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Anacreon

Odes d'Anacréon

Traduction littérale et rythmique


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066083953

Table des matières

AVERTISSEMENT

Odes d'Anacréon

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

XXI

XXII

XXIII

XXIV

XXV

XXVI

XXVII

XXVIII

XXIX

XXX

XXXI

XXXII

XXXIII

XXXIV

XXXV

XXXVI

XXXVII

XXXVIII

XXXIX

I

II

III

IV

V

VI

VII

XL

XLI

XLII

XLIII

XLIV

XLV

XLVI

XLVII

XLVIII

XLIX

L

LI

LII

LIII

LIV

LV

LVI

LVII

LVIII

I

II

III

LIX

LX

LXI

LXII

LXIII


AVERTISSEMENT

Table des matières

Dussions-nous scandaliser les admirateurs de M. Patin (il en a, paraît-il), nous proclamerons très haut cette vérité stupéfiante, paradoxe d'aujourd'hui, qui triomphera demain:

«Les Poètes anciens n'ont pas encore été traduits.»

De leurs poèmes on nous a tout rendu; tout, excepté ce quelque chose de fugitif et d'ailé, de difficilement saisissable: le rythme, c'est-à-dire l'âme même des vers.

C'est que les traducteurs n'ont pas voulu s'obliger, comme nous, à rendre un vers par une ligne. Ils n'ont pas craint de noyer dans un flot de prose continue et monotone les vers les plus opposés par le sens, les plus nettement distingués par l'intention du poète. Dès lors, que deviennent, dans ce furieux débordement de prose, les repos, les suspensions? Que deviennent les enjambements si familiers aux Grecs, et que les Romantiques n'ont pas inventés; tout ce qui donne enfin au vers son coloris, son mouvement et comme une vie personnelle? Il n'y paraît plus, et la prose de nos traducteurs n'est qu'un Hébrus glacé qui roule les membres épars des Orphées déchirés.

Ainsi M. Patin, le Perrot d'Ablancourt de ce siècle, s'est évertué sur Horace: sa traduction n'est qu'une belle infidélité de plus, si jamais une infidélité put être belle.

Eh bien! nous proscrivons impitoyablement ce système. Nous lui opposons hardiment notre méthode: rendre un vers par une ligne, aussi concise, aussi serrée que lui, fidèle comme un miroir, exacte comme un décalque.

Et cette reproduction quasi photographique, nous ne l'obtenons pas sans peine, croyez-le bien. Il y faut apporter la plus scrupuleuse attention, et comme une religieuse dévotion à son modèle. Pour triompher du texte, il faut docilement s'assujettir à lui, en suivre les inflexions et les méandres, observer les virgules, respecter les lignes du vers, les enjamber avec un mot placé en rejet: servitude heureuse, qui assure la victoire du traducteur. Notre méthode est surtout faite de conscience.

Déjà nous l'avons éprouvée sur les Juvenilia de Théodore de Bèze: nous n'avons pas eu lieu de nous en repentir. Notre éditeur, tout dévoué à la cause de la traduction littérale et rythmique des poètes, a donné, dans ce système, plusieurs chants du Roland furieux. Son ambition et la nôtre serait de traduire ainsi Homère, Pindare, Aristophane, Lucrèce, Virgile, Horace et tous les grands dieux de l'Olympe Grec et Latin.

Nous n'emporterons pas certainement l'approbation, encore moins les prix de l'Académie; mais il nous reste le plaisir d'être des initiateurs et d'ouvrir une voie nouvelle. Et si quelqu'un goûte notre méthode, qu'il la suive et qu'il en use, pour verser en Français un de ces vastes et grands poèmes antiques qui restent encore à traduire, après tant de traducteurs!

Pour cette fois et pour éprouver à nouveau la sûreté, la certitude de notre méthode, nous avons choisi cette parure étincelante de soixante perles fines qui s'appellent les Odes d'Anacréon.

Nous avons voulu donner une juste idée de ce style taillé à facettes par un bijoutier curieux et subtil, et surtout laisser au lecteur l'impression, la sensation qu'il lit des vers.

Aussi avons-nous poussé l'exactitude photographique jusqu'à conserver aux mots l'ordre qu'ils ont dans l'original. Nous avons défendu au vers d'empiéter sur le suivant, et les inversions primitives ont été reproduites, à l'exemple des poètes de la Pléiade.

Nous n'avons pas voulu traduire en vers; mais ce n'est pas notre faute, si la ligne de prose Française, strictement nécessaire à rendre le minuscule vers Grec, nous a donné souvent un vers Français de six ou sept pieds.

D'ailleurs notre prose est rythmée; elle a sa cadence intime comme les vers, et cela devait être. Car l'ode d'Anacréon est une chanson de Béranger, au rythme agile, qui court et danse, comme les jeunes filles du festin Grec, «sur des pieds rapides et délicats.»

A. M.



Odes d'Anacréon
I

Table des matières

LA CITHARE

Je veux chanter les Atrides,

Je veux chanter Cadmus:

Mais ma lyre dans ses cordes

N'a qu'un chant: celui de l'Amour.

Naguère j'ai changé de cordes,

Changé toute ma lyre:

Et moi aussi, je chantais les travaux

D'Hercule; mais, ma lyre

Répondait par des chants d'amour.

Adieu donc désormais,

Héros, puisque ma lyre

Ne chante que les Érôs.

II

Table des matières

LES FEMMES

Nature donna des cornes aux taureaux,

Des sabots aux chevaux,

Des pieds agiles aux lièvres,

Aux lions une gueule énorme,

Aux poissons des nageoires,

Aux oiseaux des ailes,

Aux hommes du cœur;

Elle n'avait plus rien pour les femmes.

Aussi que leur donna-t-elle?—La Beauté,

Plus forte que tous les boucliers,

Plus forte que toutes les lances;

Elle triomphe et du fer

Et du feu, la femme belle.

