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Alfred Delvau

Dictionnaire de la langue verte


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066078010

Table des matières

PRÉFACE DE L'AUTEUR I

DICTIONNAIRE DE LA LANGUE VERTE

PRÉFACETTE AU SUPPLÉMENT

SUPPLÉMENT

PRÉFACE DE L'AUTEUR
I

Table des matières

Après l'étude des insectes, ces infiniment petits de la création divine, il n'en est peut-être pas de plus attrayante que l'étude des mots, ces infiniment petits de la création humaine,—aussi destructeurs les uns que les autres, les uns du sol, les autres de l'âme. Le jour où l'homme est devenu savant, il est devenu méchant: la bouche est un arc dont les syllabes sont les flèches. C'est avec cela que nous nous entretuons depuis l'invention de la parole et de sa sœur de lait l'écriture.

Qu'on se rassure! Je ne veux pas remettre de béquet au paradoxe usé de Jean-Jacques, lequel, d'ailleurs, quoique usé, peut marcher encore longtemps: je me contente de constater en passant l'influence désastreuse d'un bienfait. Je regrette peut-être de savoir écrire et de savoir parler, mais je ne regrette pas de savoir lire et de savoir écouter: si mon esprit n'y a rien gagné en ornements, il y a gagné en autre chose. J'ai souffert de savoir, j'en souffrirai jusqu'au bout de ma vie mortelle, mais je suis trop civilisé et trop Parisien pour ne pas aimer les picotements de mes plaies. Quand je rendrai mon âme au Créateur,—qui en sera probablement aussi embarrassé que j'en ai été moi-même—je ne me serai pas beaucoup amusé, mais j'aurai été violemment distrait en ayant été violemment houspillé. Distraction passe rentes.

Bonne ou mauvaise, la parole—ou l'écriture, car toutes deux marchent de pair,—est une invention sur laquelle il n'y a pas à revenir. Cela est, que cela soit! Mais précisément parce que cela est, l'entomologie littéraire est une science fort attrayante qui a consumé au moins autant de vaillants cerveaux que l'autre entomologie. Celle-ci compte parmi ses illustrations Réaumur, Linné, Bonnet, Latreille, Lamarck, Van Geer, Duméril, etc., etc. Celle-là compte parmi les siennes:—pour ne pas remonter trop haut:—Érasme, Guillaume Budé, les Scaliger, les Vossius, Casaubon, Turnèbe, Saumaise, les Estienne, Du Cange, Estienne Pasquier, P. Borel, le président Fauchet, Gilles Ménage, Dom Rivet, Le Duchat, Bernard de la Monnoye, Lacurne de Sainte-Palaye, Dupont de Nemours, et, en se rapprochant davantage de nous, Gabriel Peignot, Roquefort, Charles Nodier, Francisque Michel, F. Genin, Marty-Laveaux, Burgaud des Marets, Charles d'Héricault, le comte Jaubert, et d'autres encore. Ah! les entomologistes littéraires ne manquent pas en France!

Moi, je ne compte pas, bien entendu; je fais nombre seulement,—comme les zéros. Je n'ai jamais mis ma gloire à écrire un livre utile sur la matière, comme ont fait la plupart de mes illustres devanciers: j'ai chassé aux mots comme on chasse aux papillons,—pour mon propre plaisir. Aux papillons et aux scarabées aussi, aux chenilles aussi, aux anoplures aussi,—aux anoplures surtout, dirai-je hardiment, sans vergogne aucune. Pourquoi m'en défendre? Toutes les curiosités sont permises: les yeux ont le droit de voir, les oreilles de tout entendre; seules, les lèvres n'ont pas toujours le droit de tout révéler,—ce qui est un mal. J'ai laissé aux délicats d'en haut, aux aristocrates de la philologie, le soin de trier, de classer et d'étiqueter leurs trouvailles de choix. Ravageur littéraire, j'ai obscurément, pendant sept ou huit ans, battu de mon crochet tous les ruisseaux, promené ma lanterne sourde dans les coins ténébreux, ramassant sans cesse et sans fin, heureux d'un tesson comme Rousseau d'une pervenche, et enrichissant chaque jour mon musée d'un nouveau débris, sans lui enlever un grain de sa poussière, un atome de sa boue, une parcelle de sa rouille: tel trouvé, tel conservé. En mouchant une expression malpropre, on s'expose à lui arracher le nez, c'est-à-dire le caractère, l'originalité.

Ce sont ces mots morveux que je me suis plu à colliger pendant sept ou huit ans et à réunir en un corps de livre dont je n'espérais jamais tirer parti que pour moi seul, pour ma propre édification. Le hasard—qui est le dieu des livres encore plus que des hommes—en a décidé autrement; le Dictionnaire de la langue verte a paru et l'empressement du public à en épuiser la première édition jusqu'au dernier exemplaire m'a prouvé qu'il y avait de par le monde d'autres curieux que moi. Je m'en réjouis sans m'en enorgueillir, ayant pour vice capital la modestie, et, quoique mon nom soit désormais fatalement accolé au Dictionnaire de la langue verte comme celui du Florentin Vespuce au Nouveau-Monde, je ne fais aucune difficulté pour déclarer que je n'ai pas eu l'honneur de découvrir cette Amérique; il y a eu avant moi de hardis ravageurs parisiens. Je n'ai pas à leur décerner de remerciements, n'ayant pas jugé bon de me servir d'eux, ni à leur adresser d'éloges, n'en ayant déjà pas de trop pour moi. Car enfin, il faut bien que je me décide à le répéter: enfant du pavé de Paris, et d'une famille où l'on est faubourien de père en fils depuis cinq ou six générations, j'ai cueilli sur leur tige et ramassé sur leur fumier natal tous les mots de mon Dictionnaire, tous les termes bizarres, toutes les expressions pittoresques qui s'y trouvent accumulées: il n'en est pas une seule que je n'aie entendue de mes oreilles, cent fois au moins, dans la rue Saint-Antoine ou dans la rue Neuve-Bréda, dans un atelier de peintres ou dans un atelier d'ouvriers, dans les brasseries littéraires ou dans les cabarets populaciers, ici ou là, même ailleurs où beaucoup de délicats n'osent pas aller de peur de s'y crotter l'oreille et de s'y salir l'esprit, et où je n'ai pas craint d'aller, moi, parce que nous avons, nous autres moralistes, le double privilège de la salamandre et de l'hermine, et que nous pouvons traverser toutes les flammes sans en être roussis, toutes les fanges sans en être souillés.

Voilà ce qui constitue le mérite, j'oserai ajouter la saveur, du dictionnaire de la Langue verte, dont je désire qu'on dise—au lieu de le redouter—ce qu'on a dit du Tableau de Paris de Sébastien Mercier, qu'il a été pensé dans la rue et écrit sur une borne: cette ironie serait son éloge et ma récompense, parce qu'elle prouverait qu'il est un fidèle tableau des mœurs ondoyantes et diverses des Parisiens de l'an 1865-66. Et puis, qu'on m'en sache gré ou non, j'ai la conviction d'avoir fait quelque chose d'utile en remuant cette fange, en plongeant résolument dans les entrailles mêmes de cet océan de boue, d'où, si j'ai rapporté des madrépores et des polypes monstrueux, j'ai dû rapporter aussi quelques coraux et quelques perles.

II

Maintenant, pourquoi Dictionnaire de la Langue verte? Ce n'est pas là, qu'on daigne me croire, un titre de fantaisie choisi pour accrocher le regard du passant et forcer son attention: je ne l'ai pris que parce que je devais le prendre, parce que les mots de ce Dictionnaire appartiennent à la Langue verte.

Je n'ai pas plus inventé cette appellation singulière que je n'ai inventé les divisions de cant et de slang, qui servent à distinguer les argots anglais, et qui m'aideront à distinguer les argots parisiens. Le [1],cant c'est l'argot particulier; le slang, c'est l'argot général. Les voleurs parlent spécialement le premier; tout le monde à Paris parle le second,—je dis tout le monde; si bien qu'un étranger, un Russe par exemple, ou un provincial, un Tourangeau, sachant à merveille «la langue de Bossuet» et de Montesquieu, mais ignorant complètement la langue verte, ne comprendrait pas un mot des conversations qu'il entendrait en tombant à l'improviste dans un atelier de peintres ou dans un cabaret d'ouvriers, dans le boudoir d'une lorette ou dans le bureau de rédaction d'un journal. En France, on parle peut-être français; mais à Paris on parle argot, et un argot qui varie d'un quartier à l'autre, d'une rue à l'autre, d'un étage à l'autre. Autant de professions, autant de jargons différents, incompréhensibles pour les profanes, c'est-à-dire pour les gens qui ne font que traverser Pantin, la capitale des stupéfactions, parce qu'elle est celle des étrangetés. L'argot des gens de lettres ne ressemble pas plus à celui des ouvriers que celui des artistes ne ressemble à celui des filles, ou celui des bourgeois à celui des faubouriens, ou celui des voyous à celui des académiciens,—car les académiciens aussi parlent argot au lieu de parler français, ainsi que le prouveront les exemples semés dans ce livre.

J'en conviens sans effort, c'est une langue sanglante et impie, le cant, l'argot des voleurs et des assassins; une langue triviale et cynique, brutale et impitoyable, athée aussi, féroce aussi, le slang, l'argot des faubouriens et des filles, des voyous et des soldats, des artistes et des ouvriers. Toutes deux, je le sais, renferment une ménagerie de tropes audacieux, ricaneurs et blasphémateurs, une cohue de mots sans racine dans n'importe quelle autre langue, sans aucune étymologie, même lointaine, qui semblent crachés par quelque bouche impure en veine de néologismes et recueillis par des oreilles badaudes; mais toutes deux aussi, quoi qu'on fasse et dise, sont pleines d'expressions pittoresques, de métaphores heureuses, d'images justes, de mots bien bâtis et bien portants qui entreront un jour de droit dans le Dictionnaire de l'Académie comme ils sont entrés de fait dans la circulation, et même dans la littérature[2], où ils se sont si vite acclimatés et où, de voyous, ils sont devenus bourgeois. Et je ne parle pas d'un vaudeville isolé, comme les Deux Papas très bien, où l'on «dévide le jar» aussi proprement qu'à Poissy; je parle du Dictionnaire de M. Littré et des œuvres dramatiques les plus importantes de ce temps, les Effrontés d'Émile Augier, la Vie de Bohème d'Henry Murger, la Famille Benoiton de Victorien Sardou, etc.

Pour qu'il en soit ainsi, pour que des écrivains de valeur—au théâtre, dans le roman, dans la fantaisie—se soient laissé raccrocher par ces expressions hardies, forcées de faire le trottoir parce que, sans domicile légal, il faut qu'elles aient des séductions, des irrésistibilités que n'ont pas les mots de la langue officielle, il faut qu'ils aient reconnu dans cette langue du ruisseau la succulence, le nerf, le chien de la langue préférée de Montaigne et de Malherbe[3].

Qui sait d'ailleurs si cette langue parisienne, qui charrie tant de paillettes d'or au milieu de tant d'immondices,—Flore étrange où tant de plantes charmantes s'épanouissent au milieu de tant de plantes vénéneuses—n'est pas appelée un jour à transfuser son sang rouge dans les veines de la vieille langue française, appauvrie, épuisée depuis un siècle, et qui finira par disparaître comme le sanscrit? Les puristes du sérail ont beau la déclarer fixée, immuable, éternelle, cela ne l'empêche pas de se déliter, de s'effriter, de se lézarder: si l'on n'y prend garde, elle s'effondrera, malgré les béquilles que lui mettent en guise d'étais, ses quarante architectes de l'Institut. Caveant consules! Veillez au maintien de la langue parisienne, écrivains qui voulez qu'il y ait encore une langue française!

III

On s'étonnera peut-être de voir réunis, confondus dans une promiscuité fâcheuse, le cant et le slang, l'argot des gredins et celui des honnêtes gens, les adorables mimologismes des enfants et les expectorations repoussantes des faubouriens. C'était une nécessité née de la confusion déplorable des classes sociales à Paris, où le crime coudoie le travail, où le cynisme heurte l'innocence, où le vice flâne en compagnie de la vertu, où l'esprit emboîte le pas à la bêtise. Frères ennemis, ces argots, mais frères,—comme les hommes qui les parlent.

On pourrait s'étonner aussi, et tout aussi justement, de voir attribuer à la langue populaire une foule de mots sortis de la langue du bagne, de la prison et des mauvais lieux. Au premier abord, cela choque autant que cela surprend, oui; mais en réfléchissant à la façon dont s'enrichissent les langues, on comprend et l'on s'incline, attristé. Une expression tombe des lèvres flétries d'un forçat, non pas au bagne, où il est défendu aux honnêtes gens d'aller, mais dans un cabaret, dans une rue de Paris, où il est interdit aux coquins de séjourner et où ils accourent tous comme des frelons sur un gâteau de miel: dix paires d'oreilles la ramassent et dix bouches la répètent, sans l'essuyer. Elle fait son chemin d'atelier en atelier, de faubourg en faubourg, jusqu'au jour où, tombant à son tour des lèvres d'un ivrogne[4], dans un café littéraire ou dans une brasserie artistique, elle est alors recueillie par quelque curieux aux écoutes, par quelque flâneur aux aguets, qui la trouve accentuée, originale, et la colporte çà et là,—tant et si bien que, finalement, elle entre dans un article, puis dans un livre, puis dans la circulation générale. Allez donc maintenant l'en retirer, comme tachée de boue et de sang! Essayez donc, au nom de la morale et du goût, de la démonétiser par décret comme une pièce de trente sols! Elle n'est pas frappée à la Monnaie fondée par Richelieu, elle ne porte pas l'effigie de l'un des Quarante, elle n'est pas d'un métal très pur, tout cela est vrai; mais elle sonne bien, argent ou cuivre, et cela suffit pour qu'elle soit échangée comme monnaie courante de la conversation.

Il en est de même des mots à panaches et à images improvisés par des néologues en haillons ou en blouse, par Gavroche ou par Cabrion. L'esprit court les rues et les ateliers; l'œil du voyou ou du rapin, toujours ouvert, comprend plus rapidement que l'œil du bourgeois, toujours endormi ou toujours affairé: lorsqu'un ridicule ou un vice insolent passe à la portée de cet impitoyable rayon visuel, il est happé,—gare à la gouaillerie féroce qui va le fusiller! Ce que, dans mes déambulations diurnes et nocturnes à Paris, j'ai entendu de phrases énormes, pimentées, saisissantes, cruelles, appliquées en plein dos comme des coups de pied, ou en plein visage comme des soufflets, à de pauvres diables de l'un ou de l'autre sexe, affligés, celui-ci de cette infirmité, celle-là de ce ridicule; ce que j'ai entendu composerait un gros livre—inimprimable. Ah! je ne sais pas ce que l'homme a fait à l'homme, mais il se venge bien odieusement de lui—sur lui!

Il y a mille moyens de contagion pour un mot, et c'est précisément ce qui universalise l'argot. La rue d'abord, où passe tout le monde; le cabaret, si diversement peuplé; le mauvais lieu,—une autre rue. Quelque envie qu'aient les gens les plus chastes de mettre un cadenas à leurs oreilles, ils entendent—et retiennent—Dieu sait quels vocables excentriques, bouffons, audacieux, hauts en couleur. Les filles—drôlesses et petites dames mêlées—ont un jargon bariolé qui participe beaucoup de leurs relations aussi multiples que fugaces. Toutes les professions masculines avec lesquelles elles sont en contact permanent donnent à leur langage une teinte polyglotte très prononcée,—polyglotte et cosmopolite, car elles gardent volontiers de ces commerces incessants un certain nombre de mots étrangers qu'elles francisent à leur manière. Un étranger en apprend plus long qu'un Parisien, en un mois de séjour dans un boudoir ou dans une antichambre d'actrice,—et il emporte chez lui une singulière opinion de la «langue de Bossuet». Pauvre Bossuet! Pauvre langue!

IV

Puisque j'en suis au chapitre des étonnements, je dois prémunir mes lecteurs contre celui qu'ils éprouveront certainement à rencontrer çà et là, dans ce Dictionnaire de la Langue verte, des mots auxquels le Dictionnaire de l'Académie a donné asile, comme on donne asile aux gueux et aux vagabonds. Ces mots sont considérés par lui comme bas et populaciers, et il en défend l'usage aux gens du bel air, aussi bégueules que lui: à cause de cela, ils me revenaient de droit, puisque je fais le Glossaire de la langue du peuple parisien, le Compendium du slang. La langue verte, au rebours de la langue académique, se compose précisément des mots qui ne s'écrivent pas, mais qui se parlent à certains étages de la société.

Or, je suis de ceux qui prétendent que «toutes paroles se laissent dire et tout pain mangier»,—avec d'autant plus de raison que les expressions proscrites comme indignes, condamnées comme shocking par le Dictionnaire de l'Académie, sont du meilleur français que je connaisse, d'un français plus étymologique, plus rationnel, plus expressif, plus éloquent que celles auxquelles ladite Académie a accordé droit de cité,—le français de Jean de Meung et de Guillaume de Lorris, de François Villon et de François Rabelais, de Philippe Desportes et de Bonaventure Des Périers, d'Henri Estienne et de Clément Marot, de Michel Montaigne et de Mathurin Régnier, d'Agrippa d'Aubigné et de Brantôme, de Froissart et d'Amyot, etc. Il paraît qu'il est de bon goût, dans les hautes régions, de renier ses ancêtres et de mentir à ses origines; les gens distingués se croiraient déshonorés,—savants et gandins,—en parlant la langue des petites gens, qui, cependant, sont les plus fidèles gardiens et les plus rigoureux observateurs de la tradition. Oui, il faut que les gens distingués en prennent leur parti: le peuple est le Conservatoire du vrai langage[5].

Je comprends, du reste, qu'on regimbe à admettre cette vérité élémentaire, qui froisse les habitudes d'esprit prises—parce qu'imposées—dans les collèges, où l'on n'enseigne qu'un français de convention, soufflé comme une baudruche, désossé comme un roastbeef, c'est-à-dire privé depuis longtemps de toute racine étymologique, grâce aux progrès croissants de la Réforme orthographique[6]. Moi aussi, au début de ma vie, en entendant les vieux de mon faubourg natal employer des phrases d'antan, je souriais de pitié, presque de mépris, ne comprenant pas qu'on pût s'exprimer autrement que M. de Campistron en ses tragédies et M. de Marmontel en ses Contes moraux. J'avais alors de sourdes révoltes à propos de l'éloquence forcenée de mon aïeul, qui ne pouvait ouvrir la bouche sans commettre une hérésie, sans se rendre coupable du crime de lèse-majesté classique. Il me semblait qu'il parlait là une langue sauvage, une façon d'algonquin ou de topinambou, qui n'avait jamais été parlée avant lui et ne devait plus l'être après lui, et, pour un peu, à chaque mot tombé de ses lèvres sibyllines, je me fusse signé comme devant un blasphème. Hélas! ce vieux faubourien était un académicien de la bonne roche,—celle d'où jaillit ce français si clair, si pur, si viril, si expressif, si sonore, si complet, si beau, dont il semble qu'on ait tout à fait perdu le secret, aujourd'hui que, langue verte à part, notre littérature est livrée à l'euphuisme, au gongorisme, aux concetti, à la préciosité et à je ne sais plus quelles autres bêtes qui la dévorent en la souillant.

Comme expiation, ou plutôt comme réparation de mon erreur, qui est encore celle de bien des honnêtes gens, j'ai dû donner large place dans le présent livre à cette langue populacière, rejetée avec mépris hors de la littérature et de la conversation. Elle eût été plus convenablement ailleurs, dans le Dictionnaire de l'Académie, par exemple, mais sans l'étiquette déshonorante et ridicule que vous savez; malheureusement, le Dictionnaire de l'Académie n'est hospitalier que pour les siens, et, s'il a consenti à entre-bâiller ses feuillets pour laisser entrer, en rechignant, quelques-uns des mots du langage populaire, il les a bien vite refermés de peur d'en laisser entrer un trop grand nombre,—qui eussent été, pourtant, sa richesse et son orgueil. L'Académie est myope: de l'or elle ne voit que la gangue.

Et, puisque je tiens l'Académie, je ne veux pas la lâcher sans me justifier, non pas devant elle, mais devant mes lecteurs, de l'irrévérence avec laquelle je n'ai pas craint de la traiter en introduisant dans le Dictionnaire de la Langue verte ce que je n'ai pas craint d'appeler l'argot des académiciens. Ce n'est pas là une malignité d'écrivain fantaisiste, mais une impérieuse nécessité de classification. Si les académiciens parlaient comme tout le monde, je n'eusse jamais songé à leur consacrer une seule ligne dans ce Dictionnaire impertinemment édifié à côté du leur; mais ces pontifes du beau langage, s'imaginant sans doute qu'écrire c'est officier, ont de tout temps employé pour s'exprimer des expressions dont l'emphase prudhommesque et l'inintelligibilité singulière semblent appartenir à ce qu'on pourrait proprement appeler une langue bleue. Bleue ou verte, c'est la même chose, puisque ce n'est pas la langue française de nos aïeux; et, pour ma part, j'avoue ne voir aucune différence entre les périphrases de Commerson et celles de l'abbé Delille, entre l'argot de la rue et l'argot de l'Institut. En quoi, je vous prie, broûter les pâturages de l'erreur est-il plus singulier que le tube qui vomit la fumée? En quoi la plaine liquide est-elle moins burlesque que canonnier de la pièce humide? Et cet animal guerrier qui inventa le trident? Et les larmes de l'aurore? Et les nourrissons du Pinde[7]? Au lieu de confectionner ces tropes plus ridicules qu'ingénieux, MM. les Quarante auraient bien dû, depuis longtemps, s'occuper du Dictionnaire conçu par Charles Nodier et récemment entrepris par M. Littré. «L'académie du Dictionnaire (dit l'auteur des Notions élémentaires de linguistique) ne nous doit que la langue littéraire, et la langue littéraire d'une nation, c'est tout bonnement la langue du peuple. Il ne faut pas sortir de là.»

V

Toutes les fois que je l'ai pu, j'ai accroché aux mots une étiquette constatant leur étymologie, leur origine, leur millésime, et disant quels sont leurs pères ou leurs parrains, afin d'éviter des tourments aux Saumaise futurs, aux lexicographes distingués ou bas de poil qui commenteront les livres parisiens du XIXe siècle,—spécialement de la seconde moitié du XIXe siècle. Nous serions plus avancés que nous ne le sommes, nous en saurions davantage sur notre langue, si l'on avait pris soin, dès l'origine, de nous conserver les extraits de baptême de certains mots, sinon de tous: cette histoire des mots serait l'histoire des idées, c'est-à-dire l'histoire des mœurs, c'est-à-dire l'histoire de la nation parisienne écrite jour par jour[8].

Malheureusement, quant au millésime, malgré l'envie que j'avais de parler, je suis souvent resté muet,—on comprendra pourquoi.

Quant à la provenance, je l'ai indiquée presque toujours, et fidèlement, j'ose l'affirmer. Aucun des mots auxquels j'ai cru devoir accorder l'hospitalité n'est d'origine suspecte ni d'existence douteuse: ce sont des vagabonds, mais ce ne sont pas des ombres. Chaque fois qu'il m'a été impossible de savoir à quel argot spécial appartenait une expression, je me suis abstenu de la ranger dans telle ou telle catégorie, en supposant qu'elle devait être d'un emploi moins restreint, d'une circulation plus générale que les autres. Mes attributions ne sont pas arbitraires, pas plus que les nuances que j'y ai introduites et qui n'échapperont pas aux lecteurs perspicaces. Si je dis argot du peuple et non argot des bourgeois, c'est que l'expression est plus familière au peuple qu'à la bourgeoisie et que je l'ai entendue plus souvent dans la rue que dans la boutique. Lorsque je mets après un mot argot des voyous au lieu d'argot des voleurs, c'est que ce mot, quoique ayant appartenu peut-être d'abord à la langue des prisons, est d'un usage plus fréquent sur les lèvres des voyous que dans la bouche des voleurs. De même pour l'argot des faubouriens, qui n'est pas l'argot des ouvriers, quoique les ouvriers habitent ordinairement les faubourgs de Paris. De même pour l'argot des filles, qui n'est pas l'argot des petites dames ou de Breda-Street, quoique les unes et les autres exercent la même profession,—avec un public différent. Certains argots confinent, comme certains métiers; ils marchent sur une lisière commune, comme certaines agrégations d'individus; ils voisinent pour ainsi dire, comme certaines positions sociales: assurément ils finiront par s'étreindre, par se mêler, par se confondre; le voyou finira par devenir voleur, la petite dame par être fille, l'ouvrier par se faire faubourien, etc., mais jusqu'à ce que la barrière soit franchie, la délimitation effacée, chacun d'eux aura son accent, sa couleur, auxquels on les pourra reconnaître. Voilà pourquoi j'ai parqué d'autorité ce mot dans cette catégorie et non pas dans cette autre, qui a l'air d'être la même,—comme le violet est le bleu; voilà pourquoi j'ai cloué sur ce mot cette étiquette et non pas cette autre, assuré que j'étais de ne pas me tromper; je le maintiens et le maintiendrai jusqu'au feu,—exclusivé.

Pour l'étymologie, c'est autre chose. Peut-être, à ce propos, s'étonnera-t-on de la persistance que je mets à redresser les erreurs et à corriger les bévues de quelques-uns de mes devanciers, et, de ma part, à moi, philologue de fraîche date et ignorant de naissance, cela semblera outrecuidant. Je souscris d'avance à tous les reproches qu'on me fera l'honneur de m'adresser, même à ceux que je mérite le moins.

L'étymologie,—et je ne prends pas ce mot dans l'acception restreinte et purement grammaticale que lui donne Charles Nodier, qui en fait la norma, la ratio scribendi, l'orthographe enfin de toutes les langues de dernière formation,—l'étymologie telle que l'entendent tant de savantes personnes ne doit pas être considérée autrement que comme un pur et simple exercice d'imagination. Heureux les savants qui ont de l'esprit et qui n'ont pas d'imagination: ils amusent et, accessoirement, instruisent. Ceux qui ont de l'imagination, au contraire, en ont trop, et non seulement ils n'instruisent pas, mais encore,—ce qui est plus grave et moins pardonnable,—ils n'amusent personne, pas même eux. L'esprit—on me passera cette fatuité de le définir,—est la raison elle-même, la raison enjouée, folâtre même, mais la raison: c'est une boussole. L'imagination, elle, n'est qu'une faculté superfétative, secondaire, qui joue le rôle de cinquième roue à un carrosse, et qui, si elle n'empêche pas l'esprit de marcher, ne l'y aide du moins en aucune façon; quand elle va de conserve avec lui, c'est bien, nul ne s'en plaint; mais quand elle vole seule, elle perd aisément le nord et s'égare en égarant les autres.

Je ne veux pas me prononcer au sujet de l'esprit ou de l'imagination de mes devanciers, de peur de les fâcher avec un compliment—ou de leur faire plaisir avec une épigramme. Ce n'est pas le lieu d'ailleurs. Mes devanciers ont agi à leur guise, d'après les inspirations de leur génie particulier: je ne les en blâme—ni ne les en loue. Je regrette seulement—pour eux—que quelques-uns d'entre eux n'aient pas su éviter l'écueil contre lequel sont venus échouer avant eux tant d'autres étymologistes trop savants,—par exemple Ménage, qui fait venir canaille de canalis quand il avait canis sous la main. M. Marty-Laveaux le disait très pertinemment: les savants comme Ménage et quelques-uns de mes devanciers vont chercher trop loin leurs étymologies[9], et c'est dans ces voyages au long cours qu'ils rencontrent l'écueil en question. Il est si simple de rester au coin de son feu, les coudes sur la table, les pieds sur les chenets, comme un honnête bourgeois sans prétention, qui trouve sans peine parce qu'il cherche sans effort! L'effort, voilà ce qui a gâté tant de savants livres!

L'étymologie, étant une maladie, a sa contagion; moi, parvulissime, j'ai fait comme les grands docteurs de l'Université de Marburg—et d'ailleurs: je me suis lancé à fond de train dans le champ des hypothèses, et si je ne suis pas parvenu à me casser les reins, j'ai du moins donné quelques entorses au bon sens et à la vérité étymologique. C'est un jeu comme un autre, amusant pour soi, fatigant pour autrui, dont cependant je n'ai pas cru devoir abuser, ainsi qu'on s'en assurera en feuilletant ce volume. Il peut se faire que, dans cette course vagabonde à travers des origines probables, j'aie quelquefois rencontré juste et que quelques-unes de mes trouvailles involontaires méritent d'être prises en considération: ces bonnes fortunes arrivent souvent aux innocents, paraît-il. «Quand on ne sait que ce qu'on a appris, on peut être un savant et un sot; il faut de plus savoir ce qu'on a deviné.» J.-B. Say avait raison, quoique économiste. En tout cas, heureux ou non dans mes devinettes étymologiques, à mon su ou à mon insu, je m'en tiens à ces premiers essais et m'engage à ne plus jamais recommencer.

VI

Il me reste à parler de cette seconde édition, qui est une véritable nouvelle édition, puisqu'elle a été refondue d'un bout à l'autre et réimprimée en caractères elzéviriens. Aucun des mots de la première ne manque à celle-ci, qui est en outre enrichie d'environ deux mille cinq cents expressions soit du cant, soit du slang, soit de la langue populacière, toutes si dédaigneusement mises à la porte par le Dictionnaire de l'Académie, qui semble ne pas savoir qu'Horace a écrit il y a dix-neuf cents ans:

Ut silæ foliis pronos mutantur in annos,

Prima cadunt; tita verborum vetus interit ætas

Et juvenum ritu florent modo nata vigentque.

Vous entendez, messieurs les Quarante? Il en est des mots comme des feuilles des arbres à l'automne, ce sont les premières venues qui sont les premières parties: de même périt le vieil âge des mots, et d'autres mots, nés tout à l'heure, fleurissent et s'épanouissent maintenant à la manière des jeunes gens. Ne balayez pas les vieux, mais faites place aux jeunes, aux valides, aux vigoureux.

Si le Dictionnaire de l'Académie est incorrigible, je ne le suis pas, et quand j'ai des torts, j'en conviens de bonne grâce; quand j'ai péché, je me frappe de bonne foi la poitrine—en me demandant pardon de mes imperfections et en me promettant bien d'en diminuer le nombre, sans espérer de les extirper toutes. J'ai donc émendé de mon mieux le texte de la première édition, ainsi qu'en pourront juger les lecteurs; mais cette émendation devait avoir des bornes,—et elle en a eu. Malgré les prières de mon éditeur, qui, par excès de délicatesse, voulait enlever à celui-ci ou à celui-là de mes devanciers encore vivants tout prétexte à récrimination et à reproches de plagiat, même aux moins fondés, j'ai cru de mon devoir et de mon droit de conserver intactes des définitions dont je répondais, que je savais être miennes, malgré leur ressemblance avec celles de mon voisin. Ressemblance forcée, fatale, nécessaire même, tous les gens de bonne foi n'hésiteront pas à le reconnaître. Je ne voudrais pas avoir l'air de m'abriter derrière la spirituelle et très juste définition de Charles Nodier: Les dictionnaires sont des plagiats par ordre alphabétique; mais enfin il est tout simple qu'ayant à définir une expression bizarre—par exemple appeler Azor, le premier venu écrive comme moi: «Siffler un acteur comme on siffle un chien.» On n'a pas de brevet d'invention à prendre pour cette phrase qui traîne sur toutes les lèvres. Appeler Azor signifiant pour tout le monde siffler un acteur, Azor étant pour tout le monde le synonyme de chien, comment s'y prendre pour ne pas dire: «Siffler un acteur comme on siffle un chien?» Je ne vois qu'un moyen, mais il est héroïque—de ridicule: c'est d'imiter le fameux Marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour,—D'amour, marquise, vos beaux yeux me font mourir,—Me font, marquise, vos beaux yeux mourir d'amour,—Mourir vos beaux yeux me font d'amour, marquise,—et ainsi de suite jusqu'au jugement dernier. Oui, plus j'y réfléchis, plus je ne vois que ce moyen: on m'excusera, je pense, de ne pas l'avoir employé.

Je glisse—de peur d'appuyer.

On remarquera que dans cette nouvelle édition, plus encore que dans la précédente, je me suis plu à rétablir l'orthographe réelle de vocables que les puristes déclarent être «du patois de Pipelets». (Voy. Albert Hétrel, Code orthographique.) J'en ai mis beaucoup, je regrette de n'en avoir pas mis davantage, afin de confondre les ennemis de la bonne langue, la vieille, et les admirateurs du petit français que l'on parle à présent. Les puristes du sérail veulent qu'on dise chirurgien, chercher, brebis, etc. Je le veux comme eux. Mais ils ricanent lorsqu'ils entendent prononcer cercher, berbis, serurgien, et leurs ricanements me font sourire: la pelle se moque du fourgon,—la pelle a tort.

On m'a reproché d'avoir introduit dans la précédente édition un certain nombre de mots anglais: je réponds en en introduisant un plus grand nombre encore dans cette nouvelle édition. L'anglomanie fait des progrès chez nous, peuple simiesque; nous avons tous les mots nécessaires pour représenter nos idées; mais, par genre, nous habillons ces idées avec des mots de fabrique étrangère: au lieu de dire chien courant comme leurs pères,—de rudes chasseurs, pourtant!—nos sportsmen disent, les uns buck-hound, les autres boarhound. Buck-hound, c'est bien du pur anglais de l'autre côté du détroit; mais, de ce côté-ci, c'est de la langue verte.

Cela dit—avec tout le respect que je dois aux gens à qui je le dis—j'arrive au finale de cette trop longue improvisation. C'est la partie la plus douce de ma tâche d'aujourd'hui, puisqu'il s'agit de remercier hautement ceux de mes confrères qui ont bien voulu jouer le rôle de tibicinateurs en faveur du Dictionnaire de la langue verte et les personnes connues ou inconnues qui ont bien voulu répondre à l'appel que je leur avais fait en me signalant les omissions et les attributions erronées de la première édition. Je remercie donc bien sincèrement ici MM. Jules Noriac, Léo Lespès, Alphonse Duchesne, A. Ranc, Balathier de Bragelonne, Jules Claretie, A. de Fonvielle, Gustave Bourdin, le docteur Stéphen Le Paulmier, Léon Renard, Henri Delaage, Eugène Mathieu, Coffineau, Alexandre Pothey, Jules Choux—et tous ceux que ma plume sans mémoire oublie de citer. Jules Choux, un chansonnier parisien d'un accent original et qui connaît encore mieux que moi les dessous ténébreux de notre chère ville natale, m'a apporté, à lui seul, une plantureuse moisson que je n'ai eu que la peine d'engranger. Les soins que j'ai apportés à cette seconde édition témoigneront mieux que des paroles de toute ma gratitude pour les encouragements que j'ai reçus de toutes parts: elle est moins défectueuse que la première, et la prochaine sera encore un peu plus digne d'intérêt que celle-ci, les livres du genre du Dictionnaire de la langue verte devant forcément se corriger et se compléter dans des éditions successives. Quand il en sera à sa dixième, j'ose espérer que depuis longtemps on aura fait une croix—sur ma tombe!

Alfred DELVAU.

1

DICTIONNAIRE
DE LA
LANGUE VERTE

Table des matières

A.

 ABADIE, s. f. Foule,—dans l'argot des voleurs, qui l'appellent ainsi, avec mépris, parce qu'ils ont remarqué qu'elle se compose de badauds, de gens qui ouvrent les yeux, la bouche et les oreilles d'une façon démesurée.

 ABAJOUES, s. f. pl. La face,—dans l'argot du peuple.

Il n'est pas de mots que les hommes n'aient inventés pour se prouver le mutuel mépris dans lequel ils se tiennent. Un des premiers de ce dictionnaire est une injure, puisque jusqu'ici l'abajoue signifiait soit le sac que certains animaux ont dans la bouche, soit la partie latérale d'une tête de veau ou d'un groin de cochon. Nous sommes loin de l'os sublime dedit. Mais nous en verrons bien d'autres.

 ABALOURDIR, v. a. Rendre balourd, niais, emprunté.

 ABAT-FAIM, s. m. Plat de résistance,—gigot ou roastbeef plantureux.

 ABATIS, s. m. pl. Le pied et la main,—l'homme étant considéré par l'homme, son frère, comme une volaille.

Avoir les abatis canailles. Avoir les extrémités massives, grosses mains et larges pieds, qui témoignent éloquemment d'une origine plébéienne.

 ABAT-RELUIT, s. m. Abat-jour à l'usage des vieillards. Argot des voleurs.

 ABATTOIR, s. m. Le cachot des condamnés à mort, à la Roquette,—d'où ils ne sortent que pour être abattus devant la porte de ce Newgate parisien.

 ABATTRE (En). Travailler beaucoup,—dans l'argot des ouvriers et des gens de lettres.

 ABBAYE, s. f. Four,—dans l'argot des rôdeurs de nuit qui, il y a une quinzaine d'années, se domiciliaient encore volontiers dans les fours à plâtre des buttes Chaumont, où ils chantaient matines avant l'arrivée des ouvriers chaufourniers.

Abbaye ruffante. Four chaud,—de rufare, roussir.

 ABBAYE DE MONTE-A-REGRET, s. f. L'échafaud,—dans l'argot des voleurs, qui se font trop facilement moines de cette Abbaye que la Révolution a oublié de raser.

 ABBAYE DES S'OFFRE-A-TOUS, s. f. Maison conventuelle où sont enfermées volontairement de jolies filles qui ne pourraient jouer le rôle de vestales que dans l'opéra de Spontini.

Cette expression, qui sort du Romancero, est toujours employée par le peuple.

 ABCÈS, s. m. Homme au visage boursouflé, au nez à bubelettes, sur lequel il semble qu'on n'oserait pas donner un coup de poing,—de peur d'une éruption purulente.

On a dit cela de Mirabeau, et on le dit tous les jours des gens dont le visage ressemble comme le sien à une tumeur.

 ABÉLARDISER, v. a. Mutiler un homme comme fut mutilé par le chanoine Fulbert le savant amant de la malheureuse Héloïse.

C'est un mot du XIIIe siècle, que quelques écrivains modernes s'imaginent avoir fabriqué; on l'écrivait alors abaylarder,—avec la même signification, bien entendu.

 ABÉQUER, v. a. Nourrir quelqu'un, lui donner la béquée,—dans l'argot du peuple, qui prend l'homme pour un oiseau.

 ABÉQUEUSE, s. f. Nourrice ou maîtresse d'hôtel.

 ABIGOTIR (S'). v. réfl. Devenir bigot, hanter assidûment les églises après avoir hanté non moins assidûment d'autres endroits,—moins respectables.

Le mot a trois ou quatre cents ans de noblesse.

 ABLOQUER ou Abloquir, v. n. Acheter,—dans l'argot des voleurs, qui n'achètent cependant presque jamais, excepté en bloc, à l'étalage des marchands.

 ABOMINER, v. a. Avoir de l'aversion pour quelque chose et de l'antipathie pour quelqu'un,—ce que dit clairement l'étymologie de ce mot: ab, hors de, et omen, d'omentum, estomac.

Expression du vieux français et des jeunes Parisiens.

 ABONNÉ AU GUIGNON (Être). Être poursuivi avec trop de régularité par la déveine. Argot des faubouriens.

 ABOULER, v. a. Donner, remettre à quelqu'un. Argot des voyous.

Signifie encore Venir, Arriver sans délai, précipitamment, comme une boule.

 ABOYEUR, s. m. Crieur public ou particulier qui se tient dans les marchés ou à la porte des théâtres forains.

 ABRACADABRA, adv. D'une manière bizarre, décousue, folle,—dans l'argot du peuple, qui a conservé ce mot du moyen âge en oubliant à quelle superstition il se rattache. Les gens qui avaient foi alors dans les vertus magiques de ce mot l'écrivaient en triangle sur un morceau de papier carré, qu'ils pliaient de manière à cacher l'écriture; puis, ayant piqué ce papier en croix, ils le suspendaient à leur cou en guise d'amulette, et le portaient pendant huit jours, au bout desquels ils le jetaient derrière eux, dans la rivière, sans oser l'ouvrir. Le charme qu'on attachait à ce petit papier opérait alors,—ou n'opérait pas.

Faire une chose abracadabra. Sans méthode, sans réflexion.

 ABRACADABRANT, E, adj. Etonnant, extraordinaire, merveilleux, épatant,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à l'abracadabra du Romantisme.

«Satan vous verra.

De vos mains grossières,

Parmi des poussières,

Ecrivez, sorcières,

Abracadabra!»

dit Victor Hugo dans la pièce des Odes et Ballades intitulée le Sabbat.

Cet abracadabra était en effet assez singulier, et je comprends qu'on l'ait raillé en en faisant un adjectif,—sans se douter que depuis longtemps le peuple en avait fait un adverbe.

 ABREUVOIR, s. m. Cabaret,—d'où l'on sort plus altéré qu'on n'y est entré.

D'où l'expression proverbiale: Un bon cheval va bien tout seul à l'abreuvoir, pour dire: Un ivrogne n'a pas besoin d'y être invité pour aller au cabaret.

 ABRUTI, s. m. Élève assidu, acharné à l'étude,—dans l'argot des Polytechniciens, dont la plupart sont encore trop jeunes pour ne pas être un peu fous.

 ABS, s. m. Apocope d'Absinthe, créée il y a quelques années par Guichardet, et aujourd'hui d'un emploi général.

Les apocopes vont se multiplier dans ce Dictionnaire. On en trouvera à chaque page, presque à chaque ligne: abs, achar, autor, aristo, eff, délass-com, démoc, poche, imper, rup, soc, liquid, bac, aff, Saint-Laz, etc., etc., etc. Il semble, en effet, que les générations modernes soient pressées de vivre qu'elles n'aient pas le temps de prononcer les mots entiers.

 ABSINTHAGE, s. m. Action de boire l'absinthe, ou de la faire.

 ABSINTHE (Faire son). Verser de l'eau sur l'absinthe, afin de la précipiter et de développer en elle cette odeur qui grise tant de cerveaux aujourd'hui.

Signifie aussi Cracher en parlant. On a dit à propos d'un homme de lettres connu par son bavardage et ses postillons: «X... demande son absinthe, on la lui apporte, il parle art ou politique pendant un quart d'heure,—et son absinthe est faite.»

 ABSINTHE (Heure de l'). Le moment de la journée où les Parisiens boivent de l'absinthe dans les cafés et chez les liquoristes. C'est de quatre à six heures.

 ABSINTHER (S'), v. réfl. S'adonner à l'absinthe, faire sa boisson favorite de ce poison.

 ABSINTHEUR, s. m. Buveur d'absinthe.

 ABSINTHIER, s. m. Débitant d'absinthe, c'est-à-dire de poison.

 ABSORBER, v. n. et a. Manger ou boire abondamment.

 ABSORPTION, s. f. Cérémonie annuelle qui a lieu à l'Ecole polytechnique, et «qui a été imaginée, dit Emile de la Bédollière, pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l'Ecole, les accoutumer au tutoiement».

Le nom a été donné à cette fête de réception, parce qu'elle précède ordinairement l'absorption réelle qui se fait dans un restaurant du Palais-Royal, aux dépens des taupins admis.

 ACABIT DE LA BÊTE, s. m. Bonne ou mauvaise qualité d'une chose ou d'une personne. Argot du peuple.

