incompréhensibles. Ces manifestations ne peuvent avoir lieu que par l’action de l’Esprit sur la matière ; c’est pourquoi ceux qui croient que l’Esprit est l’absence de toute matière se demandent, avec quelque apparence de raison, comment il peut agir matériellement. Or, là est l’erreur ; car l’Esprit n’est pas une abstraction, c’est un être défini, limité et circonscrit. L’esprit incarné dans le corps constitue l’âme ; lorsqu’il le quitte à la mort, il n’en sort pas dépouillé de toute enveloppe. Tous nous disent qu’ils conservent la forme humaine, et, en effet, lorsqu’ils nous apparaissent, c’est sous celle que nous leur connaissions.

Observons-les attentivement au moment où ils viennent de quitter la vie ; ils sont dans un état de trouble ; tout est confus autour d’eux ; ils voient leur corps sain ou mutilé selon le genre de mort ; d’un autre côté, ils se voient et se sentent vivre ; quelque chose leur dit que ce corps est à eux, et ils ne comprennent pas qu’ils en soient séparés. Ils continuent à se voir sous leur forme primitive, et cette vue produit chez quelques-uns, pendant un certain temps, une singulière illusion : celle de se croire encore vivants ; il leur faut l’expérience de leur nouvel état pour se convaincre de la réalité. Ce premier moment de trouble dissipé, le corps devient pour eux un vieux vêtement dont ils se sont dépouillés et qu’ils ne regrettent pas ; ils se sentent plus légers et comme débarrassés d’un fardeau ; ils n’éprouvent plus les douleurs physiques et sont tout heureux de pouvoir s’élever, franchir l’espace, ainsi que, de leur vivant, ils l’ont fait maintes fois dans leurs rêves[5]. Cependant, malgré l’absence du corps, ils constatent leur personnalité ; ils ont une forme, mais une forme qui ne les gêne ni ne les embarrasse ; ils ont enfin la conscience de leur moi et de leur individualité. Que devons-nous en conclure ? C’est que l’âme ne laisse pas tout dans le cercueil, et qu’elle emporte quelque chose avec elle.

54. De nombreuses observations et des faits irrécusables dont nous aurons à parler plus tard ont conduit à cette conséquence, c’est qu’il y a en l’homme trois choses ; 1° l’âme ou Esprit, principe intelligent en qui réside le sens moral ; 2° le corps, enveloppe grossière, matérielle, dont il est temporairement revêtu pour l’accomplissement de certaines vues providentielles ; 3° le périsprit, enveloppe fluidique, semi-matérielle, servant de lien entre l’âme et le corps.

La mort est la destruction, ou mieux la désagrégation de la grossière enveloppe, de celle que l’âme abandonne ; l’autre s’en dégage et suit l’âme qui se trouve, de cette manière, avoir toujours une enveloppe ; cette dernière, bien que fluidique, éthérée, vaporeuse, invisible pour nous dans son état normal, n’en est pas moins de la matière, quoique, jusqu’à présent, nous n’ayons pas pu la saisir et la soumettre à l’analyse.

Cette seconde enveloppe de l’âme ou périsprit existe donc pendant la vie corporelle ; c’est l’intermédiaire de toutes les sensations que perçoit l’Esprit, celui par lequel l’Esprit transmet sa volonté à l’extérieur et agit sur les organes. Pour nous servir d’une comparaison matérielle, c’est le fil électrique conducteur qui sert à la réception et à la transmission de la pensée ; c’est enfin cet agent mystérieux, insaisissable désigné sous le nom de fluide nerveux, qui joue un si grand rôle dans l’économie, et dont on ne tient pas assez compte dans les phénomènes physiologiques et pathologiques. La médecine, ne considérant que l’élément matériel pondérable, se prive, dans l’appréciation des faits, d’une cause incessante d’action. Mais ce n’est pas ici le lieu d’examiner cette question ; nous ferons seulement remarquer que la connaissance du périsprit est la clef d’une foule de problèmes jusqu’alors inexpliqués.

Le périsprit n’est point une de ces hypothèses auxquelles on a quelquefois recours dans la science pour l’explication d’un fait ; son existence n’est pas seulement révélée par les Esprits, c’est un résultat d’observations, ainsi que nous aurons occasion de le démontrer. Pour le moment, et pour ne pas anticiper sur les faits que nous aurons à relater, nous nous bornons à dire que, soit pendant son union avec le corps, soit après sa séparation, l’âme n’est jamais séparée de son périsprit.

55. On a dit que l’Esprit est une flamme, une étincelle ; ceci doit s’entendre de l’Esprit proprement dit, comme principe intellectuel et moral, et auquel on ne saurait attribuer une forme déterminée ; mais, à quelque degré qu’il se trouve, il est toujours revêtu d’une enveloppe ou périsprit, dont la nature s’éthérise à mesure qu’il se purifie et s’élève dans la hiérarchie ; de telle sorte que, pour nous, l’idée de forme est inséparable de celle d’Esprit, et que nous ne concevons pas l’un sans l’autre. Le périsprit fait donc partie intégrante de l’Esprit, comme le corps fait partie intégrante de l’homme ; mais le périsprit seul n’est pas plus l’Esprit que le corps seul n’est l’homme, car le périsprit ne pense pas ; il est à l’Esprit ce que le corps est à l’homme ; c’est l’agent ou l’instrument de son action.

56. La forme du périsprit est la forme humaine, et lorsqu’il nous apparaît, c’est généralement celle sous laquelle nous avons connu l’Esprit de son vivant. On pourrait croire, d’après cela, que le périsprit, dégagé de toutes les parties du corps, se moule en quelque sorte sur lui et en conserve l’empreinte, mais il ne paraît pas qu’il en soit ainsi. La forme humaine, à quelques nuances de détails près, et sauf les modifications organiques nécessitées par le milieu dans lequel l’être est appelé à vivre, se retrouve chez les habitants de tous les globes ; c’est du moins ce que disent les Esprits ; c’est également la forme de tous les Esprits non incarnés et qui n’ont que le périsprit ; c’est celle sous laquelle de tout temps on a représenté les anges ou purs Esprits ; d’où nous devons conclure que la forme humaine est la forme type de tous les êtres humains à quelque degré qu’ils appartiennent. Mais la matière subtile du périsprit n’a point la ténacité ni la rigidité de la matière compacte du corps ; elle est, si nous pouvons nous exprimer ainsi, flexible et expansible ; c’est pourquoi la forme qu’elle prend, bien que calquée sur celle du corps, n’est pas absolue ; elle se plie à la volonté de l’Esprit, qui peut lui donner telle ou telle apparence à son gré, tandis que l’enveloppe solide lui offrait une résistance insurmontable. Débarrassé de cette entrave qui le comprimait, le périsprit s’étend ou se resserre, se transforme, en un mot se prête à toutes les métamorphoses, selon la volonté qui agit sur lui. C’est par suite de cette propriété de son enveloppe fluidique que l’Esprit qui veut se faire reconnaître peut, quand cela est nécessaire, prendre l’exacte apparence qu’il avait de son vivant, voire même celle des accidents corporels qui peuvent être des signes de reconnaissance.

Les Esprits, comme on le voit, sont donc des êtres semblables à nous, formant autour de nous toute une population invisible dans l’état normal ; nous disons dans l’état normal, parce que, comme nous le verrons, cette invisibilité n’est pas absolue.

57. Revenons à la nature du périsprit, car cela est essentiel pour l’explication que nous avons à donner. Nous avons dit que, quoique fluidique, ce n’en est pas moins une sorte de matière, et ceci résulte du fait des apparitions tangibles sur lesquelles nous reviendrons. On a vu, sous l’influence de certains médiums, apparaître des mains ayant toutes les propriétés de mains vivantes, qui en ont la chaleur, que l’on peut palper, qui offrent la résistance d’un corps solide, qui vous saisissent, et qui, tout à coup, s’évanouissent comme une ombre. L’action intelligente de ces mains qui obéissent évidemment à une volonté en exécutant certains mouvements, en jouant même des airs sur un instrument, prouve qu’elles sont la partie visible d’une être intelligent invisible. Leur tangibilité, leur température, en un mot l’impression qu’elles font sur les sens, puisqu’on en a vu laisser des empreintes sur la peau, donner des coups douloureux, ou caresser délicatement, prouvent qu’elles sont d’une matière quelconque. Leur disparition instantanée prouve, en outre, que cette matière est éminemment subtile et se comporte comme certaines substances qui peuvent alternativement passer de l’état solide à l’état fluidique, et réciproquement.

58. La nature intime de l’Esprit proprement dit, c’est-à-dire de l’être pensant, nous est entièrement inconnue ; il ne se révèle à nous que par ses actes, et ses actes ne peuvent frapper nos sens matériels que par un intermédiaire matériel. L’Esprit a donc besoin de matière pour agir sur la matière. Il a pour instrument direct son périsprit, comme l’homme a son corps ; or son périsprit est matière, ainsi que nous venons de le voir. Il a ensuite pour agent intermédiaire le fluide universel, sorte de véhicule sur lequel il agit comme nous agissons sur l’air pour produire certains effets à l’aide de la dilatation, de la compression, de la propulsion ou des vibrations.

Envisagée de cette manière, l’action de l’Esprit sur la matière se conçoit facilement ; on comprend dès lors que tous les effets qui en résultent rentrent dans l’ordre des faits naturels, et n’ont rien de merveilleux. Ils n’ont paru surnaturels que parce qu’on n’en connaissait pas la cause ; la cause connue, le merveilleux disparaît, et cette cause est tout entière dans les propriétés semi-matérielles du périsprit. C’est un nouvel ordre de faits qu’une nouvelle loi vient expliquer, et dont on ne s’étonnera pas plus dans quelque temps qu’on ne s’étonne aujourd’hui de correspondre à distance par l’électricité en quelques minutes.

59. On se demandera peut-être comment l’Esprit, à l’aide d’une matière aussi subtile, peut agir sur des corps lourds et compacts, soulever des tables, etc.. Assurément, ce ne serait pas un homme de science qui pourrait faire une pareille objection ; car, sans parler des propriétés inconnues que peut avoir ce nouvel agent, n’avons-nous pas sous nos yeux des exemples analogues ? n’est-ce pas dans les gaz les plus raréfiés, dans les fluides impondérables que l’industrie trouve ses plus puissants moteurs ? Quand on voit l’air renverser des édifices, la vapeur traîner des masses énormes, la poudre gazéifiée soulever des rochers, l’électricité briser des arbres et percer des murailles, qu’y a-t-il de plus étrange à admettre que l’Esprit, à l’aide de son périsprit, puisse soulever une table ? quand on sait surtout que ce périsprit peut devenir visible, tangible, et se comporter comme un corps solide.

CHAPITRE II.
MANIFESTATIONS PHYSIQUES
TABLES TOURNANTES

60. On donne le nom de manifestations physiques à celles qui se traduisent par des effets sensibles, tels que les bruits, le mouvement et le déplacement des corps solides. Les unes sont spontanées, c’est-à-dire indépendantes de toute volonté ; les autres peuvent être provoquées. Nous ne parlerons d’abord que de ces dernières.

L’effet le plus simple, et l’un des premiers qui aient été observés, consiste dans le mouvement circulaire imprimé à une table. Cet effet se produit également sur tous les autres objets ; mais la table étant celui sur lequel on s’est le plus exercé, parce que c’était le plus commode, le nom de tables tournantes a prévalu pour la désignation de cette sorte de phénomène.

Quand nous disons que cet effet est un des premiers qui aient été observés, nous voulons dire dans ces derniers temps, car il est bien certain que tous les genres de manifestations étaient connus dès les temps les plus reculés, et il n’en peut être autrement ; puisque ce sont des effets naturels, ils ont dû se produire à toutes les époques. Tertullien parle en termes explicites des tables tournantes et parlantes.