III

Table des matières

L'AMOUR MOUILLÉ

Naguère, au milieu de la nuit,

Quand l'Ourse déjà tourne

Près de la main du Bouvier,

Et que les races mortelles

Dorment, domptées par le travail;

Érôs, survenant soudain,

Frappait aux verrous de ma porte.

«Qui heurte à ma porte?» criai-je;

«Vous mettez en fuite mes songes.»

Mais Érôs:—«Ouvre», dit-il,

«Je suis un enfant: ne crains pas.

Je suis mouillé, et dans la nuit

Sans lune je suis égaré.»

A ces mots, j'eus pitié.

Ma lampe aussitôt rallumée,

J'ouvris et je vis en effet

Un enfant qui portait un arc,

Des ailes, avec un carquois.

Près du feu je l'assieds,

Dans mes mains je réchauffe

Les siennes, et de sa chevelure

J'exprime l'humidité.

Mais, à peine réchauffé:

«Çà,» dit-il; «essayons

Cet arc, et voyons à quel point

Est endommagée sa corde mouillée.»

Il le bande, et me frappe

En plein cœur, comme un taon.

Puis, avec une gambade et des éclats de rire:

«Mon hôte,» dit-il, «adieu;

Mon arc n'a pas souffert:

C'est ton cœur qui souffrira.»

IV

Table des matières

SUR LUI-MÊME

Sur un lit de myrtes tendres,

D'herbes fleuries de lotos

Répandu, je veux boire.

Qu'Érôs, avec un lien de papyrus

Relevant à son cou la tunique,

M'apporte du vin pur.

Car, comme la roue du char,

Notre vie court emportée:

Nous reposerons, légère

Cendre, et fantôme sans os.

A quoi bon parfumer la tombe

Et verser à la terre de vaines libations?

Mais plutôt, pendant que je vis,

Parfume-moi; couvre ma tête

De roses; appelle l'hétaïre.

Amour, avant de m'en aller

Danser dans les Enfers,

Je prétends dissiper mes soucis.

V

Table des matières

LA ROSE

Amis, mêlons au vin

La rose des Amours:

Attachant à nos tempes

La rose aux belles feuilles,

Buvons, avec le sourire de la volupté.

Rose, ô reine des fleurs,

Rose, amour du Printemps,

Et charme des Dieux mêmes;

Rose, dont le fils de Cythérée

Fait une couronne à ses beaux cheveux,

Pour danser avec les Grâces;

Ceins ma tête et, lyre en main,

Auprès de tes autels, Bacchus,

Avec une fille au sein opulent,

De couronnes de roses

Enguirlandé, j'irai danser.

VI

Table des matières

LE CHANT DU KOMOS

Mariant à nos fronts

Des couronnes de roses,

Nous buvons avec le sourire de la volupté.

Aux sons de la lyre une jeune fille,

Portant des thyrses qui frémissent

Dans leurs tresses de lierre,

Agite ses pieds délicats.

Ce pendant un garçon aux cheveux ondoyants,

Par les trous qui doucement soupirent,

Sur les flûtes s'amuse

A verser des sons harmonieux.

Érôs aux cheveux d'or,

Avec le beau Bacchus,

La belle Cythérée,

Tout joyeux poursuit le festin

Chéri des vieillards.

VII

Table des matières

L'AMOUR COUREUR

Avec une branche d'hyacinthe

Érôs me frappant durement au visage,

M'ordonna de courir avec lui.

Et par les torrents rapides,

Par les taillis, par les ravins,

Je courus: la chaleur m'accablait,

Mon âme à mes lèvres montait;

Un peu plus, et j'étais mort,

Quand Érôs, ventilant mon front

De ses douces ailes, me dit:

«Tu ne sais pas aimer.»

VIII

Table des matières

LE RÊVE

Dans la nuit reposant

Sur des tapis de pourpre,

Égayé par Bacchus,

Je me voyais sur la pointe des pieds

Courant agilement

Et folâtrant avec des jeunes filles;

Puis, raillé par de jeunes hommes

Plus vermeils que Bacchus,

Qui me lançaient des paroles mordantes

A propos de ces belles.

Je voulus les baiser:

Tous alors me quittèrent;

Et, resté seul, infortuné,

Je ne songeai qu'à me rendormir.

IX

Table des matières

LA COLOMBE

«Aimable Colombe,

D'où viens-tu en volant?

Où pris-tu ces parfums

Que, dans les airs où tu cours,

Tu exhales et tu répands?

Qui es-tu? quel soin t'occupe?»

—«Anacréon m'envoie

Vers son amant Bathylle,

De tous les cœurs aujourd'hui

Le souverain et le prince.

Cythérée m'a vendue

Pour une odelette;

C'est moi qu'Anacréon emploie

Pour ses grands messages,

Et tu vois quelles lettres

Je porte pour lui.

Il dit qu'aussitôt revenue,

Il me rendra la liberté:

«Et moi, même affranchie,

Je veux rester près de lui, son esclave.

Qui m'oblige à voltiger

Par les monts et par les champs

Et, sur les arbres perchée,

Manger quelques graines rustiques?

A présent je mange du pain:

Je n'ai qu'à le prendre des mains

D'Anacréon lui-même;

Il me donne à boire

Du vin qu'il s'est versé.

Quand j'ai bu, je sautille

Et de mes ailes j'ombrage

Mon maître;

Jusque sur sa lyre

Posée je m'endors.

«Tu sais tout: adieu.

Tu m'as rendue plus bavarde,

Étranger, qu'une corneille.»

X

Table des matières

L'AMOUR DE CIRE

Un adolescent vendait

Un Amour de cire.

Je vais à lui:

«Combien veux-tu,» lui dis-je,

«Que je te donne de ta figurine?»

Il me répond dans son patois Dorique:

—«Prends-le pour ce que tu veux.

Mais pour t'apprendre à le connaître,

Je ne suis pas faiseur de figures de cire;

Mais je ne veux plus vivre avec

Un Amour capable de tout faire.