Être de bon acabit. Avoir un excellent caractère, ou jouir d'une excellente santé.

 ACAGNARDER (S'), v. réfl. Se plaire dans la solitude, vivre dans son coin, comme un vieux chien las d'aboyer à la lune et de courir après les nuages,—ce gibier que nous poursuivons tous sans pouvoir même en jouir comme Ixion.

J'ai souligné à dessein coin et chien: c'est la double étymologie de ce verbe, que n'osent pas employer les gens du bel air, quoiqu'il ait eu l'honneur de monter dans les carrosses du roi Henri IV. (V. les lettres de ce prince.) S'acagnarder vient en effet du latin canis, chien, ou du vieux français cagnard, lieu retiré, solitaire,—coin.

On dit aussi s'acagnarder dans un fauteuil.

 ACALIFOURCHONNER (S'), v. réfl. Se mettre à califourchon sur n'importe quoi,—dans l'argot du peuple, qui parle comme Cyrano de Bergerac écrivait.

 ACCENTUER SES GESTES, v. a. Donner un soufflet ou un coup de poing,—ce qui est une manière de se prononcer suivant les règles de l'accent tonique.

 ACCESSOIRES, s. m. pl. Matériel servant à meubler la scène; tous les objets dont l'usage est nécessaire à l'action d'une pièce de théâtre, depuis la berline jusqu'à la croix de ma mère.

Les acteurs emploient volontiers ce mot dans un sens péjoratif et comme point de comparaison. Ainsi, du vin d'accessoires, un poulet d'accessoires, etc., sont du mauvais vin, un poulet artificiel, etc.

 ACCOLADE, s. f. C'était jadis un baiser que recevait sur la joue gauche l'homme qu'on ordonnait chevalier; c'est aujourd'hui un soufflet que peut recevoir tout le monde sur n'importe quelle joue.

 ACCOMMODER QUELQU'UN A LA SAUCE PIQUANTE, v. a. Se moquer de lui,—et même se livrer sur sa personne à des voies de fait désagréables.

 ACCOMMODER QUELQU'UN AU BEURRE NOIR, v. a. Lui pocher les yeux à coups de poing.

 ACCORDÉON, s. m. Chapeau Gibus,—dans l'argot des faubouriens, par allusion au soufflet placé à l'intérieur de ce chapeau.

Se dit aussi d'un chapeau ordinaire sur lequel on s'est assis par mégarde.

 ACCOUCHER, v. n. Avouer,—dans l'argot du peuple.

Accoucher de quelque chose. Divulguer un secret; faire paraître un livre; prendre un parti.

 ACCOUFFLER (S'). v. réfl. S'accroupir, s'asseoir sur les talons,—dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot aux patois du Centre, où l'on appelle couffles des balles de coton, sièges improvisés.

On dit aussi s'accrouer.

 ACCROCHE-CœURS, s. m. pl. Petites mèches de cheveux bouclées que les femmes fixent sur chaque tempe avec de la bandoline, pour donner du piquant à leur physionomie.

Les faubouriens donnent le même nom à leurs favoris,—selon eux irrésistibles sur le beau sexe, comme les favoris temporaux du beau sexe sont irrésistibles sur nous.

 ACCROCHER, v. a. Engager quelque chose au mont-de-piété. Argot des faubouriens.

 A CHAILLOT! Exclamation populaire, passée dans l'argot des drôlesses de Breda-Street, et par laquelle on se débarrasse de quelqu'un qui gêne.

 ACHETOIRES, s. m. pl. Argent,—dans le même argot.

Maurice Alhoy trouvait le mot trivial. Il est au contraire charmant et bien construit. Montaigne n'a-t-il pas écrit: «Je n'ai pas de gardoire»? Garder, gardoire; acheter, achetoires.

 ACœURER, v. a. Accommoder, arranger de bon cœur. Argot des voleurs.

 ACRÉE ou ACRIE, s. f. Méfiance, cousine germaine de l'acrimonie. Même argot.

Acrée donc! Cette interjection, qui signifie «Tais-toi!» se jette à voix basse pour avertir qu'un nouvel arrivant est ou peut être suspect. On dit aussi Nibé donc!

 ACTEUR-GUITARE, s. m. Acteur qui ne varie pas assez ses effets et n'obtient d'applaudissements que dans certains rôles larmoyants, par exemple Bouffé et Mme Rose Chéri. Argot des coulisses.

 ACTIONNAIRE, s. m. Homme crédule et simple, qui s'imagine que tout ce qu'on lui raconte est arrivé, que toutes les offres qu'on lui a faites sont sincères, etc. Argot des gens de lettres.

 ADDITION, s. f. Ce que nos pères appelaient la carte à payer, ce que les paysans appellent le compte, et les savants en goguettes le quantum.

 ADJECTIVER QUELQU'UN, v. a. Lui adresser des injures, qui ne peuvent être en effet que des adjectifs.

 ADROIT DU COUDE, adj. m. Qui a plus l'habitude de boire que celle de travailler. Argot du peuple.

 AFF, s. f. pl. Apocope d'Affaires,—dans l'argot des petites dames.

 AFFAIRE, s. f. Vol à commettre. Argot des prisons.

 AFFAIRE (Avoir son). Avoir son compte, soit dans un duel, soit dans un souper,—être presque tué ou presque gris. Argot du peuple.

 AFFAIRE JUTEUSE, s. f. D'un bon rapport. Argot des Mercadets.

 AFFAIRES, s. f. pl. Se dit de l'indisposition menstruelle des femmes. Argot des bourgeois.

 AFFALER (S'). Tomber,—dans l'argot du peuple.

 AFFE, s. f. La vie,—dans l'argot des voleurs, qui me font l'effet d'avoir à dessein confondu avec affres, leur existence étant un perpétuel effroi de la justice et des gendarmes.

Eau d'affe, Eau-de-vie.

 AFFOLER, v. a. Accabler de coups, blesser, endommager,—dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (à et fouler) et à la tradition: «Vous nous affolerez de coups, monsieur, cela est sûr,» dit Rabelais.

«. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ce qui me console, C'est que la pauvreté comme moi les affole,»

dit Mathurin Regnier.

 AFFOURCHER SUR SES ANCRES (S'), v. réfl. Prendre du repos; se retirer du service. Argot des marins.

 AFFRANCHI, s. et adj. Corrompu, qui a cessé d'être honnête. Argot des voleurs.

 AFFRANCHIR, v. a. Initier un homme aux mystères du métier de voleur, faire d'un voyou un grinche.

 AFFRANCHIR, v. a. Châtrer,—dans l'argot du peuple.

On dit aussi Couper.

 AFFRANCHISSEUR, s. m. Homme qui rend hongres les animaux entiers.

On dit aussi Coupeur.

 AFFRES, s. m. pl. Reproches,—dans l'argot du peuple.

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

 AFFUR, s. m. Profit,—dans l'argot des voleurs.

Le mot vient en ligne droite de ad furem (même signification), qui vient lui-même du fur (voleur de nuit), de Cicéron.

 AFFURER, v. a. Tromper, faire un profit illicite.

 AFFUT (D'). Rusé, malin, habile. Argot du peuple.

On dit aussi homme d'affût.

 AFFÛTER, v. a. Tromper quelqu'un, le surprendre. Argot des voleurs.

 AFFUTER SES PINCETTES. Courir, ou seulement marcher. Argot des faubouriens.

 AFFUTIAUX, s. m. pl. Bagatelles, brimborions quelconques,—dans l'argot des ouvriers, qui ont emprunté cette expression au patois des paysans.

 AGATE, s. f. Faïence quelconque,—dans l'argot des voleurs.

 AGATER, v. n. Recevoir des coups, être pris,—étrenner de n'importe quelle façon. Argot des faubouriens.

 AGOBILLE, s. f. Outil,—dans l'argot des voleurs.

 AGONIR, v. n. Accabler d'injures et de sottises. Argot des bourgeois et du peuple.

Ne serait-ce pas une corruption d'abonir, faire honte, un vieux verbe français encore employé en Normandie ainsi qu'agonir.

On dit aussi Agoniser.

 AGOUA, s. f. Eau,—dans l'argot des canotiers, qui parlent espagnol (agua) on ne sait pas pourquoi.

 AGRAFER, v. a. Arrêter, consigner. Argot des soldats et du peuple.

Se faire agrafer. Se laisser prendre.

 AGRIPPER, v. a. Prendre à l'improviste, subitement. Argot du peuple.

Signifie aussi filouter, dérober adroitement.

Agripper (S'). Se prendre aux cheveux avec quelqu'un.

 AHURI DE CHAILLOT, s. m. Imbécile, homme un peu braque. Argot des faubouriens.

(V. A Chaillot!)

 AÏ, s. m. Vin de Champagne,—dans l'argot des vaudevillistes de la Restauration.

 AIDE-CARGOT, s. m. Aide de cuisine,—dans l'argot des troupiers, par corruption d'aide-gargot.

 AIE-AIE, s. m. Omnibus,—dans l'argot des faubouriens.

 AIGLEFIN, s. m. Chevalier d'industrie, escroc du grand et du petit monde, vivant aux dépens de quiconque l'écoute.

C'est à dessein que je donne cette orthographe, qui est aussi véritable,—c'est-à-dire aussi problématique,—que l'orthographe officielle, aigrefin. Le peuple prononce le nom comme je l'écris: est-ce par euphonie, est-ce par tradition? je l'ignore, et les savants n'en savent pas plus que moi là-dessus «Aigre faim, faim très vive (homme affamé)», dit Littré. Sans doute, mais il y a eu jadis une monnaie dite aiglefin, et les escrocs ne sont pas moins affamés d'argent que d'autre chose.

 AIGUILLE, s. f. Clé,—dans l'argot des voleurs.

 AILE, s. f. Bras,—dans l'argot des faubouriens, l'homme étant considéré par eux comme une oie.

On dit aussi Aileron.

 AIMANT, s. m. Embarras, manières, épate. Même argot.

Faire de l'aimant. Faire des embarras, protester hypocritement de son amitié pour quelqu'un, afin de l'attirer à soi.

 AIMER A CRÉDIT, s. a. Être l'amant de cœur d'une femme entretenue,—dans l'argot de Breda-Street, où cependant,

«Tout en chantant Schubert et Webre,

On en vient à réaliser

L'application de l'algèbre

A l'amour, à l'âme, au baiser.»

On dit aussi Aimer à l'œil.

 AIMER QUELQU'UN COMME SES PETITS BOYAUX, v. a. l'aimer extrêmement.—Argot du peuple.

On dit aussi Aimer quelqu'un comme la prunelle de ses yeux.

 A LA CLÉ. Façon de parler explétive des comédiens, qui entendent fréquemment leur chef d'orchestre leur dire: «Il y a trois dièzes ou trois bémols à la clé,» et qui ont retenu l'expression sans en comprendre le sens exact. Ainsi: Il y a des femmes, ou des côtelettes à la clé, signifie simplement: Il y a des femmes,—ou des côtelettes.

 ALARMISTE, s. m. Chien de garde. Argot des voleurs.

 ALÈNES, s. f. pl. Outils de voleur, en général,—sans doute à cause de leur forme subulée.

 ALENTOIR, adv. Aux environs, alentour. Argot des voleurs.

 ALIGNER, v. n. Mettre le couvert,—dans l'argot des francs-maçons.

 ALIGNER (S'). Se battre en duel,—dans l'argot des troupiers.

 ALLER (S'en). Vieillir,—dans l'argot de Breda-Street, où l'on s'en va aussi vite que les roses.

 ALLER A LA CHASSE AVEC UN FUSIL DE TOILE, v. n. Mendier, porter la besace. Argot du peuple.

 ALLER A LA COUR DES AIDES. Se dit d'une femme qui trompe son mari en faveur d'un ou de plusieurs amants.

L'expression date de l'Histoire comique de Francion.

 ALLER A L'ARCHE, v. n. Aller chercher de l'argent. Argot des voyous.

 ALLER A LA RETAPE, v. n. Attendre quelqu'un sur une route pour l'assassiner. Argot des prisons.

 ALLER A L'ASTIC. Astiquer son fourniment. Argot des soldats.

 ALLER A NIORT, v. a. Nier,—dans l'argot des voleurs, qui semblent avoir lu les Contes d'Eutrapel.

 ALLER A SES AFFAIRES. Ce que les Hébreux appellent hesich raglaw, les Anglais to shit, les Espagnols cagar, les Flamands schijten, les Italiens cacare, et les Grecs χεζειν [grec: chezein].

«Autrefois, chez le roi, on appelait chaise d'affaires, la chaise percée, et brevet d'affaires le privilège d'entrer dans le lieu où le roi est sur sa chaise d'affaires.»

 ALLER AU CARREAU, v. n. Aller pour se faire engager,—dans l'argot des musiciens de barrières, qui chaque dimanche ont l'habitude de se réunir sur le trottoir de la rue du Petit-Carreau, où les chefs d'orchestre savent les rencontrer.

 ALLER AU PERSIL. Sortir pendant le jour, aller se promener,—dans l'argot des filles libres, qui, à leur costume de grisettes d'opéra-comique, ajoutent l'indispensable petit panier pour avoir l'air d'acheter... rien du tout, le persil se donnant pour rien chez les fruitières, mais en réalité pour se faire suivre par les flâneurs amoureux.

On dit également: Cueillir du persil et Persiller.

 ALLER AU POT. Prendre dans des dominos restants. Argot des joueurs.

On dit aussi Fouiller au pot.

 ALLER AU SAFRAN. v. n. Manger son bien,—dans l'argot des bourgeois qui disent cela depuis longtemps.

 ALLER AU TROT, v. n. Se dit—dans l'argot des faubouriens—d'une fille en toilette de combat qui va «faire le boulevard».

 ALLER AU VICE. Hanter les mauvais lieux,—dans l'argot des bourgeois.

 ALLER AUX PRUNEAUX. Plaisanterie qu'on fait à l'hôpital, à tout nouveau venu qui paraît un peu naïf; elle consiste à l'engager à aller demander son dessert dans une salle voisine, à tels ou tels malades qu'on désigne. Celui qui a l'imprudence d'aller aux pruneaux est alors accueilli à coups de traversin, comme l'innocent qui va le 1er avril chez l'épicier chercher de l'huile de cotrets est accueilli à coups de balai.

 ALLER DE SA LARME (Y). Ne pas craindre de se montrer ému, au théâtre ou dans la vie, à propos d'un événement touchant, réel ou fictif. Argot des gens de lettres et des faubouriens.

 ALLER EN RABATTANT. Vieillir, sentir ses forces s'épuiser. Argot du peuple.

 ALLER FAIRE FAIRE (S'). Expression injurieuse—de l'argot des bourgeois par laquelle on se débarrasse de quelqu'un qui vous gêne ou vous ennuie. Le second verbe faire en remplace un autre qui est tantôt paître, tantôt un autre plus énergique.

 ALLER OÙ LE ROI VA A PIED. V. Aller à ses affaires dans l'argot du peuple.

C'est précisément pour y avoir été que Henri III fut blessé mortellement par Jacques Clément, qui le frappa sur sa chaise d'affaires.

 ALLER QUE D'UNE FESSE (N'). Se dit—dans le même argot—de quelqu'un qui n'est pas très bien portant, ou de quelque affaire qui ne marche pas à souhait de celui qui l'a entreprise.

C'est l'ancienne expression, plus noble: N'aller que d'une aile.

 ALLER SON PETIT BONHOMME DE CHEMIN. Aller doucement; se conduire prudemment—pour aller longtemps.

 ALLER SUR UNE JAMBE (Ne pas s'en). Boire un second verre ou une seconde bouteille,—dans l'argot des ouvriers, qui ont une manière à eux de marcher et de faire marcher les gens.

 ALLER VOIR DÉFILER LES DRAGONS. Dîner par cœur, c'est-à-dire ne pas dîner du tout,—dans l'argot du peuple, qui se rappelle le temps où, ne pouvant repaître son ventre, il allait repaître ses yeux, sous la République, des hussards de la guillotine, et sous l'Empire des dragons de l'Impératrice. Qui admire, dîne!

 ALLER VOIR MORICAUD, v. n. Aller au Dispensaire,—dans l'argot des filles, qui disent cela depuis une vingtaine d'années, par allusion au nom de M. Marécot, sous-chef du bureau des mœurs, chargé de statuer sur le sort des visitées, après le rapport du médecin visiteur M. Denis.

Elles disent aussi Aller à saint DENIS.

Les femmes corrompues corrompent naturellement tout—jusqu'aux noms des gens avec qui elles sont en contact.

 ALLEZ DONC VOUS LAVER! Interj. de l'argot des voyous, pour signifier: Allez-vous-en donc! vous me gênez!

On dit aussi Allez donc vous asseoir!

 ALLIANCES, s. f. pl. Poucettes avec lesquelles les gendarmes joignent les mains des malfaiteurs pour gêner leurs mouvements.

 ALLONGER (S'). Payer, se fendre,—dans l'argot des faubouriens.

 ALLUMÉ (Être). Être sur la pente de l'ivresse, soit parce qu'on a bu plus que de raison, soit parce qu'on a trop regardé une jolie fille. Même argot.

 ALLUMER, v. n. Exciter un cheval à coups de fouet. Argot des cochers.

 ALLUMER, v. a. Provoquer l'admiration; jeter le trouble dans le cœur d'un homme, comme font certaines femmes avec certains regards.

Se dit aussi du boniment que font les saltimbanques et les marchands forains pour exciter la curiosité des badauds.

L'expression est vieille.

 ALLUMER, v. a. et n. Voir, regarder,—dans l'argot des voleurs.

Allumer le miston. Regarder quelqu'un sous le nez.

Allumer ses clairs. Regarder avec attention.

 Allumer son pétrole, v. a. S'enflammer l'imagination,—dans l'argot des petites dames, qui savent combien l'homme est inflammable.

On dit aussi Allumer son gaz,—ce qui, en effet, est une manière de prendre feu.

 ALLUMEUR, s. m. Compère, homme qui fait de fausses enchères,—dans l'argot des habitués de l'hôtel Drouot.

 ALLUMEUSE, s. f. Marcheuse, dans l'argot des filles.

 ALPAGA, s. m. Habit, dans l'argot des voleurs et des faubouriens.

 ALPHONSE, s. m. Nom d'homme qui est devenu—dans l'argot des filles—celui de tous les hommes assez peu délicats pour se laisser aimer et payer par elles.

 ALPIOU, s. m. Homme qui triche au jeu,—par allusion au nom donné autrefois à la marque que l'on faisait à sa carte en jouant à la bassette.

 ALTÈQUE, ad. Beau, brave, excellent,—dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot (altus) à Virgile.

 AMADOU, s. m. «C'est dequoy les argotiers se frottent pour se faire devenir jaunes et paraistre malades,»—c'est-à-dire pour amadouer et tromper les bonnes âmes.

 AMADOU, s. et adj. Homme qui prend aisément feu—afin d'être aimé, amatus. Argot du peuple.

 AMADOUAGE, s. m. Mariage—dans l'argot des voleurs.

 AMADOUÉ, s. m. Homme marié.

 AMADOUER (S') v. réfl. Se grimer pour tromper. Même argot.

 AMANDES DE PAIN D'ÉPICE, s. f. pl. Dents noires et rares. Argot des faubouriens.

L'expression a été employée par le duc de Grammont-Caderousse qui, le soir de la 1re représentation du Cotillon, au Vaudeville, avait cassé trois dents à un quidam.

 AMANT DE CARTON, s. m. Amant sans conséquence,—dans l'argot des petites dames.

 AMANT DE CœUR, s. m. Jeune monsieur qui aime une jeune dame aimée de plusieurs autres messieurs, et qui, le sachant, ne s'en fâche pas,—trouvant au contraire très glorieux d'avoir pour rien ce que ses rivaux achètent très cher. C'est une variété du Greluchon au XVIIIe siècle.

On disait autrefois: Ami de cœur.

 AMATEUR, s. m. Bourgeois,—dans l'argot des troupiers.

 AMATEUR, s. m. Homme du monde qui ne fait pas payer sa copie. Argot des gens de lettres.

 AMBASSADEUR, s. m. Cordonnier—dans l'argot des voyous.

Se dit aussi pour Souteneur de filles.

 AMBES, s. f. pl. Les jambes—dans l'argot des voleurs, qui serrent de près une étymologie: αμφω [grec: amphô] en grec, ambo en latin, d'où ambes dans l'ancien langage français,—trois mots qui ont la même signification, deux: les jambes vont par paire.

 AMBIER, v. n. Fuir, jouer des ambes.

 AMÉRICAIN, s. m. Compère du jardinier dans le vol appelé charriage.

 AMÉRICAINE, s. f. Voiture découverte à quatre roues. Argot des carrossiers.

 AMICABLEMENT, adv. Avec plaisir, affectueusement, de bonne amitié,—dans l'argot du peuple, dont les bourgeois auraient tort de rire. Je ne conseille à personne de cesser de prononcer amicalement; mais je trouve qu'en prononçant amicablement, les ouvriers serrent de plus près l'étymologie, qui est amicabilis, amicable. Amicabilem operam dare, dit Plaute, qui me rend un service d'ami en venant ainsi à la rescousse.

 AMIS COMME COCHONS, s. m. pl. Inséparables.

 AMITEUX, adj. Amical, aimable, doux, bon.

 AMOCHER, v. a. Blesser, meurtrir. Argot des faubouriens.

S'amocher la gueule. Se meurtrir mutuellement le visage à coups de poing.

 AMOUR D'HOMME, s. m. Homme dont raffolent les femmes—dans l'argot de Breda-Street, où M. Taine devrait bien aller faire son cours d'esthétique, car on y a des idées biscornues sur la beauté et sur l'amour.

 AMUNCHE, s. m. Ami,—dans l'argot des voleurs.

 AMUSATIF, adj. Drôle, plaisant, amusant,—dans l'argot des faubouriens.

 AMUSER A LA MOUTARDE (S'), v. réfl. Se laisser distraire de son devoir ou de sa besogne par des niaiseries, des frivolités—dans l'argot du peuple, qui trouve sans doute que la vie pourrait se passer de ces condiments.

 ANCIEN, s. m. Élève de première promotion,—dans l'argot des Saint-Cyriens et des Polytechniciens.

 ANDALOUSERIE, s. f. Romance mi-cavalière, mi-sentimentale, comme on en chante dans les cafés-concerts, et où il est toujours question du «beau ciel de l'Andalousie», des «beaux yeux des brunes Andalouses», et où le héros s'appelle toujours Pédro et l'héroïne Paquita. Argot des bourgeois.

 ANDOUILLE, s. m. Homme sans caractère, sans énergie,—dans l'argot du peuple, qui emprunte volontiers ses comparaisons à la charcuterie.

 ANGE GARDIEN, s. m. Homme dont le métier—découvert, ou tout au moins signalé pour la première fois par Privat d'Anglemont—consiste à reconduire les ivrognes à leur domicile pour leur éviter le désagrément d'être écrasés ou dévalises—par d'autres.

 ANGLAIS, s. m. Créancier,—dans l'argot des filles et des bohèmes, pour qui tout homme à qui l'on doit est un ennemi.

Le mot est du XVe siècle, très évidemment, puisqu'il se trouve dans Marot; mais très évidemment aussi, il a fait le plongeon dans l'oubli pendant près de trois cents ans, puisqu'il ne paraît être en usage à Paris que depuis une trentaine d'années.

 ANGLAIS, s. m. Entreteneur,—dans l'argot des petites dames, qui donnent ce nom à tout galant homme tombé dans leurs filets, qu'il soit né sur les bords de la Tamise ou sur les bords du Danube. Elles ajoutent à leur manière des pages nombreuses à notre livre des Victoires et Conquêtes.

 ANGLAIS (Avoir ses). Avoir ses menses,—dans l'argot des filles, qui font ainsi allusion à la couleur de l'uniforme des soldats d'Albion.

Elles disent aussi: Les Anglais ont débarqué.

 ANGLAISE, s. f. Écot, part de chacun dans une affaire ou dans un dîner. Argot des saltimbanques.

Faire une anglaise. Payer chacun son écot.

 ANGLAISE, s. f. Jeu de gouapeurs qui consiste à jeter les sous de chacun et à garder pour soi les faces; un second prend les piles qui restent et rejette, etc.

Jouer à l'anglaise. Jouer aux sous.

 ANGLUCE, s. f. Oie,—dans l'argot des voleurs.

 ANGOULÊME, s. f. La bouche—dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot à l'argot du peuple, par corruption du verbe français engouler, avaler, et non, comme le voudrait M. Francisque Michel, par une allusion plus ou moins ingénieuse et plus ou moins fondée à la réputation de goinfrerie de la capitale de l'Angoumois.

 ANGUILLE, s. f. Ceinture,—dans l'argot des voleurs.

 ANGUILLE, s. f. Fouet à sabot,—dans l'argot des enfants.

 ANONCHALI, adj. Découragé, abattu par l'ennui ou le chagrin—dans l'argot du peuple, fidèle à la tradition du vieux langage.

 ANSE, s. f. Bras,—dans l'argot des faubouriens.

Offrir son anse. Offrir son bras.

Faire le panier à deux anses. Se promener avec une femme à chaque bras.

 ANSES, s. f. pl. Oreilles,—parce qu'elles sont de chaque côté de la tête comme les anses de chaque côté d'un pot.

 ANTIF, s. m. Marche,—dans l'argot des voleurs.

Battre l'antif. Marcher. Signifie aussi Tromper, dissimuler.

 ANTIFFE, s. f. Eglise,—dans le même argot.

On dit aussi Antiffle et Antonne.

 ANTIFFLER, v. n. Se marier à l'église.

 ANTIPATHER, v. a. Avoir de l'aversion, de l'antipathie pour quelqu'un ou pour quelque chose. Argot des lorettes et des bourgeoises.

Le mot est de Gavarni.

 ANTIQUE, s. m. Élève qui sort de l'Ecole. Argot des Polytechniciens.

 ANTONISME, s. m. Maladie morale introduite dans nos mœurs par Alexandre Dumas, vers 1831, époque de la première représentation d'Antony, et qui consistait à se poser en homme fatal, en poitrinaire, en victime du sort, le tout avec de longs cheveux et la face blême. Cette maladie, combattue avec vigueur par le ridicule, ne fait presque plus de ravages aujourd'hui. Cependant il y a encore des voltigeurs du Romantisme comme il y a eu des voltigeurs de la Charte.

 ANTONY, s. m. Un nom d'homme qui est devenu un type, celui des faux poitrinaires et des poètes incompris.

 APASCLINER (S'), v. réfl. S'acclimater,—dans l'argot des voleurs.

(V. Paclin.)

 APIC, s. m. Ail,—dans le même argot.

 APLOMBER, v. a. Étonner, étourdir par son aplomb. Même argot.

 APOPLEXIE DE TEMPLIER, s. f. Coup de sang provoqué par une ingestion exagérée de liquide capiteux. Argot du peuple.

 APOTHICAIRE SANS SUCRE, s. m. Ouvrier qui est mal outillé; marchand qui est mal fourni des choses qui concernent son commerce.

 APÔTRES, s. m. pl. Les doigts de la main,—dans l'argot des voleurs, qui font semblant d'ignorer que les disciples du Christ étaient douze.

 APPAREILLER, v. n. Sortir, se promener,—dans l'argot des marins.

 APPAS, s. m. pl. Gorge de femme,—dans l'argot des bourgeois.

 APPELER AZOR, v. a. Siffler un acteur comme on siffle un chien. Argot des comédiens.

 APPLIQUE, s. f. Partie de décors qui se place à l'entrée des coulisses, sur les portants. Même argot.

 APPRENTI, s. m. Premier grade de la maçonnerie symbolique.

 APPRENTIF, s. m. Jeune garçon qui apprend un métier,—dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (Apprehendivus) et à la tradition: «Aprentif jugleor et escrivain marri,» dit le Roman de Berte.

 APPUYER, v. a. et n. Abaisser un décor, le faire descendre des frises sur la scène. Argot des coulisses. (V. Charger.)

 APPUYER SUR LA CHANTERELLE, v. n. Toucher quelqu'un où le bât le blesse; prendre la cigale par l'aile: insister maladroitement sur une chose douloureuse, souligner une recommandation. Argot du peuple.

 AQUIGER, v. a. Prendre,—dans l'argot des faubouriens.

Cependant ils disent plus volontiers quiger, et quelquefois ils étendent le sens de ce verbe selon la nécessité de leur conversation.

 AQUIGER, v. a. Battre, blesser,—dans l'argot des voleurs.

 AQUIGER, v. a. Faire,—dans le même argot.

Aquiger les brêmes. Faire une marque aux cartes à jouer, pour les reconnaître et les filer au besoin.

 ARABE, s. et adj. Homme dur, inexorable,—dans l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis plus d'un siècle.

 ARBALÈTE, s. f. Croix de femme, dite à la Jeannette. Argot des voleurs.

Arbalète d'antonne. Croix d'église.

Ils disent aussi Arbalète de chique, arbalète de priante.

 ARBIF, s. m. Homme violent, en colère, qui se rebiffe. Même argot.

 ARCASIEN ou Arcasineur, s. m. Voleur qui se sert de l'arcat pour escroquer de l'argent aux personnes timides autant que simples.

On dit aussi Arcase.

 ARCAT, s. m. Escroquerie commise au moyen de lettres de Jérusalem. (V. ce mot.)

 ARCHE DE NOÉ, s. f. L'Académie française,—dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas qu'ils se permettent une impertinence inventée par Claude Le Petit, un poète brûlé en Grève pour moins que cela.

 ARCHIPOINTU, s. m. Archevêque.—dans l'argot des voleurs, qui ont trouvé plaisant de travestir ainsi le mot archi-épiscopus.

 ARCHI-SUPPÔT DE L'ARGOT, s. m. Docteur ès filouteries.

 ARÇONNER, v. a. Parler à quelqu'un, l'apostropher, le forcer à répondre. Argot des voleurs.

Pierre Sarrazin avait déjà employé ce mot dans le même sens, en l'écrivant ainsi: arresoner; je l'ai cherché en vain dans les dictionnaires. D'un autre côté, les voleurs disent: Faire l'arçon, pour signifier: Faire le signal de reconnaissance ou d'avertissement, qui est, paraît-il, le bruit d'un crachement et le dessin d'un C sur la joue droite, près du menton, avec le pouce de la main droite.

 ARCPINCER ou Arquepincer, v. a. Prendre, saisir quelqu'un ou quelque chose. Argot des faubouriens.

 ARDENT, s. m. Chandelle,—dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté cette expression, avec tant d'autres, à l'argot des Précieuses.

 ARDENTS, s. m. pl. Les yeux,—dans le même argot.

 ARGENT MIGNON, s. m. Argent destiné à satisfaire des curiosités ou des vanités,—dans l'argot des bourgeoises, à qui le superflu est nécessaire, et qui, plutôt que de s'en passer, le demanderaient à d'autres qu'à leur mari.

 ARGOT, s. m. Imbécile,—dans le langage des voleurs.

 ARGOTIER, s. m. Voleur,—dont l'argot est la langue naturelle.

 ARGUCHE, s. m. Argot.

Arguche, arguce, argutie. Nous sommes bien près de l'étymologie véritable de ce mot tant controversé: nous brûlons, comme disent les enfants.

 ARGUEMINE, s. f. Main,—dans l'argot des voleurs.

 ARISTO, s. des deux g. Apocope d'Aristocrate, qui, depuis 1848, signifie Bourgeois. Réactionnaire, etc.,—dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas que ce mot signifie le meilleur, l'excellent, αριστος [grec: aristos].

Ils disent aristo pour aristocrate, comme sous la Fronde les pamphlétaires disaient Maza pour Mazarin.

 ARLEQUIN, s. m. Plat à l'usage des pauvres, et qui, composé de la desserte des tables des riches, offre une grande variété d'aliments réunis, depuis le morceau de nougat jusqu'à la tête de maquereau. C'est une sorte de carte d'échantillons culinaires.

 ARMÉE ROULANTE, s. f. La chaîne des forçats,—supprimée depuis une cinquantaine d'années.

 ARNACHE, s. m. Agent de police,—dans l'argot des voleurs.

 ARNACHE, s. f. Tromperie, trahison, dans l'argot des voyous.

A l'arnache. En trompant de toute manière.

Être à l'arnache. Être rusé, tromper les autres et ne jamais se laisser tromper par eux.

 ARNAU, s. m. Mauvaise humeur,—dans l'argot des voleurs et des faubouriens.

C'est une contraction de Renauder.

 ARNELLE, n. de l. Rouen,—dans l'argot des voleurs.

 ARNELLERIE, s. f. Rouennerie.

 ARPAGAR, n. de l. Arpajon, près Paris,—dans le même argot.

 ARPIONS, s. m. pl. Les pieds de l'homme, considérés—dans l'argot des faubouriens—comme griffes d'oiseau, à cause de leurs ongles que les gens malpropres ne coupent pas souvent.

 ARQUER (S'). Se courber en vieillissant. Argot du peuple.

 ARRACHER DU CHIENDENT, v. n. Chercher pratique, ou plutôt victime,—dans l'argot des voleurs, qui n'exercent ordinairement que dans les lieux déserts.

 ARRACHER SON COPEAU, v. a. Travailler courageusement, faire n'importe quelle besogne avec conscience. Argot des ouvriers.

 ARRÊTER LES FRAIS, v. a. Interrompre un récit; laisser une affaire en train; renoncer à poursuivre une entreprise au bout de laquelle on ne voit que de l'ennui. Argot du peuple.

 ARROSER SES GALONS, v. a. Offrir à boire à ses camarades quand on est reçu sous-officier. Argot des soldats.

 ARROSER UN CRÉANCIER, v. a. Lui donner un acompte,—dans l'argot des bohèmes, assez mauvais jardiniers.

 ARROSEUR DE VERDOUZE, s. m. Jardinier, dans l'argot des voleurs.

 ARSENAL, s. m. Arsenic,—dans le même argot.

 ARSOUILLE, s. m. Homme canaille par ses vêtements, ses mœurs, son langage. Argot du peuple.

Milord L'Arsouille. Tout homme riche qui fait des excentricités crapuleuses.

 ARSOUILLER, v. a. et n. Engueuler,—dans l'argot des faubouriens.

 ARTHUR. Amant de cœur,—dans l'argot de Breda-Street.

 ARTHURINE, s. f. Femme légère,—la femelle naturelle de l'Arthur. Argot du peuple.

 ARTICLIER, s. m. Homme de lettres parqué dans la spécialité des articles de petits journaux.

Le mot a été créé par H. de Balzac.

 ARTIE, s. m. Pain,—dans l'argot des voleurs, d'aujourd'hui et d'autrefois, ainsi qu'il résulte du livre d'Olivier Chéreau, le Langage de l'Argot réformé, publié au XVIe siècle.

Artie de Meulan. Pain blanc.

Artie de Gros-Guillaume. Pain noir.

Artie de Grimault. Pain chanci.

On dit aussi Arton et Lartie.

 ARTILLEUR, s. m. Ivrogne, homme qui boit beaucoup de canons. Argot des ouvriers.

 ARTILLEUR A GENOUX, s. m. Infirmier militaire,—dans l'argot du peuple, qui a entendu parler des mousquetaires à genoux des siècles précédents.

On dit aussi Artilleur de la pièce humide.

 ARTISTE, s. m. Médecin vétérinaire,—dans l'argot des faubouriens et des paysans.

 ARTON. V. Artie.

 AS DE CARREAU, s. m. Le sac du troupier, à cause de sa forme.

On l'appelle aussi Azor,—à cause de la peau de chien qui le recouvre.

 AS DE CARREAU, s. m. Le ruban de la Légion d'honneur,—dans l'argot des voleurs, qui font allusion à la couleur de cette décoration.

 ASINVER, v. a. Abêtir quelqu'un,—dans l'argot des voleurs, pour qui les honnêtes gens sont des sinves.

 ASPERGE MONTÉE, s. f. Personne d'une grandeur démesurée et, avec cela, maigre. Argot du peuple.

 ASPIC, s. m. Avare,—dans l'argot des voleurs.

 ASPIC, s. m. Mauvaise langue, bavard indiscret. Argot du peuple.

 ASSEOIR (S'). Tomber.

Envoyer quelqu'un s'asseoir. Le renverser, le jeter à terre. Signifie aussi se débarrasser de lui, le congédier.

 ASSISTER, v. a. Porter le pagne à un détenu,—dans l'argot des voleurs et des filles.

 ASSOCIÉE, s. f. Femme légitime. Argot des typographes.

 ASSOMMOIR, s. m. Nom d'un cabaret de Belleville, qui est devenu celui de tous les cabarets de bas étage, où le peuple boit des liquides frelatés qui le tuent,—sans remarquer l'éloquence sinistre de cette métaphore, que les voleurs russes semblent lui avoir empruntée, en la retournant pour désigner un gourdin sous le nom de vin de Champagne.

 ASTEC, s. m. Avorton, homme chétif,—dans l'argot du peuple. Adversaire méprisable,—dans l'argot des gens de lettres.

C'est un souvenir du passage à Paris, il y a quelques années, de ces petits monstres mexicains exhibés sous le nom d'Aztecs.

 ASTIC, s. f. Epée,—dans l'argot des voleurs, qui ne se doutent pas que ce mot vient de l'allemand stich, chose pointue, dont on a fait estic, puis astic, et même asti.

 ASTIC, s. m. Tripoli,—dans l'argot des troupiers, qui s'en servent avec un mélange de savon, d'eau-de-vie et de blanc d'Espagne, pour nettoyer les cuivres de leur fourniment.

D'où Aller à l'astic.

 ASTICOT, s. m. Vermicelle,—dans l'argot des faubouriens.

 ASTICOTER, v. a. Harceler quelqu'un, le contrarier, le piquer par des injures ou seulement par des épigrammes, ce qui est le forcer à un mouvement vermiculaire désagréable. Argot du peuple.

 ASTIQUER (S'), v. réfl. Se chamailler de paroles avant d'en venir aux voies de fait.

On dit aussi Astiquer quelqu'un, dans le sens d'Agacer.

 ATELIER, s. m. L'endroit où l'on se réunit—dans l'argot des francs-maçons.

 ATIGER, v. a. Blesser quelqu'un avec une arme quelconque. Argot des prisons.

 ATOUSER, v. a. Encourager quelqu'un, lui donner de l'atout. Même argot.

 ATOUT, s. m. Courage,—parce que souvent au jeu de cartes, l'atout c'est du cœur.

 ATOUT, s. m. Aplomb, acquis, assurance,—dans l'argot du peuple qui sait par expérience que les gens de cœur marchent volontiers le front haut, comme défiant les lâches.

 ATOUT, s. m. Coup plus ou moins grave que l'on reçoit en jouant—maladroitement—des poings avec quelqu'un.

 ATOUT, s. m. Estomac,—dans l'argot des voleurs.

 ATOUT, s. m. Argent, monnaie,—dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi capacités, talents.

 A TOUT CASSER. Extrêmement,—dans l'argot du peuple.

 ATTACHE, s. f. Boucle,—dans l'argot des voleurs.

Attaches d'huile. Boucles de souliers en argent.

Attaches d'Orient. Boucles en or.

 ATTAQUE (Être d'). v. s. Être solide, montrer du sang-froid, du courage, de la résolution dans une affaire. Argot du peuple.

Y aller d'attaque. Commencer une chose avec empressement, avec enthousiasme.

 ATTENDRIR (S'), v. réfl. Arriver à cette période de l'ivresse où l'on sent des flots de tendresse monter du cœur aux lèvres. Argot des faubouriens.

 ATTRAPE, s. f. Plaisanterie, mensonge,—dans l'argot du peuple, qui disait cela du temps de Calvin.

On dit aussi Graine d'attrape.

 ATTRAPER, v. a. Engueuler,—dans le même argot.

Se faire attraper. Recevoir, sans l'avoir demandée, une bordée d'injures poissardes.

 ATTRAPER, v. a. Éreinter un livre ou un confrère. Argot des journalistes.

 ATTRAPER, v. a. Siffler. Argot des coulisses.

Se faire attraper. Recevoir des pommes crues et des sifflets.

 ATTRAPER L'OGNON, v. a. Recevoir un coup destiné à un autre; payer pour ceux qui ont oublié leur bourse, argot des faubouriens.

On dit aussi Attraper le haricot ou la fève,—sans doute par allusion au haricot ou à la fève qui se trouve dans le gâteau des rois, et qui met celui à qui elle échoit dans la nécessité de payer sa royauté.

 ATTRAPE-SCIENCE, s. m. Apprenti,—dans l'argot des typographes.

 ATTRIMER, v. a. Prendre, Saisir. Argot des voleurs.

 ATTRIQUER, v. a. Acheter des effets volés.

 ATTRIQUEUSE, s. f. Femme qui achète des objets volés.

 AUBERT, s. m. Argent,—dans l'argot des voleurs qui connaissent leur Villon, ou dont les ancêtres faisaient monnaie avec les mailles des hauberts, comme les enfants avec les loques de cuivre.

 AUTEL, s. m. La table devant laquelle est assis le vénérable. Argot des francs-maçons.

 AUTEL DE PLUME, s. m. Le lit,—dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le témoigne ce couplet d'une vieille chanson que nos grand'mères chantaient, en s'accompagnant de l'épinette, sur l'air de Le démon malicieux et fin:

«A Damon vous avez tout permis

Pour l'hymen qu'il vous avait promis;

Mais, Iris, savez-vous la coutume?

Avez-vous pu l'en croire à son serment?

Ceux que l'on fait sur un autel de plume

Sont aussitôt emportés par le vent!»

 AUTEUR, s. m. Père ou mère,—dans l'argot des faubouriens et des vaudevillistes.

 AUTEUR BEURRIER, s. m. Ecrivain dont les productions ne se vendent pas en livres, aux lecteurs, mais à la livre, à la fruitière ou à l'épicier, qui en enveloppent leurs produits.

 AUTOMÉDON, s. m. Cocher,—dans l'argot des académiciens et des vaudevillistes de l'école Scribe, qui se souviennent de l'écuyer d'Achille.

 AUTOR ET D'ACHAR (D'). Apocope d'Autorité et d'Acharnement, qu'on emploie,—dans l'argot des faubouriens,—pour signifier: Vivement, sans répliquer, en grande hâte.

 AUTRE PAIRE DE MANCHES (C'est une). C'est une autre affaire.

Expression populaire usitée dès le milieu du XVIIIe siècle.

 AUVERPIN, s. m. Auvergnat,—dans l'argot des faubouriens, qui donnent ce nom à tous les charbonniers et à tous les commissionnaires.

 AVALÉ LE PÉPIN (Avoir). Être enceinte,—par allusion à la fameuse pomme dans laquelle on prétend que notre mère Eve a mordu.

 AVALER DES COULEUVRES, v. a. Eprouver des déceptions; essuyer des mortifications. Argot du peuple.

 AVALER LE LURON, v. a. Communier,—dans l'argot des voleurs, qui appellent la sainte hostie le luron, sans doute après l'avoir appelée le Rond.

 AVALER SA CUILLER, v. a. Mourir,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi Avaler sa fourchette, avaler sa gaffe et avaler sa langue.

 AVALER SON POUSSIN, v. a. Recevoir une réprimande, être congédié. Argot des peintres en bâtiment.

 AVALÉ UNE CHAISE PERCÉE (Avoir). Se dit dans l'argot des faubouriens,—à propos de quiconque a l'haleine homicide.