Ce phénomène a pendant quelque temps alimenté la curiosité des salons, puis on s’en est lassé pour passer à d’autres distractions, parce que ce n’était qu’un sujet de distraction. Deux causes ont contribué à l’abandon des tables tournantes : la mode pour les gens frivoles qui consacrent rarement deux hivers au même amusement, et qui, chose prodigieuse pour eux ! en ont bien donné trois ou quatre à celui-là. Pour les gens graves et observateurs il en est sorti quelque chose de sérieux qui a prévalu ; s’ils ont négligé les tables tournantes, c’est qu’ils se sont occupés des conséquences bien autrement importantes dans leurs résultats : ils ont quitté l’alphabet pour la science ; voilà tout le secret de cet abandon apparent dont font tant de bruit les railleurs.

Quoi qu’il en soit, les tables tournantes n’en sont pas moins le point de départ pour la doctrine spirite, et à ce titre, nous leur devons quelques développements, d’autant mieux que, présentant les phénomènes dans leur plus grande simplicité, l’étude des causes en sera plus facile, et la théorie une fois établie nous donnera la clef des effets plus compliqués.

61. Pour la production du phénomène, l’intervention d’une ou plusieurs personnes douées d’une aptitude spéciale, et qu’on désigne sous le nom de médiums, est nécessaire. Le nombre des coopérants est indifférent, si ce n’est que, dans la quantité, il peut se trouver quelques médiums inconnus. Quant à ceux dont la médiumnité est nulle, leur présence est sans résultat, et même plus nuisible qu’utile, par la disposition d’esprit qu’ils y apportent souvent.

Les médiums jouissent, sous ce rapport, d’une puissance plus ou moins grande, et produisent, par conséquent, des effets plus ou moins prononcés ; souvent une personne, médium puissant, produira à elle seule beaucoup plus que vingt autres réunies ; il lui suffira de poser les mains sur la table pour qu’à l’instant elle se meuve, se dresse, se renverse, fasse des soubresauts, ou tourne avec violence.

62. Il n’y a aucun indice de la faculté médianimique ; l’expérience seule peut la faire reconnaître. Lorsque, dans une réunion, on veut essayer, il faut tout simplement s’asseoir autour d’une table, et poser à plat les mains dessus, sans pression ni contention musculaire. Dans le principe, comme on ignorait les causes du phénomène, on avait indiqué plusieurs précautions reconnues comme absolument inutiles ; telle est, par exemple, l’alternance des sexes ; tel est encore le contact des petits doigts des différentes personnes, de manière à former une chaîne non interrompue. Cette dernière précaution avait paru nécessaire alors qu’on croyait à l’action d’une sorte de courant électrique ; depuis, l’expérience en a démontré l’inutilité. La seule prescription qui soit rigoureusement obligatoire, c’est le recueillement, un silence absolu, et surtout la patience si l’effet se fait attendre. Il se peut qu’il se produise en quelques minutes, comme il peut tarder une demi-heure ou une heure ; cela dépend de la puissance médianimique des coparticipants.

63. Disons encore que la forme de la table, la substance dont elle est faite, la présence des métaux, de la soie dans les vêtements des assistants, les jours, les heures, l’obscurité ou la lumière, etc., sont aussi indifférents que la pluie ou le beau temps. Le volume seul de la table y est pour quelque chose, mais dans le cas seulement où la puissance médianimique serait insuffisante pour vaincre la résistance ; dans le cas contraire une seule personne, un enfant même, peut faire soulever une table de cent kg, alors que, dans des conditions moins favorables, douze personnes ne feraient pas mouvoir le plus petit guéridon.

Les choses étant en cet état, lorsque l’effet commence à se manifester, on entend assez généralement un petit craquement dans la table ; on sent comme un frémissement qui est le prélude du mouvement ; elle semble faire des efforts pour se démarrer, puis le mouvement de rotation se prononce ; il s’accélère au point d’acquérir une rapidité telle que les assistants ont toutes les peines du monde à le suivre. Une fois le mouvement établi, on peut même s’écarter de la table qui continue à se mouvoir en divers sens sans contact.

Dans d’autres circonstances, la table se soulève et se dresse, tantôt sur un seul pied, tantôt sur un autre, puis reprend doucement sa position naturelle. D’autres fois, elle se balance en imitant le mouvement de tangage ou de roulis. D’autres fois, enfin, mais pour cela il faut une puissance médianimique considérable, elle se détache entièrement du sol, et se maintient en équilibre dans l’espace, sans point d’appui, se soulevant même parfois jusqu’au plafond, de façon à ce qu’on puisse passer par-dessous ; puis elle redescend lentement en se balançant comme le ferait une feuille de papier, ou bien tombe violemment et se brise, ce qui prouve d’une manière patente qu’on n’est pas le jouet d’une illusion d’optique.

64. Un autre phénomène qui se produit très souvent, selon la nature du médium, c’est celui des coups frappés dans le tissu même du bois, sans aucun mouvement de la table ; ces coups, quelquefois très faibles, d’autres fois assez forts, se font également entendre dans les autres meubles de l’appartement, contre les portes, les murailles et le plafond. Nous y reviendrons dans un instant. Quand ils ont lieu dans la table, ils y produisent une vibration très appréciable par les doigts, et surtout très distincte quand on y applique l’oreille.

CHAPITRE III
MANIFESTATIONS INTELLIGENTES

65. Dans ce que nous venons de voir, rien assurément ne révèle l’intervention d’une puissance occulte, et ces effets pourraient parfaitement s’expliquer par l’action d’un courant magnétique ou électrique, ou celle d’un fluide quelconque. Telle a été, en effet, la première solution donnée à ces phénomènes, et qui pouvait avec raison passer pour très logique. Elle aurait, sans contredit, prévalu, si d’autres faits ne fussent venus en démontrer l’insuffisance ; ces faits sont les preuves d’intelligence qu’ils ont données ; or, comme tout effet intelligent doit avoir une cause intelligente, il demeurait évident qu’en admettant même que l’électricité ou tout autre fluide y jouât un rôle, il s’y mêlait une autre cause. Quelle était-elle ? quelle était cette intelligence ? c’est ce que la suite des observations a fait connaître.

66. Pour qu’une manifestation soit intelligente, il n’est pas nécessaire qu’elle soit éloquente, spirituelle ou savante ; il suffit qu’elle prouve un acte libre et volontaire, exprimant une intention ou répondant à une pensée. Assurément, quand on voit une girouette agitée par le vent, on est bien certain qu’elle n’obéit qu’à une impulsion mécanique ; mais si l’on reconnaissait dans les mouvements de la girouette des signaux intentionnels, si elle tournait à droite ou à gauche, vite ou avec lenteur au commandement, on serait bien forcé d’admettre, non pas que la girouette est intelligente, mais qu’elle obéit à une intelligence. C’est ce qui est arrivé pour la table.

67. Nous avons vu la table se mouvoir, se soulever, frapper des coups, sous l’influence d’un ou de plusieurs médiums. Le premier effet intelligent qui fut remarqué, ce fut de voir ces mouvements obéir au commandement ; ainsi, sans changer de place, la table se soulevait alternativement sur le pied désigné ; puis, en retombant, frappait un nombre déterminé de coups, répondant à une question. D’autres fois la table, sans le contact de personne, se promenait toute seule dans la chambre, allant à droite ou à gauche, en avant ou en arrière, exécutant divers mouvements sur l’ordre des assistants. Il est bien évident que nous écartons toute supposition de fraude ; que nous admettons la parfaite loyauté des assistants, attestée par leur honorabilité et leur parfait désintéressement. Nous parlerons plus tard des supercheries contre lesquelles il est prudent de se tenir en garde.

68. Au moyen des coups frappés, et surtout par les coups intimes dont nous venons de parler, on obtient des effets encore plus intelligents, comme l’imitation des diverses batteries du tambour, de la petite guerre avec feux de file ou de peloton, canonnade ; puis le grincement de la scie, les coups de marteau, le rythme de différents airs, etc.. C’était, comme on le comprend, un vaste champ ouvert à l’exploration. On s’est dit que, puisqu’il y avait là une intelligence occulte, elle devait pouvoir répondre aux questions, et elle répondit en effet par oui ou par non, au moyen d’un nombre de coups de convention. Ces réponses étaient bien insignifiantes, c’est pourquoi on eut l’idée de faire désigner les lettres de l’alphabet, et de composer ainsi des mots et des phrases.

69. Ces faits, renouvelés à volonté par des milliers de personnes et dans tous les pays, ne pouvaient laisser de doute sur la nature intelligente des manifestations. C’est alors que surgit un nouveau système selon lequel cette intelligence ne serait autre que celle du médium, de l’interrogateur ou même des assistants. La difficulté était d’expliquer comment cette intelligence pouvait se réfléchir dans la table et se traduire par des coups ; dès qu’il était avéré que ces coups n’étaient pas frappés par le médium, ils l’étaient donc par la pensée ; or, la pensée frappant des coups, c’était un phénomène plus prodigieux encore que tous ceux dont on avait été témoin. L’expérience ne tarda pas à démontrer l’inadmissibilité de cette opinion. En effet, les réponses se trouvaient fort souvent en opposition formelle avec la pensée des assistants, en dehors de la portée intellectuelle du médium, et même dans des langues ignorées de lui, ou relatant des faits inconnus de tous. Les exemples sont si nombreux, qu’il est presque impossible que quiconque s’est un peu occupé de communications spirites n’en ait pas été maintes fois témoin. Nous n’en citerons qu’un seul qui nous a été rapporté par un témoin oculaire.

70. Sur un navire de la marine impériale française, en station dans les mers de la Chine, tout l’équipage, depuis les matelots jusqu’à l’état-major, s’occupait de faire parler les tables. On eut l’idée d’évoquer l’Esprit d’un lieutenant de ce même vaisseau, mort depuis deux ans. Il vint, et, après diverses communications qui frappèrent tout le monde d’étonnement, il dit ce qui suit, par coups frappés : «Je vous prie instamment de faire payer au capitaine la somme de… (il indiquait le chiffre), que je lui dois, et que je regrette de n’avoir pu lui rembourser avant ma mort.» Personne ne connaissait le fait ; le capitaine lui-même avait oublié cette créance, assez minime du reste ; mais en cherchant dans ses comptes, il y trouva la mention de la dette du lieutenant, et dont le chiffre indiqué était parfaitement exact. Nous demandons de la pensée de qui cette indication pouvait être le reflet.

71. On perfectionna l’art de communiquer par des coups alphabétiques, mais le moyen était toujours très long ; cependant on en obtint d’une certaine étendue, ainsi que d’intéressantes révélations sur le monde des Esprits. Ceux-ci en indiquèrent d’autres, et c’est à eux que l’on doit le moyen des communications écrites.

Les premières communications de ce genre eurent lieu en adaptant un crayon au pied d’une table légère posé sur une feuille de papier. La table, mise en mouvement par l’influence d’un médium, se mit à tracer des caractères, puis des mots et des phrases. On simplifia successivement ce moyen en se servant de petites tables grandes comme la main, faites exprès, puis de corbeilles, de boîtes de carton, et enfin de simples planchettes. L’écriture était aussi courante, aussi rapide et aussi facile qu’avec la main, mais on reconnut plus tard que tous ces objets n’étaient, en définitive, que des appendices, véritables porte-crayons dont on pouvait se passer, en tenant soi-même le crayon ; la main, entraînée par un mouvement involontaire, écrivait sous l’impulsion imprimée par l’Esprit, et sans le concours de la volonté ni de la pensée du médium. Dès lors, les communications d’outre-tombe n’eurent pas plus de bornes que la correspondance habituelle entre vivants. Nous reviendrons sur ces différents moyens que nous expliquerons en détail ; nous les avons rapidement esquissés pour montrer la succession des faits qui ont conduit à constater, dans ces phénomènes, l’intervention d’intelligences occultes, autrement dit des Esprits.