—Eh bien! donne, donne-moi donc

Pour une drachme ce charmant coucheur.»

Et toi, Amour, sur-le-champ

Enflamme-moi; sinon,

Je t'enverrai te fondre dans les flammes.

XI

Table des matières

LE GAI VIEILLARD

Les Femmes me disent:

«Anacréon, tu vieillis.

Prends ce miroir, et regarde:

Tu n'as plus de cheveux,

Ton front est dégarni.»

Pour moi, si j'ai des cheveux

Encore, ou si n'en ai plus,

Je ne sais: mais je sais bien

Qu'un vieillard doit d'autant plus

Se donner de l'agrément,

Qu'il est plus voisin de la Parque.

XII

Table des matières

A UN MERLE

Que veux-tu que je fasse,

Dis, merle bavard?

Tes légères ailes, veux-tu

Que je les prenne et je les coupe?

Aimes-tu mieux que de ton bec,

Comme fit le fameux Térée,

Je moissonne la langue?

Pourquoi de mes rêves charmants

Par ton chant matinal

Avoir fait fuir Bathylle?

XIII

Table des matières

FUREUR DE L'AMANT

On dit qu'épris de la belle Cybèle

Athys, ce mâle mutilé,

Fut saisi d'un furieux délire

Qui lui faisait pousser des cris sur les montagnes.

Et ceux qui, sur les collines de Claros,

De Phébus porte-lauriers

Boivent l'onde inspiratrice,

Hurlent, prophètes furieux.

Mais moi, c'est rassasié de vin

Et de parfums

Et de l'amour de ma maîtresse,

Que je veux, oui, je veux délirer.

XIV

Table des matières

L'AMOUR DOMPTEUR

Je veux, je veux aimer.

Amour me conseillait d'aimer:

Mais moi, esprit inconsidéré,

Je n'étais pas persuadé.

Soudain, prenant son arc

Et son carquois d'or,

Il me provoque au combat.

Alors, j'endosse

La cuirasse, comme Achille;

Je prends des javelots avec un bouclier,

Et vais lutter avec l'Amour.

Il lance ses traits: je fuis,

Et, dès qu'il n'a plus de flèches,

Il trépigne, et c'est lui-même

Qui se lance au lieu de trait.

Alors mon cœur se fondit,

Les forces m'abandonnèrent.

En vain je porte un bouclier:

Que sert de combattre au dehors,

Quand l'ennemi est dans la place?

XV

Table des matières

VIVRE SANS ENVIE

Je n'ai cure de Gygès,

Le prince de Sardes;

L'ambition n'est pas mon fait,

Et je n'envie pas les rois.

Mon souci, c'est d'arroser

Ma barbe de parfums;

Mon souci, c'est d'enguirlander

Ma tête de roses.

Aujourd'hui fait mon souci:

Qui connaît le lendemain?

Aussi, par ce temps serein,

Bois et joue

Et fête Lyæus,

Avant qu'un mal ne vienne

Te dire: «Il ne faut plus boire.»

XVI

Table des matières

LE POÈTE VAINCU

Tu chantes la guerre de Thèbes,

Les cris des combattants Troyens:

Moi, je chante mes défaites.

Qui m'a perdu?—Ce n'est pas le cavalier,

Ni le fantassin, ni le matelot:

C'est un étrange soldat,

Qui fait feu par les yeux.

XVII

Table des matières

LA COUPE D'ARGENT

Travaille l'argent au ciseau,

O Vulcain, pour me faire,

Non pas une armure

(Je n'aime pas les combats),

Mais une coupe creuse,

Aussi profonde que possible.

Ne va pas graver dessus

Les Astres ni le Chariot,

Ni le sombre Orion:

Qu'ai-je à faire des Pléiades

Ou de l'étoile du Bouvier?

Mais fais-moi verdir les vignes sur ses flancs,

Et les raisins briller

Et les Ménades vendanger.

N'oublie pas d'y dresser un pressoir,

Où fouleront les grappes,

Avec le beau Bacchus dans l'or incrustés,

Érôs et Bathylle.

XVIII

Table des matières

MÊME SUJET

Habile artiste, cisèle

Une belle coupe où le printemps brille.

Qu'elle offre d'abord à mes yeux

La saison des charmantes roses.

Puis, étends l'argent sous le marteau,

Pour que j'aime à y boire.

Ne va pas y graver quelque étrange

Cérémonie des Initiations;

Pas d'odieuse histoire:

Mais plutôt le fils de Zeus,

Bacchus Evius,

Et l'initiatrice des Amours, Cypris,

Applaudissant aux hyménées.

Grave aussi les Amours sans armes

Et le sourire des Grâces.

A l'ombre d'une vigne au feuillage épais,

Aux raisins superbes, aux pampres touffus,

Place un groupe de beaux garçons;

Et que Phébus y joue aussi.

XIX

Table des matières

IL FAUT BOIRE

La terre brune boit,

Et les arbres la boivent,

Et la mer boit les airs,

Et le soleil la mer,

Et la lune le soleil lui-même:

Pourquoi donc, compagnons,

Me défendre de boire?

XX

Table des matières

A UNE JEUNE FILLE

Jadis la fille de Tantale

Se durcit en rocher sur les monts de Phrygie;

Jadis la fille de Pandion, changée en hirondelle,

Eut des ailes d'oiseau.

Pour moi, que ne suis-je ton miroir!

Tes yeux me fixeraient sans cesse;

Ta tunique!

Tu me porterais toujours;

L'eau de ton bain!

Je laverais ta blanche peau;

Une essence!

Je te parfumerais, ô femme;

Et la ceinture de tes seins,

Et la perle qui brille à ton cou,

Et la sandale qui te chausse!

Au moins tu me presserais de tes pieds!

XXI

Table des matières

LA SOIF

Donnez-moi, donnez, ô femmes,

Du vin à boire d'un seul trait.

La soif me brûle, et vous me délaissez:

J'ai lieu de gémir.