 AVALOIR, s. m., ou Avaloire, s. f. Le gosier,—dans l'argot des faubouriens, dont les pères ont chanté:

«Lorsque la cruelle Atropos

Aura tranché mon avaloire,

Qu'on dise une chanson à boire!»

 AVANTAGES, s. m. pl. La gorge des femmes,—dans l'argot des bourgeois.

 AVANT-COURRIER, s. m. Mèche anglaise à percer. Argot des voleurs.

 AVANT-SCÈNES, s. f. pl. La poitrine, lorsqu'elle fait un peu saillie en avant du buste,—dans l'argot des petites dames.

Balzac a dit Avant-cœur.

 AVEINDRE, v. a. Aller prendre un objet placé sur un meuble quelconque, mais un peu élevé,—dans l'argot du peuple qui a parfois l'honneur de parler comme Montaigne.

Je sais bien que Montaigne se souciait peu d'écrire correctement; en tout cas, il avait raison, et le peuple aussi, d'employer ce verbe—que ne peut pas du tout remplacer atteindre,—car il vient bel et bien d'advenire.

 AVÈNE, s. f. Avoine,—dans l'argot des faubouriens, qui s'obstinent à parler plus correctement le français que les gens du bel air: Avène ne vient-il pas d'avena.

 AVERGOT, s. m. Œuf,—dans l'argot des voleurs.

 AVERTINEUX, adj. m. Homme difficile à vivre, d'un caractère ombrageux à l'excès,—dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas qu'avertineux vient d'avertin, et qu'avertin vient d'avertere (a indiquant éloignement et vertere, tourner), «mal qui détourne l'esprit».

 AVESPRIR, v. n. Faire nuit,—dans le même argot, où l'on retrouve une multitude de vieilles formules pittoresques et étymologiques. Avesprir! Vous voyez aussitôt se lever à l'horizon l'Etoile de Vénus,—Vesper est venu!

 AVOCAT BÉCHEUR, s. m. Ouvrier qui médit de ses compagnons, absents ou présents. Argot des typographes.

C'est aussi le nom que les voleurs donnent au procureur de la République.

 AVOINE, s. f. Coups de fouet donnés à un cheval pour l'exciter. Argot des charretiers.

 AVOIR A LA BONNE, v. a. Avoir de l'amitié ou de l'amour pour quelqu'un. Argot du peuple.

 AVOIR CELUI, v. a. Avoir l'honneur de...,—dans l'argot des bourgeois.

 AVOIR DE CE QUI SONNE. Être riche,—dans l'argot du peuple.

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

 AVOIR DANS LE NEZ, v. a. Ne pas pouvoir sentir quelqu'un ou quelque chose.

 AVOIR DANS LE VENTRE. Être capable de...,—dans l'argot des gens de lettres.

 AVOIR DE BEAUX CHEVEUX, v. a. Se dit ironiquement de quelqu'un qui est mal mis, ou de quelque chose qui est mal fait. Argot des bourgeois.

 AVOIR DE LA CHANCE AU BATONNET, v. a. N'être pas heureux en affaires ou en amour. Ironiq.—Argot des faubouriens.

On dit aussi Pas de chance au bâtonnet!

 AVOIR DE L'ANIS DANS UNE ÉCOPE. Façon de parler ironique, du même argot, où on l'emploie pour répondre à une demande indiscrète ou à un désir impossible à satisfaire. T'auras d'l'anis dans une écope équivaut à Du vent!

 AVOIR DES AS DANS SON JEU, v. n. Avoir du bonheur, de la chance dans ses entreprises. Argot du peuple.

N'avoir plus d'as dans son jeu. Avoir tout perdu, famille, affection, fortune, en être réduit à mourir.

 AVOIR DES MOTS AVEC QUELQU'UN, v. a. Se fâcher avec lui.

Avoir des mots avec la Justice. Être traduit en police correctionnelle.

 AVOIR DU BEURRE SUR LA TÊTE, v. a. Avoir commis quelques méfaits plus ou moins graves,—dans l'argot des voleurs, qui ont certainement entendu citer le proverbe juif: «Si vous avez du beurre sur la tête, n'allez pas au soleil: il fond et tache.»

 AVOIR DU CHIEN DANS LE VENTRE. v. a. Être hardi, entreprenant, téméraire, fou même, comme un chien enragé. Argot du peuple.

 AVOIR DU PAIN SUR LA PLANCHE. Avoir des économies ou des rentes. Argot des bourgeois.

 AVOIR DU SABLE DANS LES YEUX. Avoir envie de dormir.

On dit aussi: Le marchand de sable a passé.

 AVOIR LAISSÉ LE POT DE CHAMBRE DANS LA COMMODE. Avoir l'haleine homicide. Argot des voyous.

 AVOIR LE BRAS LONG. Être en position de rendre des services importants, de protéger des inférieurs et même des égaux.

 AVOIR LE COMPAS DANS L'œIL, v. a. Voir juste; calculer exactement; apprécier sainement.

 AVOIR LE CASQUE, v. a. Avoir un caprice pour un homme,—dans l'argot des filles.

 AVOIR LE FRONT DANS LE COU. Être chauve comme l'Occasion,—dans l'argot des faubouriens.

 AVOIR LE POUCE ROND, v. a. Être adroit,—dans l'argot du peuple, qui a constaté depuis longtemps l'adresse avec laquelle les voleurs mettent le pouce sur la pièce d'argent qu'ils veulent voler.

 AVOIR LES CÔTES EN LONG. Être paresseux.

On dit aussi Avoir les côtes en long comme les loups, qui en effet ne peuvent pas, à cause de cela, se retourner facilement. Ne pas pouvoir se retourner, ne savoir pas se retourner, c'est la grande excuse des paresseux.

 AVOIR L'ESTOMAC DANS LES MOLLETS. Avoir très grand'faim. Argot du peuple.

On dit aussi Avoir l'estomac dans les talons.

 AVOIR L'ÉTRENNE. Être le premier à faire ou à recevoir une chose.

 AVOIR L'OREILLE DE LA COUR. Être écouté avec une faveur marquée par les juges. Argot des avocats.

 AVOIR LA PEAU TROP COURTE, v. a. Faire, en dormant, des sacrifices au dieu Crépitus,—dans l'argot du peuple, qui croit que le corps humain n'a pas une couverture de chair suffisante, et que lorsque l'hiatus de la bouche se ferme, l'hiatus opposé doit s'ouvrir, d'où l'action de crepitare.

 AVOIR MAL AU BRÉCHET, v. n. Souffrir de l'estomac. Argot du peuple.

 AVOIR MAL AUX CHEVEUX, v. n. Avoir mal à la tête, par suite d'excès bachiques. Argot des faubouriens.

 AVOIR MANGÉ DE L'OSEILLE. Être d'un abord désagréable, rébarbatif; avoir la parole aigre, être grincheux. Argot du peuple.

 AVOIR MANGÉ SES PIEDS. Puer de la bouche,—dans l'argot des faubouriens.

 AVOIR PAS INVENTÉ LE FIL A COUPER LE BEURRE (N'). Être simple d'esprit, et même niais.

On dit aussi N'avoir pas inventé la poudre.

 AVOIR PAS SA LANGUE DANS SA POCHE (N'). Être prompt à la riposte; savoir parler. Argot du peuple.

 AVOIR SA CLAQUE (En). Avoir assez bu ou assez mangé, c'est-à-dire trop mangé ou trop bu. Argot des faubouriens.

 AVOIR SA CÔTELETTE, v. a. Être chaleureusement applaudi,—dans l'argot des comédiens.

 AVOIR SON CAILLOU. Commencer à se griser,—dans l'argot des faubouriens.

 AVOIR SON PAIN CUIT. Être rentier,—dans l'argot du peuple. Être condamné à mort,—dans l'argot des voleurs.

 AVOIR TOUJOURS DES BOYAUX VIDES, v. a. Avoir toujours faim,—dans l'argot du peuple.

 AVOIR UNE ARAIGNÉE DANS LE PLAFOND, v. a. Être fou, maniaque, distrait. Argot de Breda-Street.

 AVOIR UNE CHAMBRE A LOUER. Être un peu fou et en tout cas très excentrique,—dans l'argot du peuple, qui suppose que la déraison peut être produite chez l'homme par la vacuité de l'un des compartiments du cerveau, à moins qu'il ne veuille faire allusion au déménagement du bon sens.

Signifie aussi Avoir une dent de moins.

 AVOIR UNE CRAMPE AU PYLORE. Avoir grand appétit,—dans l'argot des faubouriens.

 AVOIR UNE ÉCREVISSE DANS LA TOURTE, v. a. Être fou, non à lier, mais à éviter.

On dit aussi Avoir une écrevisse dans le vol-au-vent, et Avoir une hirondelle dans le soliveau.

 AVOIR UNE TABLE D'HÔTE DANS L'ESTOMAC, manger goulûment et insatiablement.

 AVOIR VU LE LOUP. Se dit,—dans l'argot du peuple,—de toute fille qui est devenue femme sans passer par l'église et par la mairie.

 AZOR, s. m. Nom de chien qui est devenu celui de tous les chiens,—dans le même argot. V. Appeler Azor.

25

B

 BABILLARD, s. m. Confesseur,—dans l'argot des voleurs.

Ils donnent aussi ce nom à tout Livre imprimé.

 BABILLARDE, s. f. Montre.

 BABILLARDS, s. f. Lettre.

On dit aussi Babille.

 BABILLAUDIER, s. m. Libraire, vendeur de babillards.

 BABILLER, v. a. Lire.

 BABINES, s. f. pl. La bouche,—dans l'argot du peuple, pour qui sans doute l'homme n'est qu'un singe perfectionné.

S'en donner par les babines. Manger abondamment et gloutonnement.

S'en lécher les babines. Manifester le plaisir en parlant ou en entendant parler de quelque chose d'agréable,—bon dîner ou belle fille.

 BABOUE, s. f. Grimace, mines plaisantes comme en fait la nourrice pour amuser le nourrisson.

Faire la baboue. Faire la grimace.

L'expression se trouve dans Rabelais—et sur les lèvres du peuple.

 BABOUIN ou Baboua, s. m. Petit bouton de fièvre ou de malpropreté, qui vient à la bouche, sur les babines.

Le babouin était autrefois une figure grotesque que les soldats charbonnaient sur les murs du corps de garde et qu'ils faisaient baiser, comme punition, à ceux de leurs camarades qui avaient perdu au jeu ou à n'importe quoi. On comprend qu'à force de baiser cette image, il devait en rester quelque chose aux lèvres,—d'où, par suite d'un trope connu, le nom est passé de la cause à l'effet.

 BAC, s. m. Apocope de Baccarat,—dans l'argot des petites dames.

Tailler un petit bac. Faire une partie de baccarat.

 BACCHANAL, s. m. Vacarme, tapage fait le plus souvent dans les cabarets, lieux consacrés à Bacchus. Argot du peuple.

 BACCON, s. m Porc,—dans l'argot des voleurs. Bacon, lard, dans le vieux langage.

 BACHASSE, s. f. Travaux forcés. Même argot.

 BACHELIÈRE, s. f. Femme du quartier latin, juste assez savante pour conduire un bachot en Seine—et non en Sorbonne.

 BACHOT, s. m. Apocope de Baccalauréat,—dans l'argot des collégiens.

 BACHOTIER, s. m. Préparateur au baccalauréat.

 BACHOTTER, v. n. Parier pour ou contre un joueur. Argot des grecs.

On dit aussi Faire les bâches.

 BACHOTTEUR, s. m. Filou «chargé du deuxième rôle dans une partie jouée ordinairement au billard. C'est lui qui arrange la partie, qui tient les enjeux et va chercher de l'argent lorsque la dupe, après avoir vidé ses poches, a perdu sur parole».

V. Bête et Emporteur.

 BACLER, v. a. Fermer,—dans l'argot des voleurs, qui se servent là d'un vieux mot de la langue des honnêtes gens.

On dit aussi Boucler.

 BADIGEON, s. m. Maquillage du visage,—dans l'argot du peuple.

 BADIGEONNER (Se), v. réfl. Se maquiller pour paraître plus jeune.

 BADIGOINCES, s. f. pl. Les lèvres, la bouche,—dans l'argot du peuple qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Rabelais.

Jouer des badigoinces. Manger ou boire.

 BADOUILLARD, s. m. Coureur de bals masqués,—dans l'argot des étudiants du temps de Louis-Philippe. Le type a disparu, mais le mot est resté.

 BADOUILLE, s. f. Homme qui se laisse mener par sa femme. Argot du peuple.

 BADOUILLER, v. n. Courir les bals, faire la noce.

 BADOUILLERIE, s. f. Vie libertine et tapageuse.

 BAFFRE, s. f. Coup de poing sur la figure. Argot du peuple.

 BAFRER, v. n. Manger.

 BAFRERIE, s. f. Action de manger avec voracité; repas copieux.

 BAGNOLE, s. f. Chapeau de femme, de forme ridicule,—dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas que les bagnoles, avant de mériter son mépris, avaient mérité l'admiration des dames de Paris en 1722.

 BAGOU ou BAGOUT, s. m. Bavardage de femme; faux esprit. Argot des gens de lettres et du peuple.

Dans l'argot du peuple. Avoir du bagout équivaut à N'avoir pas sa langue dans sa poche.

 BAGOUL, s. m. Nom,—dans l'argot des voleurs.

 BAGOULARD, s. m. Bavard.

 BAGUE, s. f. Nom propre,—dans le même argot, par allusion à l'habitude qu'on a de faire graver son nom à l'intérieur des anneaux de mariage.

 BAGUENAUDE, s. f. Poche,—dans l'argot des marbriers de cimetière, qui y laissent quelquefois flâner de l'argent.

 BAGUENAUDER, v. n. Flâner, vagabonder,—les mains dans les poches. Argot du peuple.

 BAHUT, s. m. Les meubles en général. Argot des ouvriers.

 BAHUT, s. m. Collège,—dans l'argot des collégiens.

Se dit aussi de la maison du préparateur au baccalauréat, et, par extension de toute maison où il est désagréable d'aller.

Bahut spécial. Saint-Cyr.

 BAHUTER, v. n. Faire du vacarme,—dans l'argot des Saint-Cyriens.

 BAHUTEUR, s. m. Tapageur.

Se dit aussi d'un élève qui change souvent de pension.

 BAIGNE-DANS-LE-BEURRE, s. m. Souteneur de filles,—dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux scombéroïdes du trottoir.

 BAIGNEUSE, s. f. La tête,—dans l'argot des voleurs, qui se lavent et à qui on lave plus souvent la tête que le reste du corps.

 BAIGNEUSE, s. f. Chapeau de femme,—dans le même argot qui a conservé des reflets de l'argot de la mode au XVIIIe siècle. Baigneuse ou bagnole, c'était tout un.

 BAIGNOIRE A BON DIEU, s. f. Calice,—dans l'argot des voyous.

 BAIN DE PIED, s. m. Excédent de café ou d'eau-de-vie retenu par la soucoupe ou dans le plateau qu'on place par précaution sous chaque demi-tasse ou sous chaque petit verre. Il y a des gens qui boivent cela.

 BAIN- MARIE, s. m. Personne d'un caractère ou d'un tempérament tiède. Argot du peuple.

 BAIN QUI CHAUFFE, s. m. Nuage qui menace de crever quand il fait beau temps et que le soleil est ardent.

 BAISER LE CUL DE LA VIEILLE, v. a. Ne pas faire un seul point. Argot des joueurs.

 BAJAF, s. m. Butor, gros homme qui, sous l'effort de la respiration, gonfle ses jaffes ou ses abajoues, comme on voudra.

Le peuple dit aussi Gros bajaf.

 BALADE, s. f. Promenade, flânerie dans l'argot des voyous.

Faire une balade ou Se payer une balade. Se promener.

 BALADER, v. a. Choisir, chercher. Argot des voleurs.

 BALADER (Se), v. réfl. Marcher sans but; flâner; et, par extension s'en aller de quelque part, s'enfuir.

 BALADEUR, s. m. Flâneur.

 BALADEUSE, s. f. Fille ou femme qui préfère l'oisiveté au travail et se faire suivre que se faire respecter.

Se dit aussi de la marchande des rues et de sa boutique roulante.

 BALAI, s. m. Agent de police,—dans l'argot des petits marchands ambulants.

 BALAI DE L'ESTOMAC (Le). Les épinards,—dans l'argot du peuple, qui connaît aussi bien que les médecins la vertu détersive de la Spinacia oleracea.

 BALANCEMENT, s. m. Renvoi, congé,—dans l'argot des employés.

 BALANCER, v. a. Donner congé à quelqu'un, renvoyer un employé, un domestique,—dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas qu'il emploie là, et presque dans son sens originel, un des plus vieux mots de notre langue.

On dit aussi Envoyer à la balançoire.

 BALANCER LA TINETTE. Vider le baquet-latrine,—dans l'argot des troupiers.

 BALANCER QUELQU'UN, v. a. Le faire aller, se moquer de lui. Argot des faubouriens.

 BALANCER SA CANNE, v. a. De vagabond devenir voleur,—ce qui est une manière comme une autre de franchir le Rubicon qui sépare l'honneur du vice.

Signifie aussi Rompre son ban, s'évader.

 BALANCER SA LARGUE, v. a. Se débarrasser de sa maîtresse,—dans l'argot des voleurs.

 BALANCER SES ALÈNES, v. a. Quitter le métier de voleur pour celui d'honnête homme, à moins que ce ne soit pour celui d'assassin.

 BALANCER SES CHASSES, v. a. Regarder çà et là, distraitement. Argot des voyous.

 BALANÇOIRE, s. f. Charge de bon ou de mauvais goût,—dans l'argot des coulisses et du peuple.

Envoyer à la balançoire. Se débarrasser de quelqu'un qui ennuie ou qui gêne.

 BALANÇON, s. m. Marteau de fer,—dans l'argot des voleurs.

 BALANDRIN, s. m. Paquet recouvert d'une toile; petite balle portative, dans l'argot du peuple, qui se souvient du balandras que portaient ses pères.

 BALAUDER, v. n. Mendier,—dans l'argot des prisons.

 BALIVERNEUR, s. m. Diseur de riens, de balivernes. Argot du peuple.

 BALLE. s. f. Secret,—dans l'argot des voleurs.

 BALLE, s. f. Visage,—dans l'argot des voyous.

Balle d'amour. Physionomie agréable, faite pour inspirer des sentiments tendres.

Rude balle. Visage caractéristique.

 BALLE, s. f. Pièce d'un franc,—dans l'argot des faubouriens.

 BALLE, s. f. Occasion, affaire,—dans l'argot du peuple

C'était bien ma balle. C'était bien ce qui me convenait.

Manquer sa balle. Perdre une occasion favorable.

 BALLE DE COTON, s. f. Coup de poing.

 BALLERINE, s. f. Danseuse,—dans l'argot des gandins et des journalistes de première année. Habituée de bals publics,—dans l'argot des bourgeois.

 BALLON, s. m. Partie du corps humain dont la forme sphérique a été le sujet de tant de plaisanteries depuis le commencement du monde—et de la bêtise. Argot des faubouriens.

Enlever le ballon à quelqu'un. Lui donner un coup de pied dans cette partie du corps sur laquelle on a l'habitude de s'asseoir.

 BALOCHARD, s. m. Type d'un personnage de carnaval, fameux sous le règne de Louis-Philippe, et complètement oublié aujourd'hui. Il portait un bourgeron d'ouvrier, une ceinture rouge, un pantalon de cuirassier, et, sur la tête, un feutre défoncé. Tel le représente Gavarni.

 BALOCHER, v. n. Fréquenter les bals publics; se trémousser. Argot des faubouriens.

 BALOCHER, v. a. Tripoter, faire des affaires illicites. Argot des voyous.

 BALOCHER, v. n. Remuer, pendre,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des choses.

 BALOCHEUR, s. m. Ouvrier qui se dérange, qui déserte l'atelier pour le cabaret et le bastringue.

 BALTHAZAR, s. m. Repas copieux,—dans l'argot des étudiants, qui se souviennent du festin biblique.

 BALUCHON, s. m. Paquet, petit ballot. Argot des ouvriers.

 BAMBINO, s. m. Enfant, gamin, bambin,—dans l'argot du peuple, qui parle italien sans le savoir, et seulement pour donner à ce mot une désinence caressante.

 BAMBOCHADE, s. f. Tableau sans prétentions, représentant des scènes gaies,—dans l'argot des artistes, qui ont conservé le souvenir de Pierre de Laer.

 BAMBOCHE, s. f. Petite débauche, de quelque nature qu'elle soit. Argot des faubouriens.

Être bamboche. Être en état d'ivresse.

Faire des bamboches. Faire des sottises plus ou moins graves, qui mènent en police correctionnelle ou à l'hôpital.

 BAMBOCHE, s. f. Plaisanterie; chose de peu de valeur.

Dire des bamboches. S'amuser à dire des contes bleus aux hommes et des contes roses aux femmes.

 BAMBOCHEUR, s. m. Fainéant; ivrogne; débauché.

On dit aussi: Bambochineur.

 BANBAN, s. des deux g. Boiteux, bancal,—dans l'argot des bourgeois, qui emploient principalement cette onomatopée à propos d'une femme.

 BANC, s. m. Lit de camp,—dans l'argot des forçats.

 BANCAL, adj. Qui a une jambe plus courte que l'autre. Argot du peuple.

 BANCAL, s. m. Sabre de cavalerie,—dans l'argot des troupiers.

 BANCO! Exclamation de l'argot des joueurs de lansquenet qui signifie: Je tiens!

Faire banco. Tenir les enjeux.

 BANCROCHE, s. et adj. Qui a les jambes torses.

 BANDE D'AIR, s. f. Frise peinte en bleu pour figurer le ciel. Argot des coulisses.

 BANDER LA CAISSE, v. a. S'en aller, s'enfuir.

 BANNETTE, s. f. Tablier,—dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot au patois lorrain.

 BANNIÈRE (Être en). Être en chemise, dans le simple appareil d'une dame ou d'un monsieur qu'on arrache au sommeil.

 BANQUE, s. f. Paye,—dans l'argot des typographes.

 BANQUE, s. f. Escroquerie, ou seulement mensonge afin de tromper,—dans l'argot du peuple, qui connaît son Robert Macaire par cœur.

Faire une banque. Imaginer un expédient—d'une honnêteté douteuse—pour gagner de l'argent.

 BANQUE, s. f. Tout le monde des saltimbanques, des banquistes.

TRUC DE BANQUE! Mot de passe et de ralliement qui sert d'entrée gratuite aux artistes forains dans les baraques de leurs confrères. On les dispense de donner à la quête faite par les banquistes d'une autre spécialité que la leur.

 BANQUET, s. m. Dîner,—dans l'argot des francs-maçons.

 BANQUETTE, s. f. Menton,—dans l'argot des voyous.

 BANQUISTE, s. m. Charlatan; chevalier d'industrie; faiseur. Argot du peuple.

 BAPTÊME, s. m. La tête,—dans l'argot des faubouriens, qui se souviennent de leur ondoiement.

 BAPTISER LE VIN, v. a. Le noyer d'eau,—dans l'argot ironique des cabaretiers, qui renouvellent trop souvent, à notre préjudice, le miracle des Noces de Cana, en changeant l'eau en vin.

 BAQUET, s. m. Blanchisseuse,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi: Baquet insolent, et l'on a raison,—car je ne connais pas de créatures plus «fortes en gueule» que les lavandières: il semble qu'il leur reste aux lèvres quelques éclaboussures des ordures humaines avec lesquelles elles sont en contact permanent.

 BAQUET DE SCIENCE, s. m. Baquet où le cordonnier met sa poix et les autres ingrédients de son métier. Argot du peuple.

 BARAGOUINAGE, s. m. Langage incohérent, confus, incompréhensible.—dans l'argot du peuple, qui dit cela surtout à propos des langues étrangères.

On dit aussi Baragouin.

 BARAGOUINER, v. n. et a. Parler bas; murmurer; marmotter.

 BARAQUE, s. f. Maison où les maîtres font attention au service,—dans l'argot des domestiques. Journal où l'on est sévère pour la copie,—dans l'argot des aspirants journalistes.

 BARAQUES A CAVAIGNAC (Les). Le no 44, dans l'argot des joueurs de loto, dont l'allusion consacre ainsi le nombre des baraques construites en 1848 au Jardin du Luxembourg, sous la dictature du général Cavaignac.

 BARBE, s. f. Ivresse,—dans l'argot des typographes.

Avoir sa barbe. Être ivre.

On dit aussi Prendre une barbe. Se griser.

 BARBEAU, s. m. Souteneur de filles, homme-poisson qui sait nager entre deux eaux, l'eau du vice et celle du vol.

 BARBEAUDIER, s. m. Concierge,—dans l'argot des voleurs.

Barbeaudier de castu. Gardien d'hôpital.

 BARBEROT, s. m. Barbier,—dans l'argot des forçats.

 BARBICHON, s. m. Capucin,—dans l'argot des voyous.

 BARBILLE, s. m. Souteneur de filles,—apprenti barbeau.

 BARBILLON, s. m. Jeune souteneur de filles.

 BARBILLONS DE BEAUCE, s. m. pl. Légumes,—dans l'argot du peuple.

 BARBILLONS DE VARENNE, s. m. pl. Navets,—dans l'argot des voleurs, qui savent que ce légume pousse, volontiers, dans les terres sablonneuses.

Le dictionnaire d'Olivier Chéreau donne: Babillons de varane.

 BARBISTE, s. m. Élève du collège Sainte-Barbe.

 BARBOT, s. m. Canard,—dans l'argot des voyous.

 BARBOTE, s. f. Visite minutieuse du prisonnier à son entrée en prison.

On dit aussi BARBOT, s. m.

 BARBOTER, v. a. Fouiller; voler. Argot des voleurs.

 BARBOTEUR DE CAMPAGNE, s. m. Voleur de nuit.

 BARBOTIER, s. m. Guichetier chargé de la visite des prisonniers à leur entrée.

 BARBUE, s. f. Plume à écrire,—dans l'argot des voleurs.

 BARON DE LA CRASSE, s. m. Homme gauche et ridicule en des habits qu'il n'a pas l'habitude de porter,—dans l'argot du peuple, qui se souvient de la comédie de Poisson.

 BARONIFIER, v. a. Créer quelqu'un baron,—dans l'argot du peuple, qui a vu mousser de près la Savonnette Impériale.

 BARRE, s. f. Aiguille,—dans l'argot des voleurs.

 BARRÉ, adj. et s. Simple d'esprit, et même niais,—dans l'argot du peuple, qui, sans doute, veut faire allusion à une sorte de barrage intellectuel qui rend impropre à la conception.

 BARRER, v. n. Abandonner son travail,—dans l'argot des marbriers de cimetière.

Se barrer. S'en aller.

 Barrer, v. a. Réprimander,—dans l'argot du peuple.

 Barrique, s. f. Bouteille ou carafe,—dans l'argot des francs-maçons.

Ils disaient autrefois Gomorrhe,—du nom d'une mesure juive qui indiquait la quantité de manne à récolter.

 BASANE, s. f. Peau du corps humain,—dans l'argot des faubouriens.

Tanner la basane. Battre quelqu'un.

 BASANE, s. f. Amadou,—dans l'argot des voleurs.

 BAS-BLEU, s. m. Femme de lettres,—dans l'argot des hommes de lettres, qui ont emprunté ce mot (blue stocking) à nos voisins d'outre-Manche.

Alphonse Esquiros (Revue des Deux Mondes, avril 1860) donne comme origine à cette expression le club littéraire de lady Montague, où venait assidûment un certain M. Stillingfleet, remarquable par ses bas bleus. D'un autre côté, M. Barbey d'Aurevilly (Nain Jaune du 6 février 1886) en attribue la paternité à Addison. Or, le club de lady Montague ne date que de 1780, et Addison était mort en 1719. Auquel entendre?

 BAS-BLEUISME, s. m. Maladie littéraire spéciale aux femmes qui ont aimé et qui veulent le faire savoir à tout le monde.

Le mot a été créé récemment par M. Barbey d'Aurevilly.

 BASCULE, s. f. Guillotine,—dans l'argot des faubouriens.

 BASCULER, v. a. Guillotiner.

Être basculé. Être exécuté.

 BAS DE BUFFET, s. m. Homme ou chose de peu d'importance. Argot du peuple.

Vieux bas de buffet. Vieille femme, vieille coquette ridicule qui a encore des prétentions à l'attention galante des hommes.

 BAS DE PLAFOND, s. m. Homme d'une taille ridiculement exiguë.

On dit aussi Bas du cul.

 BASOURDIR, v. a. Étourdir, et, par extension naturelle, Tuer,—dans l'argot des voleurs, qui ont dédaigné abasourdir comme trop long.

Basourdir ses gaux picantis, ou seulement ses gaux. Chercher ses poux—et les tuer.

 BAS PERCÉ, s. et adj. Homme pauvre ou ruiné. Argot du peuple.

 BASSE, s. m. La terre par opposition au ciel. Argot des voleurs.

 BASSIN, s. m. Homme ennuyeux,—dans l'argot des filles et des faubouriens, qui n'aiment pas à être ennuyés, les premières surtout.

On dit aussi Bassinoire.

 BASSINANT, adj. Ennuyeux, importun, bavard.

 BASSINER, v. a. Importuner.

 BASSINOIRE, s. f. Grosse montre,—dans l'argot des bourgeois.

 BASTIMAGE, s. m. Travail,—dans l'argot des voleurs.

 BASTRINGUE, s. m. Guinguette de barrière, où le populaire va boire et danser les dimanches et les lundis.

 BASTRINGUE, s. m. Bruit, vacarme,—comme on en fait dans les cabarets et dans les bals des barrières.

 BASTRINGUE, s. m. Scie à scier les fers,—dans l'argot des prisons, où l'on joue volontiers du violon sur les barreaux.

 BASTRINGUEUSE, s. f. Habituée de bals publics.

 BATACLAN, s. m. Mobilier; outils,—dans l'argot des ouvriers.

Signifie aussi bruit, vacarme.

 BATAILLE DE JÉSUITES, s. f. Habitude vicieuse que prennent les écoliers et que gardent souvent les hommes,—dans l'argot du peuple, qui a lu le livre de Tissot.

On ajoute souvent après Faire la bataille de Jésuites, cette phrase: Se mettre cinq contre un.

 BATEAUX, s. m. pl. Souliers qui prennent l'eau. Argot des faubouriens.

 BATELÉE, s. f. Une certaine quantité de gens réunis, quoique inconnus. Argot du peuple.

 BBatelier, s. m. Battoir de blanchisseuse,—dans l'argot des voleurs.

 BATH, s. m. Remarquablement beau, ou bon ou agréable,—dans l'argot de Breda-Street.

Bath aux pommes. Superlatif du précédent superlatif.

Il me semble qu'on devrait écrire Bat, ce mot venant évidemment de Batif. Le papier Bath n'est pour rien là dedans.

 BATIAU, s. m. Préparation au Salé,—dans l'argot des typographes.

Aligner son batiau. S'arranger pour avoir une banque satisfaisante.

 BATIF, adj. Neuf, joli,—dans l'argot des voyous.

Le féminin est batifone où bative.

 BATON CREUX, s. m. Fusil,—dans l'argot des voleurs.

 BATON DE CIRE, s. m. Jambe,—dans le même argot.

 BATON DE TREMPLIN, s. m. Jambe,—dans l'argot des saltimbanques.

 BATOUSE, s. f. Toile,—dans l'argot des voleurs.

Batouse toute battante. Toile neuve.

 BATOUSIER, s. m. Tisserand.

 BATTAGE, s. m. Tromperie; mensonge; menée astucieuse. Argot des ouvriers.

Signifie aussi Accident arrivé à une chose, accroc à une robe, brisure à un meuble, etc.

 BATTANT, s. m. Le cœur,—dans l'argot des voleurs.

 BATTERIE, s. f. Menterie,—dans le même argot.

Batterie douce. Plaisanterie aimable.

 BATTERIE, s. f. Coups échangés,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi Batture.

 BATTERIE DE CUISINE, s. f. Les dents, la langue, le palais, le gosier. Argot des faubouriens.

 BATTEUR, s. m. Menteur; fourbe.

C'est plus spécialement le tiers qui bat comtois pour lever le pante.

 BATTEUR D'ANTIF, s. m. Indicateur d'affaires, voleur qui ne travaille que de la langue. Argot des prisons.

 BATTOIR, s. m. Main,—dans l'argot du peuple, qui s'en sert souvent pour applaudir, et plus souvent pour battre.

 BATTRE COMTOIS, v. n. Faire l'imbécile, le provincial,—dans l'argot des voleurs, pour qui, à ce qu'il paraît, les habitants de la Franche-Comté sont des gens simples et naïfs, faciles à tromper par conséquent.

 BATTRE ENTIFLE, v. n. Faire le niais. Même argot.

 BATTRE JOB, v. n. Dissimuler, tromper. Même argot.

 BATTRE LA CAISSE, v. n. Aller chercher de l'argent. Argot des tambours de la garde nationale.

 BATTRE LA COUVERTE, v. a. Dormir,—dans l'argot des soldats.

 BATTRE L'ANTIF, v. n. Marcher,—dans l'argot des voleurs modernes.

C'est le: Battre l'estrade des voleurs d'autrefois.

Signifie aussi Espionner.

 BATTRE LE BRIQUET, v. a. Cogner les jambes l'une contre l'autre en marchant. Argot du peuple.

 BATTRE LA SEMELLE, v. a. Vagabonder,—dans l'argot du peuple, qui a peut-être lu l'Aventurier Buscon.

 BATTRE L'œIL (S'en). Se moquer d'une chose,—dans l'argot des faubouriens.

L'expression a une centaine d'années, ce qui étonnera certainement beaucoup de gens, à commencer par ceux qui l'emploient.

On dit aussi, dans le même argot, S'en battre les fesses,—une expression contemporaine de la précédente.

 BATTRE MORASSE, v. n. Crier au voleur, pour empêcher le volé d'en faire autant. Argot des prisons.

 BATTRE SA FLÈME, v. n. Flâner,—dans l'argot des voyous.

 BATTRE SON QUART, v. n. Raccrocher les passants, le soir à la porte des maisons mal famées,—dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.

 BAUCE ou Bausse, s. m. Patron,—dans l'argot des revendeuses du Temple. C'est le baes flamand.

Bauceresse. Patronne.

Bauce fondu. Ouvrier qui s'est établi, a fait de mauvaises affaires et est redevenu ouvrier.

 BAUCHER (Se), v. réfl. Se moquer, dans l'argot des voleurs.

 BAUDE, s. f. Mal de Naples,—dans l'argot des voleurs parisiens.

 BAUDROUILLER, v. n. Filer,—dans le même argot.

Se dit aussi pour Fouet, s. m.

 BAUGE, s. f. Coffre,—dans l'argot des voleurs, qui ne craignent pas d'emprunter des termes aux habitudes des sangliers, qui sont aussi les leurs.

 BAUGE, s. f. Ventre,—dans le même argot.

 BAUME D'ACIER, s. m. Les outils du chirurgien et du dentiste,—dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas que l'ancienne pharmacopée a eu, sous ce nom-là, un remède composé de limaille d'acier et d'acide nitrique.

 BAVARD, s. m. Avocat.

 BAVARD, s. f. La bouche.—dans l'argot des voleurs.

 BAVER, v. n. Parler,—dans l'argot des faubouriens.

 BAYAFER, v. a. Fusiller,—dans l'argot des voleurs parisiens, qui ont emprunté cette expression aux voleurs du Midi, lesquels appellent un pistolet un bayafe ou baillaf, comme l'écrit M. Francisque Michel.

 BAZAR, s. m. Maison où les maîtres sont exigeants,—dans l'argot des domestiques paresseux; maison quelconque,—dans l'argot des faubouriens; maison de filles,—dans l'argot des troupiers.

 BAZAR, s. m. Ensemble d'effets mobiliers,—dans l'argot de Breda-Street.

 BAZARDER, v. a. Vendre, trafiquer.

Bazarder son mobilier. S'endéfaire, l'échanger contre un autre.

 BEAU, s. m. Le gandin du premier Empire, avec cette différence que, s'il portait un corset, au moins avait-il quelque courage dessous.

Ex-beau. Elégant en ruines, d'âge et de fortune.

 BEAU BLOND, s. m. Le soleil,—dans l'argot des voleurs, qui ne se doutent pas qu'ils font là de la mythologie grecque.

 BÉBÉ, s. m. Costume d'enfant (baby), que les habituées des bals publics ont adopté depuis quelques années.

 BÉBÉ (Mon). Petit terme de tendresse employé depuis quelques années par les petites dames envers leurs amants, qui en sont tout fiers,—comme s'il y avait de quoi!

 BÉBÈTE, s. f. Bête quelconque,—dans l'argot des enfants.

 BEC, s. m. Bouche,—dans l'argot des petites dames.

 BÉCASSE, s. f. Femme ridicule,—dans le même argot.

 BÉCHER, v. a. Médire et même calomnier, dans l'argot des faubouriens, qui ne craignent pas de donner des coups de bec à la réputation du prochain.

 BÉCHEUR, s. m. Le Ministère public, l'Avocat général. Argot des voleurs.

 BÉCOT, s. m. Bouche,—dans l'argot des mères et des amoureux.

Signifie aussi Baiser.

 BÉCOTER, v. a. Donner des baisers.

Se bécoter. S'embrasser à chaque instant.

 BEDON, s. m. Ventre,—dans l'argot du peuple qui sait son Rabelais par cœur sans l'avoir lu.

 BÉDOUIN, s. m. Homme dur, brutal,—dans le même argot.

 BEDOUIN, s. m. Garde national de la banlieue autrefois,—dans l'argot des voyous irrespectueux.

Ils disaient aussi Gadouan, Malficelé, Museau, Offarmé, Sauvage.

 BEEFSTEAK DE LA CHAMAREUSE, s. m. Saucisse plate,—dans l'argot des faubouriens, qui savent de quelles charcuteries insuffisantes se compose souvent le déjeuner des ouvrières.

 BÈGUE, s. f Avoine,—dans l'argot des voleurs, qui savent à ce qu'il paraît l'italien (bavia, biada).

Ils disent aussi Grenuche.

 BÉGUIN, s. m. Tête,—dans l'argot des faubouriens.

 BÉGUIN, s. m. Caprice, chose dont on se coiffe volontiers l'esprit. Argot de Breda-Street.

Avoir un béguin pour une femme. En être très amoureux.

Avoir un béguin pour un homme. Le souhaiter pour amant quand on est femme—légère.

On disait autrefois S'embéguiner.

 BEIGNE, s. f. Soufflet ou coup de poing,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot depuis des siècles.

On dit aussi Beugne.

 BÈLANT, s. m. Mouton,—dans l'argot des voleurs, qui ne se sont pas mis en frais d'imagination pour ce mot.

 BÉLIER, s. m. Cocu,—dans l'argot des voyous, pour qui les infortunes domestiques n'ont rien de sacré.

 BELLE, s. f. Dernière partie,—dans l'argot des joueurs.

 BELLE, s. f. Occasion favorable; revanche. Argot du peuple.

Attendre sa belle. Guetter une occasion.

Être servi de belle. Être arrêté à faux.

Cette dernière expression est plus spécialement de l'argot des voleurs.

 BELLE À LA CHANDELLE, s. m. Femme laide, qui n'a d'éclat qu'aux lumières. Argot du peuple.

 BELLE DE NUIT, s. f. Fille qui hante les brasseries et les bals. Même argot.

 BÉNEF, s. m. Apocope de Bénéfice,—dans l'argot des bohèmes et du peuple.

 BENI-MOUFFETARD, s. m Habitant du faubourg Saint-Marceau,—dans l'argot des ouvriers qui ont été troupiers en Algérie.

 BÉNIR BAS, v. a. Donner un ou des coups de pied au derrière de quelqu'un,—comme ferait par exemple un père brutal à qui son fils aurait précédemment demandé, avec sa bénédiction, quelques billets de mille francs pour courir le monde.

 BÉNIR SES PIEDS, v. a. Être pendu,—dans l'argot impitoyable du peuple, qui fait allusion aux derniers gigottements d'un homme accroché volontairement à un arbre ou involontairement à une potence.

 BÉNISSEUR, s. m. Père noble, dans l'argot des coulisses, où «le vertueux Moëssard» passe pour l'acteur qui savait le mieux bénir.

 BENOITON, s. m. Jeune homme du monde qui parle argot comme on fait dans La famille Benoiton, pièce de M. Sardou.

 BENOITON (Mme). Se dit d'une femme sans cesse absente de sa maison.

 BENOITONNE, s. f. Jeune fille bien élevée qui parle la langue des filles.

 BEQ, s. m. Ouvrage,—dans l'argot des graveurs sur bois, qui se partagent souvent à quatre ou cinq un dessin fait sur quatre ou cinq morceaux de bois assemblés.

 BÉQUET, s. m. Petite pièce de cuir mise à un soulier,—dans l'argot des cordonniers; petit morceau de bois à graver,—dans l'argot des graveurs; petit ajouté de copie,—dans l'argot des typographes.

 BÉQUETER, v. a. et n. Manger,—dans l'argot du peuple, qui n'oublie jamais son bec.

 BÉQUILLARD. s. m. Vieillard,—dans l'argot des faubouriens, qui n'ont pas précisément pour la vieillesse le même respect que les Grecs.

 BÉQUILLE, s. f. Potence,—dans l'argot des voleurs, dont les pères ont eu l'occasion de remarquer de près l'analogie qui existe entre ces deux choses.

 BÉQUILLER, v. a. et n. Manger,—dans l'argot des faubouriens.

 BÉQUILLEUR, s. m. Bourreau,—probablement parce qu'il est le représentant de la Mort, qui va pede claudo comme la Justice.

 BERBIS, s. f. Brebis,—dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (vervex, vervecis) et à la tradition:

«Ne remist buef ne vac, ne chapuns, ne geline,

Cheval, porc, ne berbiz, ne de ble plaine mine,»

dit un poème du XIIIe siècle.

 Berceau, s. m. Entourage de tombe,—dans l'argot des marbriers de cimetière, qui croient que les morts ont besoin d'être abrités du soleil.

 BERDOUILLE, s. f. Ventre,—dans l'argot des faubouriens.

 BERGE, s. f. Année,—dans l'argot des voleurs.

 BERGÈRE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des troupiers.

 BERLAUDER, v. n. Flâner, aller de cabaret en cabaret. Argot des faubouriens.

Cette expression est certainement le résultat d'une métathèse: on a dit, on dit encore, berlan pour brelan, berlandier pour brelandier,—et berlauder pour brelander.

 BERLINE DE COMMERCE, s. f. Commis marchand,—dans l'argot des voleurs.

 BERLU, s. m. Aveugle, homme qui a naturellement la berlue. Même argot.

 BERLUE, s. f. Couverture,—dans le même argot.

 BERNIQUE-SANSONNET! C'est fini; il n'y a plus rien ni personne. Littré dit «Berniquet pour Sansonnet: tu n'en auras pas.» C'est une variante dans l'argot populaire.

 BERRI, s. m. Hotte,—dans l'argot des chiffonniers.

 BERRIBONO, s. m. Homme facile à duper,—dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi Béricain.

 Berry, s. m. Capote d'études, —dans l'argot des polytechniciens.