CHAPITRE IV
THEORIE DES MANIFESTATIONS PHYSIQUES

Mouvements et soulèvements. - Bruits.

72. L’existence des Esprits étant démontrée par le raisonnement et par les faits, ainsi que la possibilité pour eux d’agir sur la matière, il s’agit de connaître maintenant comment s’opère cette action et comment ils s’y prennent pour faire mouvoir les tables et les autres corps inertes.

Une pensée se présente tout naturellement, et c’est celle que nous avons eue ; comme elle a été combattue par les Esprits qui nous ont donné une toute autre explication à laquelle nous étions loin de nous attendre, c’est une preuve évidente que leur théorie n’était pas notre opinion. Or, cette première pensée, chacun pourrait l’avoir comme nous ; quant à la théorie des Esprits, nous ne croyons pas qu’elle soit jamais venue à l’idée de personne. On reconnaîtra sans peine combien elle est supérieure à la nôtre, quoique moins simple, parce qu’elle donne la solution d’une foule d’autres faits qui n’y trouvaient pas une explication satisfaisante.

73. Du moment que l’on connaît la nature des Esprits, leur forme humaine, les propriétés semi-matérielles du périsprit, l’action mécanique qu’il peut avoir sur la matière ; que dans des faits d’apparition on a vu des mains fluidiques et même tangibles saisir des objets et les transporter, il était naturel de croire que l’Esprit se servait tout simplement de ses mains pour faire tourner la table, et qu’il la soulevait dans l’espace à force de bras. Mais alors, dans ce cas, quelle nécessité d’avoir un médium ? L’Esprit ne peut-il agir seul ? car le médium, qui pose le plus souvent ses mains en sens contraire du mouvement, ou même qui ne les pose pas du tout, ne peut évidemment seconder l’Esprit par une action musculaire quelconque. Laissons d’abord parler les Esprits que nous avons interrogés à ce sujet.

74. Les réponses suivantes nous ont été données par l’Esprit de saint Louis ; elles ont depuis été confirmées par beaucoup d’autres.

1. Le fluide universel est-il une émanation de la divinité ?

«Non.»

2. Est-ce une création de la divinité ?

«Tout est créé, excepté Dieu.»

3. Le fluide universel est-il en même temps l’élément universel ?

«Oui, c’est le principe élémentaire de toutes choses.»

4. A-t-il quelque rapport avec le fluide électrique dont nous connaissons les effets ?

«C’est son élément.»

5. Quel est l’état dans lequel le fluide universel se présente à nous dans sa plus grande simplicité ?

«Pour le trouver dans sa simplicité absolue, il faudrait remonter jusqu’aux purs Esprits ; dans votre monde il est toujours plus ou moins modifié pour former la matière compacte qui vous entoure ; cependant vous pouvez dire que l’état qui se rapproche le plus de cette simplicité, c’est celui du fluide que vous appelez fluide magnétique animal.»

6. Il a été dit que le fluide universel est la source de la vie ; est-il en même temps la source de l’intelligence ?

«Non ; ce fluide n’anime que la matière.»

7. Puisque c’est ce fluide qui compose le périsprit, il paraît y être dans une sorte d’état de condensation qui le rapproche, jusqu’à un certain point, de la matière proprement dite ?

«Jusqu’à un certain point, comme vous le dites, car il n’en a pas toutes les propriétés ; il est plus ou moins condensé selon les mondes.»

8. Comment un Esprit peut-il opérer le mouvement d’un corps solide ?

«Il combine une partie du fluide universel avec le fluide que dégage le médium propre à cet effet.»

9. Les Esprits soulèvent-ils la table à l’aide de leurs membres en quelque sorte solidifiés ?

«Cette réponse n’amènera pas encore ce que vous désirez. Lorsqu’une table se meut sous vos mains, l’Esprit évoqué va puiser dans le fluide universel de quoi animer cette table d’une vie factice. La table ainsi préparée, l’Esprit l’attire et la meut sous l’influence de son propre fluide dégagé par sa volonté. Lorsque la masse qu’il veut mettre en mouvement est trop pesante pour lui, il appelle à son aide des Esprits qui se trouvent dans les mêmes conditions que lui. En raison de sa nature éthérée, l’Esprit, proprement dit, ne peut agir sur la matière grossière sans intermédiaire, c’est-à-dire sans le lien qui l’unit à la matière ; ce lien, qui constitue ce que vous appelez le périsprit, vous donne la clef de tous les phénomènes spirites matériels. Je crois m’être expliqué assez clairement pour me faire comprendre.»

Remarque. Nous appelons l’attention sur cette première phrase : Cette réponse n’amènera pas ENCORE ce que vous désirez. L’Esprit avait parfaitement compris que toutes les questions précédentes n’étaient faites que pour arriver à celle-ci, et il fait allusion à notre pensée qui attendait, en effet, une toute autre réponse, c’est-à-dire la confirmation de notre idée sur la manière dont l’Esprit fait mouvoir les tables.

10. Les Esprits qu’il appelle à son aide lui sont-ils inférieurs ? sont-ils sous ses ordres ?

«Egaux, presque toujours ; souvent ils viennent d’eux-mêmes.»

11. Tous les Esprits sont-ils aptes à produire les phénomènes de ce genre ?

«Les Esprits qui produisent ces sortes d’effets sont toujours des Esprits inférieurs qui ne sont pas encore entièrement dégagés de toute influence matérielle.»

12. Nous comprenons que les Esprits supérieurs ne s’occupent pas de choses qui sont au-dessous d’eux ; mais nous demandons si, en raison de ce qu’ils sont plus dématérialisés, ils auraient la puissance de le faire s’ils en avaient la volonté.

«Ils ont la force morale comme les autres ont la force physique ; quand ils ont besoin de cette force, ils se servent de ceux qui la possèdent. Ne vous a-t-on pas dit qu’ils se servent des Esprits inférieurs comme vous le faites des portefaix ?»

Remarque. On a dit que la densité du périsprit, si l’on peut s’exprimer ainsi, varie selon l’état des mondes ; il parait qu’elle varie aussi dans le même monde selon les individus. Chez les Esprits avancés moralement il est plus subtil et se rapproche de celui des Esprits élevés ; chez les Esprits inférieurs, au contraire, il se rapproche de la matière, et c’est ce qui fait que ces Esprits de bas étage conservent si longtemps les illusions de la vie terrestre ; ils pensent et agissent comme s’ils étaient encore vivants ; ils ont les mêmes désirs, et l’on pourrait presque dire la même sensualité. Cette grossièreté du périsprit lui donnant plus d’affinité avec la matière rend les Esprits inférieurs plus propres aux manifestations physiques. C’est par la même raison qu’un homme du monde, habitué aux travaux d’intelligence, dont le corps est frêle et délicat, ne peut enlever un lourd fardeau comme un portefaix. La matière, chez lui, est en quelque sorte moins compacte, les organes moins résistants ; il a moins de fluide nerveux. Le périsprit étant à l’Esprit ce que le corps est à l’homme, et sa densité étant en raison de l’infériorité de l’Esprit, elle remplace chez lui la force musculaire, c’est-à-dire lui donne, sur les fluides nécessaires aux manifestations, une puissance plus grande que chez ceux dont la nature est plus éthérée. Si un Esprit élevé veut produire de tels effets, il fait ce que font parmi nous les gens délicats, il le fait faire par un Esprit du métier.

13. Si nous avons bien compris ce que vous avez dit, le principe vital réside dans le fluide universel ; l’Esprit puise dans ce fluide l’enveloppe semi-matérielle qui constitue son périsprit, et c’est par le moyen de ce fluide qu’il agit sur la matière inerte. Est-ce bien cela ?

«Oui ; c’est-à-dire qu’il anime la matière d’une espèce de vie factice : la matière s’anime de la vie animale. La table qui se meut sous vos mains vit comme l’animal ; elle obéit d’elle-même à l’être intelligent. Ce n’est pas celui-ci qui la pousse comme l’homme fait d’un fardeau ; lorsque la table s’enlève, ce n’est pas l’Esprit qui la soulève à force de bras, c’est la table animée qui obéit à l’impulsion donnée par l’Esprit.»

14. Quel est le rôle du médium dans ce phénomène ?

«Je l’ai dit, le fluide propre du médium se combine avec le fluide universel accumulé par l’Esprit ; il faut l’union de ces deux fluides, c’est-à-dire du fluide animalisé avec le fluide universel, pour donner la vie à la table. Mais remarquez bien que cette vie n’est que momentanée ; elle s’éteint avec l’action, et souvent avant la fin de l’action, aussitôt que la quantité de fluide n’est plus suffisante pour l’animer.»

15. L’Esprit peut-il agir sans le concours d’un médium ?

«Il peut agir à l’insu du médium ; c’est-à-dire que beaucoup de personnes servent d’auxiliaires aux Esprits pour certains phénomènes, sans s’en douter. L’Esprit puise en elles, comme à une source, le fluide animalisé dont il a besoin ; c’est ainsi que le concours d’un médium tel que vous l’entendez n’est pas toujours nécessaire, ce qui a lieu surtout dans les phénomènes spontanés.»

16. La table animée agit-elle avec intelligence ? pense-t-elle ?

«Elle ne pense pas plus que le bâton avec lequel vous faites un signe intelligent, mais la vitalité dont elle est animée lui permet d’obéir à l’impulsion d’une intelligence. Sachez donc bien que la table qui se meut ne devient pas Esprit, et qu’elle n’a, par elle-même, ni pensée, ni volonté.»

Remarque. On se sert souvent d’une expression analogue dans le langage usuel ; on dit d’une roue qui tourne avec vitesse qu’elle est animée d’un mouvement rapide.

17. Quelle est la cause prépondérante dans la production de ce phénomène : l’Esprit ou le fluide ?

«L’Esprit est la cause, le fluide est l’instrument ; les deux choses sont nécessaires.»

18. Quel rôle joue la volonté du médium dans ce cas ?

«Appeler les Esprits et les seconder dans l’impulsion donnée au fluide.»

- L’action de la volonté est-elle toujours indispensable ?

«Elle ajoute à la puissance, mais elle n’est pas toujours nécessaire, puisque le mouvement peut avoir lieu contre et malgré cette volonté, et c’est là une preuve qu’il y a une cause indépendante du médium.»

Remarque. Le contact des mains n’est pas toujours nécessaire pour faire mouvoir un objet. Il l’est le plus souvent pour donner la première impulsion, mais une fois que l’objet est animé, il peut obéir à la volonté sans contact matériel ; cela dépend soit de la puissance du médium, soit de la nature des Esprits. Un premier contact n’est même pas toujours indispensable ; on en a la preuve dans les mouvements et déplacements spontanés que l’on ne songe pas à provoquer.

19. Pourquoi tout le monde ne peut-il pas produire le même effet, et pourquoi tous les médiums n’ont-ils pas la même puissance ?

«Cela dépend de l’organisation et du plus ou moins de facilité avec laquelle la combinaison des fluides peut s’opérer ; puis, l’Esprit du médium sympathise plus ou moins avec les Esprits étrangers qui trouvent en lui la puissance fluidique nécessaire. Il en est de cette puissance comme de celle des magnétiseurs, qui est plus ou moins grande. Sous ce rapport, il y a des personnes qui sont tout à fait réfractaires ; d’autres chez lesquelles la combinaison ne s’opère que par un effort de leur volonté ; d’autres, enfin, chez lesquelles elle a lieu si naturellement et si facilement, qu’elles ne s’en doutent même pas, et qu’elles servent d’instrument à leur insu, comme nous l’avons déjà dit.» (Voir ci-après le chapitre des manifestations spontanées).