Et puis encore, donnez-moi de ces fleurs:

Mon front brûle à la surface

Les couronnes, dont je l'ai couvert.

Mais, de la chaleur des Amours,

O mon âme, qui te garantira?

XXII

Table des matières

BATHYLLE

A l'ombre de Bathylle

J'irai m'asseoir: ah! le bel arbre!

Il balance un feuillage superbe

Sur une tige mince;

A ses côtés coule, doux stimulant,

La source vive de la Persuasion.

A cette vue, qui voudrait négliger

Un pareil endroit de déduit?

XXIII

Table des matières

L'AMOUR DE L'OR

Si l'abondance de l'or

Donnait de la vie aux mortels,

Je me résignerais à épargner,

Afin que la Mort survenant

A prix d'or voulût s'éloigner.

Mais puisqu'il n'est pas permis aux mortels

D'acheter de la vie,

Pourquoi gémir en vain?

Pourquoi me lamenter?

Puisque ma mort est décrétée,

A quoi l'or me sert-il?

Ah! que j'aie le bonheur de boire!

Et, tout en buvant du vin délicieux

En compagnie de mes amis,

Puissé-je en un lit délicat

Accomplir l'œuvre de Vénus!

XXIV

Table des matières

RÉSOLUTION

Puisque je suis né mortel

Pour parcourir la route de la vie,

Je sais le temps que j'ai passé,

Sans connaître le temps qu'il me reste à courir.

Laissez-moi, soucis:

Je n'ai pas affaire à vous.

Avant qu'arrive ma fin,

Je veux jouer, rire et danser

Avec le beau Bacchus.

XXV

Table des matières

SON AMOUR POUR LE VIN

Dès que je bois du vin,

Mes soucis s'assoupissent.

A quoi bon soupirs,

Peines et chagrins?

Je devrai mourir, même à contre-cœur:

Pourquoi méconnaître la véritable vie?

Buvons donc le bon vin,

Le vin du beau Bacchus.

Dans le temps même où nous buvons,

Nos soucis s'assoupissent.

XXVI

Table des matières

MÊME SUJET

Quand Bacchus s'est emparé de moi,

Tous mes soucis s'endorment.

Croyant posséder tout l'or de Crésus,

Je veux chanter superbement.

Couronné de lierre je repose,

Et mon mépris foule aux pieds l'univers.

Armez-vous: moi je bois.

Une coupe, enfant!

Être étendu sur un lit, ivre,

Vaut mieux qu'être étendu mort.

XXVII

Table des matières

DIONYSOS

C'est le fils de Zeus, Bacchus,

Qui bannit les chagrins et qui délie les langues.

Quand se répand dans mes esprits

Ce dieu qui verse le vin,

Il m'apprend à danser.

Pourtant, j'ai d'autres plaisirs,

Moi, poète, épris des ivresses:

Avec les instruments bruyants, avec les chants

Me plaît aussi Vénus;

Et je veux danser encore.

XXVIII

Table des matières

PORTRAIT DE SA MAITRESSE

Allons, excellent peintre,

O le meilleur des peintres,

Roi de l'art qui fleurit à Rhodes,

Fais-moi, d'après mes dires,

Le portrait de ma maîtresse absente.

Donne-lui d'abord des cheveux

Ondoyants et noirs;

Et, si la cire le permet,

Qu'ils exhalent des parfums.

Peins de face entièrement

Sous une chevelure éclatante

Son front d'ivoire.

Quant à ses sourcils, ne va pas

Les séparer, ni les confondre:

Qu'ils se rejoignent, comme chez ma maîtresse,

Imperceptiblement,

Et que les cils, autour des paupières, soient noirs.

Pour être vrai, mets du feu

Dans ses yeux; qu'ils soient à la fois

Brillants comme ceux d'Athènè,

Humides comme ceux de Cythérée.

Fais le nez et les joues

De roses et de lait.

Que sa lèvre, la lèvre de la Persuasion,

Appelle le baiser.

Sur son menton délicat,

Autour d'un cou de marbre blanc,

Fais voltiger toutes les grâces.

Enfin, habille-la

D'une robe purpurine;

Et qu'il paraisse un peu

De sa chair, pour faire juger du corps.

Finis: je la vois. C'est bien elle!

O portrait véridique, tu vas parler.

XXIX

Table des matières

PORTRAIT DE BATHYLLE

Peins-moi mon amant Bathylle,

D'après mes renseignements.

Fais-lui des cheveux luisants,

Noirs en masse

Et blonds aux extrémités.

De ces cheveux indisciplinés

Rassemblant les boucles en désordre,

Laisse-les tomber à leur gré.

Que son front vermeil, frais comme rosée,

Se couronne d'un sourcil

Plus foncé que la peau des serpents.

Que ses yeux noirs soient terribles,

Mais tempérés par la douceur,

Ayant quelque chose d'Arès

Et de la belle Cythérée,

En sorte que l'on craigne à la fois

Et qu'on se rattrape encore à quelque espoir.

Sur sa joue de rose

Mets le duvet du fruit mûr.

Si tu peux y jeter la rougeur

De la pudeur, n'y manque pas.

Et sa bouche? Je ne sais

Comment tu t'y prendras pour la peindre

Vermeille et siège de la Persuasion?

Pour tout dire en un mot,

Que son silence parle.

Après son visage,

Que son cou d'ivoire

Surpasse celui d'Adonis.

Fais-lui la poitrine

Et les mains d'Hermès,

Les cuisses de Pollux,

Le ventre de Dionysos.

Au-dessus de ses cuisses brillantes,

De ses cuisses brûlantes,

Place sans voiles un organe

Qui déjà désire Vénus.

L'art jaloux que tu exerces

Te défend de montrer

Son dos: c'est ce qu'il a de mieux.

T'apprendrai-je les contours de ses pieds?

Demande le prix que tu voudras.

Prends cet Apollon

Et fais-en Bathylle;

Et, si jamais tu vas à Samos,

De Bathylle tu feras Apollon.