 BERTELO s. m. Pièce d'un franc,—dans l'argot des voleurs.

 BERTRAND, s. m. Compère de filou ou de faiseur,—dans l'argot du peuple, qui a gardé les souvenir de la légende de Robert-Macaire.

 BESOUILLE, s. f. Ceinture,—dans l'argot des voleurs, qui y serrent leurs bezzi, nom italien des deniers.

 BESSONS, s. m. pl. Les deux seins,—des jumeaux en effet. Argot du peuple.

 BESTIASSE, s. m. Imbécile, plus que bête,—dans l'argot du peuple.

 BESTIOLE, s. f. Petite bête, au propre et au figuré,—dans l'argot du peuple, qui a parfois des qualificatifs caressants.

 BÊTA, s. et adj. Innocent et même niais,—dans l'argot du peuple.

 BÊTE, s. f. Filou chargé de jouer le troisième rôle dans la partie de billard proposée au provincial par l'emporteur.

 BÊTE-A-CORNES, s. f. Fourchette,—dans l'argot des voyous.

 BÊTE-A-PAIN, s. f. L'homme,—dans l'argot du peuple.

 BÊTE COMME SES PIEDS. Se dit,—dans l'argot populaire,—de tout individu extrêmement bête.

 BÊTE COMME UN CHOU. Extrêmement bête,—dans l'argot des bourgeois qui calomnient cette crucifère.

 BÊTE ÉPAULÉE, s. f. Fille qui, le jour de ses noces, n'a pas le droit de porter le bouquet de fleurs d'oranger,—dans l'argot du peuple, cruel quand il n'est pas grossier.

 BÊTE NOIRE, s. f. Chose ou personne qui déplaît, que l'on craint ou que l'on méprise. Argot des bourgeois.

Être la bête noire de quelqu'un. Être pour quelqu'un un objet d'ennui ou d'effroi.

 BÊTISES, s. f. pl. Grivoiseries,—dans l'argot des bourgeoises, qui trouvent très spirituels les gens mal élevés qui en disent devant elles.

 BETTANDER, v. n. Mendier,—dans l'argot des filous.

 BETTERAVE, s. f. Nez d'ivrogne,—dans l'argot des faubouriens, par allusion à la ressemblance de forme et de couleur qu'il a avec la beta vulgaris.

 BEUGLANT (Le). Café-concert.

 BEUGLER, v. n. Pleurer,—dans l'argot du peuple.

 BEURRE, s. m. Argent monnayé; profit plus ou moins licite. Argot des faubouriens.

Faire son beurre. Gagner beaucoup d'argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque.

Y aller de son beurre. Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.

 BEURRE (C'est un). C'est excellent, en parlant des choses, quelles qu'elles soient. Même argot.

 BEURRE DEMI-SEL, s. m. Fille ou femme qui n'est plus honnête, mais qui n'est pas encore complètement perdu. Argot du peuple.

 BEURRIER, s. m. Banquier,—dans l'argot des voleurs.

 BÉZEF, adv. Beaucoup,—dans l'argot des faubouriens qui ont servi en Afrique et en ont rapporté quelques mots de la langue sabir.

 BIARD, s. m. Côté,—dans l'argot des voleurs, qui voient les choses de biais.

 BIBARD, s. m. Vieil ivrogne, ou vieux débauché,—dans l'argot du peuple, qui cependant ne sait pas que boire vient de bibere.

 BIBARDER, v. n. Vieillir dans la fange, dans la misère.

 BIBASSE, s. f. Vieille femme.

 BIBASSERIE, s. f. Vieillesse. On dit aussi Bibarderie.

 BIBASSIER, s. m. Vieil homme.

Signifie aussi Ivrogne,—le vin étant le lait des vieillards.

 BIBELOT, s. m. Objet de fantaisie, qu'il est de mode, depuis une vingtaine d'années, de placer en évidence sur une étagère. Les porcelaines de Saxe, de Chine, du Japon, de Sèvres, les écailles, les laques, les poignards, les bijoux voyants, sont autant de bibelots.

Par extension: Objet de peu de valeur.

Ce mot est une corruption de Bimbelot, qui signifiait à l'origine jouet d'enfants, et formait un commerce important, celui de la bimbeloterie. Aujourd'hui qu'il n'y a plus d'enfants, ce commerce est mort; ce sont les marchands de curiosités qui ont succédé aux bimbelotiers.

 BIBELOT, s. m. Havresac, porte-manteau,—dans l'argot des soldats.

 BIBELOTTER, v. a. Vendre ses bibelots, et, par extension, ses habits, ses meubles, etc. Argot des filles et des bohèmes.

Par extension aussi: Bibelotter une affaire dans le sens de Brasser.

 BIBELOTTER (Se), v. réfl. S'arranger pour le mieux, se mijoter. Argot des faubouriens.

 BIBERON, s. m. Ivrogne,—dans l'argot du peuple, qui cependant ne doit pas connaître le jeu de mots (Biberius) fait sur le nom de Tibère, impérial buveur.

 BIBI, s. m. Petit nom d'amitié,—dans l'argot des faubouriens; petit nom d'amour,—dans l'argot des petites dames.

 BIBINE, s. m. Cabaret de barrière,—dans l'argot des chiffonniers.

 BIBON, s. m. Vieillard qu'on ne respecte pas, parce qu'il ne se respecte pas lui-même.

C'est une corruption péjorative du mot barbon.

 BICHE, s. f. Demoiselle de petite vertu, comme l'encre de Guyot; variété de fille entretenue.

Le mot a été créé en 1857 par Nestor Roqueplan.

 BICHETTE, s. f. Petit nom d'amitié ou d'amour,—dans l'argot des petites dames et de leurs Arthurs.

 BICHON, s. m. Petit jeune homme qui joue le rôle de Théodore Calvi auprès de n'importe quels Vautrin.

 BICHONNER, v. a. Arranger avec coquetterie: friser comme un bichon. Argot des bourgeois.

Se bichonner. S'adoniser.

 BIDET, s. m. «Moyen très ingénieux, dit Vidocq, qui sert aux prisonniers à correspondre entre eux de toutes les parties du bâtiment dans lequel ils sont enfermés; une corde passée à travers les barreaux de leur fenêtre, et qu'ils font filer suivant le besoin en avant ou en arrière, porte une lettre et rapporte la réponse.»

 BIDOCHE, s. f. Viande,—dans l'argot des faubouriens.

Portion de bidoche. Morceau de bœuf bouilli.

 Bidonner à la cambuse, v. n. Boire au cabaret,—dans l'argot des marins.

 BIEN, s. m. Mari ou femme,—dans l'argot du peuple, qui a tout dit quand il a dit Mon bien. C'est plus énergique que ma moitié.

 BIEN, adj. et s. Distingué,—dans l'argot des petites dames.

 BIEN MIS, s. m. Bourgeois,—dans l'argot du peuple.

 BIENSÉANT, s. m. Le derrière de l'homme et de la femme,—dans l'argot des bourgeoises.

 BIER, v. n. Aller,—dans l'argot des voleurs.

 BIFIN, s. m. Chiffonnier,—dont le crochet sert à deux fins, à travailler et à se défendre.

 BIGARD, s. m. Trou,—dans l'argot des voleurs.

D'où Bigardée pour Trouée, Percée.

 BIGE, s. m. Ignorant,—dans le même argot.

 BIGEOIS ou Bigois, s. m. Imbécile, homme bige.

 BIGORNE, s. m. L'argot des voleurs,—monstre bicorniger en effet, corne littéraire d'un côté, corne philosophique de l'autre, qui voit rouge et qui écrit noir, qui épouvante la conscience humaine et réjouit la science philologique.

 BIGORNEAU, s. m. Sergent de ville,—dans l'argot du peuple.

 BIGOTTER, v. a. Prier Dieu,—dans l'argot des faubouriens.

 BIGREMENT, adv. Extrêmement,—dans l'argot des bourgeois qui n'osent pas employer un superlatif plus énergique.

 BIJOU, s. m. Ornement particulier,—dans l'argot des francs-maçons.

Bijou de loge. Celui qui se porte au côté gauche.

Bijou de l'ordre. L'équerre attachée au cordon du Vénérable, le niveau attaché au cordon du premier surveillant, et la perpendiculaire attachée au cordon du second surveillant.

 BIJOUTERIE, s. f. Frais avancés, argent déboursé. Argot des ouvriers et des patrons.

 BIJOUTIER, ÈRE, s. Marchand, marchande d'arlequins,—dans l'argot des faubouriens, à qui ces détritus culinaires «reluisent dans le ventre».

 BIJOUTIER SUR LE GENOU, s. m. Cordonnier.

On dit aussi: Bijoutier en cuir. Au XVIIe siècle, on disait: Orfèvre en cuir.

 BILBOQUET, s. m. Femme grosse et courte,—dans l'argot du peuple.

 BILBOQUET, s. m. Homme qui est le jouet des autres.

 BILBOQUET, s. m. Menues impressions, telles que prospectus, couvertures, têtes de lettres, etc.,—dans l'argot des typographes.

 BILLANCER, v. n. Faire son temps,—dans l'argot des voleurs.

 BILLANCHER, v. a. et n. Payer, donner de la bille. Argot des faubouriens.

On dit aussi Biller.

 BILLARD DE CAMPAGNE, s. m. Mauvais billard,—dans l'argot des bourgeois.

 BBille, s. f. L'argent,—dans l'argot des voleurs qui n'ont pas l'air de se douter que nous avons eu autrefois de la monnaie de billon.

 BILLE À CHÂTAIGNE, s. f. Figure grotesque,—dans l'argot des faubouriens.

 BILLEMON, s. m. Billet,—dans l'argot des voleurs.

 BILLET DE CINQ, s. m. Billet de cinq cents francs,—dans l'argot des bourgeois, qui savent aussi bien que les Anglais que time is money, et qui ne perdent pas le leur à prononcer des mots inutiles.

Ils disent de même: Billet de mille.

 BINELLE, s. f. Faillite,—dans l'argot des voleurs.

Binelle-lof. Banqueroute.

 BINELLIER, s. m. Banqueroutier.

 BINETTE, s. f. Figure humaine,—dans l'argot des faubouriens, qui me font bien l'effet d'avoir inventé ce mot, tout moderne, sans songer un seul instant au perruquier Binet et à ses perruques, comme voudrait le faire croire M. Francisque Michel, en s'appuyant de l'autorité d'Edouard Fournier, qui s'appuie lui-même de celle de Salgues. Pourquoi tant courir après des étymologies, quand on a la ressource de la génération spontanée?

 BINOMES, s. m. pl. Camarades de chambre à l'École d'application de Fontainebleau, et compagnons d'études à l'Ecole polytechnique; amis, copains, frères d'adoption qui ne se ressemblent et ne se valent souvent pas, mais qui n'en sont pas moins comme en algèbre, deux termes, unis par - ou par +, et qui n'en forment pas moins à eux deux une quantité.

 BIQUE-ET-BOUC, s. m. et f. Créatures des deux genres,—dans l'argot du peuple, ordinairement plus brutal pour ces créatures-là.

 BIRBADE, s. f. Vieille femme,—dans l'argot des faubouriens.

 BIRBE, s. m. Vieillard.

Birbe dab. Grand'père.

 BIRBETTE, s. m. Archi-vieillard,—dans l'argot des petites dames, qui ont dû connaître plus d'un birbante italien, anglais, russe ou suédois.

 BIRLIBIBI, s. m. Jeu de dés et de coquilles de noix. Argot des voleurs.

 BISARD, s. m. Soufflet de cheminée,—dans le même argot.

 BISBILLE, s. f. Querelle, fâcherie,—dans l'argot des bourgeois, qui sans doute ne savaient pas que ce mot vient de l'italien bisbiglio (murmure).

Être en bisbille. Être brouillés.

 BISCAYE, n. de l. Bicêtre,—dans l'argot des voleurs.

 BISQUANT, adj. Ennuyeux, désagréable,—dans l'argot du peuple.

 BISQUER, v. n. Enrager,—dans l'argot des écoliers.

 BISSARD, s. m. Pain bis,—dans l'argot des voyous.

 BITUMER, v. n. Raccrocher les passants,—dans l'argot des filles habituées du trottoir.

On dit mieux Faire le bitume.

 BITURE, s. f. Réfection copieuse,—dans l'argot des faubouriens.

 BITURER, v. n. Manger copieusement.

 BLAGUE, s. f. Gasconnade essentiellement parisienne,—dans l'argot de tout le monde.

Les étymologistes se sont lancés tous avec ardeur à la poursuite de ce chastre,—MM. Marty-Laveaux, Albert Monnier, etc.,—et tous sont rentrés bredouille. Pourquoi remonter jusqu'à Ménage? Un gamin s'est avisé un jour de la ressemblance qu'il y avait entre certaines paroles sonores, entre certaines promesses hyperboliques, et les vessies gonflées de vent, et la blague fut!

Avoir de la blague. Causer avec verve, avec esprit, comme Alexandre Dumas, Méry ou Nadar.

Avoir la blague du métier. Faire valoir ce qu'on sait; parler avec habileté de ce qu'on fait.

Ne faire que des blagues. Gaspiller son talent d'écrivain dans les petits journaux, sans songer à écrire le livre qui doit rester.

Pousser une blague. Raconter d'une façon plus ou moins amusante une chose qui n'est pas arrivée.

 BLAGUE SOUS LES AISSELLES! Expression de l'argot des ouvriers, pour signifier qu'ils cessent de plaisanter, qu'ils vont parler sérieusement, et pour inviter les interlocuteurs à en faire autant.

On dit aussi: Blague dans le coin.

 BLAGUER, v. n. Mentir d'une agréable manière, ou tout simplement parler.

Blaguer quelqu'un. Se moquer de lui.

 BLAGUES A TABAC, s. f. pl. Seins plus dignes d'une sauvagesse de la Nouvelle-Calédonie que d'une femme civilisée. Argot des faubouriens.

«Si encore il y avait un peu de tabac dans tes blagues!» ai-je entendu dire un jour par un faubourien à une fille qui buvait au même saladier que lui.

 BLAGUEUR, s. m. Gascon né sur les bords de la Seine, dont le type extrême est le baron de Worsmspire et le type adouci le Mistigris de Balzac.

 BLAIREAU, s. m. Conscrit,—dans l'argot des vieux troupiers.

 BLAIREAU, s. m. Jeune homme de famille qui se croit des aptitudes littéraires et qui, en attendant qu'il les manifeste, mange sa légitime en compagnie de bohèmes littéraires.

 BLAIREAUTER, v. a. Peindre avec trop de minutie.—dans l'argot des artistes qui n'ont encore pu digérer Meissonnier.

 BLANC, s. m. Légitimiste,—dans l'argot du peuple, par allusion au drapeau fleurdelisé de nos anciens rois.

 BLANC, s. m. Vin blanc,—dans le même argot.

 BLANCHISSEUR, s. m. Celui qui revise un manuscrit, qui le polit,—dans l'argot des gens de lettres, par allusion à l'action du menuisier, qui, à coups de rabot, fait d'une planche rugueuse une planche lisse.

Signifie aussi Avocat.

 BLANCHISSEUSE DE TUYAUX DE PIPES, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,—dans l'argot du peuple.

 BLANC-VILAIN, s. m. Distributeur de boulettes municipales destinées aux chiens errants,—dans l'argot des faubouriens, qui, d'un nom propre probablement, ont fait une qualification applicable à une profession.

 BLANQUETTE, s. f. Argenterie,—dans l'argot des voleurs.

 BLASÉ, ÉE, ad. Enflé, ée,—dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté cette expression à l'allemand blasen (Souffler).

 BLAVIN, s. m. Mouchoir,—dans le même argot.

 BLAVINISTE, s. m. Pick-pocket qui a la spécialité des mouchoirs.

 BLÉ BATTU, s. m. Argent,—dans l'argot des paysans de la banlieue de Paris, pour qui blé en grange représente en effet de l'argent.

Avoir du blé en poche. Avoir de l'argent dans sa bourse.

N'avoir pas de blé. N'avoir pas le sou.

 BLEU, s. m. Bonapartiste,—dans l'argot du peuple, rendant ainsi à ses adversaires qui l'appellent rouge, la monnaie de leur couleur.

Les chouans appelaient Bleus les soldats de la République, qui les appelaient Blancs.

 BLEU, s. m. Conscrit,—dans l'argot des troupiers; cavalier nouvellement arrivé,—dans l'argot des élèves de Saumur.

 BLEU, s. m. Manteau,—dans l'argot des voyous, qui ont voulu consacrer à leur façon la mémoire de Champion.

 BLEU, s. m. Vin de barrière,—dans l'argot du peuple, qui a remarqué que ce Bourgogne apocryphe tachait de bleu les nappes des cabarets.

On dit aussi Petit bleu.

 BLEU, s. m. Marque d'un coup de poing sur la chair.

Faire des bleus. Donner des coups.

 BLEU, adj. Surprenant, excessif, invraisemblable.

C'est bleu. C'est incroyable.

En être bleu. Être stupéfait d'une chose, n'en pas revenir, se congestionner en apprenant une nouvelle.

Être bleu. Être Étonnamment mauvais,—dans l'argot des coulisses.

On disait autrefois: C'est vert! Les couleurs changent, non les mœurs.

 BLOC, s. m. La salle de police. Argot des soldats.

Être au bloc. Être consigné.

Signifie aussi Prison.

 BLOCKHAUS, s. m. Garni,—dans l'argot des chiffonniers, qui parlent allemand sans le savoir.

 BLONDE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des ouvriers.

 BLOQUER, v. a. Mettre un soldat au bloc, à la salle de police,—ce qui est le boucler, vieille forme du verbe blouquet.

 BLOQUER, v. a. Abandonner,—dans l'argot des voleurs.

 BLOQUER, v. a. Jouer à la bloquette,—dans l'argot des enfants.

 BLOQUETTE, s. f. Jeu de billes, auquel on bloque.

 BLOQUIR, v. a. Vendre des objets volés, ordinairement en bloc. (V. Abloquer.)

 BLOT, s. m. Prix d'une chose,—dans l'argot des faubouriens.

C'est mon blot! Cela me convient.

 BLOUSE (La). Le peuple,—dans l'argot dédaigneux des gandins.

 BLOUSER (Se), v. réfl. Faire un pas de clerc, une sottise; se tromper,—dans l'argot du peuple, qui a voulu faire une allusion à la blouse du billard.

 BLOUSIER, s. m. Voyou, porteur de blouse,—dans l'argot des gens de lettres.

 BOBÊCHON, s. m. La tête,—dans l'argot du peuple, par allusion à la bobêche qui surmonte le chandelier.

Se monter le bobêchon. S'illusionner sur quelqu'un ou sur quelque chose; se promettre monts et merveilles d'une affaire—qui accouche d'une souris.

 BOBELINS, s. m. pl. Bottes,—dans l'argot des marchandes du Temple, qui ont l'air d'avoir lu Rabelais.

 BOBINE, s. f. Tête, visage,—dans l'argot du peuple, qui a constaté fréquemment les bobes ou grimaces que les passions font faire à la figure humaine, d'ailleurs terminée cylindriquement.

 BOBINO, s. m. Montre,—dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi Bobine.

 BOBINO. Le théâtre du Luxembourg, qui a disparu. Argot des étudiants.

On disait aussi Bobinche et Bobinski.

 BOBO, s. m. Mal,—dans l'argot des enfants.

Il n'y a pas de bobo. Il n'y a pas de mal,—dans l'argot des faubouriens, qui parlent ici au figuré.

 BOBOSSE, s. m. Vieux galantin bossu,—dans l'argot du peuple.

 BOBOSSE, s. f. Fille ou femme affligée d'une gibbosité. Argot des faubouriens.

 BOCAL, s. m. Carreau de vitre,—dans l'argot des faubouriens.

 BOCAL, s. m. Estomac.

Se garnir le bocal. Manger.

 BOCAL, s. m. Logement.

 BOCARD, s. m. Mauvais lieu habité par des femmes de mauvaise vie. Argot des soldats.

 BOCHE, s. m. Mauvais sujet—dans l'argot des petites dames, qui le préfèrent au muche. (V. ce dernier mot.)

 BOCOTTER, v. n. Murmurer, marmotter entre ses dents; rechigner,—dans l'argot du peuple.

 BœUF, s. m. Second ouvrier, celui à qui l'on fait faire la besogne la plus pénible. Argot des cordonniers.

 BœUF, adj. Enorme, extraordinaire,—dans l'argot des faubouriens.

Avoir un aplomb bœuf. Avoir beaucoup d'aplomb.

 BOGUE, s. f. Montre,—dans l'argot des voleurs.

Bogue en jonc. Montre en or.

Bogue en plâtre. Montre en argent.

 BOGUISTE, s. m. Horloger.

 BOHÈME, s. f. Etat de chrysalide,—dans l'argot des artistes et des gens de lettres arrivés à l'état de papillons. Purgatoire pavé de créanciers, en attendant le Paradis de la Richesse et de la Députation; vestibule des honneurs, de la gloire et du million, sous lequel s'endorment—souvent pour toujours—une foule de jeunes gens trop paresseux ou trop découragés pour enfoncer la porte du Temple.

 BOHÈME, s. m. Paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur les tables des cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l'éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin à l'hôpital comme phthisique ou en prison comme escroc.

Ce mot et le précédent sont vieux,—comme la misère et le vagabondage. Ce n'est pas à Saint-Simon seulement qu'ils remontent, puisque, avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s'en était déjà servie. Mais ils avaient disparu de la littérature: c'est Balzac qui les a ressuscités, et après Balzac, Henri Murger—dont ils ont fait la réputation.

 BOIRE DU LAIT, v. a. Avoir un joli succès, dans l'argot des comédiens, assez chats.

 BOIRE UNE GOUTTE, v. a. Être sifflé,—dans le même argot.

Payer une goutte. Siffler.

 BOIS POURRI, s. m. Amadou, dans l'argot des voyous.

 BOISSEAU, s. m. Schako,—dans l'argot des vieux troupiers.

 BOISSONNER, v. n. Boire plus que de raison.

 BOISSONNIER, s. m. Ivrogne.

 BOIS-TORTU, s. m. Vigne,—dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot aux poètes du XVIIe siècle.

 BOITE, s. f. Théâtre de peu d'importance,—dans l'argot des comédiens; bureaux de ministère,—dans l'argot des employés; bureau de journal,—dans l'argot des gens de lettres; le magasin ou la boutique,—dans l'argot des commis.

 BOITE A CORNES, s. f. Chapeau, coiffure quelconque,—dans l'argot des faubouriens.

 BOITE AU LAIT, s. f. La gorge,—dans l'argot du peuple, qui se souvient de sa nourrice.

 BOITE A DOMINOS, s. f. Cercueil, —dans l'argot des faubouriens.

 BOITE A SURPRISES, s. f. La tête d'un homme de lettres. Argot des voleurs.

 BOITE AU SEL, s. f. La tête, siège de l'esprit. Argot des faubouriens.

Avoir un moustique dans la boîte au sel. Être un peu fou, un peu maniaque.

 BOITE AUX CAILLOUX, s. f. Prison. Même argot.

 BOITE DE PANDORE, s. f. Boîte dans laquelle les voleurs renferment la cire à prendre les empreintes,—et de laquelle sortent tous les mots qu'ils ont avec la justice.

 Boiter des chasses, v. n. Être borgne ou être affecté de strabisme,—dans l'argot des voleurs, qui se sont rencontrés ici dans la même image avec l'écrivain qui a dit le premier, à propos d'Esope, qu'il louchait de l'épaule.

 BOLIVAR, s. m. Chapeau,—dans l'argot du peuple, qui ignore peut-être que c'est le nom de l'émancipateur des colonies espagnoles, et qui le donne indistinctement à tout couvre-chef, de feutre ou de paille, rond ou pointu, parce que c'est une habitude pour lui, depuis la Restauration.

 BOMBÉ, adj. et s. Bossu.

 BON, s. m. Homme sur lequel on peut compter,—dans l'argot du peuple, à qui l'adjectif ne suffisait pas, paraît-il.

 BONBONNIÈRE A FILOUS, s. f. Omnibus,—dans l'argot des voyous, qui savent mieux que personne avec quelle facilité on peut barboter dans ces voitures publiques.

 BON CHEVAL DE TROMPETTE, s. m. Homme qui ne s'effraye pas aisément, dans l'argot du peuple.

 BON DIEU, s. m. Sabre,—dans l'argot des fantassins.

 BONDY-SOUS-MMERDE, n. d. l. Le village de Bondy, à cause du dépotoir. Argot des faubouriens.

Autrefois on disait Pantin-sur-Merde.

 BONHOMME, s. m. Saint,—dans l'argot des voleurs, et du peuple.

 BONICARD, s. m. Vieil homme,—dans l'argot des voleurs.

Bonicarde. Vieille femme.

 BONIFACE, s. m. Homme simple et même niais,—dans l'argot du peuple, auprès de qui la bonté n'a jamais été une recommandation.

 BONIFACEMENT, adv. Simplement, à la bonne franquette.

 BONIMENT, s. m. Discours par lequel un charlatan annonce aux badauds sa marchandise, qu'il donne naturellement comme bonne; Parade de pître devant une baraque de «phénomènes».

Par analogie, manœuvres pour tromper.

 BONIR, v. n. Se taire,—dans l'argot des marbriers de cimetière.

 BONIR, v. a. Dire, parler,—dans l'argot des voleurs.

 BONISSEUR, s. m. Celui qui fait l'annonce, le boniment. Argot des saltimbanques.

 BONJOUR (Vol au), s. m. Espèce de vol que son nom désigne clairement. Le chevalier d'industrie, dont c'est la spécialité, monte de bonne heure dans un hôtel garni, où on laisse volontiers les clés sur les portes, frappe au hasard à l'une de celles-ci, entre s'il n'entend pas de réponse, et, profitant du sommeil du locataire, fait main basse sur tout ce qui est à sa portée,—quitte à lui dire, s'il se réveille: «Bonjour, Monsieur; est-ce ici que demeure M.***?»

 BONJOURIER, s. m. Voleur au Bonjour.

On dit aussi: Chevalier grimpant,—par allusion aux escaliers que ce malfaiteur doit grimper.

 BON MOTIF, s. m. Mariage,—dans l'argot des bourgeois.

 BONNE, s. f. Chose amusante ou étonnante, bonne à noter.

En dire de bonnes. Raconter des histoires folichonnes.

En faire de bonnes. Jouer des tours excessifs.

 BONNE AMIE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des ouvriers.

Une expression charmante, presque aussi jolie que le sweetheart des ouvriers anglais, et qu'on a tort de ridiculiser.

 BONNE-GRACE, s. f. Toilette de tailleur.

 BONNET DE NUIT SANS COIFFE, s. m. Homme mélancolique,—dans l'argot du peuple.

 BONNET D'ÉVÊQUE, s. m. Le train de derrière d'une volaille. Argot des bourgeois.

 BONNET D'ÉVÊQUE, s. m. Petite loge du cintre. Argot des coulisses.

 BONNETEUR, s. m. Filou qui, dans les fêtes des environs de Paris, tient des jeux de cartes où l'on ne gagne jamais.

 BONNETIER, s. m. Homme vulgaire, ridicule,—dans l'argot des gens de lettres, qui méprisent les commerçants autant que les commerçants les méprisent.

 BONNET JAUNE, s. m. Pièce de vingt francs,—dans l'argot des filles.

 BON NEZ, s. m. Homme fin, qui devine ce qu'on veut lui cacher, au figuré, ou qui, au propre, devine qu'un excellent dîner se prépare dans une maison où il s'empresse d'aller—quoique non invité.

C'est l'olfacit sagacissime de Mathurin Cordier.

 BONNICHON, s. m. Petit bonnet d'ouvrière,—dans l'argot du peuple.

 BONO, adj. Bon, passable,—dans l'argot des faubouriens qui ont servi dans l'armée d'Afrique.

 BON POUR CADET! Se dit d'une lettre désagréable ou d'un journal ennuyeux que l'on met dans sa poche pour servir de cacata charta. C'est l'histoire du sonnet d'Oronte.

 BONSHOMMES, s. m. pl. Croquis,—dans l'argot des écoliers.

Ils disent Bonhommes.

 BONSHOMMES, s. m. pl. Nom que, par mépris, les filles donnent à leurs amants, et les gens de lettres à leurs rivaux.

 BORDÉE, s. f. Débauche de cabaret,—dans l'argot des ouvriers, qui se souviennent d'avoir été soldats de marine.

Courir une bordée. S'absenter de l'atelier sans permission.

Tirer une bordée. Se débaucher.

 BORDEL, s. m. Prostibulum,—dans l'argot du peuple, qui parle comme Joinville, comme Montaigne, et comme beaucoup d'autres:

«Miex ne voulsist estre mesel

Et ladres vivre en ung bordel

Que mort avoir ne le trespas.»

dit l'auteur du roman de Flor et Blanchefleur.

 BORDEL, s. m. Petit fagot de deux sous,—dans l'argot des charbonniers.

 BORDELIER, s. et adj. Homme qui se plaît dans le libertinage.

Le mot a plus de cinq centsans de noblesse populaire, ainsi que cela résulte de cette citation du Roman de la Rose:

«Li aultre en seront difamé,

Ribaut et bordelier clamé.»

 BORGNE, s. m. Le derrière de l'homme et de la femme,—dans l'argot des faubouriens.

 BORGNER, v. a. Regarder,—dans l'argot des marbriers de cimetière, qui clignent un œil pour mieux voir de l'autre.

 BORGNESSE, s. f. Femme borgne,—dans l'argot du peuple.

 BORGNIAT, s. m. Homme borgne.

 BOSCOT, BOSCO, s. m. Bossu.

Au féminin, Boscotte.

 BOSSE, s. f. Excès de plaisir et de débauche.

Se donner une bosse. Manger et boire avec excès.

Se faire des bosses. S'amuser énormément.

Se donner une bosse de rire. Rire à ventre déboutonné.

 BOSSOIRS, s. m. pl. La gorge d'une femme,—dans l'argot des marins.

 BOTTER, v. a. Plaire, agréer, convenir,—dans l'argot du peuple.

 BOTTER, v. a. Donner un coup de pied au cul de quelqu'un.

 BOTTES DE NEUF JOURS, s. f. pl. Bottes percées,—dans l'argot des faubouriens,—qui disent aussi Bottes en gaieté.

 BOTTIER, s. m. Homme qui se plaît à donner des coups de botte aux gens qui ne lui plaisent pas.

On dit d'un artiste en ce genre: C'est un joli bottier.

 BOUANT, s. m. Cochon,—dans l'argot des voyous, sans doute à cause de la boue qui sert de bauge naturelle au porc.

 BOUBANE, s. f. Perruque,—dans l'argot des voleurs.

 BOUC, s. m. Cocu,—dans le même argot.

 BOUCAN, s. m. Vacarme; rixe de cabaret,—dans l'argot du peuple.

Faire du boucan. Faire du scandale,—ce que les Italiens appellent far bordello.

Donner un boucan. Battre ou réprimander quelqu'un.

 BOUCANADE, s. f. Corruption d'un témoin,—dans l'argot des voleurs, qui redoutent le boucan de l'audience.

Coquer la boucanade. Suborner un témoin.

 BOUCANER, v. n. Sentir mauvais, sentir le bouc,—dans l'argot des ouvriers.

 BOUCANER, v. n. Faire du bruit, du boucan.

 BOUCANEUR, s. et adj. Qui se débauche et hante les mauvais lieux.

Boucanière, s. f. Femme légère, qui vit plus volontiers dans les lieux où l'on fait du Boucan que dans ceux où l'on fait son salut.

 BOUCARD, s. m. Boutique,—dans l'argot des voleurs.

On dit aussi Boutogue.

 BOUCARDIER, s. m. Voleur qui dévalise les boutiques.

 BOUCHER, s. m. Médecin,—dans l'argot des voleurs, très petites maîtresses lorsqu'il s'agit de la moindre opération chirurgicale.

 BOUCHER UN TROU, v. a. Payer une dette,—dans l'argot des bourgeois.

 BOUCHON, s. m. Acabit, genre,—dans l'argot du peuple.

Être d'un bon bouchon. Être singulier, plaisant, cocasse.

 Bouchon, s. m. Cabaret.

On sait que les cabarets de campagne, et quelques-uns aussi à Paris, sont ornés d'un rameau de verdure,—boscus.

 BOUCHON, s. m. Bourse,—dans l'argot des voleurs, dont les ancêtres prononçaient bourçon.

 BOUCLAGE, s. m. Liens, menottes. Même argot.

 BOUCLÉ (Être), v. pron. Être emprisonné.

 BOUCLER, v. a. Fermer,—même argot.

Boucler la lourde. Fermer la porte.

 BOUCLEZOZE, s. m. Pain bis. Même argot.

 BOUDER, v. a. Avoir peur, reculer,—dans l'argot du peuple.

 BOUDER AUX DOMINOS, v. n. Avoir des dents de moins,—dans l'argot des faubouriens.

 BOUDIN, s. m. Verrou,—dans l'argot des voleurs.

 BOUDINS, s. m. pl. Mains trop grasses, aux doigts ronds, sans nodosités. Argot du peuple.

 BOUÉ, s. m., ou Bouée, s. f. Trou,—dans le même argot.

C'est un nom emprunté au patois manceau.

 BOUE JAUNE, s. f. L'or,—dans lequel pataugent si gaiement tant de consciences, heureuses de se crotter.

L'expression est de Mirabeau.

 BOUEUX, s. m. Celui qui ramasse la boue des rues de Paris et la jette dans un tombereau.

 BOUFFARD, s. m. Fumeur,—dans l'argot du peuple, qui a remarqué, sans doute, qu'en fumant on enfle ou bouffe les joues.

 BOUFFARDE, s. f. Pipe.

 BOUFFARDER, v. n. Fumer.

 BOUFFARDIÈRE, s. f. Estaminet, et, par extension, Cheminée. Argot des voleurs.

 BOUFFE-LA-BALLE, s. m. Gourmet, goinfre,—dans l'argot du peuple.

Se dit aussi d'un Homme dont le visage est un peu soufflé.

 BOUFFER (Se). Se battre—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi Se bouffer le nez.

 BOUFFER, v. n. Manger,—dans l'argot du peuple, qui aime les mots qui font image.

 BOUFFETER, v. n. Causer, bavarder. Argot des faubouriens.

 BOUGIE, s. f. Canne d'aveugle parce qu'elle sert à l'éclairer. Même argot.

 BOUGIE GRASSE, s. f. Chandelle. Même argot.

 BOUGON, s. et adj. Bourru, grondeur,—dans l'argot du peuple, qui pourtant ne sait pas que les abeilles sont appelées bugones, par onomatopée sans doute.

On dit aussi Bougonneur.

 BOUGONNER, v. a. et n. Gronder sans cesse et sans motif.

 BOUGRE, s. m. Homme robuste, de bons poings et de grand cœur,—dans l'argot du peuple, qui ne donne pas à ce mot le sens obscène qu'il a eu pendant longtemps.

Bon bougre. Bon camarade, loyal ami.

Bougre à poils. Homme à qui la peur est inconnue.

Mauvais bougre. Homme difficile à vivre.

 BOUGREMENT, adv. Extrêmement.

 BOUI, s. m. Prostibulum,—dans l'argot des voyous.

 BOUIBOUI, s. m. Marionnette,—dans l'argot des fabricants de jouets, qui ont probablement emprunté ce mot au cri guttural de Polichinelle.

On écrit aussi Bouis-bouis,—je ne sais pas pourquoi puisque c'est une onomatopée. Bouig-bouig serait plus exact alors.

Ensecreter un bouiboui. Attacher tous les fils qui doivent servir à faire mouvoir une marionnette.

 BOUIBOUI, s. m. Petit théâtre,—dans l'argot des comédiens. Endroit mal famé,—dans l'argot des bohèmes.

 BOUILLABAISSE, s. f. Confusion de choses ou de gens. Argot des coulisses et des gens de lettres.

Faire de la bouillabaisse. Arranger confusément des choses ou des idées.

 BOUILLANTE, s. f. Soupe,—dans l'argot des soldats.

 BOUILLIE POUR LES CHATS, s. f. Affaire avortée, chose mal réussie. Argot des bourgeois.

Faire de la bouillie pour les chats. Travailler sans profit pour soi ni pour personne.

 BOUILLON, s. m. Mauvaise affaire, opération désastreuse. Même argot.

Boire un bouillon. Perdre de l'argent dans une affaire.

 BOUILLON, s. m. Pluie,—dans l'argot du peuple.

Bouillon qui chauffe. Nuage qui va crever.

 BOUILLON AVEUGLE, s. m. Bouillon gras qui n'est pas assez gras, dont on ne voit pas les yeux. Même argot.

 BOUILLON DE CANARD, s. m. Eau.

 BOUILLON D'ONZE HEURES, s. m. Breuvage empoisonné.

Prendre un bouillon d'onze heures. Se suicider par le poison.

 BOUILLONNER, v. n. Perdre de l'argent dans une affaire, boire un bouillon.

 BOUILLON POINTU, s. m. Lavement.

 BOUILLON POINTU, s. m. Coup de baïonnette,—dans l'argot des troupiers.

 BOUILLONS, s. m. Livres ou journaux invendus.

 BOUIS, s. m. Fouet,—dans l'argot des voleurs.

 BOUISER, v. a. Donner le fouet ou du fouet,—selon qu'il s'agit d'un enfant ou d'un cheval.

 BOULANGE, s. f. Apocope de Boulangerie. Argot des ouvriers.

 BOULANGER DES AMES, s. m. Le diable,—dans l'argot des voleurs.

 BOULE, s. f. Foire,—dans le même argot.

 BOULE, s. f. Tête,—dans l'argot du peuple.

Bonne boule. Physionomie grotesque.

Perdre la boule. Ne plus savoir ce que l'on fait.

 BOULE DE NEIGE, s. f. Nègre,—par une antiphrase empruntée à nos voisins d'outre-Manche, qui disent de tout oncle Tom: Snow-ball,—quand ils n'en disent pas: lily-white (blanc de lis).

 BOULE DE SIAM, s. f. Tête ridicule, figure grotesque, ayant quelque ressemblance avec le disque percé de deux trous qui sert au jeu de quilles.

 BOULE DE SON, s. f. Pain,—dans l'argot des prisons.

 BOULE DE SON, s. f. Figure marquée de taches de rousseur,—dans l'argot des faubouriens.

 BOULENDOS, s. m. Bossu,—dans l'argot des voyous.

Ils disent aussi Bosco, Bossemar.

 BOULER, v. n. Aller, rouler,—dans le même argot.

 BOULER, v. a. Pousser quelqu'un brusquement, le secouer brutalement. Argot du peuple.

S'emploie aussi, au figuré, pour gronder, faire d'énergiques reproches.

 BOULE ROUGE, s. f. Fille ou femme galante qui habitait le quartier de la Boule-Rouge, dans le faubourg Montmartre.

Comme les mots ne manqueront jamais aux hommes pour désigner les femmes,—du moins une certaine classe de femmes,—ce nom, qui succédait à celui de lorette et qui date de la même époque, a été lui-même remplacé par une foule d'autres, tels que: filles de marbre, prè-catelanières, casinettes, musardines, etc., selon les localités.

 BOULES DE LOTO, s. f. Yeux gros et saillants,—dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que Junon les avait ainsi, et à qui peut-être la chose est parfaitement indifférente.

 BOULET A CÔTES, s. m. Melon,—dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi Boulet à queue.

 BOULET JAUNE, s. m. Potiron,—dans l'argot des voyous.

 BOULETTE, s. f. Bévue, erreur plus ou moins grave. Argot du peuple.

 BOULEUSE, s. f. Actrice qui joue tous les rôles, et principalement ceux dont ses camarades, les chefs d'emploi, ne veulent pas. Argot des coulisses.

 BOULINER, v. a. Voler,—quand cela exige qu'on fasse des boulins (ou trous) aux murs d'une maison ou aux volets d'une boutique.

Les escrocs des siècles passés disaient bouler.

 BOULINGUER, v. a. Déchirer,—dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi gouverner, conduire,—dans l'argot des vagabonds, qui savent si mal se boulinguer eux-mêmes.

 BOULINOIRE, s. f. Vilebrequin.

 BOULOTER, Assister un camarade,—dans l'argot des voleurs.

 BOULOTS, s. m. pl. Haricots ronds,—dans l'argot des bourgeois.

 BOULOTTER, v. a. Manger. Argot du peuple.

 BOULOTTER, v. n. Aller doucement, faire de petites affaires. Argot du peuple.

 BOULOTTER L'EXISTENCE, v. a. La mener heureuse et douce.

 BOULVARI ou Boulevari, s. m. Vacarme, tumulte excessif.

 BOUQUET, s. m. Accident heureux ou malheureux.

C'est le bouquet! Cela complète mon malheur.

 BOUQUET, s. m. Boni, prime de 25 pour cent accordée à L'homme de peine qui a voulu s'abstenir; chopin de la première affaire. Argot des voleurs.

 BOUQUET, s. m. Cadeau,—dans l'argot des voyous.

 BOUQUIN, s. m. Livre neuf ou vieux,—dans l'argot des gens de lettres.

C'est une corruption ou une ironie du mot anglais book.

 BOUQUINER, v. n. Faire la chasse aux livres anciens ou modernes.

 BOURBE (La). Nom que le peuple s'obstine à donner à l'hospice de la Maternité de Paris, malgré l'espèce d'infamie cruelle qui semble attachée à cette appellation.

 BOURBILLONS, s. m. pl. Filaments d'encre épaisse qui restent dans le bec de la plume. Argot des écoliers.

 BOURDON, s. m. Fille publique,—dans l'argot des voleurs.

 BOURDON, s. m. Mots oubliés,—dans l'argot des typographes.

 BOURGEOIS, s. m. Expression de mépris que croyaient avoir inventée les Romantiques pour désigner un homme vulgaire, sans esprit, sans délicatesse et sans goût, et qui se trouve tout au long dans l'Histoire comique de Francion: «Alors lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m'appeler bourgeois, car c'est l'injure que ceste canaille donne à ceux qu'elle estime niais.»

 BOURGEOIS, s. m. Patron,—dans l'argot des ouvriers; Maître,—dans l'argot des domestiques.

On dit dans le même sens, au féminin: Bourgeoise.

 BOURGEOIS, s. m. Toute personne qui monte dans une voiture de place ou de remise,—à quelque classe de la société qu'elle appartienne. Le cocher ne connaît que deux catégories de citoyens; les cochers et ceux qui les payent,—et ceux qui les payent ne peuvent être que des bourgeois.

 BOURGEOISADE, s. m. Action mesquine, plate, écœurante,—dans l'argot des gens de lettres et des artistes.

 BOURGERON, s. m. Petite blouse de toile bleue,—dans l'argot des ouvriers dont, avec la cotte, cela compose le costume de travail.

 BOURGUIGNON, s. m. Le soleil, dans l'argot du peuple, qui croit que cet astre n'a été créé par Dieu que pour faire mûrir les vignes de la Côte-d'Or.

 BOURRASQUE, s. f. Coup de filet policier,—dans l'argot des voleurs.

 BOURRE-COQUINS, s. m. pl. Haricots,—dans l'argot du peuple.

 BOURRE-DE-SOIE, s. f. Fille ou femme entretenue,—dans l'argot des voyous.

 BOURRÉE, s. f. Bousculade brutale,—dans l'argot du peuple.

On dit aussi Bourrade.