Remarque. Le magnétisme est sans aucun doute le principe de ces phénomènes, mais non tel qu’on l’entend généralement, la preuve, c’est qu’il y a de très puissants magnétiseurs qui ne feraient pas mouvoir un guéridon, et des personnes qui ne peuvent pas magnétiser, des enfants même, à qui il suffit de poser les doigts sur une lourde table pour la faire s’agiter ; donc si la puissance médianimique n’est pas en raison de la puissance magnétique, c’est qu’il y a une autre cause.

20. Les personnes dites électriques peuvent-elles être considérées comme des médiums ?

«Ces personnes puisent en elles-mêmes le fluide nécessaire à la production du phénomène, et peuvent agir sans le secours d’Esprits étrangers. Ce ne sont point alors des médiums dans le sens attaché à ce mot ; mais il se peut aussi qu’un Esprit les assiste et profite de leurs dispositions naturelles.»

Remarque. Il en serait de ces personnes comme des somnambules qui peuvent agir avec ou sans le concours d’un Esprit étranger. (Voir au chapitre des médiums, l’article relatif aux médiums somnambules.)

21. L’Esprit qui agit sur les corps solides pour les mouvoir, est-il dans la substance même des corps, ou bien en dehors de cette substance ?

«L’un et l’autre ; nous avons dit que la matière n’est point un obstacle pour les Esprits ; ils pénètrent tout ; une portion du périsprit s’identifie, pour ainsi dire, avec l’objet qu’il pénètre.»

22. Comment l’Esprit s’y prend-il pour frapper ? Se sert-il d’un objet matériel ?

«Pas plus que de ses bras pour soulever la table. Vous savez bien qu’il n’a pas de marteau à sa disposition. Son marteau, c’est le fluide combiné mis en action par sa volonté pour mouvoir ou pour frapper. Quand il meut, la lumière vous apporte la vue des mouvements ; quand il frappe, l’air vous apporte le son.»

23. Nous concevons cela quand il frappe sur un corps dur ; mais comment peut-il faire entendre du bruit ou des sons articulés dans le vague de l’air ?

«Puisqu’il agit sur la matière, il peut agir sur l’air aussi bien que sur la table. Quant aux sons articulés, il peut les imiter comme tous les autres bruits.»

24. Vous dites que l’Esprit ne se sert pas de ses mains pour remuer la table ; cependant on a vu, dans certaines manifestations visuelles, apparaître des mains dont les doigts se promenaient sur un clavier, agitaient les touches et faisaient entendre des sons. Ne semblerait-il pas qu’ici le mouvement des touches est produit par la pression des doigts ? Cette pression n’est-elle pas aussi directe et réelle quand elle se fait sentir sur nous-mêmes, quand ces mains laissent des empreintes sur la peau ?

«Vous ne pouvez comprendre la nature des Esprits et leur manière d’agir que par des comparaisons qui ne vous en donnent qu’une idée incomplète, et c’est un tort de toujours vouloir assimiler leurs procédés aux vôtres. Leurs procédés doivent être en rapport avec leur organisation. Ne vous ai-je pas dit que le fluide du périsprit pénètre la matière et s’identifie avec elle, qu’il l’anime d’une vie factice ? Eh bien ! quand l’Esprit pose les doigts sur les touches, il les pose réellement, et même il les remue ; mais ce n’est pas par la force musculaire qu’il presse sur la touche ; il anime la touche, comme il anime la table, et la touche qui obéit à sa volonté se remue et frappe la corde. Il se passe même ici une chose que vous aurez de la peine à comprendre, c’est que certains Esprits sont si peu avancés et tellement matériels, comparativement aux Esprits élevés, qu’ils ont encore les illusions de la vie terrestre, et croient agir comme lorsqu’ils avaient leur corps ; ils ne se rendent pas plus compte de la véritable cause des effets qu’ils produisent qu’un paysan ne se rend compte de la théorie des sons qu’il articule ; demandez-leur comment ils touchent du piano, ils vous diront qu’ils frappent dessus avec leurs doigts, parce qu’ils croient frapper ; l’effet se produit instinctivement chez eux sans qu’ils sachent comment, et cependant par leur volonté. Quand ils font entendre des paroles, c’est la même chose.»

Remarque. Il résulte de ces explications que les Esprits peuvent produire tous les effets que nous produisons nous-mêmes, mais par des moyens appropriés à leur organisation ; certaines forces qui leur sont propres remplacent les muscles qui nous sont nécessaires pour agir ; de même que le geste remplace, chez le muet, la parole qui lui manque.

25. Parmi les phénomènes que l’on cite comme preuves de l’action d’une puissance occulte, il y en a qui sont évidemment contraires à toutes les lois connues de la nature ; le doute alors ne semble-t-il pas permis ?

«C’est que l’homme est loin de connaître toutes les lois de la nature ; s’il les connaissait toutes, il serait Esprit supérieur. Chaque jour pourtant donne un démenti à ceux qui, croyant tout savoir, prétendent imposer des bornes à la nature, et ils n’en restent pas moins orgueilleux. En dévoilant sans cesse de nouveaux mystères, Dieu avertit l’homme de se défier de ses propres lumières, car un jour viendra où la science du plus savant sera confondue. N’avez-vous pas tous les jours des exemples de corps animés d’un mouvement capable de l’emporter sur la force de gravitation ? Le boulet, lancé en l’air, ne surmonte-t-il pas momentanément cette force ? Pauvres hommes qui croyez être bien savants, et dont la sotte vanité est à chaque instant déroutée, sachez donc que vous êtes encore bien petits.»

75. Ces explications sont claires, catégoriques et sans ambiguïté ; il en ressort ce point capital que le fluide universel, dans lequel réside le principe de la vie, est l’agent principal des manifestations, et que cet agent reçoit son impulsion de l’Esprit, que celui-ci soit incarné ou errant. Ce fluide condensé constitue le périsprit ou enveloppe semi-matérielle de l’Esprit. Dans l’état d’incarnation, le périsprit est uni à la matière du corps ; dans l’état d’erraticité, il est libre. Quand l’Esprit est incarné, la substance du périsprit est plus ou moins liée, plus ou moins adhérente, si l’on peut s’exprimer ainsi. Chez certaines personnes, il y a en quelque sorte émanation de ce fluide par suite de leur organisation, et c’est là, à proprement parler, ce qui constitue les médiums à influences physiques. L’émission du fluide animalisé peut être plus ou moins abondante, sa combinaison plus ou moins facile, de là les médiums plus ou moins puissants ; elle n’est point permanente, ce qui explique l’intermittence de la puissance.

76. Citons une comparaison. Lorsqu’on a la volonté d’agir matériellement sur un point quelconque placé à distance, c’est la pensée qui veut, mais la pensée seule n’ira pas frapper ce point ; il lui faut un intermédiaire qu’elle dirige : un bâton, un projectile, un courant d’air, etc.. Remarquez même que la pensée n’agit pas directement sur le bâton, car si on ne le touche pas il n’agira pas tout seul. La pensée, qui n’est autre que l’Esprit incarné en nous, est unie au corps par le périsprit ; or, elle ne peut pas plus agir sur le corps sans le périsprit, qu’elle ne peut agir sur le bâton sans le corps ; elle agit sur le périsprit, parce que c’est la substance avec laquelle elle a le plus d’affinité ; le périsprit agit sur les muscles, les muscles saisissent le bâton, et le bâton frappe le but. Quand l’Esprit n’est pas incarné, il lui faut un auxiliaire étranger ; cet auxiliaire est le fluide à l’aide duquel il rend l’objet propre à suivre l’impulsion de sa volonté.

77. Ainsi, quand un objet est mis en mouvement, enlevé ou lancé en l’air, ce n’est point l’Esprit qui le saisit, le pousse et le soulève, comme nous le ferions avec la main ; il le sature, pour ainsi dire, de son fluide combiné avec celui du médium, et l’objet, ainsi momentanément vivifié, agit comme le ferait un être vivant, avec cette différence que, n’ayant pas de volonté propre, il suit l’impulsion de la volonté de l’Esprit.

Puisque le fluide vital, poussé en quelque sorte par l’Esprit, donne une vie factice et momentanée aux corps inertes, que le périsprit n’est autre chose que ce même fluide vital, il s’ensuit que lorsque l’Esprit est incarné, c’est lui qui donne la vie à son corps, au moyen de son périsprit ; il y reste uni tant que l’organisation le permet ; quand il se retire, le corps meurt. Maintenant si, au lieu d’une table, on taille le bois en statue, et qu’on agisse sur cette statue comme sur la table, on aura une statue qui se remuera, qui frappera, qui répondra par ses mouvements et par ses coups ; on aura, en un mot, une statue momentanément animée d’une vie artificielle ; on a dit les tables parlantes, on pourrait aussi dire les statues parlantes. Quelle lumière cette théorie ne jette-t-elle pas sur une foule de phénomènes jusqu’alors sans solution ! Que d’allégories et d’effets mystérieux n’explique-t-elle pas !

78. Les incrédules quand même objectent que le fait de l’enlèvement des tables sans point d’appui est impossible, parce qu’il est contraire à la loi de gravitation. Nous leur répondrons d’abord que leur négation n’est pas une preuve ; secondement, que si le fait existe, il aurait beau être contraire à toutes les lois connues, cela prouverait une chose, c’est qu’il repose sur une loi inconnue, et que les négateurs ne peuvent avoir la prétention de connaître toutes les lois de la nature. Nous venons d’expliquer cette loi, mais ce n’est pas une raison pour qu’elle soit acceptée par eux, précisément parce qu’elle est donnée par des Esprits qui ont quitté leur habit terrestre, au lieu de l’être par des Esprits qui l’ont encore et qui siègent à l’Académie. De telle sorte que si l’Esprit d’Arago vivant eût donné cette loi, ils l’eussent acceptée les yeux fermés ; mais donnée par l’Esprit d’Arago mort, c’est une utopie, et pourquoi cela ? parce qu’ils croient qu’Arago étant mort, tout est mort en lui. Nous n’avons pas la prétention de les en dissuader ; cependant, comme cette objection pourrait embarrasser certaines personnes, nous allons essayer d’y répondre en nous mettant à leur point de vue, c’est-à-dire en faisant abstraction pour un instant de la théorie de l’animation factice.

79. Quand on fait le vide sous la cloche de la machine pneumatique, cette cloche adhère avec une telle force qu’il est impossible de l’enlever à cause du poids de la colonne d’air qui pèse dessus. Qu’on laisse rentrer l’air, et la cloche s’enlève avec la plus grande facilité, parce que l’air de dessous fait contrepoids avec l’air du dessus ; cependant, abandonnée à elle-même, elle restera sur le plateau en vertu de la loi de gravitation. Maintenant, que l’air de dessous soit comprimé, qu’il ait une densité plus grande que celui de dessus, la cloche sera soulevée malgré la gravitation ; si le courant d’air est rapide et violent, elle pourra être soutenue dans l’espace sans aucun appui visible, à la manière de ces bonshommes qu’on fait voltiger sur un jet d’eau. Pourquoi donc le fluide universel, qui est l’élément de toute nature, étant accumulé autour de la table, n’aurait-il pas la propriété d’en diminuer ou d’en augmenter la pesanteur spécifique relative, comme l’air le fait pour la cloche de la machine pneumatique, comme le gaz hydrogène le fait pour les ballons, sans qu’il soit pour cela dérogé aux lois de la gravitation ? Connaissez-vous toutes les propriétés et toute la puissance de ce fluide ? Non ; eh bien ! ne niez donc pas un fait parce que vous ne pouvez pas l’expliquer.