XXX

Table des matières

L'AMOUR ENCHAINÉ PAR LES MUSES

Les Muses ont lié

L'Amour avec des guirlandes,

Et l'ont donné en garde à la Beauté.

Et maintenant la Cythérée

Le cherche, portant la rançon,

Pour délivrer Amour.

Quand même on le délivrerait,

Loin de s'en aller, il voudra rester:

Il chérit trop son esclavage.

XXXI

Table des matières

FUREUR BACHIQUE

Laissez-moi boire à la santé des Dieux,

Boire sans fermer la bouche.

Je veux, je veux délirer.

Ils devinrent furieux, Alcméon

Et Orestès aux pieds blancs,

Après avoir tué leur mère;

Mais moi, qui n'ai tué personne,

C'est en buvant le vin de pourpre

Que je veux, je veux délirer.

Jadis Hercule en fureur

Agitait le carquois terrible

Et l'arc d'Iphitos.

Jadis Ajax en sa fureur

Brandissait avec son bouclier

L'épée d'Hector.

Et moi, c'est la coupe en main.

La couronne sur la tête,

Que je veux, oui, je veux délirer.

XXXII

Table des matières

SES AMOURS

Si tu peux dénombrer

Toutes les feuilles des arbres,

Si tu sais compter

Tous les flots de la mer,

Du calcul de mes amours

C'est toi seul que je charge.

Pose d'abord

Vingt amours d'Athènes,

Puis quinze autres encore.

Ensuite, de Corinthe,

Mets-en des légions:

Cette ville de l'Achaïe

A les plus belles femmes.

Puis, de Lesbos,

D'Ionie même,

De Carie et de Rhodes,

Pose deux mille amours.

—Que dis-tu?—Écris toujours.

Je n'ai rien dit encore des amours

De la Syrie, ni de Canope,

Ni de la contrée souveraine,

La Crète, avec ses villes

Où l'Amour célèbre ses mystères.

Voudrais-tu que je te dénombre,

Au delà de Gadès,

De la Bactriane et des Indes,

Tous les amours de mon cœur?

XXXIII

Table des matières

A UNE HIRONDELLE

Hirondelle chérie,

Qui reviens tous les ans,

En été tu construis ton nid,

Et l'hiver tu disparais

Volant vers le Nil ou Memphis.

En tout temps l'Amour construit

Son nid dans mon cœur.

Ce désir a des ailes,

Cet autre est encore dans la coque,

Ce troisième est éclos à moitié.

Et toujours se fait entendre

Le cri des petits perçant la coquille.

Les plus jeunes enfants d'Érôs

Sont nourris par les aînés

Et bientôt, devenus grands,

En font d'autres à leur tour.

A ce mal, quel remède?

Car, je n'ai pas la force de bannir

Tant d'Amours de mon cœur!

XXXIV

Table des matières

A UNE JEUNE FILLE

Ne me fuis pas, pour avoir vu

Ma chevelure blanche;

Et, parce que tu possèdes

La pleine fleur de la jeunesse,

Ne va pas repousser mes caresses:

Mais vois, dans une couronne,

Comme fait bien la blancheur

Des lys entrelacés aux roses.

XXXV

Table des matières

ZEUS TAUREAU

Ce taureau, mon enfant,

Doit être Zeus lui-même.

Il porte sur son dos

Une jeune Sidonienne:

Il traverse la vaste mer,

Coupant le flot de ses sabots.

Jamais autre taureau

N'est sorti du troupeau,

Pour nager sur la mer:

Jamais autre, si ce n'est lui.

XXXVI

Table des matières

LA VIE LIBRE

Pourquoi m'enseigner les règles

Et les arguments des rhéteurs?

A quoi bon ces raisonnements,

Qui ne servent de rien?

Enseigne-moi plutôt à boire

De Bacchus la boisson vermeille;

Enseigne-moi plutôt à folâtrer

Avec la blonde Vénus.

Des cheveux blancs couronnent ma tête.

Donne de l'eau, verse du vin:

Enfant, endors ma raison.

Dans peu je ne serai plus: tu m'enseveliras.

Les morts n'ont plus de désirs.

XXXVII

Table des matières

LE PRINTEMPS

Voyez: quand le printemps paraît,

Les Grâces font croître les roses.

Voyez: le flot de la mer

Vient mourir avec calme.

Voyez comme le canard plonge,

Voyez comme voyage la grue.

Le soleil brille sans voiles,

Les ombres des nuages sont mises en fuite,

Les ouvrages des hommes resplendissent.

La terre s'incline sous le poids de ses fruits,

Le fruit de l'olivier saillit en dehors,

La vigne de pampres se couronne.

Sous la feuillée, à travers les branches,

Le bouton montre sa fleur.

XXXVIII

Table des matières

RÉPONSE AUX REPROCHES

QU'ON LUI FAISAIT DE SA VIEILLESSE

Tout vieux que je suis,

Je bois plus que les jeunes,

Et, s'il me faut danser,

Pour sceptre j'ai mon outre:

La férule ne sert à rien.

Qui veut lutter avec moi,

Approche et lutte.

Enfant, apporte une coupe,

Où tu mêleras les flots

D'un vin doux comme miel.

Oui, je suis vieux, je l'avoue:

Mais, au milieu de vous,

J'imiterai Silène en dansant.

XXXIX

Table des matières

LE CHANT DU FESTIN

I

Table des matières

Quand je bois du vin,

Alors mon cœur fleuri de joie

Commence à chanter les Muses.

II

Table des matières

Quand je bois du vin,

Les inquiétudes, les projets soucieux

S'envolent, dissipés, aux souffles

Des vents retentissant du bruit des vagues.

III

Table des matières

Quand je bois du vin,

Bacchus alors, qui badine avec la lyre,

Me balance sur l'aile des zéphyrs fleuris,

Après m'avoir réjoui d'ivresse.

IV

Table des matières

Quand je bois du vin,

Tressant des couronnes de fleurs

Pour les poser sur ma tête,

Je chante la sérénité de la vie.