 BOURRICHON, s. m. La tête,—dans l'argot des faubouriens, qui prennent les imbéciles pour des huîtres.

Se monter le bourrichon. Se faire une idée fausse de la vie, s'exagérer les bonheurs qu'on doit y rencontrer, et s'exposer ainsi, de gaieté de cœur, à de cruels mécomptes et à d'amers désenchantements.

 BOURRIQUE, s. f. Imbécile,—dans l'argot du peuple, qui calomnie l'âne.

Tourner en bourrique. S'abrutir ne plus savoir ce que l'on fait.

Faire tourner quelqu'un en bourrique. L'obséder de reproches ou d'exigences ridicules.

 BOURRIQUE A ROBESPIERRE, s. f. Animal aussi fantastique que la bête du Gévaudan, que le peuple se plaît à mettre à toutes les sauces, sans qu'on sache pourquoi. Quand il a dit: Bête (ou saoûl, ou méchant) comme la bourrique à Robespierre, c'est qu'il n'a pas trouvé de superlatif péjoratif plus énergique.

 BOURSICOT, s. m. Porte-monnaie et l'argent qu'il contient. Même argot.

 BOURSICOTER, v. n. Economiser, mettre de l'argent de côté.

Signifie aussi Faire de petites opérations de Bourse.

 BOURSICOTEUR, s. m. Courtier marron de Bourse.

On dit aussi Boursicotier.

 BOURSILLONNER, v. n. Contribuer pour une petite somme à quelque dépense commune.

 BOUSCAILLE, s. f. Boue.—Argot des voleurs.

 BOUSCAILLEUR, s. m. Balayeur.

 BOUSILLER, v. a. Faire vite et mal,—dans l'argot du peuple, qui sait avec quel sans-façon et quelle rapidité les maçons bâtissent les maisons des champs, avec du crachat et de la boue, ou mieux de la bouse.

 BOUSILLEUR, s. m. Ouvrier qui fait de mauvais ouvrage,—parce qu'il le fait trop vite et sans soin.

 BOUSILLEUSE, s. f. Femme qui gaspille volontiers ses robes et l'argent qu'elle gagne,—sans rien faire.

 BOUSIN, s. m. Vacarme, scandale,—dans l'argot du peuple.

Faire du bousin. Faire du tapage du scandale; se battre à coups de chaises, de tables et de bouteilles.

 BOUSIN, s. m. Maison mal famée; cabaret borgne. Argot du du peuple.

M. Nisard, à propos de ce mot, éprouve le besoin de traverser la Manche et d'aller chercher bowsing, cabaret à matelots. C'est, me semble-t-il, renverser l'ordre naturel des choses, et faire descendre François Ier de Henri II. Bowsing n'est pas le père, mais bien le fils de bousin, qui lui-même est né de la bouse ou de la boue. Pour s'en assurer, il suffit de consulter nos vieux écrivains, depuis Régnier jusqu'à Restif de la Bretonne.

 BOUSINEUR, s. et adj. Ami du bruit et du scandale.

 BOUSINGOT, s. m. Etudiant romantique qui portait des gilets à la Robespierre et était affilié à la Société des saisons: un type héroïque, quoique un peu théâtral, qui a complètement disparu.

 BOUSINGOTISME, s. m. Doctrines et mœurs des bousingots.

 BOUSSOLE, s. f. Tête,—dans l'argot du peuple, qui sait aussi bien que personne que c'est là que se trouve l'aiguille aimantée appelée la Raison.

Perdre la boussole. Devenir fou.

 BOUSSOLE DE SINGE, s. f. Fromage de Hollande,—dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi Boussole de refroidi.

 BOUSTIFAILLE, s. f. Vivres, nourriture, en un mot ce que Rabelais appelait «le harnois de gueule». Argot du peuple.

 BOUSTIFAILLER, v. n. Manger.

 BOUT DE CUL, s. m. Petit homme,—dans l'argot du peuple.

On dit aussi Bas du cul.

 BOUTANCHE, s. f. Boutique,—dans l'argot des prisons.

On dit aussi Boutogue, Boucard.

 BOUTEILLE, s. f. Nez,—dans l'argot des faubouriens.

 BOUTEILLE, s. f. Latrines,—dans l'argot des matelots.

 BOUTEILLE A L'ENCRE (C'est la). Se dit, dans l'argot des bourgeois,—de toute affaire embrouillée ou de toute personne aux allures ténébreuses.

 BOUTEILLER, v. n. Se dit des globules d'air,—des bouteilles,—que forme la pluie dans les ruisseaux lorsqu'elle tombe avec abondance.

 BOUTERNE, s. f. Boîte carrée d'assez grande dimension, garnie de bijoux d'or et d'argent numérotés, parmi lesquels il y a l'inévitable «pièce à choisir», qui est ordinairement une montre avec sa chaîne, «d'une valeur de 600 francs», que la marchande reprend pour cette somme lorsqu'on la gagne. Mais on ne la gagne jamais, parce que les chances du jeu de la bouterne, composés de huit dés, sont trop habilement distribuées pour cela: les dés sont pipés!

 BOUTERNIÈRE, s. f. Femme qui dupe les simples avec la bouterne.

 BOUTIQUE, s. f. Ce que les petites filles laissent voir si volontiers,—comme dans le tableau de l'Innocence. Argot du peuple.

S'applique aussi à l'autre sexe.

Montrer toute sa boutique. Relever trop haut sa robe dans la rue, ou la décolleter trop bas dans un salon.

 BOUTIQUE, s. f. Bureau,—dans l'argot des employés; journal,—dans l'argot des gens de lettres.

Esprit de boutique. Esprit de corps.

Être de la boutique. Être de la maison, de la coterie.

 BBoutiquer, v. a. Faire à contre-cœur; arranger mal une chose. Argot du peuple.

 BOUTON, s. m. Passe-partout. Argot des voleurs.

 BOUTON, s. m. Louis d'or. Argot des maquignons.

 BOVARISME, s. m. Hystérie littéraire, réalisme ægypanesque dans le genre du roman de G. Flaubert, madame Bovary. L'expression a été créée par Barbey d'Aurevilly, à propos de son étude sur l'Antoine Quérard de Ch. Bataille.

 BOXON, s. m. Mauvais lieu habité par de jolies filles,—dans l'argot des faubouriens.

 BOYAU ROUGE, s. m. Bon buveur,—dans l'argot du peuple qui a emprunté cette expression à la Bourgogne.

 BRADER, v. a. et n. Vendre à vil prix. Argot des marchands de bric-à-brac.

 BRAILLANDE, s. f. Caleçon, braies. Argot des voleurs.

 BRAILLARD, s. m. Mauvais chanteur. Argot du peuple, qui dit plutôt: Gueulard.

 BRAILLER, v. n. Chanter.

 BRAIRE, v. n. Pleurer.

C'est un vieux mot. On le trouve dans la Chanson de Roland.

 BRAISE, s. f. Argent monnayé,—dans l'argot des filles.

Abouler de la braise. Donner de l'argent à une fille pour être aimé d'elle, ou à un voleur pour n'être pas tué par lui.

 BRAISER, v. n. Payer, dépenser de la braise.

On dit aussi Braisiller.

 BRAISEUR, s. et adj. Homme riche, ou seulement en train de dépenser de l'argent.

 BRANCARD, s. m. Lorette hors d'âge, qui conduit les jeunes drôlesses dans les bons endroits, qui les traîne sur la route du vice. Argot de Breda-Street.

 BRANCARDS, s. m. pl. Les jambes,—dans l'argot des faubouriens, qui savent que c'est avec elles qu'on traîne le corps.

 BRANCHE, s. f. Ami, compagnon, ma vieille branche,—dans le même argot.

 BRANDILLEUSE, s. f. Sonnette,—dans l'argot des voyous.

 BRANLANTES, s. f. pl. Dents des vieillards,—dans le même argot.

 BRANLE-BAS, s. m. Vacarme, bouleversement; déménagement. Argot du peuple.

Faire du branle-bas. Faire du tapage.

 BRANLER DANS LE MANC, v. n. Se dit d'une chose ou d'une personne qu'on est menacé de perdre.

 BRANQUE, s. m. Ane,—dans l'argot des voleurs, dont les ancêtres, les gueux infirmes, étaient portés à l'hospice sur un cacolet, qu'ils appelaient brancard.

 BRAQUE, s. m. Original, homme à moitié fou, qui court de-ci, de-là, comme un chien de chasse,—dans l'argot des bourgeois, qui n'aiment pas les excentriques, et veulent qu'à leur exemple on marche à pas comptés et d'un air compassé.

On dit aussi Grand Braque,—même à propos d'un homme de taille moyenne.

 BRAS, adj. m. Grand,—dans l'argot des voleurs, qui exagèrent la longueur de la brasse.

 BRASSET, adj. m. Gros,—homme difficile à embrasser.

 BRAVE, s. m. Vieux soldat,—dans l'argot du peuple.

 BRAVE, adj. Beau, bien vêtu,—comme paré pour le combat.

Brave comme un jour de Pâques. Richement habillé.

 BREDA-STREET, s. m. Cythère parisienne, qui comprend non seulement la rue Bréda, mais toutes les rues avoisinantes, où s'est agglomérée une population féminine dont les mœurs laissent à désirer,—mais ne laissent pas longtemps désirer. Mœurs à part, langage spécial formé, comme l'airain de Corinthe, de tous les argots parisiens qui sont venus se fondre et se transformer dans cette fournaise amoureuse. Nous en retrouverons çà et là des échantillons intéressants.

 BRÉDI-BRÉDA, loc. adv. Précipitamment, avec confusion,—dans l'argot du peuple.

On dit quelquefois Brédi-bréda taribara.

 BREDOCHE, s. f. Liard,—dans l'argot des voyous.

Ils disent aussi brobèche et broque.

 BRELOQUE, s. f. Pendule,—dans l'argot des faubouriens.

D'où est sans doute venue l'expression: Battre la breloque, pour signifier d'abord chez les soldats: «Annoncer à son de tambour l'heure des repas;» puis au figuré, chez le peuple: «Déraisonner comme une pendule détraquée.»

 BRÊMES, s. f. pl. Cartes à jouer, dans l'argot des voleurs et des petites dames.

Brême de paclin. Carte géographique.

Maquiller les brêmes. Se servir, pour jouer, de cartes biseautées.

 BRÊMIER, s. m. Fabricant de cartes.

 BRIC-A-BRAC, s. m. Choses de peu de valeur,—ou d'une valeur énorme, selon le monde où on emploie ce mot: Vieilles ferrailles ici, vieux Sèvres là.

 BRIC-A-BRAC, s. m. Revendeur, petit marchand de débris, de bric-à-brac.

 BRICABRACOLOGIE, s. f. Science, métier du bric-à-brac, des bibelots de luxe.

Le mot est de Balzac.

 BRICARD, s. m. Escalier,—dans l'argot des voyous.

 BRICOLE, s. f. Mauvaise affaire, affaire d'un produit médiocre. Argot du peuple.

 BRICOLER, v. a. Faire une chose à la hâte et sans goût.

Signifie aussi faire des choses que pourraient réprouver la conscience et la morale. Dans ce sens, il a pour parrain Saint-Simon.

 BRICOLEUR, s. m. Homme bon à tout faire, les bons comme les mauvais métiers,—les mauvais surtout.

On dit aussi Bricolier.

 BRICUL, s. m. Officier de paix,—dans l'argot des voleurs.

 BRIDE, s. f. Chaîne de montre,—dans le même argot.

 BRIDER, v. a. Fermer,—dans le même argot.

Brider la lourde. Fermer la porte.

 BRIFFER, v. n. Manger,—dans l'argot du peuple, qui se souvient de la vieille et bonne langue.

«O! le bon appétit, voyez

comme il briffe!» dit Noël Du

Fail en ses Propos rustiques.

 BRIFFERRIGANTE, s. f. Perruque,—dans l'argot des voleurs.

 BrifferRIGEANTS, s. m. pl. Cheveux, dans le même argot.

On dit aussi Brigands,—à cause de la physionomie rébarbative que vous donnent des cheveux ébouriffés.

 BRIGETON, s. m. Pain,—dans l'argot des faubouriens.

 BRIMADE, s. f. Mauvaise plaisanterie,—dans l'argot des troupiers qui se plaisent à jouer des tours aux conscrits.

 BRIMAR, s. m. Briseur,—dans l'argot des voleurs.

 BRIMER, v. a. Faire subir à un conscrit des épreuves désagréables—qu'il peut toujours s'épargner en n'épargnant pas le vin à ses camarades.

 BRINDEZINGUE, s. m. Etui en fer-blanc, d'un diamètre peu considérable et de douze à quinze centimètres de longueur, dans lequel les voleurs renferment une lame d'acier purifié, taillée en scie, et à trois compartiments, qui leur sert à couper les plus forts barreaux de prison. Comment arrivent-ils à soustraire cet instrument de délivrance aux investigations les plus minutieuses des geôliers? C'est ce qu'il faut demander à M. le docteur Ambroise Tardieu, qui a fait une étude spéciale des maladies de la gaîne naturelle de cet étui.

 BRINDEZINGUES (Être dans les). Être complètement ivre. Argot des faubouriens.

 BRINGUE, s. f. Femme maigre, déhanchée,—dans le même argot.

On dit aussi Grande bringue.

 BRIOCHE, s. f. Grosse bévue, faute grossière,—dans l'argot des bourgeois.

 BRIOLET, s. m. Petit vin suret,—dans l'argot du peuple, que ce vin rend ebriolus tout comme si c'était du bourgogne.

 BRIQUEMON, s. m. Briquet,—dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Sabre de cavalerie.

 BRISER (Se la). Se retirer d'un lieu quelconque, qu'on s'y trouve mal ou bien. Argot des faubouriens.

 BRISEUR, s. m. Variété d'escrocs dont parle Vidocq.

 BRISQUE, s. f. Année,—dans l'argot des voleurs.

 BROBUANTE, s. f. Bague,—dans le même argot.

 BROCANTE, s. f. Chose de peu de valeur,—dans l'argot du peuple.

 BROCANTER, v. a. et n. Acheter et vendre toutes sortes de choses, des tableaux et des femmes, son talent et sa conscience. Argot des gens de lettres.

 BROCHE, s. f. Billet à ordre d'une petite somme. Argot des commerçants.

 BROCHES, s. f. pl. Dents. Argot des voyous.

 BRODANCHER, v. a. Écrire,—dans l'argot des voleurs.

On dit aussi Broder.

 BRODANCHEUR A LA PLAQUE, s. m. Notaire,—à cause de son écusson.

 BRODEUR, s. m. Ecrivain public—ou particulier.

 BRODEUSE, s. f. Individu appartenant au troisième sexe. Même argot.

 BROQUILLE, s. f. Rien, chose de peu de valeur. Argot des cabotins.

Ne s'emploie ordinairement que dans cette phrase: Ne pas dire une broquille, pour: Ne pas savoir un mot de son rôle.

 BROQUILLE, s. f. Minute,—qui est un rien de temps. Argot des voleurs.

 BROQUILLE, s. f. Bague,—dans le même argot.

Signifie aussi Boucle d'oreille.

 BROSSÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,—dans l'argot du peuple.

 BROSSER, v. a. Donner des coups.

Signifie aussi Gagner une partie de billard.

Se faire brosser, v. réfl. Se faire battre,—au propre et au figuré.

 BROSSER LE VENTRE (Se), v. réfl. Se passer de manger, et coucher sans souper.

 BROUÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,—dans l'argot des faubouriens, qui parfois se décousent ainsi les brouailles.

 BROUILLARDS (Être dans les). Être gris à n'y voir plus clair pour se conduire.

 BROUILLÉ AVEC LA MONNAIE, s. et adj. Pauvre, ruiné,—dans l'argot au peuple.

On disait autrefois Brouillé avec les espèces.

 BROUSSAILLES (Être dans les). Être en état d'ivresse, à en perdre son chemin et à en donner du nez contre les haies, au lieu de suivre le pavé du roi ou de la république.

 BROUTE, s. m. Pain,—dans l'argot des faubouriens.

Ne serait-ce pas par hasard une corruption du Brod allemand?

 BROUTER, v. a. Manger.

 BROUTEUR SOMBRE, s. m. Homme mélancolique, qui mange tout seul.

 BROYEUR DE NOIR EN CHAMBRE, s. m. Ecrivain mélancolique; personne qui se suicide à domicile.

 BRUGE, s. m. Serrurier.—dans l'argot des voleurs.

 BRUGERIE, s. f. Serrurerie, parce que cela se ronge vite βρυχω ([grec: bruchô]), dirait M. Lorédan Larchey dans son ardeur d'étymologiste.

 BRÛLAGE, s. m. Déconfiture générale de l'homme brûlé.

L'expression appartient à Balzac.

 BRÛLANT, adj. Délicat, scabreux, difficile.

Actualité brûlante. Actualité on ne peut plus actuelle, pour ainsi dire.

 BRÛLÉ (Être). N'inspirer plus aucune confiance dans les endroits où l'on était bien reçu, où l'on avait crédit sur sa mine. Argot des bohèmes et des escrocs.

 BRÛLÉ (Être). Être déjoué par la police, dans l'argot des voleurs.

 BRÛLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,—dans l'argot du peuple.

Foutre une brûlée. Battre lesennemis dans l'argot des troupiers.

Recevoir une brûlée. Être battu par eux.

 BRÛLE-GUEULE, s. m. Pipe très courte et très culottée,—dans l'argot du peuple et des artistes.

 BRÛLER, v. n. Approcher du but, être sur le point de découvrir une chose,—dans l'argot des enfants et des grandes personnes, qui devinent, les uns qui savent à quoi on s'expose en s'approchant du feu.

 BRÛLER, v. a. Dépasser une voiture,—dans l'argot des cochers qui se plaisent à ce jeu dangereux, malgré les conseils de la prudence et les règlements de la police.

 BRÛLER A LA RAMPE (Se). Jouer pour soi sans se préoccuper de la pièce. Argot des coulisses.

 BRÛLER DU SUCRE, v. a. Recevoir des applaudissements,—dans le même argot.

 BRÛLER LA POLITESSE, v. a. Disparaître sans avertir,—dans l'argot des bourgeois.

 BRÛLER LE PÉGRIOT, v. a. Faire disparaître les traces d'un vol. Argot des prisons.

 BRÛLER LES PLANCHES, v. a. Avoir l'habitude de la scène, jouer un rôle avec aplomb. Argot des coulisses.

 BRÛLER SA CHANDELLE PAR LES DEUX BOUTS , v. a. Faire des dépenses extravagantes,—dans l'argot des bourgeois.

 BRÛLOT, s. m. Petit punch à l'eau-de-vie.

 BRUTAL, s. m. Canon,—dans l'argot du peuple, qui a quelquefois à se plaindre de cet ultima ratio regum.

 BU, adj. Ivre,—dans l'argot du peuple.

 BUCHE, s. f. Bois à graver,—dans l'argot des graveurs.

 BÛCHE, s. f. Pièce à faire,—dans l'argot des tailleurs.

 BÛCHE, s. f. Imbécile,—dans l'argot du peuple.

 BÛCHE PLOMBANTE, s. f. Allumette chimique, dans l'argot des voleurs.

 BÛCHER, v. n. Travailler avec énergie, avec assiduité. Argot du peuple.

 BÛCHER, v. a. Frapper, battre,—dans le même argot.

Se bûcher. Echanger des coups.

 BÛCHERIE, s. f. Rixe populaire, souvent sanglante, quoique à coups de pied et de poing seulement.

 BÛCHEUR, s. m. Piocheur.

 BBULL-PARK. Le jardin Bullier,—dans l'argot des étudiants.

 BUQUER, v. n. Voler dans les boutiques sous prétexte d'y demander de la monnaie.

 BURELIN, s. m. Bureau,—dans l'argot des voyous.

 BURETTES, s. f. pl. Paire de pistolets,—dans l'argot des faubouriens.

 BUSARD, s. f. Niais; homme incapable, paresseux, impropre à quoi que ce soit. Argot du peuple.

On dit aussi Buse et Buson.

 BUSTINGUE, s. f. Garni où couchent les bateleurs, les Savoyards, les montreurs de curiosités. Argot des voleurs.

 BUTE, s. f. L'échafaud que doivent gravir ceux qui ont buté quelqu'un. Même argot.

 BUTER, v. a. Assassiner,—dans l'argot des voleurs, qui ont un salutaire effroi de la bute.

 BUTEUR, s. m. Le bourreau,—qui tue ceux qui ont tué, et bute ceux qui ont buté.

 BUTRE, s. f. Plat,—dans l'argot des voleurs.

 BUVAILLER, v. a. Boire peu, ou à petits coups. Argot du peuple.

 BUVAILLEUR, s. m. Homme qui ne sait pas boire.

 BUVETTE, s. f. Endroit du mur du cimetière par où passent les marbriers pour aller chercher des liquides prohibés à la douane du gaffe en chef.

 BYRONIEN, adj. et s. Homme fatal, style mélancolique,—dans l'argot des gens de lettres.

 BYRONISME, s. m. Maladie littéraire et morale, à la mode il y a quarante ans, aujourd'hui presque disparue.

62

C

 CA (Être). Être parfait, comme il faut que ce soit—dans l'argot du peuple.

 CAB, s. m. Apocope de Cabotin,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi Cabot.

 CABARET BORGNE, s. m. Mauvais lieu, cabaret de mauvaise mine.

 CABAS, s. m. Vieux chapeau d'homme ou de femme,—dans l'argot des bourgeois.

 CABASSER, v. n. Bavarder,—dans l'argot du peuple.

Signifie aussi Tromper, et même Voler.

 CABASSEUR, s. m. Faiseur de cancans.

Signifie aussi Voleur.

 CABERMON, s. f. Cabaret,—dans l'argot des voleurs.

 CABESTAN, s. m. Officier de paix,—dans le même argot.

 CABILLOT, s. m. Soldat,—dans l'argot des marins.

 CABO, s. m. Chien,—dans l'argot du peuple, qui a contracté le vieux mot Clabaud.

On dit aussi Cabe.

 CABOCHE, s. f. Tête,—dans l'argot du peuple, qui s'éloigne bien du κεφαλη [grec: kephalê] grec et du caput latin, mais ne s'éloigne pas du tout de la tradition: «D'autant plus qu'il n'avoit pas beaucoup de cervelle en sa caboche,»—disent les Nuits de Straparole.

«Biau sire, laissiés me caboche,

Par la char Dieu, c'est villenie!»

disent les poésies d'Eustache Deschamps.

On dit aussi Cabosse.

 CABOCHON, s. m. Coup reçu sur la tête, ou sur toute autre partie du corps.

 CABOTIN, s. m. Mauvais acteur,—le Rapin du Théâtre, comme le Rapin est le Cabotin de la Peinture.

 CABOTINAGE, s. m. Le stage de comédien, qui doit commencer par être sifflé sur les théâtres de toutes les villes de France, avant d'être applaudi à Paris.

 CABOTINE, s. f. Drôlesse qui fait les planches au lieu de faire le trottoir.

 CABOTINER, v. n. Aller de théâtre en théâtre et n'être engagé nulle part.

 CABOULOT, s. m. Boutique de liquoriste tenue par de belles filles bien habillées, qui n'ont pour unique profit que les deux sous du garçon.

Ce mot a une vingtaine d'années. Au début, il a servi d'enseigne à un petit cabaret modeste du boulevard Montparnasse, puis il a été jeté un jour par fantaisie, dans la circulation, appliqué à toutes sortes de petits endroits à jeunes filles et à jeunes gens, et il a fait son chemin.

 CABRER (Se), v. réfl. Se fâcher,—dans l'argot des bourgeois.

 CABRIOLET, s. m. Petit instrument fort ingénieux que les agents de police emploient pour mettre les malfaiteurs qu'ils arrêtent hors d'état de se servir de leurs mains.

 CABRION, s. m. Rapin, loustic, mauvais farceur,—dans l'argot des gens de lettres, qui se souviennent du roman d'Eugène Sue (Les Mystères de Paris).

 CACA, s. m. Evacuation alvine,—dans l'argot des enfants; Vilenie,—dans l'argot des grandes personnes qui connaissent le verbe Cacare.

Faire caca. Ire ad latrinas.

 CACADE, s. f. Reculade, fuite honteuse,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Voltaire.

 CACHE, s. f. Endroit où l'on se cache. Argot des enfants.

>Jouer à cache-cache. Jouer à se cacher.

 CACHEMIRE, s. m. Torchon,—dans l'argot ironique des faubouriens.

Donner un coup de cachemire sur une table. L'essuyer.

 CACHEMIRE D'OSIER, s. m. Hotte,—dans l'argot des chiffonniers.

Ils disent aussi Cabriolet, et Carquois d'osier.

 CACHE-MISÈRE, s. m. Vêtement ample, boutonné jusqu'au menton et dissimulant tant bien que mal l'absence de la chemise. Argot du peuple.

 CACHEMITE, s. f. Cachot,—dans l'argot des voleurs.

 CACHER, v. a. et n. Manger,—dans l'argot des faubouriens.

 CACHET DE LA RÉPUBLIQUE, s. m. Coup de talon de botte sur la figure. Argot des voyous.

 CACHET DE M. LE MAIRE, s. m. Tache breneuse à la chemise. Argot du peuple.

 CACHOTTERIE, s. f. Mystère fait à propos de choses qui n'en valent pas la peine. Même argot.

 CACHOTTIER, s. m. Homme sournois, mystérieux, qui ne confie rien à personne.

 CADAVRE, s. m. Synonyme de corps. Même argot.

Se mettre quelque chose dans le cadavre. Manger.

 CADAVRE, s. m. Secret qu'on a intérêt à cacher,—faute ou crime, faiblesse ou malhonnêteté. Argot des gens de lettres.

Savoir où est le cadavre de quelqu'un. Connaître son secret, savoir quel est son vice dominant, son faible.

 CADÈNE, s. f. Chaîne de cou,—dans l'argot des voleurs, dont les pères ont jadis fait partie de la Grande Cadène qui allait de Paris à Toulon ou à Brest.

 CADET, s. m. Outil pour forcer les portes. Même argot.

 CADET, s. m. Les parties basses de l'homme, «la cible aux coups de pied». Argot du peuple.

Baiser Cadet. Faire des actions viles, mesquines, plates.

Faubouriens et commères disent fréquemment, pour témoigner leur mépris à quelqu'un ou pour clore une discussion qui leur déplaît: «Tiens, baise Cadet!»

 CADET, s. m. Synonyme de Quidam ou de Particulier.

Tu es un beau cadet! Phrase ironique qu'on adresse à celui qui vient de faire preuve de maladresse ou de bêtise.

 CADET DE HAUT APPÉTIT, s. m. Grand mangeur, ou dépensier.

 CADET DE MES SOUCIS (C'est le). Phrase de l'argot du peuple, qui signifie: Je ne m'inquiète pas de cela, je m'en moque.

 CADICHON, s. m. Montre,—dans l'argot des voleurs.

 CADRAN, s. m. Le derrière de l'homme,—dans l'argot des voyous.

Ils disent aussi Cadran humain ou Cadran solaire.

 CAFARDE, s. f. La lune,—dans l'argot des voleurs, qui redoutent les indiscrétions de cette planète assistant à leurs méfaits derrière un voile de nuages.

 CAGE, s. f. Prison,—dans l'argot du peuple, qui a voulu constater ainsi que l'on tenait à empêcher l'homme qui vole de s'envoler.

Cage à chapons. Couvent d'hommes.

Cage à jacasses. Couvent de femmes.

Cage à poulets. Chambre sale, étroite, impossible à habiter.

 CAGE, s. f. Atelier de composition,—dans l'argot des typographes.

Ils disent aussi Galerie.

 CAGETON, s. m. Hanneton,—dans l'argot des voleurs, qui savent qu'il est impossible de mettre ce scarabée en cage, et qui voudraient bien jouir du même privilège.

 CAGNE, s. f. et m. Personne paresseuse comme une chienne,—dans l'argot du peuple.

C'est aussi le nom qu'il donne au cheval,—pour les mêmes raisons.

 CAGNOTTE, s. f. Rétribution tacitement convenue qu'on placesous le chandelier de la demoiselle de la maison. Argot des joueurs du demi-monde.

 CAGOU, s. m. Voleur solitaire,—dans l'argot des voleurs.

 CAHIN-CAHA, adv. Avec peine, de mauvaise grâce,—dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie: qua hinc, qua hac.

 CAILLASSE, s. f. Cailloux,—dans le même argot.

 CAILLÉ, s. m. Poisson,—dans l'argot des voleurs.

 CAILLE COIFFÉE, s. f. Femme éveillée, un peu plus amoureuse que son mari ne le voudrait,—dans l'argot du peuple, qui connaît les mœurs du Coturnix.

 CAILLOU, s. m. Figure grotesque,—dans l'argot des voyous.

Signifie aussi Nez.

 CAISSE D'ÉPARGNE, s. f. La bouche, dans l'argot du peuple, qui a l'ironie amère, parce qu'il sait que les trois quarts du salaire sont absorbés par ce gouffre toujours ouvert.

Il l'appelle aussi, en employant une image contraire, Madame la Ruine.

 CAISSON, s. m. Tête,—dans l'argot des soldats.

Se faire sauter le caisson. Se brûler la cervelle.

 CALABRE, s. f. Teigne,—dans l'argot des voleurs.

 CALAIN, s. m. Vigneron,—dans le même argot.

 CALANCHER, v. n. Mourir,—dans l'argot des vagabonds.

 CALANDRINER LE SABLE, v. a. Traîner sa misère,—dans l'argot des voyous.

 CALÉ, ÉE, adj. Riche, heureux,—dans l'argot du peuple, à qui il semble qu'un homme calé ne peut plus tomber ni mourir.

 CALEBASSE, s. f. Tête,—dans l'argot des faubouriens, qui ont trouvé une analogie quelconque entre l'os sublime et le fruit du baobab, presque aussi vides l'un que l'autre.

Grande calebasse. Femme longue, maigre et mal habillée.

 CALEBASSES, s. f. pl. Gorge molle, qui promet plus qu'elle ne tient.

 CALÉGE, s. f. Femme entretenue,—dans l'argot des voleurs qui prononcent calèche à la vieille mode.

 CALER, v. n. Appuyer sa main droite sur sa main gauche en jouant aux billes,—dans l'argot des enfants.

 CALER, v. n. Céder, rabattre de ses prétentions,—ce qui est une façon de baisser les voiles. Argot du peuple.

 CALER, v. n. N'avoir pas de besogne, attendre de la copie,—dans l'argot des typographes.

 CALER L'ÉCOLE, v. a. N'y pas aller, la lâcher,—dans l'argot des écoliers qui ont appris assez de latin et de grec pour supposer que ce verbe vient de chalare et de Χαλαω [grec: Chalaô].

Mais les grandes personnes, même celles qui ont fait leurs classes, veulent qu'on dise caner et non caler, s'appuyant sur la signification bien connue du premier verbe, qui n'est autre en effet que Faire la cane, s'enfuir. Mais je persisterai dans mon orthographe, dans mon étymologie et dans ma prononciation, parce qu'elles sont plus rationnelles et qu'en outre elles ont l'avantage de me rappeler les meilleures heures de mon enfance. En outre aussi, à propos de cette expression comme à propos de toutes celles où les avis sont partagés, je pense exactement comme le chevalier de Cailly à propos de chante-pleure:

«Depuis deux jours on m'entretient

Pour savoir d'où vient chante-pleure:

Du chagrin que j'en ai, je meure!

Si je savais d'où ce mot vient,

Je l'y renverrais tout à l'heure...»

 CALICOT, s. m. Commis d'un magasin de nouveautés,—dans l'argot du peuple.

Le mot date de la Restauration, de l'époque où les messieurs de l'aune et du rayon portaient des éperons partout, aux talons, au menton et dans les yeux, et où ils étaient si ridicules enfin avec leurs allures militaires, qu'on éprouva le besoin de les mettre au théâtre pour les corriger.

 CALICOTE, s f. Maîtresse de commis de nouveautés.

 CALIGULER, v. a. Ennuyer,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont gardé rancune au Caligula d'Alexandre Dumas.

 CALINO, s. m. Nom d'une sorte de Jocrisse introduit par Antoine Fauchery dans un vaudeville, et qui a été appliqué depuis à tous les gens assez simples d'esprit, par exemple, pour s'imaginer avoir vu bâtir la maison où ils sont nés.

 CALINOTADE, s. f. Naïveté qui frise de près la niaiserie.

 CALLOT, s. m. Teigneux,—dans l'argot des voleurs.

 CALME ET INODORE (Être). Se conduire convenablement,—dans l'argot du peuple.

 CALOQUET, s. m. Chapeau.

 CALORGNE, s. m. Borgne, ou seulement Bigle.

On dit aussi Caliborgne.

 CALOT, s. m. Dé à coudre,—dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi coquille de noix.

 CALOT, s. m. Grosse bille avec laquelle on cale en jouant,—dans l'argot des enfants.

 CALOTIN, s. m. Prêtre,—dans l'argot du peuple.

 CALOTS, s. m. pl. Yeux ronds comme des billes,—dans l'argot des faubouriens.

Boiter des calots. Loucher.

 COTTE (La). Le Clergé,—dans l'argot des bourgeois.

Le régiment de la calotte. Société de Jésus,—sous la Restauration. Aux XVIIe et XVIIIe siècles on avait donné ce nom à une société bien différente, composée de beaux esprits satiriques.

 CALOTTE, s. f. Soufflet,—dans l'argot du peuple.

 CALOTTER, v. a. Souffleter.

 CALVIGNE, s. f. La vigne,—dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi Clavigne.

 CALVIN, s. m. Raisin.

On dit aussi Clavin.

 CAMARADERIE, s. f. Aide mutuelle mais intéressée que se prêtent les gens de lettres, journalistes ou dramaturges, pour arriver à la fortune et à la réputation. C'est la courte-échelle appliquée à l'art et à la littérature, c'est-à-dire aux deux plus respectables choses qui soient au monde,—les plus respectables et les moins respectées, «Passe-moi la casse et je te passerai le séné. Dis que j'ai du génie et je crierai partout que tu as du talent.»

Le mot est nouveau, dans ce sens du moins, car les membres de la société de la casse et du séné, souvent, ne sont que des associés et pas du tout des amis; ils s'aident, mais ils se méprisent. C'est Henri Delatouche, l'ennemi, et, par conséquent, la victime de la camaraderie, qui est le parrain de ce mot, dont la place était naturellement marquée dans ce Dictionnaire, sorte de Muséum des infirmités et des difformités de la littérature française.

 CAMARDE, s. f. La Mort,—dans l'argot des voleurs, qui trouvent sans doute qu'elle manque de nez.

 CAMARO, s. m. Camarade, ami,—dans l'argot des faubouriens.

 CAMBOLER, v. n. Se laisser choir. Même argot.

 CAMBRIOLE, s. f. Chambre,—dans l'argot des voleurs.

Cambriole de Milord. Appartement somptueux.

Rincer une cambriole. Dévaliser une chambre.

 CAMBRIOLEUR, s. m. Homme qui dévalise les chambres, principalement les chambres de domestiques, en l'absence de leurs locataires.

Cambrioleur à la flan. Voleur de chambre au hasard.

 CAMBROU, s. m. Domestique mâle. Même argot.

 CAMBROUSE, s. f. Gourgandine,—dans l'argot des faubouriens, qui se rencontrent sans le savoir avec les auteurs du Théâtre-Italien.

 CAMBROUSIER, s. m. Brocanteur,—dans l'argot des revendeurs du Temple.

 CAMBROUSSE, s. f. Banlieue, campagne,—dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi Camplouse.

 CAMBUSE, s. f. Cabaret,—dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi logis quelconque, taudis.

 CAMELLIA, s. m. Femme entretenue,—par allusion à Marie Duplessis, qui a servi de type à Alexandre Dumas fils, pour sa Dame aux Camélias.

C'est par conséquent un mot qui date de 1852. Les journalistes qui l'ont employé l'ont écrit tous avec un seul l,—comme Alexandre Dumas fils lui-même, du reste,—sans prendre garde qu'ainsi écrit ce mot devenait une injure de bas étage au lieu d'être une impertinence distinguée: un camellia est une fleur, mais le camélia est un καμηλος [grec: kamêlos].

 CAMELOT, s. m. Marchand ambulant,—dans l'argot des faubouriens, qui s'aperçoivent qu'on ne vend plus aujourd'hui que de la camelotte.

 Camelotte, s. f. Mauvaise marchandise; besogne mal faite,—dans l'argot des ouvriers; livre mal écrit, dans l'argot des gens de lettres.

Les frères Cogniard, en collaboration avec M. Boudois, ont adjectivé ce substantif; ils ont dit: Un mariage camelotte.

 CAMELOTTE, s. f. «Femme galante de dix-septième ordre,»—dans l'argot du peuple.

 CAMELOTTE EN POGNE, s. f. Vol dans la main. Argot des prisons.

 CAMELOTTER, v. n. Marchander ou vendre.

Signifie aussi mendier, vagabonder.

 CAMOUFLE, s. f. Chandelle,—dans l'argot des voleurs.

La camoufle s'estourbe. La chandelle s'éteint.

 CAMOUFLEMENT, s. m. Déguisement,—parce que c'est à tromper que sert la camoufle de l'instruction et de l'éducation.

 CAMOUFLER, v. pr. S'instruire,—se servir de la camoufle, de la lumière intellectuelle et morale.

 CAMOUFLER (Se), v. réfl. Se déguiser.

 CAMOUFLET, s. m. Chandelier.

 CAMP DES SIX BORNES, s. m. Endroit du cimetière où les marbriers font leur sieste aux jours de grande chaleur.

Piquer une romaine au camp. Dormir.

 CAMPHRE, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure, âpre au gosier et funeste à l'estomac, comme on en boit dans les cabarets populaciers ou assommoirs.

 CAMPHRIER, s. m. Marchand de vin et d'eau-de-vie,—dans l'argot des faubouriens.

Se dit aussi pour buveur d'eau-de-vie.

 CAMPO, s. m. Congé,—dans l'argot des écoliers et des employés, qui ne sont pas fâchés d'aller ad campos et de n'aller ni à leur école ni à leur bureau.

Avoir campo. Être libre.

 CAMUS, adj. Etonné, confus, comme quelqu'un qui viendrait de «se casser le nez»,—dans l'argot du peuple.

 CAMUSE, s. f. Carpe,—dans l'argot des voleurs, qui alors n'ont pas vu les carpes des bassins de Fontainebleau.

 CAMUSE (La). La Mort,—dans le même argot.

 CANAGE, s. m. Agonie,—dans l'argot des voyous, qui ont vu caner souvent devant la mort.

 CANAPÉ, s. m. Lieu où Bathylle aurait reçu Anacréon,—dans l'argot des voleurs, qui ont toutes les corruptions.

 CANARD, s. m. Imprimé crié dans les rues,—et par extension, Fausse nouvelle. Argot des journalistes.

 CANARD, s. m. Journal sérieux ou bouffon, politique ou littéraire,—dans l'argot des typographes, qui savent mieux que les abonnés la valeur des blagues qu'ils composent.

 CANARD, s. m. Mari fidèle et soumis,—dans l'argot des bourgeoises.

 CANARD, s. m. Morceau de sucre trempé dans le café, que le bourgeois donne à sa femme ou à son enfant,—s'ils ont été bien sages.

 CANARD, s. m. Chien barbet,—dans l'argot du peuple, qui sait que ces chiens-là vont à l'eau comme de simples palmipèdes, water-dogs.

 CANARD, s. m. Fausse note,—dans l'argot des musiciens.

On dit aussi Couac.

 CANARDER, v. a. Fusiller,—dans l'argot des troupiers, pour qui les hommes ne comptent pas plus que des palmipèdes.

 CANARDER, v. a. Tromper.

 CANARDIER, s. m. Crieur de journaux.

Signifie aussi journaliste.

 CANARD SANS PLUMES, s. m. Nerf de bœuf,—dans l'argot du peuple.

 CANARI, s. m. Imbécile, serin,—dans le même argot.

 CANASSON, s. m. Cheval,—dans l'argot des faubouriens, qui savent que cet animal se nourrit de son aussi bien que d'avoine: cane-à-son.

 CANCAN, s. m. Médisance à l'usage des portières et des femmes de chambre. Argot du peuple.

 CANCAN, s. m. Fandango parisien, qui a été fort en honneur il y a trente ans, et qui a été remplacé par d'autres danses aussi décolletées.

 CANCANER, v. n. Danser le cancan;—Faire des cancans.

 CANCANIER, adj. et s. Bavard, indiscret. Qui colporte de faux bruits, des médisances.

On dit aussi Cancaneur.

 CANCRE, s. m. Collégien qui ne mord volontiers ni au latin ni aux mathématiques, et qui préfère le Jardin des plantes de Buffon au Jardin des racines grecques de Lancelot.

 CANCRE, s. et adj. Avare, homme qui n'aime point à prêter. Argot du peuple.

Signifie aussi Pauvre Diable, homme qui ne peut arriver à rien, soit par incapacité, soit par inconduite.

 CANER, v. n. Avoir peur, s'enfuir, faire la cane ou le chien.

 CANER, v. a. Ne pas faire, par impuissance ou par paresse. Argot des gens de lettres.

Caner son article. Ne pas envoyer l'article qu'on s'était engagé à écrire.

 CANER, v. n. Mourir,—dans l'argot des voyous.

 CANER LA PÉGRENNE, v. a. Mourir de faim,—dans l'argot des voleurs.

 CANICHE, s. m. Chien en général,—dans l'argot du peuple, pour lequel le caniche est le seul chien qui existe, comme le dada est pour les enfants le seul cheval de la création.

 CANICHE, s. m. Ballot à oreilles,—dans l'argot des voleurs.

 CANNE, s. f. Surveillance de la haute police,—dans le même argot.

 CANNE, s. f. Congé, renvoi plus ou moins poli,—dans l'argot des gens de lettres, dont quelques-uns ont une assez jolie collection de ces rotins.

Offrir une canne. Prier un collaborateur de ne plus collaborer; l'appeler à d'autres fonctions, toutes celles qu'il voudra—mais ailleurs.

 CANON, s. m. Verre,—dans l'argot des francs-maçons; petite mesure de liquide,—dans l'argot des marchands de vin.

Petit canon. La moitié d'un cinquième.

Grand canon. Cinquième.

 CANONNER, v. n. Fréquenter les cabarets.

 CANONNER, v. n. Crepitare,—dans l'argot facétieux des faubouriens, amis du bruit, d'où qu'il sorte.

 CANONNEUR, s. m. Ivrogne, homme qui boit beaucoup de canons.

 CANONNIER DE LA PIÈCE HUMIDE, s. m. Infirmier,—dans l'argot des soldats.

 CANONNIÈRE, s. f. Le podex de Juvénal, dans l'argot des faubouriens.

Charger la canonnière. Manger.

Gargousses de la canonnière. Navets, choux, haricots, etc.

 CANT, s. m. Argot des voleurs anglais, devenu celui des voleurs parisiens.

 CANT, s. m. Afféterie de manières et de langage; hypocrisie à la mode. Expression désormais française.

Le cant et le bashfulness, deux jolis vices!

 CANTALOUP, s. m. Imbécile, melon,—dans l'argot des faubouriens.

 CANTIQUE, s. m. Chanson à boire,—dans l'argot des francs-maçons, qui savent que chanter vient de cantare.