80. Revenons à la théorie du mouvement de la table. Si, par le moyen indiqué, l’Esprit peut enlever une table, il peut enlever toute autre chose : un fauteuil, par exemple. S’il peut enlever un fauteuil, il peut aussi, avec une force suffisante, enlever en même temps une personne assise dessus. Voilà donc l’explication de ce phénomène qu’a produit cent fois M. Home sur lui et sur d’autres personnes ; il l’a renouvelé pendant un voyage à Londres, et afin de prouver que les spectateurs n’étaient pas le jouet d’une illusion d’optique, il a fait au plafond une marque avec un crayon, et l’on a passé sous lui. On sait que M. Home est un puissant médium pour les effets physiques : il était, dans ce cas, la cause efficiente et l’objet.

Augmentation et diminution du poids des corps.

81. Nous avons parlé tout à l’heure de l’augmentation du poids ; c’est en effet un phénomène qui se produit quelquefois, et qui n’a rien de plus anomal que la prodigieuse résistance de la cloche sous la pression de la colonne atmosphérique. On a vu, sous l’influence de certains médiums, des objets assez légers offrir la même résistance, puis tout à coup céder au moindre effort. Dans l’expérience ci-dessus, la cloche ne pèse en réalité ni plus ni moins par elle-même, mais elle paraît plus lourde par l’effet de la cause extérieure qui agit sur elle ; il en est probablement de même ici. La table a toujours le même poids intrinsèque, car sa masse n’a pas augmenté, mais une force étrangère s’oppose à son mouvement, et cette cause peut être dans les fluides ambiants qui la pénètrent, comme celle qui augmente ou diminue le poids apparent de la cloche est dans l’air. Faites l’expérience de la cloche pneumatique devant un paysan ignorant, ne comprenant pas que c’est l’air qu’il ne voit pas qui agit, il ne sera pas difficile de lui persuader que c’est le diable.

On dira peut-être que ce fluide étant impondérable, son accumulation ne peut augmenter le poids d’un objet : d’accord ; mais remarquez que si nous nous sommes servi du mot accumulation, c’est par comparaison, et non par assimilation absolue avec l’air ; il est impondérable, soit ; cependant rien ne le prouve ; sa nature intime nous est inconnue, et nous sommes loin d’en connaître toutes les propriétés. Avant qu’on eût expérimenté la pesanteur de l’air on ne soupçonnait pas les effets de cette même pesanteur. L’électricité est aussi rangée parmi les fluides impondérables ; cependant un corps peut être retenu par un courant électrique, et offrir une grande résistance à celui qui veut le soulever ; il est donc en apparence devenu plus pesant. De ce qu’on ne voit pas le support, il serait illogique de conclure qu’il n’existe pas. L’Esprit peut donc avoir des leviers qui nous sont inconnus ; la nature nous prouve tous les jours que sa puissance ne s’arrête pas au témoignage des sens.

On ne peut expliquer que par une cause semblable le phénomène singulier, dont on a vu plusieurs exemples, d’une jeune personne faible et délicate, soulevant avec deux doigts, sans effort et comme une plume, un homme fort et robuste avec le siège sur lequel il était assis. Ce qui prouve une cause étrangère à la personne, ce sont les intermittences de la faculté.

CHAPITRE V
MANIFESTATIONS PHYSIQUES SPONTANEES

Bruits, tapages et perturbations.

82. Les phénomènes dont nous venons de parler sont provoqués ; mais il arrive quelquefois qu’ils ont lieu spontanément, sans participation de la volonté ; loin de là, puisqu’ils deviennent souvent très importuns. Ce qui exclut, en outre, la pensée qu’ils peuvent être un effet de l’imagination surexcitée par les idées spirites, c’est qu’ils se produisent chez des personnes qui n’en ont jamais entendu parler, et au moment où elles s’y attendent le moins. Ces phénomènes, qu’on pourrait appeler le spiritisme pratique naturel, sont très importants, parce qu’ils ne peuvent être suspectés de connivence ; c’est pourquoi nous engageons les personnes qui s’occupent des phénomènes spirites à recueillir tous les faits de ce genre qui viendraient à leur connaissance, mais surtout à en constater avec soin la réalité par une étude minutieuse des circonstances, afin de s’assurer qu’on n’est pas le jouet d’une illusion ou d’une mystification.

83. De toutes les manifestations spirites, les plus simples et les plus fréquentes sont les bruits et les coups frappés ; c’est ici surtout qu’il faut craindre l’illusion, car une foule de causes naturelles peuvent en produire : le vent qui siffle ou qui agite un objet, un corps que l’on remue soi-même sans s’en apercevoir, un effet acoustique, un animal caché, un insecte, etc., voire même les espiègleries des mauvais plaisants. Les bruits spirites ont d’ailleurs un caractère particulier, tout en affectant une intensité et un timbre très variés, qui les rendent aisément reconnaissables et ne permettent pas de les confondre avec le craquement du bois, le pétillement du feu ou le tic-tac monotone d’une pendule ; ce sont des coups secs, tantôt sourds, faibles et légers, tantôt clairs, distincts, quelquefois bruyants, qui changent de place et se répètent sans avoir une régularité mécanique. De tous les moyens de contrôle le plus efficace, celui qui ne peut laisser de doute sur leur origine, c’est l’obéissance à la volonté. Si les coups se font entendre dans l’endroit désigné, s’ils répondent à la pensée par leur nombre ou leur intensité, on ne peut méconnaître en eux une cause intelligente ; mais le défaut d’obéissance n’est pas toujours une preuve contraire.

84. Admettons maintenant que, par une constatation minutieuse, on acquière la certitude que les bruits ou tous autres effets sont des manifestations réelles, est-il rationnel de s’en effrayer ? Non, assurément ; car, dans aucun cas, il ne saurait y avoir le moindre danger ; les personnes auxquelles on persuade que c’est le diable, peuvent seules en être affectées d’une manière fâcheuse, comme les enfants auxquels on fait peur du loup-garou ou de Croque-mitaine. Ces manifestations acquièrent dans certaines circonstances, il faut en convenir, des proportions et une persistance désagréables, dont on a le désir bien naturel de se débarrasser. Une explication est nécessaire à ce sujet.

85. Nous avons dit que les manifestations physiques ont pour but d’appeler notre attention sur quelque chose, et de nous convaincre de la présence d’une puissance supérieure à l’homme. Nous avons dit aussi que les Esprits élevés ne s’occupent pas de ces sortes de manifestations ; ils se servent des Esprits inférieurs pour les produire, comme nous nous servons de serviteurs pour la grosse besogne, et cela dans le but que nous venons d’indiquer. Ce but une fois atteint, la manifestation matérielle cesse, parce qu’elle n’est plus nécessaire. Un ou deux exemples feront mieux comprendre la chose.

86. Il y a plusieurs années, au début de mes études sur le spiritisme, étant un soir occupé d’un travail sur cette matière, des coups se firent entendre autour de moi pendant quatre heures consécutives ; c’était la première fois que pareille chose m’arrivait ; je constatai qu’ils n’avaient aucune cause accidentelle, mais dans le moment je n’en pus savoir davantage. J’avais à cette époque occasion de voir fréquemment un excellent médium écrivain. Dès le lendemain, j’interrogeai l’Esprit qui se communiquait par son intermédiaire sur la cause de ces coups. C’est, me fut-il répondu, ton Esprit familier qui voulait te parler. - Et que voulait-il me dire ? Rép. : Tu peux le lui demander toi-même, car il est là. - Ayant donc interrogé cet Esprit, il se fit connaître sous un nom allégorique (j’ai su depuis, par d’autres Esprits, qu’il appartient à un ordre très élevé, et qu’il a joué sur la terre un rôle important) ; il me signala des erreurs dans mon travail, en m’indiquant les lignes où elles se trouvaient, me donna d’utiles et sages conseils, et ajouta qu’il serait toujours avec moi, et viendrait à mon appel toutes les fois que je voudrais l’interroger. Depuis lors, en effet, cet Esprit ne m’a jamais quitté. Il m’a donné maintes preuves d’une grande supériorité, et son intervention bienveillante et efficace a été manifeste pour moi dans les affaires de la vie matérielle, comme en ce qui touche aux choses métaphysiques. Mais dès notre premier entretien les coups ont cessé. Que voulait-il en effet ? Entrer en communication régulière avec moi ; pour cela il fallait m’avertir. L’avertissement donné, puis expliqué, les relations régulières établies, les coups devenaient inutiles, c’est pourquoi ils ont cessé. On ne bat plus le tambour pour réveiller les soldats une fois qu’ils sont debout.

Un fait à peu près semblable est arrivé à un de nos amis. Depuis quelque temps, sa chambre retentissait de bruits divers qui devenaient très fatigants. L’occasion s’étant présentée d’interroger l’Esprit de son père par un médium écrivain, il sut ce qu’on lui voulait, fit ce qui lui fut recommandé, et depuis lors il n’a plus rien entendu. Il est à remarquer que les personnes qui ont avec les Esprits un moyen régulier et facile de communication, ont beaucoup plus rarement des manifestations de ce genre, et cela se conçoit.

87. Les manifestations spontanées ne se bornent pas toujours à des bruits et à des coups frappés ; elles dégénèrent quelquefois en véritable tapage et en perturbations ; des meubles et objets divers sont bouleversés, des projectiles de toutes sortes sont lancés du dehors, des portes et des fenêtres sont ouvertes et fermées par des mains invisibles, des carreaux sont brisés, ce qui ne peut être mis sur le compte de l’illusion.

Le bouleversement est souvent très effectif, mais quelquefois il n’a que les apparences de la réalité. On entend du vacarme dans une pièce voisine, un bruit de vaisselle qui tombe et se brise avec fracas, des bûches qui roulent sur le plancher ; on se hâte d’accourir, et l’on trouve tout tranquille et en ordre ; puis, à peine sorti, le tumulte recommence.

88. Les manifestations de ce genre ne sont ni rares ni nouvelles ; il y a peu de chronique locale qui ne renferme quelque histoire de ce genre. La peur a sans doute souvent exagéré des faits qui ont dû prendre des proportions gigantesquement ridicules en passant de bouche en bouche ; la superstition aidant, les maisons où ils se sont passés ont été réputées hantées par le diable, et de là tous les contes merveilleux ou terribles de revenants. De son côté, la fourberie n’a pas laissé échapper une si belle occasion d’exploiter la crédulité, et cela souvent au profit d’intérêts personnels. On conçoit, du reste, l’impression que des faits de ce genre, même réduits à la réalité, peuvent faire sur des caractères faibles et prédisposés par l’éducation aux idées superstitieuses. Le plus sûr moyen de prévenir les inconvénients qu’ils pourraient avoir, puisqu’on ne saurait les empêcher, c’est de faire connaître la vérité. Les choses les plus simples deviennent effrayantes quand la cause est inconnue. Quand on sera familiarisé avec les Esprits, et que ceux auxquels ils se manifestent ne croiront plus avoir une légion de démons à leurs trousses, ils n’en auront plus peur.

On peut voir, dans la Revue spirite, le récit de plusieurs faits authentiques de ce genre, entre autres l’histoire de l’Esprit frappeur de Bergzabern, dont les mauvais tours ont duré plus de huit ans (numéros de mai, juin et juillet 1858) ; celle de Dibbelsdorf (août 1858) ; celle du boulanger des Grandes-Ventes, près Dieppe (mars 1860) ; celle de la rue des Noyers, à Paris (août 1860) ; celle de l’Esprit de Castelnaudary, sous le titre d’Histoire d’un damné (février 1860) ; celle du fabricant de Saint Pétersbourg (avril 1860), et beaucoup d’autres.