V

Table des matières

Quand je bois du vin,

Oignant mon corps d'un parfum qui sent bon,

Serrant dans mes bras ma maîtresse,

Je célèbre Cypris.

VI

Table des matières

Quand je bois du vin,

Dans des coupes rondes

Répandant à flots le vin qui m'est cher,

J'aime un chœur de jeunes gens.

VII

Table des matières

Quand je bois du vin,

C'est un gain pour moi seul

Et je l'emporterai:

Mais la mort est le lot de tous.

XL

Table des matières

ÉROS

Érôs un jour dans les roses

Une abeille cachée

Ne vit pas, et fut piqué.

Blessé au doigt

De la main, il gémit;

Et courant et volant

A la belle Cythérée:

«Je suis perdu, mère», dit-il,

«Je suis perdu, et je me meurs!

Un petit serpent m'a frappé;

Il a des ailes: c'est abeille Que le nomment les laboureurs.»

Elle répondit: «Si le dard

De l'abeille fait tant de peine,

Combien devront souffrir, crois-tu?

Érôs, ceux que tu frappes?»

XLI

Table des matières

LE FESTIN

Buvons le vin joyeux

Et célébrons Bacchus,

L'inventeur de la danse,

L'ami de toute chanson,

Le compagnon d'Amour,

Le bien-aimé de Cythérée.

Par lui l'Ivresse est enfantée,

Par lui les Grâces sont nées,

Par lui sont calmés les Chagrins,

Par lui endormie la Tristesse.

Dès que la boisson versée

De beaux enfants m'apportent,

Ma peine s'en va se mêler

A la tempête qui tourne au gré du vent.

Donc, prenant une coupe,

Bannissons les soucis.

Car, que gagnez-vous à

Souffrir d'inquiétude?

Comment lire dans l'avenir?

La vie est obscure aux mortels.

En buvant, je veux danser

Et, parfumé, folâtrer

Avec de belles femmes.

Absorbez-vous, si vous voulez,

Dans tous les soucis possibles:

Nous, joyeux, buvons du vin

Et célébrons Bacchus.

XLII

Table des matières

CE QUE J'AIME LE PLUS

Je recherche les danses

Du jovial Bacchus:

J'aime à jouer de la lyre

A table avec un bel éphèbe.

Des couronnes d'hyacinthe

A mes tempes ajustées,

Folâtrer avec de jeunes vierges:

Voilà ce que j'aime surtout.

Mon cœur ne connaît pas la haine,

Ignore l'envie dévorante;

De la langue médisante

Je fuis les traits subtils.

Je hais les querelles d'ivrognes

Et de gourmands dans les repas.

Avec de jeunes filles,

Aux sons de la lyre dansant,

Goûtons le bonheur de la vie tranquille.

XLIII

Table des matières

LA CIGALE

Nous disons: «Heureuse Cigale!»

Dès que, sur la cime des arbres,

Tu as bu quelques gouttes de rosée,

Ainsi qu'une reine, tu chantes.

Car, c'est bien à toi, tout

Ce que tu vois dans les champs

Et que produisent les forêts.

Tu es l'amie des laboureurs,

Ne leur causant aucun dommage;

Tu es vénérée des mortels,

Douce prophétesse de l'Été.

Les Muses te chérissent,

Il te chérit aussi, Phébus,

Qui t'a dotée d'une voix harmonieuse.

La vieillesse ne t'accable pas.

Sage, fille de la Terre, amoureuse des chants,

Impassible, sans chair ni sang,

Tu es, ou peu s'en faut, égale aux Dieux.

XLIV

Table des matières

UN RÊVE

Il me semblait courir en rêve,

Portant des ailes aux épaules:

Mais Érôs, avec une chaîne de plomb

Autour de ses petons charmants,

Me poursuivait, et m'atteignit.

Que veut dire ce songe?

Ceci, je crois: c'est, qu'engagé

Dans de nombreux amours,

J'ai pu me dégager des autres,

Mais celui-ci me retient enchaîné.

XLV

Table des matières

LES FLÈCHES DE L'AMOUR

Le mari de la Cythérée

Aux forges de Lemnos,

Les flèches des Amours

Forgeait avec de l'acier.

Cypris en trempait les pointes

Dans le miel le plus doux:

Érôs y mêlait du fiel.

Arès un jour, de retour de la guerre,

Brandissant sa forte lance,

Ravalait les traits de l'Amour.

«Tiens», dit Érôs: «celui-ci

Est-il perçant? Éprouve-le, pour en juger?»

Mars prit le trait,

Cypris sourit;

Mais Arès, en gémissant:

«Oh! oui, bien perçant!» Reprends-le.

«—Garde-le», répond Érôs.

XLVI

Table des matières

IMPRÉCATIONS CONTRE L'ARGENT

Il est dur de ne pas aimer

Et dur aussi d'aimer:

Mais le plus dur de tout, c'est

D'être dédaigné, quand on aime.

La naissance ne fait rien à l'Amour

Il foule aux pieds le savoir, la vertu:

Il n'a d'yeux que pour l'argent.

Ah! meure le premier

Qui fit de l'or son amant!

Avec lui plus de frère,

Avec lui plus de père,

Mais la guerre et le meurtre.

Le pis, c'est qu'il nous tue,

Nous autres, malheureux amants!

XLVII

Table des matières

LE VIEILLARD DE BELLE HUMEUR

J'aime un vieillard enjoué,

J'aime un jeune danseur.

Mais, à peine un vieillard a dansé,

Que, tout étant vieillard par les cheveux,

Il est jeune par l'âge.

XLVIII

Table des matières

A DIONYSOS

Le dieu qui rend la jeunesse infatigable

Au travail, aux amours intrépide,

Et qui dans les festins un beau danseur achève,

Ce dieu parmi nous est venu,

Nous apporter une liqueur vermeille,

Une boisson ennemie des chagrins,

Fille de la vigne: le vin,

Emprisonné dans ses raisins

Et pendant aux ceps. Laissons-l'y;

Mais, le jour venu de couper les grappes,

Alors plus de malades:

Les corps seront beaux

Et les âmes épanouies,

Jusqu'à la prochaine vendange.