 CANTON, s. m. Prison,—dans l'argot des voleurs.

 CANTONADE, s. f. Partie du théâtre en dehors du décor,—dans l'argot des coulisses.

Parler à la cantonade. Avoir l'air de parler à quelqu'un qui est censé vous écouter,—au propre et au figuré.

Ecrire à la cantonade. Ecrire pour n'être pas lu,—dans l'argot des gens de lettres.

 CANTONNIER, s. m. Prisonnier.

 CANULANT, adj. Ennuyeux, importun, insupportable,—dans l'argot du peuple, qui a une sainte horreur des matassins, armés comme l'on sait, qui poursuivent M. de Pourceaugnac.

 CANULE, s. f. Homme ennuyeux, obsédant.

 CANULER, v. a. Ennuyer, obséder.

 CAPAHUTER, v. a. Assassiner un complice pour s'approprier sa part du vol.

 CAPE, s. f. Écriture,—dans l'argot des voleurs.

 CAPET, s. m. Chapeau,—dans l'argot des ouvriers.

 CAPINE, s. f. Écritoire.

 CAPIR, v. a. Écrire.

 CAPITAINE, s. m. Agioteur, dans l'argot des voleurs.

 CAPITAINE, s. m. Capitaliste,—dans le même argot.

 CAPITAINE BÉCHEUR, s. m. Capitaine rapporteur,—dans l'argot des soldats.

 CAPITAINER, v. a. Agioter.

 CAPITONNER (Se), v. réfl. Garnir le corsage de sa robe «d'avantages» en coton,—dans l'argot des petites dames qui, pour séduire les hommes, ont recours à l'Art quand la Nature est insuffisante.

 CAPON, s. m. Lâche,—dans l'argot du peuple, trop coq gaulois pour aimer les chapons.

 CAPONNER, v. n. Reculer, avoir peur.

 CAPORAL, s. m. Tabac de la régie.

 CAPOU, s. m. Ecrivain public,—dans l'argot des voleurs.

 CAPRICE, s. m. Amant de cœur,—dans l'argot de Breda-Street, où l'on a l'imagination très capricante.

Caprice sérieux. Entreteneur.

 CAPSULE, s. f. Chapeau à petits bords, à la mode depuis quelques années. Argot des faubouriens.

 CAQUER, v. n. Alvum deponere,—dans l'argot du peuple.

 CARABAS, s. m. Vieille berline de comte ou de marquis, carrosse d'un modèle suranné.

 CARABAS, s. m. Riche propriétaire de terres ou de maisons.

On dit aussi Marquis de Carabas.

 CARABIN, s. m. Etudiant en médecine,—dans l'argot du peuple.

Carabine, s. f. Maîtresse d'étudiant.

 CARABINE, s. f. Fouet,—dans l'argot des soldats du train.

 CARABINÉ, ÉE, adj. De première force ou de qualité supérieure. Argot du peuple.

Plaisanterie carabinée. Difficile à accepter, parce qu'excessive.

 CARABINER, v. n. Jouer timidement, aventurer en hésitant son argent sur quelques cartes. Argot des joueurs de lansquenet.

 CARAMBOLAGE, s. m. Lutte générale,—dans l'argot des faubouriens.

 CARAMBOLER, v. a. Battre quelqu'un, et surtout plusieurs quelqu'uns à la fois; faire coup double, au propre et au figuré.

 CARANT, s. m. Planche, morceau de bois carré,—dans l'argot des voleurs.

 CARANTE, s. f. Table.

 CARAPATTER (Se). V. réfl. Se sauver, jouer des pattes. Argot des faubouriens.

 CARBELUCHE GALICÉ, s. m. Chapeau de soie,—dans l'argot des voleurs.

 CARCAGNO, s. m. Usurier,—dans l'argot des faubouriens.

 CARCAN, s. m. Vieux cheval bon pour l'équarrisseur. Argot des maquignons.

 CARCASSE, s. f. Le corps humain,—dans l'argot du peuple.

Avoir une mauvaise carcasse. Avoir une mauvaise santé.

 CARCASSIER, s. m. Habile dramaturge,—dans l'argot des coulisses.

On dit aussi Charpentier.

 CARDER, v. a. Egratigner le visage de quelqu'un à coups d'ongles. Argot du peuple.

 CARDINAL DE LA MER, s. m. Le homard,—dans l'argot ironique des gens de lettres, par allusion à la bévue de Jules Janin.

 CARDINALE, s. f. Lune,—dans l'argot des voleurs.

 CARDINALES, s. f. pl. Les menses des femmes,—dans l'argot des bourgeois.

 CARDINALISER (Se), v. réfl. Rougir, soit d'émotion, soit en buvant.

L'expression appartient à Balzac. Déjà Rabelais avait parlé des «escrevisses qu'on cardinalise à la cuite».

 CARE, s. f. Cachette,—dans l'argot des voleurs et des faubouriens.

On dit aussi Planque.

 CARER, v. a. Cacher, se mettre à l'abri.

 CAREUR, s. m. Voleur dont la spécialité consiste à s'établir à portée du tiroir de caisse d'un marchand, sous prétexte de pièces anciennes à échanger, et à profiter de la moindre distraction pour s'emparer du plus de pièces possible—anciennes ou nouvelles.

On dit aussi Voleur à la care.

C'est le pincher anglais.

 CARGE, s. f. Balle,—dans l'argot des voleurs.

 CARGUER SES VOILES, v. a. Agir prudemment, prendre ses invalides,—dans l'argot des marins.

 CARIBENER, v. a. Voler à la care.

On dit aussi Carer.

 CARLINE, s. f. La Mort,—dans l'argot des bagnes.

La carline (carlina vulgaris) est une plante qui, au dire d'Olivier de Serres, prend son nom du roi Charlemagne, qui en fut guéri de la peste. La vie étant aussi une maladie contagieuse, ne serait-ce pas parce que la mort nous en guérit, grands et petits, rois et manants, qu'on lui a donné ce nom? Ou bien est-ce parce qu'elle nous apparaît hideuse, comme Carlin avec son masque noir?

 CARMAGNOLE, s. m. Soldat de la République,—dans l'argot des ci-devant émigrés à Coblentz.

 CARME, s. m. Argent,—dans l'argot des voleurs.

Quelques étymologistes veulent qu'on écrive et prononce carle,—probablement par contraction de carolus.

 CARME, s. m. Miche de pain,—dans le même argot.

 CARMER, v. n. Payer, faire des effets de poche.

 CARNAVAL, s. m. Personne vêtue d'une façon extravagante, qui attire les regards et les rires des passants. Argot des bourgeois.

 CARNE, s. f. Viande gâtée, ou seulement de qualité inférieure,—dans l'argot du peuple, qui a l'air de savoir que le génitif de caro est carnis.

Par analogie, Femme de mauvaise vie et Cheval de mauvaise allure.

 CAROGNE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie.

 CAROTTE, s. f. Prudence habile,—dans l'argot des joueurs.

Jouer la carotte. Hasarder le moins possible, ne risquer que de petits coups et de petites sommes.

 CAROTTE, s. f. Escroquerie légère commise au moyen d'un mensonge intéressant,—dans l'argot des étudiants, des soldats et des ouvriers.

Tirer une carotte. Conter une histoire mensongère destinée à vous attendrir et à délier les cordons de votre bourse.

Carotte de longueur. Histoire habilement forgée.

 CAROTTE DANS LE PLOMB (Avoir une), v. a. Se dit d'un chanteur qui fait un couac ou chante faux,—dans l'argot des coulisses; avoir l'haleine infecte,—dans l'argot des faubouriens.

 CAROTTER, v. a. Se servir de carottes pour obtenir de l'argent de son père, de son patron, ou de toute personne charitable.

Carotter l'existence. Vivre misérablement.

Carotter le service. Se dispenser du service militaire, ou autre, en demandant des congés indéfinis, sous des prétextes plus ou moins ingénieux.

 CAROTTER, v. n. Jouer mesquinement, ne pas oser risquer de grands coups ni de grosses sommes.

 CAROTTEUR, s. et adj. Celui qui carotte au jeu.

 CAROTTIER, s. m. Homme qui vit d'expédients, qui ment volontiers pour obtenir de l'argent.

Carottier fini. Carottier rusé, expert, dont les carottes réussissent toujours.

 CAROUBLE, s. f. Fausse clé,—dans l'argot des voleurs.

 CAROUBLEUR, s. m. Individu qui vole à l'aide de fausses clés.

On dit aussi caroubleur refilé.

Caroubleur à la flan. Voleur à l'aventure.

 CARRÉ (Être). Avoir une grande énergie, aller droit au but. Argot des bourgeois.

 CARREAU DE VITRE, s. m. Monocle,—dans l'argot des faubouriens.

 CARREAUX BROUILLÉS, s. m. pl. Maison mal famée, tapis franc,—abbaye des s'offre-à-tous.

 CARRELURE DE VENTRE, s. f. Réfection plantureuse,—dans l'argot du peuple, qui éprouve souvent le besoin de raccommoder son ventre déchiré par la faim.

 CARRÉMENT, adv. D'une manière énergique, carrée.

 CARRER (Se), v. réfl. Se donner des airs, faire l'entendu,—dans le même argot.

On dit aussi Se recarrer.

 CARRER (Se), v. réfl. Se cacher,—dans l'argot des faubouriens.

 CARRER DE LA DÉBINE (Se), v. réfl. Se tirer de la misère.

 CARTAUDE, s. f. Imprimerie,—dans l'argot des voleurs.

 CARTAUDE, s. m. Imprimé.

 CARTAUDER, v. a. Imprimer.

 CARTAUDIER, s. m. Imprimeur.

 CARTE, s. f. Papiers d'identité qu'on délivre à la Préfecture de police, aux femmes qui veulent exercer le métier de filles.

Être en carte. Être fille publique.

 CARTON, s. m. Carte à jouer,—dans l'argot de Breda-Street, où fleurit le lansquenet.

Manier le carton. Jouer aux cartes.—On dit aussi Graisser le carton et Tripoter le carton.

Maquiller le carton. Faire sauter la coupe.

 CARTONNIER, adj. Mal habile dans son métier. Argot des ouvriers.

 CARUCHE, s. f. Prison,—dans l'argot des voleurs.

 CAS, s. m. La lie du corps humain, les fèces humaines, dont la chute (casus) est plus ou moins bruyante.

Faire son cas. Alvum deponere.

Montrer son cas. Se découvrir de manière à blesser la décence.

 CASAQUIN, s. m. Le corps humain,—dans l'argot du peuple.

Sauter ou tomber sur le casaquin à quelqu'un. Battre quelqu'un, le rouer de coups.

Avoir quelque chose dans le casaquin. Être inquiet, tourmenté par un projet ou par la maladie.

 CASCADE, s. f. Plaisanterie; manque de parole,—chute de promesse.

 CASCADES, s. f. pl. Fantaisies bouffonnes, inégalités grotesques, improvisations fantasques,—dans l'argot des coulisses.

 CASCADEUSE, s. f. Fille ou femme qui,—dans l'argot des faubouriens,—laisse continuellement la clé sur la porte de son cœur, où peuvent entrer indifféremment le coiffeur et l'artiste, le caprice et le protecteur.

 CASCARET, s. m. Homme sans importance, de mine malheureuse ou d'apparence chétive. Argot du peuple.

 CASE, s. f. Maison, logement quelconque,—dans l'argot du peuple, qui parle latin sans le savoir.

Le patron de la case. Le maître de la maison, d'un établissement quelconque; le locataire d'une boutique, d'un logement.

 CASIMIR, s. m. Gilet,—dans le même argot.

 CASQUE, s. m. Chapeau,—dans l'argot des faubouriens, pour qui c'est le mâle de casquette.

Casque-à-mèche. Bonnet de coton.

 CASQUE, s. m. Effronterie, aplomb, blague du charlatan.

Avoir du casque, c'est-à-dire parler avec la faconde de Mangin.

 CASQUE (Avoir son), v. a. Être complètement gris,—ce qui amène naturellement une violente migraine, celle que les médecins appellent galea, parce qu'elle vous coiffe comme avec un casque.

 CASQUER, v. n. Payer,—dans l'argot des filles et des voleurs, qui, comme Bélisaire, vous tendent leur casque, avec prière—armée—de déposer votre offrande dedans.

Signifie aussi: donner aveuglément dans un piège,—de l'italien cascare, tomber, dit M. Francisque Michel.

Ce verbe a enfin une troisième signification, qui participe plus de la seconde que de la première,—celle qui est contenue dans cette phrase fréquemment employée par le peuple: J'ai casqué pour le roublard (je l'ai pris pour un malin).

 CASQUETTE, s. f. Chapeau de femme,—dans l'argot des faubouriens.

 CASQUETTE (Être), v. n. Être sur la pente d'une forte ivresse, avoir son casque.

 CASSANT, s. m. Noyer, arbre,—dans l'argot des voleurs; biscuit de mer,—dans l'argot des matelots.

 CASSANTES, s. f. pl. Les dents,—dans l'argot des voleurs.

 CASSE, s. f. Ce que l'on casse. Argot des garçons de café.

 CASSE-COU, s. m. Homme hardi jusqu'à l'audace, audacieux jusqu'à l'imprudence, jusqu'à la folie. Argot du peuple.

 CASSE-CUL, s. m. Chute qu'on fait en glissant. Argot du peuple. Les enfants jouent souvent au casse-cul.

 CASSE-GUEULE, s. m. Bal de barrière,—dans l'argot des faubouriens qui s'y battent fréquemment.

 CASSE-MUSEAU, s. m. Coup de poing,—dans le même argot.

C'est le nom d'une sorte de pâtisserie dans l'ouest de la France. Rabelais dit casse-musel.

 CASSE-NOISETTE, s. m. Figure grotesque, où le nez et le menton sont sur le point d'accomplir le mariage projeté depuis leur naissance.

 CASSE-POITRINE, s. m. Eau-de-vie poivrée,—dans l'argot du peuple.

 CASSE-POITRINE, s. m. pl. Individus voués aux vices abjects, qui manustupro dediti sunt, dit le docteur Tardieu.

 CASSER, v. n. Mourir,—dans l'argot des voleurs.

 CASSER, v. a. Couper,—dans l'argot des voyous.

 CASSER (Se la), v. réfl. S'en aller de quelque part; s'enfuir.

 CASSER DU BEC, v. n. Avoir une haleine infecte,—dans l'argot des faubouriens.

 CASSER DU GRAIN, v. a. Ne rien faire de ce qui vous est demandé. Argot du peuple.

 CASSER DU SUCRE, v. a. Faire des cancans,—dans l'argot des cabotins.

 CASSER LA GEULE A SON PORTEUR D'EAU, v. a. Avoir ses menses,—dans l'argot des voyous.

 CASSER LA HANE, v. a. Couper la bourse,—dans l'argot des voleurs.

 CASSER LA MARMITE, v. a. Se ruiner; s'enlever, par une folie, tout moyen d'existence. Argot des faubouriens.

 CASSER LE COU A UN CHAT, v. a. Manger une gibelotte,—dans l'argot du peuple.

 CASSER LE COU A UNE NÉGRESSE, v. a. Vider une bouteille.

 CASSER LE NEZ (Se), v. réfl. Avoir une déception plus ou moins amère, depuis celle qu'on éprouve à trouver fermée une porte qu'on s'attendait à trouver ouverte, jusqu'à celle qu'on ressent à voir un amant chez une femme qu'on avait le droit de croire seule.

 CASSER LE SUCRE A LA ROUSSE. Dénoncer un camarade ou plutôt un complice. Argot des voleurs.

 CASSEROLE, s. f. Mouchard,—dans le même argot.

 CASSEROLE, s. f. L'hôpital du Midi,—dans l'argot des faubouriens.

Passer à la casserolle. Se faire soigner par le docteur Ricord; être soumis à un traitement dépuratif énergique.

 CCasser son cable, v. a. Mourir,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté l'expression à Commerson.

C'est une allusion à la rupture du câble transatlantique.

 CASSER SA CANNE, v. a. Dormir, et, par extension, mourir.

 CASSER UNE CROUTE, v. a. Manger légèrement en attendant un repas plus substantiel. Argot des bourgeois.

 CASSER SA CRUCHE, v. a. Perdre le droit de porter le bouquet de fleurs d'oranger,—dans l'argot du peuple, qui interprète à sa manière le tableau de Greuze.

 CASSER SA FICELLE, v. a. S'évader du bagne ou d'une maison centrale,—dans l'argot des voleurs.

 CASSER SA PIPE, v. a. Mourir, dans l'argot des faubouriens et des rapins.

 CASSER SON SABOT, v. a. Perdre le droit de porter un bouquet de fleur d'oranger,—dans l'argot du peuple.

 CASSEUR, s. m. Fanfaron,qui a l'air de vouloir tout casser,—dans l'argot du peuple.

Mettre son chapeau en casseur. Sur le coin de l'oreille, d'un air de défi.

 CASSEUR DE PORTES, s. m. Voleur avec effraction,—dans l'argot des voyous.

 CASSINE, s. f. Maison où le service est sévère,—dans l'argot des domestiques paresseux; atelier où le travail est rude,—dans l'argot des ouvriers gouapeurs.

 CASSOLETTE, s. f. Bouche,—dans l'argot des faubouriens.

Plomber de la cassolette. Fetidum halitum emittere.

 CASSOLETTE, s. f. La matula de Plaute, et le «Pot qu'en chambre on demande» de Lancelot,—dans l'argot du peuple, qui va chercher ses phrases dans un autre Jardin que celui des Racines grecques.

Se dit aussi du Tombereau des boueux, quand il est plein d'immondices et qu'il s'en va vers les champs voisins de Paris fumer les violettes et les fraises.

 CASTE DE CHARRUE, s. m. Quart d'un écu,—dans l'argot des voleurs.

 CASTILLE, s. f. Petite querelle,—dans l'argot des bourgeois, qui cependant n'ont pas lu l'Histoire de Francion.

Chercher castille. Faire des reproches injustes ou exagérés.

 CASTOR, s. m. Chapeau d'homme ou de femme, en feutre ou en soie, en tulle ou en paille,—dans l'argot du peuple, qui n'emploie pas cette expression précisément en bonne part.

 CASTROZ, s. m. Chapon,—dans l'argot des voyous.

Ils disent aussi Castion.

 CASTU, s. m. Hôpital,—dans l'argot des voleurs, qui savent mieux que personne que les premiers établissements hospitaliers en France, notamment l'hôpital général à Paris, ont été de véritables forteresses, castelli.

 CASTUC, s. f. Prison, un autre hôpital, celui des vices, qui sont la maladie de l'âme.

 CAT, s. m. Chat,—dans l'argot des enfants, qui parlent mieux le vieux français que les grandes personnes:

Lou cat a fain Quant manjo pain,

dit un fabliau ancien.

 CATAPLASME AU GRAS, s. m. Épinards,—dans l'argot des faubouriens.

 CATAPLASME DE VENISE, s. m. Soufflet, coup sur le visage,—dans 'argot du peuple.

 CAUTEAU, s. f. Fille qui n'a pas voulu coiffer sainte Catherine et s'est mariée avec le général Macadam.

 CATHOLIQUE A GROS GRAINS, s. m. Catholique peu pratiquant,—dans l'argot des bourgeois.

 CATIN, s. m. Un nom charmant devenu une injure, dans l'argot du peuple, qui a bien le droit de s'en servir après Voltaire, Diderot, et Mme de Sévigné elle-même.

 CATINISER (Se). De fille honnête devenir fille.

 CAUCHEMARDANT, adj. Ennuyeux, importun,—dans l'argot des faubouriens.

 CAUCHEMARDER, v. a. Ennuyer, obséder.

 CAUSE GRASSE. Cause amusante à plaider et à entendre plaider,—dans l'argot des avocats, héritiers des clercs de la Basoche. Le chef-d'œuvre du genre est l'affaire du sieur Gaudon contre Ramponneau, Me Arouet de Voltaire plaidant—la plume à la main.

 CAUSETTE, s. f. Causerie familière, à deux, dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à George Sand.

Faire la causette. Causer tout bas.

 CAUSOTTER, v. n. Se livrer à une causerie intime entre trois ou quatre personnes.

 CAVALCADE, s. f. Aventure galante.

Avoir vu des cavalcades. Avoir eu de nombreux amants.

 CAVALE, s. f. Course précipitée, fuite,—dans l'argot des voyous.

Se payer une cavale. Courir.

 CAVALE, s. f. Grande femme maigre, mal faite, déhanchée.

 CAVALER (Se), v. réfl. S'enfuir comme un cheval,—dans l'argot des faubouriens.

 CAVALOT, s. m. Pièce de menue monnaie,—dans le même argot.

 CAVÉ, s. m. Dupe,—dans le même argot.

 CAVÉE, s. f. Église,—dans l'argot des voleurs, qui redoutent les rhumatismes.

 CAYENNE, s. m. Cimetière extra muros,—dans l'argot du peuple, pour qui il semble que ce soit là une façon de lieu de déportation.

Il dit aussi Champ de Navets,—parce qu'il sait qu'avant d'être utilisés pour les morts, ces endroits funèbres ont été utilisés pour les vivants.

 CAYENNE, s. m. Atelier éloigné de Paris; fabrique située dans la banlieue. Argot des ouvriers.

 CÉLADON, s. m. Vieillard galant,—dans l'argot des bourgeois, dont les grand'mères ont lu l'Astrée.

On dit aussi Vieux céladon.

 CENDRILLON, s. f. Jeune fille à laquelle ses parents préfèrent ses sœurs et même des étrangères; personne à laquelle on ne fait pas attention,—dans l'argot du peuple, qui a voulu consacrer le souvenir d'un des plus jolis contes de Perrault.

 CE N'EST PAS A FAIRE! Je m'en garderais bien!

Cette expression, familière aux filles et aux voyous, est mise par eux à toutes les sauces: c'est leur réponse à tout. Il faudrait pouvoir la noter.

 CENT COUPS (Être aux). Être bouleversé; ne savoir plus où donner de la tête. Argot des bourgeois.

 CENT COUPS (Faire les). Se démener pour réussir dans une affaire; mener une vie déréglée.—Argot des bourgeois.

 CENTRE, s. m. Nom,—dans l'argot des voleurs, qui savent que le nom est en effet le point où convergent les investigations de la police, et qui, à cause de cela, changent volontiers de centre.

Centre à l'estorgue. Faux nom, sobriquet.

Centre d'altèque. Nom véritable.

 CENTRE DE GRAVITÉ, s. m. Nates,—dans l'argot des bourgeois, qui ont emprunté cette expression-là aux Précieuses.

 CERBÈRE, s. m. Concierge,—dans l'argot du peuple.

 CERCHER, v. a. Chercher,—dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (circare) et à la tradition: «Mes sommiers estoient assez loin, et estoit trop tard pour les cercher,» dit Philippe de Commines.

Li marinier qui par mer nage,

Cerchant mainte terre sauvage,

Tout regarde il à une estoile,

disent les auteurs du Roman de la Rose.

 CERCLE, s. m. Argent monnayé,—dans l'argot des voleurs.

 CERCLÉ, s. m. Tonneau,—dans le même argot.

 CERF-VOLANT, s. m. Femme qui attire sous une allée ou dans un lieu désert les enfants en train de jouer pour leur arracher leurs boucles d'oreilles et quelquefois l'oreille avec la boucle.—Argot des voleurs.

 CERNEAU, s. m. Jeune fille,—dans l'argot des gens de lettres.

 C'EST LE CHAT! Expression de l'argot du peuple, qui souligne ironiquement un doute, une dénégation. Ainsi, quelqu'un disant: Ce n'est pas moi qui ai fait cela.—Non! c'est le chat! lui répondra-t-on.

 CHABANNAIS, s. m. Reproches violents, quelquefois mêlés de coups de poing,—dans le même argot.

Ficher un chabannais. Donner une correction.

 CHACAL, s. m. Zouave,—dans l'argot des soldats d'Afrique, par allusion au cri que poussent les zouzous en allant au feu.

 CHAFOUIN, adj. et s. Sournois, rusé,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter cette expression à Saint-Simon, qui l'a employée à propos de Dubois.

 CHAFOFURER (Se), v. réfl. S'égratigner.

 CHAFRIOLER (Se), v. réfl. Se caresser, se complaire,—à la façon des chats.

L'expression appartient à Balzac.

 CHAHUT, s. m. Cordace lascive fort en honneur dans les bals publics à la fin de la Restauration, et remplacée depuis par le cancan,—qui a été lui-même remplacé par d'autres cordaces de la même lascivité.

Quelques écrivains font ce mot du féminin.

 CHAHUT, s. m. Bruit, vacarme mêlé de coups,—dans l'argot des faubouriens.

Faire du chahut. Bousculer les tables et les buveurs, au cabaret; tomber sur les sergents de ville, dans la rue.

 CHAHUTER, v. n. Danser indécemment.

 CHAHUTER, v. a. Secouer avec violence; renverser; se disputer.

 CHAHUTEUR, s. m. Mauvais sujet.

 CHAHUTEUSE, s. f. Habituée des bals publics; dévergondée.

 CHALOUPE, s. f. Femme à toilette tapageuse,—dans l'argot des voyous.

Chaloupe orageuse. Variété de chahut et femme qui le danse.

 CHALOUPER, v. n. Danser le chahut.

 CHAMAILLER (Se), v. réfl. Se disputer,—dans l'argot du peuple.

 CHAMAILLER DES DENTS, v. n. Manger.

 CHAMBARDER, v. a. Secouer sans précaution; renverser; briser,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

 CHAMBRE DES PAIRS, s. f. Bagne à vie,—dans l'argot des prisonniers.

 CHAMBRELAN, s. m. Ouvrier en chambre; locataire qui n'occupe qu'une seule chambre,—dans l'argot du peuple.

On dit aussi Chamberlan, et ce mot, comme l'autre, est la première forme de Chambellan. Les gens du bel air ont donc tort de rire des petites gens,—qui parlent mieux qu'eux, puisqu'ils parlent comme Villehardouin, comme Joinville, comme Froissart, qui parlaient comme les Allemands (Kâmmerling ou Chamarlinc).

 CHAMBRILLON, s. f. Petite servante,—dans le même argot.

 CHAMEAU, s. m. Fille ou femme qui a renoncé depuis longtemps au respect des hommes.

Le mot a une cinquantaine d'années de bouteille.

 CHAMEAU, s. m. Compagnon rusé, qui tire toujours à lui la couverture, et s'arrange toujours de façon à ne jamais payer son écot dans un repas ni de sa personne dans une bagarre.

 CHAMP D'OIGNONS, s. m. Cimetière,—dans l'argot des faubouriens, qui savent que les morts empruntent aux vivants un terrain utilisé pour l'alimentation de ceux-ci.

 Champfleurisme, s. m. Ecole littéraire dont Champfleury est le chef. C'est le réalisme.

 CHAMPFLEURISTE, s. et adj. Disciple de Champfleury.

 CHAMPOREAU, s. m. Café à la mode arabe, concassé et fait à froid,—dans l'argot des faubouriens qui ont été troupiers en Afrique.

Pour beaucoup aussi, c'est du café chaud avec du rhum ou de l'absinthe.

 CHANÇARD, s. m. Homme heureux en affaires ou en amour,—dans l'argot du peuple.

 CHANCELER, v. n. Être gris à ne plus pouvoir se tenir sur ses jambes,—dans le même argot.

 CHANCRE, s. m. Grand mangeur, homme qui dévore tout,—dans le même argot.

 CHANDELIER, s. m. Le nez,—dans l'argot des faubouriens.

 CHANDELLE, s. f. Mucosité qui forme stalactite au-dessous du nez,—dans le même argot.

 CHANDELLE, s. f. Soldat en faction. Même argot.

Être entre quatre chandelles. Être conduit au poste entre quatre fusiliers.

 CHANDELLE BRÛLE (La). Se dit,—dans l'argot des bourgeois,—pour presser quelqu'un, l'avertir qu'il est temps de rentrer au logis.

 CHANGER DE COMPOSTEUR. Passer à un autre exercice, manger après avoir causé, rire après avoir pleuré, etc. Argot des typographes et des ouvriers.

 CHANGER SES OLIVES D'EAU, v. n. Meiere,—dans l'argot des faubouriens.

 CHANGEUR, s. m. Le Babin chez lequel les voleurs vont, moyennant trente sous par jour, se métamorphoser en curés, en militaires, en médecins, en banquiers, selon leurs besoins du moment.

 CHANOINE, s. m. Rentier,—dans l'argot des voleurs.

Au féminin, Chanoinesse.

 CHANOINE DE MONTE-A-REGRET. Condamné à mort.

 CHANTAGE, s. m. Industrie qui consiste à soutirer de l'argent à des personnes riches et vicieuses, en les menaçant de divulguer leurs turpitudes; ou seulement à des artistes dramatiques qui jouent plus ou moins bien, en les menaçant de les éreinter dans le journal dont on dispose.

 CHANTÉ (Être). Être dénoncé,—dans l'argot des voleurs.

 CHANTEAU, s. m. Morceau de pain ou d'autre chose,—dans l'argot du peuple.

 CHANTER, v. a. Parler,—dans l'argot du peuple, qui n'emploie ce verbe qu'en mauvaise part.

Faire chanter. Faire pleurer.

 CHANTER (Faire). Faire donner de l'argent à un homme riche qui possède un vice secret que l'on connaît, ou à un artiste dramatique qui tient à être loué dans un feuilleton.

L'expression est vieille comme le vice qu'elle représente.

 CHANTER LE CHANT DU DÉPART, v. a. Quitter une réunion, une compagnie d'amis,—dans l'argot des bohèmes.

 CHANTER POUILLE, v. n. Chercher querelle, dire des injures. Argot du peuple.

 CHANTEUR, s. m. Homme sans moralité qui prend en main la cause de la morale quand elle est outragée par des gens riches.

 CHANTEUR DE LA CHAPELLE SIXTINE, s. m. Homme qui, par vice de conformation ou par suite d'accident, pourrait être engagé en Orient en qualité de capi-agassi.

 CHAPARDER, v. a. Marauder,—dans l'argot des troupiers.

 CHAPARDEUR, s. m. Maraudeur.

 CHAPEAU EN BATAILLE, s. m. Dont les cornes tombent sur chaque oreille. Argot des officiers d'état-major.

Chapeau en colonne. Placé dans le sens contraire, c'est-à-dire dans la ligne du nez.

 CHAPELLE, s. f. Cabaret, buvette quelconque,—dans l'argot des ouvriers, dévots à Bacchus.

Faire ou Fêter des chapelles. Faire des stations chez tous les marchands de vin.

 CHAPI, s. m. Chapeau,—dans l'argot des faubouriens, dont les ancêtres ont dit chapel et chapin.

 CHAPITEAU, s. m. La tête,—sommet de la colonne-homme. Même argot.

 CHAPON, s. m. Morceau de pain frotté d'ail,—dans l'argot du peuple, qui en assaisonne toutes les salades.

On dit aussi Chapon de Gascogne.

 CHAPON DE LIMOUSIN, s. m. Châtaigne.

 CHAPSKA, s. m. Chapeau. Argot des faubouriens.

C'est un souvenir donné à la coiffure des lanciers polonais,—de la garde nationale de Paris.

 CHAPUISER, v. n. Tailler, couper,—dans l'argot du peuple, qui emploie là un des vieux mots de notre langue.

 CHARABIA, s. m. Patois de l'Auvergne.

Se dit aussi pour Auvergnat.

 CHARCUTER, v. a. Couper un membre; opérer.

 CHARCUTIER, s. m. Chirurgien.

 CHARDON DU PARNASSE, s. m. Mauvais écrivain,—dans l'argot des Académiciens, dont quelques-uns pourraient entrer dans la tribu des Cinarées.

 CHARDONNERET, s. m. Gendarme,—dans l'argot des faubouriens, qui font allusion au liseré jaune du costume de la maréchaussée.

 CHARGÉ (Être). Être en état d'ivresse, dans l'argot des ouvriers.

 CHARGÉE (Être). Avoir levé un homme au bal, ou sur le trottoir,—dans l'argot des petites dames.

 CHARGER, v. a. et n. Enlever un décor. Argot des coulisses.

C'est la manœuvre contraire à Appuyer.

 CHARLEMAGNE, s. m. Sabre-poignard,—dans l'argot des troupiers.

 CHARLOT. L'exécuteur des hautes œuvres,—dans l'argot du peuple.

Le mot est antérieur à 1789.

Soubrettes de Charlot. Les valets du bourreau, chargés de faire la toilette du condamné à mort.

Les Anglais disent de même Ketch ou Jack Ketch,—quoique Monsieur de Londres s'appelle Calcraft.

 CHARMANTE, s. f. La gale,—dans l'argot des voleurs.

 CHARMER LES PUCES, v. a. Se mettre en état d'ivresse,—dans l'argot du peuple.

 CHAROGNE, s. f. Homme difficile à vivre,—dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi Homme roué, corrompu.

 CHARPENTER LE BOURRICHON (Se), v. réfl. S'enflammer à propos de n'importe qui ou de n'importe quoi,—dans l'argot des ouvriers.

 CHARPENTIER, s. m. Celui qui agence une pièce, qui en fait la carcasse,—dans l'argot des dramaturges, qui se considèrent, avec quelque raison, comme des ouvriers de bâtiment.

 CHARRIAGE, s. m. Vol pour lequel il faut deux compères, le jardinier et l'Américain, et qui consiste à dépouiller un imbécile de son argent en l'excitant à voler un tas de fausses pièces d'or entassées au pied d'un arbre, dans une plaine de Grenelle quelconque.

S'appelle aussi Vol à l'Américaine.

 CHARRIEUR, s. m. Voleur qui a la spécialité du charriage.

Charrieur, cambrousier. Voleur qui exploite les foires et les fêtes publiques.

Charrieur de ville. Celui qui vole à l'aide de procédés chimiques.

Charrieur à la mécanique. Autre variété de voleur.

 CHARRON, s. m. Voleur.

 CHARTRON, s. m. Position des acteurs vers la fin d'une pièce.

Faire ou Former le chartron. Ranger les acteurs en ligne courbe devant la rampe, au moment du couplet final.

 CHAS ou CHASSE, s. m. Œil,—dans l'argot des voleurs, soit parce que les yeux sont les trous au visage, ou parce qu'ils en sont les châssis, ou enfin parce qu'ils ont parfois, et même souvent, la chassie.

Ce mot qui ne se trouve pourtant dans aucun dictionnaire respectable, est plus étymologique qu'on ne serait tenté de le supposer au premier abord. Je m'appuie, pour le dire, de l'autorité de Ménage, qui fait venir chassie de l'espagnol cegajoso, transformé par le patois français en chaceuol, qui voit mal, qui a la vue faible. Et, dans le même sens nos vieux auteurs n'ont-ils pas employé le mot chacius?

Châsses d'occase. Yeux bigles, ou louches.

 CHASSE, s. f. Réprimande, objurgation, reproches,—dans l'argot des ouvriers.

Foutre une chasse. Faire de violents reproches.

 CHASSE-COQUIN, s. m. Bedeau,—dans l'argot du peuple.

 CHASSE-COUSIN, s. m. Mauvais vin,—dans l'argot des bourgeois, qui emploient volontiers ce remède héroïque, quand ils «traitent» des parents importuns, pour se débarrasser à jamais d'eux.

 CHASSE-NOBLE, s. m. Gendarme,—dans l'argot des voleurs, qui se rappellent sans doute que leurs ancêtres étaient des grands seigneurs, des gens de haute volée.

 CHASSER, v. n. Fuir,—dans l'argot des faubouriens.

 CHASSER AU PLAT, v. n. Faire le parasite,—dans l'argot du peuple.

 CHASSER DES RELUITS, v. n. Pleurer. Argot des voleurs.

 CHASSER LE BROUILLARD, v. a. Boire le vin blanc ou le petit verre du matin,—dans l'argot des ouvriers.

On dit aussi Chasser l'humidité.

 CHASSIS, s. m. pl. Les yeux. Argot des faubouriens.

 CHASSUE, s. f. Aiguille,—dans l'argot des voleurs, qui savent que toute aiguille a un chas.

 CHASSURE, s. f. Lotium,—dans le même argot.

 CHAT, s. m. Geôlier,—dans le même argot.

Chat fourré. Juge; greffier.

 CHAT, s. m. Lapin,—dans l'argot du peuple, qui s'obstine à croire que les chats coûtent moins cher que les lapins et que ceux-ci n'entrent que par exception dans la confection des gibelottes.

 CHAT, s. m. Enrouement subit qui empêche les chanteurs de bien chanter, et même leur fait faire des couacs.

 CHAT (Être). Avoir des allures caressantes, félines,—dans l'argot du peuple, qui dit cela en bonne comme en mauvaise part.

 CHATAIGNE, s. f. Soufflet appliqué sur la joue,—dans l'argot des ouvriers, qui ont emprunté cette expression à des Lyonnais.

 CHATAUD, de, adj. et s. Gourmand, gourmande,—dans l'argot du peuple. «J'étais chataude et fainéante,» dit la jolie Manon de Rétif de la Bretonne.

 CHATEAU-BRANLANT, s. m. Chose ou personne qui remue toujours, et qu'à cause de cela on a peur de voir tomber. Argot du peuple.

 CHATTE, s. f. Autrefois écu de six livres, aujourd'hui pièce de cinq francs,—dans l'argot des filles.

 CHATTEMENT, adv. Doucement, câlinement.

L'expression est de Balzac.

 CHAUD, adj. et s. Rusé, habile,—dans l'argot du peuple, assez cautus.

Être chaud. Se défier.

Il l'a chaud. C'est un malin qui entend bien ses intérêts.

 CHAUD, adj. Cher, d'un prix élevé.

 CHAUD! cHAUD! Exclamation du même argot, signifiant: Vite! dépêchez-vous!

 CHAUD DE LA PINCE, s. m. Homme de complexion amoureuse.

 CHAUDRON, s. f. Mauvais piano qui rend des sons discordants,—dans l'argot des bourgeois.

Taper sur le chaudron. Jouer du piano,—dans l'argot du peuple.

 CHAUDRONNER, v. a. Aimer à acheter et à revendre toutes sortes de choses, comme si on y était forcé.

 CHAUDRONNIER, s. m. Acheteur et revendeur de marchandises d'occasion,—de la tribu des Rémonencq parisiens.

 CHAUFFE LA COUCHE, s. m. Homme qui aime ses aises et reste volontiers au lit,—dans l'argot du peuple.

J'ai entendu employer aussi cette expression dans un sens contraire à celui que je viens d'indiquer,—dans le sens d'Homme qui s'occupe des soins incombant à la femme de ménage. C'est le mari de la femme qui porte les culottes.

 CHAUFFER, v. n. Aller bien, rondement, avec énergie.

 CHAUFFER LE FOUR, v. a. Se griser.

Avoir chauffé le four. Être en état d'ivresse.

 CHAUFFER UNE FEMME, v. a. Lui faire une cour sur le sens de laquelle elle n'a pas à se méprendre.

Nos pères disaient: Coucher en joue une femme.

 CHAUFFER UNE PIÈCE, v. a. Lui faire un succès, la prôner d'avance dans les journaux ou l'applaudir à outrance le jour de la représentation.

 CHAUFFER UNE PLACE, v. a. La convoiter, la solliciter ardemment.

Nos pères disaient: Coucher en joue un emploi.

 CHAUFFEUR, s. m. Homme de complexion amoureuse.

Se dit aussi de tout homme qui amène la gaieté avec lui.

 CHAUFFEUR, s. et adj. Hâbleur, blagueur.

 CHAUMIR, v. a. Perdre,—dans l'argot des voleurs.

 CHAUSSER, v. a. Convenir,—dans l'argot des bourgeois, qui n'osent pas dire botter.

 CHAUSSER LE COTHURNE, v. a. Ecrire ou jouer des tragédies,—dans l'argot des académiciens, qui parlent presque aussi mal que les faubouriens la noble langue dont ils sont les gardiens, comme les capi-agassi sont ceux d'un sérail.

 CHAUSSETTES DE DEUX PAROISSES, s. f. pl. Chaussettes dépareillées.

 CHAUSSETTES POLONAISES, s. f. pl. Morceaux de papier dont les soldats s'enveloppent les pieds.

 CHAUSSON, s. m. Femme ou fille qu'une vie déréglée a avachie, éculée.

Putain comme chausson. Extrêmement débauchée. Aurélien Scholl a spirituellement remplacé cette expression populaire, impossible à citer, par cette autre, qui n'écorche pas la bouche et qui rend la même pensée: Légère comme chausson.

 CHAUSSON, s. m. Pâtisserie grossière garnie de marmelade de pommes et de raisiné. Les enfants en raffolent parce qu'il y a beaucoup à manger et que cela ne coûte qu'un sou.

 CHAUSSON, s. m. Boxe populaire où le pied joue le rôle principal, chaussé ou non.

 CHAUSSONNER, v. a. Donner des coups de pied.

 CHELINGUER, v. n. Puer,—dans l'argot des faubouriens.

Chelinguer des arpions. Puer des pieds.

On dit plus élégamment: Chelinguer des arps.

Chelinguer du bec. Fetidum emittere halitum.

L'expression ne viendrait-elle pas de l'allemand schlingen, avaler, ouvrir trop la bouche?

 CHEMIN DE FER, s. m. Variété du jeu de baccarat,—où l'on perd plus vite son argent.

 CHEMISE DE CONSEILLER, s. f. Linge volé,—dans l'argot des voleurs, qui ont voulu, dit M. Francisque Michel, donner à entendre que le linge saisi servait à faire des chemises à leurs juges.

 CHÊNE, s. m. Homme victime,—dans l'argot du bagne.

Faire suer le chêne. Tuer un homme.

Chêne affranchi. Homme affranchi, voleur.

Les voleurs anglais ont le même mot: oak, disent-ils d'un homme riche. To rub a man down with an oaken towel, ajoutent-ils en parlant d'un homme qu'ils ont tué en le frottant avec une serviette de chêne,—un bâton.

 CHENILLON, s. m. Fille laide ou mal mise,—dans l'argot des bourgeois.

 CHENU, adj. Bon, exquis, parfait,—dans l'argot des ouvriers.

 CHENUMENT, adv. Très bien. Vadé l'a employé.

 CHENU RELUIT, adv. Bonjour,—dans l'argot des voleurs.

Chenu sorgue. Bonsoir.

 CHERCHE! Rien,—dans l'argot des gamins et des faubouriens.

Avoir dix à cherche. Avoir dix points lorsque son adversaire n'en a pas un seul.

 CHERCHER LA PETITE BÊTE, v. a. Vouloir connaître le dessous d'une chose, les raisons cachées d'une affaire,—comme les enfants les ressorts d'une montre. Argot du peuple.

Avoir trop d'ingéniosité dans l'esprit et dans le style, s'amuser aux bagatelles de la phrase au lieu de s'occuper des voltiges sérieuses de la pensée. Argot des gens de lettres.

 CHERCHER MIDI A QUATORZE HEURES, v. a. Hésiter à faire une chose, ou s'y prendre maladroitement pour la faire,—dans l'argot du peuple, ennemi des lambins.

Signifie aussi: Se casser la tête pour trouver une chose simple.

 CHETAR ou Jetar, s. m. Prison. Argot des voleurs.

 CHEVAL DE RETOUR, s. m. Vieux forçat, récidiviste.