89. Les faits de cette nature ont souvent le caractère d’une véritable persécution. Nous connaissons six soeurs qui habitaient ensemble, et qui, pendant plusieurs années, trouvaient le matin leurs robes dispersées, cachées jusque sur les toits, déchirées et coupées en morceaux, quelques précautions qu’elles prissent de les enfermer à clef. Il est souvent arrivé que des personnes couchées et parfaitement éveillées voyaient secouer leurs rideaux, arracher violemment leurs couvertures et leurs oreillers, étaient soulevées sur leurs matelas, et quelquefois même jetées hors du lit. Ces faits sont plus fréquents qu’on ne croit ; mais la plupart du temps, ceux qui en sont victimes n’osent pas en parler par la crainte du ridicule. Il est à notre connaissance que l’on a cru guérir certains individus, de ce qu’on regardait comme des hallucinations, en les soumettant au traitement des aliénés, ce qui les a rendus réellement fous. La médecine ne peut comprendre ces choses, parce qu’elle n’admet dans les causes que l’élément matériel, d’où résultent des méprises souvent funestes. L’histoire, un jour, racontera certains traitements du dix-neuvième siècle, comme on raconte aujourd’hui certains procédés du moyen âge.

Nous admettons parfaitement que certains faits sont l’oeuvre de la malice ou de la malveillance ; mais si, toutes constatations faites, il demeure avéré qu’ils ne sont pas l’oeuvre des hommes, il faut bien convenir qu’ils sont celle, les uns diront du diable, nous, nous dirons des Esprits ; mais de quels Esprits ?

90. Les Esprits supérieurs, pas plus que parmi nous les hommes graves et sérieux, ne s’amusent à donner des charivaris. Nous en avons souvent fait venir pour leur demander le motif qui les porte à troubler ainsi le repos. La plupart n’ont d’autre but que de s’amuser ; ce sont des Esprits plutôt légers que méchants, qui se rient des frayeurs qu’ils occasionnent, et des recherches inutiles que l’on fait pour découvrir la cause du tumulte. Souvent, ils s’acharnent après un individu qu’ils se plaisent à vexer et qu’ils poursuivent de demeure en demeure ; d’autres fois ils s’attachent à un local sans autre motif que leur caprice. C’est quelquefois aussi une vengeance qu’ils exercent comme nous aurons l’occasion de le voir. Dans certains cas, leur intention est plus louable ; ils veulent appeler l’attention et se mettre en rapport, soit pour donner un avertissement utile à la personne à laquelle ils s’adressent, soit pour demander quelque chose pour eux-mêmes. Nous en avons souvent vu demander des prières, d’autres solliciter l’accomplissement en leur nom d’un voeu qu’ils n’avaient pu remplir, d’autres enfin vouloir, dans l’intérêt de leur propre repos, réparer une mauvaise action commise par eux de leur vivant. En général, on a tort de s’en effrayer ; leur présence peut être importune, mais non dangereuse. On conçoit, du reste, le désir qu’on a de s’en débarrasser et l’on fait généralement pour cela tout le contraire de ce qu’il faudrait. Si ce sont des Esprits qui s’amusent, plus on prend la chose au sérieux, plus ils persistent, comme des enfants espiègles qui harcèlent d’autant plus ceux qu’ils voient s’impatienter, et qui font peur aux poltrons. Si l’on prenait le sage parti de rire soi-même de leurs mauvais tours, ils finiraient par se lasser et par rester tranquilles. Nous connaissons quelqu’un qui, loin de s’irriter, les excitait, les mettait au défi de faire telle ou telle chose, si bien qu’au bout de quelques jours, ils ne revinrent plus. Mais, comme nous l’avons dit, il y en a dont le motif est moins frivole. C’est pourquoi il est toujours utile de savoir ce qu’ils veulent. S’ils demandent quelque chose, on peut être certain qu’ils cesseront leurs visites dès que leur désir sera satisfait. Le meilleur moyen d’être renseigné à cet égard, c’est d’évoquer l’Esprit par l’intermédiaire d’un bon médium écrivain ; à ses réponses, on verra tout de suite à qui l’on a affaire, et l’on agira en conséquence ; si c’est un Esprit malheureux, la charité veut qu’on le traite avec les égards qu’il mérite ; si c’est un mauvais plaisant, on peut agir envers lui sans façon ; s’il est malveillant, il faut prier Dieu de le rendre meilleur. En tout état de cause, la prière ne peut toujours avoir qu’un bon résultat. Mais la gravité des formules d’exorcisme les fait rire et ils n’en tiennent aucun compte. Si l’on peut entrer en communication avec eux, il faut se défier des qualifications burlesques ou effrayantes qu’ils se donnent quelquefois pour s’amuser de la crédulité.

Nous reviendrons avec plus de détails sur ce sujet, et sur les causes qui rendent souvent les prières inefficaces, dans les chapitres des lieux hantés et de l’obsession.

91. Ces phénomènes, quoique exécutés par des Esprits inférieurs, sont souvent provoqués par des Esprits d’un ordre plus élevé, dans le but de convaincre de l’existence des êtres incorporels et d’une puissance supérieure à l’homme. Le retentissement qui en résulte, l’effroi même que cela cause, appellent l’attention, et finiront par faire ouvrir les yeux aux plus incrédules. Ceux-ci trouvent plus simple de mettre ces phénomènes sur le compte de l’imagination, explication très commode et qui dispense d’en donner d’autres ; pourtant quand des objets sont bousculés ou vous sont jetés à la tête, il faudrait une imagination bien complaisante pour se figurer que pareilles choses sont quand elles ne sont pas. On remarque un effet quelconque, cet effet a nécessairement une cause ; si une froide et calme observation nous démontre que cet effet est indépendant de toute volonté humaine et de toute cause matérielle, si de plus il nous donne des signes évidents d’intelligence et de libre volonté, ce qui est le signe le plus caractéristique, on est bien forcé de l’attribuer à une intelligence occulte. Quels sont ces êtres mystérieux ? c’est ce que les études spirites nous apprennent de la manière la moins contestable, par les moyens qu’elles nous donnent de communiquer avec eux. Ces études nous apprennent en outre à faire la part de ce qu’il y a de réel, de faux ou d’exagéré dans les phénomènes dont nous ne nous rendons pas compte. Si un effet insolite se produit : bruit, mouvement, apparition même, la première pensée que l’on doit avoir, c’est qu’il est dû à une cause toute naturelle, parce que c’est la plus probable ; il faut alors rechercher cette cause avec le plus grand soin, et n’admettre l’intervention des Esprits qu’à bon escient ; c’est le moyen de ne pas se faire illusion. Celui, par exemple, qui, sans être approché par personne, recevrait un soufflet ou des coups de bâton dans le dos, comme cela s’est vu, ne saurait douter de la présence d’un être invisible.

On doit se tenir en garde non seulement contre des récits qui peuvent être tout au moins entachés d’exagération, mais contre ses propres impressions, et ne pas attribuer une origine occulte à tout ce que l’on ne comprend pas. Une infinité de causes très simples et très naturelles peuvent produire des effets étranges au premier abord, et ce serait une véritable superstition de voir partout des Esprits occupés à renverser les meubles, briser la vaisselle, susciter enfin les mille et une tracasseries de ménage qu’il est plus rationnel de mettre sur le compte de la maladresse.

Objets lancés.

92. L’explication donnée du mouvement des corps inertes s’applique naturellement à tous les effets spontanés que nous venons de voir. Les bruits, quoique plus forts que les coups frappés dans la table, ont la même cause ; les objets lancés ou déplacés le sont par la même force qui soulève un objet quelconque. Une circonstance vient même ici à l’appui de cette théorie. On pourrait se demander où est le médium dans cette circonstance. Les Esprits nous ont dit qu’en pareil cas il y a toujours quelqu’un dont le pouvoir s’exerce à son insu. Les manifestations spontanées se produisent très rarement dans les endroits isolés ; c’est presque toujours dans des maisons habitées qu’elles ont lieu, et par le fait de la présence de certaines personnes qui exercent une influence sans le vouloir ; ces personnes sont de véritables médiums qui s’ignorent eux-mêmes, et que nous appelons, pour cette raison, médiums naturels ; ils sont aux autres médiums ce que les somnambules naturels sont aux somnambules magnétiques, et tout aussi curieux à observer.

93. L’intervention volontaire ou involontaire d’une personne douée d’une aptitude spéciale pour la production de ces phénomènes paraît être nécessaire dans la plupart des cas, quoiqu’il y en ait où l’Esprit semble agir seul ; mais alors il se pourrait qu’il puisât le fluide animalisé ailleurs que chez une personne présente. Ceci explique pourquoi les Esprits qui nous entourent sans cesse ne produisent pas à chaque instant des perturbations. Il faut d’abord que l’Esprit le veuille, qu’il ait un but, un motif, sans cela il ne fait rien. Il faut souvent ensuite qu’il trouve, précisément dans le lieu où il voudrait agir, une personne apte à le seconder, coïncidence qui se rencontre assez rarement. Cette personne survenant inopinément, il en profite. Malgré la réunion des circonstances favorables, il pourrait encore en être empêché par une volonté supérieure qui ne lui permettrait pas d’agir à son gré. Il peut ne lui être permis de le faire que dans certaines limites, et dans le cas où ces manifestations seraient jugées utiles, soit comme moyen de conviction, soit comme épreuve pour la personne qui en est l’objet.

94. Nous ne citerons à ce sujet que l’entretien provoqué à propos des faits qui se sont passés en juin 1860 dans la rue des Noyers, à Paris. On en trouvera les détails dans la Revue spirite, n° d’août 1860.

1. (A saint Louis). Auriez-vous la bonté de nous dire si les faits qu’on dit s’être passés dans la rue des Noyers sont réels ? quant à la possibilité, nous n’en doutons pas.

«Oui, ces faits sont vrais ; seulement l’imagination des hommes les grossira, soit par peur, soit par ironie ; mais, je le répète, ils sont vrais. Ces manifestations sont provoquées par un Esprit qui s’amuse un peu aux dépens des habitants du lieu.»

2. Y a-t-il, dans la maison, une personne qui soit cause de ces manifestations ?

«Elles sont toujours causées par la présence de la personne à laquelle on s’attaque ; c’est que l’Esprit perturbateur en veut à l’habitant du lieu où il est, et qu’il veut lui faire des malices, ou même cherche à le faire déloger.»

3. Nous demandons si, parmi les habitants de la maison, il y a quelqu’un qui soit la cause de ces phénomènes par une influence médianimique spontanée et involontaire ?

«Il le faut bien, sans cela le fait ne pourrait avoir lieu. Un Esprit habite un endroit de prédilection pour lui ; il reste dans l’inaction tant qu’une nature qui lui soit convenable ne s’est pas présentée dans cet endroit ; quand cette personne arrive, alors il s’amuse autant qu’il le peut.»

4. La présence de cette personne sur les lieux mêmes est-elle indispensable ?

«C’est le cas le plus ordinaire, et c’est celui du fait que vous citez ; c’est pourquoi j’ai dit que sans cela le fait n’aurait pu avoir lieu ; mais je n’ai pas entendu généraliser ; il en est où la présence immédiate n’est pas nécessaire.»

5. Ces Esprits étant toujours d’un ordre inférieur, l’aptitude à leur servir d’auxiliaire est-elle une présomption défavorable pour la personne ? cela annonce-t-il une sympathie avec les êtres de cette nature ?

«Non, pas précisément, car cette aptitude tient à une disposition physique ; cependant cela annonce très souvent une tendance matérielle qu’il serait préférable de ne pas avoir ; car plus on est élevé moralement, plus on attire à soi les bons Esprits, qui éloignent nécessairement les mauvais.»

6. Où l’Esprit va-t-il prendre les projectiles dont il se sert ?

«Ces divers objets sont, le plus souvent, pris sur les lieux, ou dans le voisinage ; une force venant d’un Esprit les lance dans l’espace, et ils tombent dans un endroit désigné par cet Esprit.»