XLIX

Table des matières

LE TRIOMPHE DE VÉNUS ANADYOMÈNE

Quel burin a gravé la mer?

Quel artiste inspiré

A versé les flots dans un disque

Sur le dos de la mer?

Quel génie dessina sur les flots,

Éblouissante de candeur, Cypris?

Quel génie, s'élevant jusqu'aux Dieux,

Osa des Immortels représenter la mère?

Il ne craignit pas de la montrer nue,

Et ce que les yeux ne doivent pas voir

N'a que les flots pour vêtement.

A leur surface balancée,

Comme l'algue blanchissante flotte

Sur la mer calme et doucement polie,

La déesse, mettant son corps à la nage,

Pousse les vagues devant elle.

De ses seins de rose,

De son cou d'albâtre qui reste sous l'eau,

Elle fend les vagues énormes.

Au milieu du sillon, Cypris,

Comme un lys à des violettes entrelacé,

Brille sur la sérénité de la mer.

Sur les écailles argentées

Des dauphins qui tressautent,

Sont portés ces dieux qui raillent

L'esprit fallacieux des hommes: Érôs et Iméros.

Le chœur des poissons recourbés

Fait des plongeons dans l'eau,

En lutinant le corps de la déesse,

Afin qu'elle triomphe avec un sourire.

L

Table des matières

LES VENDANGES

Le raisin noir de peau

Dans des corbeilles portent sur leurs épaules

Des jeunes hommes avec des jeunes filles.

Ils le jettent au pressoir,

Et les hommes seuls foulent aux pieds

La grappe, pour délivrer le vin captif.

En l'honneur du dieu de la vigne ils font retentir

Les chansons bruyantes des vendanges,

Tout joyeux de voir bouillonner dans la tonne

Le vin nouveau tant désiré.

Un vieillard en boit-il?

Il danse en dépit de ses pieds tremblants,

Agitant sa chevelure blanche.

Cependant qu'épiant une vierge,

Qui répand son corps délicat

Sur des feuilles pleines d'ombre,

Accablée de sommeil,

Un aimable jeune homme enivré

La caresse et l'invite à des amours précoces,

Qui la rendraient traîtresse au mariage.

Voyant qu'il ne persuade pas,

Il la presse malgré elle.

C'est qu'avec la jeunesse, Bacchus,

Dieu de l'ivresse, s'égaie en liberté.

LI

Table des matières

LA ROSE

Avec le printemps porteur de couronnes,

Je pense à chanter très haut la rose,

Tendre fleur, ma compagne.

C'est l'haleine des Dieux mêmes

Et le charme des mortels,

L'ornement des Grâces dans la saison

Des Amours en fleur,

L'attribut folâtre de Vénus.

C'est le thème des poésies,

La plante aimée des Muses;

Douce même à qui fait l'épreuve de ses dards

Dans les sentiers épineux;

Douce à la main qui la cueille et qui caresse

De ses doigts fins et délicats

Cette fleur de l'Amour.

Comme au sage elle plaît encore

Dans les danses, sur les tables,

Aux fêtes Dyonisiaques.

Que ferions-nous sans la rose?

«L'Aurore a des doigts de roses,

Les Nymphes des bras de roses,

Aphrodite un teint de roses,»

Dans le langage des poètes.

La rose, secourable aux malades,

Protège aussi les morts

Et triomphe du temps.

Des roses la vieillesse, encore agréable,

Garde un parfum de jeunesse.

Chantons donc son origine.

Quand, de la mer azurée,

Cythérée brillante de rosée

L'Océan fit naître de son écume;

Quand Athènè, la guerrière

Déesse à l'Olympe redoutable,

Jupiter fit sortir de son cerveau;

Alors des roses admirables

La Terre fit fleurir les jeunes pousses,

Chef-d'œuvre d'art de la Nature.

La troupe des Dieux bienheureux,

Pour que naquît la rose, répandirent

Le nectar, et firent s'élever,

Superbe, du sein des épines,

L'immortelle fleur de Bacchus.

LII

Table des matières

LE POÈTE SE PLAIT AVEC LA JEUNESSE

Lorsque parmi les jeunes hommes

Je te vois, revient la Jeunesse,

C'est alors que pour la danse,

Moi, le vieillard, j'ai des ailes.

Attends-moi, Cybélès;

Donne des roses: je veux me couronner.

Loin la vieillesse chenue!

J'irai danser jeune parmi les jeunes.

Puis, qu'on m'apporte une rivière née

De la moisson de Bacchus en automne.

On verra la vigueur du vieillard,

Enseignant à jaser,

Enseignant à boire

Et délirer non sans grâce.

LIII

Table des matières

LES AMANTS

Les chevaux ont aux cuisses

Une marque de feu,

Et les Parthes

Se reconnaissent à leur tiare.

A voir les amants, moi,

Je les devine aussitôt:

C'est qu'ils ont une imperceptible

Blessure au cœur.

LIV

Table des matières

LA VIEILLESSE

Déjà mes tempes sont

Blanchies, ma tête argentée.

La jeunesse et ses grâces

Ne sont plus; ma bouche a vieilli,

Et de la vie heureuse à peine

Quelques instants me restent.

A cette pensée je gémis

Sur moi, redoutant le Tartare.

D'Adès effroyable est

Le gouffre: il est terrible

D'y descendre; impossible

A qui descend de remonter.

LV

Table des matières

DOUCES IVRESSES

Allons, enfant, apporte-moi

La coupe; qu'à plein verre

Je boive; mêle dix cyathes d'eau

A cinq de vin,

Et que sans affront

Et sans crainte je célèbre Bacchus.

. . . . . . . . . . . . . . . . . .