 CHEVAL DE TROMPETTE, s. m. Homme aguerri à la vie, comme un cheval de cavalerie à la guerre. Argot du peuple.

Être bon cheval de trompette. Ne s'étonner, ne s'effrayer de rien.

 CHEVALIER DU CROCHET, s. m. Chiffonnier.

 CHEVALIER DU LANSQUENET, s. m. Homme qui fait volontiers le pont, à n'importe quel jeu de cartes,—dans l'argot des bourgeois, qui ne sont pas fâchés de mettre au rancart certaines autres expressions sœurs aînées de celle-ci, comme Chevalier d'industrie, etc.

 CHEVALIER DU LUSTRE, s. m. Applaudisseur gagné. Argot de théâtre.

On dit aussi Romain.

 CHEVALIER DU MÈTRE, s. m. Commis de nouveautés.

 CHEVANCE, s. f. Ivresse,—dans l'argot des voleurs, qui savent que, dans cet état, les plus gueux se croient toujours heureux et riches.

 CHEVELU, s. m. Romantique,—dans l'argot des bourgeois de 1830.

 CHEVEU, s. m. Embarras subit, obstacle quelconque, plus ou moins grave,—dans l'argot du peuple.

Je regrette de ne pouvoir donner une étymologie un peu noble à ce mot et le faire descendre soit des Croisades, soit du fameux cheveu rouge de Nisus auquel les Destins avaient attaché le salut des Mégariens; mais la vérité est qu'il sort tout simplement et tout trivialement de la non moins fameuse soupe de l'Auvergnat imaginé par je ne sais quel farceur parisien.

Trouver un cheveu à la vie. La prendre en dégoût et songer au suicide.

Voilà le cheveu! C'est une variante de: Voilà le hic!

 CHEVILLARD, s. m. Boucher sans importance,—dans l'argot des gros bouchers, qui n'achètent pas à la cheville, eux!

 CHÈVRE, s. f. Mauvaise humeur,—dans l'argot des ouvriers, et spécialement des typographes.

Avoir la chèvre. Être en colère.

Gober la chèvre. Être victime de la mauvaise humeur de quelqu'un. Signifie aussi se laisser berner.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on disait, dans le même sens, Prendre la chèvre.

 CHEVRONNÉ, s. et adj. Récidiviste,—dans l'argot des prisons.

 CHEVROTIN (Être). Avoir un caractère épineux, difficile à manier, qui amène souvent des chèvres.

 CHIASSE, s. f. Diarrhée,—dans l'argot du peuple.

 CHIASSE, s. f. Chose de peu de valeur; marchandise avariée. Même argot.

Chiasse du genre humain. Homme méprisable.

 CHIASSE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des faubouriens, disrespectueux de la femme en général et en particulier.

 CHIC, s. m. Habileté de main, ou plutôt de patte,—dans l'argot des artistes, qui ont emprunté ce mot au XVIIe siècle.

Faire de chic. Dessiner ou peindre sans modèle, d'imagination, de souvenir.

 CHIC, s. m. Goût, façon pittoresque de s'habiller ou d'arranger les choses,—dans l'argot des petites dames et des gandins.

Avoir du chic. Être arrangé avec une originalité de bon—ou de mauvais—goût.

Avoir le chic. Posséder une habileté particulière pour faire une chose.

 CHIC (Être). Être bien, être bon genre,—dans le même argot.

Monsieur Chic. Personne distinguée—par sa générosité envers le sexe.

Discours chic. Discours éloquent,—c'est-à-dire rigolo.

 CHICAN, s. m. Marteau,—dans l'argot des voleurs.

 CHICARD, adj. et s. Superlatif de Chic.

Ce mot a lui-même d'autres superlatifs, qui sont Chicandard et Chicocandard.

 CHICARD, s. m. Type de carnaval, qui a été imaginé par un honorable commerçant en cuirs, M. Levesque, et qui est maintenant dans la circulation générale comme synonyme de Farceur, de Roger-Bontemps, de Mauvais sujet.

 CHICARDEAU, adj. m. Poli, aimable,—dans l'argot des faubouriens.

 CHICARDER, v. n. Danser à la façon de Chicard, «homme de génie qui a modifié complètement la chorégraphie française», affirme M. Taxile Delord.

 CHICHE, s. m. Économe, et même Avare,—dans l'argot des bourgeois.

On dit aussi Chichard.—Notre vieux français avait chice.

 CHICHE! Exclamation de défi ou de menace,—dans l'argot des enfants et des ouvriers.

 CHICHERIE, s. f. Lésinerie.

Notre vieux français avait chiceté.

 CHICORÉE, s. f. Verte réprimande, reproches amers qui souvent se changent même en coups. Tout le monde connaît le goût de la cichorium—endivia ou non endivia.

 CHICORÉE, s. f. Femme maniérée, chipie.

Faire sa chicorée. Se donner des airs de grande dame, et n'être souvent qu'une petite dame.

 CHICOT, s. m. Petit morceau de dent, de pain, ou d'autre chose,—dans l'argot du peuple.

 CHICOTER (Se), v. réfl. Se disputer, se battre pour des riens. Même argot.

Ce verbe est vieux: on le trouve dans les Fabliaux de Barbazan.

 CHIÉ, part. passé. Ressemblant.

C'est lui tout chié. Il a le même visage et surtout le même caractère.

 CHIEN, s. m. Entrain, verve, originalité,—dans l'argot des gens de lettres et des artistes; bagou, impertinence, désinvolture immorale,—dans l'argot des petites dames.

 CHIEN, s. m. Caprice de cœur,—dans l'argot des petites dames.

Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.

 CHIEN, s. m. Compagnon,—dans l'argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.

 CHIEN, s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant,—dans l'argot du peuple, qui se plaît à calomnier «l'ami de l'homme». C'est l'expression anglaise: Dog-bolt.

Vieux chien. Vieux farceur,—sly dog, disent nos voisins.

 CHIENDENT, s. m. Difficulté, obstacle, anicroche,—dans l'argot du peuple, qui sait avec quelle facilité le hunds-grass pousse dans le champ de la félicité humaine.

Voilà le chiendent. Voilà le hic.

 CHIEN DE RÉGIMENT, s. m. Caporal ou brigadier,—dans l'argot des soldats.

 CHIEN DU COMMISSAIRE, s. m. Agent attaché au service du commissaire; celui qui, il y a quelques années encore, allait par les rues sonnant sa clochette pour inviter les boutiquiers au balayage.

 CHIENLIT, s. m. Homme vêtu ridiculement, grotesquement,—dans l'argot du peuple, qui n'a pas été chercher midi à quatorze heures pour forger ce mot, que M. Charles Nisard suppose, pour les besoins de sa cause (Paradoxes philologiques), venir de si loin.

Remonter jusqu'au XVe siècle pour trouver—dans chéaulz, enfants, et lice, chienne—une étymologie que tous les petits polissons portent imprimée en capitales de onze sur le bas de leur chemise, c'est avoir une furieuse démangeaison de voyager et de faire voyager ses lecteurs, sans se soucier de leur fatigue. Le verbe cacare—en français—date du XIIIe siècle, et le mot qui en est naturellement sorti, celui qui nous occupe, n'a commencé à apparaître dans la littérature que vers le milieu du XVIIIe siècle; mais il existait tout formé du jour où le verbe lui-même l'avait été, et l'on peut dire qu'il est né tout d'une pièce. Il est regrettable que M. Charles Nisard ait fait une si précieuse et si inutile dépense d'ingéniosité à ce propos; mais aussi, son point de départ était par trop faux: «La manière de prononcer ce mot, chez les gamins de Paris, est chiaulit. Les gamins ont raison.» M. Nisard a tort, qu'il me permette de le lui dire: les gamins de Paris ont toujours prononcé chie-en-lit. Cette première hypothèse prouvée erronée, le reste s'écroule. Il est vrai que les morceaux en sont bons.

 CHIENLIT (A la)! Exclamation injurieuse dont les voyous et les faubouriens poursuivent les masques, dans les jours du carnaval,—que ces masques soient élégants ou grotesques, propres ou malpropres.

 CHIENNER, v. n. Se dit—dans l'énergique argot du peuple—des femmes qui courent après les hommes, renversant ainsi les chastes habitudes de leur sexe.

 CHIENNERIE, s. f. Vilenie, liarderie; mauvais tour,—dans le même argot.

 CHIER DANS LA MALLE OU DANS LE PANIER DE QUELQU'UN, v. n. Lui jouer un tour qu'il ne pardonnera jamais,—dans le même argot.

Le peuple dit quelquefois, pour mieux exprimer le dégoût que lui cause la canaillerie de quelqu'un: Il a chié dans mon panier jusqu'à l'anse.

L'expression, qu'on pourrait croire moderne, sort de la satire Ménippée, où on lit: «Cettuy-là a fait caca en nos paniers: il a ses desseins à part.»

 CHIER DANS LE CASSETIN AUX APOSTROPHES, v. n. Devenir riche,—dans l'argot des typographes, qui n'ont pas de fréquentes occasions de commettre cette incongruité rabelaisienne.

 CHIER DANS SES BAS, v. n. Donner des preuves d'insanité d'esprit,—dans l'argot du peuple.

 CHIER DE GROSSES CROTTES (Ne pas), v. a. Avoir mal dîné, ou n'avoir pas dîné du tout.

 CHIER DE PETITES CROTTES, v. a. Gagner peu d'argent, vivre dans la misère.

 CHIER DES CAROTTES, v. a. Se dit de toute personne qui non potest excernere, ou difficillime excernit, ou excernit sanguinem.

 CHIER DES CHASSES. Pleurer. Argot des voyous.

 CHIER DES YEUX. Avoir les yeux chassieux. Argot du peuple.

 CHIER DU POIVRE, v. n. Manquer à une promesse, à un rendez-vous; disparaître au moment où il faudrait le plus rester.

 CHIER SUR LA BESOGNE. Travailler mollement, et même renoncer au travail.

 CHIER SUR L'œIL, v. n. Se moquer tout à fait de quelqu'un.

 CHIER SUR QUELQU'UN ou sur quelque chose. Témoigner un grand mépris pour elle ou pour lui; l'abandonner, y renoncer. Brantôme a employé cette expression à propos de la renonciation du ministre protestant David.

 CHIEUR D'ENCRE. Écrivain, journaliste.

 CHIFFARDE, s. f. Assignation à comparoir,—dans l'argot des voleurs.

 CHIFFARDE, s. f. Pipe,—dans l'argot des faubouriens.

 CHIFFE, s. f. Homme sans énergie, chiffon pour le courage,—dans l'argot du peuple.

On dit aussi Mou comme une chiffe, mais c'est un pléonasme.

 CHIFFERTON ou Chiffreton, s. m. Chiffonnier,—dans l'argot des faubouriens.

 CHIFFON, s. f. Petite fille—et aussi grande fille—à minois ou à vêtements chiffonnés. Voltaire a employé cette expression à propos de la descendante de Corneille.

 CHIFFON DE PAIN, s. m. Morceau de pain coupé,—dans l'argot du peuple.

 CHIFFON ROUGE, s. m. La langue,—dans l'argot des voleurs, qui sont parfois des néologues plus ingénieux que les gens de lettres.

Balancer le chiffon rouge. Parler.

Les voleurs anglais disent de même Red rag.

 CHIFFONNER, v. a. Contrarier, ennuyer,—dans l'argot des bourgeois.

 CHIFFONNIER, s. m. Homme qui se plaît dans le désordre.

 CHIFFONNIER, s. m. Voleur de mouchoirs,—qui sont des chiffons pour ces gens-là.

 CHIFFONNIER DE LA DOUBLE COLLINE, s. m. Mauvais poète,—dans l'argot des gens de lettres.

 CHIFFORNION, s. m. Foulard; loque; chiffons,—dans l'argot des voyous.

 CHIGNER DES YEUX, v. n. Pleurer,—dans le même argot.

 CHIMIQUE, s. f. Allumette chimique,—dans l'argot du peuple.

 CHINER, v. n. Brocanter, acheter tout ce qu'il y a d'achetable—et surtout de revendable—à l'hôtel Drouot.

 CHINEUR, s. m. Marchand de peaux de lapins,—dans l'argot des chiffonniers. Signifie aussi Auvergnat, homme qui court les ventes et achète aussi bien un Raphaël qu'un lot de fonte.

 CHINFRENIAU, s. m. Ornement de tête ou de cou,—dans l'argot du peuple.

Signifie aussi coup à la tête ou au visage,—au chanfrein.

 CHINOIS, s. m. Original; quidam quelconque,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi Chinois de paravent.

 CHINOIS, s. m. Petite orange verte, confite dans l'eau-de-vie, qui est, à ce qu'il paraît, le produit d'un oranger particulier, le citrus vulgaris chinensis, le bigaradier chinois.

 CHINOISERIE, s. f. Farce, plaisanterie de bon ou de mauvais goût.

 CHIPER, v. a. Dérober,—dans l'argot des enfants; voler,—dans l'argot des grandes personnes. Peccadille ici, délit là.

Génin donne à ce mot une origine commune au mot chiffon, ou chiffe: le verbe anglais to chip, qui signifie couper par morceaux. Je le veux bien; mais il serait si simple de ne rien emprunter aux Anglais en se contentant de l'étymologie latine accipere, dont on a fait le vieux verbe français acciper! Acciper, par syncope, a fait ciper; ciper à son tour a fait chiper,—comme cercher a fait chercher.

 CHIPETTE, s. f. Rien ou peu de chose,—dans l'argot du peuple.

 CHIPETTE, s. f. Lesbienne,—dans l'argot des voleurs, qui ne connaissent pas le grec, mais dont les ancêtres ont connu le rouchi.

 CHIPEUR, s. m. Enfant qui emprunte les billes ou les tartines de ses camarades; homme qui vole les porte-monnaie et les mouchoirs de ses concitoyens.

 CHIPIE, s. f. Fille ou femme qui fait la dédaigneuse, qui prend de grands airs à propos de petites choses,—dans l'argot du peuple, ennemi né des grimaces.

 CHIPOTER, v. n. Faire des façons; s'arrêter à des riens. Ce mot appartient à la langue romane.

Signifie aussi: Manger du bout des dents.

 CHIPOTEUSE, s. f. Femme capricieuse; variété de Chipie.

 CHIPOTIER, ÈRE, s. m. et f. Celui, celle qui ne fait que chipoter.

 CHIQUE, s. f. Église,—dans l'argot des voleurs, qui, s'ils ne savent pas le français, savent sans doute l'anglais (Church), ou le flamand (Kerke), ou l'allemand (Kirch).

 CHIQUE, s. f. Griserie,—dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi mauvaise humeur,—l'état de l'esprit étant la conséquence de l'état du corps.

Avoir une chique. Être saoul.

Avoir sa chique. Être de mauvaise humeur.

 CHIQUE, s. f. Morceau de tabac cordelé que les marins et les ouvriers qui ne peuvent pas fumer placent dans un coin de leur bouche pour se procurer un plaisir—dégoûtant.

Poser sa chique. Se taire, et, par extension, Mourir.

On dit aussi, pour imposer silence à quelqu'un: Pose ta chique et fais le mort.

 CHIQUÉ (Être). Être fait, peint ou dessiné avec goût, avec esprit, avec chic.

 CHIQUE DE PAIN, s. f. Morceau de pain.

 CHIQUEMENT, adv. Avec chic.

 CHIQUER, v. a. Dessiner ou peindre avec plus d'adresse que de correction, avec plus de chic que de science véritable.

 CHIQUER, v. a. Battre, donner des coups,—dans l'argot des faubouriens, qui déchiquettent volontiers leurs adversaires, surtout lorsqu'ils ont une chique.

Se chiquer. Echanger des coups de poing et des coups de pied.

 CHIQUER, s. m. Manger.

 CHIQUETTE, s. f. Petit morceau.

 CHIQUETTE A CHIQUETTE, adv. Par petits morceaux.

C'est évidemment le même mot que chicot, qui a lui même pour racine le vieux mot français chice.

 CHIQUEUR, s. m. Mangeur, glouton.

 CHIQUEUR, s. m. Artiste qui fait de chic au lieu de faire d'après nature.

 CHIRURGIEN EN VIEUX, s. m. Savetier qui répare les vieux cuirs,—dans l'argot des faubouriens.

 CHOCAILLON, s. f. Ivrognesse, chiffonnière,—dans l'argot des bourgeois.

 CHOCNOSOFF, s. et adj. Brillant, élégant, beau, parfait,—dans l'argot des faubouriens et des rapins.

 CHOLÉRA, s. m. Viande malsaine, ou seulement de qualité inférieure,—dans l'argot des bouchers, qui disent cela depuis cinquante ans.

 CHOLETTE, s. f. Chopine de liquide,—dans l'argot des voleurs.

Double cholette. Litre.

 CHOPER, v. a. Attraper en courant,—dans l'argot des écoliers.

 CHOPER, v. a. Prendre, voler,—dans l'argot des voleurs.

Se faire choper. Se faire arrêter.

 CHOPIN, s. m. Objet volé; coup; affaire.

Bon chopin. Vol heureux et considérable.

Mauvais chopin. Vol de peu d'importance, qui ne vaut pas qu'on risque la prison.

 CHOPINER, v. n. Hanter les cabarets,—dans l'argot dédaigneux des bourgeois, qui, eux, hantent les cafés.

Chopiner théologalement, dit Rabelais.

 CHOSE. Nom qu'on donne à celui ou celle qu'on ne connaît pas.

On dit aussi Machin. Ulysse, au moins, se faisait appeler Personne dans l'antre de Polyphème!

 CHOSE, adj. Singulier, original, bizarre,—dans l'argot du peuple, à qui le mot propre manque quelquefois.

Avoir l'air chose. Être embarrassé, confus, humilié.

Être tout chose. Être interdit, ému, attendri.

 CHOU-BLANC, s. m. Insuccès, le chou blanc étant, dans la classe des Brassicées, ce que la rose noire est dans la famille des Rosacées: le désespoir des chercheurs d'inconnu.

Faire chou blanc. Echouer dans une entreprise; manquer au rendez-vous d'amour; revenir de la chasse le carnier vide, etc.

 CHOUCHOUTER, v. a. Choyer, caresser, traiter de petit chou.

L'expression est de Balzac.

 CHOUCROUTER, v. n. Manger de la sauer-kraut,—dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi parler allemand.

 CHOUCROUTEUR, s. m. Allemand, mangeur de sauer-kraut.

On dit aussi Choucroutemann.

 CHOUETTE, adj. Superlatif de Beau, de Bon et de Bien,—dans l'argot des ouvriers.

On dit aussi Chouettard et Chouettaud,—sans augmentation de prix.

 CHOUETTE (Être). Être pris,—dans l'argot des voleurs, qui opèrent la nuit comme les chats-huants, et, le jour, s'exposent comme eux à avoir sur le dos tous les oiseaux de proie policiers, leurs ennemis naturels.

 CHOUETTE (Faire une). Jouer au billard seul contre deux autres personnes.

 CHOUETTEMENT, adv. Parfaitement.

 CHOUFFLIQUEUR, s. m. Mauvais ouvrier, Savetier,—dans l'argot des typographes, qui, à leur insu, se servent là de l'expression allemande schuhflicker.

 CHOUMAQUE, s. m. Cordonnier,—dans l'argot du peuple, qui ne se doute guère qu'il prononce presque bien le mot allemand Schumacher.

On dit aussi Choufflite: mais ce mot n'est qu'une corruption du précédent.

 CHOURINER, v. a. Tuer,—dans l'argot des ouvriers qui ont lu les Mystères de Paris d'Eugène Sue, et qui, à cause de cela, n'ont que de fort incomplètes et de fort inexactes notions de l'argot des voleurs.

V. Suriner.

 CHOURINEUR, s. m. Assassin,—par allusion au personnage des Mystères de Paris, qui porte ce nom, lequel avait, à ce qu'il paraît, grand plaisir à tuer.

L'étymologie voudrait que l'on dît Surineur; mais l'euphonie veut que l'on prononce Chourineur.

 CHRÉTIEN, s. m. Homme, à quelque religion qu'il appartienne. Argot du peuple.

Viande de chrétien. Chair humaine.

 CHRONOMÈTRE, s. m. Montre en général. Argot des bourgeois.

 CHRYSALIDE, s. f. Vieille coquette, dans l'argot des faubouriens, qui ont parfois l'analogie heureuse, quoique impertinente.

 CHTIBES, s. f. pl. Bottes,—dans l'argot des voyous.

 CHUTER, v. n. Tomber,—dans l'argot du peuple.

Signifie aussi, et alors ce verbe est actif. Empêcher de réussir,—dans l'argot des coulisses.

 CIBLE A COUPS DE PIED, s. f. Le derrière. Argot du peuple.

 CI-DEVANT, s. m. Vieillard,—qui a été jeune.

 CI-DEVANT, s. m. Noble.

 CIERGE, s. m. Sergent de ville en grande tenue,—dans l'argot des marbriers de cimetière.

 CIGALE, s. f. Cigare,—dans l'argot du peuple, qui frise l'étymologie de plus près que les bourgeois, puisque cigare vient de Espagnol cigarro, qui vient lui-même, à tort ou à raison, de cigara, cigale, par une vague analogie de forme.

 CIGALE, s. f. Chanteuse des rues, qui se trouve souvent dépourvue lorsque «la bise est venue».

 CIGALE, s. f. Pièce d'or,—dans l'argot des voleurs, qui aiment à l'entendre sonner dans leur poche.

Ils disent aussi cigue, par apocope, et Ciguë, par corruption.

 CIGOGNE, s. f. Le Palais de justice,—dans l'argot des voleurs.

Dab de la Cigogne. Le procureur général.

 CIMENT, s. m. Moutarde.—dans l'argot des francs-maçons.

 CINQ-CENTIMADOS, s. m. Cigare d'un sou,—dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu parodier à leur façon les trabucos, les cazadores, etc.

 CINQ SOUS, s. m. Cigare de vingt-cinq centimes.

 CINQUIÈME, s. m. Verre de la contenance d'un cinquième de litre,—dans l'argot des marchands de vin.

Les faubouriens amis de l'euphonie, disent volontiers cintième.

 CIPAL, s. m. Garde municipal,—dans l'argot des voyous, amis des aphérèses.

 CIREUX, adj. et s. Qui a de la chassie, de la cire aux yeux.

 CIRURGIEN, s. m. Médecin, chirurgien,—dans l'argot du peuple, qui parle comme Ambroise Paré écrivait. C'est le χειρουργικος [grec: cheirourgikos] des anciens.

 CITOYEN OFFICIEUX, s. m. Laquais,—dans l'argot révolutionnaire, qu'on emploie encore aujourd'hui.

 CIVADE, s. f. Avoine,—dans l'argot des maquignons et des voleurs, qui emploient un mot de la vieille langue française. Civade, vient de cive, qui venait de cæpa, oignon, d'où cæpatum civet, plat à l'oignon; et l'étymologie n'a rien de forcé, aimé venant bien d'amatum.

Les Espagnols disent cebada pour Orge.

 CIVARD, s. m. Herbage.

 CIVE, s. f. Herbe.

 CLABAUDER, v. n. Crier à propos de tout, et surtout à propos de rien,—comme un chien. Argot des bourgeois.

Signifie aussi Répéter un bruit, une nouvelle; faire des cancans,—et alors il est verbe actif.

 CLAIRTÉ, s. f. Lumière, netteté, beauté,—dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (claricas) et à la tradition.

«Parquoy s'ensuit qu'en toute claireté

Son nom reluyt et sa vertu pullule,»

dit Clément Marot.

 CLAMPIN, s. m. Fainéant, traîne-guêtres, homme qui a besoin d'être fortifié par un clamp.—le clamp de l'énergie et de la volonté.

 CLAMPINER, v. n. Marcher paresseusement, flâner.

 CLAPIER, s. m. Maison mal famée, où l'on élève du gibier domestique à l'usage des amateurs parisiens.

L'expression se trouve dans beaucoup d'écrivains des XVe et XVIe siècles.

 CLAQUE, s. f. Soufflet,—dans l'argot du peuple, qui aime les onomatopées.

Figure à claques. Visage moqueur qui donne des démangeaisons à la main de celui qui le regarde.

 CLAQUÉ, s. m. Homme mort.

La boite aux claqués. La Morgue.

Le jardin des claqués. Le cimetière des hospices.

 CLAQUE-FAIM, s. m. Homme sans ressources, qui meurt de faim.

Le peuple dit aussi, dans le même sens, Claque-soif,—par compassion, l'homme qui meurt de soif étant pour lui plus à plaindre que celui qui meurt de faim.

 CLAQUER, v. a. Donner des soufflets.

 CLAQUER, v. a. Vendre une chose, s'en débarrasser,—dans le même argot.

Claquer ses meubles. Vendre son mobilier.

 CLAQUER, v. n. Manger,—dans l'argot des voyous, qui font allusion au bruit de la mâchoire pendant la mastication.

 CLAQUER, v. n. Mourir.—dans l'argot des faubouriens.

 CLARINETTE DE CINQ PIEDS, s. f. Fusil,—dans l'argot des soldats.

 CLAVIN, s. m. Clou,—dans l'argot des voleurs, plus fidèles à l'étymologie (clavus) qu'à l'honnêteté.

 CLICHÉ, s. m. Phrase toute faite, métaphore banale, plaisanterie usée,—dans l'argot des gens de lettres.

 CLIQUE, s. f. Diarrhée. Argot du peuple.

 CLIQUE, s. f. Bande, coterie, compagnie de gens peu estimables. Même argot.

Mauvaise clique. Pléonasme fréquemment employé,—clique ne pouvant jamais se prendre en bonne part.

 CLOPORTE, s. m. Concierge—soit parce qu'il habite une loge sombre et humide, comme l'oniscus murarius; soit parce qu'il a pour fonctions de clore la porte de la maison.

 CLOQUE, s. f. Phlyctène bénigne qui se forme à l'épiderme.—dans l'argot du peuple, ami des onomatopées.

Les bourgeois, eux, disent cloche: c'est un peu plus français, mais cela ne rend pas aussi exactement le bruit que font les ampoules lorsqu'on les crève.

 CLOS-CUL, s. m. Le dernier-né d'une famille ou d'une couvée.

On dit aussi Culot.

 CLOU, s. m. Le mont-de-piété,—où l'on va souvent accrocher ses habits ou ses bijoux quand on a un besoin immédiat d'argent.

Coller au clou. Engager sa montre ou ses vêtements chez un commissionnaire au mont-de-piété.

Grand clou. Le Mont-de-piété de la rue des Blancs-Manteaux, dont tous les autres monts-de-piété ne sont que des succursales.

 CLOU, s. m. Prison,—dans l'argot des voleurs.

 CLOU, s. m. La salle de police,—dans l'argot des soldats, qui s'y font souvent accrocher par l'adjudant.

Coller au clou. Mettre un soldat à la salle de police.

 CLOUER LE BEC, v. a. Imposer silence à un importun, ou à un mauvais raisonneur,—dans l'argot du peuple.

On dit aussi River le clou.

 CLOUS, s. m. pl. Outils,—dans l'argot des graveurs sur bois, qui confondent sous ce nom les échoppes, les burins et les gouges.

 CLOUS DE GIROFLE, s. m. pl. Dents noires, avariées, esgrignées comme celles de Scarron.

 CO, s. m. Coq,—dans l'argot des paysans et des enfants.

 COCANGES, s. f. pl. Coquilles de noix avec lesquelles certains fripons font des dupes.

 COCANGEUR, s. m. Voleur qui a la spécialité des Cocanges et de la Roubignole.

 COCARDE, s. f. La tête,—dans l'argot du peuple.

Taper sur la cocarde. Se dit d'un vin trop généreux qui produit l'ivresse.

Avoir sa cocarde. Être en état d'ivresse.

 COCARDIER, s. m. Homme fanatique de son métier,—dans l'argot des troupiers.

 COCASSERIE, s. f. Saugrenuïté dite ou écrite, jouée ou peinte,—dans l'argot des artistes et des gens de lettres.

 COCHE, s. f. Femme adipeuse, massive, rougeaude,—dans l'argot du peuple, qui veut que la femme pour mériter ce nom, ressemble à une femme et non à une scrofa.

 COCHONAILLE, s. f. Charcuterie,—dans l'argot des ouvriers,—qui ne redoutent pas les trichines.

On dit aussi Cochonnerie.

 COCHONNER, v. a. Travailler sans soin, malproprement,—dans l'argot des bourgeois.

 COCHONNERIE, s. f. Besogne mal faite; marchandise de qualité inférieure; nourriture avariée ou mal préparée.—Argot du peuple.

 COCHONNERIE, s. f. Vilain tour, trahison, manque d'amitié.

 COCHONNERIE, s. f. Ce que Cicéron appelle turpitudo verborum.—Argot des bourgeois.

 COCO, s. m. Boisson rafraîchissante composée d'un peu de bois de réglisse et de beaucoup d'eau. Cela ne coûtait autrefois qu'un liard le verre et les verres étaient grands; aujourd'hui cela coûte deux centimes, mais les verres sont plus petits. O progrès!

 COCO, s. m. Tête,—dans l'argot des faubouriens, qui prennent l'homme pour un Coco nucifera.

Coco déplumé. Tête sans cheveux.

Redresser le coco. Porter la tête haute.

Monter le coco. Exciter le désir, échauffer l'imagination.

 COCO, s. m. Gorge, gosier,—dans le même argot.

Se passer par le coco. Avaler, boire, manger.

 COCO, s. m. Homme singulier, original,—dans le même argot.

Joli coco. Se dit ironiquement de quelqu'un qui se trouve dans une position ennuyeuse, ou qui fait une farce désagréable.

Drôle de coco. Homme qui ne fait rien comme un autre.

 COCO, s. m. Eau-de-vie,—dans l'argot des faubouriens.

 COCO, s. m. Cheval,—dans l'argot du peuple.

Il a graissé la patte à coco. Se dit ironiquement d'un homme qui s'est mal tiré d'une affaire, qui a mal rempli une commission.

 COCO, s. m. Œuf,—dans l'argot des enfants, pour qui les poules sont des cocottes.

 C>OCODÈS, s. m. Imbécile riche qui emploie ses loisirs à se ruiner pour des drôlesses qui se moquent de lui.

On pourrait croire ce mot de la même date que cocotte: il n'en est rien,—car voilà une vingtaine d'années que l'acteur Osmont l'a mis en circulation.

 COCODETTE, s. f. Drôlesse,—la femelle du cocodès,—comme la chatte est la femelle de la souris.

 COCO ÉPILEPTIQUE, s. m. Vin de Champagne,—dans l'argot des gens de lettres qui ont lu la Vie de Bohème.

 COCOS, s. m. pl. Souliers,—dans l'argot des enfants.

 COCOTTE, s. f. Demoiselle qui ne travaille pas, qui n'a pas de rentes, et qui cependant trouve le moyen de bien vivre—aux dépens des imbéciles riches qui tiennent à se ruiner.

Le mot date de quelques années à peine. Nos pères disaient: Poulette.

 COCOTTERIE, s. f. Le monde galant, la basse-cour élégante où gloussent les cocottes.

 COCOTTES, s. f. pl. Poules, canards, dindons, etc.,—dans l'argot des enfants.

Se dit aussi des Poules en papier avec lesquelles ils jouent.

 CœUR D'ARTICHAUT, s. m. Homme à l'amitié banale; femme à l'amour vénal,—dans l'argot du peuple.

On dit: Il ou Elle a un cœur d'artichaut, il y en a une feuille pour tout le monde.

 COFFRE, s. m. La poitrine,—dans l'argot du peuple, qui a l'honneur de se rencontrer pour ce mot avec Saint-Simon.

Avoir le coffre bon. Se bien porter physiquement.

 COFFRER, v. a. Emprisonner,—dans l'argot du peuple, qui s'est rencontré pour ce mot avec Voltaire.

Se faire coffrer. Se faire arrêter.

 COGNADE, s. f. Gendarmerie,—dans l'argot des voleurs, qui ont de fréquentes occasions de se cogner avec les représentants de la loi.

 COGNE, s. m. Gendarme.

La cogne. La gendarmerie.

 COGNE, s. m. Apocope de Cognac,—dans l'argot des faubouriens.

 COGNER (Se), v. réfl. Echanger des coups de pied et des coups de poing,—dans le même argot.

Se dit aussi pour: Prendre les armes, descendre dans la rue et faire une émeute.

 COIFFER, v. a. Donner un soufflet, une _calotte_.

 COIFFER, v. a. Trahir son mari,—dans l'argot des bourgeoises.

 COIFFER (Se). Se prendre d'amitié ou d'amour pour quelqu'un ou pour quelque chose,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à La Fontaine.

 COIFFER SAINTE CATHERINE, v. a. Rester vieille fille,—dans l'argot des bourgeois.

 COIRE, s. f. Ferme, métairie,—dans l'argot des voleurs.

 COLAS, s. m. Cou,—dans le même argot.

Faucher le colas. Couper le cou.

On dit aussi le colin.

 COLAS, s. m. Imbécile, ou seulement homme timide,—dans l'argot du peuple, qui aime les gens dégourdis.

Grand Colas. Nigaud, qui a laissé échapper une bonne fortune.

 COLBACK, s. m. Conscrit,—dans l'argot des vieux troupiers, pleins de mépris pour les débutants.

 COL CASSÉ, s. m. Gandin,—jeune homme à la mode. Argot des faubouriens.

 COLLAGE, s. m. Union morganatique,—dans l'argot du peuple, qui sait que ces mariages-là durent souvent plus longtemps que les autres.

 COLLANT, adj. Ennuyeux,—dans l'argot des petites dames, qui n'aiment pas les gens qui ont l'air de les trop aimer.

 COLLE, s. f. Examen préparatoire à un examen véritable,—dans l'argot des Polytechniciens.

Être tangent à une colle. Être menacé d'un simulacre d'examen.

 COLLE, s. f. Mensonge,—dans l'argot des faubouriens.

 COLLÉ (Être). Ne plus savoir quoi répondre; être interdit,—dans l'argot du peuple.

 COLLÈGE, s. m. La prison,—dans l'argot des voleurs, qui y font en effet leur éducation et en sortent plus forts qu'ils n'y sont entrés.

Collèges de Pantin. Prisons de Paris.

Les Anglais ont la même expression: City college, disent-ils à propos de Newgate.

 COLLÉGIEN, s. m. Prisonnier.

 COLLER, v. a. Donner,—dans l'argot des faubouriens, qui collent souvent des soufflets sans se douter que le verbe colaphizo (χολαπτω [grec: cholaptô]) signifie exactement la même chose.

Se coller. S'approprier quelque chose.

 COLLER, v. a. Mettre, placer, envoyer,—dans l'argot du peuple.

 COLLER (Se), v. réfl. Se placer quelque part et n'en pas bouger.

 COLLER (Se), v. réfl. Se lier trop facilement; faire commerce d'amitié avec des gens qui n'y sont pas disposés.

 COLLER (Se faire). Se faire refuser aux examens,—dans l'argot des étudiants.

 COLLER SOUS BANDE, v. a. Châtier un impertinent; river son clou à un farceur; tromper un trompeur; sortir victorieux d'un pugilat de paroles.

 COLLER UN PAIN, v. a. Appliquer un soufflet ou un coup de poing sur la figure de quelqu'un.—Argot des faubouriens.

 COLLEUR, s. m. Menteur.

 COLLEUR, s. m. Examinateur—dans l'argot des Polytechniciens.

 COLLEUR, s. m. Homme qui se lie trop facilement; importun bavard qui, une fois qu'il vous tient, ne vous lâche plus.

On dit plutôt: Collant.

 COLLOQUER (Se), v. réfl. Se placer, s'asseoir,—dans l'argot du peuple.

 COLOQUINTE, s. f. Tête,—dans l'argot des faubouriens, qui ont trouvé dans certains individus grotesques une ressemblance avec le cucumis colocynthis.

 COLTIN, s. m. Force, énergie,—dans l'argot du peuple, qui tire du cou dans presque tous ses travaux.

 COLTINER, v. n. Traîner une charrette avec un licol, comme font les hommes de peine, qui remplacent ainsi les bêtes de somme.

 COLTINEUR, s. m. Homme qui traîne une charrette avec un licol.

 COMBERGEANTE, s. f. Confession,—dans l'argot des voleurs.

 COMBERGO, s. m. Confessionnal,—dans le même argot.

Aller à comberge. Aller à confesse.

 COMBLANCE, s. f. Abondance, excès, chose comble,—dans le même argot.

Par comblance. Par surcroît.

 COMBRE, s. m. Chapeau,—dans l'argot des voleurs, qui ont trouvé plaisant de comparer cette coiffure à un concombre, et plus plaisant encore de supprimer la première syllabe de ce dernier mot.

Ils disent aussi Combriot.

 COMBRIE, s. f. Pièce d'un franc,—dans le même argot.

 COMBRIEU, s. m. Chapeau,—dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi Cambrieu, plus conforme à l'étymologie qui est certainement cambré.

 COMBROUSIER, s. m. Paysan,—dans l'argot des voleurs.

 COMBUSTIBLE (Du)! Se dit, comme Chaud! Chaud!—dans l'argot du peuple,—pour exciter quelqu'un à faire quelque chose.

 COME, s. m. Apocope de Commerce,—dans l'argot des voyous.

 COMÈTE, s. f. Vagabond,—dans l'argot des faubouriens.

 COMMANDER A CUIRE, v. n. Envoyer à l'échafaud,—dans l'argot des prisons.

 COMMANDITE, s. f. Ouvriers travaillant ensemble pour le compte d'un tâcheron,—dans l'argot des typographes.

 COMME IL FAUT, s. m. Les règles de l'élégance et de la distinction, le suprême bon ton,—dans l'argot des bourgeois, à propos des gens et des choses. C'est le Cant des Anglais.

On prononce comifô.

 COMME IL FAUT, adj. Selon le code du bon goût et du bon ton, du bien dire et du bien élevé.

L'homme comme il faut des bourgeoises est le monsieur bien des petites dames.

 COMMODE, s. f. Cheminée,—dans l'argot des voleurs, qui y serrent les objets dont ils veulent se débarrasser comme trop compromettants.

 COMMUNE COMME UNE MOULe, adj. Se dit—dans l'argot des Précieuses bourgeoises—de toute femme, du peuple ou d'ailleurs, qui ne leur convient pas.

 COMMUNISTE, s. m. Républicain,—dans l'argot des bourgeois, qui, en 1848, donnaient ce nom à tout ce qui n'était pas eux.

 COMPAS, s. m. Les jambes,—dans l'argot des ouvriers.

Ouvrir le compas. Marcher.

Allonger le compas. Précipiter sa marche.

 COMPÈRE-COCHON, s. m. Homme plus familier qu'il n'en a le droit,—dans l'argot des bourgeois.

 COMPTE (Avoir son), v. a. Être gris pour avoir trop bu, ou blessé à mort pour s'être battu en duel.

 COMPTER SES CHEMISES, v. a. Vomir,—dans l'argot des marins et du peuple.

Les Anglais ont une expression analogue: To cast up one's accounts (rendre ses comptes), disent-ils.

 COMTE DE CARUCHE, s. m. Porte-clés,—dans l'argot des voleurs, qui se plaisent à occuper leurs loisirs forcés en s'improvisant les Borel d'Hauterive de leur prison.

 COMTE DE GIGOT-FIN, s. m. Beau mangeur,—dans l'argot du peuple, qui ne craint pas de créer des types comme Molière et d'anoblir des vilains comme Napoléon.

 COMTE DU CANTON, s. m. Geôlier,—dans l'argot des voleurs.

 CONDÉ, s. m. Permission de tenir des jeux de hasard,—dans l'argot des voleurs, qui obtiennent cette permission d'un des condés suivants:

Grand condé. Préfet.

Petit condé. Maire.

Demi-condé. Adjoint.

Condé franc ou affranchi. Fonctionnaire qui se laisse corrompre.

Plus particulièrement: Faveur obtenue d'un geôlier ou d'un directeur.

 CONFÉRENCIER, s. m. Orateur en chambre, qui parle de tout sans souvent être payé pour cela.

Mot nouveau, profession nouvelle.

 CONFIRMER, v. a. Donner une paire de soufflets.

 CONFRÈRE DE LA LUNE, s. m. Galant homme qui a eu le tort d'épouser une femme galante,—dans l'argot du peuple, trop irrévérencieux envers le croissant de la chaste Diane.

 CONILLER, v. n. User de subterfuges pour échapper à un ennui ou à un danger, se cacher, disparaître, comme un lapin (cuniculus, conil) dans son trou. Argot du peuple.

 CONIR, v. n. Mourir.

 CONJUNGO, s. m. Mariage,—dans l'argot du peuple, qui a voulu faire allusion au premier mot du discours du prêtre aux mariés: Conjungo (je joins).

 CONNAISSANCE, s. f. Maîtresse,—dans l'argot des ouvriers, qui veulent connaître une fille avant de la prendre pour femme.

 CONNAÎTRE LE JOURNAL. Être au courant d'une chose; savoir à quoi s'en tenir sur quelqu'un. Argot des bourgeois.

Signifie aussi: Savoir de quoi se compose le dîner auquel on est invité.

 CONNAÎTRE LE NUMÉRO, v. a. Avoir de l'habileté, de l'expérience,—dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas que l'expression a appartenu à l'argot des chevaliers d'industrie. «Les escrocs disent d'une personne qu'ils n'ont pu duper: Celui-là sait le numéro, il n'y a rien à faire.» (Les Numéros parisiens, 1788.)

Connaître le numéro de quelqu'un. Savoir ce qu'il cache; connaître ses habitudes, son caractère, etc.

 CONNU! Exclamation de l'argot du peuple, qui l'emploie pour interrompre les importuns, les bavards—et même les éloquents.

Signifie aussi: C'est usé! Je ne crois plus à ces choses-là!

 CONOBRER, v. a. Connaître,—dans l'argot des voleurs.

Ce verbe ne viendrait-il pas de cognoscere, connaître, ou de cognobilis, facile à connaître.

 CONQUÊTE, s. f. Maîtresse d'une heure ou d'un mois,—dans l'argot des bourgeois, Alexandres pacifiques.

 CONSCIENCE, s. f. Travail spécial, fait à la journée au lieu de l'être aux pièces. Argot des typographes.

Être en conscience, ou à la conscience. Travailler à la journée.

 CONSCRIT, s. m. Elève de première année,—dans l'argot des Polytechniciens, dont beaucoup se destinent à l'armée.

C'est aussi l'élève de seconde année à Saint-Cyr.

 CONSERVATOIRE, s. m. Grand Mont-de-piété,—dans l'argot du peuple.

 CONSOLATION, s. f. Eau-de-vie,—dans l'argot du peuple, qui se console à peu de frais.

Débit de consolation. Liquoriste, cabaret.

 CONSOLER SON CAFÉ. Mettre de l'eau-de-vie dedans. Habitude normande,—très parisienne.

 CONSOMME, s. f. Apocope de consommation,—dans l'argot des faubouriens.

 CONSTANTE, s. f. Nom que les Polytechniciens donnent à l'élève externe, parce que l'externe sort de l'école comme il y est entré: il n'a pas d'avancement; il n'est pas choyé, il joue au milieu de ses camarades le rôle de la constante dans les calculs: il passe par toutes les transformations sans que sa nature en subisse aucune variation.

 CONTRE, s. m. Consommation personnelle, au café, que l'on joue avec une autre personne contre sa consommation.