7. Puisque les manifestations spontanées sont souvent permises et même provoquées dans le but de convaincre, il nous semble que si certains incrédules en étaient personnellement l’objet, ils seraient bien forcés de se rendre à l’évidence. Ils se plaignent quelquefois de ne pouvoir être témoins de faits concluants ; ne dépendrait-il pas des Esprits de leur faire donner quelque preuve sensible ?

«Les athées et les matérialistes ne sont-ils pas à chaque instant témoins des effets de la puissance de Dieu et de la pensée ? Cela ne les empêche pas de nier Dieu et l’âme. Les miracles de Jésus ont-ils converti tous ses contemporains ? Les Pharisiens qui lui disaient : “Maître, faites-nous voir quelque prodige”, ne ressemblent-ils pas à ceux qui, de votre temps, demandent que vous leur fassiez voir des manifestations ? S’ils ne sont pas convaincus par les merveilles de la création, ils ne le seraient pas davantage quand bien même les Esprits leur apparaîtraient de la manière la moins équivoque, parce que leur orgueil les rend comme des chevaux rétifs. Les occasions de voir ne leur manqueraient pas s’ils les cherchaient de bonne foi, c’est pourquoi Dieu ne juge pas à propos de faire pour eux plus qu’il ne fait pour ceux qui cherchent sincèrement à s’instruire, car il ne récompense que les hommes de bonne volonté. Leur incrédulité n’empêchera pas la volonté de Dieu de s’accomplir ; vous voyez bien qu’elle n’a pas empêché la doctrine de se répandre. Cessez donc de vous inquiéter de leur opposition qui est à la doctrine comme l’ombre est au tableau, et lui donne un plus grand relief. Quel mérite auraient-ils à être convaincus par la force ? Dieu leur laisse toute la responsabilité de leur entêtement, et cette responsabilité sera plus terrible que vous ne pensez. Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu, a dit Jésus, parce que ceux-là ne doutent pas de la puissance de Dieu.»

8. Croyez-vous qu’il serait utile d’évoquer cet Esprit pour lui demander quelques explications ?

«Evoquez-le si vous voulez ; mais c’est un Esprit inférieur qui ne vous donnera que des réponses assez insignifiantes.»

95. Entretien avec l’Esprit perturbateur de la rue des Noyers.

1. Evocation.

«Qu’avez-vous donc de m’appeler ? Vous voulez donc des coups de pierres ? C’est alors qu’on verrait un beau sauve-qui-peut, malgré votre air de bravoure.»

2. Quand tu nous enverrais des pierres ici, cela ne nous effrayerait pas ; nous demandons même positivement si tu peux nous en envoyer.

«Ici, je ne pourrais peut-être pas ; vous avez un gardien qui veille bien sur vous.»

3. Dans la rue des Noyers, y avait-il une personne qui te servait d’auxiliaire pour te faciliter les mauvais tours que tu jouais aux habitants de la maison ?

«Certainement, j’ai trouvé un bon instrument, et aucun Esprit docte, savant et prude pour m’en empêcher ; car je suis gai, j’aime parfois à m’amuser.»

4. Quelle était la personne qui t’a servi d’instrument ?

«Une servante.»

5. Etait-ce à son insu qu’elle te servait d’auxiliaire ?

«Oh ! oui ; la pauvre fille ! elle était la plus effrayée.»

6. Agissais-tu dans un but hostile ?

«Moi, je n’avais aucun but hostile ; mais les hommes qui s’emparent de tout le feront tourner à leur avantage.»

7. Qu’entends-tu par là ? nous ne te comprenons pas.

«Je cherchais à m’amuser ; mais vous autres, vous étudierez la chose et vous aurez un fait de plus pour montrer que nous existons.»

8. Tu dis que tu n’avais pas de but hostile, et pourtant tu as cassé tous les carreaux de l’appartement ; tu as ainsi causé un préjudice réel.

«C’est un détail.»

9. Où t’es-tu procuré les objets que tu as lancés ?

«Ils sont assez communs ; je les ai trouvés dans la cour, dans les jardins voisins.»

10. Les as-tu tous trouvés, ou en as-tu fabriqués quelques-uns ? (Voir ci-après chapitre VIII).

«Je n’ai rien créé, rien composé.»

11. Si tu n’en avais pas trouvé, aurais-tu pu en fabriquer ?

«C’eût été plus difficile ; mais, à la rigueur, on mêle des matières, et cela fait un tout quelconque.»

12. Maintenant, dis-nous comment tu les as lancés ?

«Ah ! ceci est plus difficile à dire ; je me suis aidé de la nature électrique de cette fille, jointe à la mienne moins matérielle ; nous avons pu transporter ainsi ces diverses matières à nous deux.»

13. Tu voudras bien, je pense, nous donner quelques renseignements sur ta personne. Dis-nous donc d’abord s’il y a longtemps que tu es mort ?

«Il y a assez longtemps ; il y a bien cinquante ans.»

14. Qu’étais-tu de ton vivant ?

«Pas grand-chose de bon ; je chiffonnais dans ce quartier, et on me disait parfois des sottises, parce que j’aimais trop la liqueur rouge du bonhomme Noé ; aussi je voulais les faire tous décamper.»

15. Etait-ce toi-même et de ton plein gré que tu as répondu à nos questions ?

«J’avais un instituteur.»

16. Quel est cet instituteur ?

«Votre bon roi Louis.»

Remarque. Cette question est motivée par la nature de certaines réponses qui ont paru dépasser la portée de cet Esprit, par le fond des idées et même par la forme du langage. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il ait été aidé par un Esprit plus éclairé, qui voulait profiter de cette occasion pour nous donner une instruction. Ceci est un fait très ordinaire, mais une particularité remarquable dans cette circonstance, c’est que l’influence de l’autre Esprit s’est fait sentir sur l’écriture même ; celle des réponses où il est intervenu est plus régulière et plus coulante ; celle du chiffonnier est anguleuse, grosse, irrégulière, souvent peu lisible, et porte un tout autre caractère.

17. Que fais-tu maintenant ; t’occupes-tu de ton avenir ?

«Pas encore ; j’erre. On pense si peu à moi sur la terre, que personne ne prie pour moi : aussi je ne suis pas aidé, je ne travaille pas.»

Remarque. On verra plus tard combien on peut contribuer à l’avancement et au soulagement des Esprits inférieurs par la prière et les conseils.

18. Quel était ton nom de ton vivant ?

«Jeannet.»

19. Eh bien ! Jeannet, nous prierons pour toi. Dis-nous si notre évocation t’a fait plaisir ou t’a contrarié ?

«Plutôt plaisir, car vous êtes de bons enfants, de gais vivants, quoique un peu austères ; c’est égal, vous m’avez écouté, je suis content.»

JEANNET.

Phénomène des apports.

96. Ce phénomène ne diffère de ceux dont nous venons de parler que par l’intention bienveillante de l’Esprit qui en est l’auteur, par la nature des objets presque toujours gracieux, et par la manière douce et souvent délicate dont ils sont apportés. Il consiste dans l’apport spontané d’objets qui n’existent pas dans l’endroit où l’on est ; ce sont le plus souvent des fleurs, quelquefois des fruits, des bonbons, des bijoux, etc..

97. Disons d’abord que ce phénomène est un de ceux qui se prêtent le plus à l’imitation, et que par conséquent il faut se tenir en garde contre la supercherie. On sait jusqu’où peut aller l’art de la prestidigitation en fait d’expériences de ce genre ; mais, sans avoir affaire à un homme du métier, on pourrait être facilement dupe d’une manoeuvre habile et intéressée. La meilleure de toutes les garanties est dans le caractère, l’honorabilité notoire, le désintéressement absolu de la personne qui obtient de semblables effets ; en second lieu dans l’examen attentif de toutes les circonstances dans lesquelles les faits se produisent ; enfin dans la connaissance éclairée du spiritisme, qui seule peut faire découvrir ce qui serait suspect.

Dissertation d’un esprit sur les apports.

98. La théorie du phénomène des apports, et des manifestations physiques en général, se trouve résumée d’une manière remarquable dans la dissertation suivante, par un Esprit dont toutes les communications ont un cachet incontestable de profondeur et de logique. On en trouvera plusieurs dans la suite de cet ouvrage. Il s’est fait connaître sous le nom d’Eraste, disciple de saint Paul, et comme Esprit protecteur du médium qui lui a servi d’interprète :

«Il faut nécessairement, pour obtenir des phénomènes de cet ordre, avoir avec soi des médiums que j’appellerai sensitifs, c’est-à-dire doués au plus haut degré des facultés médianimiques d’expansion et de pénétrabilité ; parce que le système nerveux de ces médiums, facilement excitable, leur permet, au moyen de certaines vibrations, de projeter autour d’eux avec profusion leur fluide animalisé.

Les natures impressionnables, les personnes dont les nerfs vibrent au moindre sentiment, à la plus petite sensation, que l’influence morale ou physique, interne ou externe, sensibilise, sont des sujets très aptes à devenir d’excellents médiums pour les effets physiques de tangibilité et d’apports. En effet, leur système nerveux, presque entièrement dépourvu de l’enveloppe réfractaire qui isole ce système chez la plupart des autres incarnés, les rend propres au développement de ces divers phénomènes. En conséquence, avec un sujet de cette nature, et dont les autres facultés ne sont pas hostiles à la médianimisation, on obtiendra plus facilement les phénomènes de tangibilité, les coups frappés dans les murs et dans les meubles, les mouvements intelligents, et même la suspension dans l’espace de la matière inerte la plus lourde. A fortiori, obtiendra-t-on ces résultats si, au lieu d’un médium, on en a sous la main plusieurs également bien doués.

Mais de la production de ces phénomènes à l’obtention de celui des apports, il y a tout un monde ; car, dans ce cas, non seulement le travail de l’Esprit est plus complexe, plus difficile, mais, bien plus, l’Esprit ne peut opérer qu’au moyen d’un seul appareil médianimique, c’est-à-dire que plusieurs médiums ne peuvent pas concourir simultanément à la production du même phénomène. Il arrive même, au contraire, que la présence de certaines personnes antipathiques à l’Esprit qui opère entrave radicalement son opération. A ces motifs qui, comme vous le voyez, ne manquent pas d’importance, ajoutez que les apports nécessitent toujours une plus grande concentration, et en même temps une plus grande diffusion de certains fluides, et qu’ils ne peuvent être obtenus qu’avec des médiums les mieux doués, ceux, en un mot, dont l’appareil électromédianimique est le mieux conditionné.

En général, les faits d’apports sont et resteront excessivement rares. Je n’ai pas besoin de vous démontrer pourquoi ils sont et seront moins fréquents que les autres faits de tangibilité ; de ce que je dis, vous le déduirez vous-même. D’ailleurs, ces phénomènes sont d’une nature telle, que non seulement tous les médiums n’y sont pas propres, mais que tous les Esprits eux-mêmes ne peuvent pas les produire. En effet, il faut qu’entre l’Esprit et le médium influencé il existe une certaine affinité, une certaine analogie, en un mot, une certaine ressemblance qui permette à la partie expansible du fluide périspritique[6] de l’incarné de se mêler, de s’unir, de se combiner avec celui de l’Esprit qui veut faire un apport. Cette fusion doit être telle que la force résultante devienne, pour ainsi dire, une ; de même qu’un courant électrique, en agissant sur le charbon, produit un foyer, une clarté uniques. Pourquoi cette union, pourquoi cette fusion, direz-vous ? C’est que, pour la production de ces phénomènes, il faut que les propriétés essentielles de l’Esprit moteur soient augmentées de quelques-unes de celles du médianimisé ; c’est que le fluide vital, indispensable à la production de tous les phénomènes médianimiques, est l’apanage exclusif de l’incarné, et que, par conséquent, l’Esprit opérateur est obligé de s’en imprégner. Ce n’est qu’alors qu’il peut, au moyen de certaines propriétés de votre milieu ambiant, inconnues pour vous, isoler, rendre invisibles, et faire mouvoir certains objets matériels, et des incarnés eux-mêmes.