Allons! çà! et n'allons plus ainsi

Par du tapage et des cris de joie

Nous exercer à boire comme les Scythes;

Mais buvons peu en chantant bien.

LVI

Table des matières

L'AMOUR

Érôs, le doux Érôs,

Je pense à le chanter

Couronné de mitres de fleurs:

Car, il est le maître des Dieux

Et le dompteur des hommes.

LVII

Table des matières

PRIÈRE A ARTÉMIS

EN FAVEUR DES MAGNÉSIENS

Je t'en supplie, chasseresse de cerfs,

Blonde fille de Jupiter, des bêtes féroces

Souveraine, Artémis:

Descends en ce jour sur les flots tournoyants

Du Léthé; cette cité,

Ses braves habitants, regarde-les

D'un œil propice: ils sont loin d'être barbares,

Les peuples sur qui tu règnes.

LVIII

Table des matières

A UNE JEUNE FILLE

I

Table des matières

Pouliche de Thrace, pourquoi donc,

Me regardant de travers,

Fuir impitoyablement? Est-ce que tu me crois

Sans adresse aucune?

II

Table des matières

Sache que je pourrais fort bien

Te mettre le mors,

Et, rênes en main, te faire tourner autour

Des bornes du champ de course.

III

Table des matières

A présent, tu pais les prairies

Et bondissant, légère, tu folâtres:

C'est que tu n'as pas d'écuyer

Habile à te dompter.

LIX

Table des matières

LE PRINTEMPS

Il est doux de marcher

Où les pelouses étendent leurs tapis,

Où le Zéphyr exhale

Une brise odorante;

Doux de voir le cep cher à Bacchus,

De s'enfoncer sous le feuillage,

En serrant une tendre enfant

Qui respire Vénus tout entière.

LX

Table des matières

APOLLON

Je vais agiter les cordes de ma lyre.

Ce n'est pas qu'un prix me soit proposé:

Mais, c'est l'occupation de tout homme

Qui a cueilli la fleur de la sagesse.

Avec un plectre d'ivoire

Sonnant des vers harmonieux,

Sur le rythme Phrygien, je chanterai,

Comme un cygne du Caystre

Chante au bruit de ses ailes blanches:

Sa voix est à l'unisson du vent.

Et toi, Muse, danse avec moi;

Car ils sont consacrés à Phébus,

Cette lyre, ce laurier, ce trépied.

Je chante l'amour de Phébus,

Son ardeur qui passa comme un souffle;

C'est qu'elle était sage, la jeune fille:

Elle a fui l'aiguillon du dieu

Et changé sa forme naturelle:

Elle agite maintenant ses feuilles verdoyantes.

Cependant Phébus allait, Phébus

Espérait dompter la vierge;

Même, en cueillant un rameau vert,

Il croyait satisfaire son désir.

Eh! mon cœur, d'où ce délire?

D'où ce bel emportement?

Prends des forces, lance le trait,

Touche le but, et puis va-t'en.

Laisse l'arc d'Aphrodite,

Cet arc vainqueur des Dieux.

Imite Anacréon,

Le chantre mélodieux.

Présente à mes amants la coupe,

La coupe des discours aimables.

Que cette boisson, ce nectar

Les console de la fuite

De cet astre étincelant, l'Or.

LXI

Table des matières

L'OR

Toi qui de la fraude et des haines

As mis l'amour au cœur des hommes;

Qui leur ravis ces plaisirs: la lyre, les hymens,

Et les baisers honnêtes;

Toi qui versas la coupe des passions:

Quand tu voudras, tu peux partir.

Mais la chanson de ma lyre,

Je ne la négligerai pas un instant.

Va plaire, rival des Muses,

Aux étrangers perfides, sans foi.

Mais moi, le joueur de lyre,

J'aurai dans mon âme les Muses, pauvres

Proscrites: tu ne feras qu'exciter leur ardeur,

Et ma gloire resplendira.

LXII

Table des matières

MÊME SUJET

Quand ce fugitif, l'Or,

Me fuit de ses pieds

Rapides comme les vents

(Et toujours, toujours il me fuit),

Je ne cours pas après lui: car,

Qui recherche son ennemi?

Aussitôt séparé

De ce fugitif, l'Or,

Je laisse les vents emporter

Tous les soucis de mon esprit;

Je prends la lyre et je chante

Des chants d'amour.

Mais, à mon tour quand la raison

M'apprend à le mépriser,

Soudain le fugitif revient me saluer,

Ramenant l'ivresse des soucis,

Me pressant de le prendre avec moi,

En délaissant ma lyre pour longtemps.

Déloyal, Or déloyal,

Inutile de me charmer par tes amorces:

Ma lyre m'est plus que l'Or,

Elle qui sait chanter les belles passions.

LXIII

Table des matières

ÉPITHALÀME

Reine des déesses, Cypris;

Désir, souverain des mortels;

Hyménée, conservateur de la vie,

C'est vous que je chante en prose,

C'est vous que j'exalte en vers,

Désir, Hyménée, Déesse de Paphos.

Regarde ta jeune épouse, regarde-la, jeune homme,

Réveille-toi, si tu ne veux manquer la chasse de la perdrix.

Stratoclès, favori de Cythérée,

Stratoclès, mari de Myrilla,

Vois ton épouse chérie:

Elle est superbe dans sa fleur, dans tout son éclat.

La rose des fleurs est la reine:

Myrilla est une rose parmi les jeunes filles.

Qu'Hélios éclaire ta couche!

Qu'un cyprès naisse dans ton jardin!


LVIII.—A une jeune Fille 75

LIX.—Le Printemps 76

LX.—Apollon 77

LXI.—L'Or 79

LXII.—Même sujet 80

LXIII.—Épithalame 82




Paris.—Charles Unsinger, imprimeur, 83, rue du Bac.





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Age restriction:
0+
Release date on Litres:
17 January 2025
Volume:
28 p. 8 illustrations
ISBN:
4064066083953
Publishers:
Translator:
Copyright Holder::
Bookwire
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