 CONTRÔLE, s. m. Flétrissure, marque de fer rouge sur l'épaule des forçats,—dans l'argot des prisons.

 CONTRÔLER, v. a. Donner un coup de talon de botte sur la figure de quelqu'un. Argot des faubouriens.

On dit aussi mettre le contrôle.

 CONVALESCENCE, s. f. Surveillance de la haute police,—dans l'argot des voleurs.

Être en convalescence. Être sous la surveillance de la police.

 COPAIN, s. m. Compagnon d'études,—dans l'argot des écoliers.

On écrivait et on disait autrefois compaing, mot très expressif que je regrette beaucoup pour ma part, puisqu'il signifiait l'ami, le frère choisi, celui avec qui, aux heures de misère, on partageait son pain,—cum pane. C'est l'ancien nominatif de compagnon.

 COPE, s. f. Apocope de copie,—dans l'argot des typographes.

Avoir de la cope. Avoir un manuscrit à composer.

 COPEAU, s. m. La langue,—dans l'argot des souteneurs de filles.

Lever son copeau. Parler, bavarder.

 COPIE, s. f. Travail plus ou moins littéraire, bon à livrer à l'imprimeur,—dans l'argot des gens de lettres, qui écrivent copiosissimè dans l'intérêt de leur copia.

Faire de la copie. Écrire un article pour un journal ou pour une revue.

Caner sa copie. Ne pas écrire l'article promis.

Pisser de la copie. Écrire beaucoup trop, sur tous les sujets.

Pisseur de copie. Ecrivain qui a une facilité déplorable et qui en abuse pour inonder les journaux ou revues de Paris, des départements et de l'étranger, de sa prose ou de ses vers.

 COQ, s. m. Cuisinier,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans la marine, et qui ne savent pas parler si bien latin, coquus.

 COQUARD, s. m. Œil,—dans l'argot des bouchers.

 COQUARD, s. m. Œuf,—dans l'argot des enfants.

 COQUARDEAU, s. m. Galant que les femmes dupent facilement,—dans l'argot du peuple.

Le mot n'est pas aussi moderne qu'on serait tenté de le croire, car il sort du Blason des fausses amours:

«Se ung coquardeau

Qui soit nouviau

Tombe en leurs mains,

C'est un oyseau

Pris au gluau

Ne plus ne moins.»

 COQUARDER, v. n. Alvum deponere. Argot des faubouriens. (V. Coquard et Pondre un œuf.)

 COQUER, v. a. Dénoncer,—dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté à l'argot lyonnais ce mot qui signifie embrasser, comme fit Judas Iscariote pour Jésus.

 COQUER, v. a. Donner,—dans le même argot.

Coquer la camouffle. Présenter la chandelle.

Coquer la loffitude. Donner l'absolution.

Coquer le poivre. Empoisonner.

Coquer le taf. Faire peur.

 COQUEUR, s. m. Dénonciateur.

 COQUEUR DE BILLE, s. m. Bailleur de fonds.

 COQUILLARD, s. m. Pèlerin,—dans l'argot des faubouriens.

 COQUILLE, s. f. Lettre mise à la place d'une autre,—dans l'argot des typographes.

 COQUILLON, s. m. Pou,—dans l'argot des faubouriens, qui se rappellent sans doute qu'on donnait autrefois ce nom à un capuchon qui se relevait sur la tête.

 CORBEAU, s. m. Frère de la Doctrine chrétienne,—dans l'argot des faubouriens, qui ont été frappés de l'analogie d'allures qu'il y a entre ces honnêtes instituteurs de l'enfance et l'oiseau du prophète Elie.

 CORBEAU, s. m. Employé des pompes funèbres,—dans le même argot.

 CORBUCHE, s. f. Ulcère,—dans l'argot des voleurs.

Corbuche-lof. Ulcère factice.

 CORDER, v. n. Fraterniser, vivre avec quelqu'un toto corde,—dans l'argot du peuple.

 CORDON BLEU, s. m. Cuisinière émérite. Argot des bourgeois.

 CORNARD, s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante,—dans l'argot du peuple, impitoyable pour les malheurs ridicules et pour les martyrs grotesques.

 CORNEAU, s. m. Bœuf,—dans l'argot des voleurs.

Corneaude. Vache.

 CORNER, v. a. Publier une chose avec éclat; répéter une nouvelle, fausse ou vraie,—dans l'argot du peuple.

Corner une chose aux oreilles de quelqu'un. La lui répéter de façon à lui être désagréable.

 CORNER, v. n. Puer,—dans l'argot des faubouriens, qui font probablement allusion à l'odeur insupportable qu'exhale la corne brûlée.

 CORNET, s. m. Estomac,—dans le même argot.

Se mettre quelque chose dans le cornet. Manger.

N'avoir rien dans le cornet. Être à jeun.

 CORNET D'ÉPICES, s. m. Capucin,—dans l'argot des voleurs.

 CORNICHE, s. f. Chapeau. Argot des faubouriens.

 CORNICHON, s. m. Veau. Argot des voleurs.

 CORNICHON, s. et adj. Nigaud, homme simple, qui respecte les femmes,—dans l'argot de Breda-Street; parfois imbécile,—dans l'argot au peuple, qui juge un peu comme les filles, ses filles.

 CORNIÈRE, s. f. Étable.

 CORNIFICETUR, s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante et qui le regrette tous les jours.

 CORSER, v. a. Multiplier les péripéties,—dans l'argot des gens de lettres; augmenter la force d'un liquide,—dans l'argot des marchands de vin.

 CORSER (Se). Se compliquer, devenir grave. Argot des gens de lettres.

 CORVETTE, s. f. L'Héphestion des Alexandres populaciers,—dans l'argot des voleurs.

 COSSU, adj. Riche,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des gens et des choses.

 COSTEL, s. m. Souteneur de filles,—dans l'argot des voyous.

 COSTIÈRES, s. f. pl. Rainures pratiquées dans le plancher d'un théâtre pour y faire glisser les portants; celles qui avancent sur la scène se ferment au moyen des trappillons.

On dit des objets perdus ou volés au théâtre qu'ils sont tombés dans les costières.

 CÔTE, s. f. Passe difficile de la vie,—dans l'argot des bohèmes, qui s'essoufflent à gravir le Double-Mont.

Être à la côte. N'avoir pas d'argent.

Frère de la côte. Compagnon de misère.

 CÔTE-DE-BœUF, s. f. Sabre d'infanterie,—dans l'argot du peuple.

 COTE G, s. f. Objet de peu de valeur innocemment détourné, en vertu d'un usage immémorial, par les clercs inventoriant une succession. Ce bibelot, ne figurant à aucune cote de l'acte, passe à la cote G, qui me fait l'effet d'être un jeu de mots (cote j'ai).

 CÔTELARD, s. m. Melon à côtes,—dans l'argot des faubouriens.

 CÔTELETTE DE PERRUQUIER, s. f. Morceau de fromage de Brie,—dans l'argot du peuple, qui suppose que les garçons perruquiers n'ont pas un salaire assez fort pour déjeuner à la fourchette comme les gandins.

On dit aussi Côtelette de vache.

Les ouvriers anglais ont une expression du même genre: A welsh rabbit (un lapin du pays de Galles), disent-ils à propos d'une tartine de fromage fondu.

 CÔTELETTES, s. f. pl. Favoris larges par le bas et minces par le haut,—dans le même argot.

 COTERIE, s. f. Compagnon,—dans l'argot des maçons.

 COTILLON, s. m. Fille ou femme,—dans l'argot du peuple.

Aimer le cotillon. Être de complexion amoureuse.

Faire danser le cotillon. Battre sa femme.

 COTON, s. m. Douceur,—dans le même argot.

Elever un enfant dans du coton. Le gâter de caresses.

 COTON, s. m. Coups échangés,—dans l'argot des faubouriens, dont la main dégaine volontiers.

Il y a eu ou il y aura du coton. On s'est battu ou l'on se battra.

 COTON, s. m. Travail pénible, difficulté, souci,—dans le même argot.

Il y a du coton. On aura de la peine à se tirer d'affaire.

 COTRETS, s. m. pl. Jambes,—dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi fumerons.

 COTTE, s. f. Pantalon de toile bleue,—dans l'argot des ouvriers, qui ne le mettent que pour travailler, par-dessus un autre pantalon.

 COUAC, s. m. Prêtre,—dans l'argot des voyous, fils des faubouriens, qui, en croyant dire une plaisanterie et faire une allusion au cri du corbeau, prononcent sérieusement quaker.

 COUCHER, s. m. Homme qui s'attarde volontairement dans une maison où il ne devrait jamais même mettre les pieds.

 COUCHER A LA CORDE, v. n. Passer la nuit dans un de ces cabarets comme il en existait encore, il y a quelques années, assis et les bras appuyés sur une corde tendue à hauteur de ceinture.

 COUCHER BREDOUILLE (Se). Se coucher sans avoir dîné.

 COUCHER DANS LE LIT AUX POIS VERTS, v. n. Coucher dans les champs, à la belle étoile.

 COUCHER EN CHAPON (Se), v. réfl. Se coucher repu de viande et de vin,—dans l'argot du peuple.

 COUCOU, s. m. Cocu,—par antiphrase.

Faire coucou. Tromper un homme avec sa femme.

On dit aussi Faire cornette, quand c'est la femme qui est trompée.

 COUCOU, s. m. Montre,—dans l'argot des voleurs, qui confondent à dessein avec les horloges de la Forêt-Noire.

Ils disent mieux Bogue.

 COUDE, s. m. Permission,—dans l'argot des voyous.

Prendre sa permission sous son coude. Se passer de permission.

 COUENNE, s. et adj. Imbécile, niais, homme sans énergie,—dans l'argot des faubouriens, qui pensent comme Emile Augier (dans la Ciguë), que «les sots sont toujours gras».

 COUENNE, s. f. Chair,—dans l'argot du peuple.

Gratter la couenne à quelqu'un. Le flatter, lui faire des compliments exagérés.

 COUENNE DE LARD, s. f. Brosse,—dans le même argot.

 COUENNES, s. f. pl. Joues pendantes.

 COULE, s. f. Les dégâts, les petits vols que commettent les employés, les ouvriers, les domestiques d'une maison, et spécialement les garçons de café, parce que c'est par là souvent qu'on coule une maison.

On dit aussi Coulage.

Veiller à la coule. Veiller sur les domestiques, avoir l'œil sur les garçons de café et autres, pour empêcher la dilapidation.

 COULE (Être à la). Être d'un aimable caractère, d'un commerce agréable, doux, coulant,—dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Savoir tirer son épingle du jeu; être dupeur plutôt que dupé; préférer le rôle de malin à celui de niais, celui de marteau à celui d'enclume.

 COULER (En). En conter aux gens crédules, dans le même argot.

 COULER DOUCE (Se la), v. réfl. Vivre sans rien faire, sans souci d'aucune sorte,—dans l'argot du peuple, qui ne serait pas fâché de vivre de cette façon-là, pour changer.

 COULEUR, s. f. Menterie, conte en l'air,—dans l'argot du peuple, qui s'est probablement aperçu que, chaque fois que quelqu'un ment, il rougit, à moins qu'il n'ait l'habitude du mensonge.

Monter une couleur. Mentir.

Au XVIIe siècle on disait: Sous couleur de, pour Sous prétexte de. Or, tout prétexte étant un mensonge, il est naturel que tout mensonge soit devenu une couleur.

 COULEUR, s. f. Opinion politique. Même argot.

 COULEUVRE, s. f. Femme enceinte,—dans l'argot des voyous, qui, probablement, font allusion aux lignes serpentines de la taille d'une femme en cette «position intéressante».

 COULIANT, s. m. Lait,—dans l'argot des voleurs.

 COULOIR, s. m. Le gosier,—dans l'argot des faubouriens, qui en lavent les parois à grands coups de vin et d'eau-de-vie, sans redouter l'humidité.

Chelinguer du couloir. Fetidum halitum emittere.

 COUPAILLON, s. m. Coupeur maladroit, inexpérimenté. Argot des tailleurs.

 COUP D'ARROSOIR, s. m. Verre de vin bu sur le comptoir du cabaretier. Argot des faubouriens.

 COUP DE BOUTEILLE, s. m. Rougeur du visage, coup de sang occasionné par l'ivrognerie,—dans l'argot du peuple.

 COUP DE CANIF, s. m. Infidélité conjugale,—dans l'argot des bourgeois.

Donner un coup de canif dans le contrat. Tromper sa femme ou son mari.

 COUP DE CASSEROLE, s. m. Dénonciation,—dans l'argot des voleurs.

 COUP DE CHASSELAS, s. m. Demi-ébriété,—dans l'argot du peuple.

Avoir un coup de chasselas. Être en état d'ivresse.

 COUP DE CHIEN, s. m. Traîtrise, procédé déloyal et inattendu,—dans le même argot.

 COUP DE FEU, s. m. Moment de presse.

 COUP DE FEU DE SOCIÉTÉ, s. m. Dernier degré de l'ivresse,—dans l'argot des typographes.

 COUP DE FOURCHETTE, s. m. Déjeuner. Argot des bourgeois.

Donner un coup de fourchette. Manger.

 COUP DE FOURCHETTE, s. m. Vol à l'aide de deux doigts seulement.

 COUP DE FOURCHETTE, s. m. Coup donné dans les deux yeux avec les deux doigts qui suivent le pouce de la main droite. Argot des faubouriens.

 COUP DE GAZ, s. m. Coup de vin. Argot des faubouriens.

 COUP DE PIED DE JUMENT, s. m. Maladie désagréable,—dans l'argot du peuple.

 COUP DE PIED DE VÉNUS, s. m. «Trait empoisonné lancé par le fils de Cythérée au nom de sa mère»,—dans l'argot des bourgeois, qui connaissent leur mythologie.

 COUP DE PISTOLET, s. m. Opération isolée et sans suite, mais destinée cependant à faire un peu de bruit.

Coup de pistolet dans l'eau. Affaire ratée.

 COUP DE POING DE LA FIN, s. m. Mot ironique ou cruel, qu'on lance à la fin d'une conversation ou d'un article. Argot des gens de lettres.

 COUP DE RAGUSE, s. m. Traîtrise, acte déloyal, trahison,—dans l'argot des ouvriers, chez qui le souvenir de la défection de Marmont est toujours vivant. C'est pour eux ce qu'est le coup de Jarnac pour les lettrés.

 COUP DE RIFLE, s. m. Ivresse,—dans l'argot des typographes.

 COUP DE SOLEIL, s. m. Demi-ébriété,—dans l'argot des faubouriens, que le vin allume et dont il éclaire le visage.

 COUP DE TAMPON, s. m. Coup de poing. Argot du peuple.

 COUP DE TORCHON, s. m. Baiser,—dans l'argot des faubouriens, qui sans doute, veulent parler de ceux qu'on donne aux femmes maquillées, dont alors les lèvres essuientle visage.

 COUP DE TORCHON (Se donner un), v. réfl. Se battre en duel ou à coups de poing, comme des gentilshommes ou comme des goujats.

C'est une façon comme une autre d'essuyer l'injure reçue. Même argot.

 COUP DE TRENTE-TROIS CENTIMÈTRES, s. m. Coup de pied. Argot calembourique des faubouriens.

 COUP DE VAGUE, s. m. Vol improvisé.

 COUP DU LAPIN, s. m. Coup féroce que se donnent parfois les voyous dans leurs battures. Il consiste à saisir son adversaire, d'une main par les testicules, de l'autre par la gorge, et à tirer dans les deux sens: celui qui est saisi et tiré ainsi n'a pas même le temps de recommander son âme à Dieu. (V. la Gazette des Tribunaux, mai 1864.)

 COUP DU LAPIN, s. m. Coup plus féroce encore, que la nature vous donne vers la cinquantième année, à l'époque de l'âge critique.

Recevoir le coup du lapin. Vieillir subitement du soir au lendemain; se réveiller avec des rides et les cheveux blancs.

Signifie aussi au figuré: Coup de grâce.

 COUP DU MÉDECIN, s. m. Le verre de vin que l'on boit immédiatement après le potage,—dans l'argot des bourgeois, qui disent quelquefois: «Encore un écu de six francs retiré de la poche du médecin!» Mais dans ce cas, quelque convive prudent ne manque jamais d'ajouter: «Oui... et jeté dans la poche du dentiste!»

 COUP DUR, s. m. Obstacle imprévu; désagrément inattendu,—dans l'argot du peuple.

 COUPE, s. f. Misère,—dans l'argot des voleurs, qui y tombent souvent par leur faute (culpa).

 COUPE-CHOUX, s. m. Sabre de garde national,—dans l'argot du peuple, qui suppose cette arme inoffensive et tout au plus bonne à servir de sécateur.

 COUPE-CUL (A), adv. Sans revanche,—dans l'argot des faubouriens.

 COUPE-FICELLE, s. m. Artificier,—dans l'argot des artilleurs.

 COUPELARD, s. m. Couteau,—dans l'argot des prisons.

 COUPER, v. a. Passer devant une voiture,—dans l'argot des cochers, qui se plaisent à se blesser ainsi entre eux.

 COUPER (La), v. a. Etonner quelqu'un désagréablement en lui enlevant sa maîtresse, son emploi, n'importe quoi, au moment où il s'y attendait le moins.

Le mot date de la maréchale Lefebvre.

On dit volontiers comme elle: Cela te la coupe!

 COUPER (Se), v. réfl. Faire un lapsus linguæ compromettant dans la conversation; commencer un récit scabreux à la troisième personne, et le continuer, sans s'en apercevoir, à la première.

 COUPER CUL, v. n. Abandonner le jeu,—dans l'argot des joueurs.

 COUPER DANS LE PONT, v. n. Donner dans le panneau, croire à ce qu'on vous raconte,—par allusion au pont que font les Grecs en pliant les cartes à un endroit déterminé, de façon à guider la main du pigeon dans la portion du jeu où elle doit couper sans le vouloir.

 COUPER DEDANS, v. n. Se laisser tromper, accepter pour vraie une chose fausse. Argot du peuple.

 COUPER LA GUEULE A QUINZE PAS, v. a. Avoir une haleine impossible à affronter, même à une distance de quinze pas,—dans l'argot des faubouriens, impitoyables pour les infirmités qu'ils n'ont point.

 COUPER LA QUEUE A SON CHIEN, v. a. Faire quelque excentricité bruyante et publique, de façon à attirer sur soi l'attention des badauds,—stratagème renouvelé des Grecs.

 COUPER LE TROTTOIR, v. n. Forcer quelqu'un qui vient sur vous à descendre sur la chaussée, en marchant comme s'il n'y avait personne; ou bien, de derrière passer devant lui sans crier gare.

 COUPER LE SIFFLET A QUELQU'UN, v. a. Le faire taire en parlant plus fort que lui, ou en lui prouvant clairement qu'il a tort, qu'il se trompe.

Signifie aussi Tuer.

 COUPER LES VIVRES. Supprimer tout envoi d'argent ou de pension,—dans l'argot des étudiants, qui n'en meurent pour cela ni de faim ni de soif.

 COUPE-SIFFLET, s. m. Couteau.

 COUPLET DE FACTURE, s. m. Composé uniquement en vue de l'effet, avec des rimes riches et redoublées. Argot des coulisses.

 COUPS DE MANCHE, s. m. Mendiant qui va à domicile porter des lettres-circulaires dans lesquelles il se dépeint comme zouave pontifical, ancien exilé, artiste sans commandes, homme de lettres sans éditeurs,—selon le quartier et la victime choisis.

 COURAILLER, v. n. Faire le libertin,—dans l'argot des bourgeois.

 COURANT, s. m. Truc, secret, affaire mystérieuse,—dans l'argot du peuple.

Connaître le courant. Savoir de quoi il s'agit.

Montrer le courant. Initier quelqu'un à quelque chose.

 COURANTE, s. f. Fluxus ventris,—dans l'argot des bourgeois.

 COURBE, s. f. Épaule,—dans l'argot des voleurs.

Courbe de maxne. Epaule de mouton.

 COUREUR, s. m. Libertin,—dans l'argot des bourgeois.

 COUREUSE, s. f. Fille ou femme qui a plus souci de son plaisir que de sa réputation et qui hante plus les bals que les églises.

 COUREUSE, s. f. Plume à écrire,—dans l'argot des voleurs.

 COURIR, v. n. Libertiner,—dans l'argot des bourgeois.

On dit aussi Courir la gueuse et Courir le guilledou.

 COURIR (Se la). S'en aller de quelque part, s'enfuir,—dans l'argot des faubouriens.

 COURSIER, s. m. Cheval,—dans l'argot des académiciens.

Coursier de fer. Locomotive.

 COURTANGE, s. f. La Courtille,—dans l'argot des voyous.

 COURTAUD DE BOUTANCHE, s. m. Commis de magasin,—dans l'argot des voleurs.

 COUSIN DE MOÏSE, s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante,—dans l'argot du peuple, qui fait allusion aux deux lignes de feu dont sont ornées les tempes du législateur des Hébreux.

 COUSINE, s. f. L'Héphestion des Alexandres de bas étage,—dans l'argot du peuple.

 COUSINE DE VENDANGE, s. f. Fille ou femme qui fait volontiers débauche au cabaret,—dans le même argot.

 COUSSE DE CASTU, s. m. Infirmier d'hôpital,—dans l'argot des voleurs.

J'ai vu écrit conce de castus dans le vieux dictionnaire d'Olivier Chéreau, avec cette définition conforme du reste à la précédente: «Celuy qui porte les salletés de l'hospital à la rivière.»

Cousse ne signifie rien, tandis que conce est une antiphrase ironique et signifie parfumé (de l'italien concio).

 COÛTER LES YEUX DE LA TÊTE, v. n. Extrêmement cher,—dans l'argot des bourgeois.

 COÛTER UNE PEUR ET UNE ENVIE DE COURIR, v. n. Absolument rien, ce que coûtent les objets volés. Argot des faubouriens.

 COUTURASSE, s. f. Couturière,—dans l'argot des voyous.

 COUTURIÈRE, s. f. Courtilière, insecte des jardins,—dans l'argot des enfants, qui ne sont pas très forts en entomologie.

 COUVERCLE, s. m. Chapeau,—dans l'argot des faubouriens, qui prennent l'homme pour un pot.

 COUVERT DE CONSEILLER, s. m. Couvert d'argent démarqué,—dans l'argot des voleurs.

On dit de même Linge de conseiller pour linge volé et démarqué.

 COUVRE-AMOUR, s. m. Chapeau d'homme, quelque forme qu'il affecte,—dans l'argot facétieux des bourgeois, qui voudraient faire croire que leur tête est le siège des passions.

 COUVREUR, s. m. Celui qui ouvre et ferme les portes—dans l'argot des francs-maçons.

 COUVRIR LA JOUE, v. a. Donner un soufflet,—dans l'argot des bourgeois.

 COUVRIR LE TEMPLE, v. a. Fermer les portes,—dans l'argot des francs-maçons.

Faire couvrir le temple à un frère. Le faire sortir.

 COUYON, s. m. Lâche, paresseux,—dans l'argot du peuple, qui mouille l'y d'une façon partiticulière.

 COUYONNADE, s. m. Farce, mauvais tour.

Signifie aussi Niaiserie, chose de peu d'importance.

 COUYONNER, v. n. Manquer de courage.

Signifie aussi Se moquer.

 CCouyonner quelqu'un, v. a. Le faire aller, se moquer de lui.

Signifie aussi: Importuner, agacer,—probris lacessere.

 CRABOSSER, v. n. Bossuer un chapeau, un carton,—dans l'argot des bourgeois.

D'aucuns disent encore comme du temps de Rabelais, Cabosser.

 CRAC-CRIC-CROC, s. m. Onomatopée à l'usage du peuple lorsqu'il veut rendre le bruit d'une chose qui se déchire pièce par pièce, ou qu'il broie avec ses dents.

 CRACHÉ, adj. Ressemblant,—dans l'argot du peuple, à qui La Fontaine et Voltaire ont fait l'honneur d'emprunter cette expectoration.

On dit: C'est lui tout craché. ou C'est son portrait tout craché.

 CRACHER, v. n. Parler.—dans l'argot des ouvriers.

 CRACHER AU BASSINET, v. n. Être forcé de payer,—dans l'argot du peuple.

 CRACHER BLANC, v. n. Avoir soif, pour s'être enivré trop la veille,—dans l'argot du peuple, qui employait cette expression du temps de Rabelais.

On dit aussi Cracher du coton et Cracher des pièces de dix sous.

 CRACHER SES DOUBLURES, v. a. Rendre ses poumons par fragments,comme font les poitrinaires. Même argot.

 CRACHER SON AME, v. a. Mourir,—dans l'argot des infirmiers, qui ne se doutent guère qu'ils emploient là une des plus énergiques expressions latines: Vomere animam, dit Lucrèce. Chrysanthus animam ebulliit, dit un des convives du festin de Trimalcion.

 CRACHER SUR QUELQUE CHOSE, v. n. En faire mépris,—dans l'argot du peuple, qui emploie plus ordinairement cette expression avec la négative: Il ne crache pas sur la vendange, c'est-à-dire il aime le vin.

 CRACHOIR, s. m. Action de bavarder,—dans le même argot.

Tenir le crachoir. Parler.

Abuser du crachoir. Abuser de la facilité qu'on a à parler et de l'indulgence des gens devant qui l'on parle.

 CRAMPER, v. n. Courir,—dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi Tirer sa crampe.

 CRAMPER (Se), v. réfl. Se cramponner, au propre et au figuré,—dans le même argot.

 CRAMPON, s. m. Homme ennuyeux qui ne lâche pas sa victime et qu'on tuerait sur place,—si le Code ne punissait pas le meurtre, même dans le cas de légitime défense.

 CRÂNE, s. m. Homme audacieux,—dans l'argot du peuple.

Faire son crâne. Faire le fanfaron.

 CRÂNE, adj. Superlatif de Beau, de Fort, d'Eminent, de Bon.

Avoir un crâne talent. Avoir beaucoup de talent.

 CRÂNEMENT, adv. Beaucoup, supérieurement, fortement.

Avoir crânement de talent. En avoir beaucoup.

 CRÂNEUR, s. m. Homme audacieux, ou plutôt fanfaron d'audace.

Faire son crâneur. Parler ou marcher avec aplomb, comme un homme qui ne craint rien.

 CRAPAUD, s. m. Mucosité sèche du nez,—dans l'argot des voyous.

 CRAPAUD, s. m. Cadenas,—dans l'argot des voleurs, qui ont trouvé là une image juste.

 CRAPAUD, s. m. Petit fauteuil bas,—dans l'argot des tapissiers.

 CRAPAUD, s. m. Bourse,—dans l'argot des soldats.

 CRAPAUD, s. m. Apprenti, petit garçon,—dans l'argot des faubouriens.

 CRAPOUSSIN, s. m. Homme de petite taille et de peu d'apparence,—dans le même argot.

 CRAPULADOS, s. m. Cigare de cinq centimes.—dans le même argot.

 CRAQUE, s. f. Menterie,—dans l'argot des enfants et des faubouriens qui ont vu jouer sans doute le Monsieur de Crac dans son petit castel, de Colin d'Harleville.

 CRAQUELIN, s. m. Homme chétif,—dans l'argot des marins, qui d'un coup de poing feraient craquer les os à de plus solides.

 CRAQUER, v. n. Mentir, gasconner à la parisienne.

 CRAQUEUR, s. m. Menteur, Gascon,—de Paris.

 CRASSE, s. m. Lésinerie, indélicatesse,—dans l'argot du peuple, pour qui il semble que les sentiments bas soient l'ordure naturelle des âmes non baptisées par l'éducation.

 CRASSE, s. f. Pauvreté; abjection,—dans le même argot.

Tomber dans la crasse. Déchoir de rang, de fortune; de millionnaire devenir gueux, et d'honnête homme coquin.

 CRASSE DU COLLÈGE, s. f. Manières gauches, empruntées, mêlées de pédantisme,—dans l'argot des gens de lettres.

 CRASSEUX, adj. et s. Avare.

 CRAVATE DE CHANVRE, s. f. Corde,—dans l'argot du peuple.

 CRAVATE DE COULEUR, s. f. Arc-en-ciel,—dans l'argot des faubouriens.

 CRÉATEUR, s. m. Peintre,—dans l'argot des voleurs, qui ont parfois le sens admiratif.

 CRÉATURE, s. f. Synonyme péjoratif de Fille,—dans l'argot des bourgeois.

 CREDO, s. m. Potence,—dans l'argot des voleurs, qu'ils aient voulu faire soit une anagramme de Corde, soit une allusion à la confession du condamné à mort, qui récite son Credo avant de réciter son meâ culpâ.

 CREDO, s. m. Aveu,—dans l'argot des ouvriers, qui ne sont pas tenus de savoir le latin.

Faire son credo. Avouer franchement ses torts.

 CRÈME, s. f. Superlatif de Bon, de Beau, de Fort,—dans l'argot des bourgeois.

La crème des hommes. Le meilleur des hommes.

 CRÊPER LE CHIGNON (Se). Se gourmer, échanger des coups, s'arracher mutuellement les cheveux,—dans l'argot du peuple.

 CRÉPINE, s. f. Bourse,—dans l'argot des voleurs qui savent que les premières bourses ont été des aumônières et que saint Crépin est le patron du cuir.

 CRÉTIN, s. m. Rival littéraire ou artistique,—dans l'argot des peintres et des gens de lettres.

Ils disent aussi goitreux.

 CRÉTINISER (Se), v. réfl. Faire toujours la même chose, avoir les mêmes habitudes,—dans le même argot.

 CREUX, s. m. Voix,—dans l'argot du peuple.

Bon creux. Belle voix, claire, sonore.

Fichu creux. Voix brisée, défaillante, qui «sent le sapin».

 CREUX, s. m. Maison, logis quelconque,—dans l'argot des voyous.

Les voyous anglais disent de même Ken, apocope de Kennel (trou, terrier).

 CREVAISON, s. f. Agonie,—dans l'argot du peuple.

Faire sa crevaison. Mourir.

 CREVANT, adj. Ennuyeux,—dans l'argot des petites dames.

 CREVARD, s. m. Enfant mort-né,—dans l'argot des voyous.

 CREVÉ, s. m. Homme maigre pâle, ruiné de corps et d'âme,—dans l'argot des ouvriers.

Petit crevé. Synonyme de gandin.

 CREVER, v. a. Battre,—à tuer, souvent. Argot des faubouriens.

 CREVER, v. a. Congédier, renvoyer,—dans l'argot des typographes.

 CREVER (Se), v. réfl. Manger avec excès, à en mourir,—dans l'argot du peuple.

 CREVER L'œIL au diable, v. a. Réussir malgré les envieux, faire du bien malgré les ingrats,—dans le même argot.

 CREVETTE, s. f. Petite dame de Breda-Street.

Mot de création tout à fait récente.

 CRIAILLER, v. n. Crier toujours, quereller de paroles,—dans l'argot du peuple.

 CRIBLER, v. n. Crier,—dans l'argot des voleurs.

Cribler à la chienlit ou au charron. Crier au voleur.

Cribler à la grive. Avertir un camarade, en train de travailler, de l'arrivée de la police ou d'importuns quelconques.

 CRIBLEUR DE LANCE, s. m. Porteur d'eau.

 CRIBLEUR DE MALADES, s. m. Celui qui, dans une prison, est chargé d'appeler les détenus au parloir.

 CRIC, s. m., ou CRIQUE, s. f. Eau-de-vie de qualité inférieure,—dans l'argot des faubouriens.

 CRIC-CROC! A ta, ou A votre santé!—dans l'argot du peuple et des voleurs.

 CRIER A LA GARDE, v. n. Se plaindre mal à propos,—comme les gens qui font déranger les hommes d'un poste à propos de rien. Argot du peuple.

 CRIER AU VINAIGRE, v. n. Appeler au secours. Même argot.

 CRIER AUX PETITS PATÉS, v. n. Se dit—dans le même argot—d'une femme en mal d'enfant, qui se plaint d'abord comme Gargamelle faisant le même vœu impie qu'elle, et, après remerciant Dieu et son Grandgousier.

 CRIGNE, s. f. Viande,—dans l'argot des voleurs et des filles.

Ne serait-ce pas une contraction de carogne, mot dérivé du latin caro?

D'un autre côté, je trouve crie et criolle dans le dictionnaire d'Olivier Chéreau, et Bouchet lui donne la signification de Lard. Auquel entendre?

 CRIGNOLIER, s. m. Boucher.

 CRIN, s. m. Personne désagréable d'aspect et de langage.—dans l'argot du peuple.

Être comme un crin. Être de mauvaise humeur.

 CRIN-CRIN, s. m. Violon de barrière,—dans l'argot du peuple.

 CRINS, s. m. pl. Cheveux,—dans l'argot du peuple, qui n'est pas aussi irrespectueux qu'on pourrait le croire au premier abord, puisque La Fontaine a dit:

«Fille se coiffe volontiers

D'amoureux à longue crinière.»

 CRIQUET, s. m. Homme de petite taille, qui ne compte pas plus qu'un grillon,—dans l'argot du peuple, qui s'incline volontiers devant la Force et méprise volontiers la Faiblesse.

 CRIS DE MERLUCHE, s. m. pl. Cris épouvantables,—comme ceux que poussait Mélusine, la pauvre belle serpente dont Jean d'Arras nous a conservé la touchante histoire.

On dit aussi Crier comme une merlusine.

 CRISTALLISER, v. n. Flâner, se reposer,—dans l'argot des Polytechniciens.

 CROCHER (Se), v. réfl. Se battre à coups de poing et de pied, comme les crocheteurs,—dans l'argot des bourgeois.

 CROCHER UNE PORTE, v. a. La crocheter,—dans l'argot du peuple.

 CROCODILE, s. m. Homme de mauvaise foi ou d'un commerce désagréable,—dans le même argot.

Signifie aussi Créancier.

 CROCS, s. m. pl. Dents,—dans l'argot des faubouriens, qui assimilent volontiers l'homme au chien.

 CROIRE LE PREMIER MOUTARDIER DU PAPE (Se). Se donner des airs d'importance, faire le suffisant, l'entendu,—dans l'argot du peuple, qui a ouï parler du cas que les papes, notamment Clément VII, faisaient de leurs fabricants de moutarde, justement enorgueillis.

 CROMPER, v. a. Sauver quelqu'un,—dans l'argot des prisons.

Cromper sa sorbonne. Sauver sa tête de la guillotine.

 CROMPIRE, s. f. Pomme de terre,—dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot à la Belgique.

 CROQUE-AU-SEL (A la), adv. Aussi simplement que possible,—au propre et au figuré.

 CROQUE-MORT, s. m. Employé des pompes funèbres,—dans l'argot sinistre du peuple.

 CROQUENEAUX, s. m. pl. Souliers,—dans l'argot des faubouriens, qui les font croquer quand ils sont neufs.

Croqueneaux verneaux. Souliers vernis.

 CROQUER, v. n. Faire crier les souliers en marchant,—dans l'argot des enfants et des ouvriers.

 CROQUER, v. a. Dessiner à la hâte,—dans l'argot des artistes.

 CROQUER LE MARMOT. Attendre en vain,—dans l'argot du peuple.

 CROQUET, s. m. Homme d'humeur cassante,—dans le même argot.

Être comme un croquet. Se fâcher sous le moindre prétexte.

 CROSSE, s. f. Avocat général, ministère public,—dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi Crosseur.

 CROSSER, v. n. Sonner,—dans le même argot.

Douze plombes crossent: il est midi ou minuit.

 CROSSER QUELQU'UN, v. a. Médire de lui avec violence, user ses crocs contre sa réputation,—ou jouer avec elle comme les enfants avec la pierre qu'ils chassent devant eux avec la crosse.

 CROSSEUR, s. m. Sonneur de cloches.

 CROTTE, s. f. Misère, abjection,—dans l'argot du peuple.

Tomber dans la crotte. Se ruiner, se déshonorer,—se salir l'âme et la conscience.

Vivre dans la crotte. Mener une vie crapuleuse.

On n'est jamais sali que par la crotte. On ne reçoit d'injures que des gens grossiers.

 CROTTE D'ERMITE, s. f. Poire cuite,—dans l'argot des voleurs.

 CROUPIONNER, v. n. Faire des effets de crinoline,—dans l'argot des faubouriens.

 CROUPIR DANS LE BATTANT, v. n. Se dit d'une indigestion qui se prépare, par suite d'une trop grande absorption de liquide ou de solide.

 CROÛTE, s. f. Tableau mal peint et mal dessiné,—dans l'argot des artistes, qui doivent employer ce mot depuis longtemps, car on le trouve dans les Mémoires secrets de Bachaumont.

 CROÛTON, s. m. Peintre médiocre, qui arrivera peut-être à l'Institut, mais jamais à la célébrité.

 CROÛTONNER, v. n. Peindre détestablement.

 CRUCHE, s. et adj. Imbécile,—dans l'argot du peuple.

Il dit aussi Cruchon.

 CRUCIFIX A RESSORT, s. m. Poignard ou pistolet,—dans l'argot des voleurs.

 CUCURBITACÉ, s. m. Imbécile,—dans l'argot des vaudevillistes, qui prennent des mitaines d'érudits pour appeler les gens melons, ayant lu la satire XIV de Juvénal et le chapitre XXXIX du Satyricon de Pétrone.

 CUIR, s. m. Peau,—dans l'argot du peuple.

Tanner le cuir. Battre.

 CUIR, s. m. Liaison brutale de deux mots, emploi exagéré des t,—dans l'argot des bourgeois, qui se moquent du peuple à cause de cela, sans se douter que cela a fait longtemps partie du langage macaronique.

 CUIRASSIER, s. m. Faiseur de cuirs, homme qui parle mal.

 CUIR DE BROUETTE, s. m. Bois,—dans l'argot du peuple.

Avoir le dessous des arpions doublé en cuir de brouette. Avoir le dessous des pieds aussi dur que du bois.

 CUIR DE POULE, s. m. Gants de femme légers,—dans l'argot des ouvriers gantiers, qui pourtant savent bien que les gants sont faits de peau de chevreau ou d'agneau.

 CUIRE DANS SON JUS, v. n. Avoir très chaud, jusculentus,—dans l'argot du peuple.

 CUISINE, s. f. La préfecture de police,—dans l'argot des voleurs, qui y sont amenés sur les dénonciations des cuisiniers ou coqueurs.

 CUISINE, s. f. Tout ce qui concerne l'ordonnance matérielle d'un journal,—dans l'argot des gens de lettres.

Connaître la cuisine d'un journal. Savoir comment il se fait, par qui il est rédigé et quels en sont les bailleurs de fonds réels.

Faire la cuisine d'un journal. Être chargé de sa composition, c'est-à-dire de la distribution des matières qui doivent entrer dedans, en surveiller la mise en page, la correction des épreuves, etc.

 CUISINE A L'ALCOOL (Faire sa). Boire souvent de l'eau-de-vie,—dans l'argot du peuple.

 CUISINIER, s. m. Dénonciateur,—dans l'argot des prisons.

(V. Coqueur et Mouton.)

Signifie aussi Agent de police.

 CUISINIER, s. m. Avocat,—dans l'argot des voleurs, qui ont eu de fréquentes occasions de constater l'habileté avec laquelle leurs défenseurs savent arranger leur vie avariée, de façon à la rendre présentable à leurs juges.

 CUIT (Être), v. p. Être condamné,—dans le même argot.

 CUITE, s. f. Ivresse,—dans l'argot du peuple.

Avoir sa cuite ou une cuite. Être saoul.

 CUIVRE, s. m. Monnaie,—dans le même argot.

 CUIVRES, s. m. pl. Les instruments de cuivre, sax-horn, clairons, etc.,—dans l'argot des troupiers et des orphéonistes.

 CUL A FAUTEUIL, s. m. Académicien,—dans l'argot incongru des faubouriens.

Ils disent aussi Enfant de la fourchette, Mal choisi et Quarantier.

 CULBUTE, s. f. Pantalon,—dans l'argot des voleurs.

 CULBUTE, s. f. Faillite,—dans l'argot des bourgeois.

Faire la culbute. Faire banqueroute.

 Cul de plomb, s. m. Bureaucrate,—dans l'argot des bourgeois.

 CUL DE PLOMB, s. m. Employé sans capacité ou sans ambition, destiné à mourir simple expéditionnaire,—dans l'argot des bureaucrates, qui se rêvent tous le titre de chef de division comme bâton de maréchal.

 CUL GOUDRONNÉ, s. m. Matelot,—dans l'argot du peuple.

 CULOTTE, s. f. Nombre considérable de points, au jeu de dominos,—dans l'argot des bourgeois.

Attraper une culotte. Se trouver à la fin d'une partie, à la tête d'un grand nombre de dominos qu'on n'a pu placer.

 CULOTTE (Avoir une). Être complètement ivre,—dans l'argot des faubouriens, qui, par cette expression, font certainement une allusion scatologique, car l'ivrogne ne sait pas toujours ce qu'il fait...

On dit aussi Prendre une culotte.

 CULOTTÉ, adj. Bronzé, aguerri, rompu au mal et à la misère,—comme une pipe qui a beaucoup servi.

 CULOTTÉ (Être). Être complètement gris,—pour s'être donné une culotte.

 CULOTTER, v. n. Noircir,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe spécialement à propos des pipes fumées.

 CULOTTER (Se). Se griser.

On dit aussi Se culotter le nez.

 CULOTTER (Se). Avoir, par suite d'excès de tous genres, le visage d'un rouge brique,—comme cuit au feu des passions.

 CULOTTER (Se). S'aguerrir, s'accoutumer au mal, à la fatigue, à la misère, aux outrages des hommes et de la destinée.

Signifie aussi: Vieillir, devenir hors de service.

 CULOTTEUR DE PIPES, s. m. Pilier d'estaminet, rentier suspect, vaurien,—dans l'argot des bourgeois.

 CUL ROUGE, s. m. Soldat,—dans l'argot des faubouriens, qui font allusion au pantalon garance.

 CUL TERREUX, s. m. Paysan,—dans l'argot des faubouriens; Jardinier de cimetière,—dans l'argot des marbriers.

 CUPIDON, s. m. Chiffonnier,—dans l'argot des faubouriens, qui font allusion à son carquois d'osier.

On dit mieux: Vieux Cupidon.

 CURIEUX, s. m. Le juge d'instruction,—dans l'argot des voleurs, qui, en effet, n'aiment pas à être interrogés et veulent garder pour eux leurs petits secrets.

 CYMBALE, s. f. Lune,—dans le même argot. Sans doute par une ressemblance de forme et de couleur entre cet astre et les gongs de notre musique militaire.

On l'appelle aussi Moucharde.

D

 DAB, s. m. Roi, et, plus particulièrement Père,—dans l'argot des voleurs.

Les Anglais ont le même mot pour signaler un homme consommé dans le vice: A rum dabe disent-ils.

 DAB, s. m. Maître, dans l'argot des domestiques; Patron,—dans l'argot des faubouriens.

 DABESSE, s. f. Reine.

 DABICULE, s. m. Fils du patron.

 DABOT, s. m. Préfet de police.

 DABUCHE, s. f. Mère, nourrice.

 DACHE, s. m. Diable,—dans l'argot des voleurs, qui pourtant ne croient ni à Dieu ni à diable.

Envoyer à dache. Envoyer promener, envoyer au diable.

Les ouvriers emploient aussi cette expression.

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17 January 2025
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790 p. 1 illustration
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4064066078010
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