Il ne m’est pas permis, pour le moment, de vous dévoiler ces lois particulières qui régissent les gaz et les fluides qui vous environnent ; mais, avant que des années soient écoulées, avant qu’une existence d’homme soit accomplie, l’explication de ces lois et de ces phénomènes vous sera révélée, et vous verrez surgir et se produire une nouvelle variété de médiums, qui tomberont dans un état cataleptique particulier dès qu’ils seront médianimisés.

Vous voyez de combien de difficultés la production des apports se trouve entourée ; vous pouvez en conclure très logiquement que les phénomènes de cette nature sont excessivement rares, comme je l’ai dit, et avec d’autant plus de raison que les Esprits s’y prêtent fort peu, parce que cela motive de leur part un travail quasi matériel, ce qui est un ennui et une fatigue pour eux. D’autre part, il arrive encore ceci : c’est que très souvent, malgré leur énergie et leur volonté, l’état du médium lui-même leur oppose une barrière infranchissable.

Il est donc évident, et votre raisonnement le sanctionne, je n’en doute pas, que les faits tangibles de coups, de mouvements et de suspension, sont des phénomènes simples, qui s’opèrent par la concentration et la dilatation de certains fluides, et qu’ils peuvent être provoqués et obtenus par la volonté et le travail des médiums qui y sont aptes, quand ceux-ci sont secondés par des Esprits amis et bienveillants ; tandis que les faits d’apport sont multiples, complexes, exigent un concours de circonstances spéciales, ne peuvent s’opérer que par un seul Esprit et un seul médium, et nécessitent, en dehors des besoins de la tangibilité, une combinaison toute particulière pour isoler et rendre invisibles l’objet ou les objets qui font le sujet de l’apport.

Vous tous, spirites, vous comprenez mes explications et vous vous rendez parfaitement compte de cette concentration de fluides spéciaux, pour la locomotion et la tactilité de la matière inerte ; vous y croyez, comme vous croyez aux phénomènes de l’électricité et du magnétisme, avec lesquels les faits médianimiques sont pleins d’analogie, et en sont, pour ainsi dire, la consécration et le développement. Quant aux incrédules, et aux savants pires que les incrédules, je n’ai que faire de les convaincre, je ne m’occupe pas d’eux ; ils seront un jour convaincus par la force de l’évidence, car il faudra bien qu’ils s’inclinent devant le témoignage unanime des faits spirites, comme ils ont été forcés de le faire devant tant d’autres faits qu’ils avaient d’abord repoussés.

Pour me résumer : si les faits de tangibilité sont fréquents, les faits d’apport sont très rares, parce que les conditions en sont très difficiles ; par conséquent, nul médium ne peut dire : à telle heure, à tel moment, j’obtiendrai un apport ; car souvent l’Esprit lui-même se trouve empêché dans son oeuvre. Je dois ajouter que ces phénomènes sont doublement difficiles en public, car on y rencontre presque toujours des éléments énergiquement réfractaires qui paralysent les efforts de l’Esprit, et à plus forte raison l’action du médium. Tenez, au contraire, pour certain que ces phénomènes se produisent presque toujours en particulier, spontanément, le plus souvent à l’insu des médiums et sans préméditation, et enfin fort rarement quand ceux-ci sont prévenus ; d’où vous devez conclure qu’il y a motif légitime de suspicion toutes les fois qu’un médium se flatte de les obtenir à volonté, autrement dit de commander aux Esprits comme à des serviteurs, ce qui est tout simplement absurde. Tenez encore pour règle générale que les phénomènes spirites ne sont point faits pour être donnés en spectacle et pour amuser les curieux. Si quelques Esprits se prêtent à ces sortes de choses, ce ne peut être que pour des phénomènes simples, et non pour ceux qui, tels que les apports et autres semblables, exigent des conditions exceptionnelles.

Rappelez-vous, spirites, que s’il est absurde de repousser systématiquement tous les phénomènes d’outre-tombe, il n’est pas sage non plus de les accepter tous aveuglément. Quand un phénomène de tangibilité, d’apparition, de visibilité ou d’apport se manifeste spontanément et d’une manière instantanée, acceptez-le ; mais, je ne saurais trop vous le répéter, n’acceptez rien aveuglément ; que chaque fait subisse un examen minutieux, approfondi et sévère ; car, croyez-le, le spiritisme, si riche en phénomènes sublimes et grandioses, n’a rien à gagner à ces petites manifestations que d’habiles prestidigitateurs peuvent imiter.

Je sais bien ce que vous allez me dire : c’est que ces phénomènes sont utiles pour convaincre les incrédules ; mais sachez que, si vous n’aviez pas eu d’autres moyens de conviction, vous n’auriez pas aujourd’hui la centième partie des spirites que vous avez. Parlez au coeur, c’est par là que vous ferez le plus de conversions sérieuses. Si vous croyez utile, pour certaines personnes, d’agir par les faits matériels, présentez-les au moins dans des circonstances telles qu’ils ne puissent donner lieu à aucune fausse interprétation, et surtout ne sortez pas des conditions normales de ces faits, car les faits présentés dans de mauvaises conditions fournissent des arguments aux incrédules, au lieu de les convaincre.»

ERASTE.

99. Ce phénomène offre une particularité assez singulière, c’est que certains médiums ne l’obtiennent que dans l’état somnambulique ; et cela s’explique facilement. Il y a chez le somnambule un dégagement naturel, une sorte d’isolement de l’Esprit et du périsprit qui doit faciliter la combinaison des fluides nécessaires. Tel est le cas des apports dont nous avons été témoin. Les questions suivantes ont été adressées à l’Esprit qui les avait produits, mais ses réponses se ressentent parfois de son insuffisance ; nous les avons soumises à l’Esprit Eraste, beaucoup plus éclairé au point de vue théorique, et qui les a complétées par des remarques très judicieuses. L’un est l’artisan, l’autre le savant, et la comparaison même de ces deux intelligences est une étude instructive, car elle prouve qu’il ne suffit pas d’être Esprit pour tout comprendre.

1. Veuillez, je vous prie, nous dire pourquoi les apports que vous faites ne se produisent que dans le sommeil magnétique du médium ?

«Cela tient à la nature du médium ; les faits que je produis quand le mien est endormi, je pourrais également les produire dans l’état de veille avec un autre médium.»

2. Pourquoi faites-vous attendre si longtemps l’apport des objets, et pourquoi excitez-vous la convoitise du médium en irritant son désir d’obtenir l’objet promis ?

«Ce temps m’est nécessaire afin de préparer les fluides qui servent à l’apport ; quant à l’excitation, ce n’est souvent que pour amuser les personnes présentes et la somnambule.»

Remarque d’Eraste. L’Esprit qui a répondu n’en sait pas davantage ; il ne se rend pas compte du motif de cette convoitise qu’il aiguillonne instinctivement sans en comprendre l’effet ; il croit amuser, tandis qu’en réalité il provoque sans s’en douter une plus grande émission de fluide ; c’est la conséquence de la difficulté que présente le phénomène, difficulté toujours plus grande quand il n’est pas spontané, surtout avec certains médiums.

3. La production du phénomène tient-elle à la nature spéciale du médium, et pourrait-il se produire par d’autres médiums avec plus de facilité et de promptitude ?

«La production tient à la nature du médium et ne peut se produire qu’avec des natures correspondantes ; pour la promptitude, l’habitude que nous prenons, en correspondant souvent avec le même médium, nous est d’un grand secours.»

4. L’influence des personnes présentes y est-elle pour quelque chose ?

«Quand il y a de l’incrédulité, de l’opposition, on peut beaucoup nous gêner ; nous aimons bien mieux faire nos preuves avec des croyants et des personnes versées dans le spiritisme ; mais je n’entends pas par là dire que la mauvaise volonté pourrait nous paralyser complètement.»

5. Où avez-vous été prendre les fleurs et les bonbons que vous avez apportés ?

«Les fleurs, je les prends dans les jardins, où elles me plaisent.»

6. Et les bonbons ? le marchand a dû s’apercevoir qu’ils lui manquaient.

«Je les prends où cela me plaît ; le marchand ne s’en est pas aperçu du tout, parce que j’en ai mis d’autres à la place.»

7. Mais les bagues ont une valeur ; où les avez-vous prises ? Est-ce que cela n’a pas fait de tort à celui à qui vous les avez empruntées ?

«Je les ai prises dans des endroits inconnus à tous, et de manière que personne ne puisse en éprouver aucun tort.»

Remarque d’Eraste. Je crois que le fait est expliqué d’une manière insuffisante en raison de la capacité de l’Esprit qui a répondu. Si ; il peut y avoir un tort réel de causé, mais l’Esprit n’a pas voulu passer pour avoir détourné quoi que ce soit. Un objet ne peut être remplacé que par un objet identique, de même forme, de même valeur ; par conséquent, si un Esprit avait la faculté de substituer un objet pareil à celui qu’il prend, il n’aurait pas de raison pour le prendre, et devrait donner celui qui sert de remplaçant.

8. Est-il possible d’apporter des fleurs d’une autre planète ?

«Non, ce n’est pas possible à moi.»

- (A Eraste.) D’autres Esprits auraient-ils ce pouvoir ?

«Non, cela n’est pas possible, en raison de la différence des milieux ambiants.»

9. Pourriez-vous apporter des fleurs d’un autre hémisphère ; des tropiques, par exemple ?

«Du moment que c’est sur terre, je le puis.»

10. Les objets que vous avez apportés, pourriez-vous les faire disparaître et les remporter ?

«Aussi bien que je les ai fait venir, je puis les remporter à ma volonté.»

11. La production du phénomène des apports vous cause-t-elle une peine, un embarras quelconque ?

«Elle ne nous cause aucune peine quand nous en avons la permission ; elle pourrait nous en causer de très grandes si nous voulions produire des effets sans y être autorisés.»

Remarque d’Eraste. Il ne veut pas convenir de sa peine, quoiqu’elle soit réelle, puisqu’il est forcé de faire une opération pour ainsi dire matérielle.

12. Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

«Aucune autre que de mauvaises dispositions fluidiques qui peuvent nous être contraires.»

13. Comment apportez-vous l’objet ; le tenez-vous avec les mains ?

«Non, nous l’enveloppons en nous.»

Remarque d’Eraste. Il n’explique pas clairement son opération, car il n’enveloppe pas l’objet avec sa propre personnalité ; mais comme son fluide personnel est dilatable, pénétrable et expansible, il combine une partie de ce fluide avec une partie de fluide animalisé du médium, et c’est dans cette combinaison qu’il cache et transporte l’objet sujet de l’apport. Il n’est donc pas juste de dire qu’il l’enveloppe en lui.

14. Apporteriez-vous avec la même facilité un objet d’un poids considérable ; de 50 kg, par exemple ?

«Le poids n’est rien pour nous ; nous apportons des fleurs, parce que cela peut être plus agréable qu’un poids volumineux.»

Remarque d’Eraste. C’est juste ; il peut apporter cent et deux-cent kg d’objets, car la pesanteur qui existe pour vous est annulée pour lui ; mais ici encore il ne se rend pas compte de ce qui se passe. La masse de fluides combinés est proportionnée à la masse des objets, en un mot la force doit être en raison de la résistance ; d’où il suit que, si l’Esprit n’apporte qu’une fleur ou un objet léger, c’est souvent parce qu’il ne trouve pas dans le médium, ou en lui-même, les éléments nécessaires pour un effort plus considérable.

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Release date on Litres:
11 October 2024
Volume:
540 p.
ISBN:
4064066447618
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Copyright Holder::
Bookwire
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